Les hasards d'une longue vie font que j'habite actuellement au Niger, à Niamey, depuis deux mois et pour deux ans de plus.
Les nostalgiques de l'Afrique classique ne seront pas déçus. Peu de choses ont changé ces dernières décennies. Sauf que l'explosion démographique a transformé "la dernière capitale de brousse" en une immense favela écrasée de chaleur, de poussière et de misère, et que "l'insécurité" vous assigne à résidence entre les barbelés, avec gardiens, talkie-walkie sur soi, SMS stressés de l'Ambassade de
France et quasi-impossibilité de se rendre à Agades sans escorte militaire (l'Armée facture 12000 dollars le convoi officiel).
Je ne peux que répéter ce que dit tout le monde: il fait chaud, mais les gens sont gentils, en ajoutant un qualificatif: il fait TRES chaud et les gens sont TRES gentils.
Si c'est votre premier contact avec le sous-développement (le mot est démodé, mais le Niger est un cas d'école), le choc sera salubre et votre réflexion sur l'humaine condition s'approfondira. Si vous avez un peu plus l'habitude des enfants pieds-nus et des infirmes assis sur des skateboards, vous vous émerveillerez de l'irrépressible vitalité de l'informel, de la démerde, de la solidarité, de la vie sans argent, de la société anarchique (au sens de "sans Etat") qui fonctionne quand même.
Vous m'en donnerez des nouvelles?
Papu
"Il voyagea. Il connut... l'amertume des sympathies interrompues." Flaubert,
L'Education sentimentale, Epilogue.