Prague, Praha l'éblouissante, l'intemporelle, perle dorée de la Vltava au romantisme étonnant et aux multiples facettes pluriculturelles. En peu de temps, depuis l'éclatement du bloc communiste, c'est devenu une destination à la mode qui n'a plus grand chose à voir avec la ville presque vierge de tourisme que j'ai connue il y a 10 ans et c'est aussi une ville qui est devenue chère dans l'ensemble du fait de l'attrait suscité en Europe et des prix des voyages organisés peu chers au début!
Voilà des années que je me suis tournée vers l'
Europe de l'Est et ses contrées à la fois proches de chez nous et si variées, si différentes, si contrastées, si émouvantes et riches de cultures, de traditions et d'histoires souvent imbriquées et pas toujours bien digérées. Que dire alors de la sublime
Prague ?
Allez savoir pourquoi, je ne peux oublier
Prague, ma ville préférée probablement devant
Krakow. "
Prague rivalise avec Vienne pour ses palais, avec
Dresde pour ses jardins, avec
Cracovie pour son ghetto". Je pourrais réemprunter ces quelques mots pour résumer ce que peut être
Prague comme condensé d'influences, de cultures et de gens.
Prague, c'est un amalgame de cultures juive, allemande et tchèque, et la magie et le fantastique de
Prague trouvent un écho supplémentaire dans l'évocation légendaire de son ghetto.
Comme beaucoup de capitales d'Europe,
Prague est séparée par un fleuve, la Vltava qui est aussi le plus précieux indicateur des populations occupant la vill et de leur répartition riche de signification, puisque c'est une sorte de ligne de démarcation entre les Tchèques, les Allemands et les Juifs. Vous ne pourrez pas échapper à la traversée du pont Karluv Most enjambant la Vltava (Moldau en allemand) et à la découverte de ses artistes peintres et musiciens itinérants qui lui donnent un cachet encore plus beau avec ses 30 superbes statues (les originaux sont au
Lapidarium). En vous engageant vers
Mala Strana, vous découvrirez tour à tour
Saint Nicolas Mala Strana à l'intérieur fastueux, Notre Dame de Lorette, le
Monastère de Strahov et ses magnifiques bibliothèques baroques ou encore le petit Jésus miraculeux que vous devrez prier dans une petite église. Vous n'échapperez pas au palais royal, à la
Cathédrale Saint-Guy (Hradcany) commandée par le grand roi Charles IV avec ses flèches gothiques qui défient le ciel, la montée sur la coupole, la
tour poudrière qui marque le début de la voie royale empruntée par les rois lors de leur couronnement, le
château de Troja, en étoile Hvezda, théâtre d'un épisode sanglant de la Bataille de la Montagne Blanche et de l'écrasement des rois de Bohème ou encore la
basilique Saint Georges. Difficile enfin d'échappper à la principale
place Venceslas, du nom du fils de Charles IV qui vit se dérouler la majorité des grands événements du siècle dernier : l'opposition aux chars soviétiques et la révolution de velours de 1989.
Si
Mala Strana est imposant, vous succomberez aussi aux évocations de Stare Namesti, dans le quartier de Stare Mesto, ancien quartier allemand de la
vieille ville où l'on retrouve les repères de la Bohème, les façades colorées aux airs barroques jaunes, roses ou bleues, les toits rouges ou dorés et les multiples petites échoppes ou magasins dont les très grands maisons de cristallerie. Vous vous balladerez sur la place, ancien marché principal au Moyen-Age devenu le coeur névralgique où les curieux se pressent pour observer le cadran de l'
horloge astronomique du XIVème s, avec les 12 Apôtres et la mort qui sort à chaque heure de son repère en narguant le Vaniteux. L'Eglise de Notre Dame du Thyn encastrée dans les maisons dont la Maison "principale" de style Art-Déco et l'Eglise orthodoxe
Saint Nicolas (Nikolaikirkan) d'un pur baroque bohémien se côtoient avec une remarquable tolérance, même si la place a vu défiler plus de mille ans d'histoire parfois éprouvante! Autre site incontournable : la maison du Tabac ornée d'une remarquable fresque en hommage à
Prague...
A quelques dizaines de mètres, vous pourez également partir à la rencontre des Juifs Ashkénazes dans l'ancien ghetto Juif si représentatif encore des us et coutumes des Orthodoxes, avec quelques échos au Golem que l'on essaie d'imaginer avec ses ombres et ses mystères, le café Kafka ou le café Milena avec ses succulentes patisseries. C'est d'ailleurs cette partie de la ville que je m'emploierais à développer, car c'est souvent la moins connue des touristes et celle qui est la plus survolée, qui attise moins la curiosité...
Prague est inséparable de Kafka comme Kafka lui fut, non sans paradoxe, inexorablement attaché... On retrouve
Prague au fil de toutes ses oeuvres ou presque : Le Château est peut-être celle où l'ambivalence de
Prague est le plus mise en lumière. C'est le seul vestige qu'il reste de la mémoire de Kafka, avec également une plaque commémorative devant le n22 de la rue qu'il habita, le café qu'il fréquenta longtemps, renommé Kaffee Kafka avec des photos d'époque... En arrière fond, la
Vieille Ville avec la Cathédrale et le Château qui inspira beaucoup le sombre Château de l'oeuvre du même titre...
"Il est impossible d'arracher Kafka à
Prague et presque inversement, ne dit-on pas assez simplement, "univers kafkaïen", atmosphère kafkesque",..., pour cette ville qui fut la capitale du Saint Empire Romain Germanique, le berceau de la Réforme, la "
Jérusalem de l'Exil" pour les juifs de la diaspora médiévale, "die goldene Stadt Prag", "sto vezata Praha" (la
Prague aux cent tours),.... Il est impossible d'ignorer l'ambivalence qui unit les termes de la dyade, et d'ignorer par là, les lieux visités, hantés, habités par Kafka, qui arborent pour enseigne, des traces de sa destinée. La maison natale de Kafka offre par exemple de cette idée une illustration pléthorique: elle a été, entre autres, la résidence du scribe de la
Vieille Ville, mais aussi surtout, elle figure un promontoire du ghetto de
Prague voué, dix ans après la naissance de l'écrivain, à la destruction. La situation géographique de sa maison natale alourdira d'un lest mauvais de plus, une des croix portées par Kafka, écrivain pragois de langue allemande, "ubique semper" étranger, juif pour les allemands, allemand pour les tchèques,... À l'instar de
Dublin ou de
Lisbonne,
Prague trouve dans la personnalité et dans l'uvre de Kafka une raison supplémentaire à la touffeur de son mystère... "
Sa vie a été étroitement inscrite dans une topographie qui va de la
Place de la Vieille Ville, dominée par les deux tours du Tyn, au château de Hradcany - encore aujourd'hui siège et symbole du pouvoir temporel - qui domine
Prague sur l'autre rive de la Vltava, en passant par les ruelles sombres de
Mala Strana à l'extrémité du
Pont Charles. Pour saisir l'esprit kafkaïen et la manière dont ses origines juives ont transpiré dans ses écrits, il faut parcourir l'ancien ghetto juif Josefov, l'un des derniers à avoir subsisté puisque celui de
Varsovie et tous ceux de
Pologne furent détruits, que ceux de Bucarest et de
Budapest sont pour ainsi dire constitués de frontières invisibles, imaginer l'ombre et la présence effrayante du mythique Golem, les synagogues dont il n'en reste plus que 7 sur plus de 30, le plus grand cimetierre Juif d'Europe avec plus de 12 000 tombes.
"Juste devant ma fenêtre (...) j'ai la grande coupole de l'Église russe avec ses deux clochers, et, entre les clochers et l'immeuble voisin, j'aperçois un petit pan triangulaire découpé dans le Mont Saint Laurent (Laurenzberg/
Petrin), avec une toute petite église au loin. A gauche, je vois l'Hôtel de ville et sa tour monter à pic, dans une perspective que personne n'a peut-être encore jamais vue." [Lettres à Felice de Kafka]
Prague est effectivement prodigieuse, à tel point qu'on la nomme souvent la perle de la Vtlava. Les pierres vibrantes et évocatrices d'un passé tourmenté forcent l'admiration, d'autant que le mariage des styles architecturaux pourtant anciens ne va pas sans rappeler encore aujourd'hui l'histoire de chacune des communautés (allemandes, tchèques et juives) qui s'y est enfermée...
S'introduire dans le ghetto juif de
Prague, c'est oser entrer dans un monde à part, parfois hors du temps, en suspens ou entre parenthèse, dont tous les lieux ont un charme si particulier que même les mots ne lui rendraient pas justice. Ce qui frappe, ce n'est pas tant la beauté, pas toujours évidente, mais la puissante évocation des pierres, ces endroits traversés par les siècles et survivants d'un population fascinante. La présence des premiers juifs remonterait au XIème s, mais la première tombe atteste leur réelle présence au XIVème s. Les Juifs cantonnés dans le ghetto devaient porter un chapeau jaune haut de forme pour sortir du ghetto, exceptionnellement pour faire du commerce. Le ghetto a été détruit au XIXème s pour des mesures sanitaires, il a été reconstruit dans le style de l'époque pour lutter contre les épidémies, l'insalubrité. Il fallut attendre le 3ème quart du XIXème siècle pour que les Juifs puissent sortir du ghetto ; c'est pourquoi Kafka étudia dans un lycée allemand et vécut quelques mois dans la ruelle d'or, pittoresque rue à l'architecture gothique et aux maisonnettes colorées, où été logés les orfévriers de la cathédrale au XVIème s et où vécut également Jaroslav Seifert, poète fameux, prix nobel de littérature. A une époque, ce quartier était peuplé de la population la plus pauvre de Praha et surtout subissait un fort taux de criminalité. Malgré le début de la destruction, le ghetto souffrait encore en 1900 de la pauvreté, de la misère humaine, de conditions sanitaires déplorables et d'épidémies variées et constantes. On ne s'étonnera pas qu'en dépit de son statut "aisé" et relativement "bourgeois", Kafka contracta la tuberculose en 1917.
Il ne reste pas beaucoup de Juifs sur les 400 à 500 000 qui vécurent dans cet espace réduit que constitue le ghetto. Su 37 synagogues, on en compte désormais 7, dont une fondée par les Juifs qui ont fui l'
Espagne en 1492.
"Le judaïsme n'est pas qu'une affaire de foi, c'est avant tout une affaire de pratique sociale." [Kafka]
Ashkénazes est le nom que l'on donna aux populations Juives d'
Europe de l'Est et d'
Allemagne (pratiquant encore parfois les intégrismes comme le Hassidisme, le courant Loubavitch), par opposition aux Séfarades, les Juifs "occidentaux" et du Moyen-Orient, essentiellement localisés en
Égypte,
France,
Algérie, au
Maroc, en
Tunisie, en
Espagne, en
Italie, en
Grèce, dans les Balkans et au
Portugal ainsi que dans diverses contrées pratiquant le Marranisme.
Choc de deux mondes aux valeurs antagonistes : les uns véhiculant les références occidentales et la modernité, les autres restant attachés à leur culture orientale et à leurs traditions ancestrales. Le yiddish est leur point d'union : c'est une langue vieille de 1000 ans qui fut longtemps le lien unificateur entre les juifs d'Europe. C'est un amalgame d'hébreu, d'allemand, de russe, de français...
Comme je l'ai précédemment dit, 7 synagogues sont le passage obligé pour découvrir la
Prague Juive. Elles ont subsisté après que le ghetto eut été détruit une première fois dans le but d'un assainnissement.
La plus ancienne et de toute évidence la plus authentique du ghetto en raison de son esthétique ultra épurée, de son architecture gothique primaire et de son orthodoxie, est la synagogue Vieille-Nouvelle qui remonterait au XIIème siècle (1270) et aurait été en fait battie sur une synagogue datée du XIème ! Parmi les illustres rabbins de la synagogue Vieille-Nouvelle, le plus célèbre reste le très savant Jehuda Lew ben Bezabel, dit le rabbin Löw, créateur du légendaire Golem. Un géant né d'un mélange de terre et d'argile, destiné à protéger la communauté juive, devrait, d'après la légende, être toujours caché dans un endroit inaccessible, le plus probablement sous le toit de la synagogue. La synagogue reste, elle-aussi, entourée de légende qui lui prête, en effet, différentes origines. Pour les uns, la Synagogue Vieille-Nouvelle a été érigée avec les pierres du Temple rapportées par les Juifs de
Jérusalem, pour d'autres, ce sont les anges protecteurs de l'église qui en ont transporté les pierres."
Chose primitive, embryon, homme sans ntelligence, manière, morale. Que de sens pour le Golem... Le Golem est sorti de l'imagination du rabbi Low, fondateur d'une école talmudique renommée. Le Rabbi Low était aussi philosophe et astronome, et il aurait donné vie à un être fait d'argile en glissant dans sa bouche une formule magique gravée sur une pierre, le Golem. Hélas, le Golem devînt fou et rabbi Low retira la pierre de sa bouche. La légende dit qu'il a caché sa créature dans les poutres de la synagogue Vieille Nouvelle..."
Il y a fort à parier que le rapport de Kafka à sa Judéité n'alla pas sans influencer son oeuvre... On pourrait d'ailleurs se demander si la créature informe que devient Gregor Samsa dans la Métamorphose ne fut pas inspirée par l'imaginaire que nourrit le Golem...
"La Bible dans son psaume 139, 6 emploie le mot Golem dans son sens originel, soit embryon, substance informe. Selon les rabbins, la création d'Adam se fit en sept jours, au cours du dernier, Dieu souffla dans ses narines et l'anima, c'est alors que certains Rabbins ont estimé possible de créer un être animé. Selon les légendes, certains Saints Thamuldiques avaient réussi a animer une masse ayant la force d'un homme."
"A l'époque des croisades, les Juifs pour tenter de survivre et disposés à se défendre créèrent cette arme terrible mais incontrôlable que fut le Golem. On devait pétrir avec de l'argile rouge une statue humaine à peu prés de la taille d'un enfant de dix ans, puis écrire sur son front le mot Vie en Juif, soit EMETH. Aussitôt, la créature vivait, devenant un esclave docile pour le magicien qui pouvait ainsi lui commander les travaux les plus durs. Un seul inconvénient, le Golem croissait avec une très grande rapidité devenant un géant. Le seul remède pour transformer le Golem en une masse inerte était d'effacer sur son front le mot Vie et de le remplacer par le mot Mort c'est à dire Meth.
Un rabbin nommé Ben Levi, créa ainsi quatre géants qui creusèrent au sein de sa maison un souterrain de mille pas de longueur, dont il avait besoin pour cacher ses trésors et ses livres, à la veille d'une perquisition, dont il avait été secrètement averti.
Quand le travail fut terminé, le Rabbin se trouva fort embarrassé, car les Golems avaient trois fois leurs tailles, il ordonna respectivement aux trois golems de s'agenouiller pour renouer les cordons de ses sandales, de cette ruse il put effacer sur leurs fronts la première lettre du mot Vie.
Au XVI eme siècle, lors des persécutions contre les juifs, les histoires de Golem prirent une importance considérable, ce dernier se transformant non plus en des esclaves mais en sorte d'héros nationalistes, en somme un symbole de défenseur."
Etrange étrangère et troublante, cette ambiance qui nous envahit, nous parcourt, nous fait même trésaillir... Pesante, angoissante dès lors que l'on se souvient de l'existence de cet être irréel informe et que l'on connaît un peu l'histoire chargée des lieux, elle ne nous quitte pas et n'est que plus forte le soir. On parviendrait presque, surtout au crépuscule, au détours des ruelles obscures, à ressentir la présence indicible de la Créature... Le Golem fait partie des légendes qui font de
Prague une ville exceptionnelle, hors du temps par moment et parfois même obscure... Finalement, visiter le quartier Juif, c'est aussi un peu se faire peur en espérant croiser sur notre route le mythique personnage fantasmagorique dont on attribue l'origine au "Grand Rabin" Löw, décédé en 1616 et enterré dans le vieux cimetière. Celui-ci aurait créé le Golem, aux allures de géant d'argile à la force extraordinaire, pour protéger sa communauté tout en sachant que les traditions du Shabbat, l'obligeaient tous les vendredi à le détruire, avant qu'il ne devienne de plus en plus dangereux et incontrôlable...
Vous pourrez également visiter la Klaus Synagogue (1680) où se trouvent des manuscrits et de vieux ouvrages hébreux, la grande Synagogue datée du milieu du XVIème, où sont exhibés de nombreux objets dont de riches tissus.
Pinkas Synagogue a été érigée en 1475. On y a fondé un mémorial pour les victimes du nazisme : vous y découvrirez une exposition permanente pour les 77 297 victimes de l'Holocauste. Sur plusieurs pans de mur, sont inscrits les noms de toutes les victimes de Bohème et Moravie pendant l'Holocauste... Endommagée par les inondations de 2002, la synagogue est restée fermée jusqu'à Août 2003 pour rénovation. Dans le mémorial, la 19ème section est réservée aux fameux dessins d'artistes Juifs retenus dans le camp de concentration, mais aussi d'enfants victimes. Chacune de ces oeuvres sensibles et chargées de douleurs et de mort sont la mémoire immortelle de l'horreur vécue par les Juifs pendant la 2ème Guerre Mondiale. Ces dessins sont restés comme rares témoignages "artistiques" de l'horreur nazie, notamment perpétrée sur les femmes et les enfants, le plus souvent gazés pour supprimer toute "reproduction" de la race juive considérée comme un "poison" par Hitler. Une fois découverts par les Nazis car des dessins avaient été vendus en cachette pour trouver de la nourriture, les dessinateurs qui profitaient de rares moments pour graver la mémoire sur le papier des horreurs vécues dans le camp, ils furent torturés à mort pour la plupart ou envoyés à
Auschwitz. De nombreux dessins ont quand même été sauvés de justesse. 4500 dessins d'enfants furent sauvés, car ils avaient été cachés par quelques subterfuges... Les Nazis avaient demandé à quelques grands noms des arts de réaliser des dessins pour signifier au monde que les camps de concentration étaient "juste" des camps de travail aménagés pour le bien-être des Juifs.
Les principaux auteurs sont Brandeis (1898 - 1944), un peintre et architecte designer d'interieur, diplomé de Bauhaus et pupille de Franz íek, ainsi que Johann Itten, Lyonel Feininger, Oskar Schlemmer, Friedl Dicker et Paul Klee. Avant d'être déporté à
Auschwitz, F. Dicker avait réussi à les enfouir dans un lieu secret. Retrouvés dès la fin de la guerre, ils furent offerts au
Musée Juif de Prague qui est le témoignage sûrement le plus poignant du destin tragique des Juifs de Bohème et Moravie. La majorité des 15 000 enfants dessinés furent déportés à
Auschwitz et seuls quelques uns (122) en réchappèrent miraculeusement. 97297 Juifs pèrirent dans ce qui était l'ancienne forteresse érigée par la Grande Impératrice Marie-Thérèse, d'où le nom de Theresientadt, jusqu'à 1945, devenu
Terezin, près de Litomorice, en Bohème. Tous les dessins, cependant, ne représentaient pas les enfants et les "secrets" laissaient une grande place à la libre expression, à l'imaginaire et à des perspectives d'émotions et de communication qui transcendaient la dure réalité.
Maisel Synagogue est la plus riche avec de nombreux et variés trésors en argent offerts par un richissime habitant qui lui donna son nom. D'un style néo gothique Renaissance, elle fut reconstruite après sa destruction par un incendie. Elle abrite une exposition sur l'histoire des Juifs de Bohème Moravie entre le Xème et le XVIIIème siècle.
Dernière synagoge : la spagnola synagoga, chef d'oeuvre du XVIème siècle battie par la diaspora séfarade. La
synagogue Espagnole est construite sur les ruines de la première synagogue de
Prague, la synagogue Vieille Ecole qui était le centre de la communauté juive de rite oriental au XIème siècle. Il ne reste absolument rien de la synagogue Vieille École. L'architecture extérieure mêle les styles mauresques et Renaissance. L'intérieur est richement décoré de stucs inspirés de l'Alhambra de
Grenade. La
synagogue espagnole se visite et des concerts y sont régulièrement organisés.
Le quartier possède une certaine autonomie avec sa mairie juive, datée du milieu du XVIème ! Le richissime Mordechai Maisel commanda et paya la construction de l'hôtel de ville juif (ainsi que celle de la synagogue Haute attenante) en 1570-1577. Remaniée dans le style rococo en 1763, elle a été agrandie en 1908. "L'hôtel de ville juif a joué un rôle important dans la défense du
pont Charles au moment de l'invasion suédoise de 1648, et en remerciement la municipalité de
Prague autorisa la construction d'un clocher surmonté d'une flèche verte."
Le vieux cimetière Juif avec la tombe de Rabbi Low qui serait le créateur de la statut du Golem est un lieu extrêmement fréquenté par les flots de touristes qui se pressent pour voir ces pierres séculaires, dont certaines rappellent des personnages éminents de Josefov. Fondé dans la première moitié du XV eme siècle, le plus ancien tombeau est celui de Avigdor Kara qui date de 1439. Il s'agit de l'un des plus remarquables cimetières au monde si ce n'est le plus remarquable ; il est la mémoire de 8 siècles de Judaïsme en Europe. Il a été fondé au XVème siècle, redéveloppé entre 1893-1913 avant d'être fermé, car il ne permettait plus d'accueillir de nouvelles tombes. 12 000 pierres tombales pour plus de 100 000 morts. Les tombes sont souvent si anciennes qu'on peut à peine lire ce qui est gravé sur les pierres... Un lieu de recueillement appelant au respect malgré les curieux. La tradition orthodoxe veut que l'on dépose des petits cailloux pour signifier que l'on a adressé nos pensées à ceux qui reposent ! Nulle fleur, nulle plaque. Tout se vit dans la discrétion et la simplicité, même si l'arrivée des Juifs Séfarades a vu fleurir des tombeaux plus imposants avec une véritable recherche esthétique et une volonté de montrer sa richesse et son pouvoir!
A Zizkow, on retrouve un autre cimetière. Daté de 1680, il fut particulièrement rempli par plus de 40 000 personnes au cours du XVIIIème siècle et fut utilisé jusqu'en 1890, date à laquelle il fut déplacé dans le district de Strasnice. Beaucoup de tombes sont laissées à l'abandon et les plus vieilles et mieux entretenues sont celles des plus éminentes personnalités telles que le rabbi Landau, Eleazar Fleckeles qui en entreprit la restauration, le physicien Jonas Jeiteles, son fils Baruch Jeiteles, l'historien David Podiebrad qui firent partie de l'intellegentsia juive. On y trouve également les premiers entrepreneurs du quartier - Joachim Popper et des personnages de
Jerusalem, les familles Pribram et Dormitzer. Il réunit des tombes du style Baroque, Empire et Romantique. En ce lieu git aussi le primat de la cité juive Mordechaï Maïsel décédé en 1613, David Gans, savant de la Renaissance, historien, mathématicien et astronome décédé en 1613 et enfin le Rabbin collectionneur de manuscrits et d'incunables hébraïques, David Oppenheim décédé en 1736.
Après avoir parcouru Praha, à pied évidemment pour en apprécier tous les charmes, en bateau sur la Vltava ou en tramway, Vous éprouverez un plaisir non dissimulé à goûter à la cuisine tchèque dans des petits restaurants exquis, un verre de Muller-Thurgau ou de Sauvignon à la main, les meilleurs sont les vins blancs demi secs influencés par les Riezling autrichiens à déguster sur les places de la ville. Laissez vous aussi conquérir par les spécialités de Bohème, la soupe aux haricots dans une assiette creusée dans un pain, les cafés à la chantilly, ou les crèpes chocolatées avec de la crème de noix ! Un plaisir à savourer sans modération. Comment oublier la brasserie U Calicha, célèbre pour son ''Brave Soldat Sveik'' ou encore U Tomasu, toute en succession de salles voûtées?!
Les brasseries sont nombreuses surtout dans la zone de Stare Namesti. Il faut savoir que la bière se brasse depuis le XIème s et qu'elle est surtout répandue depuis le XIVème. La bière Tchèque se rapproche fortement de la bière Slovène Blonde Union. Demandez la Smichov de Staropramen ou une Velvet si vous préférez la rousse. Personnellement, je n'aime pas la bière, mais c'est l'une des rares que j'ai supportée, donc je ne peux que vous la suggérer. Sinon, évidemment, un Riezlinski est un très bon choix car les vins blancs, légèrement secs ou secs sont délicieux et s'inspirent vraiment des vins autrichiens. Vous pourrez découvrir un vin plus particulier avec le Turger-Mullau...
Que manger à
Prague de traditionnel ? En entrée, la salade de pommes de terre (bramborovy salat) ou de concombres vous seront proposées presque par réflexes. Les plats sont assez lourds et parfois gras, mais très bons, c'est pourquoi ceux qui ont un gros appétit doivent quand même se préserver pour le plat de résistance et le dessert. Si vous préférez la charcuterie, un excellent jambon cuit (dusena sunka) vous attend ; d'ailleurs, on saura vous le recommander partout, de même que le fromage tchèque chaud et le saucisson hongrois qui pour ceux qui connaissent penseront immédiatement au chorizo espagnol.
Il faut savoir que les Tchèques mangent deux plats en général, ils ouvrent plutôt l'appétit avec une soupe ou un consommé. La soupe nationale s'appelle Ceska bramborova, c'est un potage à base de pommes de terre, de champignons et de carottes qui peut être servi dans un gros pain en forme de soupière que vous pourrez manger avec plaisir, mais vous pouvez aussi trouver de la soupe aux tripes (drstkova), aux choux (omniprésents partout dans la cuisine) et au lard (zelnacka) et le consommé de buf nommé hovezi polévka qui est plus léger et se rapproche fortement des soupes que vous trouverez dans les zones balkaniques d'Ex-Yougoslavie.
Vous serez peut-être étonné de constater que beaucoup de plats sont pânés, à commencer par le fromage généralement blanc, servi chaud que vous trouverez sous l'appelation "smazeny syr". Il faut savoir que l'empreinte autrichienne est assez évidente et on retrouve des plats comme les cordons bleus et les escalopes panées à la viennoise (smazeny rizek). Les Tchèques pannent aussi les boulettes de viande les karbanatek qui sont associées à des petits oignons et une sauce épaisse au paprika comme en
Hongrie ou en Ex-Yougoslavie. C'est un peu fort, mais très bon à condition d'avoir un estomac qui le supporte. Le poivron est partout ou presque... de même que les champignons ou le chou-fleur qui pevent aussi être panés, d'où le sentiment d'écoeurement que peut procurer rapidement cette cuisine.
Les carnivores apprécieront deux spécialités dont le rôti de buf à la crème, servi avec des airelles et le petit jarret cuit au miel qui est succulent et rappelle une fois encore l'
Autriche. Le rôti de porc se décline à toutes les sauces, ce qui explique parfois que l'on ait le sentiment d'une cuisine "peu variée" ou "grasse". Pour le poisson, c'est plus limité à la carpe, à la truite et à la perche en général pêchée dans la rivière Vltava.
La spécialité qui accompagne les plats chauds est composée de Knedlky, elles ressemblent à des tranches de pain rond brioché et aux Dobronice Slovènes. Ces knedlky ne peuvent être évitées, elles sont préparées à base de farine, d'ufs, de levure et de pain rassis, puis cuites à l'eau et coupées en rondelles. Ce n'est pas très goûteux et les touristes trouvent souvent que ce n'est pas très bon, mais c'est une forme de nombrilisme par rapport à notre cuisine, car l'accompagnement avec les sauces et la viande est très bon. Sinon, les principaux légumes sont les croquettes ou les galettes de pommes de terre parfumées à la marjolaine, les french "frites" pour les touristes, car hélas l'invasion entraîne une adaptation de la gastronomie, les hrasek qui sont des petits pois, les fazole, des haricots blancs, et les spenat, les épinards qu'on trouve souvent en accompagnement avec le porc. Il faut savoir que les accompagnements sont le plus souvent servis à part, à la carte. C'est donc facile de faire des plats sur mesure et il vous en coutera environ 1 par accompagnement!
Difficile de ne pas retrouver l'influence viennoise dans les desserts : tout d'abord il y a un gâteau au chocolat avec de la crème de type anglaise, le fameux sacherdort aussi, un gâteau proche du Strudel qui s'appelle jablkovy zavin et que l'on vous donnera en Moravie dès le petit-déjeuner. Bien sûr, selon la saison, surtout en été, vous vous régalerez des tartes kolace aux fruits généralement rouges et aux graines de pavot). Les Tchèques ont leurs profiteroles qu'ils estiment comme les meilleures au monde et qu'ils appellent Vetrnik, elles ont à la chantilly, faite à la main, ce qui change de beaucoup de nos restaurants. Enfin, il y a le dessert classique de toute l'Europe centrale, les beignets à la confiture de fruits rouges, les vdolky, les crêpes aux fruits, au nutella pou aux noix, à la crème de noix en général si vous y allez en automne. Le plus amusant et symbolique est le sablé au coco et à la crème qui doit son nom de "petit cercueil" rakvicka, à sa forme.
Sachez qu'à
Prague, la cuisine est bohémienne, mais vous trouverez quelques excellentes brasseries moraves avec des plats plus consistants encore dont un avec du chou, des knedlky et quatre sortes de viandes et de charcuteries souvent fumées n'allant pas sans rappeler la choucroute. On peut aussi trouver le goulash mais plutôt sous forme de soupe. Si vous êtes pressé, en journée et que vous avez une petite faim à combler, mangez un sandwich typique à base de grosse saucisse blanche grillée comme les saucisses allemandes et de chou cuit pour un € ou deux ce qui sera mieux qu'un MacDo !
Pour conclure,
Prague a été un souvenir sublime de mon voyage en
Europe de l'Est que j'espère bien revivre prochainement. Somptueux monuments avec ses statues, ses styles qui s'harmonisent si bien, ambiance tantôt nostalgique, tantôt festive dans les tavernes et les pubs, accueil et hospitalité parfois méfiants à cause du tourisme massif !
A mes yeux,
Prague reste belle, car elle est associée à de nombreux souvenirs, à un attachement viscéral à l'Europe centrale et à Kafka. Ceci dit,
Prague change et pas en bien, elle s'enlaidit, elle se peuple de touristes loin d'être respectueux et curieux des vraies belles choses, elle se renchérit (25 par personne pour visiter Josefov pendant deux heures!!!, des tours qui se multiplient sur des pseudos thèmes se faisant payer chers comme la découverte des ruelles et des fantômes en soirée), les Praguois deviennent de moins en moins chaleureux forcément et avec l'entrée en Europe, c'est bien pire. Les prix des hôtels flambent aussi : fixez votre prix, car les abus sont nombreux. Si vous passez par une agence, marchandez et fixez un prix maximum, ils feront en sorte de vous trouver une chambre et comme il y a des dizaines de bureaux de renseignements pour les hôtels, vous n'aurez pas de problème.
Aujourd'hui à
Prague, toute l'année, on ne voit que des flots de touristes, on ne peut plus aller nulle part ou presque pour trouver des lieux authentiques, la nourriture devient plus mauvaise... Quant aux immigrants, ils sont en nombre croissant ; les Turcs, les Russes, les Indiens, les Maghrébins investissent les hôtels pour les reprendre ou en créer un peu partout pour répondre au tourisme : on retrouve alors le marchandage pénible, les prix exorbitants que l'on baisse de moitié comme par magie pour nous retenir!