Bangladesh, trois semaines de bruits, de poussière et d'odeurs (page 1 de 4)

Discussion démarrée par Mekchime le 1 décembre 2017 à 1:41
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Après avoir un été un lecteur assidu mais discret de ce forum pendant des années, et avoir allègrement usé de la masse d'informations disponible grâce à ses membres, je me demandais de quelle manière je pouvais y contribuer à mon tour.

Je me suis alors rendu compte qu'il n'existait pas de carnet de voyage récent pour le Bangladesh, le dernier remontant à 2008. Pourquoi une telle situation? Très certainement car le nombre de touristes annuel représente environ 20.000 personnes, comparé à une population toujours en croissance de 150 millions de Bangladais, sur un territoire représentant grosso modo un tiers de la France. Le Bangladesh est ainsi le pays le plus dense du monde, hormis quelques cités-états, et la situation n'est pas près de s'arranger en termes de surpopulation.

Pour faire une comparaison un peu spécieuse et illustrer la quasi absence de touristes, on peut rapporter les chiffres précédemment cités à la population de Paris (un peu plus de deux millions intramuros), et se rendre compte que moins de 300 touristes par an auraient le privilège de sentir les douces effluves d’urine de notre métro et de prendre des selfies devant la tour Eiffel.

De ce constat simple le voyageur peut déduire qu'il ne rencontrera pas beaucoup de compatriotes et que les infrastructures touristiques seront à peu près nulles, mais surtout qu'il doit s'attendre à attirer l'attention de façon constante de foules d'hommes et d'adolescents pour lesquels la notion d'espace personnel est inconnue, et ne s'imaginent pas une seule seconde qu'être suivi partout pendant des heures, et ce, répété chaque jour du séjour, peut finir par devenir légèrement pesant, et amener le touriste a rejoindre sa chambre d’hôtel plus tôt que prévu pour s’étendre en position fœtale et pleurer. J’exagère un peu… mais l’idée est là.

Pour résumer, ce fut un voyage extrêmement intéressant mais difficile et fatigant à la fois. Je vais essayer de retranscrire au fil de ce carnet mes impressions de façon la plus fidèle possible et sans langue de bois, et j’évoquerai également un peu l’actualité et l’exode forcé des Rohingyas vers le Sud-est du Bangladesh où je me trouvais il y quelques mois. Je vais m’appliquer à être le plus exhaustif possible dans l’introduction car il est difficile de trouver des informations récentes en français a propos de ce pays.

Qui suis-je ?

Je m’appelle Maxime, j’ai 28 ans et j’ai déjà eu beaucoup d’occasions de voyager ou de passer du temps à l’étranger, notamment depuis avoir été diplômé d’école de commerce en 2013. J’avais déjà avant cette date réalisé un stage de trois mois au Maroc, et passé un semestre d’échange en Corée du Sud en plus de quelques voyages en Europe de l’Est notamment. Apres avoir passé deux ans en stage et apprentissage en région parisienne j’ai différé mon entrée dans le monde professionnel pour voyager un an en Asie avec l’argent que j’avais alors économisé. Apres mon retour en Europe, j’ai travaillé un peu plus d’un an en Italie dans une société de conseil mais ai été plus ou moins poussé vers la sortie car je ne manifestais guère d’enthousiasme quand il fallait « mapper des process target ». Apres cette expérience j’ai décidé de voyager de nouveau notamment en Iran et Asie Centrale. Tout cela pour dire que malgré mes voyages précédents, le Bangladesh a représenté un choc culturel plutôt corsé.

Pourquoi le Bangladesh ?

Le Bangladesh était l’un des pays auxquels je pensais pour finir mon voyage d’un an en Asie mais j’avais finalement opté pour un autre itinéraire. Je voyais aussi ce pays comme un test pour savoir si je pourrais être tenté également par un voyage en Inde, ne voulant pas aller dans ce pays pour seulement quelques semaines, mais n’osant pas me lancer pour plusieurs mois. C’était aussi l’occasion de découvrir un pays complètement ignoré des touristes et plus connu pour ses accidents industriels et pour favoriser l’insertion professionnelle des petits bouts de chou que pour ses paysages verdoyants ou des monuments classés a l’UNESCO.

Dans quel contexte s’est déroulé le voyage ?

J’ai décidé de me rendre en Australie pour réaliser un working holiday visa d’un an et me rapprocher de ma copine australienne rencontrée lors de mon précédent voyage en Asie centrale. Pour joindre l’utile a l’agréable j’ai voyagé environ deux mois entre la France et l’Australie, et me suis arrêté aux Emirats Arabes Unis, a Oman et au Sri Lanka avant de visiter le Bangladesh. Je voyageais donc seul avec mon sac-a-dos, sans guide, utilisant les transports en commun… A la routarde dirons-nous.

Informations pratiques

· Visa : disponible à l’aéroport pour une durée de trente jours pour les touristes français, il coute de mémoire 51 US dollars. On ne vous demande pas grand-chose mais on m’a demandé ou je comptais passer la nuit et ils ont même appelé mon hôte sur Couchsurfing pour vérifier. J’avais par ailleurs un vol de sortie au départ du même aéroport moins de trente jours plus tard.
· Météo : rien de particulier, chaud et humide au mois d’avril mais pas de pluies diluviennes ininterrompues.
· Transport : le pays étant très petit et dense, il est extrêmement facile de se déplacer même entre les petites villes ou villages. Il y a un nombre assez incroyable de bus sillonnant le pays à tombeaux ouverts pour les amateurs de sensations fortes. En ville on trouve des Rickshaws et des Tuktuks partout, et des taxis/tuktuks collectifs font la navette entre les villages pour un prix dérisoire. On y reviendra plus en détail par la suite.

Est-ce dangereux de visiter le Bangladesh ?

Le ministère des affaires étrangères déconseille fortement de se rendre dans le pays, qu’il classait en zone orange au moment de mon séjour. Il y a notamment eu une attaque dans un restaurant italien un an auparavant au cours de laquelle une vingtaine de personnes avaient péri. Il donne aussi des conseils pertinents en conseillant d’éviter les rassemblements politiques ou de grévistes car la culture politique locale est assez violente. En bref, je pense qu’ils font leur travail correctement en mettant en garde les voyageurs, un routard français ayant par exemple disparu peu de temps avant mon passage alors qu’il prévoyait de passer en Birmanie par voie terrestre ou par bateau ce qui est illégal et pas forcement intelligent.
www.diplomatie.gouv.fr/...bangladesh/#securite
Pour ma part, je ne me suis jamais senti en situation d’insécurité, bien que je n’eusse pas été a l’abri d’un mouvement de foule ou d’un accident de la route. Alors que l’islamisme représente apparemment un danger croissant, je n’ai pas vécu de situation inconfortable par rapport a la religion et les musulmans d’apparence les plus pieux, grosses barbes rousses, Kamis… se sont montrés sympathiques et chaleureux avec moi.

Quel est le niveau d’hygiène ?

Les phobiques peuvent je pense arrêter leur lecture ici car c’est certainement le pays le plus sale que j’ai visité jusqu'à présent. Des ordures partout, des villes poussiéreuses au possible, des draps d’hôtel aux taches suspectes, des chauffeurs de rickshaws qui font leurs besoins dans la rue… Par exemple, après une journée complète assis dans un bus, je me suis gratté le visage et mes ongles étaient noirs de saleté. J’imagine que ca doit être pareil en Inde.

Pour ma part, sans dire que la situation était excellente au niveau gastrique, je me contentais généralement de fumer une cigarette le matin avant de quitter l’hôtel, et j’étais tranquille pour la journée. Donc globalement, trois semaines dans le pays sans être trop malade, ce dont j’étais assez fier.

La minute chien errant

Religion musulmane oblige, ou bien trafic routier meurtrier, les rues ne sont pas envahies de chiens errants comme la Birmanie ou le Sri Lanka par exemple, et nos meilleurs amis ne représentent pas une menace quotidienne pour nos délicats mollets. Bien appréciable.

Comment et qu’est-ce qu’on y mange ?

Les gens mangent avec les mains mais vous pouvez facilement demander au moins une cuiller si cela vous dérange. En général, il est possible de se laver les mains au savon avant et après avoir mangé dans tous les restaurants donc ca va. La main droite sert à manger et la gauche à se débarbouiller le derrière (quasiment pas de petite douche dans les toilettes, plus généralement une petite carafe dans laquelle on puise).

Vous pouvez généralement choisir comme base soit du riz soit du pain (pratha, chapati…) généralement servi avec des currys de viande, de poisson ou de légumes. Vous pouvez également consommer du dhal (plat a base de lentilles un peu partout), des omelettes… Une grande variété de fruits est également disponible et vous pouvez acheter des noix de coco pour environ 0,5 euro la pièce. Pour le petit-déjeuner, l’un des plats les plus populaires est une sorte de samosa frit fourré à la patate, très bon mais brulant quand on mord dedans. Les Bangladais boivent également énormément de the dans de petits verres, avec ou sans lait concentré, au citron… Un verre de the coute généralement cinq takas, soit environ 0,06 euro. L’eau en bouteille se trouve partout à un prix raisonnable pour un touriste occidental, peut-être 0,4 euro les deux litres. On trouve de l’alcool dans quelques bars dans les grandes villes, ainsi que dans une poignée de magasins ouverts aux étrangers, mais la consommation reste très limitée.

Accueil de la population ?

Les Bangladais sont d’une gentillesse et d’une curiosité un peu envahissante avec les rares étrangers qu’ils rencontrent. Le fait d’être seul les incite je pense encore plus a vous aborder et vouloir passer du temps avec vous.

Cela peut être d’autant plus stressant que chaque personne rencontrée va au bout de cinq minutes vous demander votre numéro de téléphone, votre facebook, votre email, et vous appeler, écrire... chaque jour pour vous demander de vos nouvelles, comment vont vos parents... et ce pendant des mois après votre rencontre. Je fournirai des exemples un peu plus précis par la suite, notamment des captures d’écran de mon téléphone.

Cette situation pouvant être déjà pénible pour un garçon brun de taille moyenne et à la peau mate comme moi, j’imagine que cela serait surement bien pire pour une fille blonde par exemple et surtout non accompagnée. Je suis sur que des voyageuses intrépides s’y sont déjà rendues et ont apprécié leur séjour sur place mais je ne recommanderais pas ce pays a titre personnel pour une routarde seule. J’ai en un peu plus de trois semaines rencontré trois étrangers dans le Nord du pays, trois carabins anglais qui faisaient un stage de quelques mois dans un hôpital du pays, mais aucun touriste, donc je pense que les chances de se trouver un compagnon de voyage sur place sont assez minces.

Cependant pour rendre à César ce qui est à César, je me dois aussi de dire que les gens ont presque toujours été d'une grande gentillesse, ne m'ont presque jamais demandé de l'argent dans la rue, et m’ont paru être globalement très honnêtes avec les étrangers. Les Bangladais adorent par ailleurs Zinedine Zidane, qui s’est rendu dans le pays pour je crois des actions humanitaires, et dont le nom revient systématiquement quand vous dites être français.

Facile de communiquer avec la population ?

Comme dit un peu plus tôt les gens ne sont pas timides et rendent volontiers service. Beaucoup parlent un anglais assez basique, mais on trouve assez souvent des gens qui maitrisent cette langue couramment donc peu de soucis d’incompréhension comme en Chine par exemple. Je pense que l’arabe est également assez répandu dans la mesure ou des millions de Bangladais travaillent ou ont travaillé dans les pays du golfe.

Quel a été mon itinéraire ?

· Dhaka : 1 nuit
· Sonorgaon : 1 nuit
· Chittagong : 2 nuits
· Cox’s Bazaar : 2 nuits
· Ramu et Chittagong Hills Tracts : 4 nuits
· Bus de nuit entre Chittagong et Syhlet : 1 nuit
· Syhlet : 2 nuits
· Sri Mangal : 2 nuits
· Rajshahi : 3 nuits
· Bogra : 4 nuits
· Retour a Dhaka dans l’après-midi pour prendre l’avion vers 22h

Qu’est-ce que j’ai raté et pourquoi ?

Deux attractions touristiques majeures que je n’ai pas faites :
· Le parc national des Sunderbans, qui est la plus grande mangrove du monde à cheval sur l’Inde pour un tiers, et le Bangladesh pour le reste. On y trouve encore notamment une grande population de tigres du Bengale sauvages.
· Prendre le rocket boat pour une croisière fluviale entre Dhaka et Barisal. Le Bangladesh étant traversé par de multiples fleuves, il est recommandé d’effectuer un trajet sur un de ces bateaux à vapeur.
J’avais initialement prévu de débuter mon voyage au Bangladesh par ces deux attractions mais le temps était mauvais dans le Sud-ouest a mon arrivée et j’ai décidé de visiter le Sud-est en premier. Par la suite j’ai lu des avis assez mitiges de personnes ayant souscrit à des tours, nécessaires pour visiter ce parc national, et n’en ayant pas eu pour leur argent (environ 200 USD donc une somme coquette pour ce pays). Ils se plaignaient notamment de n’être pas allés en profondeur dans la mangrove et d’avoir surtout été conduit dans une sorte d’écomusée à proximité immédiate de la ville de Khulna d’où ils étaient partis. Etant seul et n’ayant rien réserve j’avais peu de chances de trouver un groupe prêt au départ sur lequel me greffer pour diminuer la note, et avec une agence sérieuse.

Est-ce que le Bangladesh ressemble à l’Inde ?

Je ne suis jamais allé en Inde, mais selon certains Bangladais qui s’y rendaient régulièrement pour leur travail, l’Inde est bien plus organisée et développée que leur pays.

Budget

C’est un pays extrêmement bon marché pour un voyageur, j’ai dépensé en 24 jours 29150 Takas, billets d’avion et visa exclus, soit environ 300 euros, ou bien 12,5 euros par jour. Je n’ai pas payé pour ma première nuit à Dhaka car j’ai fait du couchsurfing et ai été invité plusieurs nuits dans la région de Ramu. Le reste du temps, j’ai dormi dans des hôtels bon marché, mangé dans de petits restaurants et pris les transports en commun. J’aurais pu dépenser encore un peu moins mais j’ai fait quelques achats de vêtements pendant mon dernier jour, en prévision de mon année en Australie.
Image attachée:

Photo postée par le membre Mekchime.
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Du Sri Lanka, où je venais de passer environ trois semaines, je prends un avion pour Kuala Lumpur où une escale de quelques heures me permettra de prendre une correspondance et de rejoindre Dhaka. Premier constat, je suis le seul occidental dans la salle d'embarquement, et les Bangladais ont l'air surpris de me voir ici mais se montrent sympathiques et curieux. Une fois monté, je m'endors pour la grande majorité du vol et me réveille environ 20 minutes avant d'arriver à Dhaka.

Mon voisin profite de cet intervalle pour me poser les questions qui deviendront habituelles au cours de mon séjour, d'où je viens, ce que je viens faire là, est-ce que mes parents sont vivants... Il me demande aussi si je suis musulman et ma réponse négative semble le satisfaire, étant lui-même Hindu comme environ 10% de la population. Il me fait comprendre qu'ils n'aime pas beaucoup les disciples de Mahomet, pas de chance quand tu vis au milieu de 140 millions d'entre eux... Il insiste pour me donner l'equivalent d'un euro en monnaie locale et pour que je vienne lui rendre visite dans son magasin de Dhaka après avoir pris un certain nombre de selfies avec moi. Gentil, mais un peu bizarre quand même.

Dhaka

Je perds mon camarade au moment du passage de la douane, où les Bangladais s'engouffrent rapidement mais où les quelques etrangers présents dans l'aéroport doivent prendre leur mal en patience pour obtenir leur visa. Je dois perdre plus ou moins une heure avant de decrocher le précieux tampon. Apres celà, j'achète une carte sim et contacte mon hôte du site Couchsurfing que je dois retrouver un peu plus tard. Je quitte l'aéroport et décide de prendre un taxi ou tuktuk pour rejoindre le centre-ville où vit Mike, le Russe qui m'hébergera pour la nuit. Joute avec les chauffeurs de taxi présents, je finis par partir avec l'un d'eux, mais assez bizzarement, il ne conduit pas, et je me retrouve avec lui et deux autres Bangladais dans la voiture. Pas trop rassurant, mais je vois sur maps.me qu'ils ont bien mis le cap sur le quartier de Gulshan, en plein centre, où je dois aller.

Coup classique quand j'arrive, le type me demande plus d'argent que ce qui était plus ou moins convenu, mais je suis déjà dehors avec mon sac. Ça négocie, ça parlemente, des Bangladais qui parlent un peu anglais se joignent à la conversation qui est animée mais reste bon enfant. Je finis par donner 100 takas de plus au type mais je lui prends sa dernière cigarette histoire de le faire un peu chier quand même. Je suis à quelques centaines de mètres de chez Mike, mais ayant perdu trop de temps entre les formalités administratives, l'achat d'une carte sim, et la course en taxi, ce dernier est parti au travail et ne reviendra que deux heures plus tard. Une averse me pousse donc vers le premier restaurant où je mange un morceau et attend que ça passe.

Après cela, je décide de marcher un peu dans les alentours, et retrouve par hasard un des Bangladais qui m'avait aidé à parler avec le chauffeur de taxi. On marche un petit peu et j'essaie de comprendre son anglais assez basique. avant de se séparer il me demande mon numéro de téléphone et me demande "you love me?". Encore un gars gentil, mais un peu bizarre...

Je rejoins Mike, dépose mon sac, bois un café avec lui et souffle un peu. Il doit rencontrer quelqu'un un peu plus tard pour parler boulot, donc je sors manger et me promener aux alentours du lac et conviens de le retrouver un peu plus tard pour une bière.


Vendeuse de cigarettes, par paquet ou bien à l'unité


Les rues sont dans un état assez déplorable, surtout quand on sait que ce quartier est l'un des plus modernes de Dhaka


Street food locale, grasse mais pas mauvaise, j'ai gouté plusieurs plats dans la rue

Je retrouve Mike un peu plus tard, et j'effectue avec lui ma première course en Rickshaw pour rejoindre un bar. Il me raconte qu'un soir alors qu'il fumait de l'herbe dans la rue, il a rencontré un Ecossais passablement éméché aussi et ont décidé de faire une course de Rickshaw en promettant l'équivalent de deux dollars à celui qui pédalerait le plus vite. Imaginer cette scène m'a fait bien rire, bien que ce soit assez horrible quand on y pense. Nous buvons deux canettes de bières à environ cinq euros l'une si je me rappelle bien, pendant que Mike m'explique son ressenti dans ce pays. Il me confirme que les etrangers, même à Dhaka, sont une curiosité pour les locaux et reçoivent un traitement de faveur. Nous rentrons chez lui, où je m'endors du sommeil du juste.

Le lendemain je décide de prendre le bus pour Sonorgaon où il existe des bâtiments intéressants datant d'avant l'indépendance. Je marche jusqu'à un arrêt de bus d'où je monte dans un bus branlant direction la gare routière Sud. Plus d'une heure sera nécessaire pour parcourir quelques kilomètres dans le chaos ambiant, et je manque de me faire renverser en descendant du bus qui ne s'arrête pas mais se contente de ralentir. Je parviens à acheter un billet pour Sonorgaon, billet qui me sera facturé bien trop cher (le bus allant à Chittagong, je pense avoir payé le tarif complet jusqu'au terminus).

Sachant que le gouvernement français définit le Bangladesh comme un pays dangereux, et quitte à avoir une tête d'etranger, je décide de porter le turban que l'on m'a offert à Oman. Etranger oui, mais si possible arabe et musulman. Cependant, l'un des passagers du bus vient vers moi et commence à me parler en arabe, dialecte d'Oman svp, car il avait vécu de nombreuses années dans ce pays et avait reconnu le turban. C'est raté pour la discretion !


vision du chaos de la gare routière





L'opération turban fut donc un echec
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Sonargaon

Ayant un peu trainé, à l'encontre de mes habitudes, avant de quitter Dhaka, puis ayant perdu du temps dans les bus pour rejoindre la gare routière puis la ville de Sonargaon elle-même, j'arrive en milieu d'après-midi, plus tard que je l'aurais souhaité.

Sonargaon est une ancienne capitale du Bengale qui recèle encore de quelques bâtiments historiques et d'un ou deux musées. Arrivé trop tard pour visiter tous les sites, je me dirige vers la vieille ville de Panam d'abord à pieds, puis dans un tuktuk car je ne trouvais pas le chemin et l'heure tournait. Arrivé sur place je donne 50 takas au chauffeur qui avait dit qu'il me prendrait gratuitement. Le prix de la course étant de dix takas comme je l'appris plus tard, cela a dû être une heureuse surprise pour lui.

Je me balade dans ce que je pensais être une ville assez étendue mais qui s'avère en fait être une assez longue rue bordée de vieilles maisons appartenant apparemment à des marchands hindus ayant fui le pays au moment de la partition de l'Inde en 1947 (A cette époque, le Pakistan et le Bangladesh formaient donc un même pays largement dominé par les habitants du Pakistan actuel, bien que séparé par plusieurs milliers de kilomètres et des différences culturelles. Le Bangladesh ne deviendra indépendant qu'au terme d'une sanglante guerre d'indépendance menée avec le soutien de l'Inde en 1971). Les habitants locaux s'étaient réfugiés en Inde, quand des millions de musulmans faisaient le chemin inverse vers le Pakistan.

Le manque de temps, la petite taille du site, et le stress de trouver un endroit où passer la nuit ne me permettent pas je pense d'apprécier pleinement les lieux. Je vois par ailleurs des femmes s'épouiller mutuellement près de la rivière ce qui m'a assez surpris je dois dire (sachant que je n'étais arrivé que la veille, j'étais encore en période de rôdage).




Je récupère mon sac laissé au guichet, marche un peu dans les alentours pour essayer de dénicher un endroit ou dormir. On me conduit dans une sorte de maison où on me propose une chambre basique sur le lit de laquelle reposaient une quantité de cerf-volants poussiéreux pour une vingtaine d'euros ce qui me fait gentiment rigoler. Je propose 500 takas, ce qui est dans les prix d'une chambre d'hôtel normale (6-7 euros) ce que la dame refuse. Je m'en vais sans qu'on cherche à me retenir.

La nuit se rapproche et je me remets en route vers la ville pour trouver autre chose quand un type m'appelle de son échoppe pour m'offrir un thé. Il tient une sorte de petite épicerie comme il y en a tant en Asie. Son fils est également présent et on discute avec un peu d'anglais. L'idée de passer la nuit chez eux commence à germer dans mon esprit. Ils finissent par me demander où je compte dormir et je leur propose de leur donner un peu d'argent pour passer la nuit chez eux, ce qu'ils acceptent malgré qu'ils aient l'air de trouver cela un peu bizarre.

Un autre de ses fils d'une quinzaine d'années est arrivé entre temps avec plusieurs de ses copains, et le père lui dit d'aller acheter un poulet pour le diner du soir. Je les accompagne et insiste pour acheter la bête encore vivante pour 200 takas (2,5 euros), que le vendeur tue à ce moment là. Nous sommes sur le retour quand nous sommes pris à partie par un "uncle" du gamin, chauffeur de tuktuk de son état, pour une raison que j'ai du mal à comprendre. Nous rentrons à l'épicerie, suivi de ce type qui invective le père de famille, ce qui me met assez mal à l'aise car je ne souhaitais pas créer de troubles pour ce dernier. Je finis par devoir aller au commissariat avec ce type plus le fils de la famille qui me fait office de traducteur sans savoir si j'allais revenir ou non. Le dîner que j'avais payé étant presque prêt, et ayant très faim, je suis passablement énervé.

J'arrive donc au commissariat de nuit avec mes deux camarades, et je suis conduit au chef de la police locale toujours sans savoir pourquoi. On me demande de laisser mon gros sac ce que je fais, ainsi que mon petit sac contenant mon appareil photo, ce que je refuse. Je leur explique de façon polie et respectueuse que mes objets de valeur étaient dedans. "Mais... nous sommes la police... on ne va pas essayer de te voler !", c'est peut-être vrai au Bangladesh, mais ce n'est pas universel malheureusement. On me présente finalement au chef qui parle très bien anglais et inspecte mon passeport. Les visas du Tadjikistan et de l'Ouzbekistan font notamment de moi quelqu'un d'assez "suspect" d'après lui, mais tous les pandores sont en fait aux petits soins, et m'offrent du thé et des gâteaux. Je reçois finalement l'autorisation de dormir chez mes hôtes, et suis raccompagné par deux tuktuks plein de flics armés jusqu'aux dents pour ma protection. Merci pour la discretion les gars ! Ils me laissent à l'épicerie après m'avoir demandé mon facebook.

Je finis par pourvoir dîner avant de partager un lit avec deux des fils du taulier. Ce premier jour complet ne fut pas non plus de tout repos.


Je me mets en route le lendemain pour Chittagong après donné une douzaine d'euros au père de famille pour les remercier. Retour à la gare routière et achat du billet de bus.
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Chittagong

Avant de penser voyager au Bangladesh, je ne connaissais que deux villes de ce pays, la capitale Dhaka, et Chittagong. Cette dernière avait en effet fait parler d'elle et pas pour de bonnes raisons, il y a une dizaine d'années. C'est ici que le porte-avion Clémenceau, renfermant probablement une bonne dose d'amiante, devait être démantelé dans des conditions de travail certainement loin des normes de sécurité européennes.

Bref, j'arrive à la gare routière, et maps.me m'indique le chemin à suivre pour me rendre à l'hôtel Al-Faisal repéré sur wikitravel. Il se situe a environ deux kilomètres et je décide donc de marcher jusque là-bas comme j'aime le faire quand je voyage. Je le trouve assez facilement après une marche assez désagréable en raison du traffic. On me propose une première chambre dont l'odeur est difficillement supportable et que je refuse, puis une seconde pour le même prix, que j'accepte sans qu'elle sente la rose non plus. Je me douche et me repose un peu avant de sortir dîner à proximité.

Après cela, je demande des informations aux deux réceptionnistes, très amicaux et parlant bien anglais, comment rejoindre les casses de navires le lendemain. Ils m'indiquent où prendre le bus et écrivent ma destination en Bengali sur un morceau de papier.

Le lendemain je parviens donc en bus et sans encombre à destination et rencontre un comptable qui travaille sur un de ces sites. Il semble avoir du mal à croire que je suis un touriste et non un journaliste, qui ne sont pas les bienvenus. Il m'accompagne et me montre une petite porte sur un côté qui me permet de rejoindre la plage d'où je peux observer les bâteaux.

Ce que je découvre est un spectacle assez beau dans sa désolation je dois dire, et fait clairement relativiser sur nos conditions de travail en France. Les gars qu'on aperçoit sur la seconde photo me font signe de dégager car les appareils photo comme les journalistes ne sont pas les bienvenus. Je rencontre et discute avec un groupe de lycéens en train de zoner qui me montrent ensuite les environs.



Après être rentré en ville et repassé par mon hôtel, je décide de me promener un peu en ville et d'aller voir une université qui s'avèrera fermée au public. Nouveau groupe d'adolescents qui veut que je les prenne en photos et les leur envoie sur une application appelée Immo ou Imo que tout le monde utilise dans le pays. J'irai ensuite manger au même endroit où un type me demandera si je suis marin et ouvrira de grands yeux en apprenant que je suis un touriste.




Pied à terre dans les montées pour pousser le Rickshaw


La chèvre voulait boire dans la tasse de ce gars, ce qui faisait bien rire tout le monde



Un petit pipi rapide

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Bonjour Maxime,
Merci pour ce partage. Votre carnet est passionnant, riche en informations et resentis et les photos sont superbes! J'attends la suite avec impatience!
Marie
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Merci pour votre retour Marie, ça me rassure, j'avais un peu l'impression de pleurnicher haha mais ça a été intense comme voyage Clin d'oeil
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Cox's Bazaar

Départ de Chittagong pour Cox's Bazar, le trajet en bus prendra environ trois heures. Je prends place à l'avant du bus et suis rejoint par un homme d'une petite trentaine d'années. Il place son jeune fils sur ses genoux où il s'endormira paisiblement, et son coq à côté de mon sac. Il me dit qu'il vit à Ramu, près de Cox's Bazar, qui compte une forte minorité bouddhiste à laquelle il appartient.


Le coq et mon sac Quechua

Pour en revenir à Cox's Bazar où j'arrive sans encombres, cette ville, et le district du même nom, sont au coeur de l'actualité car c'est là que les réfugiés Rohingyas se concentrent en grande majorité depuis quelques mois.

Source wikipedia pour rappeler l'histoire de la ville:

"La région de Chittagong, y compris Cox's Bazar, est sous la domination des rois d'Arakan du ixe siècle à sa conquête par les Moghols en 1666. Pendant un voyage à Arakan, le prince moghol Shâh Shujâ passe par Cox's Bazar et est captivé par la beauté de la région ; il commande à ses forces, dont mille palanquins, de s'y installer temporairement. Il existe aujourd'hui un lieu appelé Dulahazara, signifiant « mille palanquins ». Après les Moghols, la région est sous domination tipra, puis arakan à nouveau, suivi des Portugais puis des Britanniques.
Le nom de Cox's Bazar vient du nom de famille d'un officier de la Compagnie anglaise des Indes orientales, le capitaine Hiram Cox, surintendant de Palonki (aujourd'hui Cox's Bazar), après que Warren Hastings devient gouverneur du Bengale à la suite du passage de la British East India Company Act en 1773. Cox fut choisi pour s'occuper d'un conflit de longue durée entre les réfugiés Arakan et les Rakhains locaux. Il fait progresser la réinsertion des réfugiés de la région, mais meurt en 1799 avant d'avoir fini son travail. Pour commémorer son rôle dans ce projet, on monte un marché/bazar nommé en son honneur. La thana de Cox's Bazar est établi en 1854 et la municipalité en 1869"
On se trouve donc dans une zone culturellement et historiquement à cheval entre les mondes birmans et bouddhistes, et bengalis hindus/musulmans de l'autre.

Pour ma part, je me trouve un peu dufficilement un hôtel au prix raisonnable, et décide d'aller voir la fameuse plage qui se trouve être la plus longue plage du monde avec plus de 120 kilomètres de long. Je vois quelques etrangers, sûrement expatriés venus se détendre, mais la grande majorité des gens présents sont des Bangladais. Et on se baigne tout habillé s'il vous plait.




Sur la plage se trouvaient de nombreux photographes qui réalisaient des portraits de leurs clients avant de leur partager les photos sur des cartes sd ou via bluetooth. Chaque photo était facturée environ 5-10 centimes il me semble.


J'ai aussi l'occasion de visiter la ville qui compte quelques temples bouddhistes de style birman mais sans charme particulier et où des gens vous suivent en vous réclamant un pourboire pour avoir gardé vos chaussures à l'entrée ou tenu la jambe au long de votre passage.


Le reste de la ville n'a rien de particulier mais on lit la proximité de la Birmanie sur les visages, dont les traits se font plus asiatiques et sont souvent recouverts de Tanaka, cette sorte de pâte jaune à base d'écorce qui sert à la fois de maquillage et de protection contre le soleil dans le pays voisin.



Bon voilà, et vu que je n'aime pas aller à la plage je décide de visiter la ville de Ramu le lendemain.
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Bonjour Maxime,
un mot merci !!!
Je voyage tous les ans en Inde, l'année dernière dans west bengal où les touristes ne viennent pas et les habitants ont souvent été surpris de voir une femme seule visiter cette région et heureux de venir échanger quelques mots Les villes sont très polluées mais j'ai toujours trouvé un hôtel et assez propre. J'ai l'impression d'après ton carnet que les conditions de vie sont encore plus dure au Bangladesh qu'en Inde même dans ces contrées.
Je te remercie de nous faire parcourir ce pays en détail où l'on ne franchit pas souvent la frontière. On voit bien la vie quotidienne à travers tes photos.
vivement la suite !!
mariejo
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Merci pour ton retour, je ne sais pas si cela te tenterait comme voyage, ça serait intéressant de comparer avec l'Inde, et en particulier l'état du Bengale, où je ne suis pas allé personnellement. Bon après encore une fois je ne suis pas sûr que je recommenderais ce pays à une femme seule, pas car elle courrait un plus grand danger qu'en Inde je pense, mais en raison de l'attention qu'elle recevrait en permanence. Après chacun est libre de faire ce qu'il veut Tire la langue
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Ramu

Je ne me doute pas encore en prenant un tuktuk (ils appellent ca des CNG au Bangladesh, je viens de me souvenir) pour la gare routière que je viens de débuter la journée la plus importante de mon voyage au Bangladesh. Arrive a destination, je monte dans un minibus en partance pour Ramu et les villages des alentours. Mon voisin, air d’étudiant attarde, sac en bandoulière plein de papiers et lunettes vissées sur le nez (très rare au Bangladesh), contre lequel je suis serré, me demande combien on m’a demandé de payer pour ce trajet d’environ 16 kilomètres. Quand je lui réponds 30 takas, environ 40 centimes donc, il se met en colère et me dit que cela ne devrait pas excéder 25 takas, qu’on profite de moi car je suis étranger… et qu’on va l’entendre.

Arrivés a Ramu, je m’extraie difficilement du minibus plein à craquer, suivi de ce gars que j’appellerai Reza, car nous avons fait un certain nombre de trucs illégaux ensemble par la suite. Une discussion s’ensuit entre lui et le chauffeur et je paie finalement 30 takas et lui 20, 50 pour tous les deux donc. « Je te dois cinq takas, tu veux boire un thé ? ». Reza vit dans un village un peu après Ramu, mais est descendu pour ne pas que je me fasse délester de cinq beaux centimes durement gagnés et surement aussi un peu par curiosité devant ce touriste a la tête d’espion israélien. Nous buvons un thé, puis deux, tout en fumant copieusement, un de ses amis croisé par hasard se joint à nous. C’est un ancien soldat du génie, passionné de littérature et notamment admirateur de Victor Hugo. Reza qui effectue des recherches ici dans le cadre de son doctorat commence à m’expliquer avec passion et moult détails l’histoire de la région et la progression de l’islam dans cette terre qui fut autrefois très majoritairement bouddhiste. Il est lui-même issu d’une minorité ethnique et sa famille ne s’est convertie à l’islam qu’assez récemment. Il me parle aussi brièvement de la colonisation de la région par nos amis anglais, toujours si doués pour le commerce, et qui auraient échangé aux populations locales des bibles, contre à peu près tout ce qui avait de la valeur.

Pour la première fois depuis mon arrivée, j’ai une discussion poussée et vraiment intéressante avec une personne du cru, oubliés les « comment s’appelle ton père ? », « tu aimes le cricket ? »… Il explique par exemple à ma demande pourquoi les rickshaws électriques, très répandus par ailleurs, sont interdits sous peine d’amende. Le gouvernement subventionne ainsi l’électricité pour favoriser l’activité économique en la vendant probablement à perte, et les rickshaws représenteraient une industrie bien trop gourmande si on les laissait faire, rien qu’à Dhaka, on ne compterait pas moins de 500.000 de ces vélos-taxis.

Au bout d’un moment il m’invite à venir chez lui a quelques kilomètres de la, et m’explique que c’est un lieu tranquille ou il peut écrire et faire ses recherches au calme. Je le suis dans la mesure ou je lui fais confiance car il n’y a pas d’arnaque à touristes dans les pays ou il n’y a pas de touristes. Si j’avais encore des doutes, ils s’estompent immédiatement en arrivant chez lui et en voyant la quantité de livres empilés un peu partout. Bien qu’il soit assez occupé, il m’offre de me faire visiter les alentours car je suis étranger. Nous nous rendons chez un autre de ses amis, qui se trouvera être aussi son fournisseur d’alcool, pour lui emprunter sa moto. Il me propose ainsi d’acheter de l’alcool de riz ensemble et de partager les frais, ce que j’accepte avec quelques réserves et avec l’impression qu’il ne me dit pas tout non plus. Nous partons ensuite a deux sur la moto avec je pense une curiosité mutuelle mais aussi quelques doutes sur les motivations de chacun. Il finira par exemple par me demander si je ne suis pas juif, bien que cela n’eut pas posé de problème avec lui je pense.


Chez Reza

Nous parcourrons la campagne et visitons un certain nombre de sites tout en discutant. Ce qui est frappant au Bangladesh, c’est le contraste entre la crasse de ses villes poussiéreuses, et la beauté de ses campagnes d’un vert presque fluo grâce surement a la seule richesse du pays, ses nombreuses rivières. Nous nous arrêtons également dans la ville de Ramu ou je visite un temple en sa compagnie et ou l’ambiance est beaucoup plus recueillie et agréable qu’a Cox’s Bazar.




La majorité des temples bouddhistes de Ramu a été brulée lors de violences inter-religieuses en 2012. En gros, une fausse image d'un Coran désacralisé, posté sur un faux compte facebook dont le profil semblait appartenir à un homme de confession bouddiste a conduit une foule en colère de 25.000 personnes a attaquer des lieux de culte non musulmans. Bref, tout ça pour dire que même si les gens ont toujours été gentils et accueillants avec moi il peut parfois suffir d'une étincelle.

Wikipedia :

The 2012 Ramu violence refers to a series of attacks on Buddhist monasteries, shrines, and houses of Buddhist inhabitants in Ramu Upazila in Cox's Bazar District in Bangladesh by local mobs on the midnight past 29 September 2012. The mobs destroyed 12 Buddhist temples and monasteries and 50 houses in reaction to a tagging of an image depicting the desecration of a Quran on the timeline of a fake Facebook account under a Buddhist male name. The actual posting of the photo was not done by the Buddhist who was falsely slandered. The Buddhist was innocent of the accusation. The violence later spread to Ukhia Upazila in Cox's Bazar District and Patiya Upazila in Chittagong District where Buddhist monasteries, Sikh Gurudwaras and Hindu temples were targeted for attacks.




Nous rentrons dans son village et buvons une partie de l’alcool de riz. Il me propose de passer la nuit là-bas mais je décline poliment son offre car toutes mes affaires sont restées a ma Guest House, mais promet de revenir le lendemain si son offre tient toujours. Il accepte mais insiste pour me donner la moitié de l’alcool restant avant de me raccompagner au départ des bus.
Arrivé à la gare routière de Cox, un chauffeur de CNG essaie de m’arnaquer et offre de me prendre pour dix fois le prix, 100 takas au lieu des 10 habituels pour rejoindre la ville. Je rigole et lui tape dans le dos avant de partir avec un autre, ce qui fait rire ses confrères. Je décide de manger rapidement près de ma Guest House, quelques œufs et des galettes, dans une gargote dont le patron tout heureux d’avoir un client étranger me prend par la main et insiste pour me montrer les cuisines et en inspecter la propreté. Curieux que mon estomac ait si bien tenu le coup dans ce pays

Le lendemain, check out et départ pour le village de Reza dont il m’avait écrit le nom en Bengali pour le chauffeur de bus. Je retrouve péniblement sa maison grâce à maps.me, ainsi que son locataire tout surpris de me voir revenu. Il ne pensait pas que je tiendrais parole, et c’est je crois a ce moment la que j’ai pleinement gagné sa confiance.

Deuxième acte illégal après nous être procuré de la goutte locale, Reza me propose de me rendre toujours en moto et avec le plein de la veille dans une zone interdite aux étrangers. En effet, cette zone frontalière délimitée de façon un peu floue entre la Birmanie et le Bangladesh a été un facteur d’instabilité. On parle beaucoup du problème des rohingyas coté birman, mais le Bangladesh n’a pas été en reste non plus avec les populations bouddhistes, culturellement plus proches de la Birmanie. « Silence, on tue » ca s’est passé des deux cotés de la frontière, bien que surement dans une proportion moindre qu’au Myanmar.






Casque sur la tête et lunettes de soleil pour me camoufler le visage, nous parcourrons de nouveau la campagne, prémices des Chittagong Hills Tracts dont les douaniers m’avaient bien précisé de me tenir éloigné en me délivrant mon visa quelques jours plus tôt. Reza me dit aussi qu’il est d’accord de m’emmener dans cette zone qu’il connait bien et a sillonné dans tous les sens pour ses recherches car j’ai la peau mate, une taille moyenne et un physique passe-partout. Nous convenons aussi d’une histoire selon laquelle nous nous serions rencontres quelques années plus tôt lors d’une conférence en Allemagne a laquelle il avait participé. Nous passons les check points de la police sans nous arrêter et nous retrouvons dans la zone interdite. La culture principale est le tabac et Reza s’arrête pour discuter avec un fermier et demander le chemin, mais c’est en fait un test pour vérifier que ce dernier ne soupçonne pas que je suis un occidental. Test réussi haut la main.

Nous rentrons au village et retrouvons son ami admirateur de Victor Hugo pour diner et finir l’alcool, ce qui tombait bien dans la mesure où je fêtais mes 28 ans ce jour-la. Reza me raconte alors tout ce qu’il ne m’avait pas dit la veille, qu’en plus d’être étudiant, il est aussi journaliste et a donné de sa personne pour écrire des articles passionnants. Il s’est par exemple rendu illégalement en Inde a Calcutta et s’est fait passé pour un membre d’une mafia locale pour vivre dans un bordel pendant six mois et raconter le quotidien de ces femmes dont il aurait aidé plusieurs d’entre elles a en sortir par la suite.

Il me propose une autre aventure pour le lendemain, aller visiter et dormir dans un village de l’ethnie Chakma, la plus importante de la région, et ce a un jet de pierre de la frontière birmane.
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Bonjour Maxime,

Passionnant ton carnet de voyage. Cela fait 3 ans que j'hésite à partir dans ce pays. j'ai acheté le seul guide existant "le petit futé".
tu confortes mon hésitation d'y aller en femme seule. il va falloir que je me trouve un accompagnateur Fâché
Ceci dit, voyager en inde, pays dont tu parles et que je connais bien, n'est pas non plus de tout repos, surtout pour une femme.
En tout cas, continue de nous régaler par ton récit Malin
laurence
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Top ce carnet Sourire
Je connais bien l’Inde mais je ne me suis jamais intéressé à ce pays à part un livre que j’avais lu (et que je recommande) : Bangladesh Rickshaw.
C’est un européens qui traverse le pays en Rickshaw et rejoint pendant un certain temps la communauté.
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Chittagong Hills Tracts

Retour à Ramu pour prendre un premier camion/bus, on ne se parle pas avec Reza pour ne pas attirer l’attention, mais il écrit à un moment donné sur son téléphone que son contact dans la dernière ville avant la frontière nous attend. Nous changeons de bus et finissons par arriver sans encombre dans cette dernière, qui a l’atmosphère particulière un peu far-west qui caractérise ces endroits du bout du monde a cheval sur plusieurs pays et aires culturelles. Je baisse la tète et suis Reza de près jusqu’à un magasin ou nous retrouvons son ami/contact. Nous buvons le traditionnel the et attendons que le contact de notre contact se manifeste. Reza me demande si j’ai des petites coupures avec moi pour payer les villageois pour notre nourriture… et je lui réponds que non car je les ai dépensées pour payer les bus. Je lui donne un ou deux billets de 50 Takas en lui demandant d’acheter des cigarettes qui sont souvent le meilleur moyen de se faire des amis en Asie.

Nous retrouvons finalement le villageois qui va nous accompagner, petite cinquantaine et figure rusée de trafiquant d’opium. Il n’y a plus rien d’indien dans son visage. Il flaire qu’il se trame quelque chose de louche et pose des questions a mon sujet. Reza lui explique que je suis issu de la bonne société de Dhaka et ai été élevé et éduqué en ne parlant qu’anglais, explication un peu fumeuse qui n’a pas l’air de convaincre son interlocuteur qui garde un sourire en coin. Nous nous installons dans un tuktuk, Didi le villageois à l’avant, Reza, son ami et moi a l’arrière. On me fait assoir au milieu des deux autres et Reza m’enfonce sur la tete la casquette de son ami après m’avoir dit de ne pas parler et que maintenant je devais lui faire confiance. Un peu stressant.

Nous arrivons dans un village, payons le chauffeur du tuktuk qui semble lui aussi soupçonneux. Reza lui demande son numéro de téléphone et lui dit que nous le recontacterons le lendemain pour revenir, ce que nous ne ferons pas. Reza me dit alors « bienvenue en Birmanie, j’espère que tu es prêt car nous allons rester un mois ici », gros coup de pression, car je n’ai pas mes affaires avec moi, je n’ai dit a personne que j’allais disparaitre pour plus de deux ou trois jours, que mon visa aura expiré d’ici-la et mon avion pour l’Australie ne m’aura pas attendu. Il faut aussi savoir que Reza a passé illégalement six mois en Birmanie avec les rebelles du Nord du pays dans le cadre de son activité de journaliste, ce qui rend ce qui s’avèrera être une blague suffisamment crédible pour que je m’en inquiète.

Arrivés chez lui, Didi nous sort une bouteille de rhum birman de derrière les fagots et nous fait servir une collation par sa femme Dada. On me dira ensuite que Didi veut dire « frère »et « Dada »sœur. On fume, on discute, Reza est ravi de venir dans ce village pour la première fois et restera en contact avec ce gars pour ses incursions futures. On se croit dans un autre pays, les gens sont différents, des autels bouddhistes sont présents dans chaque maison, des cochons se baladent en semi-liberté autour des maisons, et l’alcool est consommé ouvertement.




Reza essaie de glisser un billet dans la chemise de Didi pour le dedommager, ce que ce dernier refus et il s'ensuit une affrontement burlesque de cinq minutes jusqu'a ce qu'il capitule enfin


C'est le genre d'endroit ou tu n'achetes pas ta viande a carrefour et tu dois la tuer toi-meme

On demande au fils de la maison de me faire visiter le village et nous partons ensemble. Il croise un voisin qui parle un peu mieux anglais et se joint à nous. Les deux me demandent d’où je viens et je finis par lâcher le morceau en leur demandant d’être discrets (le gouvernement français parle de risques d’enlèvement dans cette région, en plus qu’elle soit interdite aux étrangers) mais ils le disent a tous ceux que l’on croise en chemin et se joignent également a nous. On me conduit a l’école locale, ou le seul Bengali du village fait a la fois office de docteur et de professeur. C’est quelqu’un de touchant qui, on me le dira par la suite, vit dans ce village depuis une vingtaine d’années sans rien gagner (je ne sais pas si c’est une expression ou bien si c’est littéralement vrai). Il parle anglais, me fait apporter une chaise par l’un des gamins, puis demande a un autre de grimper a l’un des cocotiers qui se trouve dans la cour et de m’en décrocher deux de ses fruits. Je m’assois cérémonieusement, de même que le professeur et boit le lait de mes deux noix de coco sous le regard bienveillant de tous les élèves. Je retourne avec mes deux accompagnateurs vers la maison, passablement ballonné par tout ce que je viens de boire.


A gauche Nirmol qui m'offrira l'hospitalité, et a droite le fils de Didi


Devant l'école

Le soir après le diner, les deux jeunes m’emmènent au temple du coin qui semble être aussi un lieu de rassemblement et de socialisation pour les jeunes du village. Des jeunes sont notamment en train de danser un peu à l’extérieur. Je passe la nuit chez le voisin de Didi qui m’a invité à dormir.


Je pars marcher le lendemain avec Reza et mon hôte dans les collines alentours. Beaux paysages vallonnés et tropicaux ou nous croisons parfois une maison ou une jeune femme avec son enfant. Il fait très chaud et humide et je commence a suer a grosses gouttes et a devenir rouge. Nous nous trouvons au somment d’une colline d’où nous pouvons voir la Birmanie a quelques centaines de mètres, il serait surement facile de passer la frontière dans l’illégalité a cet endroit comme de nombreux habitants font pour aller vendre ou acheter divers produits de chaque cote de la frontière.



Un peu plus tard, catastrophe, nous croisons une patrouille de trois gardes-frontières. Nous gardons notre sang-froid, leur serrons la main avec de grands sourires et Reza leur explique que nous travaillons ensemble a l’université. Ils ne parlent pas anglais donc je ne saisis pas la teneur de toute la conversation mais nous repartons sans problèmes et rallions de nouveau le village. Nous devons attendre plusieurs personnes pour quitter la zone.

Nous attendons longtemps, Reza va aux nouvelles pendant que je discute avec les professeurs de l’école, le Bengali et un assistant de l’ethnie locale. Je sens un peu de tension chez Reza, quand les autres arrivent en moto. Et la, il ne se passe rien, l’attente continue sans que je sache pourquoi, je commence a me dire que nous allons dormir de nouveau ici et m’en ouvre a Reza. C’est alors que nous nous mettons en route. Je bataille avec la maitresse de maison pour lui donner un peu d’argent comme Reza l’avait fait la veille avec son mari. J’avais auparavant donné au jeune homme qui m’avait offert l’hospitalité et au professeur les billets des pays que j’avais traverse en chemin (émirats, Oman, Sri Lanka et Malaisie) en souvenir et n’ayant rien d’autre, geste minime mais qui fut apprécié. Didi nous offre chacun une noix de bétel en partant, que je prends mais que je jetterai hors de sa vue, suite a une expérience malheureuse avec cette plante aux Philippines quelques années plus tôt (disons que c’était la première fois que je vomissais le soir de Noel).


Premier constat, nous partons sur trois motos mais pas ensemble. On me fait monter sur la même moto que deux frères au physique très Bengali, pendant que les membres des minorités ethniques suivront a distance. Je remarque également que le chemin emprunté n’est pas le même qu’a l’aller. Un peu étrange mais je ne pose pas encore de question. Les deux frères me déposé chez un membre de leur famille a plusieurs kilomètres de la qui me fait rentrer dans sa maison. Il est fan du Real Madrid et du grand Zinedine Zidane dont je suis un peu l’émanation sur place. Au bout d’un moment les autres nous rejoignent, et je pars avec l’un d’eux. Nous roulons pour arriver au bord de la mer a peut-être 20 ou 30 kilomètres de Cox’s Bazar, ou on me dit qu’il n’y a plus de danger. Nous prenons un thé tous ensemble dans un hôtel de standing pour 20 centimes pièce, un prix exorbitant pour le pays. J’invite tout le monde de bon cœur bien évidemment.


Le fin mot de l’histoire sera qu’une patrouille de gardes-frontières avait été attaquée ce jour-ci dans la région et que la tension était soudainement montée d’un cran, et les mesures de sécurité renforcées non seulement avec la Birmanie mais aussi avec l’Inde, ce qui aura son importance par la suite.

Je pars avec Reza et nous prenons un Tuktuk pour Cox’s Bazar ou nous passerons la nuit chez des connaissances, qui nous servent à diner et nous attribuent une pièce de leur logement mais situé en dehors du corps principal de l’appartement. Nous n’avons donc pas accès aux toilettes. Assoiffé comme je l’étais j’ai bu beaucoup bien fraiche et ce qui devait arriver arriva, l’envie irrépressible de pisser me vint. Pas de problème selon Reza, il me propose de monter sur le toit pour faire mes besoins et fumer une dernière cigarette, a Rome, fais comme les Romains. Je commence a me soulager quand quelqu’un arrive ce qui me met un peu mal a l’aise, bien qu’il n’y ait pas de problème, et Reza lui explique que je suis français, probablement le premier qu’il rencontrait, donc j’ai moyennement dû contribuer a notre réputation ce soir la.
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Retour a Ramu

Retour a Ramu avec Reza qui me propose de rester encore un peu chez lui. Le 14 Avril est le jour du Nouvel an Bengali donc nous nous rendons encore une fois dans la ville de Ramu pour assister aux celebrations. Nous faisons aussi un detour par l’atelier de reparation de motos ou le bolide de Reza est remis en etat.


Juste en face, un type casse des briques avec un marteau. Les briques sont produites partout au Bangladesh et servent notamment au soubassement des routes, je mettrai des photos d'un "Bricks field" que j'ai visité à la fin de mon séjour plus loin dans le carnet


Quelques photos de la ville :




Sous les pavés la plage...



Ces deux peintures commémorent la lutte pour l'indépendance du peuple Bangladais contre le Pakistan en 1971. La guerre a été extrêmement meurtrière et ne s'est achevée qu'avec le soutien massif de l'armée indienne.

Les festivités du nouvel an battent leur plein dans un espèce de terrain vague, les gens ont revétu de beaux costumes et se rassemblent pour profiter de ce jour férié.


Je me suis offert un tour de montagnes russes locales, actionnées manuellement par deux hommes pour le plus grand plaisir d'enfants surexcités.



Le clou de la cérémonie devant être leur suspension sous la peau à des crochets par un groupe d'hommes, qui devaient ensuite tourner autour d'un mat. Ça avait l'air assez gore, mais j'avais envie de voir ça. Les types passaient en attendant dans la foule pour récolter de l'argent, avant de finalement se dégonfler pour une raison inconnue sans faire couler leur sang.



Toujours intéressant cependant de voir ce genre de fêtes où les gens passent du bon temps. Il y avait notamment un concours de chant pour les enfants, divers étals de nourriture... Le soir tombe et Reza me dit qu'il n'est pas sûr pour les étrangers de rester à Ramu quand il fait sombre car les émeutes anti-bouddhistes de 2012 ont amené des journalistes et humanitaires occidentaux dans la zone et nous sommes vus par les musulmans intégristes comme ayant un parti pris à leur encontre. Je n'ai pas senti d'animosité mais je lui fais confiance et nous rentrons donc au bercail.
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Merci pour votre retour Marie, ça me rassure, j'avais un peu l'impression de pleurnicher haha mais ça a été intense comme voyage Clin d'oeil

Ben non, bien au contraire!! Tu racontes tes craintes, tes doutes, tes stress, tes questionnements mais tout en gardant toujours la volonté de découvrir et de faire confiance à l'Autre. J'aime ça. Et quelle chance et chouette expérience que ta rencontre avec Reza! J'imagine que sans lui, ton voyage et ta découverte du pays aurait été bien différente!!
Et les photos sont vraiment réussies!
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Bonjour

Un carnet de voyage, hors des sentiers battus, comme je les aime... même si je n'en ferai pas le dixième!
C'est vivant, au plus près de la vie réelle, très bien illustré.

Merci beaucoup et.... j'attends la suite!

Calaf
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Sylhet

Reza, encore lui, m'avait offert de m'emmener dans le parc national des Sunderbans, célèbre pour ses tigres, à condition que je couvre ses frais pour s'y rendre et revenir ici ensuite. Il connaissait en effet des scientifiques travaillant dans une base militaire avancée au coeur de la jungle. Il estime les frais à environ 70 euros par personne, soit bien moins que le prix d'un tour organisé et avec la quasi certitude de vivre une aventure peu banale, je suis donc emballé par l'idée. Nous avions convenu de nous arrêter par Dhaka, étape quasi obligatoire, et d'en profiter pour acheter de l'alcool dans les fameux magasins réservés aux étrangers. Je suggère d'apporter avec nous également trois ou quatre cartouches de clopes pour ces soldats et scientifiques oubliés dans la mangrove. Quelle entrée triomphale nous eûmes faite !

Malheureusement, son contact lui écrit alors que nous étions prêts à partir, pour lui dire que les mesures de sécurité à la frontière ont été renforcées et qu'il est impossible d'amener un étranger. Nous nous séparons donc à Ramu, à regret au moins pour ma part, et le laisse retourner à ses livres, pendant que je monte dans un bus pour Chittagong. De là après quelques heures d'attente, je prends un bus de nuit pour Sylhet, dans le Nord-est.

Arrivé de bon matin, je prends une chambre à l'hôtel Abu Humza près de la gare routière, et m'endors pour quelques heures. Sylhet est une ville pas désagréable pour le Bangladesh, et bien qu'elle soit la troisième ville la plus peuplée du pays, elle ne compte qu'un peu plus de 500.000 habitants. C'en est apparemment aussi l'une des villes les plus riches (/les moins pauvres) en raison d'une forte diaspora présente au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. J'ai par exemple demandé de l'aide à un jeune type pour monter dans le bon bus et ce dernier m'a, à ma grande surprise, répondu avec un très fort accent anglais.

Pour décrire rapidemment cette ville, elle s'étend le long d'un fleuve que l'on peut traverser en barque ou sur un vieux pont, compte plusieurs mausolées de saints musulmans et peut servir de base pour explorer les environs. Je ne sais pas pourquoi je l'ai trouvée moins oppressante que d'autres villes parfois plus petites.

Le reste de ma journée se déroulera comme suit : je passe le pont pour rejoindre le centre-ville, je me promène un peu avant de rallier le mausolée, puis revient en faisant une boucle et en longeant la rivière.

Quelques photos:





Comme dans d'autres pays asiatiques, beaucoup de femmes travaillent dans la construction

Deux photos du mausolée, j'ai vu une femme à poil gueuler dans son enceinte mais ça n'avait pas l'air d'offusquer qui que ce soit. Cet endroit m'a en effet semblé drainer tous les invalides et handicapés de la ville donc ça ne devait pas être inhabituel.



Retour dans la ville profane :







Combat de chèvres dans l'indifférence générale


Je mange un petit quelque chose au bord du fleuve avant de retourner à mon hôtel


Je profite du wifi disponible dans le lobby de l'hôtel, ce qui est suffisamment rare pour être signalé pour répondre aux messages reçus pour mon anniversaire et discuter avec un de mes amis. Un Bangladais en manque d'attention commence à me parler ce dont je n'ai pas du tout envie, puis il me montre une vidéo de lui en train de monter dans un avion et d'y assoir, scène passionnante et filmée de bout en bout. J'essaie de lui faire comprendre mon manque d'intérêt mais c'est peine perdue donc je retourne dans ma chambre. Il aura réussi à me soutirer mon facebook, dont je le supprimerai sans remord le lendemain. Erreur de débutant vite corrigée, j'ai oublié de le bloquer ce dont il profitera pour m'appeler deux fois, ce qui m'exaspère.

Je dîne dans un restaurant assez fréquenté à proximité de l'hôtel et qui deviendra ma cantine. Le gars a la caisse a vécu à Manchester où il travaillait dans un MacDo. Je lui dis que je ne suis jamais allé au Royaume-Uni ce qui le surprend beaucoup, et lui demande des conseils sur quoi visiter aux environs et comment m'y rendre. Le service est irréprochable et je suis à chaque fois conduit dans une sorte de pièce fermée par un rideau où je suis tranquille.
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Bonjour Laurence, merci pour ton retour. C'est en effet un pays qui n'est pas de tout repos quand on est seul, je suis sûr qu'à deux c'est plus facile. Après j'ai jeté un oeil a ton profil et tu as l'air d'être une voyageuse experimentée donc tu t'en sortirais surement seule. Je n'ai jamais voyagé en Inde, mais j'imagine qu'il doit y avoir moyen de souffler ou de visiter des regions moins surpeuplées que d'autres, quand le Bangladesh m'a donné l'impression d'être une ville qui ne s'arrête jamais, il y a du monde litteralement partout.

Je pense cependant que les locaux seraient peut-etre moins familers avec une femme et que tu eviterais surement les groupes d'adolescents masculins qui peuvent etre assez penibles et pas seulement au Bangladesh.

Je n'ai pa encore fini de rediger mon carnet mais si tu as des questions en prevision d'un eventuel voyage, n'hesite pas!
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Salut ! Merci pour ton message, j'ai regardé le livre dont tu parles et il m'intéresserait probablement, particulierement apres ce voyage. Il a pas froid aux yeux de traverser le pays en tuktuk, j'avais deja la trouille en bus moi haha
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Bon ben là Maxime, vraiment merci.
Tu ne nous fait pas un carnet de voyage mais bien un récit d'aventure rempli de suspens. C'est encore mieux que "j'irais dormir chez vous" (parce que Antoine n'est pas assez tête brûlée pour aller dans des coins interdits, quoique Clin d'oeil).
Il se trouve que ton retour m’intéresse particulièrement depuis mon dernier voyage en Inde.
On y a rencontré des étudiants Bangladais en goguette vraiment sympas et je m'étais dit qu'il serait interessant de me pencher sur cette idée de destination.
J'avoue qu'être l'objet d'une certaine curiosité nous plait toujours beaucoup ; on est sur d'être loin de chez nous dans ces moments là Tire la langue.
Par contre les villes je déteste et les villes pourries (sales, bruyantes...) encore plus!!
J'attends donc avec attention la suite en espérant que tu nous fera découvrir le coté plus rural et nature du pays
Une question pour finir : comment sont habillées les femmes globalement, on en voit peu sur les photos ?
Merci encore et à bientôt pour la suite
Christelle
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