Haridwar: aardhkumbh 2004, police, saddhus et charras (Inde)
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Il est huit heures du matin, dans un petit hotel non loin de Har-Ki-Pauri, ghat cérémoniel de la mela d'Hardwar; c'est ici que le Gange quitte les Himalayas pour entamer son voyage à travers les plaines indiennes; c'est ici également qu'est tombée une goutte du nectar des dieux, censée conférer l'immortalité... La ville est depuis quelques jours en effervescence; ce mois ci débute la aardkumbha-mela, parallèlement à la mahakumbha-mela célébrée à Ujjain ("maha" c'est la plus importante, tous les douze ans; "ardh" étant la "demi", elle se déroule tous les 6ans); un évènement durant lequel ressurgit dans l'eau ce précieux nectar d'immortalité, et ce pendant un mois, attirant des pèlerins des quatre coins du nord de l'Inde, une quantité incroyable de saddhus, et tous les commerçants des environs; la police est ultra présente sur les lieux, surveillant cette marée humaine qui se déverse sur la ville.🙁 Hardwar compte environ 200 000 ha en temps normal, mais à cette occasion il y en a dix fois plus; impossible de se déplacer dans le quartier d'Har-Ki-Pauri autrement qu'en jouant des coudes, art que les grandmères du coin maitrisent à la perfection; l'ambiance est joyeuse, détendue; c'est peut-etre une fête religieuse, mais il n'y a pas là le poids qu'en tant qu'occidental on s'attend à trouver... Le Gange est jalonné, tout les dix mètres, par des hauts-parleurs diffusant toute la journée des chants religieux dédiès à Ganga, et à Shiva, l'encens brule dans toutes les rues, à chaque étal, du plus simple vendeur de fruits au plus prestigieux hôtel; les saint-hommes sont présents en nombre, partout il est possible de croiser ces nagas, quasi-nus et couverts de cendres, des locks tombant parfois jusqu'à terre; un Shiva gigantesque garde la ville, et pourtant... Huit heures du mat, dans ce petit hotel d'Hardwar, réveillé par des coups de feu et des cris dans la rue; au bruit, on fracasse manifestement toutes les vitrines un peu plus bas... Je jette un coup d'oeuil par la fenêtre: trois policiers avancent de front, l'arme à l'épaule, qu'est-ce qu'il se passe? Paniqué, je descends à l'acceuil, ou je vois que le grillage bloque l'entrée; je me retourne vers le patron, qui ne me laisse pas le temps d'en placer une et me crie de remonter et de m'enfermer dans la chambre; il viendra peu après pour m'expliquer, inutilement d'ailleurs puisque la chose est sur tout les journaux télés: il ya eu des émeutes hier soir, et la police a déclaré le couvre feu; en fait trois policiers ont harcelé une femme sur H-k-P, qui s'est vite réfugiée dans sa maison; plus tard les lascars reviennent, forcent la porte, et détruisent tout chez elle, avant de la faire se déshabiller... Mais ce que les lascars n'avaient pas prévus, c'est la réaction de la foule à leur endroit: pris à partis, brutalisés, les policiers s'enfuient se réfugier au poste qui devient vite la cible des émeutes:jet de pierres, bus enflammé.... Quelques temps plus tard, les renforts arrivent, et les policiers ouvrent le feu sur la foule, avant de mettre à sac le quartier . Bilan: un mort, une centaine de blessés, et interdiction d'approcher du quartier ravagé, interdiction de sortir de la ville, interdiction de prendre l'avenue principale...le choc! un des plus importants festivals religieux de l'hindouisme troublé par la police, ça méritait bien une intervention du premier ministre pour présenter des excuses aux familles victimes de violence..😕 la veille encore, deux millions de personnes remplissaient les rues, et en ce jour on croirait la ville morte... Cependant on peut encore traverser le Gange pour rejoindre de l'autre coté les campements de pèlerins et les baigneurs; je sais bien qu'on dit partout que l'eau en est polluée, dangereuse, mais que faire quand la ville est fermée, qu'il fait 40 degrés, et que les gamins te provoquent en sautant de la barrière et te font signe de faire mieux... 😉 En sortant de l'eau, un jeune saddhu (il ne devait pas avoir plus de 16 ans), fait signe de le rejoindre, lui et son groupe; je vois cinq saddhus, dont deux nagas, assis sous une toile tendue entre deux arbres; derrière eux, une statue de Shiva fait apparemment l'objet d'offrandes quotidiennes, au vu de la quantité de fleurs le recouvrant; l'un deux confectionne tranquillement des colliers qu'il vendra plus tard à quelque villageois.;l' ambiance a l'air très calme, mais je ne connais pas les codes, je ne sais pas comment me conduire, et puis j'ai tellement été mis en garde, par les indiens eux-memes, contre tous les sadhus "cheaters" que j'hésite avant d'accepter; mais tout a l'air tellement paisible... En m'approchant, un vieux naga, que je n'avais pas remarqué, me fait signe d'enlever mes chaussures... Qu el idiot je fait! bien sur, ce sont des saints, donc on enlève ses chaussures quand on va les voir, j'aurais du y penser! Ce sont tous des saddhus dont la divinité tutélaire est Shiva, et pour eux le shilom, rempli de charas et de beedees écrasés (quand il n'y a pas de cigarettes), représente une manière de prier et célébrer ce dieu; à partir du moment ou je me suis assis, un shilom m'est passé entre les mains (il y a tout un cérémonial autour de ça: avant d'aalumer le shilom, un des saddhus souffle dans un coquillage, produisant un son perçant; le plus vieux récite des prières, et le fumeur remercie Shiva), et malgré l'aspect solennel de ce partage, les discussions ont jailli, autour du mode de vie occidental, de la religion, et d'un peu tout et rien; plusieurs shiloms et un tchai plus tard, je décide de repartir: je n'ai pas les poumons de ces saints, je commence à être un peu dans les vapes... Je me relève, et dix mètres plus loin, un autre groupe m'invite, et avec un peu d'appréhension, j'accepte; de nouveaux des shiloms tournent, au milieu de discussion échangées dans un anglais approximatif, mais aussi au milieu de pleins de sourires; un policier arrive, c'est la PANIQUE!! Enfin, pour moi seulement, car les sadhus gardent leur calme... Le policier s'approche, les salue d'un "Hare aum" respectueux, avant de retirer ses chaussures et de s'assoir, pour finalement s'emparer d'un Shilom! Le policier m'explique (si vous voyez sergent Garcia, ben c'était le même), avec un grand sourire que bien que la consommation de charas soit punie par la loi indienne, personne ne viendra arreter quelqu'un qui fume avec des saddhus... d'un coup la pression que je ressentais depuis le début de l'après midi s'évanouit, et encore plus quand le policier rajoute, avec un clin d'oeuil, que je peux aussi fumer dans n'importe quel temple dédié à Shiva sans risquer d'interpellation.... Encore une fois, les paradoxes de la société indienne... D'akaras en akaras, le shilom continue de tourner, les langues de parler, la musique religieuse et le Gange amplifiant les sensations "mystiques" provoquées par la fumée, quand soudain déboule à toute vitesse une lilliputienne qui se met à courir tout autour des saddhus, leur criant des choses incompréhensible, manifestement hystérique; et eux se mettent à rire et lui envoyer des choses dessus, ils se battent gentiment, et moi, déjà bien entamé, je suis complètement perturbé par cette apparition; mais je le suis encore plus quand, deux minutes plus tard, un naga couvert de cendres, un immense trident dans la main arrive en courant, lui aussi, et se met à bouger d'une manière saccadée, incapable de rester en place, avant d'arracher le shilom des mains d'un plus jeune, de tirer une taffe de dingue et de repartir en courant vers Har ki Pauri...Lalbaba.. Trop de choses dans la meme journée; en rentrant à l'hotel, j'aperçois Lalbaba assis au pied d'un arbre devant un temple, complètement immobile;deux heures plus tard, en quête de nourriture dans les quelques restaurants survivants, je le recroise au meme endroit, pas un centimètre ne s'était déplacé...

deux jours plus tards, après deux jours à faire la rencontre de plusieurs groupes, après avoir compris ce que signifiait "renonciation" (un jeune naga de 17 ans ne parlait pas anglais et voulait m'expliquer ce que "naga" signifiait; il a donc soulevé son pagne, et, effectivement, j'ai vu le grelot greffé sur son sexe, attaché par une chaine à ses testicules...17 ans, autre lieu, autre culture...), après avoir participé au bain rituel, fait la puja après avoir vu les pèlerins faire la prière avec les saddhus, , je profite de la réouverture de la gare pour reprendre la route oui, l'Inde est un pays ou la religion est omniprésente, mais ses aspects sont tellements différents, c'est tellement plus vivant "ne pas prier en Inde, c'est gaspiller son temps aux moustiques.." qui est-ce qui disait ça?
DO Douya Veteran ·
Namaste Mahadeva,

Un recit tres interessant, une experience differente de l'Inde, merci de la partager avec nous.

Stp, pourrais-tu m'expliquer quelle est la difference entre un sadhu et un naga? Le premier je connais de nom, le deuxieme je le connais en version serpent a 7 ou 9 tetes en Asie mais j'imagine qu'il ne s'agit pas de ca ici 😉

Douya
"Lorsque quelqu’un te blesse, tu devrais l’écrire sur le sable afin que le vent l’efface de ta mémoire mais lorsque quelqu’un fait quelque chose de bon pour toi, tu dois l’écrire sur la pierre afin que le vent ne l’efface jamais." Proverbe Touareg
IZ Izanora Regular ·
quelle journée...merci, merci, merci de nous avoir envoyé un peu (beaucoup) de cette folie de l'inde. isa
"La liberté de la graine réside dans l'accomplissement de sa nature qui est de devenir un arbre" Rabindranath Tagora
MA Mahadeva45 Regular ·
Chez les sadhus aussi il y a toute une hiérarchie, et pour faire simple, les Nagas sont au sommet de cette pyramide. Les nagas sont ceux qui vivent le plus souvent nus, couverts de cendres, tandis que d'autres sadhus sont habillés de grandes toges oranges avec des turbans... Les nagas sont les plus respectés, et représentent une véritable force politique en Inde: quand Indhira Gandhi avait voulu interdire les vaches dans les grandes villes, des nagas avaient assiégé le parlement pour l'en empécher! ce sont ceux qui renoncent le plus, et paradoxalement, ceux qui acquièrent le plus d'influence! pour une meilleure appréhension du phénomène de renoncement, lire "la centurie du renoncement", texte shivaïte de Bartrihari...
PA Parvat Globetrotter ·
Merci beaucoup pour cette jolie tranche de vie dans cette Inde que j'aime tant moi aussi 🙂 Joli et interessant... Une autre encore pour nous faire rêver?
Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations... (N.Bouvier)
IZ Izanora Regular ·
merci mahadeva, grâce a toi j'ai appris quelques choses aujour'dui...mais dis moi d'ou te vient ce savoir si intéréssant ? du livre que tu cite dans ton message ?
"La liberté de la graine réside dans l'accomplissement de sa nature qui est de devenir un arbre" Rabindranath Tagora
MA Mahadeva45 Regular ·
merci parvat, et merci à toi iza! Le livre cité n'est pas un texte descriptif de la vie des sadhus, mais plutot un long poème, ou un ensemble de poëmes, qui date bien d'au moins .1200 (Désolé, je n'ai plus les références exactes) Cela s'apparente plus à un ensemble d'actes de foi: "j'ai vu les jeux mondains et je m'en suis détourné..." "les passions n'ont plus aucun sens quand on a...." "Ou sont mes amis, ou est ma famille?" etc... ce genre de trucs, quoi... si je connais deux ou trois trucs, c parceque l'hindouisme m'interesse depuis longtemps, je bouquine pas mal, et je fais de l'anthropo... bon, sur les sadhus, pour démystifier quand meme un peu tout ça, ce bouquin est excellent: Tahir Shah, "l'apprenti-sorcier", sur ce bonne lecture!
DO Douya Veteran ·
Merci beaucoup pour tes explications, c'est tres interessant. Tu parles d'une hierarchie des sadhus. Faut-il gravir les "echellons" un par un ou le positionnement dans la hierarchie se fait-il directement en fonction du degre de renoncement? Je pense par exemple au naga de 17 ans que tu cites dans ton recit. Bon, peut etre que je devrais d'abord lire les livres que tu recommandes ! 😊
"Lorsque quelqu’un te blesse, tu devrais l’écrire sur le sable afin que le vent l’efface de ta mémoire mais lorsque quelqu’un fait quelque chose de bon pour toi, tu dois l’écrire sur la pierre afin que le vent ne l’efface jamais." Proverbe Touareg
MA Mahadeva45 Regular ·
Bon, je suis obligé de t'avouer que ce n'est pas très clair pour moi; donc je ne peux te dire que ce que je comprend... Apparemment, tous n'ont pas forcément envie d'etre "nagas", donc je pense que c'est plus un choix personnel qu'une ascension carriériste; sans aller jusqu'à etre nagas, des pratiques d'auto-mortifications sont chose courante; ainsi tel sadhu décidera de vivre pendant 5ans sans jamais s'assoir ou s'allonger; un autre fera voeu de silence pendant tant d'années, etc... en ce qui concerne le naga de 17 ans, lui n'a peut-etre pas eu le choix; il arrive parfois qu'une famille "offre" un de ses enfants à un gourou, en remerciement d'une prière qui aurait porté ses fruits (comme par exemple celle d'avoir un fils plutot qu'une fille...); qu'il ait 5ans, 10 ans, ou plus, sa vie devient celle d'un disciple, et c'est vrai par contre qu'avant de pouvoir se proclamer sadhu, il ya plus ou moins de temps passé en apprentissage; apprentissage des postures de yoga, de la maitrise du souffle, de la philosophie et de la religion... pendant cette pértiode, le jeune disciple s'occupera bien sur de laver les affaires de son maitre, de lui préparer le thé, etc... un vrai sadhu aura toujours sur lui une trace (photo, collier, foulard...) de son gourou, meme des années après l'avoir quitté je n'en sais pas beaucoup plus malheureusement, mais je repars très bientot pour appronfondir tout ça!

(et le livre dont je parlais est en fait un texte sanskrit du premier siècle avant JC, le "vayragyasataka", ou la centurie du renoncement, diffusé très largement dans toute l'Inde et valorisant l'idéal de la vie d'ermite.)
TH Thartampion Regular ·
avec des années de recul...la hiérarchie? la Juna Akhara (les nagas) c'est les plus haut. non seulement ça, mais c'est aussi la secte qui recrute le plus facilement;)
AN Angiealone Regular ·
🙁dsl Franck pour mon intervention -tu vis in INDIA viens de tomber sur ton profil ou vit tu car india c'est grand bien à toi namaste angie
Joindre le goût des voyages à une utilité humanitaire en ayant conscience que tous voyage nous apporte à soi-meme cette identité qu'à travers l AUTRE c'est un peu de nous et un grand merçi à voyage forum
TH Thartampion Regular ·
angie..je n'ai aucune connaissance fantastique de ce grand pays qu'est l'inde. juste des impressions et je peux comprendre comment ces impressions peuvent avoir un effet sur les gens qui partent la première fois. aussi je me dégage de toute responsabilité, car toute expérience indienne est purement personnelle. j'espère que tu as bien vécu ton voyage. des bisous
AN Angiealone Regular ·
😉aucun soucis pour moi FRANCK et vraiement c'est toujours un retour aux sources namaste angie
Joindre le goût des voyages à une utilité humanitaire en ayant conscience que tous voyage nous apporte à soi-meme cette identité qu'à travers l AUTRE c'est un peu de nous et un grand merçi à voyage forum

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