Les « guides » qui accompagnent des groupes ne sont pas insensibles aux moments de magie !
Aux antipodes du « cirage express »
Dernier jour, derniers achats au bazar de Kaleiçi, la vieille ville d’
Antalya. Ouf ! Tout le monde aura son petit cadeau. Normal. Sükrü, notre guide turc, m’invite à prendre un thé. Douceur du soleil à la terrasse du café « Ursula », proche des étalages aux mille couleurs, aux mille saveurs. Premier thé, très chaud, petits sablés aux amandes, au chocolat, marbrés. Délicieux. Nous passons la semaine en revue. Les paysages retrouvés, redécouverts. Les moments exceptionnels. L’éclipse solaire. Sa dimension spatiale, spirituelle. Le développement du pays. Ses efforts pour relancer le tourisme.
Nous observons les passants. Leur imaginons un métier, une histoire. Jeu universel.
Un homme, sur son tabouret, occupe un mètre carré du trottoir, à l’ombre. Devant lui, un objet finement travaillé, ciselé, décoré. L’homme fixe le sol, patient. Attend en silence. Sükrü se lève, s’assied sur la banquette en face de lui. Enlève ses bottines. Les tend à l’homme. Son dos me cache l’action. Puis revient à notre table, bottines lustrées. Deuxième thé. L’homme se lève, s’approche, se fait payer. « Cinq livres pour des chaussures qui n’en avaient pas besoin ? ». Sükrü : « Mais oui. Il vient d’avoir un garçon, cela va l’aider un peu ». Du coin de l’œil, derrière mes lunettes de soleil, j’observe l’homme. Il regarde mes pieds, mes sandales aux traces de la semaine. Emballé, le tube de « cirage express auto-lustrant » n’a pas quitté le fond de ma valise... L’homme hoche la tête, attend ma réponse. Bon, allons-y... mais j’ai envie de rester au soleil ! Il approche une chaise pour que je puisse y poser mes pieds. Retourne à sa « boîte à faire briller les chaussures ». Lance la procédure, le rituel. Premier chiffon : dépoussiérage en gros. Petite brosse : dépoussiérage des coutures, des recoins, de la semelle. Première fiole : nettoyage humide. Un deuxième chiffon pour sécher. Première boîte, deuxième petite brosse : étalage du cirage noir, avec un soin extrême. Contrôle n’avoir oublié aucun millimètre carré. Troisième petite brosse, pour « gommer » les surplus de cirage. Troisième chiffon, crème nourrissante. Quatrième chiffon, huile de coude : les finitions commencent. Il frotte, frotte, le rythme s’accélère. J’admire. Mes sandales brillent, sont remises à neuf, méconnaissables. Troisième thé. Va, puisqu’il vient d’avoir un garçon, cela l’aidera un peu ! Sourire, petite courbette. Il retourne à sa « boîte » magique, reprend possession de son mètre carré, observe à nouveaux les chaussures qui passent, attend, patient, le prochain client. « çok saol », merci Monsieur, votre petit garçon est entre de bonnes mains.
Le car attend. En route, il me dépose au hammam... autre moment de détente et de remise à neuf !
mariannehon / 11 avril 2006