1 500 kilomètres à vélo en Mongolie 15 mai - 15 juin 2016
FR

This discussion is in French, the community’s main language.

Original post
LU
Après pas mal de temps, 10 mois je vous soumets un carnet de voyage. Peut-être m'a-t-il fallu tout ce temps pour "digérer" l'émotion suscitée par ce pays étonnant qu'est la Mongolie. Les chapitres me viendront au gré de l’inspiration, qui je l'espère ne m'abandonnera pas en cours de route. De manière paradoxale, au retour de ce mois loin de tout, à part un petit texte posé sur VF, je n'avais pas envie de relater ce voyage, des sentiments contradictoires s'entrechoquaient. Je faisais sans doute l'erreur de comparer avec d'autres déserts, comme l'Atacama, ce qui n'a pas de sens. Lentement les émotions et les ressentis ont décanté et se sont épurés, ainsi l'envie de m'exprimer se fait jour pour susciter chez vous l'appel de la piste et le plaisir d'enfourcher un vélo afin de partir à votre tour à " l'aventure" aux lisières du désert de Gobi. Notre itinéraire trait vert, semble minuscule cependant 1500 km, la Mongolie est immense l La Mongolie est un pays qui fait rêver, tout particulièrement les amateurs de chevaux, qu’ils aient lu ou non Kessel, les cyclistes, les pêcheurs et aussi tous les voyageurs épris de grands espaces. Immense steppe, trois fois la dimension de la France, pratiquement déserte, trois millions d’habitants, dont un million à Ulan Bator. Une gigantesque prairie presque vide sur une superficie équivalente à l’Europe, de Gibraltar à Berlin. Voilà les réflexions qui viennent à l’esprit d’un cycliste au long cours qui envisage de poser ses roues dans ces contrées d’Asie centrale.

Avec Yves nous décidons de nous lancer dans cette aventure et planifions d’effectuer une boucle de 1500 kilomètres à partir de la capitale. Nous prévoyons de rester un mois sur place. Le départ est prévu mi-mai, un peu tôt en saison, le climat étant très rigoureux dans ce pays de régime continental, sans tempérance, été comme hiver entre chaleur et froid.

Comme toujours avec des vélos emballés la traversée de Paris est un exercice fatigant et pas très agréable. Le stress du fait d’un problème, toujours possible de dernier moment lors de l’embarquement, entraînant un refus de chargement. Heureusement tout va se passer pour le mieux, il suffit de payer 50 euros par monture.

Après un transfert à Moscou et une nuit extrêmement courte, 6 heures de vol jusqu’à Ulan Bator exactement à l’inverse de la course du soleil, notre avion d’Aeroflot est en approche de la piste. Nous découvrons enfin ces immenses steppes que nous allons parcourir. Nous sommes frappés au premier coup d’œil par le manque de couleurs. La végétation en cette mi-mai n’a pas encore verdi, sable et herbe roussie toujours sous l’emprise des grandes froidures hivernales, manifestement la montée de sève n’a pas commencé. Les teintes sont mornes, voire tristes. Je ne peux m’empêcher de comparer avec le désert de l‘Atacama, où toujours les contrastes de tons vifs donnent une impression d’irréalité. Cette uniformité de marron sur marron aux coloris fades qui défile sous notre hublot n’est pas à l’avantage du panorama que je contemple avec curiosité.

Comme prévu nous sommes attendus par Bildjet, information que nous avons eue par un membre de VF. Le transport jusqu’à notre destination de départ sur une distance d’une trentaine de kilomètres nous permet de confirmer notre première impression, la saison chaude n’est pas encore arrivée, et le printemps en est à ses prémisses.

Nous arrivons dans un quartier périphérique où les immenses buildings se côtoient au touche-touche. Que ces cités, aux dimensions inhumaines en expansion anarchique, dégagent une tristesse angoissante, due d’une part à cet envahissement de béton et d’autre part à cette mondialisation uniforme des villes. Le rêve de ce bout du monde nous rappelant Genjis Khan et ses hordes de guerriers cavaliers, qui étaient partis à l’assaut du monde, s’écroule. J’ai un peu l’impression de revivre mon enfance me rappelant les barres des Minguettes à Vénissieux dans le sud de Lyon, mais version titanesque.



Heureusement, nos hôtes sont très avenants et se mettent en quatre afin de nous permettre de nous installer au mieux dans l‘appartement qu’ils nous fournissent pour la modique somme de 6 euros chacun par jour. Deux jeunes Françaises nous ont précédés et se préparent pour un raid en 4X4 de 15 jours.

Comme toujours, à l’arrivée d’un voyage en avion le moment fatidique tant craint arrive : quel est l’état des vélos, notre projet peut-il être compromis ? Pour Yves tout se passe au mieux, quant à moi catastrophe ! La fourche de mon vélo est doublement tordue, elle a été enfoncée de vingt degrés longitudinalement et de dix degrés latéralement. Ma première pensée, que vais-je faire un mois sans mon vélo ? Pas de panique, allons prendre un café et réfléchissons. Tout va rentrer à peu près dans l’ordre. Biljdet notre hôte revient avec un démonte-pneu de camion et d’un coup franc et bien ajusté remet les bras de fourche dans l’axe. J’arrive à remonter ma roue et redescends mon vélo des quatre étages dans une cage d’escalier étroite et effectue un essai.



Ça embarque franchement à gauche, le vélo est à peine pilotable. Démontage et avec Yves nous tirons par tâtonnements successifs sur la ferraille en affinant par touches le travail de remise en place. Après plusieurs essais le vélo devient de plus en plus stable. Je finis par pouvoir lâcher le guidon. Le moral remonte en flèche, notre périple va pouvoir commencer. Certes l’un des bras de fourche est marqué par une amorce de grosse fissure verticale, mais sur un mois j’ai bon espoir que cela tienne. Je ne savais pas qu’une fourche métallique pouvait se « malaxer » à la manière d’une pâte à modeler un peu dure !

Nos problèmes techniques réglés nous nous installons, puis décidons de partir à la découverte du centre-ville. L’épouse de notre hôte nous propose de nous conduire en voiture avec les deux jeunes Françaises sur la place principale, mais nous préférons y aller par nos propres moyens. Ce sera à pied, car il nous est déconseillé formellement de prendre nos vélos. Par une marche d’une demi-heure au milieu d’une forêt de grands buildings un peu déglingues nous arrivons dans le cœur de la cité. Nous repérons immédiatement le magasin qui nous a été indiqué pour acheter des cartouches de gaz.

Le centre-ville me fait un peu penser au Tirana d’il y a une quinzaine d’années. L’impression est étonnante, un mélange de monuments à l’allure un peu soviétique côtoyant d’autres à l’architecture d’avant-garde.



De tous côtés au-delà des constructions le regard porte sur des collines pelées, ce qui rappelle que cette capitale est en lisière du désert de Gobi. Quelles sont les immensités désolées qui se cachent derrière ces premiers reliefs. Cela aiguise notre curiosité et notre envie de partir au plus vite. Mais l’expérience nous a appris qu’il est préférable de prendre son temps et de compenser le décalage horaire en passant deux nuits sur place.

1er jour jour Ulan Bator à Altanbulag 59km

Le 17 mai, enfin le départ, nous descendons notre matériel au bas de l’immeuble. Le gardien intrigué nous interroge sur notre itinéraire. Nous lui montrons sur notre carte ce que nous espérons parcourir. Il s’étonne et rigole, peut-être n’est-il pas sorti de son immeuble depuis l’époque où comme beaucoup de ses compatriotes poussés par la misère il a quitté ses steppes à la recherche d’un emploi en ville.





En ce lundi matin, nous quittons sans trop de difficultés Ulan Bator, bien que la circulation soit plus dense que celle du weekend. En périphérie nous passons des zones un peu bouleversées par les bulldozers, la ville s’agrandissant à grande vitesse. Nous longeons une vieille centrale électrique en fonctionnement, on est vraiment plongé dans la technologie de la première moitié du siècle dernier. L’aéroport est sur notre route, tout autour des groupes d’édifices d’habitation d’une vingtaine d’étages serrés de manière compacte, se sont constitués de façon dispersée et en apparence aléatoire. Mais d’ici une dizaine d’années, il est fort à parier que l’aéroport sera complètement enclavé dans la ville.



Plus nous avançons plus la steppe devient présente et moins nous dépassons des groupes de grands immeubles. La route toujours goudronnée est de moins en moins passante. Nos craintes, suite aux mises en garde qui nous avaient été prodiguées au sujet de la conduite folle des conducteurs bourrés, se sont envolées, ce n’est pas pire qu’en France, d’ailleurs les voitures nous frôleraient peut-être moins.

Nous attaquons les premières côtes, la vue s’étend, les immenses prairies encore endormies se dévoilent toujours plus. Des villages composés de maisons multicolores ponctuent de loin en loin la plaine en direction d’Ulan Bator. Les grandes cheminées qui dégagent des fumées épaisses se fondent lentement dans le lointain, et se font absorber définitivement après quelques grosses bosses franchies.



Une fois quittées les villes qui de plus en plus ont un côté uniforme du fait de la mondialisation, les pays ont gardé leur spécificité et la Mongolie ne ressemble à rien de ce que je connais. Je sens que nous allons faire un voyage, mais comme dit Nicolas Bouvier : On ne fait pas un voyage c’est le voyage qui vous fait et vous défait. Et effectivement, il va peut-être me défaire, car à travers ces immenses espaces je ressens une forme de tristesse sans doute due à l’absence de couleurs marquées. Cette steppe est uniformément marron, la sève n’étant pas encore montée dans les milliards de brins d’herbe, ce qui lui donnera son aspect riant comme les prospectus nous la montrent. Mais pour le moment le sable donne sa teinte atténuée au travers de cette herbe en devenir.

Puis le goudron s’arrête et la piste commence, et avec elle l’aventure semble toujours plus prometteuse, comme si nous nous éloignions de la civilisation pour plonger dans un monde plus authentique. Mais tout cela n’est peut-être que subjectif. La circulation a quasiment disparu, devant nous l’immensité du désert de Gobi. Nous allons en arpenter les lisières nord sur 700 kilomètres dans la première partie de notre périple.

Au sommet d’un tertre nous effectuons notre première pause le temps du repas de midi, rite qui se renouvellera chaque jour durant un mois. A nos pieds coule une rivière, pas très propre. Elle est le seul élément qui retient le regard en dehors du sable qui nous cerne. Nous croisons nos premiers troupeaux, moutons, chèvres, vaches et aussi quelques chevaux, ces derniers jamais très nombreux. Au cours des 24 jours de ce tour de 1500 kilomètres, les hommes seront peu nombreux, les animaux par contre nous accompagneront en permanence. Bien que l’herbe soit très maigre et rare, ils se portent bien et ont belle allure, bien en chair et pelage luisant.





Le GPS et la trace nous sont un réel secours, car dans ces immensités sans repères parfois il est presque impossible de choisir une piste plutôt qu’une autre. Il fait chaud, et nos organismes ne sont pas encore habitués à l’effort prolongé, et de plus le décalage horaire n’est pas totalement assimilé. Au sommet d’une bosse le village d’Altanbulag apparaît d’un coup. Qu’il nous semble étrange, des groupes de maisons serrées les unes contre les autres, entourés de palissades de planches, forment des taches de couleur sur la prairie. Un ensemble de bâtiments sans palissade matérialise le cœur du bourg, avec la banque, l’épicerie et les centres administratifs.



Nous nous arrêtons devant l’épicerie, et la fatigue nous saisit sans prévenir. Nous pénétrons dans ce commerce et avec plaisir nous constatons qu’il est bien achalandé, fruits, gâteaux, saucisses, pâtes et riz, eau, soda, bière et même vin. Je me souviens de certains pays comme la Bolivie ou le Laos aux épiceries presque vides. De plus, comme partout sur notre planète la bière présente, en canette d’un demi-litre, est le meilleur des remontants pour désaltérer après un effort prolongé. On en boit toujours avec plaisir, cela change de l’eau souvent chauffée par le soleil que nous transportons sur nos porte-bagages. Le courage nous manque ainsi que l’envie de reprendre la piste.

Nous demandons s’il est possible d’être hébergés pour la nuit. Sans problème, quelques chambres spacieuses au confort spartiate sont disponibles. En plus, raffinement suprême il nous sera possible de prendre une douche chaude, ce qui ne sera pas souvent le cas par la suite. Le prix nécessitera d’âpres négociations par gestes. Cependant la base de discussion sera toujours clairement affichée, car l’épicière détient une petite calculette. Au gré des mimiques les chiffres défilent et nous finissons par tomber d’accord sur une somme correspondant à quelques euros pour chacun. Nous sommes au bout du monde, mais tous les adolescents ont leur IPad.

La barrière de la langue est bien réelle, mais surprise, une jeune fille me tend son IPad pour que j’y inscrive des mots anglais qu’elle convertit en mongol. Puis, elle appelle par téléphone la professeure d’anglais. Une jeune femme très occidentalisée nous rejoint rapidement. Alors nous pouvons tenir une conversation approfondie et très intéressante. Elle nous apprend que ce village comprend une population de deux mille âmes. Elle nous fait comprendre que son métier n’est pas facile, elle se sent isolée loin des joies et des plaisirs de la ville. La situation devenant particulièrement pénible l’hiver avec des températures terriblement basses et une gangue de neige qui s’installe pour de longs mois.

Une fois installés, nous partons à la découverte de cet étrange village constitué d’îlots retranchés derrière leurs barrières de planches. Des enfants viennent à notre rencontre et essayent de communiquer sans grand succès. Le soir tombe sur ce paysage qui s’étend jusqu’à l’infini sans trop de points caractéristiques. Le dépaysement est total.









Puis, nous rejoignons notre chambre et nous confectionnons notre repas, somme toute copieux, car tout ce que nous avons acheté est gros, saucisses ou gâteaux sablés. Les restaurants dans ces villages mongols il n’y en a pas, contrairement à d’autres pays loin de tout, où il a toujours moyen de trouver une autochtone qui propose une soupe ou une platée de riz.

ME Meridiana Veteran ·
ai bien aimé ton récit... c'est comme être la bas.... et suis contente que mon contact a pu t'aider à pourvoir démarrer sur un vélo presque tout neuf... après désastre du transport dans l'avion!

quelle destination le prochain voyage en vélo?

bonne continuation
un mongol nait sous la yourte et meurt à cheval (proverbe mongol)
LU Lucbertrand Globetrotter ·
2ème jour Altanbulag à Point de bivouac 74 km

En ce matin du 18 mai après une nuit fort convenable nous nous mettons en route à 7 heures, l’aventure commence vraiment. 140 kilomètres nous séparent du prochain village. Quel sera l’état de la piste ? Sur route dans de bonnes conditions on pourrait envisager de les parcourir en une longue étape, mais là il n’en est pas question. L’expérience nous a montré que sur des chemins très sableux on ne dépassait pas les 35 kilomètres par jour. Or personne n’a été en mesure de nous donner des renseignements sur ce qui nous attend. C’est là que réside le secret profond du voyage, et en particulier du voyage à vélo, ne rien savoir sur les conditions qui nous allons rencontrer. Nous espérons mettre deux jours au plus trois pour atteindre Buren. Mais qu’en sera-t-il vraiment ? Il fait frais, mais ce sont des conditions idéales pour pédaler. Très rapidement nous sortons du village qui vient de nous héberger pour la nuit, et les grands espaces nous sautent littéralement au visage. Ces immensités, qui dans l’air calme et pur du matin se dévoilent jusqu’à des infinis lointains, nous donnent l’impression de nous engager dans la quête d’un but inatteignable.

De loin en loin les yourtes blanches piquettent l’immensité de la plaine. Une rivière sur notre droite, plus ou moins proche en fonction des caprices de la piste et des méandres de l’eau, nous indique la direction. Cependant, il nous arrive de nous tromper en passant des multitudes de croisements de pistes, ce qui nous conduit à quelques détours. Les animaux sont toujours présents, quelques groupes de chevaux passent au galop. Que ces animaux sont esthétiques dans leur course ! Surtout sans cavalier, on observe avec délice toute la légèreté de leur mouvement rapide. Un paysage immense, où tout se ressemble, défile au ralenti à la vitesse de nos roues. Nous ne trouvons pas cette immersion, dans un monde uniforme, où les repères manquent, ennuyeuse. Tout d’abord la vigilance liée à l’autonomie nous accapare et maintient tous nos sens en éveil, puis la curiosité nous envahit, confrontés que nous sommes à un monde si diff��rent du nôtre. De toutes parts nous entoure l’espace gigantesque de la steppe, borné à des distances incertaines à évaluer par des reliefs, dont nous ne pouvons estimer la hauteur. Notre carte au 2/1000 000 ème ne nous est pas d’un grand secours dans nos supputations. Cette incertitude en tout, c’est justement ce que nous sommes venus chercher. Très peu d’êtres humains, mais cependant ils sont très surpris par deux cyclistes improbables loin des axes habituels du tourisme, et ils arrivent de loin pour nous interpeller et nous observer ainsi que nos montures. Tout les intrigue, en particulier le fanion breton qu’Yves arbore au sommet d’un petit mât métallique sur sa remorque. Ils font systématiquement la remarque en voyant le drapeau mongol placé plus bas, et indiquent par gestes en riant qu’il faut en inverser l’ordre. A midi, nous nous nous arrêtons pour manger, ce sera spartiate, une boîte de jambon et une demi-pomme. Le vent se met de la partie, la bâche que nous tendons se gonfle comme un parachute au gré des rafales. En repartant nous l’avons de face, ce qui selon le cas peut être un terrible handicap. Je me souviens de moyennes de 5 km/h durant des heures sur terrain plat dans de telles conditions adverses. Aujourd’hui, heureusement après quelques kilomètres il change de direction, et nous l’avons trois quarts arrière. Notre traversée de cet infini sans jalon se poursuit jusque vers 5 heures du soir et quelques 75 kilomètres parcourus, un peu plus de la moitié de la distance qui nous sépare de Buren. L’endroit où nous nous arrêtons pour bivouaquer est un morceau de prairie absolument plat en bordure d’un bras d’eau. Sensation étrange, se poser au milieu de nulle part avec cet infini qui nous engloutit. La soirée se passe paisiblement dans une ambiance clémente, sans froid ni vent.





LU Lucbertrand Globetrotter ·
3ème jour Point de bivouac à Buren 79 km

Après une nuit confortable, herbe rase souple en guise de tapis de sol, absence de vent et température bien adaptée à notre équipement, vers les 5 degrés, nous émergeons de nos tentes face à un ciel en train de changer, ce qui donne tous les ingrédients d’un lever de soleil magnifique. Les éléments entrent en conflit, les nuages envahissent l’espace et l’astre du jour pour se défendre, y déclenche le feu.

Dans ce décor gigantesque je mets à chauffer l’eau pour un thé. Mais je n’ai même pas le temps d’allumer le réchaud, que le vent se met de la partie. Tout évolue rapidement, le froid s’amplifie, la pénombre retombe, impossible de faire démarrer le réchaud. La déperdition de chaleur commence à se faire sentir avec force. Nous mangeons rapidement un peu de pâte d’amande pour ne pas démarrer le ventre vide, et finissons de boucler nos sacoches. Le premier objectif à très court terme étant de récupérer un peu de chaleur, nous comptons sur l’exercice physique. La piste, au début bonne, devient exécrable et les poussages dans le sable se multiplient. Le vent au départ est un allié puis rapidement il devient adverse. La Mongolie est un pays où les changements météorologiques sont très brutaux, nous avait-on prévenus. Nous nous en rendons compte au-delà de ce que nous soupçonnions. Très vite en luttant contre ce vent défavorable les muscles s’échauffent et cependant l’impression générale de froid subsiste malgré la veste le bonnet et les gants. L’ambiance devient de plus en plus hostile. Par âme qui vive de la matinée. Va-t-on avoir une tempête comme parfois il en survient dans ces contrées. J’ai lu des récits où subitement on est pris dans un nuage de poussière et toute visibilité est anéantie. J’essaie d’imaginer le temps nécessaire pour monter la tente en quatrième vitesse avant d’être englouti. Mais non, nous passerons à travers. Le voyage à vélo permet seul cette sensation d’engagement loin de tout dans ces immensités en lisère du désert de Gobi. Devant nous une chaîne de montages se dessine, nous visualisons le chemin qui la franchit par un col. Pas loin du point haut, un serpent mort s’étale de tout son long. Nous franchissons la crête et à nouveau l���immensité sans relief déploie son absence de repères. Nous commençons à avoir faim, mais pas un mur, pas un arbre, pas un rocher pour s’abriter de ce vent glacial en furie qui nous agresse, donc on roule. Soudain, sur le bord de la piste un trou. Nous nous y couchons tous les deux, partiellement abrités, et sortons nos victuailles. Très vite je suis pris de grelottements violents car l’air glacé me transperce. Dans cette bourrasque je retourne à mon vélo et cherche ma doudoune miracle, et effectivement cela va mieux. Nous avons l’impression de nous situer en dehors du temps, l’expérience est tellement inhabituelle. L’hiver vient juste de se terminer dans cette Asie centrale. Les prairies sont encore endormies ou presque. La tonalité générale est le gris, sable, rocher et le ciel semble évoluer vers une teinte noire lourde de menaces. Une impression de tristesse oppressante me submerge, dans cette immensité ou tout être humain semble avoir disparu. L’ambiance me fait penser au livre « la route » de Cormac McCarthy. Après une terrible catastrophe, dont on a aucune idée de l’origine, qui a détruit pratiquement toute la population de le Terre, un père et son fils se retrouvent sur la route à pousser un caddy de supermarché dans un paysage où tout a été détruit. La couleur ambiante est le gris, la végétation a disparu ainsi que les animaux. Les seuls êtres humains qui errent, essaient de se dévorer les uns les autres. Voilà ce qu’évoque pour moi ce paysage de Mongolie sous ce ciel très menaçant, sous les assauts d’un vent glacial. Un peu avant notre arrêt nous avons vu des loups blancs de belle taille qui arpentaient à vive allure les collines environnantes. Ils étaient d’autant plus remarquables dans leur livrée blanche au milieu de ce décor à la lumière crépusculaire Notre repas rapidement englouti dans notre trou, nous repartons. Nous avons effectué 35 kilomètres ce matin, il nous en reste 38 si nous voulons atteindre Buren ce soir. Si les conditions ne se modifient pas, il faut s’attendre à devoir bivouaquer. Nous ne devons pas oublier que nous sommes en train de nous enfoncer dans le désert de Gobi, à vélo ce n’est pas réputé être facile. Mais le moral reste bon, nous sachant capables aux aléas climatologiques. Mais comme par enchantement la piste va s’améliorer, la tendance générale de la piste s’inverser à la descente, et par-dessus le marché, le vent change de direction et nous pousse. Notre moyenne s’en trouve considérablement améliorée et rapidement nous ne doutons plus de pouvoir atteindre le village avant la nuit. Chose incroyable, nous allons croiser un panier à salade avec 6 policiers. Ils sont aussi surpris que nous et s’arrêtent pour s’informer de notre présence en ce lieu loin de tout par ce temps. Ils ne montrent aucune agressivité, malheureusement la barrière de la langue ne permettra pas de nous comprendre. Nous nous exprimons les uns et les autres par des sourires et reprenons notre route. Le village apparaît à une dizaine de kilomètres en bordure d’un immense lac salé. Un véhicule passe et s’arrête. Le conducteur se montre très curieux de nos montures et des différents appareils, GPS, compteur, Gopro. Ce qui le fait le plus rigoler, ce qui se répétera tout au long du mois, c’est la remorque d’Yves. Et outre cet amusement systématique, comme Yves arbore un drapeau breton sous lequel il a mis un drapeau mongol, à chaque fois nous n’y couperons pas, les Mongols nous demandent de mettre le drapeau de leur pays au-dessus de celui de la Bretagne. Déjà que nous avons beaucoup de mal à nous comprendre, comment leur faire réaliser ce que représente ce drapeau ? Car effectivement cela les intrigue. Le village approche, comme il nous semble étrange perdu en contre-bas dans cette immensité.

Des groupements plus ou moins importants de petites maisons de couleurs et de yourtes blanches regroupées derrière des palissades et un centre administratif sans palissade, qui regroupe entre autres bâtiments systématiquement l’épicerie. Nous nous y dirigeons et devant se trouve un véhicule, une femme en descend et j’essaie de lui faire comprendre que nous cherchons un lieu pour dormir. Elle saisit et possède au moins un mot d’anglais « green » en me désignant un toit, qui est celui de l’hôtel local, distant de quelques centaines de mètres. Rapidement nous nous y rendons et découvrons, s’il en était besoin, que le pays a été longtemps sous le joug de la lourdeur communiste. Pour avoir une chambre il me faut remplir un formulaire digne d’un interrogatoire d’un espion pris à la belle époque du « Great Game » que se livraient Russes et Britanniques dans les ex-républiques soviétiques. Mais tout cela se passe avec calme et amabilité, pendant qu’Yves attend en surveillant les vélos. Mais en Mongolie en dehors des villes importantes nous ne sentirons jamais les gens prêts à nous dérober quelque chose, comme je l’ai si souvent ressenti dans des pays comme le Pérou. Nous sommes les seuls clients. La chambre est correcte pour le coin, car on nous avait prévenu que souvent il valait mieux dormir dans sa tente. Mais ce soir tout va bien, et nous avons même de l’eau pour se laver, ce qui est une bonne surprise. Une fois installés, nous partons faire quelques courses. Tout contents, comme il y a deux jours nous trouvons de grosses saucisses et des galettes bien bourratives, ainsi que du riz et des pâtes, et cerise sur le gâteau de la bière très bonne. Depuis trois jours que nous sommes en route, le dépaysement est total. De plus depuis que nous avons quitté Ulan Bator nous n‘avons pas vu un occidental. Les premiers nous les découvrirons après deux semaines, alors que nous descendrons dans une guest-house aux standards occidentaux, dont nous avons trouvé l’adresse dans un guide. Depuis notre départ et durant la première semaine, la région que nous traversons est totalement ignorée de toute publicité touristique. Sans doute ceci explique cela.
BL Bluequark Veteran ·
Merci de ce récit. Je m'étais régalée de ta première aventure mongolienne et je suis bien contente que tu aies repris la plume pour raconter le reste.
Bluequark

Carnets : Namibie, Laos-Perhentias-BKK, Ouest US, Lanzarote, New-York, Berlin, Cuba, Bardenas Reales, AFS -Lesotho-Swaziland, Japon et le dernier né Colombie: https://voyageforum.com/discussion/ete-2017-trois-semaines-en-colmobie-en-famille-d10108246/
LU Lucbertrand Globetrotter ·
4ème jour Buren à Delegerhann 56 km

Au réveil après une nuit confortable, nous nous confectionnons un petit-déjeuner lui aussi confortable, thé avec de bons gros gâteaux bien consistants. Nous savons que c’est un atout en préparation d’une journée difficile. Il y a deux mois au nord Laos, nous n’avions pas cette opportunité de trouver des aliments bien consistants et c’est le ventre souvent vide que nous partions. A vélo, le coup de fringale vous guette vite et là, impérativement il faut y remédier. En Mongolie dans ces lisières du Gobi nous n’y serons jamais soumis, grâce à ces énormes paquets de galettes et de bugnes (appellation lyonnaise), que d’autres appellent beignets de carnaval ou merveilles, et aussi du fait des grosses saucisses qui nous servent de pique-nique de midi. Sans aucun doute la recette mongole de la bugne donne un produit plus dense et très lourd, mais qui constitue le carburant idéal pour débuter une journée faite de piste et de vent où le froid et le chaud alternent à une vitesse surprenante au gré du jeu de cache-cache auquel jouent les éléments.

Avant le départ, un petit coup de pompe dans les chambres à air. Yves arrache sa valve avant. Je lui fournis celle que je garde en rechange, mais c’est la seule en secours que nous possédons à deux, erreur évidente de préparation. Un détail de ce type, anodin en apparence, a vite fait de compromettre un voyage dans des contrées loin de tout. Notre premier souci en retrouver une. Nous nous mettons donc en quête d’un éventuel magasin afin de trouver cet objet convoité. Dans ce village vide à 7 heures du matin, je n’y crois pas trop. Lentement, nous remontons la rue principale. Tout est fermé et toutes les maisons se ressemblent. Nous ne sommes même pas capables de discerner une maison d’habitation d’un magasin, alors trouver une échoppe qui nous vendrait l’élément que nous cherchons, c’est la quadrature du cercle, pensons-nous.

Mais c’est compter sans l’immense curiosité des rares Mongols déjà debout. Intrigués par notre lente remontée ponctuée d’arrêts, manifestement à la recherche de quelque chose, ils s’approchent et nous interrogent. Nous leur montrons nos pneus et immédiatement ils comprennent et nous entraînent devant une maison fermée qui n’a en rien l’aspect d’un marchand de pièces de deux roues. Tout est fermé, barricadé par de larges planches. Devant notre air perplexe l’un de nos accompagnants se met à tambouriner à la porte. Pas de réaction, il tape de plus en plus fort, toujours rien. Ils se mettent à rigoler. Nous ne comprenons pas pourquoi, mais l’explication viendra tout naturellement. Devant le manque de réaction à son martèlement, notre homme aux coups de poing alertes, fait le tour de la maison et réapparaît quelques minutes plus tard avec le commerçant en question. Et là, l’explication de la surdité de l’intéressé tant attendu est évidente. À voir sa tête, sans aucun doute nous réalisons la situation, il cuvait son excès de vodka. Ce comportement fréquent, pour ne dire pas plus, représente une véritable catastrophe nationale. Il ouvre et rapidement nous vend pour une somme modique la pièce recherchée. Puis il referme son échoppe et repart se coucher, sans doute la tête remplie de bisons lancés à fond de train dans les replis de son cortex. C’est sans doute à travers de petites actions de ce type que l’on arrive à percevoir la réalité du mode de vie dans ces régions que nous traversons à rythme lent, livrés au bon vouloir des habitants en matière d’aide.

A neuf heures nous nous mettons en route. Je ne parlerais pas de contre-temps car ce moment que nous venons de passer a été extrêmement instructif. Le village traversé, une fois la dernière maison dépassée l’immensité nous explose littéralement à la figure. Nous en ressentons presque un choc. Ce matin l’air est calme et clair, d’où cette incroyable perception d’immensité. Le vélo est un moyen idéal pour se fondre dans le gigantisme, parfois oublié, de notre planète. Il permet de s’imprégner jusqu’au plus profond de soi de ses infinies variations.





Il me semble que nous sommes en train d’inventer notre voyage de surprises en chocs émotionnels. Un véhicule à moteur rétrécit l’espace et le temps par sa vitesse, son pare-brise et son habitacle vous isolent de la planète qui respire et ne demande qu’à vous envoyer ses ondes et caresses sensuelles. Les longues expositions sans filtre aux caprices du climat avivent la capacité de notre peau à devenir un récepteur, voire un réceptacle de vie. J’imagine que nos ancêtres avaient des capacités de prémonition dues à cette communion beaucoup plus profonde à la nature. Devant nous une immensité saupoudrée de blanc, du sel, se déroule jusqu’à une crête montagneuse quelque part à l’infini. Moments de pur bonheur, la piste est excellente, étroite de terre bien tassée sans un caillou. Le vent se range de notre côté, et malgré l’immensité sans relief nous avons la sensation d’avancer. Cependant de temps à autre, uniquement pour rompre le rythme établi, un raidillon sévère nous oblige à pousser nos montures. Cela ne fait que renforcer l’immense plaisir que nous expérimentons dans cette chevauchée à travers la steppe. Le mot sens et puis le mot bonheur me viennent à l’esprit. En écrivant ce texte me remémorant ce mois en Mongolie, je pense au livre de Reinhold Messner « le Sur-Vivant ». Il y crie tout son rejet d’un certain monde, même si certains l’accusent d’en être un pur produit. Je ne me permettrais pas de juger ce grand alpiniste, sans doute le plus grand par l’engagement extrême dont il a été le précurseur. Il m’a servi d’étoile polaire dans ma carrière de montagnard. Certaines de ses phrases me semblent tout à fait adaptées à l’expérience que nous vivons, même si bien évidemment mon extrême est très loin du sien. Voilà quelques-unes des pensées qu’il couche sur le papier : « On est obligé de faire un retour sur soi-même quand on vit longtemps isolé au cœur du monde sauvage. Rester fidèle à sa nature c’est créer du sens. En s’extrayant d’une existence soumise aux normes, on est obligé de s’assumer ou de partager la responsabilité avec des compagnons ». Dans le voyage à vélo, le ou les compagnons sont un des éléments fondamentaux. Très vite, il faut trouver un compromis afin que nos esprits vibrent à l’unisson et que nos volontés et nos forces s’associent et s’amplifient permettant à l’impossible de se concrétiser en réalité. La plus extraordinaire expérience que j’ai vécue, fut une traversée de 40 jours d’un désert, durée similaire à celle durant laquelle Jésus se retira dans le désert du Sinaï, je crois. Alors Jésus fut emmené par l’Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Luc 4 : 1 et 2 Pour ma part c’était le désert de l’Atacama qui s’étend sur quatre pays, accompagné par une jeune professeure de sport de Martigny, à la joie de vivre immense et au moral plus que d’acier. Malgré les difficultés de ce que nous avons vécu, abandonnés à nos seules forces musculaires dans ce désert de haute altitude, je l’ai toujours entendue crier sa force de vie dans la tempête, d’autant plus fort que la tourmente s’amplifiait et que la piste devenait épouvantable de pulvérulence volcanique, « c’est top c’est cool ». Je me demande encore où se situaient les limites physiques et psychiques de Flora. Tout au long des 1500 kilomètres de piste sur un trajet de près de 2500, nous nous y étions sentis tellement à notre place en harmonie avec la rudesse extrême de la nature sauvage, que c’est avec tristesse que nous en avons vu la fin, alors que l’on nous avait prédit ce point final comme une délivrance. Le voyage en autonomie c’est surtout cela, ces émotions et cette synergie avec vos compagnons de route, qui vous tombent dessus et vous marquent pour la vie. Flora dans l'Atacama au fond le Chili

De toute évidence avec Yves nous faisons aussi une très belle équipe qui vibre à l’unisson, même si parfois nous nous lançons dans de grands débats politiques en confrontant des idées en apparence à l’opposé ! Je dirais que nous croyons en des chemins différents pour arriver au même but, l’exploitation si possible minimale de l’être humain par son semblable. Reprenons le fil de notre errance aux lisières du désert de Gobi. De bosse en bosse l’environnement immédiat se découvre au tout dernier moment alors que le panorama gigantesque de l’arrière-plan reste immuable. De temps à autre des habitants curieux viennent de loin à notre rencontre et ils affichent toujours une extrême curiosité concernant nos vélos et notre matériel.



Nous marquons la pause de midi sur un mamelon au large panorama, bien abrités par un rocher. Nous dégustons notre saucisse de gros calibre et nos gâteaux comme chaque jour. Nous ne nous en lasserons pas tout au long de ce mois. L’atmosphère est douce, mais il suffirait d’un rien pour que le froid et le vent reprennent le contrôle. Il nous reste 18 kilomètres pour rejoindre notre but du jour. Subitement, au détour d’un mouvement de terrain le village nous saute à la figure, blotti dans une petite dépression. Une petite descente nous y conduit. Nous nous y engageons, nous laissant entraîner par la pente. Un cavalier au galop sur le talus nous rattrape et nous dépasse sans ralentir son rythme. Ayant pris un peu d’avance, il s’arrête et affichant sa fierté nous attend. Notre entrée dans le village s’effectue dans une nuée d’enfants tout excités. Ils nous accompagnent. Nous nous adressons à un villageois près du centre. Eureka, il parle couramment allemand, ayant vécu 4 ans à Berlin. Donc sans difficulté nous obtenons les informations nécessaires pour dénicher un hébergement. On nous fournit une clef et nous investissons notre chambre, suivis de très près par la bande d’enfants. Ils y entrent de bon cœur avec nous. Une fois à l’intérieur nous nous regardons tous. Que faire avec tous ces enfants, nous qui n’avons qu’une envie nous changer et prendre une douche, luxe qui nous sera encore une fois accordé. Ils finissent par réaliser que nous désirons être seuls et se retirent un peu à contre cœur. Tous les jours depuis notre départ nous sommes l’attraction en particulier des plus jeunes qui nous bombardent de questions auxquelles nous ne comprenons rien, à part le rituel et perpétuel : what’s your name ? Seule phrase qu’ils sont capables de prononcer en anglais. Un peu plus tard, un homme sans s’annoncer, en ouvrant brusquement la porte, entre à son tour dans notre chambre. Avec une démarche mal assurée il la traverse et vient s’asseoir sur l’un des lits et tente d’engager la conversation. Mais nous n’avons aucune langue commune. De plus son état sous l’emprise de la vodka semble lui obérer passablement le niveau de conscience. Il finit par réaliser que tout dialogue reste impossible. Il doit aussi constater, je pense, dans son brouillard alcoolique que son intrusion ne nous fait pas particulièrement plaisir, il se lève donc et de la même démarche mal assurée il sort. Nous nous regardons et éclatons de rire en essayant de ne pas faire de bruit. Il est vrai que l’alcoolisme est un grand mal dans le pays. D’ailleurs, tout au long du parcours les bouteilles vides isolées ponctuent la piste de façon assez régulière. Cependant j’en ai vu un tas, et j’ai pris le temps de les compter, 30 ! Ce soir nous faisons un repas agréable, digne d’un grand chef, une boîte de singe que l’on fait revenir avec un gros oignon.
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Meridiana, effectivement encore merci de m'avoir donné les coordonnées de ce contact à Ulan Bator. Je ne peux que le recommander à tous ceux qui veulent un bon point de chute en Mongolie, qu'il s'agisse de logement à prix très modéré, ou de conseils voire de guide pour de longues balades. Concernant mes prochains projets, des parcours en France sur des gros dénivelés mais sur de courtes périodes, mon épouse ayant de plus en plus de mal à subir les longues absences qu'implique l'itinérance dans les recoins perdus de notre Terre. Eh oui! on ne peut pas tout avoir à la fois, les proches comptent aussi et plus que les grands virées dans les déserts du monde.😎 Encore merci pour ton petit mot et tes bons contacts Luc
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Bluequark, merci pour ton petit mot cela fait toujours plaisir de savoir qu'une lectrice apprécie la lecture de ce que l'on écrit. il est vrai que certaines lectures de carnets de voyage ont déclenché chez moi des envies de partir sur les traces de leurs auteurs, ce que parfois j'ai réalisé pour mon plus grand bonheur. Il est vrai que l'alcool peut favoriser les malformations chez le fœtus, mais tous les Mongols ne sont pas atteints de trisomie 21, et de ce fait ne sont pas tous dans l'aventure mongolienne. Donc vive la Mongolie et les aventures mongoles 😏 Encore merci et bonne journée Luc
LU Lucbertrand Globetrotter ·
5ème jour Delegerhann à Bayan Ödör 42 km

La nuit n’a pas été trop bonne, sans doute du fait des efforts des jours précédents. Si le nombre de kilomètres effectué n’est pas très important, la piste demande plus d’efforts qu’une bande goudronnée. De plus les conditions climatiques en cette fin de mois de mai sont assez rudes, alternances rapides de chaud et de froid, avec des amplitudes thermiques importantes. Et puis le vent est un élément primordial à vélo, et dès qu’il est adverse, même sur plat on fournit des dépenses musculaires équivalentes à celles qu’exige une montée. Ce matin encore le petit-déjeuner sera très consistant, bugnes et œufs. Nous démarrons à 8h15. Une journée à traverser la steppe immense, plongés en dehors du temps. Les troupeaux ponctuent notre chemin.

Il n’y a personne, cependant nous sommes vus de loin dans cette plaine aux courbes arrondies et nous avons quelques visiteurs toujours aussi curieux de ces étrangers qui se déplacent à vélo avec tout un tas de bagages.



Dommage que la barrière de la langue soit si importante. Il aurait fallu que nous parlions le russe, à défaut du mongol. Le village de Bayan Ödör apparaît brusquement au détour d’un mouvement de terrain. Il est posé à même la steppe sans transition aucune. A la première évaluation il est minuscule, mais plus nous approchons et plus ses vraies proportions se révèlent. Dans ces espaces gigantesques tout est relatif.

La piste descend en ligne droite pile sur le bourg en suivant une ligne électrique. Une femme dans la prairie ramasse les bouses sèches avec une fourche qu’elle entasse dans la hotte de belles dimensions qu’elle porte sur le dos. On pourrait la prendre pour une espèce de Père Noël. Bien évidemment, elle vient nous parler. Elle est d’origine russe, de la région du lac Baïkal. Il est cependant étonnant, n’ayant aucune langue commune, nous arrivons à échanger des idées. Elle semble regretter ses territoires russes, même si là-bas au-delà de la frontière il s’agit des mêmes steppes infinies au climat très rude.

Une fois au centre du village des ouvriers en plein travail nous font comprendre qu’il n’y a pas de logement disponible, car l’hôtel est fermé. Alors un 4X4 s’arrête et le chauffeur nous demande de le suivre. Il nous emmène dans un de ces fameux enclos où les habitations s’entassent. Il se dirige vers une yourte. De toute évidence elle sert de débarras pour le matériel d’élevage et de traite. Notre hôte s’active et rapidement met de l’ordre et nous offre l’hospitalité pour la nuit. Nos nariness’habituent rapidement à la très forte odeur de vache qui y règne. Il nous apporte aussi une bouteille de vodka, que nous toucherons à peine. Il refuse tout paiement, nous lui offrons donc notre paquet de 500 grammes de dattes acheté dans les Vosges avant le départ. Il a l’air tout content du cadeau et se dépêche de l’apporter à son épouse.



Il est tôt, nous avons une bonne partie de l’après-midi à nous laisser emporter au rythme de la vie locale. Un voisin vient nous chercher afin de nous proposer de l’accompagner en véhicule pour regrouper les animaux. D’abord le troupeau de moutons à contrôler, puis les chevaux seront conduits dans un immense haras. La technique est étonnante, le conducteur se met derrière les animaux et klaxonne en les serrant de près. Pour les chevaux après les avoir accompagnés jusqu’au sommet d’une crête alors que le haras se dévoile, le chauffeur prend doucement une direction divergente, le troupeau gardant son allure de trot. Nous les voyons prendre seuls à bonne allure la direction du haras, encore distant sans doute de plus d’un kilomètre en contre-bas. De retour à notre yourte, le berger entre avec nous, s’assoit et nous regarde très intéressé sortir notre réchaud et préparer notre repas. Il a l’air véritablement intrigué. Je me demande s’il désire manger avec nous. Une fois notre platée de pâtes prête, je lui en propose une portion, il refuse. Considérant qu’il a vu ce qu’il voulait voir, il se lève nous salue et part. Les us et coutumes dans ces contrées aux lisières du désert de Gobi sont très éloignés des nôtres.
LU Lucbertrand Globetrotter ·
6ème jour Bayan Ödör à Öldziyt 53 km

Dans cette yourte aimablement prêtée nous passons une bonne nuit, nous avons vraiment de l’espace. De temps à autre les chiens du propriétaire aboyaient lorsqu’ils nous entendaient bouger. Sortir de nuit pour aller aux toilettes ou en ce qui en tient lieu est un peu angoissant sachant que deux gros chiens rôdent dans la nuit. Mais tout se passe bien. Ces animaux sont intelligents et ils savent que nous sommes identifiés comme amis. D’ailleurs tout au cours de notre périple les chiens n’auront jamais représenté de danger. Lorsque nous croisions à proximité de yourtes ils se mettaient bien à aboyer parfois ils arrivaient au triple galop, mais s’arrêtaient à distance. Jamais nous n’avons été inquiété comme ce fut le cas en Equateur et au Pérou, où nous subissions plusieurs attaques par jour, par des animaux agressifs qui cherchaient le contact. Au matin le temps est triste et sombre. Un petit grésil tombe, je m’attends à une étape difficile. Que cette steppe est triste et hostile dans cette lumière de fin du monde. Nous quittons le village sans voir un habitant. Atmosphère étrange et un peu oppressante. Je n’aimerais pas être seul sur cette étape. Allons-nous trouver notre chemin, arriverons-nous à Ölziyt avant la nuit ? En effet sur piste, on ne sait jamais d’avance si l’on fera plus de trente kilomètres dans la journée. Il m’est arrivé en d’autres lieux, de parcourir seulement 31 kilomètres en douze heures, du lever du jour à la tombée de la nuit. En fonction de ces incertitudes, il est nécessaire de prévoir la quantité d’eau nécessaire. Je n’en prendrai jamais plus de 7 litres, Yves plus optimiste plus de 5. Il faut dire nous sommes seulement sur les lisières du désert de Gobi. Il en irait tout autrement si nous décidions de le traverser de part en part, avec sans doute des centaines de kilomètres sans rencontrer âme qui vive.

Nous démarrons donc dans ce petit matin triste. A la sortie du village nous marquons l’arrêt sur le tertre où nous avait amenés le berger motorisé. Il y a un monument sommaire, une espèce de gros cairn sur lequel flottent des fanions religieux, en mémoire ou à l’honneur des chevaux que les villageois ont mangés. Juste en contre-bas une multitude de crânes d’équidés est empilée, afin que le souvenir et le respect soient bien marqués. D’ailleurs hier nous avions participé au rite en l’honneur du cheval, en tournant et en rajoutant quelques pierres à l’édifice. De ce point haut nous jetons un dernier coup d’œil sur le village, dans lequel toujours aucun mouvement n’est perceptible. Nous n’avons même pas eu l’occasion de dire un dernier au revoir à ces gens si hospitaliers, avec lesquels nous avons passé un si bon moment, sans fioriture tout en retenue. Je ne sais plus quel aventurier ou aventurière a dit que voyager c’est vivre une séparation difficile tous les jours. C’est un peu ce que je ressens sur cette proéminence immobile sous la pluie.

Nous nous arrachons au lieu et à son sortilège et mettons le cap à l’ouest. Dans cette atmosphère hostile, cependant un point très favorable, le vent nous pousse. Nous allons rouler dans ce décor sombre plusieurs heures, où l’homme semble avoir disparu. Puis subitement nous allons faire la plus extraordinaire des rencontres. Un homme de grande taille à la figure burinée accompagné de sa jeune fille de 5 ou 6 ans. Tous deux sont à cheval, ils ont fière allure. Ils descendent d’une colline à notre rencontre. Nous ne voyons ni bâtiment ni yourte, où peuvent-ils bien loger ? de toute évidence ils s’occupent du troupeau disséminé dans les environs. Que cet homme a un regard bon chargé de bienveillance, avec son immense sourire un peu triste, marqué probablement par les rigueurs du désert de Gobi. Les paroles sont superflues, il suffit de se regarder pour que nos esprits rentrent en communion en ce lieu aride battu par le vent. Nous sommes littéralement envoûtés par la force et la fierté qui se dégagent de ces deux cavaliers, l’homme immense et la toute petite fille. Cette dernière a une maîtrise absolue de sa monture qui doit peser 15 fois son poids. Nous demandons la permission de faire des photos. L’homme accepte bien volontiers, sa fille non. Cela le fait rire. Elle marque sa réprobation en démarrant au galop et mettant une distance d’une centaine de mètres entre nous et elle. Quelle classe, tout cela s’est fait rapidement mais sans précipitation, pas un mouvement de trop. Une fois arrêtée, elle nous regarde d’un air impassible. Elle ressemble à une apparition en ce lieu. Son père rit et lui fait signe de revenir d’une voix calme et bienveillante. Elle nous perce de son regard, puis elle décide de revenir en lançant son cheval au trot, et venant s’immobiliser juste devant nous, sa monture réagissant à la perfection à ses ordres, alors que nous ne percevons aucun son ou mouvement de sa part. J’ai du mal à imaginer que cette jeune cavalière à la maîtrise si parfaite n’a que 5 ou 6 ans ou à peine plus.





Là encore nous avons de la difficulté à reprendre notre route. Dix mois après cette rencontre, alors que je la retranscris je ressens toujours une très forte émotion. Est-ce que le fait d’être allés à leur rencontre à vélo, endurant les mêmes assauts du froid, du vent et de la pluie qu’eux, nous ont-ils un peu considérés des leurs, ce qui a permis cette communion, cette vibration de nos regards et de nos pensées en harmonie ? Le temps va s’améliorer, un timide soleil fait son apparition. L’heure du repas sonne, les ventres criant famine. Nous organisons un barrage au vent avec nos vélos, nos sacoches et une bâche. En quelque sorte nous organisons un petit chez nous. Bien couchés derrière nos vélos et nos empilements de bagages nous sommes protégés et nous sentons bien intégrés à ce lieu d’immensité. Nous passons un long moment. S’il était plus tard dans la journée, sans tourment aucun nous sortirions nos tentes et avec plaisir nous bivouaquerions. Mais il n’est que midi. Donc nous reprenons la piste après ce moment de communion avec l’espace qui nous entoure.

Il nous reste une quinzaine de kilomètres à parcourir, et subitement comme à chaque fois ou presque au détour d’un mouvement de terrain le village se trouve devant nous. C’est le plus petit dans lequel nous nous arrêtons depuis une semaine. Le premier minuscule bâtiment sur lequel nous butons nous propose un hébergement. La propriétaire est particulièrement attentionnée, elle nous apporte un seau d’eau chaude pour nous laver, manifestement la prestation est digne d’un cinq étoiles. Nous sommes très bien dans ce petit gîte, sans nulle autre personne. Contrairement à nos lieux d’arrêt précédents, il y a une petite salle qui tient lieu de salle à manger. Une petite promenade à pied dans le village nous permet de sentir combien la vie dans ces confins est éloignée de nos normes. Nous sommes les témoins une fois de plus de l’incroyable rapidité des changements de temps et de température, le vent les nuages et le soleil en étant les acteurs principaux.

LU Lucbertrand Globetrotter ·
7ème jour Öldziyt à Arvayheer 94 km

Après une bonne nuit, nous reprenons notre chemin à 8 heures. Il fait très frais comme chaque matin, particulièrement aujourd’hui, sans doute pas loin de 0 degré. Une distance d’une trentaine de kilomètres à couvrir avant de rejoindre un des grands axes goudronnés qui traversent la Mongolie de l’est vers l’ouest. Durant cette dernière partie de piste, quelques Mongols curieux viennent à notre contact. Comme nous le vivons maintenant depuis une semaine les animaux sont partout, ponctuant les pentes des différentes couleurs de leur pelage. Au loin nous voyons quelques véhicules qui défilent sur l’horizon, cela signifie que la route n’est plus très éloignée. Et voilà nous y sommes. Une yourte marque le carrefour. Nous nous y arrêtons et buvons un café. Depuis notre départ d’Ulan Bator c’est la première fois que nous buvons une boisson chaude non chauffée sur notre réchaud. C’est la bouse de bétail qui sert de combustible, dans ces steppes le bois étant totalement absent. 60 kilomètres nous séparent de la ville de Arvayheer sur cette grande route au très faible trafic. Le temps s’apparente à ce que nous connaissons en France au moment des giboulées de mars. Quelques gouttes de temps à autres nous touchent, mais nous avons la chance de passer entre les gros grains. En nous retournant de temps à autre nous constatons qu’une légère couverture neigeuse vient de recouvrir le lieu où nous trouvions quelques minutes plus tôt. Après une succession de bosses et un vent assez aléatoire qui souffle une fois dans un sens puis dans l’autre la ville apparaît, après avoir passé un immense portique qui marque l'entrée dans la province. Arvayheer n’a plus rien à voir avec les villages traversés depuis une semaine. Grâce au guide emmené, nous trouvons facilement un hôtel. Une belle chambre avec une baignoire, moi qui ne prends jamais de bain, je me laisse tenter sans cependant abuser. Je mets juste ce qu’il faut d’eau pour être à peu près immergé. Je n’oublie pas que nous sommes dans des contrées où l’eau est un luxe, d’autant plus lorsqu’elle est chaude. Il faut reconnaître que si l’eau chaude est bien agréable, le voyageur à vélo a l’habitude de s’en passer. L’hôtel fait aussi restaurant, là encore nous nous laissons tenter, et c’est bien agréable. Mais comme bien souvent dans les pays pauvres nous sommes les seuls clients, alors que le personnel est quand même conséquent, entre cuisiniers et serveurs. Comment font-ils pour tirer quelle rentabilité, car les prix sont de plus faibles ? Mystère !
LU Lucbertrand Globetrotter ·
8ème 9ème 10ème étapes Arvayheer à Bayankhongor 86, 106 et 40 km

Ces trois jours nous allons rouler sur route goudronnée. Le trafic est très faible, comment en serait-il autrement dans un pays où la densité est si faible, une superficie 3,5 fois celle de la France pour 3 500 000 habitants. Nous allons remonter d’immenses lignes droites qui escaladent une succession de bosses, parfois très longues et aussi avec des déclivités qui de temps à autre s’avèrent sévères. Malgré la route goudronnée nous restons dans l’ambiance désert de Gobi, immensité du décor avec très peu de points de repère, vent violent et froid qui nous secouent sérieusement extérieurement et intérieurement. Sans oublier les brusques changements de temps très temporaires, qui apportent un coup de chaleur, qui nous laissent quelques instants après tout mouillés de sueur dans un coup de froid. Quelques rencontres le long de l’itinéraire et quelques sites intéressants, comme le mémorial du cheval. Des arrêts dans des villages pour rechercher le gîte ou la pitance. Un contact toujours très proche avec les enfants, qui souvent sont vraiment turbulents en voulant tout toucher sur nos vélos, et très prompts à la moquerie si on se laisse submerger, les garçons pas les filles. Une nuit dans une yourte, qui nous a laissé un souvenir indélébile. J’en ai fait un texte publié, il y a déjà quelques mois sur VF, intitulé « La yourte de l’enfer ». Une autre nuit passée en plein désert sous tente par un temps magnifique, la nuit et le désert éclairés par une lune grosse et pleine, ambiance irréelle et féerique. Dans mes voyages, que ce soit à vélo ou de façon plus classique en voiture avec mon épouse, les nuits dont je me souviens le mieux sont toujours celles passées dehors au cours de ces itinérances sans aucune planification. A mon sens cette dernière tue en partie l’intérêt du voyage. Cet oubli de superbes nuits dans de somptueuses chambres d’hôtel 4 ou 5étoiles m’attire parfois des remarques de la part de mon épouse qui se souvient avec un grand plaisir de ces magnifiques endroits et moments, dont je n’ai pratiquement plus aucune souvenance. Sans parler des repas, dont là j’oublie très très vite ce que j’ai mangé, même si je suis gourmand et que j’aime bien les bons vins ! Ces moments de plaisir que l’on s’offre grâce à son porte-monnaie, je suis content de pouvoir me les payer sans trop regarder, mais ils ne me font pas vibrer comme ces nuits passées dans ma tente au hasard de mon avancement à la force du mollet. Ces immensités mongoles, dans lesquelles on se sent très dépaysé, cependant en harmonie avec la nature, surtout lorsqu’on se déplace à faible vitesse avec un vélo lourdement chargé, déclenchent chez moi une forme de tristesse, associée à une crainte d’une hostilité possible face à des éléments qui peuvent se déchaîner avec de courts préavis, alors que nos moyens de protection sont pratiquement inexistants. Cette ambiance est-elle due au fait que le printemps n’a pas encore éclaté, et que la steppe garde sa teinte grise. On dit bien que l’absence de couleurs peut être un facteur de déprime. Je n’en suis pas là, l’expérience vécue est suffisamment intense pour que je garde toute ma vigilance et ma curiosité. Là-bas au sud loin au-delà d’une immensité sablonneuse de grandes montagnes enneigées apparaissent comme un mirage suspendu dans les airs. Le point culminant, d’après ma carte, approche les 4000 mètres. J’imagine que partir grimper ces sommets doit représenter une belle aventure. Le troisième jour nous arrivons avant midi à Bayanhongor, capitale de la province du Gobi. Cela va nous permettre de nous imprégner de l’ambiance nonchalante de la ville tout l’après-midi. L’ennui a l’air de régner en maître dans ces recoins en bordure de désert. Mon esprit est déjà parti vers les étapes à venir, à travers le massif montagneux qui va nous conduire à Tsetserleg quelques 300 kilomètres plus au nord. Pour cette étape à venir nous avons très peu d’informations, ne sachant même pas si le col que nous devons passer à 2700 mètres sera toujours enneigé. A Oulan Bator notre hôte Bilget, grand connaisseur de son pays, n’était pas sûr que les nomades aient repris à mi-mai la route de ces hautes vallées. Ce type de doutes et d’incertitude sont un des moteurs qui donnent au voyage en autonomie à vélo toutes ses lettres de noblesse.
MI Michant Veteran ·
Bonsoir Luc,

Enfin le paysage semble s'animer quelque peu au huitième jour de ton parcours!

La tonalité générale est le gris, sable, rocher et le ciel semble évoluer vers une teinte noire lourde de menaces. Une impression de tristesse oppressante me submerge, dans cette immensité ou tout être humain semble avoir disparu.

L’ambiance devient de plus en plus hostile.

Je suis ton récit depuis le début et je salue le courage d'une telle entreprise dans cette immensité monotone et en prise avec l'hostilité des éléments, ce qui me ferait rapidement déprimer! Apparemment tes impressions sur ce voyage sont mitigées, surtout si j'en crois la mauvaise expérience de la yourte infernale!

À voir sa tête, sans aucun doute nous réalisons la situation, il cuvait son excès de vodka. Ce comportement fréquent, pour ne dire pas plus, représente une véritable catastrophe nationale.

Voilà pour moi une raison suffisante d'écarter ce pays de ma liste des envies! 🏴‍☠️
PE Perju Globetrotter ·
À voir sa tête, sans aucun doute nous réalisons la situation, il cuvait son excès de vodka.

Voilà pour moi une raison suffisante d'écarter ce pays de ma liste des envies! 🏴‍☠️

ça c'est du chauvinisme de base .... il y a de très bonnes Vodka ! .....et de très mauvais Champagne ! 😏 Dommage c'est un fabuleux pays ...paysages grandioses, mais effectivement distances importantes ...je ne pense pas que le vélo soit le meilleur moyen de le découvrir .... Cette constatation n'étant évidemment sans rapport avec le retour super intéressant de notre cycliste 😉
Qui boit l'eau d'une terre étrangère doit en suivre les coutumes (proverbe Mongol)
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Michel, effectivement ça boit pas mal, mais ça ne doit pas être un frein. J'en parle ainsi, mais je crois que dans tous les pays du monde ça boit pas mal. Mais c'est vrai que de voir toutes ces bouteilles de vodka vides qui jonchent le désert de loin en loin ça interpelle. Merci pour le petit mot, je mets la suite, et dans les montagnes nous n'allons pas voir de bouteilles vides, en tout cas je n'en ai plus le souvenir, peut-être parce que j'avais plus le regard en l'air à regarder les montagnes qui nous dominaient! Mais c'est vrai qu'avancer dans la grisaille le froid et le vent à vélo plusieurs de jours de suite ça porte un peu sur le moral, cependant nous n'avons jamais subi de grosses pluies jusque là. Mais le vélo c'est aussi un peu le voyage intérieur. Je me réfère toujours à Kazantzakis : un jour où je n'ai pas souffert est un jour où je n'ai pas vécu. Luc
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Jean-Pierre effectivement dans ces immensités le vélo peut paraître un peu dérisoire. En un mois quand je regarde sur la carte de Mongolie notre tour, il fait petit malgré ses 1500 km. Comme je l'ai dit précédemment, le vélo c'est aussi le voyage intérieur. Ce qui nous fait agir ce sont souvent des émotions et des envies personnelles et sans cette sensation d'effort physique et d'insécurité relative face aux éléments où nous sommes presque sans possibilité de protection dans des immensités dénudées, je n'aurais pas forcément envie de quitter mes Vosges où je passe ma vie dans les forêts et les ruisseaux de montagne à traquer le cèpe et la truite fario. En tout cas, je suis parti là-bas en partie parce que tu avais renforcé mes envies à travers tes conseils. Luc
LU Lucbertrand Globetrotter ·
11ème étape Bayanhongor à bivouac 66 km

Il semblerait bien que le col Höl Sayayn que nous devons passer est libre de neige, ici on ne peut pas parler de cols ouverts comme en France, il n’y a pas de chasse-neige qui passe pour ouvrir l’itinéraire. Il faut attendre que la neige fonde. De plus il n’est pas certain qu’il y ait du trafic par ce type de col. Nous voyons bien dans le lointain des montagnes enneigées, cependant la couche ne semble plus trop épaisse. Mais notre col est beaucoup plus loin que notre vue porte, il se situe à une centaine de kilomètres de la ville.

Plus la peine de se poser de questions, nous verrons bien sur place en espérant ne pas être obligés de faire demi-tour après cent kilomètres. Pour la sécurité nous partons avec au moins 6 jours d’autonomie en nourriture, pour l’eau pas de souci, les rivières nous en fourniront. En effet, avec la fonte de la neige, elles devraient être bien fournies. D’ailleurs c’est notre deuxième point d’inquiétude, arriverons-nous à les traverser si le courant est trop important. Je me souviens avoir lu un livre sur une expédition dans l’Himalaya, où au cours d’une traversée de rivière l’un des alpinistes avait été entraîné et s’était noyé du fait du courant et de l’eau glaciale. Pour la sécurité j’ai une corde de vingt mètres, si cela devait devenir trop risqué nous nous encorderions.

Allez finies les appréhensions nous partons. Nous avions cru comprendre qu’en partant vers l’est au lieu du nord nous pourrions traverser la rivière par un pont. Il n’en est rien, premier bain de pieds de la journée après quelques kilomètres. Il y en aura beaucoup d’autres ce jour. J’ai commencé par enlever mes chaussures, mais les cailloux et l’eau très froide m’ont fait endurer un vrai calvaire à la limite du supportable. Yves ne s’y est par risqué. A l’avenir je ferai comme lui, je garderai mes chaussures, ce qui rendra les traversées bien plus faciles et beaucoup moins dangereuses.

Depuis 10 jours que nous sommes partis, ce matin la température semble plus clémente, vers les 10 degrés, alors que précédemment le matin elle était toujours autour de zéro. Le décor change, nous entrons dans une large vallée caillouteuse, ce qui change complètement du sol sableux du désert. Le lit de la rivière est très large et la piste y est tracée. Nous roulons de façon très inconfortable sur des montagnes de galets, et nous nous faisons secouer.

Le temps est tout à fait beau, pas de gros nuages noirs menaçants. Après une vingtaine de kilomètres nous traversons le dernier village avant le col. Le suivant se situe à 150 kilomètres sur l’autre versant de la montagne. Nous avons l’impression de nous lancer dans une petite aventure, exactement ce que nous apprécions dans le voyage à vélo. Le dénivelé le long de cette immense vallée ne sera pas énorme, 1100 mètres pour cent kilomètres.

L’herbe est quasiment absente, la vallée nous apparaît comme entièrement minérale. Cependant elle commence à pousser, d’ailleurs les nomades ont effectivement installé leurs yourtes et leurs troupeaux sont présents sur les flancs de montagne qui nous entourent. De temps à autre des plaques de neige, parfois assez étendues, sont présentes. Qu’en sera-t-il 1000 mètres plus haut ? Les passages de rivières se succèdent. Certains sont scabreux, fort courant et profondeur suffisante pour que les sacoches fassent prise dans les flots. Nous ne comprenons pas tout de suite qu’il ne faut pas chercher à traverser perpendiculairement aux berges, mais en biais en se laissant un peu porter et entraîner par le courant. Cependant il faut se méfier de ne pas passer une zone où la profondeur est excessive, car inexorablement nous serions emportés. D’ailleurs au cours de l’une de ces traversées, Yves étant déjà arrivé sur la berge opposée, je tombe justement sur un de ces trous tant redoutés et je commence à partir. Mon compagnon saute à l’eau et vient à la rescousse, et à deux nous sortons mon vélo, associant nos forces pour résister au courant.

Nous voyons pour la première fois des yacks parmi les nombreux animaux. Très peu de circulation, une ou deux motos dans la matinée. Les yourtes sont dispersées, des kilomètres les séparent et même parfois des dizaines.

En début d’après-midi nous allons faire une rencontre extraordinaire et tout à fait inattendue. Alors que nous passons au pied du seul petit bâtiment que nous verrons en plus de 200 kilomètres, un homme en sort et nous fait des signes. Nous n’avons pas l’intention d’escalader ce mamelon pour répondre à son invitation. Alors il descend et vient à notre rencontre. Il nous fait comprendre qu’il est peintre et nous invite à venir voir ses œuvres. Pour une surprise c’en est une grosse. Là au fond de nulle part à 50 kilomètres de la ville un peintre isolé à la recherche d’inspiration. Notre curiosité est piquée à vif. Nous nous pressons d’escalader la petite côte bien raide en poussant nos vélos. Nous entrons dans la maison, effectivement des tableaux partout. Je suis ébloui par son style de peinture, le mouvement, les thèmes et les couleurs.

Nous sommes bien chez les descendants des Huns, des cavalcades en des charges désordonnées et héroïques d’hommes armés aux tenues multicolores. Il nous fait une démonstration de son art. Sous son pinceau par quelques touches de couleurs précises et rapides naissent hommes et animaux animés d’une vie intense. Quel artiste ! Si nous étions en voiture sans hésiter je lui aurais acheté plusieurs tableaux. Mais à vélo à travers les montagnes, surtout qu’il nous reste 800 kilomètres à parcourir, il ne peut malheureusement pas en être question.

Il nous offre un thé au lait accompagné de petits gâteaux. Ces derniers sont durs et très rances, il n’est de toute évidence pas ravitaillé tous les jours. Mais c’est avec bon appétit que j’en mange plusieurs, manifestement j’ai très faim. Il voudrait bien nous garder pour la nuit, mais il n’est que 15 heures, et notre route est encore longue. Nous espérons profiter du beau temps pour avancer, car si la météo se dégradait comme les jours derniers, vent pluie et froid, nous risquerions de vivre des moments inoubliables !

Nous parcourons encore une dizaine de kilomètres et nous installons pour la nuit. A quelques centaines de mètres se trouvent plusieurs yourtes. Les occupants ne tardent pas à arriver poussés par la curiosité et l’envie de dialoguer avec nous. Nous leur offrons des figues séchées bien moelleuses. Je ne sais pas si les adultes apprécient, car ils ne sont jamais très expressifs, mais les enfants cela ne fait aucun doute et ils mangeraient bien tout le paquet si on leur proposait. Mais très poliment ils se contentent de ce qu’on leur offre.

Notre emplacement est idéal, la rivière coule à côté, ce qui est parfait pour compléter nos réserves d’eau. Nous n’avons plus besoin comme les jours précédents d’en transporter de grandes quantités.
PE Perju Globetrotter ·
Salut Luc, j'ai très bien compris ta philosophie du vélo et effectivement, les sensations éprouvées, surtout à l'époque choisie pour ce périple, doivent être exactement celles que tu recherches. Je suis un peu dans la même optique, et si le fait de se déplacer en 4X4 est plus sécurisant, moins fatiguant à première vue ...ce n'est pas toujours le cas . Justement je recherche la plupart du temps des parcours inédits et oubliés, , sur lesquels on peut très rapidement se trouver en difficulté ou tout au moins dans l'incertitude de pouvoir continuer. Il reste également une composante plus difficile à maîtriser qu'en vélo, c'est gérer les problèmes mécaniques éventuels qui peuvent faire d'un voyage comme celui-ci , une vrai galère ...nous avons plus d'une fois eu peur d'y laisser un véhicule, heureusement pour le moment tout c'est bien passé... Par contre le gros avantage est de pouvoir découvrir beaucoup plus de régions d'un même pays, dans le même temps . Je te rejoins pour le temps passé en montagne ...cèpes évidemment et en ce moment morilles 😉 Bonne prochaine destination... jp
Qui boit l'eau d'une terre étrangère doit en suivre les coutumes (proverbe Mongol)
ML Mlefevre Globetrotter ·
Bonjour Luc, Je suis avec plaisir le récit de vos pérégrinations mongoles! Nous serons en Mongolie d'ici qq semaines, en 4X4 😛! Peux-tu m'indiquer l'endroit où vous avez trouvé du gaz à Ulan Bator?

Je viens de faire de nos demandes de visas et je lis ça : " I would get registered within 7 days after my arrival in Mongolia at the Immigration Agency and get deregistered before the departure at same office , if my stay length over thirty days."

Donc faut-il s'enregistrer à l'arrivée et de "désenregistrer" si séjour supérieur à 30 jours? Ou faut-il s'enregistrer à l'arrivée dans tous les cas et ne se désenregistrer que si séjour supérieur à 30 jours?

Comment avez-vous fait?

Merci pour les infos et le beau récit!

Marie
Nos voyages en images : https://www.sibellelaterre.fr/
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Rebonjour Jean-Pierre, je comprends aussi très bien ce que tu dis, et certainement en 4x4 loin de tout peut être plus angoissant qu'à vélo. ce dernier en cas de gros problème mécanique on peut toujours le pousser et on arrive à faire 30 km par jour sans trop de difficulté. dans le pire des cas on part à pied. Le véhicule c'est effectivement plus problématique. Il y a des endroits vertigineux où on se sent plus en sécurité en poussant son vélo qu'en voiture, en particulier dans des chemins glissants et en dévers sur le vide. J'ai vécu trois ans en Albanie et roulais beaucoup dans les montagnes en 4X4, et je me suis fait des grosses trouilles, alors qu'à vélo jamais. Je me souviens avoir croisé dans le désert de l'Atacama deux motards, ils étaient exténués à lutter contre la chute avec leur lourde moto, en particulier à cause du gros réservoir pour avoir l'autonomie nécessaire pour 600 km. Alors qu'à vélo c'était top c'était cool. Je vois que tu es un adepte du boletus edulis et autres cryptogames. Ah! la morille dans les Vosges d'après ce que je sais il n'y en a pas, le terrain étant granitique, elle s'épanouit sur les terres calcaires. Sur les bords du Rhin il y en a, j'ai fait de belles récoltes il y a pas mal de temps. Mais cette année j'ai eu la flemme de tenter ma chance, une petite centaine de km. Je te mets en toute confidentialité😏, quelques photos de mes prodigieuses récoltes de cèpes 2016. Luc
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Marie, je t'attends toujours avec tes chiens dans mon paradis vosgien😎. Concernant les problèmes d'enregistrement pour séjour supérieur à 30 jours je ne peux rien te dire nous avions un visa 30 jours et nous n'avons rien fait en arrivant. C'est mon copain qui avait apporté nos passeports au consulat de Mongolie à Paris pour les obtenir. Concernant le gaz lorsque tu arrives sur la place centrale d'Ulan Bator en laissant le gros building bleu en arc de cercle derrière toi, tu longes sur le même bord la place et quand tu arrives dans l'angle opposé ou à peu près tu as un magasin de sport qui vend du gaz, un peu sur la gauche je crois me rappeler. En tout cas ce pays décoiffe , même si mon grand amour reste l'Atacama😏 bon voyage Luc
ML Mlefevre Globetrotter ·
Il est possible qu'on s'y balade pendant le WE de Pâques, si la météo s'y prête!

On peut désormais faire les visas par correspondance sans passer par un intermédiaire, c'est tout récent.

Je vais me noter dans un coin tes indications de jeu de piste pour trouver du gaz, merci!

On part fin mai, ça approche!

A+

Marie
Nos voyages en images : https://www.sibellelaterre.fr/
PE Perju Globetrotter ·
bonjour, pour les visas il ne faut pas s'enregistrer . Lors de mon premier voyage en 2011, n'ayant pas eu vent de ces infos, je n'ai fait aucun enregistrement, mais je ne comptais pas rester plus de 30 jours. Aucun problème à la frontière. Nous avions eu une info en 2013 comme quoi il fallait s'enregistrer à Oglii dans les 7 jours dans le cas d'une prolongation de visa. ( dans le guide Lonely P.) A Oglii les responsables de l'enregistrement n'étaient pas du tout au courant , ils ont téléphoné à UB pour avoir des précisions. Résultats, pas d'enregistrement et prolongation de visa uniquement à UB.
Qui boit l'eau d'une terre étrangère doit en suivre les coutumes (proverbe Mongol)
ML Mlefevre Globetrotter ·
Cool Merci pour l'info ! Marie
Nos voyages en images : https://www.sibellelaterre.fr/
LU Lucbertrand Globetrotter ·
12ème étape passage col Höl Sayayn bivouac 56 km

Encore une nuit au grand calme. Nous nous attendons aujourd’hui à une étape difficile, l’incertitude de l’enneigement du col n’est pas levée. Réveil très matinal, il ne fait pas bien froid. Nous faisons notre thé accompagné de gâteaux. Depuis presque deux semaines que nous faisons équipe, nous avons pris nos habitudes comme un vieux couple.

Rien de tel qu’une expérience un peu en dehors de la routine pour souder les membres d’un groupe. Toutes les personnes avec lesquelles j’ai arpenté trois continents à vélo je les ai connues par internet, souvent par VF. La plupart du temps je m’en suis fait des amis avec lesquels nous avons projeté d’autres voyages. Le fait de partir comme cela avec des individus, hommes ou femmes, que l’on a appris à connaître par une correspondance électronique puis téléphonique fait pour moi totalement partie de l’aventure. Bien évidemment, il ne faut pas partir avec n’importe qui. Mais il suffit de quelques échanges pour assez bien cerner son interlocuteur. Mon premier voyage à vélo remonte à 2009 et depuis j’en ai effectué de l’ordre de 25 d’une semaine ou de trois mois et demi. J’ai dû passer deux ans sur la route ou la piste, et cette expérience de cohabitation avec de nouveaux compagnons m’a incroyablement enrichi, alors que j’avais déjà un bon acquit, familial de camaraderie en particulier en alpinisme ou professionnel. Le col est situé à 25 kilomètres et il nous domine de 400 mètres de dénivelé. Nous souhaitons y arriver vers midi afin d’y marquer la pause si les conditions ne sont pas trop hostiles. Mais on ne sait jamais ce que la piste réserve, on peut avancer à trois ou à douze à l’heure. On ne sait jamais à l’avance comment cela va se passer, d’autant plus que nous n’avons pas réussi à avoir un témoignage de cycliste ayant emprunté cet itinéraire. Ce matin l’air est limpide, le vent très faible, le ciel bleu. Le printemps semble avancer à grands pas, le vert prend l’ascendant sur le gris minéral de la caillasse. La piste n’est pas toujours marquée, ou parfois elle disparaît sous de grandes surfaces de neige. Mais la vallée nous donne le sens général de façon évidente. Les yourtes continuent de ponctuer notre itinéraire de façon très dispersée. De nombreux animaux nous accompagnent, principalement des yaks. Nous nous sentons sereins dans cet environnement amical, certes un peu frais car je roule avec ma doudoune quelques heures. Mais le soleil monte et alors un simple t-shirt suffit. Je remplace même mon casque par un chapeau. Dans les derniers kilomètres la déclivité se fait plus sévère, la neige par moments couvre la piste nous obligeant à pousser nos vélos dans les pentes environnantes, mais de façon très ponctuelle. Les derniers virages sont là, plus tôt que prévu, trop raides pour rester sur nos montures. C’est en poussant que nous atteignons le col marquant le point le plus haut de notre balade mongole, il culmine à un peu plus 2700 m, pas très loin de de l’altitude de l’Iseran. Pas de vent, incroyable c’est la première fois depuis notre départ. On a de la chance, j’imagine à cet endroit un courant d’air avec l’effet venturi, ce doit être intenable. L’autre versant se révèle, immense on s’y attendait. Il paraît beaucoup plus sec, bien qu’il soit orienté au nord. Une prairie devant un petit lac, nous nous installons pour pique-niquer. A notre arrivée un important troupeau de yaks détale presque dans la panique. Le soleil chauffe, nous nous couchons dans l’herbe et allons y rester une heure. Nous ne sommes plus dans les conditions hostiles du désert de Gobi où nous mangions en essayant de nous abriter derrière nos sacoches et parfois en grelottant. Pourvu que cela dure.

La descente est entamée, la piste se révèle horrible, des gros cailloux absolument partout, pas moyen de les éviter. C’est une très rude épreuve pour les avant-bras, les poignets et les mains. On se traîne à une vitesse d’escargot. Sous l’assaut de ces secousses je vais perdre ma carte et ne pas m’en rendre compte immédiatement. C’est la catastrophe. Je remonte à pied et la retrouve un kilomètre plus haut. Même si nous suivons l’itinéraire grâce à la trace GPS qu’Yves a matérialisée, la carte permet une vue d’ensemble, ce qui nous permet d’anticiper notre itinéraire à plusieurs jours. Suite à cette prospective Yves en grand sorcier trace sur sa tablette le parcours.

Nous arrivons dans des zones plus plates, mais la piste reste effroyable. Elle finit même par disparaître et nous poussons dans zones de gros galets. De plus ce versant étant beaucoup plus sec, nous ne voyons plus de rivière et l’eau commence à manquer. Il fait chaud et les efforts sont intenses. Nous espérons en trouver avant la nuit, d’autant plus qu’il n’y plus une yourte du fait de l’aridité du terrain. Enfin la délivrance, nous traversons un petit ruisseau, ce qui nous permet de refaire notre stock d’eau. Quelques kilomètres plus bas la pelouse reprend le dessus, les animaux et les yourtes font à nouveau leur apparition. Nous nous installons pour la nuit. Je suis très fatigué, même si le kilométrage est faible la journée aura été bien remplie. Mais elle n’est pas finie. Des yourtes à proximité arrive un gamin avec un vélo neuf. Ce dernier est de très mauvaise qualité. Il n’arrive pas à passer les vitesses. Il veut que nous lui réparions. Yves s’y emploie avec bon cœur, mais après un dur combat de plus d’une heure le dérailleur ne marche toujours pas. Le gamin n’est pas content et nous le fait comprendre en campant devant nous afin que nous nous remettions au travail. C’est reparti pour un round sans plus de succès. Mais le drôle insiste, il nous engueulerait presque. La fatigue aidant notre patience atteint ses limites, et nous lui faisons ressentir avec calme qu’il commence à nous courir sur le haricot. Nous ne nous occupons plus de lui, et nous passons à la préparation de notre repas. Il nous surveille d’un air courroucé, et enfin après un long moment il se lasse et repart vers sa yourte. On se regarde Yves et moi et nous éclatons de rire en essayant d’étouffer au maximum nos débordements. La Mongolie est vraiment pleine de surprises ! La soirée sera paisible dans ce décor gigantesque au milieu des animaux qui se déplacent avec nonchalance quasiment au milieu de nos tentes. Nous n’échangerions pas notre lieu de stationnement pour le plus beau des hôtels de la planète. J’ai toujours constaté que les choses qui avaient le plus de valeur ne coûtaient pas un centime ! Sur cette pensée philosophique je m’endors rapidement d’un sommeil lourd de toutes les secousses de la journée.
PE Perju Globetrotter ·
a vue de nez, je dirais 8 kg , 6 kg, 9 kg dans l'ordre des photos ....bonne récolte ! C'est sympa de les ramasser ....mais après y'a du taf 🤪 Ceci dit on est récompensé pendant les soirées d'hiver ....😉
Qui boit l'eau d'une terre étrangère doit en suivre les coutumes (proverbe Mongol)
DI Diamina Globetrotter ·
Salut Luc

Je découvre à travers ton récit et tes photos l'immensité (monotone, c'est ce que je ressens) des plaines (steppes) mongoliennes. Tes photos me donnent une impression d'immobilisme, sincèrement, j'ai l'impression de voir 10 fois la même photo sur une plaine au milieu de nulle part, avec le même petit chemin qui la traverse. J'en suis au 4ème jour, et j'ai l'impression que tu es toujours au même endroit!!!!😊 N'avez vous pas eu l'impression de faire du surplace?🤪

Est-ce juste une impression rendue par les photos, ou bien y a-t-il une différence pour toi dans l'immensité traversée? Je sais que souvent, les photos ne rendent pas justice complètement aux sites. A partir du 5ème jour ça change.... un peu.... C'est fou non?😮

N'est-ce pas frustrant d'avoir autant de gens qui t'interrogent sans jamais pouvoir leur répondre faut de langue commune? Et le dessin comme moyen de communication, vous avez essayé?

Puis au 12ème jour, enfin des montagnes. Ahhhhh!! Enfin, un peu de mouvement. C'est plus sympa. Du coup j'attends la suite!!!!!!😏

Pourquoi as-tu cessé d'incorporer tes photos à l'intérieur du texte? C'était plus sympa!!
Nord Chili, NOA, Sud Lipez, La Paz août 2012 https://voyageforum.com/forum/mois_dans_andes_peripeties_en_altitude_D5526293/ Apologie du southwest en hiver https://voyageforum.com/forum/apologie_sud-ouest_etats-unis_en_hiver_D5851267/ Impressions d'Afrique et de Namibie
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Diamina, effectivement les immensités de la steppe mongole changent très peu au fil des kilomètres. Il est certain que c'est un voyage très différent des autres. Mais justement le fait d'être noyé dans un décor immobile à l'infini cela en fait une expérience unique, tout particulièrement dans la lenteur du déplacement à vélo et parfois à pied quand la piste est trop mauvaise, trop molle ou trop raide.

Tu sens ton voyage plus que tu ne le vois. En effet, c'est plus par les sensations physiques de tes muscles en train de pédaler, de ta peau au contact du vent et du froid que se constitue le souvenir que tu garderas de cette plongée dans un autre monde. A deux, la relation à l'autre est aussi partie intégrante du voyage, lorsque nous échangeons en cours de route ou le soir nos perceptions et ressentis qui sont parfois un peu différents. Cette force et cette confiance que l'on ressent à deux à partir et à s'enfoncer dans une sorte de néant créent des liens, car on se révèle à l'autre dans la difficulté.

Et puis, il y a ces rencontres aléatoires, même si nous n'avons pas de langue commune, il passe un message par les yeux. Le voyage à vélo dans ces steppes c'est un peu comme pour un croyant qui effectue une retraite dans un monastère à la recherche de sa foi et de lui-même. C'est pour moi très difficile de décrire la réalité de ce que je ressens au cours de ces balades. Et puis, la mémoire décante et après des mois le voyage t'apparaît différent encore, transformant les petites souffrances en souvenirs de plaisir. Trop dur d'en parler, il faut sauter sur un vélo et partir.😏

Je n'ai pas incorporé les photos, car je n'ai pas pris le temps, mais peut-être que les photos coupent un peu trop le texte? Et puis le gros pavé en bas de texte je trouve cela esthétique. Mais bon je vais prendre le temps de les incorporer, si on m'en fait une fois de plus la remarque; Bonne journée Luc
PE Perju Globetrotter ·
Salut la Marocaine......c'est plat, c'est monotone, c'est grisouné , y'a du zef, pas d'abris, pas de restos , deux trois personnes tous les 100km........p'tain de pays !!!!! Y'a même pas un Mongol qui fait du stop, t'emmène chez son cousin qui a sa ger (yourte en Marocain) dans le coin, que même toi tu vas te taper la tête en entrant tellement c'est bas ( alors j'te dis pas pour JF....) , qui justement vend des pulls cachemire, qu'il faut voir pour le plaisir des yeux , que si tu n'en veux pas c'est pas grave mais tu prendras bien un thé salé, avec un p'tit fromage fermenté 8 mois sur le toit de la yourte (ger en Mongol) ......j'te le dis, p'tain de pays !!!! 😏 te fies pas aux photos de Luc ...il n'est bon que pour les Bolets .....😄

Alors je t'explique, la Mongolie c'est 1386 fois...... la Martinique (si si j'ai fais le calcul ) 😉 alors en vélo!!!! ......surtout que le Luc y l'a pas l'air bien vaillant, y l'avance pas vite , j'te dis il est bon pour les Champignons et encore pas tous ...les morilles y l'y va même plus j'te dis ...c'est trop loin ..., donc y fait pas beaucoup de km en fait y fait du sur place avec ce p'tain de vent dans ce p'tain d'pays ! Viens avec ton quatquat , si si tu peux le faire , t'as fait Chégaga toute seule (presque) et tu verra la Mongolie c'est aussi beau que le Maroc ...y'a les mêmes paysages ( moins les rabatruc 😇 ) mais faut faire plus de km ......j'lui ai dit à Luc , en vélo c'est pas bon !!! 😏 Tu m'en veux pas Luc ? j'irai faire du vélo avec toi dans les Vosges ...en septembre avec un panier ....😉 🙂
Qui boit l'eau d'une terre étrangère doit en suivre les coutumes (proverbe Mongol)
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour jean-Pierre, statistiquement octobre est meilleur que septembre pour le boletus edulis. J'ai beaucoup de mal à faire du vélo en dehors des voyages et puis le panier au guidon avec 15 kilos de cèpes c'est dur. Si tu viens cesera l'occasion d'en faire. Donc tu es absolument le bienvenu dans mon paradis, j'ai de quoi loger largement dans des conditions meilleures que la steppe venteuse. Bonne journée Luc
PE Perju Globetrotter ·
statistiquement octobre est meilleur que septembre pour le boletus edulis

ça c'est super !!! tu passes chez moi avant ( c'est meilleur en Septembre en haute-savoie, après pas chaud en altitude ), comme ça on va faire deux saison en une ! 😉
Qui boit l'eau d'une terre étrangère doit en suivre les coutumes (proverbe Mongol)
DI Diamina Globetrotter ·
Salut Luc,

Tu sens ton voyage plus que tu ne le vois

Mais ça c'est vrai quelle que soit la destination où tu choisis de faire du vélo, non? A vélo, forcément, tu le sens ton voyage.

A deux, la relation à l'autre est aussi partie intégrante du voyage, lorsque nous échangeons en cours de route ou le soir nos perceptions et ressentis qui sont parfois un peu différents.

Encore une fois, c'est aussi vrai dans un splendide décor du désert d'Atacama, non!!! Je le vis à chaque voyage, puisque je voyage toujours avec JF (comme Perju en parle....) et je suis d'accord sur le fait que les ressentis sont souvent différents.

Cette force et cette confiance que l'on ressent à deux à partir et à s'enfoncer dans une sorte de néant créent des liens, car on se révèle à l'autre dans la difficulté.

Bah, tant qu'à faire, autant que le néant soit sympa à regarder, et de la difficulté, y en a partout où il y a des pistes et un environnement hostile. Dans la puna argentine, il y a vraiment de quoi satisfaire ce genre de désirs!!! Je te rejoins complètement dans le fait de se révéler à l'autre dans la difficulté. Ça je l'ai vécu l'an dernier quand nous avons eu une crevaison à plus de 4000m d'altitude et que nous avons eu du mal à utiliser le cric m...... du toyota 4 runner, tout ça dans le vent et le froid, et la crainte de devoir dormir en pleine nature. Heureusement pour nous que le 2ème camionneur qui est passé en 2heures d'arrêt sur la piste a bien voulu s'arrêter et nous aider. Et je ne parle pas des autres pneus crevés!!! Je l'ai aussi ressenti quand nous nous sommes enneigés à plus de 4500m et qu'il a fallu creuser...... longtemps!!!! 🤪 C'est le genre de moment où tu apprécies d'avoir avec toi quelqu'un qui a le moral d'acier!!!

Et puis, il y a ces rencontres aléatoires, même si nous n'avons pas de langue commune, il passe un message par les yeux.

Ahhhh! Là, je vais te croire sur parole, mais est-ce suffisant? J'adore bavarder avec les gens quand je voyage, et puisque Perju a commencé à parler du Maroc, l'une des frustrations que j'ai eue, a été lorsque nous sommes allées visiter les gorges de tislit, et que je n'ai pas pu converser avec le guide et sa famille parce que leur français était réduit à des notions plus que basiques, et que mon arabe et ma pratique de la langue berbère sont inexistants!!!

Le voyage à vélo dans ces steppes c'est un peu comme pour un croyant qui effectue une retraite dans un monastère à la recherche de sa foi et de lui-même.

Ah oui!!! Effectivement, j'aime beaucoup la comparaison entre les parois austères d'une chambre de monastère et la monotonie des steppes mongoles. C'est la comparaison la plus incroyable qui soit!!!!😏

Trop dur d'en parler, il faut sauter sur un vélo et partir.

Bon ben..........., je vais me contenter de te croire alors!!!!!!😄

Et puis le gros pavé en bas de texte je trouve cela esthétique. Mais bon je vais prendre le temps de les incorporer, si on m'en fait une fois de plus la remarque;

Bah, si c'est pour l'esthétique, ..........🤪😠...... Mais pour le côté pratique, ce serait quand même sympa d'avoir les photos qui s'insèrent dans le texte qui les concerne!!! (Là, ça fait 2 fois pour la remarque, donc ça devrait aller maintenant!!!😏🤪😄)

Bonne journée Luc

A toi aussi!!!😏

PS: N'écoute pas notre plaisantin Perju...😏😄. Continue ton récit car c'est le genre de voyage que je ne connaitrai jamais: à vélo dans la plaine mongole!!!! Donc, on le vit avec toi par procuration.Merci!
Nord Chili, NOA, Sud Lipez, La Paz août 2012 https://voyageforum.com/forum/mois_dans_andes_peripeties_en_altitude_D5526293/ Apologie du southwest en hiver https://voyageforum.com/forum/apologie_sud-ouest_etats-unis_en_hiver_D5851267/ Impressions d'Afrique et de Namibie
DI Diamina Globetrotter ·
Coucou Perju,

Y'a même pas un Mongol qui fait du stop, t'emmène chez son cousin qui a sa ger (yourte en Marocain) dans le coin, que même toi tu vas te taper la tête en entrant tellement c'est bas (alors j'te dis pas pour JF....), qui justement vend des pulls cachemire, qu'il faut voir pour le plaisir des yeux, que si tu n'en veux pas c'est pas grave mais tu prendras bien un thé salé, avec un p'tit fromage fermenté 8 mois sur le toit de la yourte (ger en Mongol)......j'te le dis, p'tain de pays !!!!

MDR!!!!😏😄 Mais alors, ..... Tu suis vraiment le carnet sur le Maroc, c'est fou!!!!😄😮

avec un p'tit fromage fermenté 8 mois sur le toit de la yourte (ger en Mongol)

Et ça se mange ça?🤪

Viens avec ton quatquat, si si tu peux le faire, t'as fait Chégaga toute seule (presque)

Je serais obligée de louer un 4x4 en Mongolie, car de la Martinique ça pourrait être un peu difficile!!!😉

la Mongolie c'est aussi beau que le Maroc...y'a les mêmes paysages (moins les rabatruc

C'est difficile à croire à partir des photos de Luc, pour le moment. J'attends la suite pour voir en attendant de pouvoir venir dans les Alpes te voir et découvrir tes photos!! Si, si, j'finirai par venir....
Nord Chili, NOA, Sud Lipez, La Paz août 2012 https://voyageforum.com/forum/mois_dans_andes_peripeties_en_altitude_D5526293/ Apologie du southwest en hiver https://voyageforum.com/forum/apologie_sud-ouest_etats-unis_en_hiver_D5851267/ Impressions d'Afrique et de Namibie
DI Diamina Globetrotter ·
ça c'est super !!! tu passes chez moi avant (c'est meilleur en Septembre en haute-savoie, après pas chaud en altitude), comme ça on va faire deux saison en une !

S'il te plait, va pas t'intoxiquer avec un champignon vénéneux, hein!!!!
Nord Chili, NOA, Sud Lipez, La Paz août 2012 https://voyageforum.com/forum/mois_dans_andes_peripeties_en_altitude_D5526293/ Apologie du southwest en hiver https://voyageforum.com/forum/apologie_sud-ouest_etats-unis_en_hiver_D5851267/ Impressions d'Afrique et de Namibie
LU Lucbertrand Globetrotter ·
13ème étape Bulgan bivouac un peu après 56 km

Au lever le temps a changé. Une petite pluie fine s’installe dans un ciel complètement bouché. Comme toujours dans ces conditions, nous nous demandons que faire. Attendre une accalmie ou partir. Pour ma part je suis toujours partisan du mouvement, Yves aussi, ça tombe bien. Nous avons pris la bonne option, les précipitations vont rester faibles et vers 10 heures le temps va nettement s’améliorer. Nous descendons une vallée magnifique, la piste est excellente, les cailloux ayant disparu. Nous roulons sur une trace de terre dure. Le printemps est de plus en plus présent, la température presque clémente malgré la pluie. Des arbres de différentes essences que je n’arrive pas à identifier apparaissent. Dans ces steppes le plus insolite étant de ne pas voir d’arbres sur des centaines de kilomètres. Très intrigant, nous passons un pont, ce qui ne nous était pas arrivé depuis longtemps. Mais juste avant ce dernier un beau panneau carré au liseré bleu comporte le dessin d’un magnifique cèpe de Bordeaux. Qu’est-ce que cela veut dire ? Peut-être une interdiction de ramasser ce champignon ? Dans tous les cas de figure, il faut des arbres. Il y en a bien regroupés en parcelles de forêt, ce sont des conifères. Mais plusieurs centaines de mètres plus haut, ils sont regroupés selon l’orientation du terrain, au nord les arbres et pour les autres orientations l’herbe. La vallée est trop belle, elle nous entraîne sur une mauvaise piste. Nous le réalisons grâce à la trace GPS. En effet, dans une grande courbe de la vallée, il faut la quitter et escalader un pan de montagne très raide sur plusieurs centaines de mètres de dénivelé. Au début nous restons sur les vélos, puis chacun poussera sa monture. Pour terminer sur les trois cents deniers mètres de dénivelé, nous nous mettrons à deux pour pousser chacun de nos vélos à tour de rôle. On en bave un grand coup. J’applique ma méthode habituelle quand cela devient très difficile. Je compte mes double-pas et j’essaye de tenir jusqu’à vingt. Je suis toujours étonné de voir que l’on avance assez vite de cette manière. Peut-être est-ce une question d’entraînement. Deux mois plus tôt dans les pentes très raides des pistes du nord Laos je l’avais déjà appliquée, mais surtout au cours de la traversée du Sud Lipez en Bolivie des heures durant j’avais à coup de vingt parfois de dix double-pas avancé dans la poussière volcanique. Durant cet exercice le temps est aboli, il faut prendre son mal en patience. Avec philosophie profiter de la nature gigantesque qui nous entoure pour s’en imprégner au mieux. Tout finit par arriver. La pente diminue, nous pouvons à nouveau pousser chacun notre vélo, puis l’enfourcher. Rapidement une crête est atteinte et nous basculons dans une nouvelle vallée. Nous prenons des raccourcis, et c’est en plein champ particulièrement raide et plus ou moins marécageux que nous rejoignons le lit d’une rivière. Nous y faisons une longue pause, bien installés dans une herbe moelleuse. La température est clémente, le temps à l’air d’avoir définitivement décidé de basculer vers l’été. Nous rejoignons le petit village de Bulgan, à ne pas confondre avec la ville du même nom située quelques centaines de kilomètres plus au nord. Un étrange attelage constitué d’un yak massif et d’une carriole en bois tout aussi massive conduite avec lenteur nous croise au niveau des premières maisons. Les enfants arrivent, on leur demande l’épicerie. L’un d’eux saute sur un vélo et nous accompagne. Une fois sur place, nous y trouvons les produits habituels, saucisses, riz, gros gâteaux sablés et quelques fruits, sans oublier les canettes de bière. A la sortie du village nouvelle pause dans l’herbe, puis nous reprenons la piste pour quelques kilomètres et installons notre campement à proximité de la rivière, afin de pouvoir nous laver. Au-dessus de nous quelques yourtes. Un couple en descend accompagné de leur petite fille. L’homme nous offre un grand bol de fromage blanc et un de fromage plus fait. Les deux sont excellents, et du fait de la quantité, ce sera quasiment notre repas du soir. Encore une journée bien remplie dans un environnement toujours aussi surprenant, se montrant sous un jour beaucoup plus amical du fait de la végétation qui prend son essor.
PE Perju Globetrotter ·
Salut Luc, Bizarre le panneau , malheureusement dans certaines régions de France il existe les mêmes...avec une croix rouge en travers ...cela commence à venir chez nous ( 74) certains proprios de zones forestières mettent des interdictions de ramassage sur leurs parcelles, parcelles paumées à des km des zones habitées et accessibles uniquement à pieds ou en 4X4....😕

Pour le plaisir, va regarder cette vidéo réalisée par un couple de quatquatreux ( ils ont également réalisé un guide sur la Mongolie, en vente sur leur site ) . http://www.casa-trotter.com/phpBB3/viewtopic.php?f=27&t=9119

C'est pour Diamina également, elle aura ainsi une vision plus " idyllique" du pays 😉 Bonne soirée ! jp
Qui boit l'eau d'une terre étrangère doit en suivre les coutumes (proverbe Mongol)
DI Diamina Globetrotter ·
Coucou,

C'est pour Diamina également, elle aura ainsi une vision plus " idyllique" du pays 

Merci. Effectivement, ça aurait pu l'être. Est-ce le désert de Gobi qu'on voit lors du passage en partie désertique?? Et le squelette à la fin de la vidéo, c'est pour montrer ce qui attend ceux qui osent s'y aventurer?🤪

M'mmmouais.........😊
Nord Chili, NOA, Sud Lipez, La Paz août 2012 https://voyageforum.com/forum/mois_dans_andes_peripeties_en_altitude_D5526293/ Apologie du southwest en hiver https://voyageforum.com/forum/apologie_sud-ouest_etats-unis_en_hiver_D5851267/ Impressions d'Afrique et de Namibie
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Jean-Pierre, superbe cette vidéo, l'utilisation d'un drone ça change tout. j'aimerais savoir combien de temps il faut pour créer un montage comme celui-là? Luc
PE Perju Globetrotter ·
Bonjour Luc, je fais régulièrement un film au retour de mes voyages, cet été il couvre le désert de Manguistau (kazak) jusqu'au Pamir et à une durée d'1h15 mn, cela m'a pris certainement plus de 200h de montage. C'est un film comprenant beaucoup d"effets", de photos avec zoom panoramique et de petites vidéos , sans compter la voix off les titres et la bande son . Par contre à la prise de vue c'est assez rapide, photos et vidéo avec caméra embarquée sur le 4X4. Pas grand chose à faire de particulier. Pour le film de Cecile, je pense que c'est l'inverse, la partie montage doit être assez simple ( une fois les extraits choisis ) il suffit de" coller" des passages vidéos. Par contre c'est effectivement à la prise de vue que cela doit prendre du temps, déjà trouver l'idée, mettre le drone en position et contrôler son déplacement, certainement refaire des prises si pas contant du résultat ....etc ...mais je pense que ce n'est peut-être pas plus long que le temps pris par certains photographes pour réaliser leur cliché ( trouver le bon angle, attendre la bonne luminosité, refaire le cadrage ...) Je suis en train d'étudier la question et j'ai déjà un modèle de drone en vue 😉
Qui boit l'eau d'une terre étrangère doit en suivre les coutumes (proverbe Mongol)
LU Lucbertrand Globetrotter ·
14ème étape Tetselegs 31 km

La chaîne de montagne de Hangayn Nuruu est traversée, nous laissons derrière nous les sommets enneigés et les pistes pierreuses. Devant nous s’ouvrent maintenant des moutonnements parcourus de chemins au revêtement de terre souple aux pneus. Sans difficulté nous atteignons Tetselegs. La ville nous est apparue du haut d’une colline. Une multitude de toits multicolores donne un aspect engageant à la bourgade. Elle est installée au pied d’une grande falaise de roche claire. Nous y pénétrons par une ruelle en pente au sol chaotique. Après quelques recherches nous trouvons la guest house indiquée dans notre guide. Elle est tenue par un Australien. Nous retrouvons les standards occidentaux, et ma foi ce n’est pas désagréable, de l’eau courante et chaude, des toilettes sans besoin d’aller faire des acrobaties sur une planche au-dessus d’un trou puant, ce qui est souvent le cas lorsque l’on fréquente ce qui tient lieu de guest house locale.

15ème étape Battsengel 89 km

Étrange sensation, nous roulons sur du goudron, après la piste très accidentée qui traversait le massif de Hangayn Nuruu nous avons plus l’impression de glisser sur une surface sans aspérités que de rouler. Mais cela ne va pas durer. En effet, nous quittons ce beau bitume pour repartir à travers la steppe. Effectivement un vieux panneau tout rouillé indique la direction de notre destination sur la gauche. Une longue montée nos conduit à un belvédère permettant une vue à 360 degrés.

Une descente très raide, puis la piste part plein nord. Cela est étonnant car ce n’est pas notre direction. La trace GPS indique bien un itinéraire qui s’oriente vers l’est, mais pas le moindre soupçon de chemin, de plus la prairie ne semble pas très roulante. Nous quittons notre belle piste mal orientée et faisons une tentative à l’est à l’estime. Nous tombons sur une zone marécageuse et nous faisons littéralement dévorer par des midges, sensation absolument terrible. Des dizaines de piqûres et cela va nous gratter pendant plus d’une semaine. Nous réussissons à nous extraire de ce piège et faisons carrément demi-tour pour revenir à notre point de départ de la piste au niveau du panneau rouillé. Nous reprenons la route goudronnée sur 7 km, puis à gauche nous nous engageons sur une piste qui s’éloigne doucement de cette dernière. Elle est très roulante et s’enfonce dans l’immensité verte, où de loin en loin les troupeaux ponctuent la plaine. La steppe change rapidement avec le printemps qui s’installe. Y rouler est un vrai plaisir. Le vélo dans ces conditions, température idéale, absence de vent, beau temps et piste étroite dure et lisse, procure les plus belles sensations. Nous nous fions à la trace GPS au milieu de cette immensité moutonnée. Nous arrivons en un point où le village que nous souhaitons atteindre apparaît dans le lointain, 15 kilomètres. La piste perd son bel aspect et redevient caillouteuse et nous rentrons une fois de plus une séance de vibromassage, qui va durer un long, très long moment. Là encore c’est tout l’intérêt du voyage à vélo, ne jamais chercher à estimer ce qui nous attend, car pour un rien tout change du tout au tout.
DI Diamina Globetrotter ·
Salut Luc,

Quel bonheur, mon vœu a été exaucé: les photos sont à nouveau insérées dans le texte!!! Merci mille fois!!😄

Nous retrouvons les standards occidentaux, et ma foi ce n’est pas désagréable, de l’eau courante et chaude, des toilettes sans besoin d’aller faire des acrobaties sur une planche au-dessus d’un trou puant, ce qui est souvent le cas lorsque l’on fréquente ce qui tient lieu de guest house locale.

Ah qu'est-ce que je te comprends. Voyager c'est rencontrer des situations assez différentes de chez soi, mais parfois, c'est bien de retrouver un peu de confort, pour pouvoir ménager sa monture!!!!😎

La trace GPS indique bien un itinéraire qui s’oriente vers l’est, mais pas le moindre soupçon de chemin, de plus la prairie ne semble pas très roulante. Nous quittons notre belle piste mal orientée et faisons une tentative à l’est à l’estime. Nous tombons sur une zone marécageuse et nous faisons littéralement dévorer par des midges, sensation absolument terrible. Des dizaines de piqûres et cela va nous gratter pendant plus d’une semaine. Nous réussissons à nous extraire de ce piège et faisons carrément demi-tour pour revenir à notre point de départ de la piste au niveau du panneau rouillé.

Ah la la, ces traces GPS qui nous envoient n'importe où!!!!!! 😠 J'ai pas mal d'exemples de ce genre!!! Les derniers datent du Maroc!!

Elle est très roulante et s’enfonce dans l’immensité verte, où de loin en loin les troupeaux ponctuent la plaine

C'est quoi ces bêtes que vous avez rencontrés!!! C'est de la laine ambulante, carrément!!! 😄 La tonne de laine présente sur le dos des bêtes ferait pâlir d'envie les bergers marocains!!!!😏

Et c'est volontaire la tête de taureau au milieu de la steppe, c'est comme sur la vidéo avec le squelette..... c'est macabre!!!!😮 En tout cas, c'est vrai que question arbres, il y en a plus dans le reg marocain complètement sec et rocailleux près du lac iriqui que dans la steppe verdoyante de Mongolie!!! C'est un comble!!!!

En tout cas, j'espère pour vous que vous n'avez pas rencontré une 2ème fois les insectes qui vous ont fait la peau !!!!!! 😏😄🤪
Nord Chili, NOA, Sud Lipez, La Paz août 2012 https://voyageforum.com/forum/mois_dans_andes_peripeties_en_altitude_D5526293/ Apologie du southwest en hiver https://voyageforum.com/forum/apologie_sud-ouest_etats-unis_en_hiver_D5851267/ Impressions d'Afrique et de Namibie
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Diamina, notre erreur n'était pas due à la trace GPS, mais au panneau qui nous a fait partir à gauche. sans doute une ancienne piste qui n'était plus utilisée après une dizaine de kilomètres, sans doute du fait que la route avait été goudronnée et que de ce fait l'embranchement se trouvait sept kilomètres plus loin. Heureusement les affreuses midges ne vont plus croiser notre route. La tête non ce n'est pas un montage, des squelettes d'animaux nous en avons vus pas mal tout au long de la route, heureusement aucun d'être humain! Je mets la suite Bonne journée Luc
LU Lucbertrand Globetrotter ·
16ème étape Ogii Nuur 54 km

Ce jour une étape étonnante à travers la prairie absolument plate. Je n’avais jamais eu cette sensation de rouler sur une surface plate qui se perd sur la ligne d’horizon. Très rapidement nous sommes confrontés à deux traversées de rivières. La seconde est large, assez profonde et le courant rapide. Nous nous mettons à deux pour faire traverser chacun de nos vélos et nous mettons une dure bataille pour faire passer la monture d’Yves avec sa remorque, qui a une fâcheuse tendance à devenir très difficile à tenir dès qu’elle se met à flotter. Je dois m’efforcer de la porter et de la sortir autant que possible du courant, ce qui n’est pas évident. On a cru que nous allions nous faire embarquer. Nous rejoignons le village et trouvons un logement. Nous avons toutes les difficultés à obtenir quelques litres d’eau pour nous laver. On nous donnera généreusement de l’ordre d’un litre chacun. Ce jour j’aimerais bien disposer de plus d’eau, car les piqûres de midges me grattent particulièrement. Par contre on nous offre une part de carpe qui vient d’être pêchée. Elle s’avère totalement immangeable, j’ai l’impression de manger directement de la vase. Je n’y arrive vraiment pas. Pour ne pas vexer nos hôtes discrètement je jette le contenu de ma gamelle dans un sachet que je mets à la poubelle. Yves plus stoïque dans un effort grimaçant mange le tout, chapeau ! Nous assistons à un magnifique coucher de soleil.

17ème Gurvanbulag 95 km

Une journée encore sur le vélo entre deux villages dans ces immensités sans repères où l’œil peut trouver un point caractéristique. La première partie de l’itinéraire, qui sur la carte apparaît comme une belle route principale, que l’on s’attend à trouver goudronnée, n’est en fait qu’une simple piste chaotique. Nous longeons le lac Ogii Nuur, endroit touristique. On le voit à plusieurs sites prêts à ouvrir pour la saison qui commence vers le 15 juin. Au bord de ce lac les touristes viennent probablement pour pratiquer l’équitation ou la pêche, ou tout simplement pour contempler ces grands espaces déconnectés du temps et du speed de notre société. Nous allons croiser trois véhicules qui transportent les premiers visiteurs de l’année en provenance d’Ulan Bator, éloignée de quatre cents kilomètres. Sur les bords de ce lac nous dépassons une multitude d’animaux, particulièrement bovins et chevaux. Ces derniers, étrangement, se regroupent en nombre conséquent les pattes dans l’eau à quelques dizaines de mètres de la rive, bien serrés les uns contre les autres, spectacle étonnant. Pris par ce spectacle nous faisons notre pause de midi nous laissant bercer par ce calme. Il nous reste soixante kilomètres à parcourir. Le paysage se répète à l’infini, et cette monotonie est tellement étonnante que nous sommes pris dans une ambiance excitante. Par endroits la piste s’évanouit et nous progressons directement sur l’herbe à travers la prairie. Avec les beaux jours les fleurs commencent à pointer un peu partout. Certaines sont surprenantes, et sans doute spécifiques aux grandes steppes d’Asie centrale Nous ne ressentons plus l’atmosphère triste et froide que nous avons connue les quinze derniers jours de mai aux frontières du désert de Gobi. Enfin du sommet d’une bosse le village apparaît à cinq kilomètres. La piste devient bonne, stable et lisse, alors qu’au cours de cette journée nous l’avons connue sableuse ou épouvantablement bosselée, vaste ruban de tôle ondulée. Nous trouvons un hébergement aux chambres immenses pour le prix habituel, quatre ou cinq euros chacun. Mais comme habituellement l’eau est rare et il ne faut pas compter sur une douche pour se débarrasser de la gangue de poussière qui nous recouvre le corps sur chaque centimètre carré de peau, ainsi que les cheveux, qui ont la contexture du carton lorsqu’on y passe la main. Cependant, nous pouvons nous laver très superficiellement devant un petit évier, surmonté d’un petit récipient en forme d’entonnoir, dans lequel on verse le peu d’eau que nous nous procurons. On appuie sur la tige qui le surmonte et par gravité l’eau coule. Par des gesticulations on essaie de ne pas en perdre une goutte, un pied posé sur l’évier afin que le liquide coule directement sur la peau. Mais le moral reste au beau fixe, même si nous sentons que l’aventure entre dans sa phase finale, avec toujours ce petit pincement lorsque l’on sent le terme approcher. Nous nous mijotons une excellente gamelle composée d’œufs de viande en boîte, le tout saupoudré d’une sauce grand veneur qu’Yves porte depuis le début de notre périple. Un bruit de galop, je jette un coup d’œil par la fenêtre qui donne sur la rue principale du village. Des cavaliers passent au galop. Ils sont debout sur leurs chevaux, amortissant totalement les mouvements verticaux. Ils sont magnifiques dans leur galopade rapide, affichant une parfaite maîtrise.
ME Meridiana Veteran ·
de rien de rien... emporte ton épouse sur le porte bagage ou le guidon!!

ai envoyé le lien à Mejet afin qu'il puisse voir votre aventure.

au plaisir
un mongol nait sous la yourte et meurt à cheval (proverbe mongol)
LU Lucbertrand Globetrotter ·
18ème jour Dachinchilen 55 km

Ce matin nous démarrons vers 9 heures, la journée d'hier ayant été difficile. Nous allons manifestement vers l'été, car dès le démarrage il fait très bon. Par contre, rapidement la piste devient très mauvaise, terriblement sablonneuse, ce qui est la pire chose pour les cyclistes. Nous assistons au travail d'un berger à cheval avec un lasso. A midi nous avons couvert à peine une vingtaine de kilomètres et pourtant nous avons forcé dur sur les pédales. Nous ne nous laissons pas démonter, et nous arrêtons à l'abri d'un buisson et faisons une pause déjeuner d'une heure. Nous constatons alors qu'une piste semble rejoindre la route goudronnée à l'est en quelques kilomètres au lieu des 20 de notre piste en sable. On se décide et nous traversons une petite rivière pour la rejoindre. Et miraculeusement notre calvaire prend fin après la traversée directement à travers une zone sans trace aucune. Une bonne piste roulante nous conduit rapidement à la route goudronnée. Comme cela est agréable de rouler sans résistance, mis à part un vent de face, mais pas trop puissant. Cette route droite qui se déroule vers l'infini nous donne presque le vertige. La Mongolie nous savions que c'était une immense plaine. Mais lorsqu'on y est, on prend vraiment conscience de cette démesure. Par exemple hier nous avons parcouru plus de 90 kilomètres entre deux villages. Imaginez que vous faites Lyon Valence sans voir personne.

Comme chaque fois que nous approchons d'un village nous le voyons surgir du sommet d'un minuscule monticule. Un trait multicolore apparaît, constitué de nombreux toits aux couleurs vives. Nous trouvons l'hôtel du village, correct, mais problème récurrent, impossible de prendre une douche. Cela commence à nous manquer sérieusement. On nous confectionne une soupe très bonne aux légumes et à la viande. On m'avait dit qu'en Mongolie il fallait s'attendre à mal manger dans ces coins reculés où nous mènent les pistes désertes que nous suivons à vélo. Je suis surpris assez agréablement en constatant que nous trouvons toujours des petites épiceries, même dans certains villages plusieurs, où nous avons accès à un choix d'aliments certes pas extrêmement varié, mais cependant de bonne qualité avec de bonnes quantités, en particulier en biscuits secs et différents pains, ainsi qu'un joli choix de saucisses. Ces dernières sont devenues l'élément de base de nos pique-niques du midi sur la piste. La consommation s'établit à d'une belle saucisse à deux par jour, ou une demie lorsqu'elle est vraiment grosse.

19ème étape Bayannuur 34 km

Cette nuit il a pas mal plu, et ce matin à 9 heures ça se calme juste. Le ciel reste chargé et le vent souffle. Nous ne sommes pas pressés car nous n'avons que 30 kilomètres à parcourir, de plus sur route goudronnée. Il nous reste à peu près 300 km pour rejoindre Oulan Bator, alors que nous avons encore une semaine. Nous avons donc tout notre temps. Ces derniers jours ce qu'il nous a le plus manqué, c'est la possibilité de nous laver. En effet, à part leurs minuscules éviers à siphon ou robinet, pas d'eau. Juste de quoi se passer un peu d'eau à certains endroits. De plus pas question de laver ses affaires. On comprend aisément pourquoi ces hôtels de villages du bout du monde ne sont pas fréquentés par les touristes occidentaux. Un Mongol me demande en anglais ce que je pense de l'accueil dans son pays et du comportement des gens. Bien entendu, par politesse je lui relate uniquement les expériences agréables et sympathiques que nous avons faites. Il sourit et me dit que ce n'est pas toujours comme cela. Alors je m'aventure à lui raconter nos contacts moins plaisants, comme ce gamin trop insistant nous dévisageant sans vergogne durant presque deux heures, ou la mauvaise invitation dans cette fameuse yourte de « l’enfer » où des femmes étaient agressives et particulièrement mal élevées, tout du moins pour nos critères d'hospitalité européens. Nous prenons donc la route tranquillement pour une courte étape de 30 kilomètres sur un bitume excellent, une route déserte et rectiligne jusqu'au désespoir. Nous nous arrêtons au bord d'un petit lac, sur lequel des oiseaux noirs et blancs s'agitent en tous sens au ras de l'eau. Un groupe de touristes venus en minibus assistent au même spectacle. Nous engageons la conversation, ils sont français, de la région parisienne, je dirais même plus, l'une des femmes est de la même ville et du même quartier que Yves, Antony. Nous arrivons rapidement à destination, et nous mettons en quête de trouver un logement. Ce que nous réalisons avec succès rapidement grâce à un homme à moto, à l'air plutôt inquiétant. L'endroit semble correct pour un prix très raisonnable. Alors l'homme à la moto revient et veut nous emmener ailleurs, alors que nous avons déjà accepté la chambre. Son attitude est gênante, car il est très insistant, d'autant qu'il nous fait son cinéma devant la propriétaire des lieux. Une fois installés nous voulons manger. Les toilettes La propriétaire nous indique un restaurant une centaine de mètres plus loin. Nous nous y rendons. Effectivement, il y a une salle déserte de clients, des boissons et une carte affichée. Nous demandons s'il est possible de manger. Il nous est répondu par l'affirmative, pensons-nous. Nous nous installons et les deux hommes présents ne s'occupent plus du tout de nous. Le premier s'assoit devant la télévision, le second continue de s'affairer dans la cuisine et puis s'en va par la porte de derrière. Nous assistons tout surpris à ce spectacle. Nous nous donnons cinq minutes pour voir comment évolue la situation. Le laps de temps écoulé, nous nous levons et disons au revoir à l'homme fixé devant sa télévision. Il nous sourit et nous partons. Bien souvent, nous avons du mal à comprendre l'attitude de ces gens. Mais peut-être faut-il se tourner vers la fameuse formule de Nicolas Bouvier et ne pas chercher à comprendre: On ne fait pas un voyage mais c'est le voyage qui nous fait. C'est à dire ne pas venir avec des idées établies et préconçues et des formats tout faits, mais laisser faire et regarder les choses. Donc après avoir quitté notre restaurant, nous nous mettons en quête d'une épicerie où nous faisons quelques emplettes, et revenons nous faire à manger. Comme d'habitude nous nous préparons un excellent repas: une petite bière en apéro avec des chips, puis deux œufs au plat et une belle platée de grosses pâtes à la viande que nous avons achetées congelées, puis un biscuit fourré nappé de chocolat et un café. Par contre dans ce pays, en dehors des lieux d'arrêt des touristes l'eau fait cruellement défaut. Cela fait maintenant quatre jours que nous ne nous sommes pratiquement pas lavés. Simplement ces minuscules petits réservoirs au-dessus d'un évier toujours lui aussi minuscule. Dans ces conditions il est particulièrement difficile de se laver, d'autant plus que généralement, cet unique point d'eau très spartiate se trouve dans le couloir où tout le monde passe. Certes il n'y a jamais grand monde, mais enfin. C'est la première fois au cours d'un voyage que je suis confronté à cette rareté de l'eau. Encore une expérience, très enrichissante sur les conditions de vie de par le monde, à prendre avec philosophie lorsqu'on y est soumis. Mais un renseignement anodin nous laisse alors envisager que dans ces villages perdus dans ces régions sans eau, il y a des douches publiques. Nous nous rendons dans un magasin d'alimentation et nous posons la question en ayant peur d'être un peu ridicules. Mais non, immédiatement la réaction de la commerçante est positive. Elle nous emmène deux rues plus loin dans un enclos où se trouvent deux yourtes et effectivement à côté un petit bâtiment de bain public. Pour 3000 T, ce qui fait moins de 1,5 euro à deux nous avons droit à une bonne douche bien chaude. Pour ne rien cacher la couleur de l'eau qui nous coule dessus devient vite noire, depuis 4 jours que nous évoluons sur des pistes poussiéreuses dans la chaleur et la sueur. Ce soir, une fois de plus nous nous faisons un repas gargantuesque arrosé d'un vin espagnol, je dis bien espagnol trouvé au fond de la Mongolie. Pas mauvais mais un peu doux pour des Français amateurs de rouge. D'ailleurs outre l'inscription en espagnol, il y a un petit commentaire en allemand, ce vin correspondant bien au goût de nos amis d'outre-Rhin. Le plat ce soir a une saveur particulière, car Yves nous sort du riz et une purée qu'il traîne dans son sac de montagne et dans sa remorque de vélo depuis au moins une dizaine d'années, plus probablement deux. Il pense qu'il n'est pas impossible que sa purée soit montée au sommet de la Grande Ruine dans le massif de l'Oisans et cela fait un bon nombre d'années, à vrai dire c'était dans les années 90. Mais si le goût est un peu passé, la consistance est bien présente et nous avons le ventre bien rempli.

20ème jour Lün 67 km

Nous avons passé un bon moment dans ce petit hôtel en bord de route. La femme qui le tient est vraiment sympathique est prévenante. Elle a mis à notre disposition une salle à manger, c'était le confort. Elle nous a même proposé de nous faire cuire une carpe. Mais nous n'avons pas accepté, car nous nous souvenons qu'il y a quatre jours on nous en a offert un morceau. Il était absolument immangeable, car il avait un goût de vase incroyablement puissant. Pour ne pas vexer notre hôte j'avais jeté le mien en le cachant dans un sac de chips vide. Yves n'a pas eu le temps, il avait enfourné tout le morceau. Départ vers 9 heures, vent de face et temps couvert. Mais très vite il s'améliore et le soleil perce. Cependant, le vent reste défavorable, heureusement il n'est pas trop puissant. Des automobilistes s'arrêtent et nous donnent une bouteille de sprite. Nous roulons dans un infini, la route est pratiquement droite. Impression étrange que de se déplacer à faible vitesse dans ces immensités. Le trafic est presque nul.

Nous faisons la pause casse-croûte après une longue montée. Bien à l'abri en bordure de route nous mangeons notre saucisse comme chaque midi depuis 20 jours. Il ne nous reste plus que 15 kilomètres pour atteindre Lün. Ils sont vite parcourus car en descente. Nous rejoignons une route principale juste avant le village, le trafic devient un peu plus important, mais reste modéré. Ne pas oublier que la Mongolie est le pays à la plus faible densité de population au monde. Nous trouvons un hôtel en bordure de route dans le village. Il est un peu beaucoup déglingue, mais le personnel est sympathique.

gâteaux que l'on trouve partout
LU Lucbertrand Globetrotter ·
21ème jour bivouac 62 km

Nous partons vers les 8 heures, tout d'abord par la route sur une courte distance puis nous bifurquons sur une piste à travers la steppe jusqu'au village de Bayanhangay. De là nous rejoignons la route après une trentaine de kilomètres. Nous la suivons encore trente km en une immense ligne droite. Alors que nous sommes arrêtés un motard arrive en sens inverse. Il s'arrête à son tour et vient nous parler. Il est allemand et cela fait six ans qu'il est en route. Il retourne en Allemagne et compte y être en novembre. Nous prenons une piste pour nous diriger vers le parc national de Hustai. Mais comme il est interdit d'y bivouaquer nous nous arrêtons un peu avant. Il n'est que 13h30. Le soleil frappe fort. Nous profitons des très rares arbres que nous rencontrons pour nous abriter. L'après-midi s'écoule dans ce petit coin caché de la piste entre lecture et petits sommes.

22ème jour bivouac 34 km

Aujourd'hui nous avons une étape courte. En effet, il ne nous reste plus une très grande distance pour rejoindre Ulan Bator et nous ne voulons pas y arriver avant le 9. Nous commençons par rejoindre l'entrée du parc et son immense camp de tourisme constitué d'une multitude de yourtes. Il y a un restaurant, nous y reconstituons nos réserves d'eau, nous buvons un café et de plus il y a des toilettes, nous n'en avions pas eu depuis 8 jours. Nous pouvons nous laver les mains correctement. C'est la première fois que je manque à ce point d'eau pour me laver ainsi que mes habits. Nous restons un bon moment.

Nous reprenons notre chemin à travers le parc. Il héberge en particulier des chevaux de Prewalski, ainsi que d'autres animaux. Nous en verrons deux. Vers midi nous cherchons un peu d'ombre pour pique-niquer. Juste au pied d'une minuscule déclivité creusée par l'eau nous trouvons de quoi nous mettre à l'ombre. Puis nous reprenons la piste en direction de la sortie opposée du parc. Il n'est pas très grand, 20 km. Nous ne croiserons pas grand monde et nous ne trouvons pas qu'il y a grande différence avec les 1400 kilomètres de steppe que nous avons déjà traversés. La seule différence, c'est que nous avons payé chacun l'équivalent de 7 euros pour le traverser. Nous rejoignons la rivière Tuul.

Il est temps pour aujourd'hui de trouver un point de chute. Il y a bien quelques bosquets, mais ils sont tous sur l'autre rive. En définitive nous optons pour une petite prairie au pied d'une déclivité en bordure de rivière, le long de l'un de ses bras. Juste en face de nous derrière le petit bras d'eau, quelques arbustes dans lesquels nichent des corbeaux. Ils ne sont pas contents de nous voir nous installer sur leur territoire et nous survolent en permanence en poussant des cris qui se veulent menaçants. Mais nous ne bougeons pas. Nous entendons les petits qui piaillent dans leur nid. Nous profitons de l'eau assez propre de la rivière pour nous laver et faire un peu de lessive. Mon t-shirt en 8 jours est devenu rigide de sel, j'ai l'impression de porter un vêtement en carton. L'eau nous a vraiment manqué. Dans le désert mongolien il y a des ossements animaux partout de même que des bouteilles de vodka vides. Heureusement nous n'avons pas vu de crânes humains ! La nuit tombe au-dessus de notre lieu de bivouac
MO Montagnard74 Globetrotter ·
Bonjour Luc

Sur sa page Facebook, VF met en avant régulièrement des carnets , dont le tien aujourd'hui. Et c'est certainement le contraste de ce que je pourrais vivre, aux antipodes de mes capacités, qui m'a dirigé vers ton récit .

Et j'ai deux mots : Respect et Admiration . Respect pour ton parcours, j'ai dévoré celui-ci (merci pour les photos dans le texte, c'est plus convivial !), et j'en ai repéré quelques uns sur ton profil que je vais mettre dans ma liste à lire ... Tant de magnifique voyages par ce moyen de locomotion forcent le respect ... Admiration pour le courage qu'il faut pour entreprendre ces voyages, chaque jour remonter sur sa selle .... Jamais de découragements ?

Mais quand je lis ce récit, que je vois ces magnifiques visages et la simplicité des contacts, certainement renforcée par le choix du vélo. Tu forces le respect et les gens doivent le sentir ....

Voir un pays, une région à l'allure d'un vélo .... Bien sûr ! J'envie ta manière de voyager, bien que je sache qu'elle est à mille lieux de ce que je pourrais faire .... Mais qui sait , un jour ...

Alors Merci pour ce récit, et tout les autres que je vais parcourir , merci pour ce partage, j'attends avec hâte la suite .... Amitiés Bruno
"Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux." Marcel Proust
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonsoir Bruno, merci pour ton long mot, mais Respect et Admiration c'est un peu beaucoup😏 Si je voyage de cette manière c'est que j'en ai envie, donc c'est du plaisir. Respect et admiration c'est pour le gendarme de haute montagne qui prend des risques bien réels pour sa propre vie afin de sauver celle des autres, ou alors le pompier qui entre dans une maison en feu pour s'assurer qu'il n'y a personne. Comme dans beaucoup d'autres activités dans la vie le plus dur c'est le premier pas, après ça roule. J'ai vu dans l'un de tes carnets que tu étais allé au Sud Lipez. Quand on le traverse en 4X4 on n'imagine pas faire cette traversée à vélo. Mais le corps s'adapte incroyablement, en étant dehors très vite notre organisme réagit et on ne sent plus le froid ou la chaleur de la même manière, et avec un matériel adapté on se sent en confiance et c'est le côté le plus important le psychologique. Et on finit par s'y trouver bien à pousser son vélo entre 4 et 5000 mètres d'altitude dans les scories volcaniques le vent en furie permanente et à dormir dehors par -15. Très rapidement en pratiquant le voyage à vélo on découvre le potentiel son corps. Réellement je pense que c'est à la portée de tout le monde. Une preuve, hors mes voyages je ne fais pratiquement jamais de vélo. Quand je pars je reste à l'écoute de mon corps. Si je suis fatigué généralement je n'insiste pas et je m'arrête. En très peu de temps là encore le corps s'adapte et est capable de pédaler du lever du jour à la tombée de la nuit si besoin. Je me souviens de cette histoire que j'ai lue dans une revue, carnets d'aventure me semble-t-il: une jeune institutrice pas spécialement sportive prend une année sabbatique pour effectuer un tour du monde à vélo. Lorsqu'elle annonce à ses élèves qu'elle va quitter l'école pour un an, un des élèves lui dit: mais maîtresse vous ne faites jamais de sport vous n'allez pas y arriver. Durant cette année de vélo tout s'est passé superbement malgré un gros coup dur en Amérique du Sud juste avant de partir pour la Chine. On lui a tout volé vélo et bagages. Elle ne s'est pas démontée, a pris son avion, arrivée en Chine elle a acheté un nouveau vélo et a continué. J'ai souvent cette histoire en tête. Je mets ce soir ou demain matin la suite et la fin de mon voyage en Mongolie, encore deux petites étapes et une arrivée à Ulan Bator sous des trombes d'eau le dernier jour Bonne soirée Luc
LU Lucbertrand Globetrotter ·
23ème étape hôtel à 30 km d'Ulan Bator 66 km

Je suis réveillé par un concert de chants d'oiseaux. Les bosquets en face de nous sont en fait peuplés d'une multitude d'espèces, qui au lever du jour rivalisent de vocalises. J'en profite pour admirer un lever de soleil sur cette frontière du désert de Gobi. Le ciel est couleur feu, zébré de grandes traces noires. Le rouge et le noir ne s’épousent-ils pas ? Prélude probable de mauvais temps. Notre boucle est presque achevée. A une quinzaine de kilomètres de l'autre côté de la rivière nous distinguons le village de Altanbulag, où nous avions passé notre première nuit il y a maintenant plus de trois semaines. Trois semaines déjà, et pourtant j’ai l’impression que nous y étions hier. Tant d’images se sont incrustées en nous, tant de sensations ont marqué notre cerveau, notre peau et nos muscles. Dans des expériences de ce type à vélo, le temps semble gagner en densité, ce qui ne l’empêche pas de s’écouler en apparence beaucoup plus vite que dans la « vie ordinaire ». Effectivement comme nous l’avons senti, Le temps se couvre et devient plus froid, il pleut même un peu. Nous traversons d'immenses steppes avec un vent adverse. Parfois cela devient pénible. Mais nous nous imprégnons de ces panoramas car nous savons que la fin approche. Nous butons sur un camp militaire et notre chemin est interdit. Un soldat pistolet-mitrailleur en mains nous fait comprendre de façon très explicite de nous éloigner. Nous faisons un détour en arc-de-cercle et reprenons notre piste. La fin arrive brutalement, un pont et la route goudronnée qui nous mènera à Ulan Bator. Nous nous sentons un peu tristes de quitter définitivement cette piste qui nous a tant apporté en plaisir, en surprises dans son immensité vide et en efforts. Encore un beau projet qui se réalise et un rêve qui s'évapore en devenant réalité. Un superbe hôtel au milieu de nulle part. Nous nous laissons faire. Nous terminons notre voyage par un repas copieux et bien arrosé. Nous buvons un vin blanc français du Languedoc, un peu madérisé. Nous mettons des gros glaçons dans nos verres, ce qui serait un sacrilège sur la terre de France, mais ici c'est très bon après 23 jours de pistes mongoles.

24ème et dernière étape Ulan Bator 30 derniers kilomètres

Nous quittons notre hôtel vers les 10 heures. Il ne fait pas beau du tout, la pluie est assez forte par moments. Il fait froid. Plus nous approchons de la capitale, plus le trafic est dense. Heureusement, nous roulons sur des pistes cyclables et sur des terre-pleins un peu au-dessus de la chaussée. De grandes flaques apparaissent de toutes parts, et de temps à autre les véhicules nous envoient de grandes giclées. Devant moi je vois Yves recevoir une véritable vague provoquée par un camion. L'arrivée en ville est cauchemardesque, pluie, boue, chaussée inondée, vent et froid. En plus à 7 kilomètres de notre but, je crève pour la première fois en 40 000 kilomètres. Bien entendu c'est dans un endroit absolument horrible, au milieu de travaux dans un trafic très dense. On répare vite. La crevaison a été due à un minuscule morceau de câble métallique. Yves est très bon, il a immédiatement localisé le trou et enlevé du pneu l'épine métallique. Vers 14 heures nous sommes au centre-ville. Il nous faut demander dans trois guest houses pour trouver une chambre, pas mal de tourisme dans la capitale. Nous allons profiter des trois jours à venir pour visiter et faire quelques achats. Nous acquerrons de magnifiques peintures sur tissu représentant des hommes en armes dans des scènes de chasse ou de combat.

MA Maranto Regular ·
Super récit, merci pour le partage ! Tenter le voyage a vélo, nous dirait bien.... vous avez mené les vôtres, ça veut dire qu on ne peut rien louer de valable sur place? Tu parles souvent du désert d Atacama , nous y allons en octobre, tu as un récit sur ce sujet également?
Marion, www.ur-dv.com

Similar discussions

You might also like