14 decembre dans un village pres de Nagarkot, a 15km de
Kathmanduvoici mon recit, j'espere des reactions !
Parti en excursion a Nagarkot, rapidement fuit les hotels-resorts luxueux, je me retrouve invite a assister a une fete hindu dan sun village voisin.
Toute l’apres midi, un helicoptere circule dans les airs au dessus de la colline, s’entrainant au tir, et je sursaute a chaque detonation. Entrainement normal, presque quotidien... A cote de Nagarkot, deux collines sont occupees par les militaires, points strategiques controlant la
vallee de Kathmandu, en siege depuis des annes, sans savoir si c'es par les maoistes ou par l'armee. Plus loin, a Changu Narayan, un autre camp militaire.
Entre les deux, un hameau et un temple :
A 19 heures, Suresh, 13 ans, nous emmene au temple de Kalidevi Mandir Ganesh, chacun tenant un baton d’encens, chantant des mantras en riant. Le temple est bati au sommet de la colline, autour de deux arbres percant le toit. Simple muret de brique construit en carre, les statues des divinites au centre, enterrees sous des fleurs. Couleurs jaune, orange, rouge. Chacun arbore la tika sur le front. Pour la puja, chaque famille a dispose pres des statues de petits paniers remplis d’offrandes : riz, mais, fleurs de patchouli, quelques piecettes, et une lampe a huile. De l’encens brule de partout, repandant une douce odeur. 12 flambeaux brulent en permanence devant les statues. De temps a autre tombe une pluie de grain de riz jetes pour les statues. A l’exterieur du temple, c’est kermesse ! Des stands de fruits, de momo, de the bien sur, de roxi et de chang, un haut-parleur diffuse de la musique branchouille d’
Inde. 3 feux de bois crepitent sous les etoiles. 4 generations sont reunies pouir la celebration. Tout respire la Foi, millenaire, mais aussi simplement la Joie et la Vie. Les gens sont venus de tous les villages alentours, il y a foule. Vieux en kurta traditionnelle, femmes en saree indien, djeunes a la mode bad boy. Au milieu trainent une poignee de militaires en treillis et armes. Une bagarre eclate a cote, rapidement terminee. Un jeune de
Bhaktapur me met en garde contre les debordements eventuels si jamais ca picolait trop. Apres quantite de the, de discussion, et des images joyeuses plein la tete, nous rentrons de nuit vers 23 heures. Le paysage est baignee de la lumiere bleutee de la Lune. En regardant par la fenetre, on dirait qu’il a neige ! Un petit feu, un enieme the, une cigarette et au lit.
10 minutes plus tard, nous entendons des detonations. Pas franchement inquiets, surtout avec les bruits d’entrainement militaire de la journee, nous restons couches. Peu apres les gens redescentent du temple. Melange de rire et d’interjections, pas precipites et tension. Notre logeur pase nous voir : « stay inside close the door, no problem ! ». pas le moment de poser des questions. Avant de m’endormir, j’entends les cris et les pleurs d’une femme que l’on raccompagne chez elle, notre voisine. Qu’a t’il bien pu se passer ? ! ? j’imagine un scenario banal : alcool + fete + soldat = pan pan et je me figure un soldat qui tire en l’air, emeche, fier de son pouvoir viril. Au pire un soldat ayant flingue un autre, comme un chasseur !
Reveil avec le coq et les gamins. Tout semble normal sauf que le petit Suresh n’est pas venu nous reveiller en criant : « good morning nepaaaaaal ! ! » comme de coutume. Sentiment bizarre, les yeux sont rouges d’avoir trop pleure.
En discutant avec les gamins, puis les adultes, en anglo-nepali, et enfin avec les journalistes, nous reconstituons la scene. Une bagarre entre un soldat et des villageois, car le militos a brutalise un vieillard sans raison (peut-etre avec un couteau). Le troufion retourne a son camp pour en revenir deux heures plus tard avec 8 copains, et avec son fusil charge. Sans avertissement, il tire sur la foule a l’endroit de la precedente altercation, en aveugle, sur tout se qui passe, femme enfant. Ses collegues avaient juste eu le temps d’avertir rapidement : « couchez-vous il va tirer ! » (donc ils auraient pu l’en empecher, que je me dis, mais c’est vrai que ce ne sont que des bidasses...). Selon les sources, il y a entre 12 et 16 morts et une vingtaine de blesses parques a l’hopital. Le mari de la voisine y est reste. Et tout le village a assiste impuissant au massacre a avant de prendre la fuite. Les gamins, temoins de la fusillade, du sang, de la debandade, plaisantaient le lendemain en mimant les pan-pan, pour quelles consequence psychologiques ?
Au matin, des journalistes ont fait la queue devant le maison de la veuve eploree pour quelques cliches. Journaux, TV, interview des etrangers au passage en bonus, mais decus parce que nous ne sommes ni blesses ni morts je suppose car ils decampent rapidement. Et nous apprenons de leur bouche que le gouvernement essaye de faire passer la version selon laquelle lors d’une emeute contre les forces royales, des soldats ont abattus des terroristes........
Les corps sont rstes jusqu’au matin, evacues par les soldats ou les villageois, selon les sources. Ce qui est sur c’est que les militaires ont essayes de gommer les plus grosses traces du masacre avant l’arrivee des journalistes et autres representants des ong droitdelhommistes. Bien commode, le meurtrier est ausi mort, sans que j’ai parvenu a savoir vraiment comment.
Heureusement, la rue n’a pas gobe, et un semblant de verite voit le jour, en attendant de savoir reellement ce qui s’est passe. Une enquete est menee... par d’autres militaires du gouvernement royal !
Il faut savoir que ce n’est pas la premiere histoire de ce genre dans le coin. « Ca arrive » disent pasivement les gens de la region tout en maudissant les militaires implantes de partout et qui sortent trop souvent de leurs casernes pour s’occuper, d’ou la terreur voire la haine, bien comprehensible, de la population a leur egard.
En gros voici les donnes du probleme :
Le gouvernement a besoin de soldats en masse pour contrer la rebellion maoiste, situee dans les montagnes. Mais comme les contingents sont trop faibles pour s’aventurer dans les regions sensibles combattre les mao qui leurs mettraient une sacree raclee sur leur teritoire, ils sont parques dans les zones urbaines. C’est cense donner une impression de securite la population, qui ne s’y trompe pas. Multiplication des checkpoints qui paralisent l’economie fragile du pays et le mouvement des populations. Mais de l’autre cote, les mao sont trop faiblement armes pour renverser le pouvoir en place. Ils attendent que le regime se casse la gueule de lui-meme, par la rue ou les partis politiques d’opposition qui militent toujours continuellement pour l’etablissement de la democracie et la tenue d’elections. Il y a donc statu quo entre les deux factions, treve unilaterale et pas de combats.
Par consequent, l’armee est inutile, desoeuvree, et donc dangeureuse car incontrolable. N’importe qui devient bidasse, car c’est une bonne planque, payee le double du salaire moyen. Soldats sans experience, stupides et tout-puissants.
En general, ces crimes restent toujours impunis, comme par exemple ces deux occidentales disparues. Deux cas distincts pour une meme histoire : femme jeune et plutot jolie, disparue a proximite d’un camp militaire (vetements retrouves par la suite) alors que les soldats avaient quartier libre... evidemment la police freine des quatres fers, et esquive. L’enquete ne sera jamais terminee.
La version internationale de ce conflit veut que, les maoistes etant consideres comme des terroristes, il faille soutenir le regime du roi, malgre l’autocratisme, le despotisme voire la dictature de ce regime. Classique simplification manicheenne bien-mal a la Bush. Ainsi nombre de pays fournissent de l’armement au
Nepal pour l’aider a mater la rebellion, ce qui n’est pas pour demain, incluant l’
Inde, la
Chine, les
USA, et sans doute la
France parce qu’on est tres fort pour ce genre de business.
Le peuple en a marre et le dit, les rues ont grondes pendant deux jours, paralysant les principales villes du pays. Grosses banda, certaines violentes, qui se sont soldees par d’autres altercations entre police et etudiants, arrestations, blesses en masse, allongeant la liste des victimes.
Ainsi le peuple est pris entre le marteau et l’enclume, en etau entre les mao et les forces gouvernementales. Comme le
Nepal est franchement primitif au niveau politique, les gens ne sont pas conscient qu’il suffirait de 10 jours pour mettre a bas ce regime, en 10 jours de bordel generalise, en revolution éclair comme c’est la mode ces temps-ci (
Ukraine, Georgie,
Liban). Avec une population majoritairement rurale, completement coupee de
Kathmandu et des tribulations politiques, principalement concerne par la survie au quotidien, deja ecrasse par ses problemes, cette revolution facile n’est pas prete d’arriver. Pas d’unite car peu de communication et de media dignes de ce nom. Fatalisme culturel, de style karmique, plus que politique. Les gens prient, mais ne font pas grand chose.
Et ces villageois restent sans recours, et moi je suis impuissant, alors que ce peuple si joyeux et tellement pacifique, fait toujours les frais et en prend plein la tronche. Le gouvernement annonce une indemnite de 2000euros par famille. Mais qui remplacera le pere, le frere, le fils ? ici, pas de pension de veuvage, pas de retraite. Si pas de fils pour trimer et payer une retraite a ses vieux parents, l’avenir est difficile a envisager sereinement...
15 morts, a 200metres de la ou je buvais mon the du soir. 15 morts gratuitement, pour rien.
C’est aussi ca le
Nepal, mais les agences de trekking ne le diront pas. Les ministeres des affaires etrangeres continueront de pointer les maoistes pour designer la provenance du danger. Le roi vit sa vie de despote. Le peuple ramasse. Et les montagnes sont si belles !