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India 2009

1 septembre 2009 à 6:05
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Voici les trois premiers textes d'un petit carnet qui m'a accompagné... CINQ ANS APRES Cinq ans, déjà cinq ans que je n’y suis pas retourné. Plusieurs fois déjà j ai refait mes différents voyages dans ma tète. Pour l’instant, me voici, muscles bandés, affrontant un trou d’air à 12000 pieds! Il faut bien en passer par là pour revenir sur la terre sacrée... Cinq ans! M'aura t elle oublié? Aura t elle changé? Serons nous un peu ''gauches'' comme deux vieux amis qui se retrouvent après avoir vécu tant de choses, chacun de leur côté...? '' Fifteen minutes before landing''. Quelques grosses secousses encore et, ca y est, je suis à BOMBAY! On ne va pas se mentir longtemps… l’aéroport a beaucoup changé! Tout est aseptisé, de quoi n’effrayer personne. Bien climatisé, longs couloirs marbrés, odeurs putrides évacuées. Le ‘’ mieux’’ c’est la sortie! Ah ça, les 90 % d’humidité ils ne peuvent pas nous l’éviter à nous autres. Mais, là encore, américains obligent, ils ont réussi à chasser tous les mendiants et les petits clochards de 4 ans qui aimaient tant s’accrocher aux sacs à dos occidentaux. Aujourd’hui: plus rien! Que des taxis neufs, tous bien garés, bien rangés sagement. J ai du mal à en trouver un d’ ‘’origine’’ ! Un bon vieux tacot jaune et noir bombaysien. Heureusement il en reste un, pourri à souhait. Il a un peu honte le chauffeur au milieu de toutes ces asiatiques… Vas-y que j y monte moi dans son tombeau! ‘’ -Can I smoke? -No smoking in cab Sir. -Ouh con! -Just wait outside airport after police station, then it’s fine.’’ Ils vont loin aujourd’hui! Ne plus fumer dans les taxis, en voila du changement culturel, et pas des moindres. Heureusement, le laxisme gouvernemental rend tout acceptable. S’il y a bien une chose qui n’a pas changé, c’est la conduite de mon brave chauffeur, brillant pilote a sa façon. Et cette odeur… Cette fragrance pourrie, résultat de tout ce mélange de corps, déchets, rats crevés et moisissures liées a l’humidité… Cette odeur est bien là. Elle n’a pas bougé. Je crois bien qu’elle est attachée à jamais à la presqu’île monstrueuse de Bombay. Oui Bombai. MUMBAI qui défile de nuit par la fenêtre du taxi. Partout des chauffeurs endormis, partout des corps assoupis sur des trottoirs moisis, partout des chiens galeux sur leurs festins d ordures. Quelques attroupements par ci par là, mais rien de turbulent à cette heure là. Tout cela défile devant moi entre klaxons nocturnes et coups de volants. Tout va trop vite et je suis déjà arrivé. Le Lawrence hôtel non plus n’a pas changé. Plus qu’une douche froide pour enlever cette moiteur qui me colle à la peau. Le ventilo à fond et j’attends patiemment que le sommeil m’emporte! MUMBAI Ouverture des yeux. Prise de conscience... Trois pales de ventilo qui tournent et déjà la sueur. Cette chaleur humide vient de l océan pollué et enveloppe tout. Quelques cris de corbeaux et des bruissements de feuilles épaisses m imposent de me lever. Une bonne douche froide au bout du long couloir de l hôtel, une clope et c est parti. Il est temps de rejoindre Colaba et de payer son salut à la Gateway of India. Même le vent est lourd et chaud. La mer d Oman est jaune-orange tellement qu’ elle est chargée. Des dizaines de moustachus vendent toujours leurs ballons géants aux couleurs dégueulasses en forme de phallus. Combien d autres, un Nikon pendu à leurs cous, proposent d immortaliser quelque instant d auto-narcissisme aux milliers de couples d indiens venus visiter la Gateway...? Mumbai a t elle vraiment changé? Je note quelques mises à jours : finies les Hyundai Santro et vivent les Suzuki Swift! Maruti a renversé le marché! Finis les vieux portables coqués et bonjour les palm et autres téléphones Hi Tech. Le Soleil frappe encore plus fort. Il est lourd, implacable. Rien ne lui échappe. Les bruits sont toujours là! Klaxons, cornacs, jouets, moteurs de vieux camions à ordures qui trainent leurs odeurs le long des rues. La circulation monstrueuse et l absence de signalisation sont toujours de la partie. Il faut tout de même saluer les efforts qui ont rendu l air un peu plus respirable. Saluons aussi la propreté. Fini les tas de déchets bordant chaque rue, la Municipalité a du investir dans quelques balayeurs de basse caste... Saluons également les amis... De chaque côté de colaba causeway se dressent de petites arcades totalement remplies de commerçants moustachus. On trouve à peu prés tout: tissus, écharpes, Gramophones, maillots de foot contrefaits, dieux sculptés, instruments maritime... Des centaines de petits stands se succèdent sous ces arcades en s installant au bord du trottoir. Circulez sous l arcade et vous êtes fait comme un rat. Ils vous tiennent! Coincé entre les entrées de restaurants, magasins de fringues, centres d appels et leurs petites échoppes débordantes. Toute la journée, cette sombre allée grouille de millions de " You like Safran?" "Very cheap", "Change money", "Friend" à n en plus finir . Pour fêter mes retrouvailles rien de tel qu’ un petit verre au Leopold Café, l'antre a touristes et jeunes indiens branchés. On a beau dire, c est bien tenu, agréable et tout y est bon. Bon bien sûr aujourd’hui, il faut faire avec les impacts de kalachnikov qui sont venus "à l'improviste" décorer les quelques murs du fond lors des derniers attentats pakistanais de Bombay... Mais leurs cheese toasts sandwichs agrémentés d une bonne kingfisher arrivent à me les faire oublier. Le temps m est compté. L'Hyderabad express part dans moins d une heure et j ai quelques euros à changer. J évite soigneusement tout ce qui ressemble à de l officiel. Le mieux est de miser sur les valeurs sûres. Au beau milieu de Walton road, pile en face l hôtel décrépi qui m avait accueilli pour ma tout première nuit, un paisible vendeur prospère en préparant innocemment toutes sortes d en cas pour les travailleurs bombaysiens. Il est également dans la téléphonie mobile, la quincaillerie sommaire, le tabac et connait, bien sûr, toute personne susceptible de m aider... Un petit coup de téléphone en marathi, il prend sa calculette et m affiche un taux de change défiant toute concurrence boursière. J ai plus qu’à me griller une « classic wills » offerte par la maison dans la petite cour du fond en attendant qu’un coursier me ramène les biftons...! Assis là, de nombreux souvenirs remontent du fond de ma mémoire à mesure que se consume ma cigarette. Tous les bruits alentour, les odeurs, les couleurs, les visages me paraissent à nouveau familiers... Non! Mumbai - à mon plus grand plaisir- n a vraiment pas changé! FIRST TRAIN : MUMBAI -SOLAPUR Un tacot pourri: - "VT" (Victoria Station) Et c’est parti! Mes retrouvailles avec la vielle gare historique me rappellent de bons souvenirs. Toujours autant de monde et de couleurs qui s'étalent sur le béton. Toutes les familles sont accroupies sur les plateformes, des dizaines de petits stands remplis à ras bord, vendent tout le nécessaire: cold drinks, cadenas, chaines, oreillers gonflables, tabacs, chai épicé... Mon train est déjà la. La seule question avant de monter est savoir sur quelle sorte d’indiens je vais tomber. Pour le coup c’est un musulman cinquantenaire, un karnatakais peu loquace et deux marahastrais affables et souriants. Cultivés les amis. Faut dire que sous leurs faux airs de moustachus bourrus et attardés se cachent un professeur d université retraité, un important franchiseur et un jeune ingénieur construisant des routes et des rails à travers tout le pays... Une sirène retentit à l avant pour annoncer le grand départ, le grand tremblement. Quelques bruits de ferrailles hurlent et l immense carcasse métallique s ébranle en avançant. A chaque fois qu’on quitte Bombay, les bidonvilles sont le passage obligé... Très rapidement ils s annoncent! Les odeurs nous préviennent en premier. Le ciel s’obscurcit et les vapeurs montent. Partout des cahutes de tôles moisies sont posées au milieu des déchets. Des relans de glaires fermentés enveloppent l atmosphère. L espace se rétrécit et étouffe... De chaque côté, des ''local trains'', plus rapides, s enfoncent vers la misère. Miserere! Des millions d êtres boursouflés s exportent vers les bas fonds de Bombay. Le spectacle est de toute "vitalité'... Ca dure une heure sans jamais faiblir. Partout et toujours des ordures et des senteurs putrides. Le tout est bien évidemment plus facile à vivre qu’à décrire... Côté train, la vie s anime. Outre les passagers clandestins entassés entre chaque wagon, des centaines de vendeurs arpentent les couloirs de ferrailles pour satisfaire les besoins de la population. En premier, le plus représenté, notre vendeur de chai qui hurle à tue tête "chai -masala chai" tout en jetant un œil frénétique de chaque côté, histoire de repérer le moindre soulèvement d envie chez l un des passagers. Ensuite, le vendeur de "min'ral water. Cold Drrrrinks" qui se trimballe avec son seau métallique englaçonné. Encore, le vendeur aveuglo-lepreux qui, chaines anti-vols autour du cou, propose à la vente toutes sortes de jouets dégueulasses pour occuper les innombrables mioches des familles bruyantes, odorantes et nombreuses. Enfin, une paysanne du coin qui propose ses cacahuètes curryfiées et cuites sur un tas de poubelles à des moustachus friands de les décortiquer... Tout cela passe et repasse inlassablement tout au long de la journée. Le plus marquant est que chacun de ces margoulins se déforme la voix pour être mieux entendu et hurle sans relâche jusqu’a ce qu’un client héroïque libère les autres passagers en lui faisant fermer sa gueule le temps de payer... Pour fuir ce tumulte il est toujours aussi agréable de se promener a l intérieur. Chaque petit compartiment du wagon accueille son lot de moustaches accompagnées de femmes et enfants. Entre chaque wagon, les portes restent ouvertes et je n ai plus qu’à m assoir et voir défiler le pays depuis cet emplacement privilégié. D’au loin me parviennent de vertes montagnes qui se dressent fièrement. J aperçois quelques belles cascades qui éventrent ces gaillardes et dispensent la vie dans la profonde vallée. " Nul besoin que le ciel tonne par ici... Dieu a été prévoyant!" Soudain, dans ce coin du Maharastra, à l occasion d un arrêt au beau milieu de nulle part, un militaire passe le train au crible et exige la fermeture de toutes les portes et volets. Parait qu’il y a des gens énervés qui se plaisent à balancer des grenades ou des poches d acide à l occasion... Ces enfoirés me font rater les paysages... A l approche de la nuit, l intérieur du train redouble de folie. Toute cette vie, toutes ces vies grouillent et s associent dans ce caisson branlant qui nous transporte à travers le pays. Il rugit le bougre! Il en crève d en trainer autant de passagers. Ils sont maltraités les engins de la indian railway. Quelle chance! Quel Bonheur! Quelle énergie mouvante! "J en veux encore des bruits de carcasse et des hurlements dans la nuit!" Je me rassois en appétit et contemple alors ces rangées de dents qui me sourient... |  |  |  |  |  | Si l'on ne meurt qu'une fois...alors vivons à l'infini! |  |
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Merci beaucoup kunmimi. En voilà un autre... SOLAPUR – BADAMI Plus que cinq heures de train... Juste de quoi franchir la frontière du Maharastra et entrer dans le Karnataka. Ces noms, comme ceux de quelques gares qui jalonnent les rails, résonnent dans l air ambiant. Heureux homme que celui qui tient son "upper bed". A lui seul, il est permis de s endormir lorsque l ensemble du train est rempli à ras bord de gens du coin. Au réveil: plus personne! Seul au milieu des banquettes en sky bleu. Les paysages sont eux aussi déserts... Tout le monde a du descendre à Bijapur, histoire de s éduquer, de travailler ou de mendier… Personne dans un train ca veut dire liberté. Liberté de s allonger, de s "effarer" en laissant libre court à ses pensées. Au milieu des paysages arides qui défilent de chaque côté, quelques paysans travaillent leur terre comme depuis la nuit des temps. Deux bœufs sacrés à l avant et un soc infatigable à l’arrière. La mousson s’est faite capricieuse cette année. Trop peu de pluies sont venues du ciel pour redonner vie à leur terre. Quelques salutations aux gens des champs depuis la fenêtre du train et il est déjà temps de descendre à Bagalkot. Descente musclée dans une gare presque abandonnée ou pullulent encore quelques moustachus aux regards noirs et femmes détournant le regard. « C’est pas le club med par ici ». Heureusement le bus pour BADAMI passe juste devant la gare. L’installation est difficile à l’arrière et je suis entour’ de toutes sortes d’indiens. Certains à peaux claires, d’autres à peaux noires. Tous des gueules à faire peur à leur propre mère... Dés que le chauffeur démarre, l’ensemble du bus vibre de toutes ses forces, comme s’il allait s’envoler ce cercueil de tôles mal soudées... ! Chaque dos d’âne occasionne un véritable saut d un demi mètre: on s’y croirait! Faut dire que placé juste au dessus du train arrière, je ne pouvais pas espérer beaucoup mieux en guise de confort. D’ailleurs le confort en Inde… ca n’existe pas. -" Badami?" -" Twenty four kilometers, one hour." Qu’il me dit le contrôleur. On dirait qu’il y est né lui dans le bus. Il s’en fout pas mal de toutes les secousses. Incliné a 70 degrés, il tient encore debout et encaisse encore chaque passager sans broncher. On pourrait croire que 25 kilomètres à l heure, ca n’avance pas. Cependant je puis assurer qu’il s agit là d’un maximum sur les routes défoncées du Karnataka. D’ailleurs j ai l impression que c’est ce qu’il couine le bus : " Karnataka... Karnataka... Karnataka..." Qu’il fait inlassablement. En dépit des secousses incessantes, il y a de quoi se régaler du défilement des paysages. Aux champs de maïs succèdent champs de tournesols. Par endroit on pourrait se croire dans ce bon vieux Gers, mais quelques cocotiers ont poussé par ci par là, à l improviste. Pénards qu’ils sont les cocotiers eux. Ils culminent... Au loin, des falaises aux couleurs d’amendes se rapprochent doucement. Encore quelques nids de poules et on est arrivés. Pourrie la gare routière... Un bac à sable poussiéreux dans lequel s enfoncent tous les bus d Etat. J attend que toute la clique débarque et je me retrouve au beau milieu de la folie ambiante. Ah ça, j en ai rarement eu des impressions aussi mauvaises en arrivant dans une ville indienne. A croire qu’il n y a qu’une seule et longue rue qui traverse BADAMI et qui concentre toute la faune locale. Je parle de toutes les sortes de moustachus imaginables: les fins, les huileux, les rebouteux, les croulants, les laids. Surtout les laids… Si il n y avait qu’eux encore, ca irait. Mais il y a aussi des dizaines de cochons sauvages qui hurlent et se jettent avec furie sur la moindre ordure. Il y a aussi les singes, bien sur, qui se foutent des peignées dans les branchages et se poursuivent le long des fils téléphoniques. Sans oublier les rickshaw hurlants, les bus tonitruants, les tracteurs agressifs, les vélos défoncés et toutes sortes de commerçants. Ah ca en jette de la merde tout ce bordel! Dans les yeux puis dans les oreilles et dans le nez. Ca vous sollicite et ca ne vous lâche pas ces horreurs... Et ca ne s’arrête pas pour le touriste. A peine si ca le remarque seulement! Heureusement pour moi, le gouvernement local a eu la bonne idée de construire un petit complexe hôtelier à l’écart de tout ce merdier. Le tenancier affable me fait montrer ma chambre par un boy gentillet. Parfait. Ca pour une arrivée c en est une! Je ne suis pas prés de l’oublier! Je me demande juste où ils sont les fameux temples qui m ont valu 20 heures de transports et de grosses doses de plombs dans les poumons? |  |  |  |  |  | Si l'on ne meurt qu'une fois...alors vivons à l'infini! |  |
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Merci Evelyne et Dominique pour vos petits messages! Cela m'encourage à en poster un de plus... BADAMI Le rickshawalla (conducteur d’auto rickshaw, moustachu, ca va sans dire...) de la veille m’avait bien eu l’air d un malin. Il était bien là à l heure le copain, comme prévu devant l’hôtel pour commencer la journée chargée en vue de l’exploration de BADAMI. Si l’artère principale est à fuir à tout prix, je dois reconnaitre que le Old Badami n‘est pas dénué de charme. La moindre petite ruelle est merveilleusement teintée par les traces des temps anciens. Pas de circulation. Quelques chiens galeux et autres cochons sauvages, bien sûr, mais partout de petites maisonnettes en terre recouvertes de chaux blanche. Chaque porte d’entrée en bois est largement coloriée selon les goûts de chaque maître des lieux. Devant, se tiennent grand-mères édentées accompagnées de leurs petits enfants. L’Inde profonde se découvre là, en douceur. Pas un enfant qui n’agite la main ou qui ne se laisse emporter par un sourire à ma vue en me baragouinant: " Where from? What z your nem? School pen?" Pourtant ça se faufile vite un rickshaw faut pas croire. Mais dés que je suis "entrevu", tous les jeunes du coin me saluent de la main avec leurs plus beaux sourires. A peine le temps de voir quelques 60 visages souriants et je suis déjà arrivé. Mon rickshaw m’arrête dans une cour de dalles en pierre taillées. Déjà elles annoncent la couleur les dalles. La couleur des magnifiques falaises qui se dressent tout droit devant, verticales. Cette fameuse couleur amande ou " BADAM", mélange d ambre rouge, de brique et de jaune d’or. Faut acheter son ticket au viel indien affalé dans une cahute grillagée et l’ascension peut commencer. Directement taillées dans la roche, de belles marches inégales me conduisent aux différentes grottes dans lesquelles ont été sculptés des temples à flan de falaise. Ces grottes témoignent encore de la grandeur passée des Chalukya qui ont régné sur la province durant plusieurs siècles. A l’intérieur, de fabuleux Natarajs représentent Shiva en train de danser et, par la même, de mettre l’univers en mouvement. Des piliers somptueux conduisent à des lingams grandioses, tapis dans l’obscurité. Tout plein de Dieux sculptés à même la roche semblent attendre la patiemment ceux, comme moi, venus les contempler. Mais il n y pas que les Dieux qui m’attendent dans cette falaise sacrée. Toute une tribu de babouins s’agite tout au long des escaliers. Je suis même obligé d’être accompagné d’un petit indien maniant le bambou comme une batte de criquet pour les éloigner ces salauds. Quelques marches encore et le temps s’arrête... A presque déjà 100 mètres de hauteur se dévoile en contrebas le tank (bassin d’ablutions sacrées) vénéré d’Agastyatirtha. Ce plan d’eau émeraude repose là, hors du temps et se marie parfaitement avec les couleurs des falaises environnantes. Le temps est suspendu, laissant à chaque témoin de ce spectacle grandiose un sentiment de paix, de calme et d’éternité. Un panorama sublime s’offre tout autour. Des monts tantôt rouges, tantôt ocres sertissent ce bassin sacré où, comme depuis la nuit des temps, toute la ville vient faire ses ablutions le matin. Il est alors temps de goûter au contraste absolu entre le silence parfait qui règne depuis ces hauteurs célestes et le vacarme incessant de la veille qui continue de se jouer dans l’artère vertébrale de Badami. La ville est venue se greffer aux pieds des rochers tout en bas et un labyrinthe de toits fatigués s’étale devant moi. Je peux bien les oublier d’où je me tiens et je peux enfin contempler l’harmonie de ces lieux enchanteurs qui s’élève jusqu’au ciel alors que le soleil commence déjà à disparaitre. Une brise soyeuse caresse mon visage et je fonds alors dans l’absolue beauté en remerciant "Ce qui est". |  |  |  |  |  | Si l'on ne meurt qu'une fois...alors vivons à l'infini! |  |
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Merci GRENE! Encore un autre... HAMPI Nombreux sont les routards précieux et scrupuleux qui critiquent HAMPI et ce qu’elle est devenue. Il est vrai que dans le train pourri qui relie l’atroce ville excrémentielle qu’est GADAG à HOSPET, il devait bien y en avoir une bonne douzaine de touriste entassés au milieu des indiens. Ca allait du couple d’australiens arborant triomphalement les écussons brodés des pays récemment visités sur leurs sacs à dos, en passant par le groupe de « roots » français venus fumer de l’herbe bas de gamme en se déguisant avec leurs fringues achetées à GOA, pour finir avec un couple adepte de Sainte Marie de Jésus Crucifié, venu goûter aux joies indiennes après douze années passées chez les scouts français. Bref, des touristes il y en avait une tripotée… Le rickshawalla du jour s’avère être un malin et ça se voit. On distingue clairement son petit esprit vicieux forgé par l’appât du gain derrières ses yeux hépatiques et injectés de sang. Pas même assis qu’il me parle déjà business le sagouin. Deux trois mots pour le faire taire et c’est parti ! Via rizières, palmeraies et le petit village de Kamalapuram. Lorsqu’on arrive en ville, notre chauffeur se fout éperdument des panneaux interdisant la circulation à tout véhicule. Le bougre passe en force chaque barrière et se faufile dans les ruelles coloriées du HAMPI BAZAR où le temps semble presque arrêté. Je dis « presque » parce que les restos style bouddha bar et autres cyber cafés se sont incrustés dans le décor paisible du bazar, l’air de rien. Le Bazar ressemble tout de même à un îlot de paix après toutes ces villes puantes que j’ai du traverser. Tout est bien là pour accueillir le touriste ! L’artère principale pullule de boutiques vendant textiles, pseudo antiquités, faux bijoux ou souvenirs bas de gamme. Toutes les cartes des restaurants sont adaptées à la venue des occidentaux qui déambulent tantôt à pied, tantôt à vélo ou encore en scooter loué pour un euro cinquante la journée. Certains aspects du Bazar donnent l’impression d’un immense parc d’attraction à touristes à la cool… Faut reconnaitre qu’ils savent y faire les indiens pour que tout le monde oublie leurs appétences financières et se laisse bercer par des illusions de sincérité ! Leur incroyable sens du business s’étend tout autour et beaucoup de touristes se laissent à penser que « c’est ça l’Inde sacrée » ! Faut dire qu’après GOA, ca a de la gueule tout ça… Mon cul oui ! Rien n’est vrai ! Derrière tous ces yeux brillants et ces sourires hypocrites se cachent autant de requins désirant vous voir dépenser de l’argent ! Mais bon, faut bien avouer que c’est tout de même mieux que Juan les Pins ! En lieu et place des Ferrari et autres Bugatti, on croise vaches sacrées et bambins à têtes rasées… Un peu plus loin, quelques bergers mènent leurs troupeaux à la rivière, à l’écart des gaths d’où se dégagent des vapeurs de haschisch et des accents européens. Tout près encore, le temple de VIRUPAKSHA, connaît une grosse activité. Il en jette leur temple à ceux-là… Tout plein de vie, de poojas et de singes qu’il est leur temple ! Il y a peu de touristes tout de suite à l’intérieur… C’est plus reposant. Il faut explorer les recoins suintant la graisse des offrandes mélangées au safran. Les ingénieurs de l’époque avaient le sens des volumes et des jeux de lumières. C’en étaient des dompteurs de topologie ! Par derrière, dans le recoin le plus sombre, un petit indien de rien du tout me gueule dessus pour que je l’accompagne vers un lieu important… Il défait son châle blanc et l’étend contre le mur du fond. Je peux alors voir que le Gopura de l’entrée se projette de façon inversé par un jeu de lumière dont personne n’a plus le secret. Tournant dans le sens des aiguilles d’une montre, je peux entrer dans l’enceinte la plus sacrée, celle où se trouve un beau brahmane s’occupant à merveille de la divinité. La statue de VIRUPAKSHA est entourée d’étoffes de soie et de fumées d’agarbathi. J’ai juste à lui donner quelques roopies et il me fait volontiers un tilak (marque du troisième œil) de safran après m’avoir purifié par l’eau et le feu. Le symbolisme est décidément le même partout. Par derrière, le tank est bien présent. Il accueille une magnifique eau verdâtre entouré de macaques et de chats pelés. Plusieurs processions et quelques chants indiquent à quel point le temple est vivant. En revanche, partout autour, sur des kilomètres, du long de la rivière Timgabhadra aux monts de granits géants amoncelés, se cachent les ruines de l’empire du Vijayanagar et ses temples morts parsemés autour de l’ancienne citée sacrée. Ces vestiges éparpillés laissent encore une idée de la grandeur de l’ancien empire disparu. Partout, s’offrent à mon regard piliers, temples érodés, sculptures fatiguées rappelant la superbe de ces sites abandonnés. Pour peu qu’on prenne de la hauteur, on peut presque tous les embrasser du regard. Sur une proche colline, j’attends patiemment que le soleil daigne se coucher. Il y est presque. Quelques nuages de mousson n’arriveront pas à temps pour le voiler. Au fur et à mesure qu’il descend, l’astre répand ses rayons d’or jusqu’à mes pieds. Les couleurs grises et argentés des pierres se mélangent dans une étrange beauté. L’ensemble de ces sites s’illumine alors dans une atmosphère divine et sacrée. La Grâce Divine et la Beauté me transpercent et il ne me reste plus qu’à remercier Dieu pour sa mise en scène… |  |  |  |  |  | Si l'on ne meurt qu'une fois...alors vivons à l'infini! |  |
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