Merci de l'avoir suivi...
Allez, je vous mets un petit épilogue pour finir tout ça correctement.
Quelques jours après la fin du périple, mon esprit bouillonne encore du souvenir des instants vécus dans la montagne. La digestion commence. Beauté violente des paysages, fragments de sagesses acquis dans la poussière et crissement de la neige sous les pas mesurés des randonneurs. Images, sons, odeurs et sensations se décantent, s’évaporent et se recréent. Il n’en restera bientôt plus que la teinture mère, la quintessence qui signera de son empreinte le souvenir de cette marche si particulière. Parti pour tenter de combler un vide, de satisfaire un appétit qui me fouaillait les entrailles, j’ai le sentiment de n’avoir fait que l’exciter davantage.
J’ai cheminé en pensée avec les philosophes et les marcheurs qui ont aussi fait l’expérience singulière de la randonnée, à la fois mobilité du corps et mouvement de l’esprit. J’ai eu le temps de réfléchir au monde qui m’entoure, au sens à donner à la vie qui m’attend. J’ai eu froid, j’ai eu faim, j’ai cru m’évanouir de fatigue mais j’ai continué à avancer, dieu sait comment. Je me suis débarrassé de ma peur – ou j’ai appris à vivre avec -, et j’ai fini par comprendre que ces terres hostiles que j’étais parti vaincre m’avaient en réalité maté comme un cheval rebelle, puis accueilli en leur sein. Dans ces montagnes, j’ai gagné bien des choses mais j’ai aussi beaucoup perdu. Malgré mes tentatives pour renouer contact avec Guillaume, mon impression était la bonne : cette amitié partie en morceau était trop endommagée pour pouvoir être recollée. Ainsi va la vie, qui donne d’une main et reprend de l’autre. Moi, bouchon de liège emporté par le courant, j’essaie de m’accommoder de ces virages imprévisibles que décrit le cours d’eau...
Généreux, le chemin a livré son lot de moments de grâce et d’éclats de sérénité dont je me suis emparé avec bonheur. Terrible, le sentier a également acquis sa patine avec la sueur et les larmes de ceux qui l’ont arpenté. « On rêve d’en finir et lorsque c’est fini on voudrait recommencer » écrit Tesson, qui sait peindre mieux que personne les humeurs du voyageur. Demain, peut-être, il me faudra ressortir mon sac et chercher une nouvelle fois comment ne pas le remplir.