PACAYA SAMIRIADans la forêt inondée
DEPART DE LIMA
Je quitte le confort de l’Appart-hôtel «
Peru Star » pour une balade de trois semaines au cœur de la
forêt amazonienne, dans la
réserve de PACAYA SAMIRIA.
Il faut 30 heures de bus pour passer les Andes et atteindre ma première destination : TARAPOTO.
A la tombée du jour, la montagne devient rose et le ciel violet. Mais mon estomac n’est pas sensible au spectacle et je découvre in extremis l’utilité du petit sac vomitif fourni à chaque passager !
TARAPOTO
TARAPOTO, j’ai les jambes molles mais je suis heureux de sentir déjà l’ambiance d’une bourgade aux portes de l’
Amazonie.
Mais je n’y suis pas encore, il reste à descendre le dernier tronçon routier jusqu’à YURIMAGUAS et le rio HUALLAGA, un affluent du MARAÑON (AMAZONE).
YURIMAGUAS
J’aime YURIMAGUAS, la ville est tranquille, colorée et accueillante. Je fais quelques croquis du marché et sur le
puerto EL VADO.
Pour l’anecdote, la statue sur le port représentait un homme portant un lourd régime de bananes. Des gens ont cassé le régime, il ne reste que l’homme qui semble pris d’une crampe ou souffrir de rhumatisme !
EL ROMANTICO IV
Je traînerais bien encore à YURIMAGUAS mais il est temps d’embarquer sur un bateau de la compagnie EDUARDO qui doit m’emmener à LAGUNAS.
Le bateau s’appelle EL ROMANTICO IV ce qui est bien trouvé. En effet le voyage sur le rio SAMIRIA dure une vingtaine d’heures et se passe allongé dans son hamac en rêvant les yeux mi-clos sur les paysages qui défilent, lentement il est vrai...
LAGUNAS
LAGUNAS semble un peu perdu au bout du monde et épargnée par le tourisme. Super, j’adore ! Le port est à moitié inondé, ce qui n’empêche pas toute une activité autour du va et vient des bateaux.
PERUSELVA et WELINGTON
C’est l’heure de faire connaissance avec MIGUEL, le responsable, et WELINGTON, un des guides de l’agence PERUSELVA.
WELINGTON aura plus particulièrement la noble tâche de me ramener vivant et entier après une quinzaine de jours passés en forêt.
Je découvre la petite pirogue qui doit nous emmener jusqu’à notre destination,
PASTO COCHA, une crique perdue au milieu du parc
PACAYA SAMIRIA.
Comme cette destination ne me dit pas grand chose, je reproduis en vitesse le plan du parc affiché sur un panneau du camp de base.
RAMER
Je croyais pouvoir ramer avec WELINGTON et me faire des muscles qui auraient eu le meilleur effet au retour. La vérité est qu’au bout de 15 minutes j’avais les bras en compote et une seule envie : m’allonger pour faire disparaître les crampes qui me feraient bientôt ressembler à la statue de YURIMAGUAS.
C’est ainsi que j’ai compris qu’il fallait mieux laisser faire WELINGTON et ne pas avoir de complexe à ne rien faire, à regarder autour de soi ou à faire ses petits dessins.
PACAYA SAMIRIA - LA FORET INONDEE
Nous sommes en janvier, c’est le début de la saison des pluies. La forêt déborde d’eau et les terres émergées se font rares.
Passés les 2 premiers gîtes (Poza Gloria et Camotal), le problème est de trouver un coin au sec pour passer la nuit.
Heureusement, perdues au milieu de la forêt, des cases sur pilotis nous offrent un toit et un plancher, j’ai juste l’impression de dormir au milieu de l’eau.
LE RIO SAMIRIA
La plupart du temps, la balade en pirogue est très agréable et même hypnotisante. Chaque boucle du rio fait apparaître de nouveaux motifs de végétation et de nouveaux paysages.
Nous surprenons parfois des groupes de singes ou le dos rose d’un dauphin, un boto ou encore un iguane qui a la gentillesse de garder la pose pour un petit dessin.
SACARITA !
Les choses se compliquent lorsque WELINGTON crie «
Sacarita ! »
Là, ça veut dire que la pirogue va couper à travers le sous-bois inondé et nous entraîner comme sur les rails d’une station de lavage automatique, sous un rouleau de broussaille piquante, mordante, pleine de moustiques et d’araignées.
C’est ainsi que j’ai perdu mon bob, ma serviette de bain, la coque de mon portable (qui séchait heureusement sans mon portable) et mon poncho. J’espère que ça servira aux singes !
BIVOUAC
Nous approchons de
Pasto Cocha mais, avant, plusieurs nuits en bivouac nous attendent.
Parlons du bivouac, il se décompose en 3 temps forts.
La première période est du genre insupportable car les moustiques ont préparé un comité d’accueil très actif. Impossible de rester tranquille, toute son énergie et son intelligence sont mobilisées dans un seul but : essayer de se faire piquer le moins possible.
A croire que les moustiques pensent que je sens trop mauvais car à une certaine heure, ils libèrent le terrain et disparaissent presque complètement. Le moment est venu de prendre son bain.
Moment délicieux, l’eau me rafraîchit presque autant que si je buvais une boisson glacée. Précautionneusement, je ne sais pas sur quoi je marche tout de même, je m’enfonce dans un bain végétal qui me donne la sensation d’être en fusion avec la rivière et la forêt.
Mais le meilleur est à venir. La nuit tombe, WELINGTON, qui doit avoir dix bras, a défriché le terrain, installé une bâche et les hamacs, préparé le feu et le repas.
Bientôt, propre, sec et repus, je vais pouvoir me glisser à l’abri de ma moustiquaire et regarder la nuit tomber sur la forêt.
Au fur et à mesure que les contours disparaissent, les sons de la forêt montent, se précisent, remplissent la nuit. C’est juste grandiose, je m’endors en me croyant revenu au monde originel.
PASTO COCHA
Nous arrivons à
PASTO COCHA, le paysage est écrasé par la chaleur.
PASTO COCHA est un grand étang entouré par une forêt basse et, disons-le, un peu inhospitalière. Au milieu une ancienne structure de forage pétrolière, ça s’appelle un arbre de Noël, je crois, émerge comme un totem oublié par une ancienne tribu.
WELINGTON accroche un plastique blanc à un buisson pour retrouver le passage du rio à la crique. Il ne ferait pas bon passer la nuit ici. Le coin est, paraît-il, fréquenté par des crocodiles de taille adulte.
De là mon imagination s’enflamme... comment pourrais-je survivre si je devais rester seul à attendre les secours ? Réponse : c’est une idée complètement idiote !
RETOUR
Déjà, le moment de rentrer est venu, seul problème nous sommes maintenant à contre-courant, ce qui veut dire que nous ne pouvons compter que sur nos bras pour revenir à la maison, enfin je parle, bien sûr, des bras de WELINGTON.
Dans certaines boucles, le courant devient fort et la pluie se met de la partie. Je tente de jouer de la rame pour aider WELINGTON mais je ne suis pas très efficace. De toute façon WELINGTON doit être une sorte de robot, il peut ramer des heures sans montrer le moindre signe de fatigue. Merci WELINGTON, sans toi j’y serais encore !
Dernière nuit dans la forêt, un groupe d’arbres se détachent en ombre chinoise, plus bas dans le rio, des centaines de petits poissons s’éclaboussent au clair de lune tandis que sous mon nez des insectes font leurs rondes à l’extérieur de ma moustiquaire.
Tout va bien, je vais pouvoir faire de beaux rêves... c’est la fin du voyage.
Jean marc Desrosiers – Voyage Janvier 2012
--