Vu dans le journal l'humanité,
Monde
Bangkok sous haute tension
Thaïlande. Le premier ministre englué dans les scandales fait face depuis deux mois à une vague grandissante de protestations.
La crise politique s’aggrave en
Thaïlande, où depuis la fin janvier les confrontations sont vives entre le premier ministre, Thaksin Shinawatra, et une opposition qui grossit au fil des manifestations hebdomadaires qu’elle organise pour réclamer sa démission pour corruption et abus de pouvoir. La vague de protestations a émergé après la vente par la famille Thaksin, pour 1, 9 milliard de dollars, de toutes les parts qu’elle détenait dans Shin Corp., géant des télécoms que le premier ministre avait fondé avant d’entrer en politique. C’est Temasek, holding d’investissement du gouvernement singapourien, qui l’a acheté. La transaction a été défiscalisée.
Le premier ministre a tenté de faire baisser la pression en dissolvant le Parlement, provoquant pour le 2 avril des élections anticipées de trois ans. Les partis d’opposition regroupés dans l’Alliance du peuple pour la démocratie - dont les principales formations sont Chart Thaï (CTP) et Mahachon - ont annoncé leur intention de les boycotter. La décision a été prise après que le chef du gouvernement a refusé leurs propositions, dont sa démission immédiate et l’amendement de la Constitution de 1997.
Les critiques les plus acer- bes contre la gestion et le style Thaksin dénoncent la collusion sans précédent en
Thaïlande entre le monde des affaires et le sommet de l’État. Les critiques sont aussi très vives pour remettre en cause un modèle de croissance très inégalitaire. Le revenu moyen à
Bangkok est neuf fois plus élevé que dans les régions du Nord. Élu en 2001 et réélu triomphalement en 2005 sur la vague meurtrière du tsunami, Thaksin Shinawatra, avant de s’adonner à la politique, s’est taillé un empire dans les portables et les satellites avec son groupe Shinawatra, grâce aux franchises gouvernementales et à un réseau croissant d’amis fortunés et influents au sein des grandes dynasties des affaires sino-thaïlandaises. Devenu l’homme le plus riche du pays, il n’a eu de cesse de prendre la tête du gouvernement.
Pour arriver à ses fins, il a, en 1998, construit de toutes pièces un parti dont le nom même évoque le soufre du populisme à la limite de la xénophobie que revendique Thaksin, Thai rak Thai (TRT), « Les Thaïs aiment les Thaïs ». Il en a fait une machine de guerre aux gros moyens financiers avec laquelle il s’est lancé à la conquête de la
Thaïlande. Ce qui lui a réussi à deux reprises. Son parti, le TRT, a raflé une très forte majorité des sièges au Parlement. Une victoire telle que le gouvernement lui est assuré sans besoin d’alliance encombrante. Ce n’était pas pour gêner cet ambitieux dont l’autoritarisme et les méthodes énergiques font grincer des dents les défenseurs des droits de l’homme.
La brutalité de la campagne antidrogue lancée en 2003 s’est soldée par plus de 2 000 morts, de même que la poigne de fer utilisée dans le Sud contre la rébellion musulmane a connu bien des dérives répressives. L’Alliance du peuple pour la démocratie a appelé à de nouvelles manifestations les 13 mars et 14 mars. La Confédération des relations des entreprises d’État, qui comprend plus de 40 syndicats, compte convoquer une assemblée le 13 mars pour préparer le terrain à une grève massive.
Dominique Bari