Récit d’une journée de travail en Inde: un autre monde...
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Minuit, l’avion se pose sur la piste à Mumbai…. Je sors de l’aéroport et la chaleur me tombe dessus, c’est étouffant et humide …. mais rassurant aussi, je suis bien en Inde. Depuis un mois, la moiteur extérieure a considérablement augmenté.

Un taxi me conduit à l’hôtel et je pose enfin mes affaires, me voilà ici pour 48 heures. La chambre est immense et très bien arrangée, que de contraste avec dehors. Les conditions de déplacements professionnels sont en tel décalage avec la vie sur place que j’ai souvent du mal à profiter sereinement des choses qui sont mises à ma disposition, comme une pile d’au moins 7 ou 8 serviettes dans la salle de bains, je me sens sur une autre planète…

Ce matin, je prends le décalage horaire de plein fouet au réveil. Après quelques cafés, un taxi m’emmène au bureau. Presque 1 heure et demie de trajet pour moins de 10 kms, des embouteillages partout et surtout un chauffeur qui ne cesse de demander sa route. Qu’importe, je profite de l’ambiance et je déconnecte de ma vie !

Je remarque d’abord un camion remplis de poulet sur plusieurs étages et je me dis qu’il faudra que je me renseigne de la situation de la grippe aviaire ici.

Les gens marchent sur les trottoirs de tous côtés, quelques terrains vagues me font penser à un bidonville, avec des tôles pour abri. Quelques familles semblent vivrent là, en bord de route, dans le bruit incessant des klaxxons et l’odeur des gaz d’échappement …. Pour survivre, elles vendent des fleurs et autres babioles aux voitures arrêtées aux feux, les femmes tendent la main avec leur enfant dans les bras. J’ai un pincement au cœur. Il y a un mois, des vendeurs de fraises vendaient leurs barquettes un peu partout.

Plus loin, des scènes de rues habituelles en Inde : un marché de fruits et légumes, des marchands de sari aux couleurs éclatantes, des paysages colorés, des klaxxons incessants, des petits commerces (là un homme qui répare une roue de vélo, plus loin un vendeur de chaussures), des chiens en liberté, des tuks-tuks qui se faufilent et une circulation abominable. Sur le bord de la route, assis par terre, un homme fait patiemment des colliers de fleurs.

J’essaie de retrouver mes esprits ; nous arrivons au bureau. Notre nouvelle secrétaire porte un sari rose pale magnifique et je reste en admiration devant elle.

Je prends place dans un bureau vide, dans un fauteuil immense, je sors mes affaires, allume mon pc et me mets à travailler. Quelques heures et coups de fils plus tard, je me lève et je regarde par la fenêtre. Juste en bas, des enfants jouent pieds nus avec rien, au milieu de la poussière et du va et vient de la circulation. Ils n’ont rien mais ils rient de bon cœur et semblent heureux. En regardant cette scène, c’est un instant d’éternité que je fixe, un moment hors du temps comme souvent en Inde… juste apprécier la scène qui se passe et se sentir tout petit, si différent et parfois si loin de tout ça.

Pour rentrer ce soir, je prends un tuk-tuk, accompagnée par le boy du bureau, safety oblige me dit-on. Ce garçon gagne 4000 roupies par mois, soit même pas la moitié du prix de ma chambre d’hôtel pour une nuit, là j’ai carrément honte. En fait, la société l’emploie pour de petits travaux, tels que faire le café, des photocopies, etc, c’est a priori pratique courante. Il gagne donc 4 euros par jour…. je reste perplexe. Le salaire minimum en Inde est de 50 roupies soit moins de 1 euro par jour. Comment admettre cela sans se sentir déplacé ? Je me demande toujours ce que doivent ressentir les habitants qui travaillent dans l’hôtellerie et regardent ce que nous dépensons. Certes, on pourrait se faire cette remarque dans de nombreux pays …….mais aucun pays ne m’a jamais fait cet effet là.

Que l’on aime ou non cette ambiance si particulière, on ne peut y être indifférent. On se sent « digéré » dans cette masse humaine, englouti avec ses principes qui font presque honte, ramené à se demander lequel des deux peuples a compris ce qu’est la vie.

Jamais je n’ai l’impression de déjà vu ici, l’Inde est un perpétuel émerveillement, comme si j’arrivais là pour la première fois…. Bien sûr, je ne cotoie pas la misère de près, je sais juste qu’elle existe, à deux pas de moi, comme juste à la sortie de l’hôtel, où une file de tuk-tuk attend un client potentiel et où une femme vend ses œufs, assise par terre, en espérant à peine subvenir à ses besoins. Nos deux mondes vivent l’un près de l’autre, la plupart du temps sans se rencontrer. Que j’aimerais pouvoir changer le quotidien de ces personnes, que je rencontre mais dont finalement je ne sais rien …
Valérie
QU Quenpiad ·
Bonsoir vous etiez dans quelle ville en inde.? Y allez vous souvent? Connaissez vous bengalore?
SA Sabaidee Veteran ·
Bonjour Val,

Merci pour le récit de cette journée en Inde ... je m'y serais crue ... et dès lors, cela m'a donné envie d'y retourner.

Là, je suis occupé à imprimer ton carnet de voyage "Inde août 2005 : 3 semaines Rajasthan, ..."

J'ai hâte de le lire (ce soir, car pour l'instant je suis au bureau). Je suis allée au Rajasthan au début des années 1990 et je suis certaine que ton carnet me rappellera de bons souvenirs.

@+, Sabaïdee
J'ai le mal du pays pour un pays qui n'est pas le mien ... (A. David-Neel)
LE LeTigre Globetrotter ·
Sympa Valou, surtout que c'est en décalage avec pas mal d'autres récits qui sont écrit d'un point de vue touristiques. EN-CORE - EN-CORE 😉

PS : Sabaidee tu triche, t'as TOUJOURS envie de partir !! 😉😎😉
Patrick.
SA Sabaidee Veteran ·
Bien sûr que j'ai toujours envie de partir ! Pas toi ? J'en connais d'autres comme moi en tous cas. Malheureusement, pour ce faire, je n'ai pas assez de jours de congés et mon portefeuille n'est pas élastique 🤪 ...

Donc, pour patienter, je rêve ... en lisant ton carnet de voyage ou celui de Val et bien d'autres encore ...

@+, Sabaïdee
J'ai le mal du pays pour un pays qui n'est pas le mien ... (A. David-Neel)
LE LeTigre Globetrotter ·
Bien sûr que j'ai toujours envie de partir ! Pas toi ?

Bien sur que si ! 🙂😎

Malheureusement, pour ce faire, je n'ai pas assez de jours de congés et mon portefeuille n'est pas élastique 🤪

Ah, toi aussi alors ? 😕
Patrick.
VA Valou2406 Veteran ·
Merci Corinne, c'est très gentil Que je te comprends quand tu dis que tes vacances ne sont pas élastiques.....😕.... allez courage !!

Patrick, faudra attendre un peu pour la suite.... s'il y en a une ....
Valérie
PO Pondy Veteran ·
Bonjour, Tellement évocateur ce petit récit. Tu as beaucoup d'euros, ils ont peu de roupies, la vie est inégalitaire et en avoir conscience, savourer ta chance, regarder, écouter, ne pas comprendre et pourtant accepter c'est formidable. Tu bosses, tu donnes ton expérience et ton savoir et, privilégiée, tu dors dans le confort mais tes yeux ne sont pas si bouchés et ton coeur pas si hermétique. Ainsi tu nous offres une vision différente de l'Inde au travail et de toi, sans sac à dos. J'ai bien aimé. Dom.
VA Valou2406 Veteran ·
Bonjour Dominique,

ton message me touche....... ce n'est pas toujours facile de se retrouver confronté à cette réalité en restant spectateur, en comprenant sans se comporter de façon déplacée, en essayant de mettre sa petite pierre à soi mais juste comme il faut....
Valérie
DO Douya Veteran ·
grace a toi Valou je me suis retrouvee transportee a Bangalore, au 13eme etage du building tres moderne ou se situent les bureaux de ma boite.

Dans ton recit, je retrouve les memes sensations, le long trajet matin et soir au milieu des klaxons et embouteillages; la vie le long des routes entre etals de marches, gens qui habitent dans des tentes en plastique; camions en piteux etat charges a ras bord, un signe "Please horn" a l'arriere; panneaux publicitaires vantant des produits occidentaux si normaux pour nous, si luxueux pour eux... Et puis, des les grilles franchies, un autre monde, plus americain que asiatique. Une fourmilliere de pantalon-chemises bien repasses, de salwars ou sarees aux couleurs petillantes. Des ingenieurs, beaucoup, et puis les autres : les secretaires aux eternels sourires, les boys a tout faire, de la photocopie au crayon a tailler, des tasses de tchai a ramasser au courier a deposer...

L'Inde, un pays aux milles facettes, un pays aux nombreuses contradictions, un pays toujours a decouvrir...
"Lorsque quelqu’un te blesse, tu devrais l’écrire sur le sable afin que le vent l’efface de ta mémoire mais lorsque quelqu’un fait quelque chose de bon pour toi, tu dois l’écrire sur la pierre afin que le vent ne l’efface jamais." Proverbe Touareg
VA Valou2406 Veteran ·
C'est vrai Douya, l'Inde est un perpétuel émerveillement....🙂

Et quand on franchit les grilles du bureau, tout redevient un peu occidental, ...et en effet, le boy te demande 2 fois par heure si tu veux un café, quand tu demandes un simple fruit au déjeuner on t'amène de quoi manger pendant une semaine ....

Que de mélancolie......
Valérie
JE Jezaelle Regular ·
bonjour, je suis indienne d'origine et pourtant je ressent la meme chose que vous.. mais il ne se passe pas un jour, habitante en belgique ou je ne pense pas retourner dans mon pays natale, car chaque coin de rue est une eternelle fascination qui fait battre le coeur de facon exceptionnelle. bein a vous jezaelle - jaya
Jaya jewels@live.be
VI Vishnu Regular ·
SALAM/NAMASTE Merci pour le récit de cette journée en Inde ... je m'y serais crue ... et dès lors, je ne reve que d'y retourner.
CM Cmanu51 ·
Bonsoir Valou2406,

Je viens de lire ton "récit d'une journée de travail en Inde" un peu par hasard et il m'a ému ...

Revenant moi-même récemment de ce pays, j'ai pu noter une net changement dans les infrastructures (dans le bon sens bien sûr) ainsi qu'une progression à marche forcée vers les valeurs de l'Occident, telles que la consommation. En témoigne notamment les nombreuses publicités, envahissant littéralement les grandes villes.

En fait, je crains fort que le contraste que tu décris entre le visiteur et "la femme qui vend ses oeufs" s'agrandisse, l'Inde ayant fait le pari de l'Education et étant de facto condamnée à laisser pour compte la partie la plus pauvre de sa population...

Mais une chose m'a frappé par dessus tout: toute cette pauvreté qui nous saute aux yeux nous sourit également ... comme si leur sort était jeté et que s'en lamenter n'y changerait rien ... voire même que leur sourire ostentatoire nous annonce que leur prochaine vie devrait être meilleure !
CH Charloo8 Regular ·
Bonjour,

Je viens de lire votre article " Récit d'une journée de travail en Inde".

J'ai été tres touché de voir a quel point vous étiez sensible a tant de misere humaine, et du décalage rencontré entre votre statut social, et le leur... Le passage aussi avec la jeune secrétaire pour laquelle vous avez ressenti le plus profond respect et la plus grande admiration. Oui, très touché. Si vous le futes autant que moi, n'y allez plus, et vous verrez, votre égo s'en sortira, bien que j'imagine déja de bonne dimension, encore plus grandi. "J'aurai voulu etre un artiiisstee !!!.à Rotterdam ou a RI...MUMBAIII' Cette chanson reste, mise à part les lieux, de grande actualité.
Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre que n'en rêve votre philosophie. W.Shakespeare.
VA Valou2406 Veteran ·
salut Manu,

Eh oui malheureusement ce gap est une réalité que l'on prend en pleine face, qu'on le veuille ou non. Ce pays ne laisse jamais indifférent...

Je rejoins ton propos, cet écart risque de croître, je le vois dans notre bureau indien où les salaires des cadres sont très proches des salaires français alors que les assistants et non cadres ont des salaires très bas. C'est aussi le reflet du choix de nombreuses entreprises occidentales qui produisent ainsi à coût plus bas qu'en Europe, il ne faut pas s'en cacher....😕
Valérie

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