Salut Mathews,
Excuse-moi, je n'ai pas eu vent de ton message, le mail classique n'est pas arrivé. Je réponds aussi à tItosh
Je corrige de suite, je ne dis pas que j'ai passé un mauvais séjour, bien au contraire. Je me suis fait attaquer certes, mais comme c'est la seule fois que ça s'est produit dans toutes mes pérégrinations il ne faut pas quand même se plaindre. Malheureusement pour le
Guatemala, ça s'est passé au
Guatemala !
J'étais arrivé un jour avant mon copain ami et frère Federico, colombien d'origine, mais qui vit en
France depuis 35 ans et qui a travaillé avec moi jusqu'à mon départ au
Paraguay.
Lui, il avait voulu faire du zèle quand il est arrivé à
Miami, Monsieur n'a pas voulu sortir son document français, il a tenu absolument à passer avec son passeport colombien... Je ne te fais pas un dessin, tu sais ce que pensent les Américains des Colombiens, il est resté bloqué pendant une journée avant de se décider de sortir son joker, sa pièce d'identité française.
En attendant, j'étais tout seul à
Guatemala City. Mon avion était arrivé à 4h00 de l'après-midi, le temps d'arriver à l'hôtel colonial dans la zone 1, il était quasiment 6h00 du soir. Je m'installe, l'hôtel super sympa bien coloniale comme je les aime.
Je me prends ma douche, et me vient une petite fringale. Je descends à la réception et je leur demande si ils peuvent me préparer un repas, le patron me répond qu'il ne fait pas restaurant ; me voilà bien !
Le patron ajoute : «
il y a un petit restaurant chinois à une centaine de mètres sur la gauche, vous pouvez y aller, mais surtout ne prenez sur vous que l'argent pour payer l'addition et rien d'autre, laisser toutes vos valeurs ici ! »Je ne suis pas un garçon buté, tu me connais, je quitte l'hôtel tranquillement et je suis interpellé rapidement par le nombre de vigiles présents, même dans les bouclards les plus ridicules, les magasins minuscules. Partout des gardiens de sécurité armés jusqu'aux dents avec riot gun et revolver à la ceinture et une quantité de munitions pour soutenir un siège, un petit peu à la Pancho Villa.
Je suis rentré dans le restaurant qui n'avait de Chinois que le nom, à la tombée du jour. Je m'installe, et je commence tranquillement mon repas. J'avais à peine mordu dans mon rouleau de printemps qu'un gars vient se planter immobile devant la vitrine du resto. Il était habillé un peu comme les peones, genre de pyjama blanc (enfin il avait dû être blanc à une époque) et pantalon « feu de plancher » avec au bout deux pieds bien crasseux comme ses mains. Au bout de 30 secondes un deuxième gars arrive et appuie son bras sur son épaule, puis quelques secondes après un troisième vient faire de même de l'autre côté, puis un quatrième, puis un cinquième... Tout ce petit monde me regardait fixement avec un sourire ironique. Je demande donc au vigile du restaurant :
« qu'est-ce qu'ils veulent ? » Il me répond :
« rien pour l'instant, ils font l'inventaire ! »Me voilà bien, mon rouleau de printemps venait de passer brusquement à l'automne, la menthe et les crevettes commençaient à avoir un sale goût... Je décide de continuer mon repas, quitte à être dans la merde, autant y être pour quelque chose. Entre-temps, la fameuse équipe s'était mise en position. Le «chef» s'était installé en face de moi de l'autre côté de la petite rue et était assis par terre à me regarder fixement en sniffant dans son sac de colle Néoprène. Les quatre autres étaient dans la même position de chaque côté de la rue à gauche et à droite de la porte. En fait, ils attendaient que j'aie fini mon repas et que je sorte pour me cueillir. Il faut dire que la nuit était tombée très vite et que cette ruelle était devenue tout à coup bien sombre.
J'ai donc décidé d'organiser mon évasion.
Je me suis levé tranquillement et suis allé voir la patronne. Je lui ai dit : « je vais vous payer maintenant, et je vais vous payer également un café que je ne boirai pas. Vous allez expliquer la situation au vigile et lui demander de m'ouvrir la porte au moment où vous allez m'apporter le café, car je dois surprendre tout le monde et surtout les gars qui sont dehors. »
Quand vous allez arriver le café à la main je vais foncer dehors !
Ensuite je vais plaisanter un peu avec le vigile, et je reviens à ma place comme si de rien n'était... La patronne arrive avec le café, je bondis, le vigile m'ouvre la porte, je me retrouve dehors, car la vie est bien faite.
Dehors coup de chance, ça montait pour venir à donc ça descend pour repartir. Et quand un type, quel qu'il soit, est lancé et que le terrain descend, il est très difficile à arrêter, même si c'est un vieux comme moi. Celui qui était assis par terre à droite a été surpris le temps que son cerveau ne sorte des vapeurs de néoprène, ça aide pas comme on dit ! Il a bien tenté de se lever pour m'empêcher de passer, mais comme j'avais déjà bien pris mon élan, je l'ai envoyé valdinguer un coup d'épaule quand il se relevait en déséquilibre, j'ai simplement entendu le bruit de sa tête contre l'énorme porte en bois avec des ferrures, ça a du le sonner !
Je ne pensais pas courir encore aussi vite, mais heureusement que l'hôtel n'était pas loin, car c'est un rythme que je n'aurais pas pu soutenir très longtemps, d'autant que j'entendais les bruits de pas se rapprocher derrière moi.
Le vigile de l'hôtel qui était devant la porte est venu rapidement au-devant de moi, j'ai entendu le bruit de l'armement de son riot gun, et les petits jeunes se sont évanouis dans la nature comme par magie.
Tu vois, ça n'a rien de bien transcendant, mais le gardien m'a quand même dit que ces mecs étaient tous munis de couteaux et que s'ils m'avaient attrapé, j'étais bon pour l'hôpital dans le meilleur des cas.
C'était sûrement le bizutage, une forme de bienvenue dans la zone1 de
Guatemala Ciudad ?
Après le lendemain, Federico est arrivé, nous sommes restés deux jours dans le coin et figure-toi que j'ai croisé l'équipe la journée dans la rue. Ils m'ont reconnu aussi mais ils étaient en heure de cohabitation, je n'ai pas été agressé, il faut dire qu'on éétait deux et qu'ils ne sont pas très épais à sniffer de la colle tout le temps.
J'ai passé ensuite un séjour d'enfer à
Antigua,
Chichicastenango, le
lac Atitlan etc.
J'ai toujours un souvenir