bonjour Pierre,
C'est l'avantage de la géologie : se retrouver dans la section
"actualité" pour des événements vieux de... 4000 ans !

c'est bien connu, le temps du géologue qui compte en millions d'années n'est pas la même unité que celui de l'avocat qui compte en heures...., en
heures facturables bien sûr

qu'on appelle en anglophonie les ''
billable hours'' et qui sont la raison de vivre de l'avocat :
le géologue qui lui, regarde d'abord les choses lentes, celles qui prennent du temps, s'intéresse aussi aux cataclysmes... tremblements de terre, tsunami, explosions volcaniques, impacts de météorites, fissuration des sols type
Arizona, glissements de terrain etc...pour prévenir au mieux les dommages futurs à ses concitoyens et à leur environnement... c'est un altruiste !

.
le créationiste s'intéresse aux cataclysmes car ils sont un des fondements de sa
Flood geology
et donc de sa conception religieuse... c'est un abruti

le
lawyer américain, s'intéresse aussi aux cataclysmes... car c'est un marché en pleine expansion et c'est très important pour ses finances.... c'est un homme d'affaires

ces remarques (très) personnelles faites...
j'y joins quelques commentaires sur les
landlsides, un terme très, très général... dont on entendra probablement et même certainement de plus en plus parler dans le futur
Sans compter ceux qui sont directement causés par un tremblement de terre on en compte des milliers tous les ans....rien qu'en
Amérique du Nord.
Sans atteindre le gigantisme de
ZION avec ses 280 millions de mètres cubes ils sont très différents par leur taille, depuis quelques mètres cubes jusqu'à des dizaines de millions. Exceptionnellement on connaît des masses en mouvement
très lent estimé en milliards de mètres cubes.1 Par exemple en amont de Revelstoke BC oû 1,6 milliard de mètres cubes (plus de 5 fois
ZION !) sont en mouvement depuis probablement 5000 ans à la vitesse stabilisée de...disons 2 mètres par siècle sur une semelle schisto-argileuse auto- lubrifiante, à flanc de colline au dessus de la
Columbia River

.... mais si un jour cette stabilité est modifiée ils finiront par rejoindre la rivière et çà fera un beau lac de barrage

Ils sont aussi très différents par leurs causes, leur composition, et surtout par leur vitesse, depuis
quelques centimètres par an jusqu'à communément 100 et même parfois plus près de 200 km/heure.
En termes de volume déplacé
ZION était certes gigantesque mais nous, en Savoie, avons aussi eu un monstre qui a fait date et dont l'instituteur nous parlait déjà en sortie scolaire. Le Mont Granier est revenu dans l'actualité depuis janvier 2016 lorsque c'est produit un première '' avalanche rocheuse'' de 100 000 m³ suivie au mois de mai de plusieurs autres de quelques 50 000 m³
Ce qui n'est rien par rapport à l'avalanche rocheuse de 1248 qui, à partir du même Mont Granier a envoyé dans la vallée une masse rocheuse estimée à
500 millions de m³ (et plusieurs milliers de morts) qui a étalé ses débris sur plus de 30 km² ce qui laisse loin derrière les 280 millions de
ZION !
Retour en 1248, lors du premier éboulement du Mont Granier
ZION a certes contribué à attirer, 4000 ans plus tard, a attirer les touristes mais le Mont Granier lui a permis au fil des siècles l'établissement d'un petit vignoble, les
Abymes (AOC)
, qui s'accorde diablement bien avec la fondue savoyarde

!
Pour revenir à l'
Amérique du Nord, voici une carte qui offre un sujet de réflexion sur les
landslides majeurs de l'histoire moderne
et si tu veux vraiment en savoir plus il va falloir poursuivre la lecture.
-
il y a 9000 ans en
Colombie Britannique se formait brutalement, à la suite d'un cataclysme volcanique (épanchement de laves) le
Lac Garibaldi
Ce lac qui offre une vue superbe quand on le survole en avion de brousse ou en hélicoptère s'est donc créé derrière un barrage naturel de quelques 300 mètres d'épaisseur qu'on appelle
The Barrier
pendant 9000 ans çà a apparemment tenu sans trop de problèmes et puis..
-
en 1855 patatrac ! un gros éboulement, une
rock avalanche (peut-être
30 millions de mètres cubes) entame
The Barrier avec les résultats que l'on voit :
on ose pas imaginer ce qui se produirait si The Barrier venait à s'effondrer complètement et que le lac (1,2 milliard de mètres cubes) se déversait sur la ville de
Squamish
:
un
Barrage de Malpasset
naturel...
- en
1903 .....
se produit
Franck en
Alberta, une autre
rock avalanche qui envoie lui aussi
30 millions de mètres cubes dans la vallée
illustrée par Aquilegia
et vu par GoogleEarth :
- en
1965...
se produit à
Hope, British Columbia
(1965) encore une
rock avalanche,
47 millions de m³ située comme la précédente en bordure de la Crowsnest Highway,
la ville devait un peu plus tard être surtout connu du public pour avoir servi de lieu de tournage de
Rambo (film, 1982)
- en
2010...
se produit la catastrophe n°1 au
Canada (géologiquement parlant) du
Mt Meager au nord de Pemberton B.C. presque 50 ans après Hope
qui commence par une
rock avalanche laquelle déclenche un énorme glissement de masse de boue et débris. Le volume déplacé, près de
49 millions de mètres cubes dépasse celui de Hope, il s'est répandu jusqu'à près de 7 km de la zône d'arrachement à une vitesse maximum estimée de 200 km/h en projetant des débris jusqu'à 270 mètres au dessus des fonds de vallée dans les courbes !
ahurissant
!
- en
2014...
si l'on élargit la recherche un peu au sud du 49 ème parallèle, aux
Etats Unis donc, on tombe sur le glissement le plus meurtrier que le pays ait connu qui, lui n'est pas une
rock avalanche mais un
mudslide évoluant en
mudflow ( c'est à dire comme une rivière de boue) à OSO latitude 48° 21'...
... en mars 2014 quarante neuf ans après Hope... moins de
10 millions de m³ mais une vitesse de l'ordre de 100 km/h qui n'a laissé aucune chance aux résidents dans sa trajectoire (44 morts) et qui a étalé ses débris sur plus de 2,5km² !
en reconstitution ordinateur çà donne çà :
en 120 secondes tout était pratiquement dit
en 500 secondes le monstre arrêtait pratiquement de bouger !
Watch This Terrifying Recreation Of The Deadly Oso Mud Slide
..
quant à la partie insulaire, l'
île de Vancouver
.... c'est là certainement que les éboulement historiques à défaut d'être les plus massifs sont les plus fréquents mais, pour la bonne part, liés à la sur-exploitation forestière sur des
pentes très fortes suivies de périodes de fortes pluies plutôt qu'à l'histoire géologique Ce type de glissement de terrain se produit généralement, selon les études récentes, dans les 5 ans qui suivent la dite exploitation...
mais parfois bien plus rapidement...
en voici un témoignage :
vers la fin d' un mois d'octobre ma tente est plantée à la tête d'un fjord (inlet) sur la côte du Nord-Ouest de l'île... au pied de la montagne boisée...il pleut depuis plusieurs jours (un quasi pléonasme à cette saison !)
de l'autre côté du fjord une équipe de bûcherons qu'on appelle là bas
loggers s'activent la journée sur un plan de coupe qui bientôt ressemblera à çà :
le soir ils grimpent dans leur pick up pour regagner un camp en dur à demi-heure de piste
ils dorment au sec eux... mais pas nous !
une première fois nous sommes sortis en pleine nuit pour dégager des branchages qui l'encombraient le ruisselet derrière la tente qui se transformait en torrent et menaçait de l' emporter... vers l'inlet !
mais çà n'était rien...
deux ou trois nuits plus tard le chat nous réveille, très agité miaulant sans raisons jusqu'à ce que au bout de quelques secondes au travers du fond sonore pourtant puissant produit par la pluie battant la toile de tente nous percevions une sorte de froissement qui devient vite un déchirement comme celui d'une épaisse toile que l'on aurait déchirée...
par exemple celle de la tente- cuisine qui aurait été attaquée par un ours...
mais à peine sortis avec torche dans une main, une carabine dans l'autre en essayant inutilement de percer sous le déluge une nuit noire complètement opaque nous comprenons vite qu'il s'agit de tout autre chose... le déchirement devenant un grondement mêlé de craquements et autres bruits inquiétants qui nous font rapidement comprendre qu'en fait de déchirement c'est la montagne elle-même qui se déchire... mais de quel côté du nôtre ou de celui du chantier des bûcherons ?
faut-il rester sur place pour être écrasé ou courir au devant de l'avalanche?
çà n' a pas duré longtemps avant que l'on lève le doute mais çà a paru diablement long... parole de Cochize.
au lever du jour on s'est rendu compte de l'ampleur de la cicatrice laissée sur le flanc montagneux de l'autre côté de l'inlet. Ce qui n' avait pas été transporté par la coulée avait été haché menu sur place. De l'entrelac de troncs déchiquetés de boue et de roches il ne restait pas grand-chose à récolter. Des fissures de la roche mise à nu, des sources jaillissaient comme des robinets ouverts. D'énormes blocs de roche auraient probablement traversé tout l'inlet jusqu'à nous s'ils n'avaient été piégés dans l'épaisse vasière en amont
le
logging a donc bien une responsabilité importante reconnue dans nombre des glissements de terrain
néanmoins....
..en se penchant sur le passé, un passé oû le
logging n'existait pas, les géologues ont identifié, dans un groupe de plusieurs dizaines de
rock slides, tous situés entre le 49 ème et le 50ème parallèle trois
rock avalanches majeures
: upper lake,
Wolf et
Joan qui se sont produit.... sur un minimum de 1,6 km² (mesurant par exemple 2 km par 0,8km) avec probablement des volumes de l'ordre de
15 millions de m3
avec comme latitude respective :
49°25' 49 50° et 50°1'
résumons un peu pour voir si on peut tirer quelque chose de tout çà...

1. sur le continent... des quatre
rock avalanches catastrophiques de l' histoire canadienne récente trois se sont produites entre 49° 20' et 49°56' et la quatrième à 50°36'
2. elles sont survenues approximativement à un demi siècle d'intervalle 1855- 1903- 1965-2010
3. sur l'île les trois catastrophes anciennes identifiées mais non datées sont également situés entre 49° 25' et 50°
4. un peu plus au sud aux
Etats Unis à 48°21' et en 2014 se produit le glissement de terrain la plus meurtrier et le plus étendu que le Pays ait connu (hors explosion volcaniques et tremblements de terre) un demi siècle après celui de Hope
hum ! Hum !
tout çà esquisserait-il une de ceinture de dangerosité autour du 49 ème parallèle, tous facteurs confondus... ?
à laquelle j'ai adjoint, pour faire bonne mesure, un ou deux
landslides récents, de petite taille mais qui ont causé des victimes (Jonhson Landing, Summerland,......)
je soumets donc à ta sagacité la question suivante:
devons nous passer un message dans ton célèbre post
Conseils pour circuits dans l'Ouest américain pour avertir les VF de faire particulièrement attention s'ils se baladent dans cette région,
disons.. entre les latitudes 49° N et 50° N...
dans les années qui viennent et... disons jusqu'aux alentours de 2025 ?
bonne réflexion !