Je comprends bien que c'est un datif, mais je sèche sur le "e"...
Bonsoir Mathilde,
quel esprit d'observation : chapeau !!!
Vous avez bien raison, c'est un datif :
Dem deutschen Volke ! :
das deutsche Volk (nominatif/accusatif)
des deutschen Volkes (génitif)
dem deutschen Volk/dem deutschen Volke (datif)
Ici, c'est un exemple typique pour le phénomène de l'évolution linguistique (en all.
Sprachwandel) !
Mathilde, dans d'anciennes formes de la langue allemande, p.ex. en moyen haut-allemand (1050–1350), cet allomorphe flexionnel était encore la terminaison obligatoire des masculins forts et des neutres* au datif, singulier ; dans des grammaires allemandes, on parle du "
Dativ-e". Voici la déclinaison (au singulier) pour les mots
Gast (masculin fort ; "hôte, invité"),
Tac (masculin fort ; "jour") et
Blat (neutre ; "feuille") en moyen haut-allemand :
Gast (nominatif/accusatif)
Gastes (génitif)
Gaste (datif) > en allemand standard d'aujourd'hui :
Gast
Tac (nominatif/accusatif) > en allemand standard d'aujourd'hui :
TagTages (génitif)
Tage (datif) > en allemand standard d'aujourd'hui :
Tag
Blat (nominatif/accusatif) > en allemand standard d'aujourd'hui :
BlattBlates (génitif) > en allemand standard d'aujourd'hui :
BlattesBlate (datif) > en allemand standard d'aujourd'hui :
Blatt
Autrement dit, à l'époque, le grand écrivain allemand Friedrich von Schiller a encore écrit (p.ex. dans
Die Räuber "Les Brigands") :
Dem Manne kann geholfen werden, aujourd'hui il écrirait :
Dem Mann kann geholfen werden.
En langue à l'oral, on peut constater un "recul" peu à peu du "
Dativ-e" depuis le 16e siècle, mais en langue à l'écrit, ce "
Dativ-e" a été demandé strictement jusqu'à environ 1940, depuis il n'est plus nécessaire. De nos jours, ce
e existe au mieux encore dans la phraséologie et dans la lyrique/poésie (> stylistique). Il y a un bon nombre de phraséologismes avec ce
e, de plus, son utilisation rare peut favoriser le rythme d'un propos, et est au mieux signe d'une langue soutenue. Exemples :
im Grunde "dans le fond"
jemanden zu Grabe tragen "enterrer qn"
himmelhoch jauchzend, zu Tode betrübt "tantôt jubilant jusqu'au ciel, tantôt jusqu'à la mort"
zu Kreuze kriechen "courber l'échine"
am Rande des Abgrunds "en perdition"
auf dem Fuße "tout de suite"
im Sinne von "dans le sens de"
Vom Winde verweht "Autant en emporte le vent" (film)
*Petite précision : en haut, j'ai dit que les masculins forts et les neutres (mais jamais les féminins) sont concernés. Oui, sauf ceux qui finissent par
a)
-en,
-em, -
el,
-er (
Garten "jardin",
Atem "souffle",
Gürtel "ceinture",
Lehrer "enseignant")
b) un diphtong (
Brei "bouillie",
Stau "bouchon")
c) une voyelle (
Schnee "neige",
Hurra "hourra",
Zebra "zèbre")..
Dans quelques cas, ce
e est facultatif et dépend donc du rythme de la phrase et/ou du feeling rythmique du locuteur/auteur :
im Haus(e) "dans la maison"
auf dem Land(e) "à la campagne"
dem Kind(e) "à l'enfant"
im Raum(e) "dans l'espace"
J'espère avoir bien répondu...
Bonne nuit, Hery