jeudi 24 juillet 2008 Envoyé spécial dans la province de Kampong Speu (
Cambodge) ARNAUD VAULERIN
Au
Cambodge, Rainsy, un candidat qui promet
En vue des législatives de dimanche, l’opposant exploite le désarroi général.
Une rasade d’anti-inflammatoires et ça repart. Contre l’extinction de voix qui le guette, Sam Rainsy n’a pas trouvé mieux. Il faut tenir jusqu’au scrutin législatif de dimanche. Le leader de l’opposition cambodgienne enchaîne les meetings, multiplie les rencontres dans ce pays de 14 millions d’habitants où près de 80 % de la population vit à la campagne.
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Des renforts sur
Preah VihearDans son sillage, quatre véhicules tout-terrain climatisés, deux pick-up fatigués et une armada de mobylettes-scooters aux oriflammes bleus de son parti soulèvent des nuages de poussière au bord des rizières. Il y a quelques jours, Sam Rainsy était à 70 kilomètres à l’ouest de
Phnom Penh, dans une zone d’agriculture vivrière et de petits élevages. Sous un soleil de plomb, il cogne à tout va en s’adressant aux habitants du hameau de Tpong. «Vous avez voté pour le Parti du peuple cambodgien [PPC, au pouvoir, ndlr], mais il vous écrase. Il vous considère comme des mendiants à qui l’on fait des dons. Défendez vos droits ! Ce gouvernement vous exclut de vos terres pour les vendre aux étrangers.»
Expropriations. L’argument fait mouche dans cette région menacée, comme beaucoup d’autres, par des expropriations massives. Devant 300 personnes, le candidat de centre droit de 59 ans multiplie les promesses attrape-tout : «Quand on sera au pouvoir, Sam Rainsy vous rendra vos terres et vos droits. Et parce que je suis un spécialiste en économie, je ferai en sorte que tous les jeunes aient du travail.» L’ex-ministre des Finances (1993-1994), diplômé de Sciences-Po
Paris, n’oublie pas que 80 % des moins de 30 ans sont au chômage. Il ne convainc pas pour autant. Agé de 23 ans, Phann est vendeur ambulant de repas sur le pouce. Il se tient à 20 mètres du meeting où Sam Rainsy vante la gratuité des soins pour tous. «Depuis les élections en 2003, tout a empiré. Les prix des légumes, du pain, ne cessent d’augmenter.» Il avoue être «encore indécis».
La hausse des produits de base et des loyers, la faiblesse des salaires - 20 à 30 dollars (13 à 19 euros) mensuels pour un instituteur ou un policier - et un chômage endémique minent ce pays où la corruption se cultive comme un art de vivre : entre 300 et 400 millions de dollars (190 à 255 millions d’euros) s’évaporent chaque année des caisses de l’Etat, le tiers du budget national. «Vous imaginez le nombre de fonctionnaires que l’on pourrait mieux payer avec cette somme ? C’est de pire en pire», se désole Kek Galabru, la présidente de la Licadho, la Ligue pour la défense des droits de l’homme. Elle rappelle que la loi anticorruption est en souffrance depuis 1994.
Chemise blanche et verbe ferme, Sam Rainsy se pose en Monsieur Propre. Il dépeint un «royaume bananier avec un Etat mafieux», devenu le «ventre mou du marché de la drogue régional». Il dénonce un «clan», celui de Hun Sen, l’inoxydable Premier ministre, vice-président néocommuniste du PPC, depuis vingt-trois ans au pouvoir. «Une telle longévité est comparable à celle de Kadhafi en Libye, de Bongo au
Gabon et de Mugabe au
Zimbabwe», raille Sam Rainsy.
Clientélisme. L’ex-Khmer rouge Hun Sen, 56 ans, contrôle la fonction publique et la grande majorité des communes, via les puissants chefs de village. Des années de clientélisme ont fait le reste : près de 400 ministres, sous-ministres, secrétaires d’Etat, gouverneurs, etc. gangrènent une administration dispendieuse.
Comme en 2003, le guide inamovible s’est astreint au silence le temps de la campagne. Ses hommes battent le pavé, la télévision d’Etat embraye. Des centaines de panneaux sont plantés au bord des routes, des milliers d’affichettes ont été apposées sur les murs, des haut-parleurs installés dans les relais locaux du PPC. Il y a cinq ans, son parti avait obtenu 47 % des voix contre 21 % à celui de Sam Rainsy et 20 % aux royalistes du Funcinpec.
Chez les militants des droits de l’homme, on procède à un décompte plus macabre :
13 activistes politiques ont été liquidés depuis janvier, la majorité de l’opposition. «La violence est plus contenue qu’en 2003, note Kek Galabru, mais la peur est tenace et diffuse car ici c’est le règne de l’arbitraire.»