La Tribune le 7 mai........
Après le refus de la direction générale de l'aviation civile française d'accorder une dérogation à
Qatar Airways pour opérer des vols supplémentaires en
France, le Premier ministre du
Qatar a envoyé un courrier à Jean-Marc Ayrault pour lui rappeler le rôle de sa compagnie dans les commandes d'Airbus et des emplois que cela génère en
France. Une réunion entre les ministères concernés est prévue prochainement. Mais
Paris ne semble pas vouloir accorder plus de vols à la compagnie qatarie pour ne pas fragiliser davantage Air France.
Ca chauffe entre le
Qatar et la
France sur les questions de transport aérien. Selon nos informations, le Premier ministre du
Qatar a écrit il y a environ un mois à Jean-Marc Ayrault pour lui faire part de son regret de voir les demandes de vols supplémentaires de
Qatar Airways en
France refusées. Alors que la compagnie aérienne qatarie a déjà atteint le quota de vols inscrit dans le dernier accord bilatéral entre la
France et le
Qatar (21 vols hebdomadaires), elle souhaite à nouveau augmenter sa présence au départ de
Paris. Sa demande de dérogation ayant été refusée par la direction générale de l'aviation civile (DGAC),
Qatar Airways est contrainte de fermer ses vols au départ de
Nice fin mai pour les transférer à
Paris début juin afin d'y exploiter trois vols quotidiens entre Roissy et
Doha.
Suicidaire pour Air France
Après le refus de la DGAC, le ton du courrier devient même menaçant quand, évoquant les excellentes relations entre la
France et le
Qatar, le Premier ministre qatari rappelle le poids des commandes de
Qatar Airways passées à Airbus, lesquelles ont « contribué au maintien de 17.000 emplois en
France ». Le décryptage est très simple. "Le
Qatar menace de moins se fournir auprès d'Airbus pour ses prochaine commandes d'avions", explique un proche du dossier, même si à court terme, les retards du B787 vont permettre à l'avionneur européen d'engranger une commande de 10 a 15 A330, la meilleure alternative au B787 aujourd'hui en service. Une commande devrait être passée au salon du Bourget a indiqué mardi Le PDG de
Qatar Airways, Akbar al Baker. Jean-Marc Ayrault n'a pas encore répondu à son homologue. La position du gouvernement, confronté pour la première fois à ce type de dossier avec les compagnies du Golfe, n'est pas tranchée.
Sans avoir le statut officiel de réunion interministérielle (RIM), les ministères impliqués dans ce dossier (Matignon, Transports, Bercy, Quai d'Orsay...) se sont réunis le 18 avril dernier pour étudier l'opportunité d'ouvrir des négociations bilatérales sur les services aériens entre la
France et le
Qatar. Elle n'a pas été conclusive. Une autre réunion est prévue d'ici à une semaine. Si rien n'est joué, la tendance est néanmoins aujourd'hui à ne pas accorder ces droits pour protéger Air France, en grandes difficultés financières. « C'est trop tôt. Si l'on accorde des vols supplémentaires à
Qatar Airways, il faudra en accorder ensuite à Emirates (
Dubaï) et Etihad (
Abu Dhabi). C'est suicidaire pour Air France », explique la même source. Déjà fortement concurrencée par les compagnies du Golfe qui aujourd'hui proposent plus de 70 vols par semaine au départ de
Paris (en comptant également
Oman Air et Gulf Air), la compagnie Air France, en pleine restructuration, n'est pas armée pour affronter une nouvelle vague de vols des compagnies du Golfe dans l'Hexagone.
Consensus
Cette position semble faire consensus. Reste à trouver la bonne méthode pour l'expliquer au
Qatar. « Traditionnellement, le ministère des Transports était seul face à l'Elysée, Matignon et le Quai d'Orsay, mais cette fois c'est le ministère des affaires étrangères qui est un peu isolé », explique un autre proche du dossier. Et encore, le Quai d'Orsay ne remue pas ciel et terre et semble bien comprendre la problématique. Même Airbus, pourtant informé du courrier qatari, n'est pas (encore ?) monté au créneau, comme il a pu le faire dans le passé dans des dossiers similaires. Il est vrai que la menace du
Qatar est à relativiser même si a été évoquée mardi une commande opportuniste d'A330. Les besoins de
Qatar Airways ayant déjà fait l'objet de plusieurs commandes importantes, le potentiel de commandes futures est jugé relativement faible à moyen terme. Si Airbus est calme, Air France s'est très vite manifesté pour rappeler aux autorités françaises les dangers pour elle d'accorder de nouveaux droits de trafic aux compagnies du Golfe
Dossier polémique
Ces négociations avec les compagnies du Golfe sont depuis une dizaine d'années extrêmement tendues. Elles font l'objet de polémiques entre Air France, qui pousse les autorités françaises à refuser les demandes de nouveaux droits de trafic d'Emirates, de
Qatar Airways ou autres Etihad soutenues par des Etats aux dents longues qui sortent du pur débat sur les droits de trafic pour mettre dans la balance d'autres dossiers industriels. A ce jeu là, Air France n'a pas su faire entendre sa voix. Son discours sur la défense de l'emploi en
France est le plus souvent passée après d'autres considérations (Airbus, Dassault Aviation notamment).