Tamghart,
Un jour tu as demandé :
- … Et le roumi aux cheveux de fille,
Que cherche-t-il sur nos terres ?
- Rien Tamghart, rien d’autre
Que plénitude et bien-être
Loin du bruit de nos cités.
Tu t’étais alors rappelé
Ce qu’enfant on t’avait confié :
« Le monde va au-delà de nos montagnes … ».
Tu n’as jamais pu le vérifier.
Ma présence te l’a confirmé
Mais pour toi, au firmament,
Les avions toujours sont restés
Les anges gardiens de tes troupeaux.
Rides, crevasses et cicatrices,
Falaises, éboulis et ravins,
Une vie durant tu as déchiré,
Meurtri et maltraité ton corps
Dans les reliefs de tes montagnes.
La correction voulu qu’un jour
Tu trouves un peu de repos,
Puisque tes petites filles, enfin,
Pouvaient alors te suppléer
Dans les besognes malaisées.
Naguère tu léguas ta place
De maîtresse de maison
A une de tes belles filles,
Mais tu reprenais ta position
Dans les soirées et les veillées.
Quand les contes vivaient dans tes mots.
De jour tu veillais sur les enfants,
Apprenais Tamazight aux petits
Et consacrais bien du temps
Aux futures femmes de la tribu
Pour la leçon et la diffusion
Des savoirs et des traditions.
Ce dernier rôle n’était pas des moindres,
Tu t’y allouais sans compter,
Comme tu as dû toujours donner.
Ainsi l’a voulu ton Mektoub.
Tu es partie un soir d’hiver
Rejoindre ton mari Smaïn,
Fadma, Rabgha, Ali, Ouhaddou
Et tant d'autres de tes aïeux.
Après t’avoir beaucoup pleuré,
Après avoir beaucoup prié,
Femmes et hommes s’en sont retournés
Chacun vers sa destinée.
Vers la mienne je repars bientôt.
Dans ces montagnes devenues
Au fil de l’histoire Amazigh
Refuge à l’exil éternel,
Je laisse ta tombe aux herbes folles
Et quelques larmes sur la pierre.
Retrouvé dans un vieux carnet de 1992.
Remanié et recopié
Sans aucune rime ni prétention
Une pensée pour une mamie.
Aïcha n’Hadj n’est sortie de la vallée que pour vivre sous la tente et faire pâturer le troupeau sur les hauts plateaux à la belle saison.
Elle n’a jamais connu la ville ni l’électricité qui depuis cinq ans alimente les foyers de sa vallée.
Original post
« Nomade j’étais quand, toute petite, je rêvais en regardant la route, la blanche route attirante, toute droite vers l’inconnu charmeur… »
Isabelle Eberhardt










