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Autre sujet, celui de la bastardisation (?) des langues. Bien sur on ne peut pas geler les langues, mais voyins un peu ce qui se passe "sur le terrain". En Persan, il y a (juste un exemple) cette facilite de faire des verbes composes avec un mot/adjectif et le verbe kardaan (le meme verbe que karna en hindi, bien sur.... racines plongeant dans les anciennes langues Persane, Mede etc... et les langues vediques d' il y a 3000 ans ou plus, langues tres proches les unes des autres). Et les Iraniens ont fait de cette construction un usage extensif, avec une tres grande preference pour la construction mot arabe + kardaan. Exemple: haazer kardaan (preparer), safar kardaan (voyager) etc... Qu' on y pense, si on faisait la meme chose en francais, avec l' anglais, on dirait des horreurs du genre: Demain, je ferai "go" a la piscine pour faire "swim", au lieu de dire Demain j' irai a la piscine pour nager. Maintenant, si cela plait a certains, tant mieux, mais personnellement je trouve ca atroce.
Le mot que vous cherchiez est "abâtardissement" : il est synonyme d'avilissement, de dégénérescence, etc. Je ne l'endosse évidemment pas !
Chacun ses goûts et ses dégoûts, bien sûr, mais votre exemple n'est pas très bon. D'abord parce que vous prenez le verbe aller, qui est l'un des verbes les plus fondamentaux dans la plupart des langues, ce qui fait qu'il ne se prête certainement pas à la construction dont vous parlez (substantif + verbe faire). Ensuite parce que vous parlez... de natation. Or de fait, on dira très couramment en français : "Demain j'irai à la piscine pour faire du crawl" (de l'anglais to crawl, ramper), "faire du sport" (encore un anglicisme) ou même "pour faire de la natation", alors que le français crée très facilement des verbes à partir des mots en -tion (station = stationner, action = actionner, question = questionner, etc.) et qu'on devrait donc avoir "natationner" (au sens de nager en tant qu'activité sportive) si on n'utilisait pas... ce même procédé si productif en persan !
Autant je comprendrais que ce procédé vous déplaise en tant que francophone : pourquoi dire "faire l'attente de" (comme en ourdou) ou "être attendant de" (comme en persan), quand on pourrait avoir un simple verbe transitif "attendre" ? Pourquoi les Indiens du Nord disent-ils "faire amour" ou "faire détestation" et pas tout juste "aimer" ou "détester" ?
La formule peut paraître compliquée, en effet, mais elle permet une singulière richesse de l'expression. Car ce que vous oubliez de dire, c'est que pour beaucoup de ces expressions en "substantif + kardan" (faire), il existe une expression-miroir en "substantif + shudan" (être). Quand j'aime, quand j'attends, "je" est-il vraiment le sujet d'un verbe d'action ? Je "fait"-il vraiment quelque chose ? Pas tout le temps. C'est bien pour cela que dans les langues indiennes, nous pouvons dire "Aap ka intezaar karoonga" (je ferai votre attente, c.à.d. je vous attendrai) mais aussi "Aap ka intezaar hoga" (même sens, mais = votre attente sera, ce qui suggère qu'elle est entièrement subie). De même "Aap se pyaar karta hoon" (je fais l'amour de vous, ç.à.d. je vous aime), mais aussi, plus subtil, "Mujhe aap se pyaar hai" (je suis pris d'amour pour vous, sans que j'y puisse rien).
En résumé, pour exprimer un grand nombre de sentiments humains, les langues indiennes ont le choix entre dire "je suis l'acteur de ce sentiment, c'est moi qui le fais" ou "ce sentiment existe en moi, je le subis ou je le vis, mais je n'ai pas de contrôle sur lui". Et le tout dans une expression verbale la plus simple qui soit, là où le français par exemple n'a que le verbe "attendre", "aimer", "détester", etc. Je soupçonne qu'il en va de même pour les expressions persanes avec kardan ou shudan.
Et les formes originales Persanes ont tres souvent completement disparu. De plus, j' ai tres souvent eu l' impression que s' il existe 2 mots, l' un bien Persan et l' autre Arabe, les Iraniens ont une tres forte preference (inconsciente bien sur) pour le mot Arabe. Exemple parmi tant d' autres: on utilise "esm" (Arabe) plutot que "naam" (Persan = nom = name en Anglais, = naam en Hindi etc....).
De la même façon que beaucoup de Français trouvent que le taboulé ou la pizza, c'est meilleur ou plus digeste que les tripes à la mode de
Caen. Maintenant, lequel de ces plats est indigène, lequel est étranger ?
A supposer que vous soyez Strasbourgeois, cher Georges, "vous" ne parleriez pas français depuis très longtemps. Les mots du français venus du latin seraient arrivés chez vous plusieurs longs siècles après la conquête de l'
Iran par l'islam et le passage du lexique arabe dans la langue persane. Auriez-vous pour autant le sentiment de parler une langue étrangère ou abâtardie ?
Tout cela ne nous dit pas pourquoi vous n'aimez pas les mots arabes. Mais comme je le disais, les goûts et les couleurs...
Pyaasa