Sumatra 2009: entre mer et jungle
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Le trajet :

Quatre jours pour faire Pau/Rubiah !!! On l’a mérité, notre île déserte !

Il y a quelques mois, je fais part à Louloute de l’envie démangeante d’aller faire un petit tour en Indonésie et de commencer par une petite virée sur une île. Mon homme n’est pas du tout démangé par cette même envie, mais alors pas du tout. Sur une île ? lui qui est plus à l’aise dans un champs de maïs ou sur les pentes d’une montagne ne voit pas très bien la chose. Mais je lui vend l’affaire en lui vantant les mérites de la jungle, des volcans… et Ok, l’année prochaine, on ira où il veut. En attendant, il pourra préparer ses chaussures de marche, mais aussi les palmes, masque et tuba.

Le voyage commence le 17 juillet au matin avec les infos sur France Inter « Attentat dans deux hôtels de luxe à Jakarta ». Histoire de se rassurer, on se dit que les choses ne sont jamais aussi calmes que le lendemain d’un attentat, et que de toutes façon, ce n’est pas dans les Guest House où l’on va que les terroristes vont perdre du temps. On boucle les sacs (avec masque et palmes) et on part donc tranquillou. Premier décollage : Paris CDG.

Arrivé la bas, merci Air France pour les horaires qu’il a fallu modifier en dernière minute, on a juste 10h30 d’attente à Roissy, génial !!!

En fait, ça passe vite. On est déjà en voyage, dans un aéroport. Il suffit d’aller aux départs des lignes pour le Sénégal ou le Mali. Quelques touristes, quelques hommes avec des mallettes, mais surtout des familles qui retournent au pays, des femmes de toute beauté en boubous colorés, leurs gamins sur leur « 31 ». Elles discutent, elles rient, se fâchent après les gamins surexcités. Leurs hommes ne sont pas loin, tout beaux aussi, dans leur costume.

Au bout d’un bon moment, passage de la douane et de la fouille, et on rejoint le salon Air France, privilège qu’on a la chance d’avoir. Je ne suis pas vraiment pour les privilèges, mais de temps en temps, ma foi, c’est pas mal. On ne se refuse pas une petite coupe de champagne, c’est pas sur Aceh qu’on prendra souvent l’apéro. Le temps passe très vite et vient l’heure d’embarquer.

Surprise ! Dans sa grande bonté et surtout parce que le vol est surbooké, Air France nous surclasse en première, et ce jusqu’à Jakarta via Canton. Deuxième décollage.

Ne me demandez pas pourquoi on est allé jusqu’à Jakarta pour aller sur Sumatra au lieu de passer comme tout le monde par Kuala Lumpur : on s’est planté, c’est tout.

Bref, une nuit en première classe, faut essayer, ça vaut le coup. Service à la carte, petits chaussons, nappe blanche, des vrais petits pots de confitures pour le petit déj, et surtout dormir allongé !

L’arrivée à Canton est assez spéciale. L’enregistrement n’étant pas fait jusqu’au bout, il faudrait aller à un comptoir, mais évidemment, on n’a pas de visa. Un homme de l’aéroport récupère les passeports d’une trentaine de personnes en transit et on nous fait attendre dans le grand hall après le service de douane. Longtemps après, l’homme revient. Il n’arrive pas à prononcer les noms, c’est donc avec les photos qu’on récupérera nos précieux documents et les cartes d’enregistrement.

Finalement, on embarque pour Jakarta, toujours en première (on s’habitue au confort), et troisième décollage après avoir attendu que l’orage soit passé. Un ciel d’une rare noirceur.

Il fait presque nuit et on a du mal à se rendre compte si c’est le matin ou le soir… avec le décalage, on ne sait plus ; ça fait bizarre, on a juste passé une nuit dans un avion et c’est déjà le soir. Où est passée la journée du 18 juillet ?

On arrive à Jakarta, du brouillard dans les yeux. Il fait chaud et moite. Un taxi, une douche, un lit. Avant de fermer les yeux, vérification : oui, l’eau tourne bien à l’envers quand on vide le lavabo, ou en tout cas, on a bien voulu le voir, Coriolis n’avait pas tord. Retour à l’aéroport le lendemain matin un peu plus frais (pas la météo, nos têtes !).

Le hall des départs ressemble davantage à un hall de gare qu’à celui d’un d’aéroport. Normal, avec toutes ces îles, le réseau aérien est assez développé et ça grouille de partout. Des cartons, des valises, des sacs… On est très en avance et on s’est habitué aux privilèges. Les salons VIP ne nous sont normalement pas accessibles. Le premier nous est refusé sur présentation de notre carte. Mais le deuxième est plus facile, on y rentre comme si de rien n’était, la tête haute, on ne montre rien et on ne nous demande rien.

Quatrième décollage avec la « Garuda » black listée en Europe. L’avion est nickel, les stewards parfaits, le vol se fait en douceur. On a même pu voir le lac Toba avec son île de Samosir au milieu. Impressionnant. Petite escale à Medan, et cinquième décollage. Le paysage vu d’avion est plein de promesses. De la forêt, de la forêt et encore de la forêt. Par endroit, au milieu de rien, une fumée monte vers le ciel. Qui est en train de faire du feu perdu au milieu de rien ?

De temps en temps, près de quelques villages, de grands carrés très rectilignes qui se succèdent et d’un vert différent, des plantations de palmiers à huile. La forêt semble grignotée par ces hectares d’arbres de même nature.

Les reliefs s’estompent, la forêt s’éclaircie pour laisser place aux rizières, un vert vif presque fluo apparaît, d’autres carrés sont du brun de la terre ou du jaune de la paille de riz. La mer n’est pas loin. On comprend les dégâts du Tsunami. La montagne, puis une grande plaine, presque dénuée d’arbres ou autre volume, au même niveau que la mer. La vague a vite fait d’envahir l’espace, rien pour l’arrêter.

Atterrissage en douceur, ça y est, c’en est fini pour l’avion.

Direction hôtel Prapat.

Jamais en 2004 j’aurais cru mettre un jour les pieds dans cette ville. Banda Aceh… un nom de ville à la résonance tellement terrible. Entre les conflits et le tsunami, rien ne leur a été épargné. Pourtant, l’atmosphère y est paisible et sereine. Les femmes bien que presque toutes voilées, semblent jouir d’une liberté identique à la notre, les couples se promènent main dans la main, les jeunes sont au café en bandes mixtes, le marché regorge de poissons et de fruits de toutes couleurs… la vie comme partout ailleurs.

Le lendemain, direction l’aéroport en becek, ces sortes de side-car d’une autre époque, pétaradant et fumant comme pas deux, nos sacs accrochés de part et d’autres.

L’avion des copains que l’on doit retrouver est presque à l’heure, juste une petite demie heure de retard. Avec impatience, on guette les têtes… ça y est, le crâne visible de loin du père… puis sa femme puis enfin les enfants. Cela fait tout drôle de se retrouver ensemble, là bas au bout du monde. On est un peu tous sur les rotules, mais heureux. Ils sont partis de France en même temps que nous, mais nettement plus futés, sont passés par Kuala Lumpur.

Un taxi nous emmène à l’embarcadère au nouveau port de Banda Aceh pour Pulau Weh. Le bateau est là, dernier trajet pense t’on. La mer est d’un bleu superbe, plus sombre que celui du ciel, le soleil tape fort, la brise maritime fait du bien. L’île s’approche rapidement.

Un autre copain, Pierre, qui devait nous retrouver à l’arrivée n’est pas là, pas grave, encore une petite heure de taxi pour Iboï. A 7 personnes plus les sacs dans la voiture, on se sent très proches les uns des autres. Et enfin, ¾ d’heure après, je regarde ma copine : « on y est ! » Enfin presque. Pierre nous avait donné RDV chez Yulia. C’est pas compliqué, c’est au bout du chemin. On charge les sacs sur le dos sous un soleil torride, et on commence les 200m qui nous séparent de la GH. Au bout de 200m, un autre panneau Yulia : 150 m. On monte, on descend, on fatigue, on ruisselle. Un autre panneau : encore 200m et ainsi de suite pendant ce qui nous semble représenter des Km.

Le bout du chemin, le fin de l’enfer, la fin du trajet enfin : « Isa, on est arrivé ». Personne. Juste un Indo qui vient nous voir. « Vous cherchez Pierre ? Il est en face, sur l’île. Je vous y emmène en bateau». Effectivement, en face de nous, une autre petite île. Il nous a bien mené en bateau, d’ailleurs. Notre copain lui avait demandé de nous dire de l’attendre.

On recharge les sacs, montons dans le bateau et franchissons les 200m qui nous séparent de la petite île de Rubiah. « Isa, je crois que ce coup ci, c’est le bon ». Effectivement, un bateau s’approche de nous, Pierre agite les bras. Il était venu nous chercher à l’embarcadère mais nous avait loupés de peu.

Cinq avions, deux bateaux, un becek, trois taxis… et nous voilà arrivés au paradis. Des copains, une famille indonésienne qui habite sur l’île, quelques bungalows et la toilette au puit, des petites plages de sable, une mer avec tous les tons de bleus outremer, des cocotiers qui se penchent au dessus de l’eau. Si c’est pas le bonheur, ça y ressemble fortement !

Arrivée sur Banda Aceh





Rubiah... enfin au loin !
Pascale.
WA Wapiti74 Veteran ·
Rien que de te lire... si c’est pas le bonheur, ça y ressemble fortement ! 😉

Allez ! on veut la suite ! Je ne t'imagine pas passer toutes tes vacances tranquille sur une île déserte, les pieds dans les bleus outremer, les fesses sur une plage de sable fin... 😛
"Nous méritons toutes nos rencontres ; elles sont accordées à notre destin, et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." Mauriac
CO Collerette Regular ·
Tu décris tes voyages merveilleusement toujours. On y est, on s'y croit. J'adore. Comme dit Wapiti, oui la suite mais profite un peu de la plage avec Louloute et tes amis.
BO Boumbastic Globetrotter ·
Ne me demandez pas pourquoi on est allé jusqu’à Jakarta pour aller sur Sumatra au lieu de passer comme tout le monde par Kuala Lumpur : on s’est planté, c’est tout.

J'allais te le dire 😉 ...ou par Penang 😄 Merci de me faire découvrir une région de Sumatra que je ne connais pas 🙂
Khun maa jak nai krap?

"être loin d'ailleurs, c'est être ici" (P. Geluk)
HI Hialle Veteran ·
Merci à tous les 3... vous me faites vraiment plaisir.

Wap', tu as raison. Je ne sais même pas si on s'est assis une seule fois sur le sable. La suite ce WE 🙂
Pascale.
MO Mong1 Globetrotter ·
Bonjour hialle,

Ça y est, ton voyage à Sumatra revit sous forme de récit, c'est bien aussi de prendre le temps, de rassembler ses souvenirs après coup, posément... Comme si tu partais une 2ème fois ! 😉

J'aime toujours beaucoup ta façon de raconter une histoire, en détails, simplement, le récit de ton départ depuis l'aéroport me fait déjà voyager... C'est vrai, qu'est-ce que ça peut être long, un voyage en Indonésie !... surtout quand en plus on habite en province et qu'il faut encore rajouter le trajet jusqu'à Paris, les heures d'attente à l'aéroport, les correspondances.... Et malgré ça, comme toi J'ADORE LES AEROPORTS, je rêve, j'observe, les voyageurs qui arrivent, bronzés, on ne sait de quelle destination, ceux qui partent ou retournent dans leur pays, etc... Et finalement, c'est étonnant comme les heures passent vite, 6h ou plus dans un aéroport cela semble beaucoup mais ça passe et on est déjà la tête dans les nuages... Et c'est vrai que lorsqu'on arrive, on est un peu dans un état second, 24h sans dormir, parfois on se couche une heure ou deux pour récupérer, et on ne sait plus très bien s'il fait nuit, si on est le soir ou le matin...

J'attends la suite de tes péripéties, même si je ne connais pas Sumatra, tu réussis à m'embarquer car je n'ai aucun mal à ressentir ce que tu ressens. Merci pour ce petit moment de voyage !
MA Marji Veteran ·
Aahhh Sumatra... Merci pour ce début de récit et j'attends la suite avec impatience.

Je ne connais que le lac Toba sur Sumatra, que j'avais beaucoup aimé car finalement j'y avais croisé bien peu de touristes, un peu comme Florès de l'autre côté ;) Sur place, une grecque mariée à un indonésien m'avait parlé de Pulau Weh et des environs... Quel dommage mon visa touchait à sa fin !
Photographies d'Inde et d'ailleurs : www.marjilang.com Sab kuch milega !
HI Hialle Veteran ·
Coucou Catherine C'est drôle comme on éprouve des sensations identiques. Certains n'aiment pas les aéroports... moi, j'adore. Le voyage commence dès la porte de la maison franchie. A chaque fois, la même émotion. Prendre la voiture, aller à notre petit aéroport de Pau, être entouré de gens qui vont juste bosser sur Paris alors que nous même partons vers l'ailleurs, rejoindre cet aéroport de CDG 10 fois plus grands que le notre et essayer de deviner ce que fait chaque voyageur croisé. Qui va t'il rejoindre, quelqu'un l'attends t'il, part-il ou revient-il, quelle est sa vie ? En même temps, je me sens toujours un peu génée vis à vis des personnes qui travaillent à l'aéroport, de celles qui font le ménage et ramassent les papiers des voyageurs. Qu'est ce que je ressentirais à leur place en voyant en permanence des gens partir à l'autre bout du monde alors que j'ai du mal à payer mon loyer. Démagogie, culpabilité ? compliqué en tout cas. Et pourquoi ceux qui font le ménage sont tous de couleur, et pourquoi ceux qui enregistrent les billets sont en général tous bien blancs ? oui, bien compliqué tout ça. Et pourtant, les aéroports sont de vrais lieux d'émotions.
Pascale.
BO Boumbastic Globetrotter ·
Bonsoir hialle,

Et pourquoi ceux qui font le ménage sont tous de couleur, et pourquoi ceux qui enregistrent les billets sont en général tous bien blancs ?

Je crois que tu exagères un peu la 😕 moi j'en vois de toutes les couleurs au check in, des blancs pour les destinations européennes, des jaunes pour l'Asie, des noirs pour l'Afrique etc.... je passe sur les bleus, les verts et autres couleurs pour des destinations spatiales pas encore d'actualités mais qu'on aperçoit deja dans certains films 😉😏😏😄😄😛 Bonne soirée.... dans l'attente de la suite de tes aventures 😉
Khun maa jak nai krap?

"être loin d'ailleurs, c'est être ici" (P. Geluk)
HI Hialle Veteran ·
Salut joli singe à lunettes, si tu as raison pour toutes les couleurs au check in (oui, j'exagère un peu, ils ne sont pas tous blanc écrémé), je ne crois pas exagérer beaucoup pour ceux qui font les taches les plus ingrates. Ils ne sont en général pas très clair. Ansi va le monde. Tu me diras, si cela me choque, je n'ai qu'à aller faire le ménage avec eux..... j'avoue que ma culpabilité ne va pas jusque là.

En attendant, prépare ton masque et ton tuba. Demain, je t'emmène dans l'eau 😎
Pascale.
DO Dolma Globetrotter ·
Voilà encore (quand j'écris encore je pense aux carnets de Yann) une belle occasion d'aller me perdre parmi ces iles lointaines ! Pascale, je vais donc savourer tes mots avec plaisir et gourmandise, comme d'hab...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
CH Chris06 Veteran ·
😉 hé hé et voilà pascale et ses aventures "indonésiennes " Ton premier contact avec l'Indonésie me semble un grand "coup de coeur " 😏

Quel circuit as tu fait ? Sumatra ? Bali ? Lombok ?

J'arrive pas à me decider pour mon premier voyage en INDONESIE ...il semble y avoir tant de choses à voir

bises de NICE !
chris06
HI Hialle Veteran ·
Merci pour vos commentaires. Pour ceux qui n'aime pas l'eau, attendez un peu quelques jours que l'on quitte Rubiah et que l'on s'enfonce dans les terres. Pour l'instant, un peu d'eau.

2/ L’eau : un autre monde

Le vent a soufflé fort toute la nuit, les bruits de tôles nous ont fait croire que le toit s’envolait et je me suis retenue toute la nuit pour ne pas réveiller Louloute et qu’il aille le réparer. Au réveil, une énorme pluie vient nous rappeler qu’on est proche de l’équateur. On se croirait dans le béarn.

L’avantage du snorkling, c’est que c’est une des rares activités que l’on peut pratiquer sous la flotte. Mouillé pour mouillé… l’eau de la mer est même plus chaude que celle qui tombe du ciel.

Rapidement, on enfile les palmes, masque et tuba qui étaient restés dans la grange à la poussière depuis quelques années. La dernière fois qu’on les avait sortis, c’était en Thaïlande en 2002 ; époque de notre première immersion dans ce monde aquatique. C’était beau, très beau… mais on n’y connaissait rien. Impossible de mettre des noms, de voir le minuscule, le caché, de dissocier ces animaux fabuleux.

La chance qu’on avait cette année, c’est d’être entouré de passionnés qui nous ont communiqué ce qu’ils aimaient, ce qu’ils cherchaient, ce qu’ils connaissaient. Entre les poissons, les coraux, les anémones, les nudibranches, les espèces de planctons urticants qui ressemblent à des méduses, les longs filaments à éviter parce qu’ils brûlent, les étoiles multicolores… tout un monde d’une extrême sérénité s’ouvre à nous. J’ai une certaine passion pour les jardins terrestres, ceux qui les dessinent, les créent, les entretiennent ; une admiration pour la diversité du monde végétal. Mais là, c’est la nature toute seule qui se débrouille, et bon dieu qu’elle est forte et créative. Le premier sentiment est celui d’être dans un univers qui n’est pas le notre. On est juste invité, toléré, seulement un droit de passage. Ne rien toucher, ne rien abîmer, ne laisser aucune trace de notre incursion… on n’est pas chez nous et ce jardin extraordinaire aux milles couleurs semble être encore préservé des agressions humaines.

Les coraux ont des formes et des couleurs d’une grande richesse : en plateau, en branche, en corolle, en forme de cervelle. Certains ont les extrémités toutes bleues les faisant ressembler à des guirlandes de Noël. D’autres ondulent sous les courants comme des graminées sous le vent ou sont dentelés d’un liseré blanc.

Des points lumineux décorent certains coraux comme de minuscules sapins de Noël bleus, oranges, violets, rouges ou verts. Si on les approche à peine, zip, ils se rétractent et laissent juste un trou en surface. Attendre quelques instants, et de nouveaux, ils apparaissent. Magique.

Aussi variés en forme et en couleurs, des anémones se nichent sur le corail. Du ruban mauve à l’étoile poilue bleu pétard, du pompon rouge à la grosse tomate violette, impossible de ne pas tomber sous leur charme. Pour les défendre, les poissons clowns oranges noirs et blancs sont comme des sentinelles au dessus d’eux. Qu’une tortue s’approche, et hop, ils viennent lui signaler d’aller se promener plus loin.

Et les nudibranches, ces grosses limaces aux taches fluos difficiles à repérer. Elles sont tranquillement posées au fond de l’eau, leurs œufs en long rubans rouges qu’on mettrait bien autour d’un chapeau. Jamais on ne les aurait vues si on ne nous avait pas mis le doigt dessus, jamais on n’aurait eu l’idée de les inventer dans les dessins les plus saugrenus.

Questions poissons, ils n’ont rien à envier en forme et en couleur aux autres habitants de ce monde étrange. Autant l’Homme a besoin de vêtements pour montrer qu’il peut être beau, sa couleur de peau n’étant qu’un morne dégradé du blanc au noir ; autant l’animal marin est en perpétuel habit digne du carnaval de Venise. Le poisson cocher, avec ses rayures jaunes, noires et blanches ; le poisson chirurgien jaune ou bleu, le Butterfly avec sa tête bariolée et son corps tout jaune ; le Trompette Fish, long et argenté et son nez pulpeux ; le Black Snapper Juvenile noir et blanc, à tâche ou à rayures. Inutile de se changer, certains virent de couleur en fonction de leur environnement.

Les poissons perroquets, à la robe flamboyante jaune et bleue, se font une petite séance de toilettage par des petits labres. Une vraie station de nettoyage. Et que je te nettoie le côté droit, et que je te nettoie le côté gauche. Le gros poisson se tourne docilement, prêtant le flanc aux laveurs qui se glissent par tous les orifices.

Plus loin, c’est un Porc Epic fish avec ses grands yeux bleus. Presque un regard tendre pour cette grosse bestiole, aussi tendre qu’elle est dangereuse.

Et celui qui se cache, là bas, le Lionfish. Un véritable oiseau avec ses nageoires semblables à des plumes et tout aussi dangereux que le Porc Epic.

Plus étonnant, la crinoïde. Noire, jaune, rouge, elle ressemble à une algue qui ondule avec grâce attachée sur le corail. Mais c’est un animal qui a des racines et une tige… drôle d’idée quand l’espace est aussi vaste, de rester prisonnière.

Des heures durant, on regarde, on observe, on cherche. Tout à coup, un cri : « une murène !!! ». Tout le monde se rassemble à grand coup de palme pour voir ce poisson fabuleux. Elle est là, en dessous de nous. Longue de plus de deux mètres, tigrée de jaune et noir, elle glisse doucement comme un reptile. Son corps fait de grandes ondulations gracieuses et souples. Elle nous a certainement vus, mais elle n’a pas l’air d’avoir peur. Au contraire, elle va tranquillement de rocher en rocher comme si elle désirait qu’on la suive, un peu comme une star, elle se cache sous un rocher puis se montre, elle se faufile derrière un corail et se découvre de nouveau espérant que les paparazzi soient toujours là. Certains d’entre nous descendent en apnée pour la voir de plus près, cela n’a pas l’air de la déranger même si son sourire face aux appareils photo n’est pas vraiment franc. Puis toujours aussi gracile, elle s’enfile dans un trou. Belle rencontre !

Autre moment tout aussi magique qui suit le cri d’un des enfants « Une tortue !!! ». Mêmes coups de palmes des nageurs pour se rassembler autour de la vielle dame. Elle est grosse, certainement plus très jeune, avance lentement, oscille parfois la tête de droite ou de gauche, s’approche d’un peu trop près d’une anémone mais les poissons clown sont là pour l’éloigner. Elle ne semble même pas étonnée de ces drôles de poissons avec masque et tuba qui l’accompagnent pendant un petit bout de chemin.

Le comportement des animaux est aussi varié que leur apparence. Certains sont solitaires, allant de rochers en coraux. D’autres sont toujours par trois ou quatre telle une bonne bande de copains, bien alignés comme des soldats ou alors au contraire sont en clan bien plus nombreux de 15 ou 20. Tels les oiseaux migrateurs, certains poissons se comportent comme un seul individu, formant comme un gros nuage marin. Ces milliers de petits poissons se déplacent en banc, bougent brusquement et nerveusement, exactement tous en même temps comme s’ils suivaient une chorégraphie maintes fois répétées ou s’ils entendaient un signal sonore leur indiquant de tourner. Inutile de chercher un chef, il ne semble pas y en avoir.

Solitaire, l’étoile de mer. Rouge, bleue, elle est là et attend. Plus sociable avec ses congénères, l’oursin vit avec ses copains et nous yeute de ses trois gros points rouges et bleus.

Parfois, le cris d’un plongeur parce qu’il a trouvé une langouste ou un nouveau nudibranche.

Le cris le plus surprenant : « les requins !!! ». Et on en voit deux, côte à côte qui tournent tranquillement avant de prendre le large.

Quelques images, mais comme dirait Louloute, les photos prises avec un jetable… c’est les photos qui sont à jeter !
Pascale.
BO Boumbastic Globetrotter ·
Merci merci hialle, magnifique, c'est comme si j'y étais, j'ai même retenu mon souffle, en apnée avec vous 😉

Au réveil, une énorme pluie vient nous rappeler qu’on est proche de l’équateur. On se croirait dans le béarn.

J'aimerai pas habité Pau quand il pleut 😉😄😄😄😄😏😏😏😏😛
Khun maa jak nai krap?

"être loin d'ailleurs, c'est être ici" (P. Geluk)
RA Ragamuffin Globetrotter ·
Merci pour ce récit mais ce serait mieux s'il était parsemé de quelques chiffres ce qui permettrait aux suivants d'avoir une petite idée du coût de tout cela (hôtels, déplacements, etc.)

Raga, le comptable de service 😉
"Nous ne sommes plus une communauté d'être humains qui se parlent mais un conglomérat de grappes de consommateurs en niches, séparés les uns des autres par des obsessions diverses et innombrables. Nous sommes de l'ère de la désintégration." Marc Moulin (1942-2008) in Humoeurs
HI Hialle Veteran ·
Bien, chef comptable ! 😉

Bien que cela soit moins poétique, voici quelques données chiffrées (tout est pour deux personnes) :

Visa à l'arrivée : 40$ Avion Garuda Jakarta/Banda Aceh réservé en France : 221 € Hôtel Prapat à Banda Aceh avec AC : 175000 Rp Sans AC : 100000 Rp Dîner Banda Aceh : 37000 Rp (14500 Rp = 1€) Becek aéroport : 55000 Rp Ferry Banda Aceh/Pulau Weh : 110000 Rp Quatre Jours sur Rubiah tout compris (repas + nuits) : 850000 Rp (7, 25€/pers/jour)

Voili voilà 🙂
Pascale.
AY Ayis Veteran ·
Ah ca fait plaisir de voir que rubiah est toujours aussi belle et que le "coral garden" abrite toujours la tortue de service!!

Je logeais en face de rubiah chez OONG ( un peu avant yulia) dans un bungalow les pieds dans l'eau et j'ai fais plusieurs fois la traversée a la nage pour rejoindre rubiah.

Ah ca me manque pulau Weh et l'ambiance decontractée.

Merci pour ce beau recit.
RA Ragamuffin Globetrotter ·
Terima kasih (Merci)

Je ne suis pas encore "chef comptable" 🤪
"Nous ne sommes plus une communauté d'être humains qui se parlent mais un conglomérat de grappes de consommateurs en niches, séparés les uns des autres par des obsessions diverses et innombrables. Nous sommes de l'ère de la désintégration." Marc Moulin (1942-2008) in Humoeurs
HI Hialle Veteran ·
J'aimerai pas habiter Pau quand il pleut 😉😄😄😄😄😏😏😏😏😛

Et si tu voyais les trombes d'eau qu'on se prend en ce moment sur la tête 🙁

Allez, petite suite ....

Lorsque la pluie se met à tomber et que le vent se lève, la mer s’agite. En surface, les vagues nous bousculent un peu. Si on sort la tête, c’est le clapot, le chaos. Il suffit alors de remettre la tête sous l’eau, et soudain, c’est de nouveau le calme et la tranquillité. Il fait toujours beau dans l’eau.

Serein ce monde ? pas toujours. Ici, se sont deux poissons qui s’acharnent sur un gros oursin qui tente vainement d’y échapper. Le combat est inégal. Plus loin, ce sont ces filaments unicellulaires qui piquent violemment au contact de la peau. Redoutable, une brûlure dans l’eau. On se sent parfois à peine admis dans cet univers.

Autre animal étonnant, c’est l’homme, justement. Balourd et souvent peu gracile sur terre, il devient poisson. Pas de gestes brusques, les palmes battent tranquillement la mesure. Régulièrement, il descend en apnée pour observer ce qui se passe au fond.

Là, il y a tous les styles. Dominique est une vraie sirène. Elégante, gracieuse, elle évolue dans l’eau comme l’enfant dans le liquide amniotique. Elle reste longtemps à contempler la murène ou la tortue, elle se plait à nager à leurs côtés.

Les garçons nagent les bras tendus avec l’appareil photo prêt à être déclanché. Ils repèrent, cherchent l’étrange, prospectent, examinent les fonds, plongent rapidement, s’accrochent pour chercher un peu de stabilité et se concentrent sur le nudibranche ou le Lion Fish qu’ils veulent capturer dans leur appareil. Ils remontent prendre un peu d’air et y retournent pour peaufiner leur macro. Ils sont à l’affût, à la chasse, se montrent leur proie sur leur écran respectif et reprennent le guet, prêt à descendre au fond. Ils sont dans leur élément, dans leur passion, ils ne voient pas les heures tourner.

Les filles plongent au grès des envies et repèrent pour leur homme la proie à capturer et à transformer en pixel. Elles ont l’habitude, ont l’œil et savent voir la bestiole la moins évidente pour nous, pauvres néophytes. Elles aussi semblent être sur leur terrain de jeux favoris.

Les enfants jouent, plongent, nagent, repèrent, nous appellent pour nous montrer leur trouvaille. Eux aussi savent regarder ce monde. Ils sont là comme en cours de récré, comme si c’était leur loisir habituel, comme d’autres font du foot ou du judo.

Quant à Louloute… l’animal terrestre qui soit disant ne se sent pas bien dans l’eau, il observe tout ce petit monde aussi bien humain qu’animal. Il découvre, regarde, s’extasie comme un gosse, nous appelle heureux quand il a déniché une langouste pour qu’on vienne la voir. Il reste en surface, prudence oblige. Mais il se délecte. Adaptable à tous les milieux, il est heureux dans celui-ci et y restera des heures durant.

Un midi, on finit le repas, chacun devant son café. Un cri d’Isa « Là bas, les dauphins ». Une multitude de nageoires sortent de l’eau au large de notre île. Un banc passe face à notre petite plage. Ni une ni deux, masque et palmes à la main, on court sur une autre petite plage plus au nord pour essayer de prendre le banc de revers. Les tongues claquent. En quelques secondes, tout le monde est à l’eau, palmant à la vitesse maximum. Isa siffle pour essayer de les attirer vers nous. En vain, ceux là ne sont pas curieux et on n’arrivera pas à les rejoindre. Ce n’est pas encore aujourd’hui que je retrouverai Flipper le dauphin. L’homme a dû déjà leur jouer quelques tours et ils s’en méfient.

Le soir, c’est l’animal qui vient à nous, à la nuit tombée. De gros Bernard L’Hermite nous rendent visite et il s’agit de ne pas mettre les pieds dessus. Pour celui qui n’a pas de caisson étanche pour son appareil mais juste un piètre jetable ou un APN classique, c’est un des seuls moments où il peut se rattraper un peu. Alors à quatre pattes par terre, il le photographie sous toutes ses coutures comme pour se rattraper de n’avoir pas capturé ce monde aquatique fabuleux.

Et de retour, Louloute dira « ce n’est pas l’appareil qui est à jeter, ce sont les photos ! ». Heureusement qu’on a encore tout dans les yeux.

Rarement des journées furent à la fois aussi riches et reposantes que celles passées sur cette île. Pas de responsabilités, pas de voisins, pas de corvée. Juste nager, découvrir, s’émerveiller avec des gens avec qui franchement on a autant appris que rigolé. Dans l’eau toute la journée ou presque, un riz et du poisson grillé pour chaque repas, et la douche. Ah, la douche. Chacun son tour, au puit. Lancer le seau afin qu’il ne reste pas en surface mais qu’il s’enfonce bien, ne pas lâcher la corde (hein, Louloute !), et s’asperger ensuite de cette eau douce. Et au dîner, reprendre LE bouquin tous ensemble pour essayer de mettre des noms sur ces animaux fabuleux. Regagner ensuite le bungalow à la lampe torche en passant pas la plage si la marée est basse, s’endormir en écoutant le bruit de la mer et se dire que c’est vraiment trop bon !

Franchement… et dire que Louloute n’était presque pas partant. Comme quoi, il faut toujours écouter les filles !
Pascale.
CI Cipika Regular ·
C'est tellement bien raconte que je vais aller visiter tes autres recits de voyage - une belle passerelle entre 2 voyages.
"The world is my oyster"
HI Hialle Veteran ·
Merci cipika. Il faudra être un peu patient, je ne suis pas une rapide 🤪

3/ Rubiah/Banda Aceh/Takengon

Et bien voilà, c’est aujourd’hui qu’on doit partir. Il faut quitter notre paradis et les copains pour aller vers une destination qui nous est plutôt inconnue !!!! Évidemment, le temps est splendide. La mer est calme, pas un souffle de vent. Mais chose exceptionnelle, personne ne va à l’eau et on troque les palmes contre des tongues pour traverser l’île à pied. Un petit chemin abrupt s’enfonce à travers les arbres, les palmiers, les lianes… une vraie jungle en miniature. La nature est exubérante. Facile, il fait chaud et il pleut tous les jours. Sûre que si on plantait un tuteur, c’est lui qui pousserait. Au bout de l’île, on tombe sur les vestiges de l’occupation japonaise… et sur une vue magnifique. Devant nous, la mer d’Andaman, à l’Est le détroit de Malacca est à l’Ouest l’Océan Indien qu’on pourrait voir si Pulau Weh ne nous le cachait pas. L’eau est d’un bleu profond, les courants vont dans tous les sens et juste en face un gros rocher couvert d’arbres sort la tête de l’eau.

Dernier déjeuner avec les copains. On essaye de retenir le temps. Il s’écoule vraiment trop vite parfois. C’est étrange ce sentiment que l’on a, on aimerait rester, mais on a décidé de partir. Si on veut faire sans courir la suite du voyage, il faut y aller. Les sacs sont rapidement faits et on laisse notre matériel de snorkling à la famille indonésienne qui s’occupe de l’île. Pas franchement un cadeau. Maintenant, on a compris l’intérêt d’un masque qui ne prend pas l’eau et d’un tuba adapté. Un dernier café. Morgane et Lila sont comme d’habitude dans l’eau, Antoine et Loïc font un volley. On embarque dans le bateau de Yoyo. Les copains agitent les bras, on les verra jusqu’à ce que le bateau passe la petite crique, ça y est, Rubiah c’est fini.

Le retour sur Sumatra se fait rapidement. Un bateau, un taxi, un bateau, un becek et on se retrouve sur le nouveau port de Banda Aceh. Un panneau attire l’œil. Sur fond blanc, un dessin bleu. Un homme qui court devant une grosse vague avec une flèche pour indiquer dans quel sens courir en cas de tsunami. Le souvenir semble encore extrêmement présent et pesant. Chaque habitant a perdu un membre de sa famille, 160 000 morts pour la province, de nombreuses cicatrices encore apparentes.

On retrouve notre hôtel, et deux hommes ne trouvent rien de mieux que de s’installer sous la fenêtre pour fumer leur clope. Non seulement, ils papotent fort, mais la fumée rentre par les stores ajourés. Un peu couillons, on mettra un long moment avant de leur demander d’aller un peu plus loin. Et eux, répondent juste avec un sourire et se poussent de 10 mètres. Juste ce qu’il fallait. C’est pas compliqué finalement. On s’endort avec la drôle de sensation qu’on n’aurait pas dû quitter si tôt notre île. Il faisait un temps magnifique, pas de touristes, que des copains, un monde fabuleux à découvrir, des journées super reposantes…. Mais notre temps est compté. On veut descendre par la route du milieu et on n’a aucune idée du temps que cela va pouvoir nous prendre. Cette impression nous tiendra presque une journée, et tout d’un coup, ça y était, on était reparti, juste nous deux, à la découverte d’autre monde. Peu importe le passé, le voyage continuait.

A 8h30 le lendemain, on est au terminal de bus pour partir en théorie aussi sec sur Takengon. On commence à apprendre la patience. « Oui oui, le bus va venir, pas de souci ». Sachant qu’on avait 8-9 heures de route, on commence vaguement à s’inquiéter. Louloute en profite pour approfondir son indonésien avec tous les revendeurs de billets. Il y a du monde autour de lui, ça rigole, ça papote… et finalement, à 9h30, le bus arrive. Un mini bus, pas de gros bus pour Takengon. On est les seuls passagers au départ et on suppose qu’on fera le plein en cours de route. On quitte Banda Aceh, on sort de la ville pour monter à flanc de coteau dans une sorte de lotissement. Des petites maisons nickels dans des ruelles avec devant chacune un petit jardin. Juste les égouts à ciel ouvert qu’il faut enjamber pour rentrer dans ces jardins. Drôle de contraste. Clean chez les gens, crade dès qu’on en sort. Une femme et son enfant monte à bord du bus, et … on revient sur Banda Aceh. Juste 1h30 de détour pour prendre une seule passagère. On ne comprend pas tout, on n’essaye surtout pas et on laisse les choses se faire. On traverse la ville, allons chercher d’autres passagers dans de minuscules ruelles, faisons la queue derrière un camion transportant deux éléphants et qui a un peu de mal à prendre les virages à angle droit. A 11h, enfin on quitte la ville. Le moteur chauffe sous les pieds, son bruit ne s’arrêtera pas 8h durant. Les sièges sont durs et raides. L’air aussi est chaud, en plus d’être enfumé. On est serré, mais tout le monde est à la même enseigne. Le bus est plein et les gens nous demande où l’on va. - A Takengon ? Mais qu’est ce que vous allez faire là bas ? - Vous y connaissez du monde ? - Mais il fait très froid à Tankengon ! Effectivement, il doit faire un minimum de 25° à cette époque, ce qui leur semble froid. Les questions continuent. C’est vrai qu’ils n’ont pas l’habitude de voir des touristes dans ce coin. Le paysage change. Des plaines vertes de rizières, des cocotiers, et derrière les arbres la mer qu’on va longer quelques temps et quelques montagnes fumantes. Paysage de cartes postales, un mélange de vert et de bleu. Curieux de voir des rizières au stade montaison côtoyer d’autres rizières au stade épiaison, côtoyant encore des rizières couvertes de chaume. Cycle de végétation permanent. Il y a beaucoup d’activités le long de cet axe. C’est la route qui relie Banda Aceh à Medan que l’on va emprunter pendant un premier tiers avant de s’enfoncer dans les terres, véritable artère économique. Habile slalom de notre chauffeur (la clope au bec), entre les motos, les beceks, les voitures, les camions, les écoliers en uniformes, les écolières voilées qui sortent sans regarder le trafic. Il n’y voit rien, mais cela ne l’empêche pas de doubler. Premier arrêt pour que le chauffeur se prenne un café. Certains passagers restent dans le bus malgré la chaleur et le moteur tourne toujours. On repart, on a les fesses qui se transforment en confit. Certaines femmes enlèvent leur voile dans le bus.

Et d’un coup, ça y est, on abandonne la côte et on s’enfonce dans les terres. La route est bien plus étroite, mais tout aussi encombrée. Les villages s’espacent, le relief s’accentue, les virages arrivent. On monte, on descend en permanence, le minibus peine. La végétation se densifie : bananeraies, cocoteraies, palmiers dattiers, palmiers à huile, la nature est heureuse ici.

Deuxième arrêt au bord de la route, le moteur tourne toujours. Sur le ruisseau qui coule le long de la route, deux petites cabanes espacée de 50 m, constituées de bâches. Attention. Ce sont simplement les toilettes, deux planches au dessus de l’eau. Si vous allez à celui d’en bas, vérifiez qu’il n’y a personne à celui du dessus. Basique peut-être, encore faut-il y penser. On arrive ensuite sur une sorte de vaste plateau ondulé qui dure, qui dure. La végétation est encore plus exubérante. On passe sous des fougères arborescentes remarquables de plusieurs mètres de haut, des bougainvilliers flamboyants, des yuccas, des palmiers de toutes sortes…. Tout ce qu’on essaye furieusement et souvent en vain de cultiver sous nos latitudes. Ici, elle ne demande qu’à pousser, pousser. En même temps, à l’horizon, toujours des quantités de fumées montant bien droites dans le ciel. Il semble que bon nombre de feux soient allumés ici ou là et il sera difficile d’en connaître la raison. De la culture sur brûlis sans doute, du défrichage… et pour planter quoi ? on ne voit pas encore dans cette province d’Aceh les centaines d’hectares d’hévéas ou de palmiers à huile que l’on rencontrera plus au sud. L’agriculture semble encore relativement vivrière. Du cacao, du café, du riz, de l’arachide…

Les villages traversés ont une allure particulière. Des maisons basses et larges, coquettes et très fleuries. Une chose étonnante est le nombre impressionnant d’écoliers aux sorties d’écoles. Des centaines de gamins à pied, à vélos ou à moto… tous dans le même uniforme, et les filles toutes habillées de blanc et voilées. La température effectivement baisse, on arrive au col qui surplombe Takengon avec une vue impressionnante sur le Danau Tawar qui paraît encaissé et sombre sous un ciel noir. Nous sommes à 1200m environ et il fait presque frais. La descente sera rapide, la nuit arrive vite. Un premier hôtel qui promet une super vue sur le lac d’après le LP, mais il est désaffecté. On ne fait pas les difficiles et on prend le premier que le chauffeur du bus nous trouve. Un peu trop classe, un peu prétentieux et trop clean, mais on est appâté par la douche chaude.

Demain sera un autre jour et on aura le temps de changer.









Pascale.
HI Hialle Veteran ·
4/ Journée à Takengon

Première chose, changer d’hôtel. Celui dans lequel on loge est correct, mais un peu insipide, les gens un peu obséquieux et trop de courbettes. La seule chose qui vaut vraiment le coup est la vue sublime que l’on a de la salle qui se trouve tout en haut de l’hôtel sur le lac. Un riz grillé avec un œuf à 8h du mat devant un tel spectacle, c’est quand même pas mal. L’autre hôtel est bien moins cher et surtout bien plus sympa. C’est l’Arizona juste à côté du terminal de bus. Il est tenu par un jeune couple qui a repris la gérance depuis juste deux mois, et ils font en sorte que l’ambiance soit sympa et les lieux assez propres. On discute un peu avec eux, ils voudraient que ça marche. En fait de terminal de bus, c’est juste un bord de route, il doit y avoir un départ et une arrivée par jour. Le reste le la journée, des revendeurs revendent des tickets pour le lendemain. Faut dire que sur cette route, on ne peut aller que vers le nord ou le sud. Rien à l’est, rien à l’ouest. Des montagnes, juste de la montagne. Alors des bus, il n’y en a pas des masses. Avant de partir à la découverte du coin, on prend des billets pour Blangkejeren le lendemain. 70000 Rp, ç’est bon, les transports sont franchement pas chers, à la hauteur de leur confort.

On prend un ojeh, une sorte de side-car qui pétarade pour essayer de trouver en périphérie de Takengon des maisons soi disant sculptées. Jamais on ne les trouvera. On demande, on cherche, on interroge… personne ne les connaît alors qu’elles sont bien marquées dans le LP. Mais en fait, on s’en fiche un peu, on cherche juste un but de balade, une destination à indiquer à notre driver. Ce qui nous intéresse, c’est aller dans la vie de tous les jours de cette petite ville et c’est ce qu’on va faire toute cette journée : apprentissage et recherche de repères dans la langue locale. Du coup, on atterrit sur une sorte de sanctuaire à Patri Bukbes à 10 km de la ville. Une grotte sans grand intérêt bien que son guide soit très fier de nous y emmener. Il prend son métier à cœur et nous montre plein de «cailloux » censés représenter plein de têtes ou de corps d’animaux. Un serpent, un tigre, une tête… soit, on veut bien y croire. Mais certaines formes étaient quand même carrément belles même si cela ne vaut pas franchement le voyage. En même temps que nous, un groupe de jeunes des environs se baladent en couple main dans la main, voilées pour quelques unes. On a le sentiment qu’il y a une très forte tolérance vis-à-vis du voile. Libre à elles de le porter ou non. Une très grande majorité de femmes le met quand elles sortent de chez elle mais on ne sent pas la moindre obligation. Presque comme un simple couvre chef, le visage reste bien découvert et presque toujours souriant et avenant. Ces jeunes sont curieux de nous voir. Il y a peu de touristes qui passent à Takengon et encore moins de blancs, et bien sûr, il faudra poser avec eux pour la photo. Ils sont cools et sympas.

Au retour, on est toujours en train de chercher notre fameuse maison sculptée et on demande la route à un couple qui habite au bord du lac. Evidemment, ils ne connaissent pas cette maison. N’étant pas encore habitués à l’hospitalité indonésienne, c’est avec surprise qu’on se retrouve chez eux au bout de 10mn à boire le café Gayo et manger des bananes. Ils parlent un peu anglais, et on s’essaye à l’indonésien ce qui les fait rire. Ils gardent les locaux de MSF et nous les font visiter. Grands, mais spartiates. Vides, en fait. On restera un bon moment chez eux et sont avec nous presque comme si on était des copains de passage. C’est étonnant cette façon d’accueillir l’étranger. C’est ce qui nous étonnera tout le long du voyage. Dans peu de pays les habitants nous font rentrer aussi facilement et rapidement dans leur intimité, comme s’ils voulaient qu’on soit une sorte de témoin de leur façon de vivre. Leur fils de 4 ans, ciseaux à la main, semble bien actif et s’évertue à couper toutes les plantes qui se présentent à lui, notamment un papyrus qui y laissera bon nombre de plumes. Les parents ne lui disent rien. Le femme est enceinte de 5 mois et je lui souhaite un deuxième plus calme. On fait le tour avec eux du potager et on retrouve pas mal de légumes et fleurs de notre jardin. Du coup, on attaque une bonne discussion sur notre passion commune. Mais amusement pour nous, le potager est indispensable pour eux. Ils sont quand même surpris que ces touristes de passage cultivent aussi à la bêche les courgettes et les citrouilles. L’intérieur de la maison est sommaire. Peu de place donc bien rangée, avec le poste de télé qui trône dans la pièce commune. On se quitte après la séance de photo et échange d’adresse.

Direction le lac où se balade entre les rizières et les parcelles où les buffles flânent tranquillous. Cette zone à l’air hyper fertile et surtout les quelques hectares plats coincés entre les montagnes sont intensément cultivés. Tous les 50 mètres, une ferme. Une petite maison en bois, un enclos et des gamins qui jouent, parfois peureux, parfois espiègles. La vie au bord du lac et sur le lac est intense. Des indonésiens ramassent de grands sacs de moules au bord de l’eau, des élevages de poissons envahissent la rive, des cultures d’une sorte de jacinthe d’eau dans des parcs font trancher le vert sur le bleu. On regrette une seule chose, c’est la pauvreté de notre indonésien. On a l’impression que tout le monde cherche à lier conversation avec nous et essaye de nous parler. La question qui revient le plus souvent et celle de savoir si nous sommes mariés et si nous avons des enfants. Et notre nationalité, évidemment. Connaissent-ils la France ? de nom certainement, mais sans doute pas davantage. Si bien sûr, j’oublie le foot. Zidane ! Voire même Platini pour les plus vieux… ça, ils connaissent. Le temps est rythmé par les appels des nombreux imams qui se répondent d’un bout à l’autre de la ville. Allah est très présent. Marcher au bord de ce lac nichés dans les montagnes, entre les pêcheurs et les paysans est un moment vraiment extra. Les gens sont adorables, souriants, on se sent vraiment bien ici.

On retourne dans la ville pour faire notre virée inévitable au marché. C’est le lieu où tout se passe, tout se vend. Des gens dorment, d’autres mangent, d’autres papotent. Des quantités de variétés de fruits et légumes de toutes les couleurs donnent un mélange de parfums inégalables. Le durian arrive nettement à se détacher des autres fruits et se repère à plusieurs mètres. On le sent d’abord, on le voit ensuite. La fin de la journée se passe tranquille à se balader dans la ville, ses petites rues, et à emprunter une petite route qui part on ne sait où. La pluie arrive, forte. On lève le pouce pour rentrer en stop. La première voiture qui arrive est surchargée mais elle s’arrête. C’est un pick-up. A l’arrière, une quinzaine d’hommes et femmes qui reviennent des champs. Ils nous font signe de monter. On n’a aucune idée de l’endroit où on va pouvoir se poser, mais entre les paniers et les autres pieds, on se trouve une petite place. Tout le monde rigole, tout le monde est trempé. Retour à l’hôtel où notre manager en chef nous souhaite un grand Salamat Tidur. Coupure d’électricité générale sur la ville. Par la fenêtre, c’est la nuit noire. Quelques phares de voitures, quelques bougies donnent une lueur palote au loin. On s’endort comme des masses.

















Pascale.
HI Hialle Veteran ·
5/ Takengon/Blangkejeren

Les mosquées démarrent bien tôt, l’imam semble être dans la salle de bain. A 7h15, on frappe à la porte. On ouvre, les yeux encore en capote de fiacre. C’est le petit dej qui arrive : œufs, riz, tomates, concombre, beignets de crevette. Royal, c’est la surprise. C’est vrai qu’il n’y a jamais de touristes dans ce coin, alors pour le petit café du matin, il faudra attendre. On redescend se prendre un petit thé. Mon voisin du resto, comme tous les indos, mange avec sa main droite. Il mélange soigneusement le contenu de l’assiette avec les doigts, fait une boulette et la porte à la bouche. Sur chaque table, un bol d’eau pour se rincer la main. Les premières fois, cela surprend, puis on s’y habitue, puis on fait la même chose. Grosse erreur à ne pas commettre, utiliser la main gauche.

On arrive pour prendre notre bus à 9h15, et chose exceptionnelle, il n’attendait que nous et part avec 15 minutes d’avance. Autre chose aussi exceptionnelle, on sera seul dans ce bus pendant un bon tiers de la route, ça nous fera moins de fumée de cigarette à respirer. Même étant fumeuse, l’ambiance dans les bus est vite insupportable.

Les cultures défilent, ananas, café, riz, cacao. Les récoltes sèchent à même le sol sur des bâches devant les maisons. Quand c’est les fèves de cacao qui sèchent, une odeur de fermentation assez forte se fait sentir. On traverse un grand paysage de vallées profondes. La route est superbe au départ, et se dégrade rapidement pour ressembler à des chemins de montagnes sinueux pires que de la piste. Elle est souvent en travaux, le bus de fraye un passage entre les trous et les engins mécaniques, frôlant régulièrement le bord de la route juste au dessus du vide. Mais comme on voit peu de carcasses dans les pentes, on se dit qu’à priori, les accidents sont rares. Les monts défilent, la vue est extraordinaire sur les cimes noires qui se détachent de l’horizon. La végétation est exubérante et devient de plus en plus dense. La chaleur même en altitude, et l’humidité sont tout ce qu’il y a de mieux pour que cela pousse dans tous les sens. Tout comme sur le premier tronçon de route, on voit beaucoup de fumée témoignant de feux. Vue d’avion déjà, on était étonné. Mais difficile d’en connaître la raison. On voit quand même quelques rizières quand la forêt leur laisse de la place. Au milieu des champs, des gamins restent des heures durant postés dans des cabanes histoire d’éloigner les oiseaux dévoreurs de graines. Au dessus d’autres parcelles, de grands fils tendus sont censés les empêcher d’approcher. La route devient rouge et poussiéreuse. Des « gayos » en habits traditionnels montent dans le bus. Mon voisin me bloque contre le frein à main. Il fume clope sur clope et crache ses poumons par la fenêtre. Les services de cancérologie indonésiens risquent d’être totalement saturés d’ici quelques années si rien ne se passe. On avale les kilomètres, parfois sur de la bonne route, parfois sur de la piste. On est sur une véritable sinusoïde en 3D avec des chantiers ambitieux au bord du gouffre. Les fougères arborescentes sont toujours aussi extraordinaires. Dans le bus, une mamie rougie par le bétel se débarrasse rapidement dans les virages du repas pris une ½ heure plus tôt, un papi s’endort avec de gros ronflements et mon voisin avance bien son paquet de clopes.

La température s’élève au fur et à mesure qu’on descend. On arrive sur une large vallée à fond plat envahie par la rivière. Les villages entourés de rizières réapparaissent, des buffles à longues cornes se baignent avec délectation, les champs de maïs se succèdent. Notre chauffeur entame une course avec un autre minibus. Il se marre ; nous, un peu moins.

Enfin !!!! la gare routière de Blangkejeren. Comme on ne sait rien sur la ville, on demande à un becak de nous conduire à un hôtel. On se contorsionne de façon à rentrer dans son véhicule avec nos deux gros sacs. Les jambes sont un peu à l’extérieur, les sacs pendouillent, mais ça le fait. D’autant plus facilement que passé le premier virage, à exactement 30m de la gare, on arrive à un hôtel. Le chauffeur nous demande 10000 roupies en rigolant pour 1mn de transport, le prix certainement le plus élevé au kilomètre demandé à un touriste. On est brave, mais quand même, on ne lui en donnera que 2000, en souriant.

La chambre de l’hôtel est une cellule de 2, 40x2, 80 m. On l’a mesurée. Deux matelas posés au sol, et si on veut fermer la porte, on ne peut pas laisser les sacs par terre. Un petit cafard finit sa ballade et part se cacher. La salle de bain consiste en un grand bac de béton récupérant une eau venue de « on ne sait où ». Très rudimentaire… mais propre. Vu le prix (30 000 Rp), tout est logique.

On part se dégourdir les jambes dans les rizières autour du village. On fait ce qu’on adore, on va se perdre. Beaucoup de vie, beaucoup de monde, beaucoup d’activité dans les champs. La tâche qui semble être d’actualité est celle de rebâtir les petites digues qui retiennent l’eau dans les rizières. Inlassablement, les hommes récupèrent la terre retombée sous l’eau pour les reconstituer. Le ciel est noir. La perspective sur les montagnes est superbe, mais il y a des chances qu’on se prenne une saucée d’ici pas tard. On rentre rapidement au village. La pluie tombe d’un coup. A peine assis dans un petit bar et timidement, des hommes viennent s’asseoir près de nous. On les intrigue. Qui sommes nous, que fait-on ici, d’où vient-on. Rapidement, les langues se délient et on a vite recours à notre petit bouquin d’indonésien. Les touristes sont rares, par ici, nous dit-on. Ils ont tout juste vu deux russes le mois derniers. Les mêmes sans doute qu’à Takengon. Il faut dire que cette route qui traverse Sumatra par le milieu est franchement enclavée, mais c’est ce qui nous plait. L’impression d’être les seuls à venir faire du tourisme ici, que si on n’était pas là cela ne changerait strictement rien à la vie de tous les jours.

On mange un peu plus loin, dans une gargote en bord de trottoir. Les parents et deux grands enfants. Le père à moitié endormi affalé sur sa chaise, la mère juste souriante, les enfants pliant les serviettes pour les clients du lendemain ont l’air de s’emmerder à 100 sous de l’heure. Ils sont prostrés, ne nous regardent à peine. L’atmosphère est lourde. Personne ne parle. La salle, vert pétard, se révèle ruinée par l’humidité crasseuse. On finit par oser regarder la jeune fille avec un sourire. Elle nous le rend, radieuse. Puis un autre sourire, puis un mot en indonésien. Elle nous répond aussitôt comme si elle n’attendait que ça. On sort notre bouquin de « conversation » pour élargir un peu la discussion. La mère arrive, la fille se saisit de notre livre et essaye quantité de phrases en français. Elle est avide de parler, d’échanger. La mère nous demande si on est marié, si on a des enfants, d’où on vient. La fille, qui a 18 ans, nous explique qu’elle est étudiante. Alors qu’on pensait repartir rapidement de ce resto, on y restera une bonne heure après avoir payé l’addition. La jeune fille est souriante, adorable, lumineuse. Le père et le fils n’osent pas nous parler. Les femmes, oui. Elles voudront garder notre livre… impossible. Dans cette région, c’est ce qu’on a de plus précieux. Pas d’autre moyen de communiquer.

De retour à notre « cellule », on se rend compte qu’en fait notre GH s’apparente davantage à un foyer de jeunes travailleurs qu’à un hôtel. Ils sont 5 ou 6 dans la salle commune. A notre arrivée, ils nous empressent de s’asseoir et de boire un thé avec eux. Un jeune policier, une institutrice, un ingénieur des routes…. La première question est toujours la même. Sommes nous mariés ? L’institutrice a fui Banda Aceh après le tsunami. Elle ne nous en dira pas plus, on ne posera pas de questions. Par contre, elle parle volontiers du port du voile. Le jeune policier ne souhaite pas voir le tourisme se développer. En fait, il craint que les gens une fois rentrés dans leur pays ne racontent les difficultés de l’Indonésie face aux séparatistes et à l’intégrisme. Il ne souhaite pas qu’il y ait de témoins des troubles. Impressionnant de voir l’énergie de ces jeunes. Tard dans la nuit, on retrouve nos 7 m² avec en nos têtes tous ces regards croisés. Ce sera le chant de l’imam mêlé à celui du coq qui nous réveillera à l’aube.

Séchage du riz.



Quelques travaux sur la route.







Après l'orage.

Notre "cellule".

La salle de bain.
Pascale.
HI Hialle Veteran ·
Dur dur ce carnet. Je crois qu'il est aussi difficile à lire qu'à écrire, peut-être même pire 🙁. Sans doute trop de choses ressenties compliquées à retranscrire. Alors je vais essayer de faire plus court et moins chiant.

6/ Blangkegeren/Ketambe-Gurah

Au réveil, toilette de chat avant d’aller acheter les billets de bus pour Ketambe. Facile, le terminal est à 30m. C’est reparti sous un ciel bleu avec de gros bourgeons blancs. La route est encore plus belle et variée le long de la vallée de l’Allas. Grande variété de cultures : maïs, tabac, cacao, riz, cocotiers, piments, bananes et même quelques cultures sous plastic. Le paysage est toujours très vert avec de grands arbres et quelques villages.

Aujourd’hui, facile, seulement deux heures de route interrompue simplement par une crevaison et quelques passagers à prendre en route. Pendant qu’on attend un autre bus qui nous amène une roue de secours, on va se balader le long des maisons devant lesquelles les fèves de cacao sèchent. Elles viennent d’être récoltées et sont encore gluantes. Une odeur de vinasse s’en dégage. Les autres passagers restent tranquillement dans le bus alors que la chaleur est lourde. Un minibus s’arrête à notre hauteur. Il vient livrer la roue, on repart.



Ma voisine au betel est sympa, mais dure dure la conversation. Notre chauffeur est plus prudent que la veille, il ne fera pas crisser les pneus. Un jeune homme monte avec son fusil. Chasseur ou séparatiste ? il demandera au bus de le descendre au bord de la route, au milieu de rien.

Au bout de deux heures, une rue toute droite avec quelques GH mais pas de village. On ne réagit pas. Mais quelques kilomètres plus loin, on se rend compte qu’on a traversé sans s’en rendre compte Ketambe : marche arrière. Le chauffeur fait la tête, ça l’embête. Mais les autres passagers lui disent qu’il n’a pas le choix, c’est à lui de savoir où nous nous arrêtons. Heureusement parce que je me voyais mal faire le trajet inverse à pied avec les sacs.

On va à la première GH qui se présente, la Pondock Wisata. Quelques bungalows disséminés sous de grands arbres, un chemin qui monte pendant 50m jusqu’à une vaste réception au toit de palme… et pas un chat. Juste quelques poules et pleins de bruits dans la forêt. Un vrai havre de paix, un jardin ombragé et fleuri, des cacaotiers et des palmiers, quelques très grands arbres avec leurs lianes.

On s’assoit au resto et au bout d’un petit moment, un homme arrive encore somnolant. C’est lui, Mansa, qui tient les lieux et qui nous emmènera en trek. Un bel indo au regard franc et à l’anglais impeccable. Il parle doucement, calmement à voix basse. Il n’y a manifestement pas la foule et il n’y a pas de quoi s’affoler, on a le temps pour tout. Deux touristes font leur apparition, les premiers depuis longtemps. Cela fait 9 jours qu’ils sont là, ont passé leurs journées en balade et repartent maintenant vers Banda Aceh.

Première fois aussi où sur la carte du resto il y a d’autres chose que du riz ou des nouilles. On se sent un peu hors du monde. Personne. Pas d’indo, pas de touristes. Juste un paquet d’animaux autour de nous. Des oiseaux crient dans les arbres. Des singes, des Thomas leaf cueillent des noix de coco et se les balancent entre eux, une vraie bagarre. Un boucan d’enfer, et en même temps, quel calme.

On met au point notre petit trek avec Mansa. La jungle est là, juste derrière nous, elle nous attire et nous appelle. C’est pour demain. La liste des choses à prendre, affichée dans la GH, est longue : anti moustique, cape de pluie, pantalon long à cause des sangsues, polaire pour la nuit fraîche, eau, sac à viande… on part préparer les sacs.

Pascale.
HI Hialle Veteran ·
Quelques sons en attendant la suite.

http://www.youtube.com/watch?v=cBuZLd71jXw
Pascale.
HI Hialle Veteran ·
7/ Deux jours en jungle

Autant le monde de la mer est silencieux, autant celui de la jungle est empli de sons ; ça hurle, ça stridule, ça hèle, ça chante, ça siffle. Les singes rigolent, le gibbon semble appeler. Autant le monde de la mer est multicolore, autant celui de la jungle est simplement vert avec quelques coins de ciel bleu visible au-delà de la canopée. Dans l’eau, les yeux regardent en bas, dans la forêt, le regard est levé en permanence. En même temps, toujours savoir où on va mettre un pied avant d’avancer l’autre, anticiper chaque pas, ça glisse terrible. Point commun entre ces deux mondes (il y en a d’autres), le degré d’humidité. Il pleut tous les jours, l’eau tombe du dessus, s’évapore du dessous. Les surprises ont commencé avant même d’entrer dans la forêt épaisse avec un cerf qui nous est passé devant. Impressionnant, énorme bête. D'autres seront bien plus petites. Le chemin au départ est à peu près tracé, mais la machette de Mansa s’avère utile pour couper les lianes qui s’empressent de l’envahir.

Au bout d’une heure de marche, notre guide nous dit de l’attendre et part de son côté. L’homme n’étant pas bavard, il ne nous dit pas pourquoi et on se dit qu’il a certainement besoin de s’isoler. Alors on part à quelques dizaines de mètres dans le sens opposé. On est dans le royaume des fougères qui ont la chance de choisir la hauteur à laquelle elles ont envie de pousser. Elles s’installent sur une branche, là où la lumière leur suffit. On est entouré d’arbres immenses qui cherchent à aller au-delà de leurs congénères pour attraper un peu de soleil. Parfois énormes de tronc, parfois multi centenaires, parfois avec des formes inimaginables comme cet arbre qui nous fait penser aux falaises d’Etretat. Il est percé en son centre d’une façon étonnante. La nature est surprenante.



Les arbres sont souvent aussi enlacés par des lianes comme pour mieux les étouffer, ou les aimer, difficile à savoir. Mansa revient et nous enjoint de le suivre. Il était parti repérer les orangs-outans et a trouvé l’endroit où quelques’uns se cachent. La première chose qu’on en verra sera le filet d’urine scitillant au soleil atterrissant à quelques mètres de nous. Puis un bruit sec de branches, certaines tombent violemment au sol dans un bruit fracassant. Un couple là haut se balade tranquillement d’arbres en arbres à une trentaine de mètres du sol. On arrive à bien les distinguer et on a même l’impression qu’ils nous observent parfois du haut de leur mirador. Ils doivent faire dans les 1, 20 m avec des très longs bras pour mieux attraper les tiges. Quel est le couple le plus surpris de voir l’autre ? Ils n’ont pas l’air très habitués à l’homme et n’en voit pas très souvent. Contrairement à ceux de Bukit Lawan, ils ne sont pas réintroduits dans le parc mais y sont nés et sont totalement sauvages. Ils resteront à distance. A contre jour, on voit leurs longs poils roux hirsutes. Ils sont beaux et impressionnants à se déplacer en souplesse. Il parait qu’ils ne descendent que très rarement par peur du tigre. On les suivra pendant une vingtaine de minutes, scotchés par le spectacle, la tête levée au maximum, et on finira par les perdre. Pas de photo, il aurait fallu un zoom. L’instant fut vécu avec les yeux et non au travers de l’objectif. En plus, pour ne voir qu’une tache rousse au milieu de la verdure, bof bof la photo. Et comme souvent, c’est lorsque l’appareil est resté dans la poche que les souvenirs sont les plus accrus. Un écureuil à très longue queue traverse les arbres, autre petite tache rousse.

Peu de fleurs, pas de rafflesia, c’est pas la saison. Et compte tenu de la densité de la végétation, il est difficile pour elles de trouver assez de lumière pour s’épanouir. On reprend la marche jusqu’à rejoindre le bord d’une rivière avec de très large bassine et une eau à bonne température. La nage à contre courant sera vaine. Mansa se met à la popote, refusant toute aide, alors on se met à la papote. Je regardais Mansa démarrer le feu avec peine avec quelques feuilles et je ne comprenais pas pourquoi il utilisait une bougie. Facile, un peu de feuilles mortes. Je prends mon briquet et essaye à mon tour… la tâche est impossible. Aucune flamme ne veut entamer ces feuilles. Trop d’eau à l’intérieur. La jungle ne craint pas les feux de forêts, le danger est ailleurs. Fin cuisinier en pleine nature, il nous fait cuire sur son feu de brindilles des petits légumes frits, de l’omelette et des nouilles chinoises. Pendant qu’on mange, il nous explique que la période de guerre dans Aceh a été dure. Il n’aime pas la violence. Apparemment, il était agent de liaison faisant parti des renseignements entre les deux forces armées pour éviter des tués et chercher la paix. Aujourd’hui, il a 30 ans et va se marier après le ramadan. Aceh a signé la paix et des accords en 2005 à Helsinki lui donne une constitution particulière. Laquelle, difficile à comprendre. La province d’Aceh est riche : pétrole, gaz, agriculture… le traité prévoit que 70% de ces richesses reviennent au peuple d’Aceh et 30% à l’Etat indonésien. La paix semble acquise à court terme. Le tsunami a certainement participé aussi. Epreuve humaine terrible, drame pour la majorité de la population, ce fut aussi une manne financière importante qui est arrivée ensuite et a permis un certain décollage économique.





On reprend notre marche à travers cette jungle inextricable, suivant de près Mansa. Pas question de se perdre, on moisirait rapidement sur place ; pour preuve cette odeur permanente de bois en putréfaction. L’après midi est assez tranquille. On monte, on descend de vagues chemins qui ne font jamais de virages dans cette forêt. Ils vont tout droit, perpendiculaires aux courbes de niveaux. Toujours repérer les lianes avec lesquelles on pourra s’aider et éviter les glissades trop rudes. Les bras fatiguent autant que les jambes, les pentes sont raides.

Soudain, à travers les arbres, une grosse fumée s’échappe, de la vapeur d’eau sortant du sol nous indique qu’on est arrivé au campement près des sources chaudes. On sort de la forêt et une brûlure au pied le confirme. Ne pas marcher sur les suintements d’eau parcourant le sol, la chaleur passe au travers de la basket et chauffe vivement. Une seule solution, enlever rapidement la chaussure et se rincer à l’eau froide de la rivière à proximité. C’est tout le danger de ces sources. Une eau bouillante se jetant dans une eau froide. Nous retrouvons un groupe de 6 hommes… des chercheurs d’or, et les reliefs d’autres passages : plastics, boîtes de conserves, épluchures. On se fraye un passage entre leurs tentes, leurs gamelles et les ruisseaux d’eau bouillonnante pour gagner la plateforme suivante. Ils sont particulièrement aimables et prévenants. Le soleil brille. Mansa nous indique le bon chemin pour rejoindre des piscines d’eau chaudes pour se baigner. L’aventure peut être périlleuse, par endroit l’eau doit être à 80° en fonction des courants. On plonge dans une première baignoire chaude comme le bain, un bien être extraordinaire. Puis en remontant un peu la rivière, c’est une petite cascade avec une eau avoisinant les 38°. Se mettre assis dessous, attendre tranquillement que les tourbillons massent le dos, la nuque et les pieds, un régal !!!! Le paysage… la rivière qui traverse la jungle. On se croirait dans une pub’ pour les Spas avec une eau un peu plus violente et plus chaude sans doute. Au dessus de nous, les singes sautent de branches en branches, un vrai cirque. Mansa prépare le thé. PUTAIN qu’on est bien !!!!!! Assis là tranquillement, on se demandait avec Louloute ce qui nous manquait pour que tout soit parfait. Rien ! On retourne au camp, montons les tentes, allumons le feu et préparons le dîner. Des légumes, du riz et des sardines. Vers 19 h, le ciel se charge, les singes s’excitent en sentant l’orage et se mettent en transhumance. De véritables trapézistes volants. Ils sautent de branches en branches, marchent comme des équilibristes sur leur fils, font des sauts prodigieux pour atteindre l’arbre qui semble hors de leur portée. Facile pour eux de traverser la rivière. Puis l’orage éclate, très bruyant. Grosse pluie, tonnerres, éclairs. Ne reste plus qu’à se replier dans les tentes. Il n’est que 8h du soir, il fait nuit, il pleut, l’air est frais, le sol est très dur, la nuit sera longue à compter nos os !
Pascale.
HI Hialle Veteran ·
8/ Réveil en jungle.

Autant la nuit fut rude, autant le réveil fut somptueux. On sort à 4 pattes de la tente et déployons nos carcasses. Le vent a nettoyé le ciel, le soleil perce doucement les vapeurs d’eau mélangées aux brumes matinales.

Top du top, Mansa nous prépare un pancake avec le thé, et un chercheur d’or vient nous faire une petite papote. Il veut savoir ce qu’on pense de l’Indonésie et qu’on lui raconte la France. Exercice difficile, par où commencer ? Il est surpris que les feuilles de nos arbres rougissent et tombent à l’automne et essaye d’imaginer sa forêt sous nos tropiques.





Programme de la matinée, 3h30 de marche. On s’enfonce dans la jungle encore ruisselante de la pluie de la veille, l’air est saturé d’humidité et on crève de chaud, on dégouline de sueur. Cette nature est majestueuse, étrange et pénétrante. Le végétal en est le roi incontestable. Les essences poussent les unes sur les autres, les fougères poussent là où ça leur plait, des racines tentaculaires jonchent le sol dans tous les sens dans le but de nous faire se casser la figure, les lianes font des arabesques ou s’enroulent autour des arbres comme pour les mettre derrière des barreaux, on rencontre des fruits aux couleurs bizarres, des palmiers gigantesques et d’un diversité étonnante, des maharas à la base extraordinaire et qui monte le plus haut possible, des arbres aux écorces rouges tranchant sur le reste… mais peu d’animaux.





On n’est pas dans « le livre de la jungle » et les serpents descendant des arbres resteront dans l’imaginaire. Ce n’est pas le monde de l’animal, encore moins celui de l’homme. Si, quand même quelques singes et oiseaux, et surtout les sangsues qui préfèrent de loin le sang des touristes à celui de l’autochtone. Elles nous aiment même à travers les chaussettes. C’est aussi le monde des champignons de toutes les formes, tailles et couleurs. Faut dire que le sol est un terreau humide et épais, l’atmosphère est chaude et humide.







Quelques traversées de rivières sur des troncs tombés en travers ou au milieu du courant. Ne pas se poser de questions, se dire que c’est comme si on marchait à 10cm d’un sol dur et regarder droit devant soi. Mansa est très vigilant, veille à ce qu’on ne se casse pas la figure et qu’on ne se perde pas dans ce labyrinthe. Il nous emmène en premier lieu tout en haut d’une cascade vertigineuse et on continue notre route. Il marche d’un pas régulier, on essaye de le suivre. C’est raide, ardu, ça monte, ça descend, on en bave, on transpire à grosses gouttes. L’odeur de putréfaction est toujours très présente. Tout ce qui est mort pourrit aussitôt. Le sol est jonché de troncs parfois énormes, réduit en bois décomposé. Lorsque l’humidité n’a pas fait son travail, il faut les enjamber, passer dessus, dessous. Tous les muscles du corps sont à l’épreuve. Quand ce ne sont pas les lianes au sol qui attendent tranquillement au sol que le pied se prenne dedans, ce sont les racines qui bloquent le passage oui qui servent d’escalier dans les pentes raides.



Enfin… retour le midi aux sources chaudes. On se reprend un bon bain, et surtout un massage efficace et réparateur. Un petit thé et un repas à la hauteur de nos efforts. Avec un feu de bois, un wok et trois pierres, c’est impressionnant ce que Mansa nous cuisine. Il fait revenir les petits légumes, puis à part les herbes l’échalote et l’ail, ensuite les œufs et remet le tout ensemble pour y ajouter les pâtes. Son ustensile de cuisine : un cutter.

Pliage de tentes et c’est le retour. Toujours à l’affût des orangs-outans, on les entend mais ils restent invisibles. Mansa sait où il va, pas nous. D’un geste sûr, il ouvre le chemin à la machette. Comment se repère t’il ? cela reste un mystère.



La marche se termine par une descente vers l’Allas à travers les plantations de cacaos, de palmiers à vins de palmes et de piments. On retrouve la GH et en souvenir, une énorme sangsue bien accrochée sur le mollet de Louloute. La GH est vide, pas un touriste. Les yeux sont plein d’images, les oreilles pleines de sons et les membres fourbus de courbatures.
Pascale.
HI Hialle Veteran ·
Bonjour Ragamuffin quelques données chiffrées pour deux personnes sur cette dernière partie du voyage 😉

Hôtel Mahara à Takengon 247 000 Rp Hôtel Arizona à Takengon 150 000 Rp Bus Takengon Blangkejeren 140 000 Rp Chambre cellule à Blangkejeren 30 000 Rp Bus Blangkejeren Ketambe 70 000 Rp Trek de deux jours à Ketambe 1 200 000 Rp GH Pondoch Wisata Ketambe 120 000 Rp

Bonne continuation de voyage à toi 🙂
Pascale.
RA Ragamuffin Globetrotter ·
Merci pour les infos pratiques et chiffrées.

Je lirai ton récit une fois rentré (je l'imprimerai pour une lecture moins en diagonale)

Comme tu as pû le constater ou l'apprendre, je ne suis plus à Sumatra mais en Malaisie. Une fois arrivé à Medan je ne me suis pas senti la force (psychologique, surtout) pour effectuer la boucle Nord jusqu'à Bandah Aceh/Pulau Weh (ce sera pour une autre fois et rien que cela) et j'ai pris le bateau pour Penang où j'ai décompressé dans une ambiance très diwalienne.
"Nous ne sommes plus une communauté d'être humains qui se parlent mais un conglomérat de grappes de consommateurs en niches, séparés les uns des autres par des obsessions diverses et innombrables. Nous sommes de l'ère de la désintégration." Marc Moulin (1942-2008) in Humoeurs
HI Hialle Veteran ·
Oui, j'ai lu que tu n'étais plus à Sumatra. J'ai lu d'ailleurs ton "billet d'humeur" sur cette région avec des choses que je partage totalement, et d'autres moins. Mais au moins, tu as le courage de le dire. C'est peut-être ce qui justifie aussi ta phrase en signature qui peut être interprétée de façon différente. Bonne continuation à toi 🙂
Pascale.
HI Hialle Veteran ·
Prochain parcours !

Pascale.
HI Hialle Veteran ·
Ketambe/Prapat

On ne pensait pas y arriver, ce fut fait. Quatre bus, douze heures de transport pour aller de Ketambe à Prapat au bord du lac Toba. Une route en très mauvais état, des conducteurs un peu fous qui font crisser les pneus, mais tout s’est super bien enchaîné.

On a commencé par se mettre simplement au bord de la route devant la GH pour attendre qu’un minibus passe. Cinq minutes s’écoulent et un bémo plein de voyageurs s’arrête, il nous emmène jusqu’à Kutacane. Tout le monde se tasse un peu et on monte. Je suis assise à côté d’un papi adorable qui me mate avec de grands yeux. Surtout ma bague en toc d’ailleurs. Lui en a une avec une vraie belle pierre bleue à son doigt et il est vachement content quand je lui fait comprendre que je trouve la sienne superbe. Une vieille femme est super intéressée par notre carte routière de Sumatra qu’on déploie devant elle, tout comme ses voisines. C’est peut-être la première fois qu’elles voient une carte de la région avec leur village écrit dessus. La musique est à fond et nous brise les oreilles. La fumée nous envahit les narines et les poumons.

Le transfert à Kutacane se fait en 10mn avec une foule de gamins qui font les kékés pour nous faire rire et qu’on les prenne en photo.

Un nouveau driver, jeune, macho et pas très sympa. Il roule à 40Km pour chercher le client. On voit les premiers tracteurs depuis des lustres et des quantités de pub vantant les mérites d’une agriculture intensive. Des scènes de récoltes de maïs, du séchage au sol partout, de nombreuses coopératives céréalières, de l’égrenage, des tas de rafles fumant… le grenier de Sumatra ?

Après un rapide repas, le driver se met à foncer comme un malade sur une route défoncée. Il a fait le plein de voyageurs, il peut avancer.

On arrive à Kabanjahe et le transfert est immédiat dans un autre bus dans lequel le vendeur de billets et son copain ne cessent de faire le pitre en se penchant dangereusement par les portières au risque de se faire arracher la tête. La route est tellement dégradée que ma tête cogne le toit de la voiture au moment du passage d’un énième nid de poule. Je crie « aïe »… j’en ai marre��� les indos se marrent. En plus, on est assis au fond du bus sur les roues. Chaque bosse de la route est ressentie dans le dos, et les fesses sont douloureuses.

On est maintenant dans « North Sumatra ». Les femmes ne portent quasiment plus de voiles et les églises sont nombreuses, on approche du pays Batak. Le paysage change, une sorte de plateau ondulé duquel émergent des volcans. La route la plus logique et la plus courte n’est pas celle que prennent les bus. Sur la carte, c’est simple, dans la réalité, non.

La nuit approche. A Pematangsiantan, le chauffeur nous fait traverser la rue et de suite, un minibus passe devant une boulangerie pâtisserie « comme chez nous ». Il nous reste une heure pour Prapat. Le vendeur tente une arnaque sur le prix du billet qui ne marchera qu’à moitié. Tout le long de ce parcours, on est franchement l’attraction, pas un blanc en vue. Certains nous regardent d’un air bienveillant, d’autres ont l’air de se foutre un peu de nous. Logique.

Enfin, les lumières de la ville et les rives du Lac Toba. Un hôtel rapidement trouvé, grand et vide. Il a dû être splendide à une époque, en témoignent les vastes chambres un peu décrépies avec des balcons spacieux donnant sur le lac. Enfin une grande chambre, propre, avec un grand lit et une salle de bain presque digne de ce nom ! On est sur les rotules, mais on y est.
Pascale.
BO Boumbastic Globetrotter ·
🙂 La suite, la suite.... 😉 C'est marrant mais en y pensant je l'aurais pas fait dans ce sens la, ca doit faire bizarre d'arriver dans un "haut lieu" touristique de Sumatra après être passé dans une région souvent ignorée, en tout cas mal connue par les voyageurs 😕
Khun maa jak nai krap?

"être loin d'ailleurs, c'est être ici" (P. Geluk)
HI Hialle Veteran ·
Salut Boumba' 🙂 A vrai dire, on ne s'est pas posé trop de questions sur le sens à prendre pour ce voyage. On voulait commencer par le nord parce qu'on retrouvait des copains. Mais à y réflechir, je ne regrette pas ce sens. En retrouvant quelques touristes, on se disait aussi qu'on retrouverait un peu de confort, ce qui était pas mal après certaines des chambres que l'on a eues. Et hormis Bucki Lawang, on n'a pas vu des masses de touristes. Samosir était presque désert. Cela en était presque inquiétant pour les indos qui vivent du tourisme. Cette saison était vraiment mauvaise pour eux. Tu le verras avec la suite.... dès que je trouve un peu de temps pour l'écrire 😎
Pascale.
BO Boumbastic Globetrotter ·
Salut chère Pascale, Ca c'est marrant aussi car j'avais été surpris de ne pas voir trop de monde a Bukit Lawan alors qu'a Samosir c'était bondé de touristes en goguettes et pas les meilleurs, je t'assure, style short et chemise a fleur pour organisation factice de sacrifice de boeuf et danses traditionnelles en complément, payant of course 🤪 Malgré l'intérêt de la culture batak et la beauté de l'île, c'est l'endroit que j'ai le moins aimé a Sumatra....mais que ca n'enlève rien au charme de l'île que je conseille de visiter bien sur, un "incontournable" (comme on dit 🤪) de Sumatra 😉
Khun maa jak nai krap?

"être loin d'ailleurs, c'est être ici" (P. Geluk)
HI Hialle Veteran ·
Prapat/Samosir

Que c’est bon ce petit déjeuner au soleil sur le balcon face au lac Toba. Combien de fois j’avais vu ce lac sur une carte, ou même l’avais dessiné ! J’imaginais un tout petit truc avec une petite île au milieu. C’est tout autre chose que je vois maintenant, là, juste à quelques dizaines de mètres. Une immensité bleue avec cette île à l’horizon qui coupe le lac quasiment en deux.

On refait rapidement les sacs, et direction le port. Ambiance particulière : beaucoup de monde, l’embarcadère se trouve au bord du marché. Marchandes de cacahuètes, passagers en partance ou qui arrivent, sacs de riz qui se chargent, vendeur de glace au klaxonne strident, sirène du bateau qui appelle les derniers. Du bruit, des couleurs, des parfums… tout ce qu’on vient chercher.

Une anglaise arrive, monte à bord. Elle est en débardeur et short. Sitôt assise sur le ponton supérieur, elle se met en maillot, s’allonge sur un banc et offre son corps au soleil et à la vue des indonésiens qui la dévorent des yeux. Spectacle gratuit pour tous !

Au bout d’une demie heure, on accoste à Samosir et prenons la première GH, la Bagus Bay. Il y a de la place, d’ailleurs, il y a plein de place sur cette île, et à tous les tarifs. Pour quelques dollars, on a l’étage d’une maison batak à notre disposition avec vue sur le lac. Un enchantement. Toute en bois, les portes basses, peu d’ouvertures et vue sur le lac. Un charme fou.

Petit coup à boire et le jeune homme nous propose un ordinateur portable avec connexion Internet. Pas vraiment d’envie de se connecter avec le reste du monde, mais puisque c’est proposé si gentiment... et qu’est-ce qu’on voit ? la Yann’s family est sur l’île pour 5 jours. Rapide calcul… ils sont encore là, mais où ?

En attendant, on va louer deux vélos pour parcourir un peu l’île vers Ambarita, en longeant la côte. Samosir est surmontée d’un gigantesque plateau, et inutile d’espérer pédaler jusqu’en haut. Petits jardins, rizières, plantations de café, buffles, des quantités d’élèves à la sortie des écoles (les lieux sont très habités et vivants), nombreuses maisons bataks plus ou moins récentes et en plus ou moins en bon état. Un certain nombre d’entre elles sont toujours habitées. Ce qui est nouveau pour nous, c’est tous les gamins qui nous crient « Hello ! », signe que nous ne sommes pas les seuls touristes. Mais ils se font discrets, ce n’est pas la foule des îles thaïlandaises. La côte est belle et les rives sont occupées par de nombreux gamins qui surveillent leurs animaux. Au détour d’un chemin, on est l’attraction d’un groupe de jeunes. Franchement, on les fait rire sur nos vélos. Ils rigolent, sont sympas et nous demandent de poser pour une photo. Petite halte avec un papi et une mamie qui repiquent leur riz. Ils sont tout vieux, pliés en deux, les pieds dans l’eau, et tout sourire. On restera un bon moment avec eux. On ne parle pas la même langue hormis trois mots, et pourtant on a le sentiment d’avoir fait une belle papote avec eux. Leurs petits enfants nous rejoignent et font les pitres. On s’échange même nos adresses. Tous les gens que nous croiserons savent manifestement lire et écrire ce qui est loin d’être le cas dans d’autres pays d’Asie du Sud Est.

Pendant qu’on tchat, des gamins, curieux, nous ont rejoints. Séance de gonflage de ballons. J’en ai toujours dans mon sac, ces longs ballons avec lesquels ont peut faire plein de trucs : des chiens, des épées, des casques… ça marche à tous les coups, ils adorent. Ce qui est génial, c’est de croiser ensuite les petits gosses au détour d’un chemin, avec un casque orange sur la tête, fiers comme tout.

Pendant toute la journée, on cherchera parmi les indos un crâne un peu lisse, on posera quelques questions à droite à gauche, mais pas de trace des copains. Petite visite pour voir les Stone Chair, là où se faisait les réunions des rois bataks et où étaient tenus les jugements parfois fatals. Des chaises massives en pierre sculptée, sur lesquelles maintenant jouent les gamins d’Ambarita. En entrant dans l’enceinte, on signe le registre. Les Yann’s sont venus le matin même, et ils ont même mis le nom de leur GH. Facile de les retrouver. On repart contents, la lumière de cette fin d’après midi est superbe.

On prend la route de Tuk Tuk, le village le plus touristique de l’île. Ils sont prêts pour le tourisme de masse. Des quantités d’hôtels attendent le client, mais pas un chat. Drôle d’impression, ambiance étrange, morne, déserte comme si une épidémie avait chassé tout le monde. De plus, de nouvelles constructions continuent à sortir de terre et le front de lac devient très bétonné.

A folle allure sur nos vélos, on double Yann qui marche tranquillement. Facilement reconnaissable entre mille. La stature du rugbyman et le crâne de Barthez. C’est franchement drôle de se retrouver là, sur cette île, presque par hasard après s’être connu sur un forum.

On se retrouve les deux familles pour passer la soirée dans la GH avec un concert bataks. Très fait pour le touriste, ce concert, mais après la partie « officielle », les guitares continuent et la jeune fille de la GH se met à chanter avec une voix extraordinaire. Un moment d’intense plaisir, et en plus, elle est belle comme le jour.

On s’endormira dans notre superbe chambre éclairée à la bougie au son de « Let it be ». Les chanteurs sont sous nos fenêtres.
Pascale.

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