Bonjour,
Au retour d'un voyage, les souvenirs qui restent particulièrement précis dans ma tête sont les tout premiers instants après l'arrivée, même s'il n'ont rien eu d'exceptionnels. Voici mes premières impressions du
vietnam, où j'ai passé 3 mois en été 2006.
Bonne lecture !
5 juin 2006,
Dans un cri de douleur déchirant, les pneus de l’airbus avaient crissé avec rage sur le tarmac de l’aéroport, comme un hurlement libérateur après un vol trop long. La masse gigantesque de l’avion glissait maintenant avec volupté sur la piste. Le pilote éteignis les moteurs, je défis ma ceinture. Ca y est, j’étais arrivé à
Saigon.
Saigon,
Saigon ! Il me plaisait de faire resurgir d’un passé sombre et tumultueux l’ancien nom de la capitale sud vietnamienne, désormais officiellement nommée
Ho Chi Minh Ville, en hommage au père de la révolution contre les colons français.
Saigon, par son histoire, sonnait et résonnait dans ma tête comme un mystère obscur, une ville fiévreuse, grouillante, insaisissable où se tramaient complots secrets et trafics en tout genre, dans une chaleur humide et épuisante, propice à l’humeur langoureuse.
A peine sorti de la cabine confortable et climatisée de l’avion, un souffle chaud et moite me tombait sur les épaules. Subitement, une sorte de pression étrange enveloppait mon corps tout entier, comme si, ici, l’air n’avait pas la même densité. C’était la chaleur des tropiques qui m’écrasait de tout son poids, qui dégoulinait en sueur sur ma peau. J’aimais cette sensation oppressante qui, avec l’odeur puissante et saturée du goudron, mélangée à celle du kérosène, avec l’épaisseur de la nuit noire alentour, me confirmait que décidément j’avais bel et bien changé de latitude.
A la sortie du hall d’arrivé, dans la foule amassée derrière les barrières, m’attendait un homme avec un carton à la main sur lequel je pouvais lire avec soulagement, « Mister Joachim Peeters ». Non, on ne m’avait pas oublié, on était bien venu me chercher.
Le chauffeur du minibus dans lequel j’avais pris place aux côtés des employés de l’usine dans laquelle j’allais travailler, tentait en vain de se frayer un chemin à coup de klaxon au milieu de cette circulation anarchique. Seules deux choses étaient indispensables pour progresser : une pédale d’accélérateur et un bon klaxon. Habitué des bouchons de voitures aux heures de circulation difficile, je découvrais émerveillé les embouteillages de motos. De partout, au coude à coude, déboulaient des milliers de vietnamiens, en selle à trois parfois quatre sur des petites motos d’importation chinoise ou japonaise. Le flot était anarchique et coordonné en même temps, comme un fleuve plein de remous mais qui s’écoule dans une même direction. J’étais ensorcelé par ce ballet de motos, et la danse joyeuse et délurée de ces milliers de phares rouges et jaunes m’hypnotisait.
Peu à peu nous quittions les banlieues de
Saigon qui s’étiraient sur plusieurs kilomètres. Enfin nous commencions à respirer, loin des millions de pots d’échappements et de l’agitation de la marmite saigonaise. Tandis qu’Elvis Presley, qui se donnait à fond sur des rythmes de rock endiablés maintenait la concentration du chauffeur à travers la radio, la plupart des employés de l’usine somnolaient sur les banquettes. A mes côtés, une des secrétaires de l’usine, que je ne connaissais que depuis une heure, dormait la tête reposée sur mon épaule.
Malgré la fatigue du voyage, j’étais bien trop excité par ces paysages inconnus qui surgissaient à 100 km/h du noir de la nuit. La nuit était d’une obscurité inquiétante, seul le paysage dans le champ d’éclairage des phares montrait son visage. Et ainsi, de proche en proche, tout ce qui m’était encore inconnu la seconde précédente se dévoilait peu à peu, comme une confidence avant de replonger dans le noir. Paysages furtifs, contemplation éphémère.
La route filait, chaotique, comme un long serpent noir entre des milliers de palmiers. De temps en temps nous croisions quelques ombres, aussi noires et discrètes que la nuit, qui marchaient le long de la route. Puis, à toute berzingue toujours, nous traversions un petit hameau de maisons avec ses commerces et gargotes qui s’étalaient le long du goudron. Enfin, après deux heures de route, les lumières puissantes de la sucrerie apparurent au milieu des champs de cannes à sucre.
Tel un phare, la haute cheminée de combustion de l’usine annonçait la fin de mon voyage.
joachim