Notre itinéraire trait vert, semble minuscule cependant 1500 km, la Mongolie est immense
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La Mongolie est un pays qui fait rêver, tout particulièrement les amateurs de chevaux, qu’ils aient lu ou non Kessel, les cyclistes, les pêcheurs et aussi tous les voyageurs épris de grands espaces. Immense steppe, trois fois la dimension de la France, pratiquement déserte, trois millions d’habitants, dont un million à Ulan Bator. Une gigantesque prairie presque vide sur une superficie équivalente à l’Europe, de Gibraltar à Berlin. Voilà les réflexions qui viennent à l’esprit d’un cycliste au long cours qui envisage de poser ses roues dans ces contrées d’Asie centrale.Avec Yves nous décidons de nous lancer dans cette aventure et planifions d’effectuer une boucle de 1500 kilomètres à partir de la capitale. Nous prévoyons de rester un mois sur place. Le départ est prévu mi-mai, un peu tôt en saison, le climat étant très rigoureux dans ce pays de régime continental, sans tempérance, été comme hiver entre chaleur et froid.
Comme toujours avec des vélos emballés la traversée de Paris est un exercice fatigant et pas très agréable. Le stress du fait d’un problème, toujours possible de dernier moment lors de l’embarquement, entraînant un refus de chargement. Heureusement tout va se passer pour le mieux, il suffit de payer 50 euros par monture.
Après un transfert à Moscou et une nuit extrêmement courte, 6 heures de vol jusqu’à Ulan Bator exactement à l’inverse de la course du soleil, notre avion d’Aeroflot est en approche de la piste. Nous découvrons enfin ces immenses steppes que nous allons parcourir. Nous sommes frappés au premier coup d’œil par le manque de couleurs. La végétation en cette mi-mai n’a pas encore verdi, sable et herbe roussie toujours sous l’emprise des grandes froidures hivernales, manifestement la montée de sève n’a pas commencé. Les teintes sont mornes, voire tristes. Je ne peux m’empêcher de comparer avec le désert de l‘Atacama, où toujours les contrastes de tons vifs donnent une impression d’irréalité. Cette uniformité de marron sur marron aux coloris fades qui défile sous notre hublot n’est pas à l’avantage du panorama que je contemple avec curiosité.
Comme prévu nous sommes attendus par Bildjet, information que nous avons eue par un membre de VF. Le transport jusqu’à notre destination de départ sur une distance d’une trentaine de kilomètres nous permet de confirmer notre première impression, la saison chaude n’est pas encore arrivée, et le printemps en est à ses prémisses.
Nous arrivons dans un quartier périphérique où les immenses buildings se côtoient au touche-touche. Que ces cités, aux dimensions inhumaines en expansion anarchique, dégagent une tristesse angoissante, due d’une part à cet envahissement de béton et d’autre part à cette mondialisation uniforme des villes. Le rêve de ce bout du monde nous rappelant Genjis Khan et ses hordes de guerriers cavaliers, qui étaient partis à l’assaut du monde, s’écroule. J’ai un peu l’impression de revivre mon enfance me rappelant les barres des Minguettes à Vénissieux dans le sud de Lyon, mais version titanesque.

Heureusement, nos hôtes sont très avenants et se mettent en quatre afin de nous permettre de nous installer au mieux dans l‘appartement qu’ils nous fournissent pour la modique somme de 6 euros chacun par jour. Deux jeunes Françaises nous ont précédés et se préparent pour un raid en 4X4 de 15 jours.
Comme toujours, à l’arrivée d’un voyage en avion le moment fatidique tant craint arrive : quel est l’état des vélos, notre projet peut-il être compromis ? Pour Yves tout se passe au mieux, quant à moi catastrophe ! La fourche de mon vélo est doublement tordue, elle a été enfoncée de vingt degrés longitudinalement et de dix degrés latéralement. Ma première pensée, que vais-je faire un mois sans mon vélo ? Pas de panique, allons prendre un café et réfléchissons. Tout va rentrer à peu près dans l’ordre. Biljdet notre hôte revient avec un démonte-pneu de camion et d’un coup franc et bien ajusté remet les bras de fourche dans l’axe. J’arrive à remonter ma roue et redescends mon vélo des quatre étages dans une cage d’escalier étroite et effectue un essai.

Ça embarque franchement à gauche, le vélo est à peine pilotable. Démontage et avec Yves nous tirons par tâtonnements successifs sur la ferraille en affinant par touches le travail de remise en place. Après plusieurs essais le vélo devient de plus en plus stable. Je finis par pouvoir lâcher le guidon. Le moral remonte en flèche, notre périple va pouvoir commencer. Certes l’un des bras de fourche est marqué par une amorce de grosse fissure verticale, mais sur un mois j’ai bon espoir que cela tienne. Je ne savais pas qu’une fourche métallique pouvait se « malaxer » à la manière d’une pâte à modeler un peu dure !
Nos problèmes techniques réglés nous nous installons, puis décidons de partir à la découverte du centre-ville. L’épouse de notre hôte nous propose de nous conduire en voiture avec les deux jeunes Françaises sur la place principale, mais nous préférons y aller par nos propres moyens. Ce sera à pied, car il nous est déconseillé formellement de prendre nos vélos. Par une marche d’une demi-heure au milieu d’une forêt de grands buildings un peu déglingues nous arrivons dans le cœur de la cité. Nous repérons immédiatement le magasin qui nous a été indiqué pour acheter des cartouches de gaz.
Le centre-ville me fait un peu penser au Tirana d’il y a une quinzaine d’années. L’impression est étonnante, un mélange de monuments à l’allure un peu soviétique côtoyant d’autres à l’architecture d’avant-garde.

De tous côtés au-delà des constructions le regard porte sur des collines pelées, ce qui rappelle que cette capitale est en lisière du désert de Gobi. Quelles sont les immensités désolées qui se cachent derrière ces premiers reliefs. Cela aiguise notre curiosité et notre envie de partir au plus vite. Mais l’expérience nous a appris qu’il est préférable de prendre son temps et de compenser le décalage horaire en passant deux nuits sur place.
1er jour jour Ulan Bator à Altanbulag 59km
Le 17 mai, enfin le départ, nous descendons notre matériel au bas de l’immeuble. Le gardien intrigué nous interroge sur notre itinéraire. Nous lui montrons sur notre carte ce que nous espérons parcourir. Il s’étonne et rigole, peut-être n’est-il pas sorti de son immeuble depuis l’époque où comme beaucoup de ses compatriotes poussés par la misère il a quitté ses steppes à la recherche d’un emploi en ville.


En ce lundi matin, nous quittons sans trop de difficultés Ulan Bator, bien que la circulation soit plus dense que celle du weekend. En périphérie nous passons des zones un peu bouleversées par les bulldozers, la ville s’agrandissant à grande vitesse. Nous longeons une vieille centrale électrique en fonctionnement, on est vraiment plongé dans la technologie de la première moitié du siècle dernier. L’aéroport est sur notre route, tout autour des groupes d’édifices d’habitation d’une vingtaine d’étages serrés de manière compacte, se sont constitués de façon dispersée et en apparence aléatoire. Mais d’ici une dizaine d’années, il est fort à parier que l’aéroport sera complètement enclavé dans la ville.

Plus nous avançons plus la steppe devient présente et moins nous dépassons des groupes de grands immeubles. La route toujours goudronnée est de moins en moins passante. Nos craintes, suite aux mises en garde qui nous avaient été prodiguées au sujet de la conduite folle des conducteurs bourrés, se sont envolées, ce n’est pas pire qu’en France, d’ailleurs les voitures nous frôleraient peut-être moins.
Nous attaquons les premières côtes, la vue s’étend, les immenses prairies encore endormies se dévoilent toujours plus. Des villages composés de maisons multicolores ponctuent de loin en loin la plaine en direction d’Ulan Bator. Les grandes cheminées qui dégagent des fumées épaisses se fondent lentement dans le lointain, et se font absorber définitivement après quelques grosses bosses franchies.

Une fois quittées les villes qui de plus en plus ont un côté uniforme du fait de la mondialisation, les pays ont gardé leur spécificité et la Mongolie ne ressemble à rien de ce que je connais. Je sens que nous allons faire un voyage, mais comme dit Nicolas Bouvier : On ne fait pas un voyage c’est le voyage qui vous fait et vous défait. Et effectivement, il va peut-être me défaire, car à travers ces immenses espaces je ressens une forme de tristesse sans doute due à l’absence de couleurs marquées. Cette steppe est uniformément marron, la sève n’étant pas encore montée dans les milliards de brins d’herbe, ce qui lui donnera son aspect riant comme les prospectus nous la montrent. Mais pour le moment le sable donne sa teinte atténuée au travers de cette herbe en devenir.
Puis le goudron s’arrête et la piste commence, et avec elle l’aventure semble toujours plus prometteuse, comme si nous nous éloignions de la civilisation pour plonger dans un monde plus authentique. Mais tout cela n’est peut-être que subjectif. La circulation a quasiment disparu, devant nous l’immensité du désert de Gobi. Nous allons en arpenter les lisières nord sur 700 kilomètres dans la première partie de notre périple.
Au sommet d’un tertre nous effectuons notre première pause le temps du repas de midi, rite qui se renouvellera chaque jour durant un mois. A nos pieds coule une rivière, pas très propre. Elle est le seul élément qui retient le regard en dehors du sable qui nous cerne. Nous croisons nos premiers troupeaux, moutons, chèvres, vaches et aussi quelques chevaux, ces derniers jamais très nombreux. Au cours des 24 jours de ce tour de 1500 kilomètres, les hommes seront peu nombreux, les animaux par contre nous accompagneront en permanence. Bien que l’herbe soit très maigre et rare, ils se portent bien et ont belle allure, bien en chair et pelage luisant.


Le GPS et la trace nous sont un réel secours, car dans ces immensités sans repères parfois il est presque impossible de choisir une piste plutôt qu’une autre. Il fait chaud, et nos organismes ne sont pas encore habitués à l’effort prolongé, et de plus le décalage horaire n’est pas totalement assimilé. Au sommet d’une bosse le village d’Altanbulag apparaît d’un coup. Qu’il nous semble étrange, des groupes de maisons serrées les unes contre les autres, entourés de palissades de planches, forment des taches de couleur sur la prairie. Un ensemble de bâtiments sans palissade matérialise le cœur du bourg, avec la banque, l’épicerie et les centres administratifs.

Nous nous arrêtons devant l’épicerie, et la fatigue nous saisit sans prévenir. Nous pénétrons dans ce commerce et avec plaisir nous constatons qu’il est bien achalandé, fruits, gâteaux, saucisses, pâtes et riz, eau, soda, bière et même vin. Je me souviens de certains pays comme la Bolivie ou le Laos aux épiceries presque vides. De plus, comme partout sur notre planète la bière présente, en canette d’un demi-litre, est le meilleur des remontants pour désaltérer après un effort prolongé. On en boit toujours avec plaisir, cela change de l’eau souvent chauffée par le soleil que nous transportons sur nos porte-bagages. Le courage nous manque ainsi que l’envie de reprendre la piste.
Nous demandons s’il est possible d’être hébergés pour la nuit. Sans problème, quelques chambres spacieuses au confort spartiate sont disponibles. En plus, raffinement suprême il nous sera possible de prendre une douche chaude, ce qui ne sera pas souvent le cas par la suite. Le prix nécessitera d’âpres négociations par gestes. Cependant la base de discussion sera toujours clairement affichée, car l’épicière détient une petite calculette. Au gré des mimiques les chiffres défilent et nous finissons par tomber d’accord sur une somme correspondant à quelques euros pour chacun. Nous sommes au bout du monde, mais tous les adolescents ont leur IPad.
La barrière de la langue est bien réelle, mais surprise, une jeune fille me tend son IPad pour que j’y inscrive des mots anglais qu’elle convertit en mongol. Puis, elle appelle par téléphone la professeure d’anglais. Une jeune femme très occidentalisée nous rejoint rapidement. Alors nous pouvons tenir une conversation approfondie et très intéressante. Elle nous apprend que ce village comprend une population de deux mille âmes. Elle nous fait comprendre que son métier n’est pas facile, elle se sent isolée loin des joies et des plaisirs de la ville. La situation devenant particulièrement pénible l’hiver avec des températures terriblement basses et une gangue de neige qui s’installe pour de longs mois.
Une fois installés, nous partons à la découverte de cet étrange village constitué d’îlots retranchés derrière leurs barrières de planches. Des enfants viennent à notre rencontre et essayent de communiquer sans grand succès. Le soir tombe sur ce paysage qui s’étend jusqu’à l’infini sans trop de points caractéristiques. Le dépaysement est total.




Puis, nous rejoignons notre chambre et nous confectionnons notre repas, somme toute copieux, car tout ce que nous avons acheté est gros, saucisses ou gâteaux sablés. Les restaurants dans ces villages mongols il n’y en a pas, contrairement à d’autres pays loin de tout, où il a toujours moyen de trouver une autochtone qui propose une soupe ou une platée de riz.


De loin en loin les yourtes blanches piquettent l’immensité de la plaine. Une rivière sur notre droite, plus ou moins proche en fonction des caprices de la piste et des méandres de l’eau, nous indique la direction. Cependant, il nous arrive de nous tromper en passant des multitudes de croisements de pistes, ce qui nous conduit à quelques détours.
Les animaux sont toujours présents, quelques groupes de chevaux passent au galop. Que ces animaux sont esthétiques dans leur course ! Surtout sans cavalier, on observe avec délice toute la légèreté de leur mouvement rapide. Un paysage immense, où tout se ressemble, défile au ralenti à la vitesse de nos roues. Nous ne trouvons pas cette immersion, dans un monde uniforme, où les repères manquent, ennuyeuse. Tout d’abord la vigilance liée à l’autonomie nous accapare et maintient tous nos sens en éveil, puis la curiosité nous envahit, confrontés que nous sommes à un monde si diff��rent du nôtre.
De toutes parts nous entoure l’espace gigantesque de la steppe, borné à des distances incertaines à évaluer par des reliefs, dont nous ne pouvons estimer la hauteur. Notre carte au 2/1000 000 ème ne nous est pas d’un grand secours dans nos supputations. Cette incertitude en tout, c’est justement ce que nous sommes venus chercher.
Très peu d’êtres humains, mais cependant ils sont très surpris par deux cyclistes improbables loin des axes habituels du tourisme, et ils arrivent de loin pour nous interpeller et nous observer ainsi que nos montures. Tout les intrigue, en particulier le fanion breton qu’Yves arbore au sommet d’un petit mât métallique sur sa remorque. Ils font systématiquement la remarque en voyant le drapeau mongol placé plus bas, et indiquent par gestes en riant qu’il faut en inverser l’ordre.
A midi, nous nous nous arrêtons pour manger, ce sera spartiate, une boîte de jambon et une demi-pomme.
Le vent se met de la partie, la bâche que nous tendons se gonfle comme un parachute au gré des rafales. En repartant nous l’avons de face, ce qui selon le cas peut être un terrible handicap. Je me souviens de moyennes de 5 km/h durant des heures sur terrain plat dans de telles conditions adverses.
Aujourd’hui, heureusement après quelques kilomètres il change de direction, et nous l’avons trois quarts arrière. Notre traversée de cet infini sans jalon se poursuit jusque vers 5 heures du soir et quelques 75 kilomètres parcourus, un peu plus de la moitié de la distance qui nous sépare de Buren. L’endroit où nous nous arrêtons pour bivouaquer est un morceau de prairie absolument plat en bordure d’un bras d’eau. Sensation étrange, se poser au milieu de nulle part avec cet infini qui nous engloutit. La soirée se passe paisiblement dans une ambiance clémente, sans froid ni vent.





La Mongolie est un pays où les changements météorologiques sont très brutaux, nous avait-on prévenus. Nous nous en rendons compte au-delà de ce que nous soupçonnions. Très vite en luttant contre ce vent défavorable les muscles s’échauffent et cependant l’impression générale de froid subsiste malgré la veste le bonnet et les gants. L’ambiance devient de plus en plus hostile.
Par âme qui vive de la matinée. Va-t-on avoir une tempête comme parfois il en survient dans ces contrées. J’ai lu des récits où subitement on est pris dans un nuage de poussière et toute visibilité est anéantie. J’essaie d’imaginer le temps nécessaire pour monter la tente en quatrième vitesse avant d’être englouti. Mais non, nous passerons à travers. Le voyage à vélo permet seul cette sensation d’engagement loin de tout dans ces immensités en lisère du désert de Gobi.
Devant nous une chaîne de montages se dessine, nous visualisons le chemin qui la franchit par un col. Pas loin du point haut, un serpent mort s’étale de tout son long.
Nous franchissons la crête et à nouveau l���immensité sans relief déploie son absence de repères.
Nous commençons à avoir faim, mais pas un mur, pas un arbre, pas un rocher pour s’abriter de ce vent glacial en furie qui nous agresse, donc on roule. Soudain, sur le bord de la piste un trou. Nous nous y couchons tous les deux, partiellement abrités, et sortons nos victuailles. Très vite je suis pris de grelottements violents car l’air glacé me transperce. Dans cette bourrasque je retourne à mon vélo et cherche ma doudoune miracle, et effectivement cela va mieux.
Nous avons l’impression de nous situer en dehors du temps, l’expérience est tellement inhabituelle. L’hiver vient juste de se terminer dans cette Asie centrale. Les prairies sont encore endormies ou presque. La tonalité générale est le gris, sable, rocher et le ciel semble évoluer vers une teinte noire lourde de menaces. Une impression de tristesse oppressante me submerge, dans cette immensité ou tout être humain semble avoir disparu. L’ambiance me fait penser au livre « la route » de Cormac McCarthy. Après une terrible catastrophe, dont on a aucune idée de l’origine, qui a détruit pratiquement toute la population de le Terre, un père et son fils se retrouvent sur la route à pousser un caddy de supermarché dans un paysage où tout a été détruit. La couleur ambiante est le gris, la végétation a disparu ainsi que les animaux. Les seuls êtres humains qui errent, essaient de se dévorer les uns les autres. Voilà ce qu’évoque pour moi ce paysage de Mongolie sous ce ciel très menaçant, sous les assauts d’un vent glacial. Un peu avant notre arrêt nous avons vu des loups blancs de belle taille qui arpentaient à vive allure les collines environnantes. Ils étaient d’autant plus remarquables dans leur livrée blanche au milieu de ce décor à la lumière crépusculaire
Notre repas rapidement englouti dans notre trou, nous repartons. Nous avons effectué 35 kilomètres ce matin, il nous en reste 38 si nous voulons atteindre Buren ce soir. Si les conditions ne se modifient pas, il faut s’attendre à devoir bivouaquer. Nous ne devons pas oublier que nous sommes en train de nous enfoncer dans le désert de Gobi, à vélo ce n’est pas réputé être facile. Mais le moral reste bon, nous sachant capables aux aléas climatologiques.
Mais comme par enchantement la piste va s’améliorer, la tendance générale de la piste s’inverser à la descente, et par-dessus le marché, le vent change de direction et nous pousse. Notre moyenne s’en trouve considérablement améliorée et rapidement nous ne doutons plus de pouvoir atteindre le village avant la nuit. Chose incroyable, nous allons croiser un panier à salade avec 6 policiers. Ils sont aussi surpris que nous et s’arrêtent pour s’informer de notre présence en ce lieu loin de tout par ce temps. Ils ne montrent aucune agressivité, malheureusement la barrière de la langue ne permettra pas de nous comprendre. Nous nous exprimons les uns et les autres par des sourires et reprenons notre route.
Le village apparaît à une dizaine de kilomètres en bordure d’un immense lac salé.
Un véhicule passe et s’arrête. Le conducteur se montre très curieux de nos montures et des différents appareils, GPS, compteur, Gopro. Ce qui le fait le plus rigoler, ce qui se répétera tout au long du mois, c’est la remorque d’Yves. Et outre cet amusement systématique, comme Yves arbore un drapeau breton sous lequel il a mis un drapeau mongol, à chaque fois nous n’y couperons pas, les Mongols nous demandent de mettre le drapeau de leur pays au-dessus de celui de la Bretagne. Déjà que nous avons beaucoup de mal à nous comprendre, comment leur faire réaliser ce que représente ce drapeau ? Car effectivement cela les intrigue.
Le village approche, comme il nous semble étrange perdu en contre-bas dans cette immensité.

Depuis trois jours que nous sommes en route, le dépaysement est total. De plus depuis que nous avons quitté Ulan Bator nous n‘avons pas vu un occidental. Les premiers nous les découvrirons après deux semaines, alors que nous descendrons dans une guest-house aux standards occidentaux, dont nous avons trouvé l’adresse dans un guide. Depuis notre départ et durant la première semaine, la région que nous traversons est totalement ignorée de toute publicité touristique. Sans doute ceci explique cela.
Avant le départ, un petit coup de pompe dans les chambres à air. Yves arrache sa valve avant. Je lui fournis celle que je garde en rechange, mais c’est la seule en secours que nous possédons à deux, erreur évidente de préparation. Un détail de ce type, anodin en apparence, a vite fait de compromettre un voyage dans des contrées loin de tout.
Notre premier souci en retrouver une. Nous nous mettons donc en quête d’un éventuel magasin afin de trouver cet objet convoité. Dans ce village vide à 7 heures du matin, je n’y crois pas trop. Lentement, nous remontons la rue principale. Tout est fermé et toutes les maisons se ressemblent. Nous ne sommes même pas capables de discerner une maison d’habitation d’un magasin, alors trouver une échoppe qui nous vendrait l’élément que nous cherchons, c’est la quadrature du cercle, pensons-nous.


Le mot sens et puis le mot bonheur me viennent à l’esprit. En écrivant ce texte me remémorant ce mois en Mongolie, je pense au livre de Reinhold Messner « le Sur-Vivant ». Il y crie tout son rejet d’un certain monde, même si certains l’accusent d’en être un pur produit. Je ne me permettrais pas de juger ce grand alpiniste, sans doute le plus grand par l’engagement extrême dont il a été le précurseur. Il m’a servi d’étoile polaire dans ma carrière de montagnard. Certaines de ses phrases me semblent tout à fait adaptées à l’expérience que nous vivons, même si bien évidemment mon extrême est très loin du sien. Voilà quelques-unes des pensées qu’il couche sur le papier : « On est obligé de faire un retour sur soi-même quand on vit longtemps isolé au cœur du monde sauvage. Rester fidèle à sa nature c’est créer du sens. En s’extrayant d’une existence soumise aux normes, on est obligé de s’assumer ou de partager la responsabilité avec des compagnons ».
Dans le voyage à vélo, le ou les compagnons sont un des éléments fondamentaux. Très vite, il faut trouver un compromis afin que nos esprits vibrent à l’unisson et que nos volontés et nos forces s’associent et s’amplifient permettant à l’impossible de se concrétiser en réalité. La plus extraordinaire expérience que j’ai vécue, fut une traversée de 40 jours d’un désert, durée similaire à celle durant laquelle Jésus se retira dans le désert du Sinaï, je crois.
Alors Jésus fut emmené par l’Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Luc 4 : 1 et 2
Pour ma part c’était le désert de l’Atacama qui s’étend sur quatre pays, accompagné par une jeune professeure de sport de Martigny, à la joie de vivre immense et au moral plus que d’acier. Malgré les difficultés de ce que nous avons vécu, abandonnés à nos seules forces musculaires dans ce désert de haute altitude, je l’ai toujours entendue crier sa force de vie dans la tempête, d’autant plus fort que la tourmente s’amplifiait et que la piste devenait épouvantable de pulvérulence volcanique, « c’est top c’est cool ». Je me demande encore où se situaient les limites physiques et psychiques de Flora. Tout au long des 1500 kilomètres de piste sur un trajet de près de 2500, nous nous y étions sentis tellement à notre place en harmonie avec la rudesse extrême de la nature sauvage, que c’est avec tristesse que nous en avons vu la fin, alors que l’on nous avait prédit ce point final comme une délivrance. Le voyage en autonomie c’est surtout cela, ces émotions et cette synergie avec vos compagnons de route, qui vous tombent dessus et vous marquent pour la vie.
Flora dans l'Atacama au fond le Chili

Nous marquons la pause de midi sur un mamelon au large panorama, bien abrités par un rocher. Nous dégustons notre saucisse de gros calibre et nos gâteaux comme chaque jour. Nous ne nous en lasserons pas tout au long de ce mois. L’atmosphère est douce, mais il suffirait d’un rien pour que le froid et le vent reprennent le contrôle.
Il nous reste 18 kilomètres pour rejoindre notre but du jour. Subitement, au détour d’un mouvement de terrain le village nous saute à la figure, blotti dans une petite dépression. Une petite descente nous y conduit. Nous nous y engageons, nous laissant entraîner par la pente. Un cavalier au galop sur le talus nous rattrape et nous dépasse sans ralentir son rythme. Ayant pris un peu d’avance, il s’arrête et affichant sa fierté nous attend.
Notre entrée dans le village s’effectue dans une nuée d’enfants tout excités. Ils nous accompagnent. Nous nous adressons à un villageois près du centre. Eureka, il parle couramment allemand, ayant vécu 4 ans à Berlin. Donc sans difficulté nous obtenons les informations nécessaires pour dénicher un hébergement. On nous fournit une clef et nous investissons notre chambre, suivis de très près par la bande d’enfants. Ils y entrent de bon cœur avec nous. Une fois à l’intérieur nous nous regardons tous. Que faire avec tous ces enfants, nous qui n’avons qu’une envie nous changer et prendre une douche, luxe qui nous sera encore une fois accordé. Ils finissent par réaliser que nous désirons être seuls et se retirent un peu à contre cœur. Tous les jours depuis notre départ nous sommes l’attraction en particulier des plus jeunes qui nous bombardent de questions auxquelles nous ne comprenons rien, à part le rituel et perpétuel : what’s your name ? Seule phrase qu’ils sont capables de prononcer en anglais.
Un peu plus tard, un homme sans s’annoncer, en ouvrant brusquement la porte, entre à son tour dans notre chambre. Avec une démarche mal assurée il la traverse et vient s’asseoir sur l’un des lits et tente d’engager la conversation. Mais nous n’avons aucune langue commune. De plus son état sous l’emprise de la vodka semble lui obérer passablement le niveau de conscience. Il finit par réaliser que tout dialogue reste impossible. Il doit aussi constater, je pense, dans son brouillard alcoolique que son intrusion ne nous fait pas particulièrement plaisir, il se lève donc et de la même démarche mal assurée il sort. Nous nous regardons et éclatons de rire en essayant de ne pas faire de bruit. Il est vrai que l’alcoolisme est un grand mal dans le pays. D’ailleurs, tout au long du parcours les bouteilles vides isolées ponctuent la piste de façon assez régulière. Cependant j’en ai vu un tas, et j’ai pris le temps de les compter, 30 !
Ce soir nous faisons un repas agréable, digne d’un grand chef, une boîte de singe que l’on fait revenir avec un gros oignon.
Il n’y a personne, cependant nous sommes vus de loin dans cette plaine aux courbes arrondies et nous avons quelques visiteurs toujours aussi curieux de ces étrangers qui se déplacent à vélo avec tout un tas de bagages.



Une fois au centre du village des ouvriers en plein travail nous font comprendre qu’il n’y a pas de logement disponible, car l’hôtel est fermé. Alors un 4X4 s’arrête et le chauffeur nous demande de le suivre. Il nous emmène dans un de ces fameux enclos où les habitations s’entassent. Il se dirige vers une yourte. De toute évidence elle sert de débarras pour le matériel d’élevage et de traite. Notre hôte s’active et rapidement met de l’ordre et nous offre l’hospitalité pour la nuit. Nos nariness’habituent rapidement à la très forte odeur de vache qui y règne. Il nous apporte aussi une bouteille de vodka, que nous toucherons à peine. Il refuse tout paiement, nous lui offrons donc notre paquet de 500 grammes de dattes acheté dans les Vosges avant le départ. Il a l’air tout content du cadeau et se dépêche de l’apporter à son épouse.


De retour à notre yourte, le berger entre avec nous, s’assoit et nous regarde très intéressé sortir notre réchaud et préparer notre repas. Il a l’air véritablement intrigué. Je me demande s’il désire manger avec nous. Une fois notre platée de pâtes prête, je lui en propose une portion, il refuse. Considérant qu’il a vu ce qu’il voulait voir, il se lève nous salue et part. Les us et coutumes dans ces contrées aux lisières du désert de Gobi sont très éloignés des nôtres.


Nous nous arrachons au lieu et à son sortilège et mettons le cap à l’ouest. Dans cette atmosphère hostile, cependant un point très favorable, le vent nous pousse. Nous allons rouler dans ce décor sombre plusieurs heures, où l’homme semble avoir disparu. Puis subitement nous allons faire la plus extraordinaire des rencontres. Un homme de grande taille à la figure burinée accompagné de sa jeune fille de 5 ou 6 ans. Tous deux sont à cheval, ils ont fière allure. Ils descendent d’une colline à notre rencontre. Nous ne voyons ni bâtiment ni yourte, où peuvent-ils bien loger ? de toute évidence ils s’occupent du troupeau disséminé dans les environs. Que cet homme a un regard bon chargé de bienveillance, avec son immense sourire un peu triste, marqué probablement par les rigueurs du désert de Gobi. Les paroles sont superflues, il suffit de se regarder pour que nos esprits rentrent en communion en ce lieu aride battu par le vent. Nous sommes littéralement envoûtés par la force et la fierté qui se dégagent de ces deux cavaliers, l’homme immense et la toute petite fille. Cette dernière a une maîtrise absolue de sa monture qui doit peser 15 fois son poids. Nous demandons la permission de faire des photos. L’homme accepte bien volontiers, sa fille non. Cela le fait rire. Elle marque sa réprobation en démarrant au galop et mettant une distance d’une centaine de mètres entre nous et elle. Quelle classe, tout cela s’est fait rapidement mais sans précipitation, pas un mouvement de trop. Une fois arrêtée, elle nous regarde d’un air impassible. Elle ressemble à une apparition en ce lieu. Son père rit et lui fait signe de revenir d’une voix calme et bienveillante. Elle nous perce de son regard, puis elle décide de revenir en lançant son cheval au trot, et venant s’immobiliser juste devant nous, sa monture réagissant à la perfection à ses ordres, alors que nous ne percevons aucun son ou mouvement de sa part. J’ai du mal à imaginer que cette jeune cavalière à la maîtrise si parfaite n’a que 5 ou 6 ans ou à peine plus.



Là encore nous avons de la difficulté à reprendre notre route. Dix mois après cette rencontre, alors que je la retranscris je ressens toujours une très forte émotion. Est-ce que le fait d’être allés à leur rencontre à vélo, endurant les mêmes assauts du froid, du vent et de la pluie qu’eux, nous ont-ils un peu considérés des leurs, ce qui a permis cette communion, cette vibration de nos regards et de nos pensées en harmonie ?
Le temps va s’améliorer, un timide soleil fait son apparition. L’heure du repas sonne, les ventres criant famine. Nous organisons un barrage au vent avec nos vélos, nos sacoches et une bâche. En quelque sorte nous organisons un petit chez nous. Bien couchés derrière nos vélos et nos empilements de bagages nous sommes protégés et nous sentons bien intégrés à ce lieu d’immensité. Nous passons un long moment. S’il était plus tard dans la journée, sans tourment aucun nous sortirions nos tentes et avec plaisir nous bivouaquerions. Mais il n’est que midi. Donc nous reprenons la piste après ce moment de communion avec l’espace qui nous entoure.

Il nous reste une quinzaine de kilomètres à parcourir, et subitement comme à chaque fois ou presque au détour d’un mouvement de terrain le village se trouve devant nous. C’est le plus petit dans lequel nous nous arrêtons depuis une semaine. Le premier minuscule bâtiment sur lequel nous butons nous propose un hébergement. La propriétaire est particulièrement attentionnée, elle nous apporte un seau d’eau chaude pour nous laver, manifestement la prestation est digne d’un cinq étoiles. Nous sommes très bien dans ce petit gîte, sans nulle autre personne. Contrairement à nos lieux d’arrêt précédents, il y a une petite salle qui tient lieu de salle à manger.
Une petite promenade à pied dans le village nous permet de sentir combien la vie dans ces confins est éloignée de nos normes. Nous sommes les témoins une fois de plus de l’incroyable rapidité des changements de temps et de température, le vent les nuages et le soleil en étant les acteurs principaux.


Au loin nous voyons quelques véhicules qui défilent sur l’horizon, cela signifie que la route n’est plus très éloignée. Et voilà nous y sommes. Une yourte marque le carrefour. Nous nous y arrêtons et buvons un café. Depuis notre départ d’Ulan Bator c’est la première fois que nous buvons une boisson chaude non chauffée sur notre réchaud. C’est la bouse de bétail qui sert de combustible, dans ces steppes le bois étant totalement absent.
60 kilomètres nous séparent de la ville de Arvayheer sur cette grande route au très faible trafic. Le temps s’apparente à ce que nous connaissons en France au moment des giboulées de mars. Quelques gouttes de temps à autres nous touchent, mais nous avons la chance de passer entre les gros grains. En nous retournant de temps à autre nous constatons qu’une légère couverture neigeuse vient de recouvrir le lieu où nous trouvions quelques minutes plus tôt.
Après une succession de bosses et un vent assez aléatoire qui souffle une fois dans un sens puis dans l’autre la ville apparaît, après avoir passé un immense portique qui marque l'entrée dans la province.
Arvayheer n’a plus rien à voir avec les villages traversés depuis une semaine. Grâce au guide emmené, nous trouvons facilement un hôtel. Une belle chambre avec une baignoire, moi qui ne prends jamais de bain, je me laisse tenter sans cependant abuser. Je mets juste ce qu’il faut d’eau pour être à peu près immergé. Je n’oublie pas que nous sommes dans des contrées où l’eau est un luxe, d’autant plus lorsqu’elle est chaude. Il faut reconnaître que si l’eau chaude est bien agréable, le voyageur à vélo a l’habitude de s’en passer. L’hôtel fait aussi restaurant, là encore nous nous laissons tenter, et c’est bien agréable. Mais comme bien souvent dans les pays pauvres nous sommes les seuls clients, alors que le personnel est quand même conséquent, entre cuisiniers et serveurs. Comment font-ils pour tirer quelle rentabilité, car les prix sont de plus faibles ? Mystère !
Malgré la route goudronnée nous restons dans l’ambiance désert de Gobi, immensité du décor avec très peu de points de repère, vent violent et froid qui nous secouent sérieusement extérieurement et intérieurement.
Sans oublier les brusques changements de temps très temporaires, qui apportent un coup de chaleur, qui nous laissent quelques instants après tout mouillés de sueur dans un coup de froid.
Quelques rencontres le long de l’itinéraire et quelques sites intéressants, comme le mémorial du cheval.
Des arrêts dans des villages pour rechercher le gîte ou la pitance. Un contact toujours très proche avec les enfants, qui souvent sont vraiment turbulents en voulant tout toucher sur nos vélos, et très prompts à la moquerie si on se laisse submerger, les garçons pas les filles.
Une nuit dans une yourte, qui nous a laissé un souvenir indélébile. J’en ai fait un texte publié, il y a déjà quelques mois sur VF, intitulé « La yourte de l’enfer ». Une autre nuit passée en plein désert sous tente par un temps magnifique, la nuit et le désert éclairés par une lune grosse et pleine, ambiance irréelle et féerique.
Dans mes voyages, que ce soit à vélo ou de façon plus classique en voiture avec mon épouse, les nuits dont je me souviens le mieux sont toujours celles passées dehors au cours de ces itinérances sans aucune planification. A mon sens cette dernière tue en partie l’intérêt du voyage. Cet oubli de superbes nuits dans de somptueuses chambres d’hôtel 4 ou 5étoiles m’attire parfois des remarques de la part de mon épouse qui se souvient avec un grand plaisir de ces magnifiques endroits et moments, dont je n’ai pratiquement plus aucune souvenance. Sans parler des repas, dont là j’oublie très très vite ce que j’ai mangé, même si je suis gourmand et que j’aime bien les bons vins ! Ces moments de plaisir que l’on s’offre grâce à son porte-monnaie, je suis content de pouvoir me les payer sans trop regarder, mais ils ne me font pas vibrer comme ces nuits passées dans ma tente au hasard de mon avancement à la force du mollet.
Ces immensités mongoles, dans lesquelles on se sent très dépaysé, cependant en harmonie avec la nature, surtout lorsqu’on se déplace à faible vitesse avec un vélo lourdement chargé, déclenchent chez moi une forme de tristesse, associée à une crainte d’une hostilité possible face à des éléments qui peuvent se déchaîner avec de courts préavis, alors que nos moyens de protection sont pratiquement inexistants.
Cette ambiance est-elle due au fait que le printemps n’a pas encore éclaté, et que la steppe garde sa teinte grise. On dit bien que l’absence de couleurs peut être un facteur de déprime. Je n’en suis pas là, l’expérience vécue est suffisamment intense pour que je garde toute ma vigilance et ma curiosité. Là-bas au sud loin au-delà d’une immensité sablonneuse de grandes montagnes enneigées apparaissent comme un mirage suspendu dans les airs. Le point culminant, d’après ma carte, approche les 4000 mètres. J’imagine que partir grimper ces sommets doit représenter une belle aventure.
Le troisième jour nous arrivons avant midi à Bayanhongor, capitale de la province du Gobi. Cela va nous permettre de nous imprégner de l’ambiance nonchalante de la ville tout l’après-midi. L’ennui a l’air de régner en maître dans ces recoins en bordure de désert. Mon esprit est déjà parti vers les étapes à venir, à travers le massif montagneux qui va nous conduire à Tsetserleg quelques 300 kilomètres plus au nord. Pour cette étape à venir nous avons très peu d’informations, ne sachant même pas si le col que nous devons passer à 2700 mètres sera toujours enneigé. A Oulan Bator notre hôte Bilget, grand connaisseur de son pays, n’était pas sûr que les nomades aient repris à mi-mai la route de ces hautes vallées. Ce type de doutes et d’incertitude sont un des moteurs qui donnent au voyage en autonomie à vélo toutes ses lettres de noblesse.


J’ai commencé par enlever mes chaussures, mais les cailloux et l’eau très froide m’ont fait endurer un vrai calvaire à la limite du supportable. Yves ne s’y est par risqué. A l’avenir je ferai comme lui, je garderai mes chaussures, ce qui rendra les traversées bien plus faciles et beaucoup moins dangereuses.

Depuis 10 jours que nous sommes partis, ce matin la température semble plus clémente, vers les 10 degrés, alors que précédemment le matin elle était toujours autour de zéro. Le décor change, nous entrons dans une large vallée caillouteuse, ce qui change complètement du sol sableux du désert. Le lit de la rivière est très large et la piste y est tracée. Nous roulons de façon très inconfortable sur des montagnes de galets, et nous nous faisons secouer.
Le temps est tout à fait beau, pas de gros nuages noirs menaçants. Après une vingtaine de kilomètres nous traversons le dernier village avant le col. Le suivant se situe à 150 kilomètres sur l’autre versant de la montagne. Nous avons l’impression de nous lancer dans une petite aventure, exactement ce que nous apprécions dans le voyage à vélo. Le dénivelé le long de cette immense vallée ne sera pas énorme, 1100 mètres pour cent kilomètres.

Cependant elle commence à pousser, d’ailleurs les nomades ont effectivement installé leurs yourtes et leurs troupeaux sont présents sur les flancs de montagne qui nous entourent. De temps à autre des plaques de neige, parfois assez étendues, sont présentes. Qu’en sera-t-il 1000 mètres plus haut ? Les passages de rivières se succèdent. Certains sont scabreux, fort courant et profondeur suffisante pour que les sacoches fassent prise dans les flots.
Nous ne comprenons pas tout de suite qu’il ne faut pas chercher à traverser perpendiculairement aux berges, mais en biais en se laissant un peu porter et entraîner par le courant. Cependant il faut se méfier de ne pas passer une zone où la profondeur est excessive, car inexorablement nous serions emportés. D’ailleurs au cours de l’une de ces traversées, Yves étant déjà arrivé sur la berge opposée, je tombe justement sur un de ces trous tant redoutés et je commence à partir. Mon compagnon saute à l’eau et vient à la rescousse, et à deux nous sortons mon vélo, associant nos forces pour résister au courant.
En début d’après-midi nous allons faire une rencontre extraordinaire et tout à fait inattendue. Alors que nous passons au pied du seul petit bâtiment que nous verrons en plus de 200 kilomètres, un homme en sort et nous fait des signes. Nous n’avons pas l’intention d’escalader ce mamelon pour répondre à son invitation. Alors il descend et vient à notre rencontre. Il nous fait comprendre qu’il est peintre et nous invite à venir voir ses œuvres. Pour une surprise c’en est une grosse. Là au fond de nulle part à 50 kilomètres de la ville un peintre isolé à la recherche d’inspiration. Notre curiosité est piquée à vif. Nous nous pressons d’escalader la petite côte bien raide en poussant nos vélos. Nous entrons dans la maison, effectivement des tableaux partout. Je suis ébloui par son style de peinture, le mouvement, les thèmes et les couleurs.

Nous sommes bien chez les descendants des Huns, des cavalcades en des charges désordonnées et héroïques d’hommes armés aux tenues multicolores. Il nous fait une démonstration de son art. Sous son pinceau par quelques touches de couleurs précises et rapides naissent hommes et animaux animés d’une vie intense. Quel artiste ! Si nous étions en voiture sans hésiter je lui aurais acheté plusieurs tableaux. Mais à vélo à travers les montagnes, surtout qu’il nous reste 800 kilomètres à parcourir, il ne peut malheureusement pas en être question.
Nous parcourons encore une dizaine de kilomètres et nous installons pour la nuit.
A quelques centaines de mètres se trouvent plusieurs yourtes. Les occupants ne tardent pas à arriver poussés par la curiosité et l’envie de dialoguer avec nous. Nous leur offrons des figues séchées bien moelleuses. Je ne sais pas si les adultes apprécient, car ils ne sont jamais très expressifs, mais les enfants cela ne fait aucun doute et ils mangeraient bien tout le paquet si on leur proposait. Mais très poliment ils se contentent de ce qu’on leur offre.

Le col est situé à 25 kilomètres et il nous domine de 400 mètres de dénivelé. Nous souhaitons y arriver vers midi afin d’y marquer la pause si les conditions ne sont pas trop hostiles. Mais on ne sait jamais ce que la piste réserve, on peut avancer à trois ou à douze à l’heure. On ne sait jamais à l’avance comment cela va se passer, d’autant plus que nous n’avons pas réussi à avoir un témoignage de cycliste ayant emprunté cet itinéraire.
Ce matin l’air est limpide, le vent très faible, le ciel bleu. Le printemps semble avancer à grands pas, le vert prend l’ascendant sur le gris minéral de la caillasse. La piste n’est pas toujours marquée, ou parfois elle disparaît sous de grandes surfaces de neige.
Mais la vallée nous donne le sens général de façon évidente. Les yourtes continuent de ponctuer notre itinéraire de façon très dispersée. De nombreux animaux nous accompagnent, principalement des yaks.
Nous nous sentons sereins dans cet environnement amical, certes un peu frais car je roule avec ma doudoune quelques heures. Mais le soleil monte et alors un simple t-shirt suffit. Je remplace même mon casque par un chapeau.
Dans les derniers kilomètres la déclivité se fait plus sévère, la neige par moments couvre la piste nous obligeant à pousser nos vélos dans les pentes environnantes, mais de façon très ponctuelle. Les derniers virages sont là, plus tôt que prévu, trop raides pour rester sur nos montures. C’est en poussant que nous atteignons le col marquant le point le plus haut de notre balade mongole, il culmine à un peu plus 2700 m, pas très loin de de l’altitude de l’Iseran.
Pas de vent, incroyable c’est la première fois depuis notre départ. On a de la chance, j’imagine à cet endroit un courant d’air avec l’effet venturi, ce doit être intenable. L’autre versant se révèle, immense on s’y attendait. Il paraît beaucoup plus sec, bien qu’il soit orienté au nord.
Une prairie devant un petit lac, nous nous installons pour pique-niquer. A notre arrivée un important troupeau de yaks détale presque dans la panique. Le soleil chauffe, nous nous couchons dans l’herbe et allons y rester une heure. Nous ne sommes plus dans les conditions hostiles du désert de Gobi où nous mangions en essayant de nous abriter derrière nos sacoches et parfois en grelottant. Pourvu que cela dure.
Enfin la délivrance, nous traversons un petit ruisseau, ce qui nous permet de refaire notre stock d’eau.
Quelques kilomètres plus bas la pelouse reprend le dessus, les animaux et les yourtes font à nouveau leur apparition. Nous nous installons pour la nuit. Je suis très fatigué, même si le kilométrage est faible la journée aura été bien remplie. Mais elle n’est pas finie.
Des yourtes à proximité arrive un gamin avec un vélo neuf. Ce dernier est de très mauvaise qualité. Il n’arrive pas à passer les vitesses. Il veut que nous lui réparions. Yves s’y emploie avec bon cœur, mais après un dur combat de plus d’une heure le dérailleur ne marche toujours pas. Le gamin n’est pas content et nous le fait comprendre en campant devant nous afin que nous nous remettions au travail. C’est reparti pour un round sans plus de succès. Mais le drôle insiste, il nous engueulerait presque.
La fatigue aidant notre patience atteint ses limites, et nous lui faisons ressentir avec calme qu’il commence à nous courir sur le haricot. Nous ne nous occupons plus de lui, et nous passons à la préparation de notre repas. Il nous surveille d’un air courroucé, et enfin après un long moment il se lasse et repart vers sa yourte. On se regarde Yves et moi et nous éclatons de rire en essayant d’étouffer au maximum nos débordements. La Mongolie est vraiment pleine de surprises !
La soirée sera paisible dans ce décor gigantesque au milieu des animaux qui se déplacent avec nonchalance quasiment au milieu de nos tentes. Nous n’échangerions pas notre lieu de stationnement pour le plus beau des hôtels de la planète. J’ai toujours constaté que les choses qui avaient le plus de valeur ne coûtaient pas un centime ! Sur cette pensée philosophique je m’endors rapidement d’un sommeil lourd de toutes les secousses de la journée.

Nous descendons une vallée magnifique, la piste est excellente, les cailloux ayant disparu. Nous roulons sur une trace de terre dure. Le printemps est de plus en plus présent, la température presque clémente malgré la pluie. Des arbres de différentes essences que je n’arrive pas à identifier apparaissent. Dans ces steppes le plus insolite étant de ne pas voir d’arbres sur des centaines de kilomètres.
Très intrigant, nous passons un pont, ce qui ne nous était pas arrivé depuis longtemps. Mais juste avant ce dernier un beau panneau carré au liseré bleu comporte le dessin d’un magnifique cèpe de Bordeaux. Qu’est-ce que cela veut dire ? Peut-être une interdiction de ramasser ce champignon ? Dans tous les cas de figure, il faut des arbres. Il y en a bien regroupés en parcelles de forêt, ce sont des conifères. Mais plusieurs centaines de mètres plus haut, ils sont regroupés selon l’orientation du terrain, au nord les arbres et pour les autres orientations l’herbe.
La vallée est trop belle, elle nous entraîne sur une mauvaise piste.
Nous le réalisons grâce à la trace GPS. En effet, dans une grande courbe de la vallée, il faut la quitter et escalader un pan de montagne très raide sur plusieurs centaines de mètres de dénivelé. Au début nous restons sur les vélos, puis chacun poussera sa monture. Pour terminer sur les trois cents deniers mètres de dénivelé, nous nous mettrons à deux pour pousser chacun de nos vélos à tour de rôle. On en bave un grand coup. J’applique ma méthode habituelle quand cela devient très difficile. Je compte mes double-pas et j’essaye de tenir jusqu’à vingt. Je suis toujours étonné de voir que l’on avance assez vite de cette manière. Peut-être est-ce une question d’entraînement. Deux mois plus tôt dans les pentes très raides des pistes du nord Laos je l’avais déjà appliquée, mais surtout au cours de la traversée du Sud Lipez en Bolivie des heures durant j’avais à coup de vingt parfois de dix double-pas avancé dans la poussière volcanique. Durant cet exercice le temps est aboli, il faut prendre son mal en patience. Avec philosophie profiter de la nature gigantesque qui nous entoure pour s’en imprégner au mieux.
Tout finit par arriver. La pente diminue, nous pouvons à nouveau pousser chacun notre vélo, puis l’enfourcher. Rapidement une crête est atteinte et nous basculons dans une nouvelle vallée. Nous prenons des raccourcis, et c’est en plein champ particulièrement raide et plus ou moins marécageux que nous rejoignons le lit d’une rivière.
Nous y faisons une longue pause, bien installés dans une herbe moelleuse. La température est clémente, le temps à l’air d’avoir définitivement décidé de basculer vers l’été.
Nous rejoignons le petit village de Bulgan, à ne pas confondre avec la ville du même nom située quelques centaines de kilomètres plus au nord. Un étrange attelage constitué d’un yak massif et d’une carriole en bois tout aussi massive conduite avec lenteur nous croise au niveau des premières maisons. Les enfants arrivent, on leur demande l’épicerie. L’un d’eux saute sur un vélo et nous accompagne. Une fois sur place, nous y trouvons les produits habituels, saucisses, riz, gros gâteaux sablés et quelques fruits, sans oublier les canettes de bière.
A la sortie du village nouvelle pause dans l’herbe, puis nous reprenons la piste pour quelques kilomètres et installons notre campement à proximité de la rivière, afin de pouvoir nous laver. Au-dessus de nous quelques yourtes. Un couple en descend accompagné de leur petite fille. L’homme nous offre un grand bol de fromage blanc et un de fromage plus fait. Les deux sont excellents, et du fait de la quantité, ce sera quasiment notre repas du soir.
Encore une journée bien remplie dans un environnement toujours aussi surprenant, se montrant sous un jour beaucoup plus amical du fait de la végétation qui prend son essor.
La ville nous est apparue du haut d’une colline. Une multitude de toits multicolores donne un aspect engageant à la bourgade. Elle est installée au pied d’une grande falaise de roche claire.
Nous y pénétrons par une ruelle en pente au sol chaotique.
Après quelques recherches nous trouvons la guest house indiquée dans notre guide. Elle est tenue par un Australien. Nous retrouvons les standards occidentaux, et ma foi ce n’est pas désagréable, de l’eau courante et chaude, des toilettes sans besoin d’aller faire des acrobaties sur une planche au-dessus d’un trou puant, ce qui est souvent le cas lorsque l’on fréquente ce qui tient lieu de guest house locale.


La steppe change rapidement avec le printemps qui s’installe. Y rouler est un vrai plaisir. Le vélo dans ces conditions, température idéale, absence de vent, beau temps et piste étroite dure et lisse, procure les plus belles sensations. Nous nous fions à la trace GPS au milieu de cette immensité moutonnée.
Nous arrivons en un point où le village que nous souhaitons atteindre apparaît dans le lointain, 15 kilomètres. La piste perd son bel aspect et redevient caillouteuse et nous rentrons une fois de plus une séance de vibromassage, qui va durer un long, très long moment. Là encore c’est tout l’intérêt du voyage à vélo, ne jamais chercher à estimer ce qui nous attend, car pour un rien tout change du tout au tout.
Nous rejoignons le village et trouvons un logement. Nous avons toutes les difficultés à obtenir quelques litres d’eau pour nous laver. On nous donnera généreusement de l’ordre d’un litre chacun. Ce jour j’aimerais bien disposer de plus d’eau, car les piqûres de midges me grattent particulièrement.
Par contre on nous offre une part de carpe qui vient d’être pêchée. Elle s’avère totalement immangeable, j’ai l’impression de manger directement de la vase. Je n’y arrive vraiment pas. Pour ne pas vexer nos hôtes discrètement je jette le contenu de ma gamelle dans un sachet que je mets à la poubelle. Yves plus stoïque dans un effort grimaçant mange le tout, chapeau !
Nous assistons à un magnifique coucher de soleil.

Nous allons croiser trois véhicules qui transportent les premiers visiteurs de l’année en provenance d’Ulan Bator, éloignée de quatre cents kilomètres. Sur les bords de ce lac nous dépassons une multitude d’animaux, particulièrement bovins et chevaux. Ces derniers, étrangement, se regroupent en nombre conséquent les pattes dans l’eau à quelques dizaines de mètres de la rive, bien serrés les uns contre les autres, spectacle étonnant.
Pris par ce spectacle nous faisons notre pause de midi nous laissant bercer par ce calme. Il nous reste soixante kilomètres à parcourir. Le paysage se répète à l’infini, et cette monotonie est tellement étonnante que nous sommes pris dans une ambiance excitante.
Par endroits la piste s’évanouit et nous progressons directement sur l’herbe à travers la prairie.
Avec les beaux jours les fleurs commencent à pointer un peu partout. Certaines sont surprenantes, et sans doute spécifiques aux grandes steppes d’Asie centrale Nous ne ressentons plus l’atmosphère triste et froide que nous avons connue les quinze derniers jours de mai aux frontières du désert de Gobi.
Enfin du sommet d’une bosse le village apparaît à cinq kilomètres. La piste devient bonne, stable et lisse, alors qu’au cours de cette journée nous l’avons connue sableuse ou épouvantablement bosselée, vaste ruban de tôle ondulée.
Nous trouvons un hébergement aux chambres immenses pour le prix habituel, quatre ou cinq euros chacun. Mais comme habituellement l’eau est rare et il ne faut pas compter sur une douche pour se débarrasser de la gangue de poussière qui nous recouvre le corps sur chaque centimètre carré de peau, ainsi que les cheveux, qui ont la contexture du carton lorsqu’on y passe la main.
Cependant, nous pouvons nous laver très superficiellement devant un petit évier, surmonté d’un petit récipient en forme d’entonnoir, dans lequel on verse le peu d’eau que nous nous procurons. On appuie sur la tige qui le surmonte et par gravité l’eau coule. Par des gesticulations on essaie de ne pas en perdre une goutte, un pied posé sur l’évier afin que le liquide coule directement sur la peau.
Mais le moral reste au beau fixe, même si nous sentons que l’aventure entre dans sa phase finale, avec toujours ce petit pincement lorsque l’on sent le terme approcher. Nous nous mijotons une excellente gamelle composée d’œufs de viande en boîte, le tout saupoudré d’une sauce grand veneur qu’Yves porte depuis le début de notre périple.
Un bruit de galop, je jette un coup d’œil par la fenêtre qui donne sur la rue principale du village. Des cavaliers passent au galop. Ils sont debout sur leurs chevaux, amortissant totalement les mouvements verticaux. Ils sont magnifiques dans leur galopade rapide, affichant une parfaite maîtrise.
A midi nous avons couvert à peine une vingtaine de kilomètres et pourtant nous avons forcé dur sur les pédales. Nous ne nous laissons pas démonter, et nous arrêtons à l'abri d'un buisson et faisons une pause déjeuner d'une heure. Nous constatons alors qu'une piste semble rejoindre la route goudronnée à l'est en quelques kilomètres au lieu des 20 de notre piste en sable. On se décide et nous traversons une petite rivière pour la rejoindre.
Et miraculeusement notre calvaire prend fin après la traversée directement à travers une zone sans trace aucune.
Une bonne piste roulante nous conduit rapidement à la route goudronnée. Comme cela est agréable de rouler sans résistance, mis à part un vent de face, mais pas trop puissant. Cette route droite qui se déroule vers l'infini nous donne presque le vertige. La Mongolie nous savions que c'était une immense plaine. Mais lorsqu'on y est, on prend vraiment conscience de cette démesure. Par exemple hier nous avons parcouru plus de 90 kilomètres entre deux villages. Imaginez que vous faites Lyon Valence sans voir personne.
Un Mongol me demande en anglais ce que je pense de l'accueil dans son pays et du comportement des gens. Bien entendu, par politesse je lui relate uniquement les expériences agréables et sympathiques que nous avons faites. Il sourit et me dit que ce n'est pas toujours comme cela. Alors je m'aventure à lui raconter nos contacts moins plaisants, comme ce gamin trop insistant nous dévisageant sans vergogne durant presque deux heures, ou la mauvaise invitation dans cette fameuse yourte de « l’enfer » où des femmes étaient agressives et particulièrement mal élevées, tout du moins pour nos critères d'hospitalité européens.
Nous prenons donc la route tranquillement pour une courte étape de 30 kilomètres sur un bitume excellent, une route déserte et rectiligne jusqu'au désespoir. Nous nous arrêtons au bord d'un petit lac, sur lequel des oiseaux noirs et blancs s'agitent en tous sens au ras de l'eau. Un groupe de touristes venus en minibus assistent au même spectacle. Nous engageons la conversation, ils sont français, de la région parisienne, je dirais même plus, l'une des femmes est de la même ville et du même quartier que Yves, Antony.
Nous arrivons rapidement à destination, et nous mettons en quête de trouver un logement. Ce que nous réalisons avec succès rapidement grâce à un homme à moto, à l'air plutôt inquiétant. L'endroit semble correct pour un prix très raisonnable. Alors l'homme à la moto revient et veut nous emmener ailleurs, alors que nous avons déjà accepté la chambre. Son attitude est gênante, car il est très insistant, d'autant qu'il nous fait son cinéma devant la propriétaire des lieux. Une fois installés nous voulons manger.
Les toilettes
La propriétaire nous indique un restaurant une centaine de mètres plus loin. Nous nous y rendons. Effectivement, il y a une salle déserte de clients, des boissons et une carte affichée. Nous demandons s'il est possible de manger. Il nous est répondu par l'affirmative, pensons-nous. Nous nous installons et les deux hommes présents ne s'occupent plus du tout de nous. Le premier s'assoit devant la télévision, le second continue de s'affairer dans la cuisine et puis s'en va par la porte de derrière. Nous assistons tout surpris à ce spectacle. Nous nous donnons cinq minutes pour voir comment évolue la situation. Le laps de temps écoulé, nous nous levons et disons au revoir à l'homme fixé devant sa télévision. Il nous sourit et nous partons. Bien souvent, nous avons du mal à comprendre l'attitude de ces gens. Mais peut-être faut-il se tourner vers la fameuse formule de Nicolas Bouvier et ne pas chercher à comprendre: On ne fait pas un voyage mais c'est le voyage qui nous fait. C'est à dire ne pas venir avec des idées établies et préconçues et des formats tout faits, mais laisser faire et regarder les choses.
Donc après avoir quitté notre restaurant, nous nous mettons en quête d'une épicerie où nous faisons quelques emplettes, et revenons nous faire à manger. Comme d'habitude nous nous préparons un excellent repas: une petite bière en apéro avec des chips, puis deux œufs au plat et une belle platée de grosses pâtes à la viande que nous avons achetées congelées, puis un biscuit fourré nappé de chocolat et un café.
Par contre dans ce pays, en dehors des lieux d'arrêt des touristes l'eau fait cruellement défaut. Cela fait maintenant quatre jours que nous ne nous sommes pratiquement pas lavés. Simplement ces minuscules petits réservoirs au-dessus d'un évier toujours lui aussi minuscule. Dans ces conditions il est particulièrement difficile de se laver, d'autant plus que généralement, cet unique point d'eau très spartiate se trouve dans le couloir où tout le monde passe. Certes il n'y a jamais grand monde, mais enfin. C'est la première fois au cours d'un voyage que je suis confronté à cette rareté de l'eau. Encore une expérience, très enrichissante sur les conditions de vie de par le monde, à prendre avec philosophie lorsqu'on y est soumis.
Mais un renseignement anodin nous laisse alors envisager que dans ces villages perdus dans ces régions sans eau, il y a des douches publiques. Nous nous rendons dans un magasin d'alimentation et nous posons la question en ayant peur d'être un peu ridicules. Mais non, immédiatement la réaction de la commerçante est positive. Elle nous emmène deux rues plus loin dans un enclos où se trouvent deux yourtes et effectivement à côté un petit bâtiment de bain public. Pour 3000 T, ce qui fait moins de 1,5 euro à deux nous avons droit à une bonne douche bien chaude. Pour ne rien cacher la couleur de l'eau qui nous coule dessus devient vite noire, depuis 4 jours que nous évoluons sur des pistes poussiéreuses dans la chaleur et la sueur.
Ce soir, une fois de plus nous nous faisons un repas gargantuesque arrosé d'un vin espagnol, je dis bien espagnol trouvé au fond de la Mongolie. Pas mauvais mais un peu doux pour des Français amateurs de rouge. D'ailleurs outre l'inscription en espagnol, il y a un petit commentaire en allemand, ce vin correspondant bien au goût de nos amis d'outre-Rhin.
Le plat ce soir a une saveur particulière, car Yves nous sort du riz et une purée qu'il traîne dans son sac de montagne et dans sa remorque de vélo depuis au moins une dizaine d'années, plus probablement deux. Il pense qu'il n'est pas impossible que sa purée soit montée au sommet de la Grande Ruine dans le massif de l'Oisans et cela fait un bon nombre d'années, à vrai dire c'était dans les années 90. Mais si le goût est un peu passé, la consistance est bien présente et nous avons le ventre bien rempli.
Nous faisons la pause casse-croûte après une longue montée. Bien à l'abri en bordure de route nous mangeons notre saucisse comme chaque midi depuis 20 jours. Il ne nous reste plus que 15 kilomètres pour atteindre Lün. Ils sont vite parcourus car en descente.
Nous rejoignons une route principale juste avant le village, le trafic devient un peu plus important, mais reste modéré. Ne pas oublier que la Mongolie est le pays à la plus faible densité de population au monde.
Nous trouvons un hôtel en bordure de route dans le village. Il est un peu beaucoup déglingue, mais le personnel est sympathique.

gâteaux que l'on trouve partout
Nous prenons une piste pour nous diriger vers le parc national de Hustai. Mais comme il est interdit d'y bivouaquer nous nous arrêtons un peu avant. Il n'est que 13h30. Le soleil frappe fort. Nous profitons des très rares arbres que nous rencontrons pour nous abriter.
L'après-midi s'écoule dans ce petit coin caché de la piste entre lecture et petits sommes.


Nous reprenons notre chemin à travers le parc. Il héberge en particulier des chevaux de Prewalski, ainsi que d'autres animaux. Nous en verrons deux.
Vers midi nous cherchons un peu d'ombre pour pique-niquer. Juste au pied d'une minuscule déclivité creusée par l'eau nous trouvons de quoi nous mettre à l'ombre.
Puis nous reprenons la piste en direction de la sortie opposée du parc. Il n'est pas très grand, 20 km. Nous ne croiserons pas grand monde et nous ne trouvons pas qu'il y a grande différence avec les 1400 kilomètres de steppe que nous avons déjà traversés. La seule différence, c'est que nous avons payé chacun l'équivalent de 7 euros pour le traverser. Nous rejoignons la rivière Tuul.

Il est temps pour aujourd'hui de trouver un point de chute. Il y a bien quelques bosquets, mais ils sont tous sur l'autre rive. En définitive nous optons pour une petite prairie au pied d'une déclivité en bordure de rivière, le long de l'un de ses bras. Juste en face de nous derrière le petit bras d'eau, quelques arbustes dans lesquels nichent des corbeaux. Ils ne sont pas contents de nous voir nous installer sur leur territoire et nous survolent en permanence en poussant des cris qui se veulent menaçants. Mais nous ne bougeons pas. Nous entendons les petits qui piaillent dans leur nid.
Nous profitons de l'eau assez propre de la rivière pour nous laver et faire un peu de lessive. Mon t-shirt en 8 jours est devenu rigide de sel, j'ai l'impression de porter un vêtement en carton. L'eau nous a vraiment manqué.
Dans le désert mongolien il y a des ossements animaux partout de même que des bouteilles de vodka vides. Heureusement nous n'avons pas vu de crânes humains !
La nuit tombe au-dessus de notre lieu de bivouac
Notre boucle est presque achevée. A une quinzaine de kilomètres de l'autre côté de la rivière nous distinguons le village de Altanbulag, où nous avions passé notre première nuit il y a maintenant plus de trois semaines. Trois semaines déjà, et pourtant j’ai l’impression que nous y étions hier. Tant d’images se sont incrustées en nous, tant de sensations ont marqué notre cerveau, notre peau et nos muscles. Dans des expériences de ce type à vélo, le temps semble gagner en densité, ce qui ne l’empêche pas de s’écouler en apparence beaucoup plus vite que dans la « vie ordinaire ».
Effectivement comme nous l’avons senti, Le temps se couvre et devient plus froid, il pleut même un peu. Nous traversons d'immenses steppes avec un vent adverse. Parfois cela devient pénible. Mais nous nous imprégnons de ces panoramas car nous savons que la fin approche.
Nous butons sur un camp militaire et notre chemin est interdit. Un soldat pistolet-mitrailleur en mains nous fait comprendre de façon très explicite de nous éloigner. Nous faisons un détour en arc-de-cercle et reprenons notre piste. La fin arrive brutalement, un pont et la route goudronnée qui nous mènera à Ulan Bator. Nous nous sentons un peu tristes de quitter définitivement cette piste qui nous a tant apporté en plaisir, en surprises dans son immensité vide et en efforts. Encore un beau projet qui se réalise et un rêve qui s'évapore en devenant réalité.
Un superbe hôtel au milieu de nulle part. Nous nous laissons faire. Nous terminons notre voyage par un repas copieux et bien arrosé. Nous buvons un vin blanc français du Languedoc, un peu madérisé. Nous mettons des gros glaçons dans nos verres, ce qui serait un sacrilège sur la terre de France, mais ici c'est très bon après 23 jours de pistes mongoles.

Plus nous approchons de la capitale, plus le trafic est dense. Heureusement, nous roulons sur des pistes cyclables et sur des terre-pleins un peu au-dessus de la chaussée. De grandes flaques apparaissent de toutes parts, et de temps à autre les véhicules nous envoient de grandes giclées. Devant moi je vois Yves recevoir une véritable vague provoquée par un camion.
L'arrivée en ville est cauchemardesque, pluie, boue, chaussée inondée, vent et froid. En plus à 7 kilomètres de notre but, je crève pour la première fois en 40 000 kilomètres. Bien entendu c'est dans un endroit absolument horrible, au milieu de travaux dans un trafic très dense. On répare vite. La crevaison a été due à un minuscule morceau de câble métallique. Yves est très bon, il a immédiatement localisé le trou et enlevé du pneu l'épine métallique.
Vers 14 heures nous sommes au centre-ville.
Il nous faut demander dans trois guest houses pour trouver une chambre, pas mal de tourisme dans la capitale. Nous allons profiter des trois jours à venir pour visiter et faire quelques achats. Nous acquerrons de magnifiques peintures sur tissu représentant des hommes en armes dans des scènes de chasse ou de combat.








A little sneak peek?




























Come along, I'm taking you to this country where it's so nice to wander and slow down...


I’m inviting you on a stroll through my drawings—a completely subjective, far from exhaustive, and totally personal take, since it’s based on my own sketches. I put this travel journal together after returning in late 2024, mostly using felt-tip pens and pencils, with a few collages thrown in. I worked from our personal photos.
And in Kyoto, Nishiki Market:


















Since Albania isn’t part of Europe when it comes to phone service (at least not yet! :-)), we had to buy a physical SIM card—otherwise, the bill would’ve been sky-high if we’d used our French plan! We got one from Vodafone AL at the airport. You can buy online before leaving with a virtual SIM (e-SIM) for compatible phones, so you don’t have to swap cards. But given the uncertainty about choosing a plan online, we preferred buying one directly at Tirana Airport. Cost: 31 € for 100 GB. That’s way too much—100 GB is overkill. For 40 GB, it’s 27 €, and the plan lasts 21 days. The price difference isn’t huge, and it was cheaper than online. This plan covers all the countries along the Balkan range.
Money tip: All guesthouses and accommodations accept euros. The local currency in Albania is the LEK. In Montenegro, it’s the euro. Bank fees for withdrawing money from an ATM in Albania are pretty steep: 8 € for a withdrawal of 600–700 LEK (about 200 €)! So it’s better to withdraw cash (euros) in France. Oh, and we booked all our accommodations before leaving, but payment is always in cash. Budget around 400–500 € for 9 days of trekking.
I really liked Shköder, especially its pedestrian street lined with restaurants and lit up at night. It’s a great place to stroll and eat. The food isn’t expensive—two big salads and two beers: 14 € :-) . Fruit prices are also very reasonable: 3 € for a kilo of cherries, compared to 9–10 € in France.
Religions coexist peacefully in these countries—Catholics and Muslims. From our balcony, my friend heard the call to prayer for the first time, coming from one of the city’s mosques.


We slept in the heights of Theth at a new guesthouse, "Mountain Vista Shkafi," with an amazing view.







But Bologna’s real charm lies in its porticoes, which were added to the UNESCO World Heritage list in 2021: 62 km of arcades running along buildings, letting you walk sheltered from the sun or rain. Back in 1288, the city required houses to include private arcades for public use. In the city center, you can stroll under 32 km of porticoes in all sorts of styles—some plain, some ornate—with a strong presence of red tones.










