Philippe Zygel
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Agence
France-Presse
Vallegrande,
BolivieEmbourbé dans le guêpier bolivien, où il trouva la mort il y a quarante ans, le «Che» n'aurait jamais imaginé que son ultime tentative révolutionnaire donnerait naissance au Guevaratour, un filon des plus juteux pour le tourisme local.
Après la découverte en 1997 des restes du guérillero, enterré secrètement dans une fosse près de
Vallegrande (700 km au sud-est de
La Paz), les autorités boliviennes ont imaginé la Ruta del Che (la
route du Che), un circuit calqué sur ses pérégrinations à travers la forêt.
«Le but est de diffuser la pensée du Che à travers un tourisme organisé et respectueux des populations locales», indique à l'AFP Edil Peña Rojas, président des guides de la Ruta del Che et membre de la Fondation du Che qui veille à
Vallegrande sur le patrimoine révolutionnaire.
Le circuit, qui part de
Santa Cruz, en bordure de la
forêt amazonienne, traverse le maquis sur plusieurs centaines de kilomètres.
Près de 2000 touristes, venus de tous les continents, se pressent chaque année dans cette région montagneuse, notamment en octobre pour assister aux commémorations organisées pour l'anniversaire de la mort du guérillero latino-américain.
Mais le séjour est loin d'être de tout repos. Parcourir en bus les 240 km de route crevassée reliant
Santa Cruz à
Vallegrande nécessite au moins dix heures et cinq dollars. Dix fois plus cher, si l'on préfère un petit avion de tourisme.
«Nous ne voulons pas que le tourisme soit réservé aux riches», dit M. Peña Rojas, qui vante le prix modique des nuitées (10 dollars), dans des chambres le plus souvent rudimentaires.
Pas question toutefois de partager les conditions périlleuses des rebelles qui se frayaient un chemin à coup de machettes dans la forêt ou traversaient des cours d'eau au péril de leur vie. Des 4X4 permettent de palier l'inconfort des chemins.
Plus courageux, Guillaume Girard, un ingénieur québécois de 26 ans, bandana et t-shirt du «Che», a parcouru 4000 km sur sa bicyclette rafistolée en Amérique latine pour venir rendre hommage à l'esprit aventurier de son idole.
Clous de la visite, l'école de La Higuera, où le Che fut exécuté le 9 octobre 1967, et le lavoir de l'hôpital de
Vallegrande, où reposa son cadavre, lieu de pèlerinage recouvert de graffitis à la mémoire du héros et de son slogan «Hasta la victoria siempre».
«Cela me gêne qu'on profite du Che pour faire de l'argent», lâche Ramon Alfredo Garcia, 40 ans, l'un des médecins cubains travaillant bénévolement en
Bolivie, venu peindre une fresque murale à La Higuera.
La Fondation du Che affirme lutter contre la commercialisation de son image à travers une multitude de bibelots.
Mais au Santa Clara, un restaurant truffé de tableaux en l'honneur du guérillero, on propose le coca du Che, un cocktail rhum-coca fabriqué par une entreprise du coin. La patronne, Teresa Siles, 53 ans, reconnaît que cela attire les touristes.
Même l'armée bolivienne, qui a traqué impitoyablement le guérillero argentin, participe à la Ruta del Che en faisant visiter la base de Camiri, où fut détenu l'intellectuel français Régis Debray.
La Ruta del Che, qui a nécessité un investissement initial de 610 millions de dollars, procure du travail à 15 000 personnes dans cette région agricole, l'une des plus pauvres de
Bolivie, selon l'ONG internationale CARE qui a participé à la définition du projet.
Certaines agences de voyage n'ont du coup aucun complexe à proposer des circuit de deux jours pour 170 dollars. L'une d'elles a même épinglé sa carte de visite, au milieu des hommages anonymes, à l'école de La Higuera, convertie en musée.