bonjour Kristen,
le buffet américain du 10 rue Montmartre à la fin des années 1850 n’a évidemment rien à voir avec la notion de buffet telle qu’on la connaît en Scandinavie (smorgasbord) et aux
Etats Unis depuis 1940 (selon le lien que tu me donnes).... à
Las Vegas et
Branson Mo pour ne citer que deux lieux particulièrement connus pour çà
à mon sens le buffet du 10 rue Montmartre était pris dans le sens qui commençait alors justement a fleurir à partir du milieu du XIXème siècle en
France, avec la naissance du chemin de fer et ce pendant près de 150 ans justement dans toutes les gares de
France et de Navarre
Le mythe des Buffets de la gare
(ou l'on ne mangeait pas debout!)
les Buffets de la Gare ont failli disparaître mais heureusement ils seraient plutôt en renouveau
quand au terme
Américain de BUFFET AMERICAIN on peut penser qu’il faisait simplement allusion au fait que les mêmes locaux avaient été auparavant occupés par la Loterie des Lingots d’Or destinée à envoyer des gens en Amérique, en
Californie plus précisément puisque c’était là que l’on venait d’’y découvrir de l’or.
Les gens qui y étaient venus acheter leur billet avaient déjà une sorte de ''rêve américain '' dans la tête et le mot devait être du bon marketing dirait-on aujourd'hui
Pourquoi on y mangeait debout ?... çà je n’en sais rien
bon.... c'est mon idée mais je peux me tromper

Ceci dit....moi non plus je n’ai jamais mangé debout dans un buffet aux
Etats Unis, enfin pas tout à fait..
à
Boston, un jour d’automne venteux et frileux, il m’est arrivé de m’engouffrer dans un estanco, un bar à soupes en l’occurrence, pour y manger une soupe chaude bien réconfortante que l’on puisait soi-même dans de grands faitouts et que l’on consommait assis ou debout, avec dans ce dernier cas une tablette comme support....
... un peu comme quand en
France on cassait le fameux œuf dur chanté par Jacques Prévert sur le bord du zinc (qui n’en était pas un d’ailleurs) ou comme on avale encore un croissant avec son petit-noir
l’affiche de Jean Alexis Rouchon dont la réalisation est effectivement probablement légèrement postérieure à l’établissement concerné mérite effectivement quelques explications que je vais tenter
mais çà pose un problème car, ce faisant, je risque de faire dériver le fil initial de la discussion....
d’autre part si j’ouvre une nouvelle discussion elle risque d’être exfiltrée d’autorité dans une autre rubrique par la Modération et tu ne connaîtras probablement jamais mes explications.... quel dilemme

!
en m’excusant auprès de Louis92, s’il en est offusqué, je continue donc...mais pour cette fois seulement !
en 1848 (comme on s’en souvient si on n’a pas séché les cours d’histoire) il y avait un parfum de révolutions un peu partout en Europe et en particulier en
France. En février les barricades avaient renversé le dernier roi, l’homme à la tête-en-poire, Louis Philippe pour le remplacer par la Deuxième République. Un peu plus tard en juin d’autres barricades se dressaient dans
Paris pour une république plus sociale.
Les gens, les ouvriers mais pas seulement eux, qui avaient participé à la Révolution de février et à l’insurrection de juin (surtout à cette dernière) on les appela les
Quarante-huitards
et ils restèrent dans le collimateur des autorités après juin 48
Certains de ces
quarante-huitards français prirent le large d’eux-mêmes pour la
Californie dès 1849... ils devinrent donc des
forty-niners (49ers
), ironie des mots, et allèrent laver des graviers, creuser les berges des rivières et camper dans la Sierra dans ce qui deviendra the
Gold Country ou the Mother Lode... !
Mais il en restait beaucoup et ils étaient devenus encombrants, ils représentaient un risque politique. Le Gouvernement d’alors, Républicain d’abord puis Impérial, monta alors une drôle de loterie, soit disant pour gagner un lingot d’or, dont le but était en réalité de payer le passage en
Californie à plusieurs milliers de ces indésirables. Un sorte de déportation en douceur et nourrie par l’attrait de l’or
On chargea quelqu’un de louer un local au 10 boulevard Montmartre pour faire la promotion de l’affaire. Dans ce local on exposa le premier prix était un lingot d’or valant plus de 400 000 francs de l’époque.
Pour assurer la promotion de cette savoureuse entreprise on loua les services discutables d’Alexandre DUMAS
fils qui en écrivit aussi l’histoire
Les journaux étaient priés d'insérer une publicité sur cette loterie moyennant une somme allouée de 50 francs par le préfet. Sur les rideaux des théâtres parisiens, étaient peinte également la réclame de
la Loterie des Lingotsd'Or.
Le tirage donna lieu à une cérémonie pompeuse, un certain Alexis Godillot entrepreneur fut chargé de la décoration. Je crois bien que c'est le même Godillot qui donna son nom à la fameuse chaussure pour l'Armée française quelques années plus tard.
Aucun lingot ne fut jamais gagné par personne. On s’aperçut d’ailleurs que nombre de billets portaient le même numéro et que c’était le Préfet de Police lui-même qui désignait les gagnants à partir de sa propre ‘’liste noire ‘’ en leur attribuant un passage pour la
Californie
De 1850 à 1853, 17 navires firent le transport de plus de 3000 hommes et femmes qui étaient reçus à San-Francisco par les représentants français dont ils obtenaient là un petit pécule après quoi ils devaient se débrouiller seuls.... mais çà c'est une autre histoire.
Ces chercheurs d'or particuliers on les appellait les
lingotiers, comme les navires qui les transportaient
Lorsque l’affaire capota en 1853 (non pas en 51 comme je l’ai écrit de mémoire dans mon message précédent), la boutique de la loterie ferma mais s’installa à sa place, selon mes sources, un ‘’ Buffet Américain’’ à l’enseigne du LING O T D’OR pérennisant ainsi l’aventure dans la mémoire collective. Il fit l’objet (peut-être quelques années plus tard) de l’affiche de Rouchon
Ce qui intéressant c’est que des Universitaires américains, remontant la trace de certains de leurs ancêtres sont venus récemment à
Paris étudier les archives de la Police pour documenter cet aspect quelque peu méconnu de la migration des
gold-diggers français
Un autre aspect méconnu de cette migration française a concerné les
Gardes mobiles (=les Mobiles) ceux lâ mêmes qui en juin 48 avaient réprimé le soulèvement des quarante-huitards sur les barricades.
à gauche les quarante-huitards....
à droite les Gardes Mobiles
Les
mobiles il fallait les récompenser d’avoir préservé le Gouvernement de l'insurrection de juin. En même temps ils risquaient à leur tour de poser des problèmes.
Une des solutions : les envoyer eux aussi loin, en
Algérie ou mieux en
Californie
Certains acceptèrent la proposition et ils eurent droit à un traitement de faveur : embarquement avec leurs officiers, en uniforme et avec leurs armes. A bord du vrai pain au lieu de l’incontournable biscuit de marin, de la viande en conserve au lieu de la viande conservée dans le sel !
Et c’est ainsi en ordre serré, fanfare en tête, qu’ils débarquèrent à
San Francisco oû ils furent d’ailleurs bien accueillis et oû l’on donna une sorte de réception en leur honneur. A cette date c’était encore la chienlit à
San Francisco et l’arrivée d’une force amie et disciplinée était de nature à inspirer de bons sentiments chez les autorités locales.
Quand, quelque jours plus tard, ils arrivèrent de la même manière derrière le drapeau tricolore dans la Sierra, les mineurs Français déjà sur place n’en revinrent pas et les mineurs Américains crûrent un court instant à une invasion étrangère !
Il y eut bien sûr quelques protestations des nouvelles autorités représentant le Gouvernement fédéral.. mais sans plus !
Ce fut probablement la seule fois qu’un force armée étrangère non invitée défila dans la
Californie devenue depuis peu Américaine
Et c’est ainsi que Quarante-huitards et Mobiles qui avaient fait le coup de feu les uns contre les autres sur les barricades boulevard Poissonière ou ailleurs... se retrouvèrent ensemble à charrier et laver les alluvions de la Sierra
Nevada !