Gwalior: trois jours en or ou l'hospitalité Sikh
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Pour mon 1000ème message, voici un petit instanné de mon voyage de l'été denier en INDE, Madhya Pradesh. Gwalior, est souvent oubliée sur le parcours, et pourtant... Voici un "copié-collé" de mon carnet, textes et illustrations réalisés sur place...

Lundi 15 août 2005

Réveil un peu tardif… Le gars de l’hôtel s’attendait sûrement à ce que je demande qu’on me monte le petit déjeuner dans la chambre, mais je préfère de loin le prendre dans la rue ! Je choisis une toute petite échoppe et mange mes premiers pakori avec un chaï. Je retrouve avec plaisir mes habitudes. Le gars est bien sympa et s’amuse en entendant mon Hindi de débutant ! Je reste un petit moment à le regarder faire les beignets et le chaï. Les rickshaws de Gwalior sont vraiment d’un autre âge, plus longs et plus larges, équipés de banquettes pouvant accueillir une dizaine de personnes. On les appelle les « tempos » et ça pétarade sec ! Un bruit qui me fait penser plus à un bateau qu’à un véhicule terrestre… Je prends néanmoins un rickshaw ordinaire. Ici, pas la peine de discuter le prix, car il n’y a pas d’arnaque envers les touristes. Que de monde dans les rues ! On me dépose au pied de la route qui conduit au fort de Gwalior. Je ne tarde pas à découvrir ces impressionnantes statues jaïna sculptées dans la falaise de part et d’autre du chemin. Il y en a des dizaines, accompagnées de bas-reliefs. Les plus grandes font de 10 m à 17 m ! Décidément, ces Jaïns sont de sacrés artistes… J’opte pour un petit coin à l’ombre pour croquer l’une d’entre elles et il me faut bien faire un choix sur les 127 statues rupestres présentes en ces lieux !

Deux jeunes qui travaillent à la restauration des vestiges viennent me tenir compagnie et c’est parti pour ma première véritable aquarelle in situ ! Il fait une chaleur insoutenable et je ruisselle tant et plus. Il y aurait de quoi passer la journée à dessiner ces statues, mais il y a aussi tellement à voir ! Tout au long de cette rampe qui conduit à la forteresse, des gamins m’accompagnent. Pas mal de monde dans le fort. Beaucoup d’Indiens sont venus en famille, profitant de ce jour férié. La plus grande partie de la surface forteresse est occupée par des champs, mais se dressent aussi quelques temples et le fameux palais de Man Singh, splendide avec ses peintures bleu turquoise, vert, jaune, rouge… Assez unique en son genre ! En fait, c’est surtout pour lui que je suis à Gwalior…

Mais avant un nouveau dessin, il faut recharger les batteries et de voir ces familles se restaurer au milieu des colonnes des vestiges jouxtant le palais, m’a ouvert l’appétit. Que de couleurs ! Tous ces saris sont magnifiques, assez différents de ceux du Rajasthan, mais tout aussi riches… Les femmes sont très belles et j’aimerais les prendre toutes en photos ! Pour manger, il n’y a que le Gurdwara du temple sikh, qui sert des repas 24h/24h gratuitement, ici comme partout ailleurs. A la porte, je demande si je peux manger et on m’invite généreusement à entrer. J’abandonne mes chaussures pour un temps, couvrant ma tête avec le foulard. Tous portent des turbans et des foulards oranges sont prévus pour les visiteurs imprévoyants. Je prends place dans l’immense réfectoire aux côtés des autres convives assis en ligne sur des nattes très étroites. A mes pieds, un unique plat métallique posé à même le sol que des serveurs passant avec de gros seaux se chargent de remplir de riz, dhal et chapati. Je commence à manger en souriant aux gamins en face de moi qui me dévisagent amusés. Les serveurs sont très élégants avec leurs barbes impeccables et leurs turbans très serrés. Comme beaucoup d’Indiens, peu importe leur religion, ils ne sont pas avares en sourires… Je peux aussi faire des photos sans aucun problème ! En fait, je me demande ce qu’ils me refuseraient et m’étonne d’autant de tolérance… Tous sont adorables et particulièrement le jeune Baljut qui s’est attaché à mes pas. Leur chaï est délicieux et on me le sert devant un « air cooler »… Tous viennent me saluer chacun leur tour. Que d’attention et de moments magiques !

Puis je visite la cuisine où les hommes s’affairent, faisant cure le riz et les dahl dans d’énormes gamelles. La confection des chapati est l’affaire des femmes et les voir faire est un pur régal ! Et je jure que tous ces superlatifs ne sont pas exagérés… Un vieux me propose ses services de guide pour le temple. Il est très récent et semblable à celui d’Amritsar que j’ai vu en photo. A l’entrée, en bas de l’escalier, se trouve un petit bassin où l’on trempe ses pieds en les frottant l’un contre l’autre, puis l’escalier conduit à l’esplanade du temple. C’est un édifice tout blanc avec un toit d’or dans lequel est gardée la relique, le Livre Sacré. Le vieux sikh nous explique, à moi et à un couple de Français qui m’a rejoint, les principes fondateurs de leur religion essentiellement basée sur une grande tolérance. A côté du temple se trouve un immense bassin carré entouré de colonnes et cela doit être impressionnant d’assister au bain…

Je retourne au réfectoire et croque le portrait de mon nouvel ami sikh. La technique de l’aquarelle directe est vraiment agréable…

L’endroit est plutôt insolite pour dessiner : adieu le calme ! Et comme nous sommes sans arrêt sollicités par les autres, nous nous réfugions dans une petite pièce contiguë. Le sol est crado, avec des restes de dalh sur les… dalles (facile, celle-là !). Juste un sac de toile de jute, d’où s’échappe une souris (et je préfère ça à un rat…) sous les fesses et je continue mon « œuvre ». De toute façon, il ne faut pas être trop regardant, car on marche pieds nus très souvent et le sol est loin d’être récuré à fond, voire sec ! La traversée de la cour brûlante hier a déjà mis mes plantes de pieds à dure épreuve et elles commencent à être blindées. Heureusement qu’il y avait près des bassins à ablutions et à l’entrée des salles de prière des tapis servant de refuges salvateurs !

Je réalise soudain que je ne suis arrivé à Gwalior qu’hier et déjà tant d’images dans la tête ! Le vieux m’invite à quitter l’hôtel pour venir dormir ici… Je vais y réfléchir, mais l’idée me tente sacrément ! Si je m’étais écouté, je les aurais bien croqué tous tellement ils ont des visages et des allures vraiment typiques. A défaut, je les aurai en photos… Chalo ! Je continue mon périple non sans leur avoir donné rendez-vous demain à 13h00. Le Teli-Ka-Mandir est un chouette temple hybride, mélange d’architecture du sud et de style jaïn. Au moment d’entrer à l’intérieur, je réalise que je n’ai pas pris de billet pour visiter l’ensemble du complexe de la forteresse et je reporte donc ma visite au lendemain. Alors, je m’amuse à regarder des gamins s’entraîner au cricket jusqu’à ce que le jeune lanceur me tende la balle ! La musique de Lagaan en tête, je m’exécute… La magie du voyage sur un temps donné est de savoir dosé le temps consacré à tous ces instants magiques et aux autres, plus « touristiques ». Chaque groupe croisé me couvre généreusement de sourires et de gracieux « Namaste ! » et il est bien agréable de longer les remparts en suivant le chemin de ronde en cette fin d’après-midi…. Je rencontre un sympathique allemand avec qui on se file rencard plus tard à l’Indian Coffee Restaurant qui est plutôt bien côté dans le LP et dans le Routard.

De nouveau seul, je découvre Gwalior, « petite » ville de 800 000 habitants et pourtant, aucun immeuble vertigineux, juste la sensation de déambuler dans un gros bourg. Les pétarades et klaxons incessants montent jusqu’aux remparts… Le chemin de ronde s’arrête sur la vision incroyable du Man Singh Palace accroché à flanc de falaise avec ses enfilades de tours et ses motifs multicolores peints sur les murs ocres. Je ne peux résister à une longue contemplation, imaginant la fureur des batailles de jadis, et me lance finalement dans une esquisse au crayon. Que c’est agréable de dessiner dans la fraîcheur du soir, perché au-dessus du vide, une fraîcheur toute relative qui vient seulement du vent… Il me faudra revenir tôt demain matin ou bien demain soir pour finir ce dessin, car le soleil ne va pas tarder à se coucher.

Passant devant les murs à dominante turquoise, je m’arrête pour photographier les gamins, profitant du retardateur et du mini pied pour me joindre à eux. L’impressionnante porte du fort conduit à une rampe pavée qui serpente vers la vieille ville. Un temple hindou, où règne une intense animation (prières à Shiva, chants, applaudissements), s’accroche à la falaise. Un petit moment de calme bien appréciable avant le replongeon dans la fureur de la ville grouillante d’activité. Petits vendeurs et charrettes, tirées par de superbes bœufs aux cornes immenses parfois peintes, travaillent et circulent au milieu des tempos, des motos et des piétons. La vigilance est de rigueur pour arpenter ces rues bondées !

Un rickshaw me conduit au cybercafé. La connexion est plutôt lente, mais je ne peux manquer de raconter à Mu et aux autres ce que j’ai déjà vécu lors de ces deux premiers jours déjà bien remplis. Puis je retrouve mon ami germanique Florian au restaurant. Quand nous nous sommes rencontrés la première fois, il m’a dit en avoir marre de la cette cuisine locale et j’avoue avoir eu peur qu’il ne m’invite dans une pizzeria ou une brasserie alsacienne ! Une réflexion qui la bien fait rire, car il parlait en fait des spécialités du Nord de l’Inde, préférant pour une fois goûter à la cuisine du Sud que je ne connais pas, donc, ça me va très bien !

Je goûte donc à mes premières Masala Dosa, de délicieuses et immenses galettes fourrées de pommes de terre, d’oignons et de carottes au curry, servies avec un chutney de coco et des dahl. Excellent ! J’amuse tous les clients en prenant mon plat en photo… Dans un français impeccable, Florian m’explique qu’il a appris à cuisiner ces spécialités à Daramsalah. En fait, mon nouveau compagnon est interprète pour la Communauté Européenne et cela fait douze ans qu’il vit à Bruxelles. Venant de Varanasi, il m’indique que le Gange était plutôt haut, rendant le passage d’un ghat à l’autre impossible à pied. J’espère qu’il aurait baissé d’ici quinze jours ! Il me conseille d’aller à Amritsar où il a beaucoup apprécié l’ambiance. J’avoue qu’après avoir rencontré tous ces Sikhs, de voir le Golden Temple au sein de cette communauté me tente… D’ailleurs, Baljut est originaire de là-bas. C’est en fait l’équivalent de La Mecque, mais pour les Sikhs !

Florian m’invite aussi à aller visiter un jour l’Ouzbékistan qui est un pays magnifique. Au cours de la conversation, il m’explique qu’il est daltonien et qu’il perçoit les couleurs d’une manière très atténuée. C’est en partie pour ça qu’il apprécie autant l’Inde, car les couleurs y sont flamboyantes. Je ne peux m’empêcher de penser que c’est dommage de ne pas pouvoir les contempler dans leur vraie intensité… Mon compagnon de restau se montre très sensible à mes croquis et au calendrier de voyage. Justement, il est en train de lire un carnet de route d’un gars qui a passé un an à Delhi et illustré par de chouettes croquis réalisés par sa femme. Ce serait sympa de se revoir demain…
Phil Voyages du bout de mon pinceau...
CL Cleopatre64 Regular ·
L'hospitalité Sikh n'est pas une légende... J'ai un ami Sikh que je vais rejoindre cet été et j'ai été invité plusieurs fois dans sa famille pour déjeuner ainsi qu'à un mariage et les gens sont vraiment génèreux et accueillants avec l'étrangère que je suis... J'ai fais comme toi l'expérience de la "cantine" au gurdwara... C'était en avril dernier avec mon ami Sikh au Golden Temple à Amritsar, ce fut une expérience vraiment incroyable de se trouver au milieu de tout ces pelerins... Vivement août que j'y retourne !!!😉
PA Pataugas Veteran ·
Un bien joli cadeau de "1000ème" que tu nous fais là🙂 Merci Phil!
"le silence des pantoufles est plus terrifiant que le bruit des bottes"
VI Vijay ·
😏merci beaucoup de faire partager ton voyage avec textes et images.Je me suis régalée et j'ai revécu pleins de choses.JE pars tout l'été en pélerinage:villes sacrées du gange qui seront aussi l'objet d'un carnet de voyage. QUESTION . as tu déja édité un ou plusieurs carnets? DOMMAGE QUE tu n'habites pas dans la région, car j'aurais eu dix milles questions à te poser et c'est avec plaisir que j'aurais lu tes carnets. PEGGY
peggy
OP Opai Veteran ·
La douceur des dessins et le justesse des mots. J'aime cette écriture où "l'autre", et non le "je" est au centre.

Bon voyage chez les Birmans!! Sans aucun doute encore un beau carnet en perspective...
PH Phil64 Globetrotter ·
Merci à vous... 🙂 merci à toi Raoul, question écriture je me sens plutot modeste par rapport à tes recits... Bonne route pour ton projet magnifique au Mali et Burkina...! Que ta bonne étoile te guide toi et ton piano !!! 😉

Voici le deuxième jour...

Mardi 16 août 2005 Je me suis couché tard hier soir et c’est raté pour le lever aux aurores ! Je saute quand même dans un rickshaw qui m’amène à la porte du fort. Je n’ai pas à chercher bien loin pour trouver mon petit déjeuner : pakori et chaï, on trouve tout dans la rue ! D’autant que les Indiens semblent apprécier qu’on se conduisent comme eux, ce qui rend leurs sourires encore plus généreux. Le chaï-wallah fait le timide, mais ses potes insistent pour qu’il se laisse prendre en photo. La porte du fort est un ouvrage très travaillé et je craque pour les deux statues des gardiens du musée archéologique. Comme la rampe qui mène au bastion est un peu raide, je me repose un petit moment à hauteur du temple hindou. Une vieille femme m’invite à m’asseoir près d’elle sous l’arbre en face. Un groupe d’hommes me demande de les photographier devant l’entrée du lieu sacré. Il est à peine 9h00 et il n’y a pas grand monde à l’intérieur du fort. Comme le soleil est caché, je m’installe à découvert pour croquer un bout de cette façade aux vives couleurs (turquoise, jaune, vert). Puis la pluie - si indienne dans sa soudaineté - me pousse à me réfugier sous un adorable petit kiosque suffisamment bien placé pour que je puisse continuer mon croquis à l’abri.

D’autres gamins complètement trempés me rejoignent et c’est encore l’occasion de photos bien sympas… Le musée m’a gentiment prêté un énorme pot à eau (pour l’aquarelle), car j’ai dû oublier mon gobelet quelque part. Quelques gouttes s’égarent sur mon cahier, mais bon, c’est de l’authentique eau indienne, un témoignage de plus de mon voyage ! L’ondée s’arrête au bout d’une demi-heure et tout sèche en moins de temps qu’il faut pour le dire, bien agréable car la température est nettement plus acceptable, mais cela ne durera pas... Mon croquis achevé, je me rends à l’intérieur du Man Singh Palace. Quels trésors ces murs si colorés peuvent bien cacher ? C’est en fait une succession de cours joliment ouvragées avec quelques peintures de ci, delà. Les consoles sont remarquables en forme dragons (chinese dragon), d’éléphants hybrides et de paons (pea-coq). En sortant de ma visite, je salue le garde de l’entrée qui mange à même le sol. Aussitôt, il m’invite d’un sourire à m’asseoir à ses côtés. Sa femme lui a préparé de délicieux chapati accompagnés de dahl et des haricots excellents que l’on partage. Je lui dis de transmettre mes félicitations à son épouse… Que j’aime ces rencontres toute simples ! Un groupe de touristes espagnols passent près de nous et il est sûr que nous ne faisons pas du tout le même voyage. Promod, le garde de l’entrée, m’écrit un mot sur mon carnet. Je repasserai le voir demain… En attendant, il me fait visiter tout le palais et n’omettant aucune explication ! Il m’explique qu’à l’époque, les cours étaient ornées de miroirs ce qui permettait aux femmes d’apercevoir leur reflet à travers les jali (claustra) de pierre. Je me régale à photographier quelques indiennes en visite, leur montrant leur portrait sur l’écran LCD. La magie de l’instantané ! A 13h30, comme convenu, je me rends au temple sikh. Je croise mon ami Baljüt avec un pote juste devant le fort, puis continue mon chemin. Au réfectoire, Jogender m’offre le chaï. Les femmes sont en train de trier le riz en chantant, et je reste un petit moment à les regarder faire, à les écouter et à les enregistrer. D’ailleurs, elles se demandent qu’est-ce que c’est que ce minuscule « bidule » que je pose à leur pieds… Nous accompagnant dans notre dégustation, je retrouve le vieux que j’apprécie beaucoup avec ses splendides moustaches. Il est hilare en permanence et hier, les autres m’ont fait comprendre d’un signe du doigt plutôt explicite qu’il n’avait pas toute sa tête… Mais n’est pas le plus fou celui qu’on croit, car il s’est à son tour, bien moqué d’eux ! C’est lui qui nous sert le chaï. C’est toujours un peu dérangeant de se faire servir par ses hommes debout alors que nous sommes assis par terre… Puis Jogender me montre la chambre N°7 et me donne la clef. Plutôt pas mal, équipée d’un air-cooler et d’un bain privatif, c‘est le pied ! Vraiment royal, je ne m’attendais pas à ça… Je n’ai plus qu’à aller chercher mon sac pour m’installer. Mais avant, je tiens à finir la visite des lieux et des autres temples. Cette fois, j’ai le ticket complet et j’ai le droit de pénétrer dans l’enceinte du temple. En sortant du temple sikh, je salue les jeunes qui bossent à la restauration des façades, perchés sur des échafaudages de fortune. Hier, je l’ai ai pris en photo. Ils répondent à mon salut et m’invitent à monter pour boire… le chaï ! Me voilà donc à grimper sur les structures en acier et bambous ! Leur thé est délicieux avec un goût de clou de girofle plus prononcé que d’habitude… En échange d’un Pan Massala, je leur offre un « fisherman friend » et je leur demande de m’écrire quelques mots dans mon carnet. Encore une petite séance de photos… J’en profite aussi pour les enregistrer avant qu’ils ne reprennent leur boulot. La magie opère toujours ! Le Sasbahu Temple date des IXe et XIe siècles et ressemble à celui de Ranakpur, bien que nettement moins impressionnant. J’y rencontre un couple d’allemands fort sympathique. Stefie porte un superbe churidar et Stefan, une chouette curta (tunique) assortie à son pantalon. C’est exactement ce que je cherchais à Delhi… Nous passons un moment à discuter sur une plate-forme du temple et échangeons nos expériences indiennes. Ils ont bossé trois mois dans le Sud, lui comme infirmier dans un hôpital et elle, à l’orphelinat. Puis ils ont entamé leur remontée de trois mois vers le Nord. Ils sont aussi très intéressés par mon carnet et le calendrier de voyage. Je leur propose de se joindre à moi chez les Sikhs ce soir. Ils acceptent volontiers et on se quitte. Je redescends la longue rampe qui rejoint la ville et croise une grande effervescence au temple hindou pour la puja (prière) de fin d’après-midi. Mais je ne m’y arrête pas, car je suis un peu pressé. J’ai juste le temps d’un aller-retour en rickshaw pour prendre une douche, faire mon sac, récupérer mes billets de train (pour 60 rps, les gars de l’hôtel s’occupent de la réservation) pour les prochains trajets (Gwalior-Bhopal et Bhopal-Jhansi). Rejoindre Varanasi par le chemin de fer semble plus aléatoire : d’après Steffie, tous les trains allant sur Mumbaï ont été annulés à cause des travaux dus aux inondations historiques qu’a connues la mégapole dans le courant du mois … On verra bien… Kal Ho Naa Ho ! (Profite du jour présent !). Il y a encore pas mal d’animation en ville ce soir et je suis vraiment fasciné par ces étonnants tempos. Bâchés dans la journée pour se protéger de la morsure du soleil ou de la pluie et décapotés le soir pour profiter de la relative fraîcheur… Que d’échoppes et de marchands ambulants ! Puis c’est la grimpette vers le temple sikh, en portant mes deux sacs cette fois ! Les effets bénéfiques de la douche sont vite annulés et je suis trempé de sueur en arrivant en haut. Stefie et Stefan me disent qu’ils sont trop crevés pour venir avec moi, tant pis…J’entame une longue marche dans l’obscurité sur le chemin du fort vers le temple. J’y croise les hommes chargés d’allumer le petit temple hindou à côté de l’école privée Sundia. Sitôt arrivé au temple sikh, attiré par les chants, j’assiste à la prière. L’arrivée dans ce lieu de culte est assez impressionnante avec ce sol de marbre tout lisse que l’on traverse les pieds mouillés après le passage dans le bassin qui garde l’escalier… Un homme se tient au centre tenant le Livre Sacré qu’il passe parfois au-dessus de sa tête en psalmodiant de saintes paroles. J’esquisse quelques attitudes sur mon carnet et capte quelques sons…

Les plus jeunes m’invitent à imiter leurs gestes et, même si tant de dévotion me laisse perplexe, je joue le jeu et les suis à l’étage où le Livre est déposé dans une niche semblable à celle d’en-dessous. Je ne peux m’empêcher de me demander qui est à l’origine de ce curieux rite… Puis le plus ancien nous distribue une pâte (proche en goût du tô malien, c’est dire…) que l’on recueille dans nos paumes ouvertes. Je me fais offrir le chaï par Jogender en compagnie d’autres jeunes. Un parcours étonnant pour cet homme qui, de fermier, est devenu guide bénévole et responsable de la communauté présente ici. Heureusement pour moi, il parle assez bien l’anglais et c’est bien pratique pour communiquer. Je profite qu’un jeune réajuste son turban pour étudier l’art et la manière de l’ajuster. En fait, les cheveux très longs sont torsadés à la main puis réunis en chignon et noués juste au-dessus de front. Le turban (une étoffe très légère longue de 5 mètres) est alors enroulé autour. Je comprends mieux maintenant à quoi correspond la « boule » de ce que j’appelle le « bonnet de schtroumpf » que portent tous les jeunes Sikhs ! Puis nous nous rendons au réfectoire où les hommes d’un côté et les femmes de l’autre se répondent en chantant la même litanie. Cela dure plus d’une demi-heure… et je commence à avoir sérieusement faim ! C’est un rituel avant le repas qui s’apparente à une sorte de transe, mais immobile.

Je croque quelques attitudes pour patienter et lorsqu’arrive enfin l’heure de se remplir la panse, personne ne traîne à s’asseoir sur les nattes par terre ! On mange face à face, cette fois-ci, hommes et femmes mélangés. Des serveurs garnissent nos paumes ouvertes de chapati puis remplissent de dahl un bol en métal pour chacun. La nourriture est plutôt épicée, mais je supporte assez bien… C’est un régal et je n’hésite pas à demander du rab, ce qui ravit mes voisins de nattes, deux vieux aux barbes magnifiques ! Avant d’aller me coucher, j’amuse un peu la galerie (au moins une vingtaine de Sikhs de tous âges) en prenant une photo du temple éclairé à l’aide du mini pied et du retardateur. Ils sont tous impressionnés et semble-t-il satisfaits, par le résultat qu’ils découvrent sur l’écran ! Je me couche enfin, les oreilles encore imprégnées de leurs chants… et de cette litanie qui tourne en boucle dans ma tête : « Chalo ! Shub Rati ! ». Tout est parfait, même si l’eau goutte au robinet, que le matelas est un peu trop mince et que les moustiques me trouvent à leur goût !
Phil Voyages du bout de mon pinceau...
BA Babeli Regular ·
Que de beaux moments… Je t'en souhaite autant chez les Birmans.

Ramram eli
ektâ me bal hai dans l'Un est la force Proverbe indien.
SA Savon Regular ·
merci de nous faire partager ce moment à Gwalior.A quand ce prochain carnet? Patricia
"rester c'est exister, mais voyager c'est vivre" (Gustave Nadaud)
PA Pataugas Veteran ·
Merci Phil!
"le silence des pantoufles est plus terrifiant que le bruit des bottes"

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