Gomera et Ténérife à vélo avril 2014
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LU
Deux semaines aux Canaries à vélo Gomera et Tenerife

Première partie La Gomera

En ce début avril 2014 nous sommes partis Gérard et moi deux semaines aux Canaries dans le but de faire un joli périple à vélo. Nous n’avons pas de programme bien établi. En effet, nous savons que les dénivelés sont importants sur certaines îles et qu’il faut tenir compte des contraintes de transfert par bateau. Donc nous aviserons sur place au gré du déroulement des événements. Nous sommes partis de Lyon par Air Méditerranée, avec deux vélos compris, le vol pour deux personnes nous a coûté en tout 720 euros, dont 140 pour les vélos. Le système d’enregistrement des vélos par internet est très pratique avec cette compagnie. Après avoir pris les billets deux mois auparavant, à quinze jours du départ j’ai reçu un mail concernant d’éventuels bagages spéciaux et en trois minutes nos vélos étaient pris en compte. Avec d’autres compagnies j’ai eu plus à batailler sans être toujours certain qu’en finale les vélos étaient bien enregistrés. De fait deux semaines c’est court, surtout qu’à l’arrivée à Tenerife au montage de nos montures Gérard a constaté que sa patte de dérailleur était cassée. Nous étions dimanche matin. Nous avons attendu lundi pour aller à Medano, où un vélociste belge très compétent et sympathique a résolu le problème rapidement. Donc c’est avec un peu de retard que nous commençons notre balade. Nous ferons 650 km et 15600 m de dénivelé. Nous laissons la housse de Gérard et mon carton à l’hostal ‘Los Amigos’, ce qui est très pratique pour le retour, car il n’y a pas l’angoisse de rechercher et de ne pas trouver de quoi empaqueter son vélo.

Lundi 7 avril direction La Gomera

Après avoir réparé le vélo de Gérard nous mettons le cap sur le port de Los Cristianos en démarrant vers 11 heures de l’hostal ‘Los Amigos’. 17 km et quelques centaines de dénivelé plus tard nous embarquons à 14 h à bord d’un bateau de la compagnie Armas pour l’île de La Gomera, départ. Prix de l’aller-retour 50 euros chacun, vélo compris. Particularité, les bateaux partent vraiment à l’heure, voire même avec 10 minutes d’avance, donc ne pas arriver trop à la bourre ! Le navire est presque désert. Vers 15 h nous débarquons à San Sebastan, adorable petite ville. Mon camarde Jean qui habite l’île nous attend. En guise de bienvenue nous allons prendre un verre au centre-ville sous des arbres multi-centenaires. La première chose qui frappe en arrivant sur cette île, c’est le calme des habitants. Les voitures roulent lentement, voire moins encore. Elles s’arrêtent systématiquement aux passages cloutés alors que les passants ne sont pas encore engagés. Quant aux vélos, je n’en reviens toujours pas, elles restent de longs moments derrière attendant une portion de route droite et complètement dégagée pour entamer un dépassement en prenant des précautions infinies. En France on aurait pas mal à apprendre en matière de civisme routier de ces îliens. Après une visite de cette petite cité pleine de charmes, Jean nous conduit chez lui. Il habite une maison à quatre kilomètres au milieu des terres dans un coin reculé. Les quelques centaines de mètres en finale pour arriver chez lui sont sportives, surtout avec nos montures chargées. Il nous faut traverser un rio à sec, plein de gros cailloux. Les jours de grande pluie, Jean est isolé sur son flanc de montagne. Mais le tempérament de La Gomera il en est complètement imprégné, et si ce n’est demain ce sera un peu plus tard. Il suffit d’avoir des réserves alimentaires pour tenir quelques jours. Nous faisons une courte balade à vélo sans nos bagages dans la belle vallée de la Laja, une dizaine de kilomètres pour 500 m de dénivelé. Je ne connais pas l’île de la Réunion, mais les différents reportages vus ainsi que les descriptions de ma belle-sœur, native de cette île, me permettent de m’en faire une idée. Eh bien, la Gomera, en particulier ce premier contact, m’y fait réellement penser. Ce sentiment ne fera que se renforcer au cours des jours suivants.

Mardi 8 avril -56 km -1600 m de dénivelé de San Sebastian à Vallehermoso

Jean ne peut nous accompagner, il nous indique un itinéraire particulièrement intéressant pour faire un tour de l’île sportif. Nous démarrons par la route TF-711. Après la borne indiquant le kilomètre 7, nous abandonnons cet itinéraire important à la pente raide pour une piste dans la montagne. Au départ elle est dallée, elle monte vraiment dans le ciel ! Mais heureusement cela ne va pas durer. Rapidement elle perd son inclinaison et se transforme en piste à travers des flancs de montagne déserts. Après une vingtaine de kilomètres nous atteignons un collet, à partir duquel la descente sur Las Hermiguas commence. La vue sur Tenerife et le volcan Teide culminant à 3718 mètres est saisissante. Cette piste de descente est abominable. Je vais tomber cinq fois, et même à pied, à deux reprises le vélo m’échappera. Je croyais m’y connaître en pistes défoncées avec ma traversée récente du désert de l’Atacama et du Sud Lipez, eh bien j’ai trouvé mieux ! Mais heureusement cela ne dure que quelques kilomètres. Nous ne voyons quasiment personne jusqu’au village précité. Cette première partie, surtout la descente, je l’ai trouvée éprouvante. Il nous reste une belle côte sur route goudronnée (à nouveau la TF-711) pour rejoindre notre étape de ce jour, la petite ville de Vallehermoso. Le soleil cogne fort, mais le spectacle est magnifique sur les villages colorés et les criques à la pierre sombre que nous dominons, et puis toujours en arrière-plan le Teide et ses formes élancées qui jaillit au-dessus de l’océan. Cette ville est adorable, toute entourée de montagnes aux teintes rouges. Nous logeons dans un hôtel au charme tranquille ‘Pension Amaya’ sur la place centrale, nous y sommes très bien pour un prix modique.

Mercredi 9 avril -51 km-1700 m de dénivelé de Vallehermoso à Valle Gran Rey

Nous partons sans nous presser vers les neuf heures par la RT-713 en direction d’Alojera, village situé sur la côte ouest. Une montée de 700 mètres nous conduit à un col, d’où une longue descente donne accès à la plage d’Alojera une quinzaine de kilomètres plus loin et mille mètres de dénivelé plus bas. Le coin est splendide et la plage enserrée par de larges falaises noires a vraiment du cachet. De plus, une belle houle déferle sur les galets, et le bruit des vagues résonne et s’amplifie dans ce monde minéral. Bien évidemment il n’y a personne, à part des bandes de chats à qui nous jetons nos croûtes de fromage. Nous comptions y faire étape, mais tout est fermé, donc pas moyen de se ravitailler. Nous décidons de remonter les mille mètres de dénivelé et de partir sur Valle Gran Rey. La remontée s’avère moins difficile que ce à quoi nous nous attendions. Avant de plonger dans la belle vallée de Valle Gran Rey, nous traversons une vaste forêt manifestement bien humide. Les différences de climat d’un versant à l’autre de l’île sont saisissantes. Il en résulte des variations de végétation énormes. La descente dans cette nouvelle vallée est un vrai régal. Nous nous enfonçons dans une gorge profonde tout au bout de laquelle nous distinguons l’océan. Sur les renseignements de Jean, nous allons dans une pension bien sympathique au prix léger. Je ne me souviens pas du nom. Mais elle est facile à trouver, lorsqu’on arrive au bas de la longue descente, un large rond point, partir à droite et une centaine de mètres plus loin en débouchant sur la plage elle se situe à gauche pratiquement sur la grève. De plus chaque soir, sur le trottoir servant de terrasse, un orchestre de chanteurs avec guitares se produit. La prestation est de belle qualité. Il est donc facile à trouver. Le village est dominé par une immense falaise qui doit bien culminer à 700, mètres sans doute plus, décor vraiment très impressionnant.

Jeudi 10 avril -64 km -1664 m de dénivelé de Valle Gran Rey à San Sebastian

Ce matin nous partons vers les huit heures pour retourner vers San Sebastian. Jean nous attendra à mi-parcours. Aujourd’hui encore principalement des pentes à n’en plus finir. Dans un premier temps il nous faut remonter les mille mètres descendus hier. Ensuite il nous faut continuer vers un col situé à 1300 mètres d’altitude. La végétation une fois encore va nous surprendre. Nous traversons des zones de grandes prairies bien vertes. S’il n’y avait pas des palmiers, par-ci par-là, au beau milieu de l’herbe, on pourrait se croire dans le Jura ou le Massif Central. Et cela d’autant plus que nous sommes dans le brouillard et que la visibilité est limitée. Nous trouvons effectivement Jean qui nous attend dans un village un peu avant le col. Une fois arrivés à ce dernier, nous faisons une petite randonnée à pied qui nous conduit au point culminant de l’île vers les 1500 mètres. La vue y est prodigieuse à 360 degrés. Bien évidemment Tenerife et son volcan nous sautent à la figure, et à l’opposé les îles de La Palma et El Hierro se discernent entre les bancs de brouillard et de nuages. Nous entamons ensuite une belle descente sur San Sebastian en passant par des endroits superbes, en particulier de grandes falaises en forme de pain de sucre qui se développent en bordure de route.

Vendredi 11 journée à San Sebastian -40km -500m de dénivelé Le matin, balade tranquille à travers cette petite capitale de l’île où il fait bon flâner au gré des rues et des places, parmi une population peu pressée. L’après-midi, nous prenons nos vélos et nous rendons à la Punta Llana sur la côte est de l’île. Magnifique parcours le long d’une route raide puis d’un chemin très aérien qui surplombe la mer. Toute la magie de cette terre volcanique réside dans ce mélange de montagne et d’océan, où grandes falaises et vagues frangées d’écume s’affrontent en permanence.

Samedi 12 retour sur Tenerife

Notre bateau quitte le port à 7 heures, il fait encore nuit. Pour ne pas le louper, des fois qu’il appareille en avance, nous partons de chez Jean à 6h15 à la lampe frontale. A 7 heures pétantes le navire quitte le quai et nous retournons à Tenerife pour de nouvelles aventures.
DO Dolma Globetrotter ·
Un texte aéré de Lucbertrand 😮 ! Eh bien ça alors, quelle surprise 😛 !

C'est plus facile et surtout beaucoup plus agréable à lire que les longs pavés parfois indigestes même si toujours intéressants...

Une visite au rythme du vélo, originale, courageuse (!) et fort plaisante...

Merci 🙂

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Deuxième partie Tenerife

Samedi 12 retour sur Tenerife -30km -1400m de dénivelé Los Cristianos à Vilaflor

Notre bateau quitte le port de San Sebastian de La Gomera à 7 heures, il fait encore nuit. Pour ne pas le louper, des fois qu’il prenne la mer en avance, nous partons de chez Jean à 6h15 à la lampe frontale. À 7heures pétantes le navire quitte le quai et nous retournons à Tenerife pour de nouvelles aventures. Une fois encore nous sommes peu nombreux à bord. Un peu avant l’arrivée je sors sur le pont, le temps n’est pas très encourageant. D’immenses bancs de brouillard sous un ciel bas et pluvieux empêchent toute vue sur le Teide, qui était si présent lorsque nous le contemplions de La Gomera.

Au programme aujourd’hui, monter vers la petite ville de Vilaflor, située à 1300 mètres d’altitude sur les flancs du Teide. Nous commençons par aller prendre un chocolat puis nous décidons de partir malgré le temps très incertain. Je commence par voir un joggeur glisser et frapper violemment le sol de l’épaule. Pas de doute, avec cette chaussée mouillée, la prudence est de rigueur. Quelques kilomètres plus loin, en pleine montée, une voiture arrive en face et part en tête-à-queue. Heureusement, je me trouve dans la partie interne de la courbe, donc le véhicule dérive vers l’autre côté de la chaussée et vient heurter, juste à mon niveau, la paroi rocheuse et rebondit au centre de la route en projetant des morceaux de ferraille dans tous les sens. Le chauffeur est choqué mais apparemment pas blessé. La voiture perd du liquide par tous les côtés. Le conducteur actionne le démarreur, je crains que le feu ne se déclare. Mais non elle roule et part se garer un peu plus haut. Manifestement aujourd’hui il faut redoubler d’attention.

Nous quittons la route la plus passante pour celle de la vallée de San Lorenzo. Puis à San Miguel nous empruntons la route TF-563. La déclivité est terrible, les 10% sont allègrement dépassés par endroits, la route monte en finale directement, sans virage, dans les pentes raides du volcan. Pour ajouter au plaisir de l’effort avec vélo lourdement chargé, non seulement je monte à 4 à l’heure, mais une pluie que l’on peut qualifier de battante se met de la partie. Enfin le village se dévoile et après une entrée par une petite rue à l’inclinaison énorme, plus de 15%, nous nous mettons à l’abri dans la pension German. Il était temps de s’arrêter car le temps se dégrade et le froid devient vif.

Il est midi, nous mangeons une grosse platée de légumes coupés en gros morceaux, cuits comme dans un bouillon un peu à la manière d’un pot-au-feu. Excellent ! Dans ce village, outre un hôtel très cher en entrée d’agglomération, au centre se trouve un autre établissement charmant, à la devanture de bois sombre et à l’intérieur cossu. On dirait un chalet ou un refuge de montagne de très belle qualité. D’ailleurs y séjournent essentiellement des touristes, qui envisagent d’aller voir le Teide de plus près. Nous y prenons notre repas du soir.

Dimanche 13 avril -61km -1700 m de dénivelé de Vilaflor à Masca

Ce matin le temps est beau, ce qui nous rassure. En effet, monter à plus de 2000 mètres d’altitude dans les conditions d’hier aurait été très désagréable, voire dangereux. La route que nous suivons, TF-21, est l’un des quatre accès vers ce superbe volcan, le Teide. Donc, bien logiquement la circulation y est relativement intense, en particulier les bus. Le tracé est bien adapté à nos vélos et nous ne souffrons pas dans des pentes infernales. Nous avons le plaisir de découvrir que les précipitations de la nuit dernière ont donné un magnifique manteau neigeux au cône volcanique sur au moins les mille derniers mètres. Cette masse neigeuse élancée qui culmine à 3718 mètres se découpe sur un ciel d’un bleu profond. L’effet est magnifique, c’est comme cela que j’imagine le Fuji-Yama!

Nous passons à 2100 mètres d’altitude, nous redescendons pour arriver au carrefour de deux routes, la première qui se dirige vers le pied du Teide et son téléphérique en pénétrant en direction de l’est dans le parc national du Teide, et la seconde qui descend vers le nord de l’île. La circulation en direction du parc est importante et nous décidons de ne pas nous y engager. Donc cap au nord. Nous traversons de grands champs de lave sombre, dominés par cet immense cône blanc. Nous nous engageons dans une descente vertigineuse et tortueuse qui va nous conduire dans le magnifique village de Masca, enserré entre de grandes montagnes aux gorges profondes. Les derniers kilomètres pour s’y rendre sont particulièrement aériens et spectaculaires. Bien évidemment, la circulation est intense, constituée de voitures et de bus. Ces derniers sont impressionnants, car manœuvrer dans des épingles à cheveux étroites semble pour le moins épineux. Mais les chauffeurs, de toute évidence, sont habitués et négocient avec assurance, au-dessus du vide, les virages en se faufilant entre les voitures.

Nous trouvons à nous loger chez une Française qui loue des chambres à deux lits pour 40 euros. Elle habite au pied d’un grand doigt rocheux au bas du village. Du pas de notre porte nous avons une vue directe et rapprochée sur de hautes parois rocheuses qui dominent une gorge conduisant en bord de mer. Nous garderons un excellent souvenir de cet endroit localisé au milieu de montagnes particulièrement accidentées.

14 avril -60 km -1600 m de dénivelé de Masca à Orotava

Ce matin, comme souvent, tout est fermé et pas moyen de trouver quelque chose à se mettre sous la dent. Heureusement nous avons quelques petites réserves et dans un premier temps un peu de pâte d’amande fera l’affaire jusqu’au prochain café ouvert. Nous allons constater que cela va prendre plus de 20 kilomètres et quelques centaines de mètres de dénivelé. Mais sur ce parcours les points de vue sur l’océan, qui apparaît de temps à autre entre de grands pics rocheux, sont fabuleux. Cela nous permet de patienter et de ne pas trop ressentir la faim. Enfin à San Juan de Reparo sur la place centrale un café nous tend ses chaises. Nous y faisons une longue pause à boire des chocolats au lait et manger des gâteaux bien gras.

Puis nous partons pour un tronçon de 40 kilomètres à travers des zones largement construites au milieu d’un trafic par endroits très dense. Bien que les vues sur la côte rocheuse soient par moments magnifiques je trouve ce parcours désagréable. Cela ne m’arrive pas souvent, surtout au cours d’un voyage de seulement deux semaines, je prends un petit coup au moral. Mais cela ne va pas durer, car une fois dans la belle ville d’Orotava tout va à nouveau très bien.

15 avril -71 km -2104m de dénivelé de Ortava à La Laguna au nord de l'île

Aujourd’hui une grosse étape nous attend. Comme toujours dans ces cas le temps nous préoccupe un peu. En effet, nous allons passer à plus de deux mille mètres d’altitude. Et la pluie dans ces conditions devient un handicap important, voire dangereux, car sur ce volcan les lieux pour s’abriter sont très peu nombreux. Il faut bien reconnaître que les conditions météorologiques sur l’île de Tenerife ne sont pas très bonnes. Tous les jours le brouillard monte vite et parfois il se transforme en pluie. Au niveau de l’océan le froid n’est pas très intense, le handicap est moindre, mais en altitude cela devient beaucoup plus désagréable.

Afin de prendre de court la venue du brouillard nous décidons de démarrer au lever du jour. Nous sommes prêts alors que la nuit est encore épaisse. Tant pis, nous partons, équipés de nos lampes frontales et de feux clignotants arrière. La sortie de la ville en partant directement dans la pente par des rues à l’inclinaison terrible nous force à une séance de poussage de 45 minutes. Le démarrage à froid dans ces conditions sollicite fortement les mollets et à de nombreuses reprises je me retrouve à bout de souffle, arrêté sur un trottoir à récupérer. Gérard s’en tire un peu mieux. Les quelques passants que nous croisons semblent interloqués de voir dans la nuit deux fous en train de pousser des vélos lourdement chargés. Mais lentement nous avançons et prenons de l’altitude. L’expérience de l’Atacama m’a permis d’acquérir dans ce type de situation une sérénité à toute épreuve. Je me dis 45 minutes pour 200 mètres de dénivelé à pousser comme un fou, ce n’est pas très long. S’il le fallait je serais prêt à pousser toute la journée, comme je l’ai fait en Amérique du Sud durant des jours. Cet effort violent fait naître de bonnes sensations physiques. Le moral s’en trouve renforcé, car de constater que la carcasse à 60 ans répond encore bien est quelque part rassurant. Mais combien de temps cela va-t-il-encore durer ? Ne pensons pas trop au futur mais profitons des bienfaits du présent.

Une fois les dernières maisons de l’agglomération dépassées le jour s’est entièrement levé et nous avons une large vue sur la côte, quelques centaines de mètres plus bas. Cette partie de l’île est effectivement très peuplée, le nombre de maisons que l’on voit tout au long de cette immense versant jusqu’à la mer est vraiment énorme. On a l’impression que toutes les villes se touchent aussi loin que porte le regard. La route pénètre dans une immense zone forestière, qui s’étire sur plus de mille mètres de dénivelé. La pente n’est pas trop raide, ce qui me permet de garder une vitesse de huit à dix à l’heure. Gérard, plus entraîné que moi, a disparu depuis longtemps. Plus l’heure avance et plus le trafic s’intensifie. Voitures et bus montent à l’assaut du Teide. De l’océan s’élève une masse nuageuse qui nous prend de vitesse et nous rattrape inexorablement. Au détour d’un virage, le sommet du volcan se dévoile, majestueux au-dessus des conifères. La couche neigeuse immaculée d’avant-hier s’est transformée. Des reliefs rocheux commencent à pointer sur cet immense cône.

Nous atteignons le point d’entrée dans le parc national du Teide. L’altitude est de 2100 mètres. Nous faisons une pause casse-croûte et prenons un café dans le bar du lieu le Portillo. Il y a beaucoup de monde. Une fois encore nous décidons de ne pas pénétrer dans le parc, car la circulation est forte. Nous mettons le cap sur San Cristobal de la Laguna par la TF24. Le brouillard par moments nous enveloppe. Il en résulte des effets extraordinaires sur les reliefs environnants. Une longue descente de 40 kilomètres conduit à la pointe nord de l’île. De temps en temps nous subissons un brouillard impénétrable, et la visibilité tombe à quelques mètres. Dommage, car manifestement de notre route en crête nous manquons un magnifique panorama à 360°. Après les zones pelées d’altitude nous pénétrons dans une forêt de feuillus aux troncs moussus. Nous retiendrons tout particulièrement de notre voyage aux Canaries ces changements permanents de végétation en fonction des orientations et des altitudes.

Nous atteignons la ville de San Cristobal de la Laguna et nous mettons en quête d’un logement pour la nuit. Il nous faut chercher, ce qui nous permet de parcourir la ville. Elle est de toute beauté. Un centre aux rues au cordeau, où la circulation est presque absente. Nous nous posons en périphérie du centre. Nous revenons nous y promener et dîner. Sans que nous nous y attendions, des sonorités musicales nous font sortir du restaurant. La semaine Sainte bat son plein. Nous assistons à une magnifique procession de grande ampleur. Les chars les pénitents et les orchestres défilent à n’en plus finir. Ce spectacle est particulièrement impressionnant. On ressent toute la ferveur religieuse de cette population.

16 avril -75 km -1700 m de dénivelé

Aujourd'hui nous partons pour une balade de la journée sans nos sacoches sur l’extrême pointe nord de l’île. Les pentes paraissent beaucoup plus faciles sans tout notre barda. Au démarrage nous avons du mal à sortir de la ville. Après quelques errements et une quinzaine de kilomètres, nous rejoignons une jolie route de crête (TF 12) qui frôle les mille mètres d’altitude. Nous roulons avec plaisir bien qu'il fasse froid et que l'air soit très humide. L’endroit est touristique et le trafic est assez dense, mais les conducteurs sont prudents. Les points de vue sont absolument magnifiques de part et d’autre. À ne pas manquer « el mirador del Englès ». Un peu avant de redescendre vers Santa Cruz de Tenerife le panorama en direction du nord sur le village de Taganana mille mètres plus bas est de toute beauté. Si nous avions quelques jours de plus, je proposerais bien de séjourner dans le coin afin de parcourir toutes ces routes escarpées qui descendent jusqu’à la côte.

Nous nous lançons dans une belle descente qui nous conduit en bordure d’océan dans la petite ville de San Andrés. La température est nettement plus clémente que sur la montagne. Durant ces deux semaines, on a toujours évolué entre chaud et froid en fonction de notre position en altitude et du jeu de cache-cache entre nuages et soleil. Il nous faut rejoindre Santa Cruz de Tenerife. Nous craignions de nous trouver sur une route rapide à grande circulation. Mais une piste cyclable longe le bord de mer ce qui est bien agréable. Il s’agit plus d’un large trottoir en bordure d’autoroute que d’une piste classique. Lorsque nous dépassons une sortie, il nous faut sur une cinquantaine de mètres rouler en contre-sens, ce qui procure une drôle de sensation, mais bon il ne s’agit que de 50 voire 100 mètres.

Arrivés au centre-ville nous constatons une fois de plus que l’ensemble a du cachet avec ses rues en pente. Il nous faut maintenant retourner à San Cristobal de la Laguna. Une montée d’une dizaine de kilomètres avec 600 mètres de dénivelé en zone urbaine nous attend. Légers comme nous le sommes, c’est sur un bon rythme que nous les parcourons et retrouvons notre hôtel. Ce soir une fois encore nous allons assister à de magnifiques processions dans le cadre de la semaine Sainte.

17 avril La Laguna à Güimar -33km -500 m de dénivelé

Aujourd’hui l’étape sera courte et le dénivelé faible. Nous allons commencer la dernière parie de notre voyage qui en deux jours va nous ramener à notre point de départ à proximité de l’aéroport de Tenerife Sud, le long de la côte sud-est en restant relativement en altitude. Ces 30 kilomètres sont parcourus assez rapidement. Nous arrivons vers midi à Güimar, où nous trouvons une superbe auberge ‘Casona Santo Domingo’.

Il était temps, une pluie continue et drue se met de la partie et va durer tout l’après-midi. Nous nous estimons chanceux, car le jour justement où l’étape est courte le temps se gâte. En soirée le calme atmosphérique revient, ce qui nous permet une fois encore d’assister à une superbe manifestation religieuse, procession autour de la place centrale de la ville. De l’église qui domine le lieu, des chars sur lesquels ont pris place, la Vierge, le Christ et d’autres saints, sortent pour entreprendre leur parcours rituel. Une fois encore toute la ferveur qui accompagne ces manifestations est fortement perceptible.

18 avril -61 km -750 m de dénivelé Güimar à Los Abrigos

Aujourd’hui nous attaquons notre dernière étape de cette trop courte virée aux Canaries. Certains pourraient dire qu’en deux semaines ne parcourir que deux îles ce n’est pas un rythme effréné. Je répondrais que nous aurions pu passer plus de temps encore sur chacune de ces îles, à parcourir d’autres routes ou chemins qui se perdent dans ces chaos volcaniques. Effectivement, j’avais envisagé un voyage d’une durée d’un mois. Mais, d’une part Gérard ne pouvait pas, et d’autre part mes absences longues sont de moins en moins acceptées par mon épouse. Donc, cette période de deux semaines est optimale, associant l’immense plaisir de l’itinérance et la diplomatie nécessaire à une vie de famille pas trop tumultueuse !

Nous allons suivre la TF 28. Elle se développe en encorbellement quelques centaines de mètres au-dessus de l’océan. Un léger vent favorable, une circulation quasiment nulle, un temps clément ni chaud ni froid et un panorama en permanence superbe, vont faire de cette étape la plus agréable de notre voyage. Je me prends à rêver, si la route pouvait se développer sur des centaines voire des milliers de kilomètres ! Mais non après une cinquantaine nous descendons vers la petite station balnéaire ‘El Medano’. Nous nous trouvons brusquement au milieu d’une foule intense. Nous sommes jour férié et la plage est pratiquement la seule de l’île, d’où cette affluence. Les sky-surfs sont nombreux et présentent un spectacle d’un bel esthétisme, avec leurs ailes multicolores qui virevoltent en une danse frénétique en apparence anarchique. Nous mangeons notre casse-croûte en bordure de plage. Après un café rapidement pris en terrasse nous rejoignons en quelques kilomètres notre auberge de départ ‘Los Amigos’.

Nous garderons de ces deux semaines à rouler sur ces deux îles, La Gomera et Tenerife d’excellents souvenirs. Cette dernière nous laissera le souvenir d’interminables montées, de coins montagneux étonnants, qu’il s’agisse du Teide, de Masca ou de l’extrême nord , ainsi que de magnifiques petites villes comme Orotava, San Cristobal de la Laguna ou Santa Cruz de Tenerife. La Gomera nous laissera une impression de lieu très sauvage, vivant à un rythme calme, où malgré les côtes terribles le vélo représente le meilleur moyen de se plonger dans un monde sauvage par routes et pistes au beau milieu de l’océan Atlantique.

19 avril le retour à Lyon

Comme toujours le retour avec un vélo par avion nécessite une épreuve, l’emballage de sa monture. Tout se passe pour le mieux, car nous avons pu laisser nos cartons dans notre gîte ‘los Amigos ‘.

Décollage à 14h45, une dernière vue sur le Teide et ses 3718 mètres, puis un regard sur quelques-unes des îles que nous n’avons pas eu le temps de visiter. Ensuite l’océan et l’Espagne. Apparaît vers l’avant une grande bande blanche, les Pyrénées encore très enneigées à mi-avril. Je reconnais les Mallos de Riglos, superbes parois d’escalade constituées d’un rocher rouge jaune très particulier, une espèce de poudingue dans des falaises verticales voire surplombantes de 300 mètres. Cela me remémore une escalade magnifique la Carnavalada, dans laquelle on s’élève sur de gros galets proéminents qui émergent d’une gangue rouge, avec un vide impressionnant du fait du léger dévers de la face. Je me souviens encore avec précision des immenses vautours qui nous passaient dans le dos en faisant un peu le bruit de froissement de l’air que produit un planeur en vol.

Puis les Pyrénées se présentent dans toute leur grandeur. Nous survolons pratiquement à la verticale le pic du Midi d’Ossau. Ensuite nous plongeons vers les plaines du côté français, qui comme souvent sont recouvertes d’une épaisse couche de brume. Ce voile se déchire un peu avant Toulouse dont on distingue tous les ponts. Un peu plus au nord la ville de Cahors apparaît avec précision, on verrait presque le pont Valentré. Les belles rivières de cette partie de la France se dessinent comme sur une carte, le Lot, le Tarn, la Dordogne.

Très nettement je distingue le viaduc de Millau. Il faut dire qu’il est particulièrement grandiose avec l’un de ses piliers plus haut que la tour Eiffel. Le causse Méjean, le causse Noir, le Larzac étalent leurs larges plateaux, séparés de profondes vallées creusées par la Jonte et la Dourbie. À leurs marges, tels les gardiens du temple, se dressent le mont Lozère et le mont Aigoual. Que de souvenirs de belles randonnées à pied ou à vélo se bousculent dans mes pensées.Puis nous sautons sur les volcans l’Auvergne encore ponctués de trace de neige.

D’un coup la vallée du Rhône arrive et le fleuve majestueux s’étire dans toute sa puissance. Là-bas à l’est un peu plus loin, le Vercors nous offre ses falaises de blanc vêtues. Juste derrière, le massif de l’Oisans se détache sur le ciel. Le sol se rapproche, les détails grossissent. Dans leurs couleurs de terre, de végétation et d’eau ‘les Terres Froides’ défilent d’autant plus rapidement que notre hauteur diminue. Puis, sans transition nous sommes dans l’axe de piste, les aérofreins et le train d’atterrissage sortent. Au sol, je distingue très clairement l’ombre de notre avion qui nous accompagne jusqu’au poser.

Ce retour fut l’un des plus merveilleux que j’ai vécus, du fait du spectacle magnifique de ces régions de France, des Pyrénées aux Alpes en passant par le massif Central, qui nous a été offert.

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