Troisième cahier: Lac Baïkal - Khabarovsk
Dimanche 14/09/03, Gare de Slouvianka, Salle d'attente, 23:00 LOC, 18:00 MOS
Après cette seconde merveilleuse rencontre, je ressens un immense coup de fatigue, comme un Tsunami tranquille qui m'assaille. J'espère pouvoir récupérer un peu dans le train jusqu'à Ulan Udé. J'espère seulement ne pas avoir froid. Je suis un peu las du froid nocturne. La nuit dernière fut particulièrement sévère à ce sujet. J'étais sans cesse réveillé par un froid mordant dans ce théâtre perdu en pleine forêt. Et ce ne sont pas les trois verres de vodkas bus la veille au soir qui ont été suffisants pour me procurer un semblant de sensation de chaleur. Je ressens donc une énorme fatigue. Une envie de m'étendre pendant trois jours dans un vrai lit avec une couette ou un duvet bien chaud m'assaille. J'en regrette cette période de canicule qui a frappé la France en août dernier. Dormir trois jours, sans voir personne, sans franchir un méridien ou un parallèle à chaque heure. Juste... dormir.
J'a fini le dernier poisson, je bois ma bière tranquillement, j'ai l'estomac un peu noué, et le film qui passe à l'écran, dans cette salle d'attente triste à mourir, Alien IV, n'arrange pas les choses.
Lundi 15/09/03, Ulan Udé, Hôtel Adon, 13:00 LOC, 8:00 MOS
Dans le train, je n'ai pas assez dormi, et c'est de fort mauvaise humeur que je me suis levé, que j'ai préparé mon sac et que je suis sorti du train à la gare d'Ulan Udé, en pleine nuit, à six heures du matin. On m'a indiqué un hôtel juste à côté de la gare, en fait à plus de cinq bonnes minutes à pieds, introuvable dans cette ville sans éclairage public, où on avance dans ses rues avec les deux bras tendus en avant, pour ne pas heurter une baboushka allant au marché ou un lampadaire, qui, faut-il le préciser, est inopérant. J'ai fini par le trouver malgré tout, dans un état de fatigue fort avancé. L'eau chaude n'est pas distribuée dans l'hôtel, suite à une coupure provisoire (provisoire ?), et les toilettes communes sont vraiment horribles.
A peine entré dans ma chambre, je me suis effondré sur le lit défoncé, et j'ai dormi profondément jusqu'à midi. Je suis à présent réveillé, mais encore un peu désorienté. Je vais ensuite aller aux bains, puis visiter la ville, ou l'inverse, selon mon humeur du moment. Je vais aussi acheter des provisions pour le voyage de trois jours jusqu'à Vladivostok que je commencerai demain. Cette journée de repos indispensable s'annonce bien.
Lundi 15/09/03, Ulan Udé, Un bar dans la rue, 14:30 LOC, 9:30 MOS
Je suis totalement dépaysé. Ici, les bouriates forment une écrasante majorité. Entre eux, ils parlent russe, et ils s'habillent comme des russes, se conduisent, dans la rue, comme eux. En fait, ils sont russes. Juste qu'ils ont des têtes d'asiatiques. Je suis assis à une terrasse, je bois tranquillement une bière, et j'ai en face de moi une table remplie d'étudiants et d'étudiantes, à quatre vingt dix pour cents bouriates. Ils prennent une bière, à la sortie de la fac, ou pendant une pause. Ils ont l'air d'être de la même promotion, ils rigolent tout le temps, l'atmosphère est vraiment décontractée. C'est agréable de voir cela. C'est un bonheur simple. Les visages sont souvent extrêmement intéressants à regarder. Certaines femmes sont d'une beauté rare, loin des canons stéréotypés par nos latitudes. La beauté eurasienne dans toute sa majesté, dans toute sa force. Les hommes, comme tous les hommes russes, ne font pas particulièrement preuve d'élégance. La plupart sont vêtus de K-ways, de jeans, de baskets, sauf l'un d'eux, qui sort vraiment du lot. Il est en costume trois pièces. Avait-il un oral aujourd'hui ? Les filles ont presque toutes une cigarette à la main. Ulan Udé est une ville étonnante, en ceci qu'elle est totalement identique aux autres métropoles soviétiques, mais peuplée de gens aux yeux bridés, au nez peu pointu, et aux joues très larges. Si, sur la place centrale, la tête de Lénine de 10 mètres de hauts (sans son socle) avait été remplacée par une tête de Mao, j'aurais été, paradoxalement, moins dépaysé. On se croirait vraiment dans ce que j'imagine être une province chinoise. La grande différence avec le reste de la Russie est l'absence d'églises. Les " Datsan ", ou temples bouddhistes, sont très discrets dans cette ville, je n'en ai pas encore vus. Pourtant, ils doivent être pléthore. Je n'arrive pas encore à les détecter.
Sur les marchés, presque toutes les baboushkas sont bouriates, on pourrait les appeler les babouriatchkas... Dans la rue, aux arrêts de tramway, de bus, dans les transports, la plupart des groupes sont monogènes. Soit il n'y a que des russes blancs, soit il n'y a que des russes bouriates. Cette séparation implicite renforce mon sentiment de joie à la vue de ce groupe d'étudiants non exclusif, même si à très forte majorité bouriate.
Lundi 15/09/03, Ulan Udé, Hôtel Adon, 22:00 LOC, 17:00 MOS
Les bains étaient fermés, et cette fois-ci, les collègues de Sergueï n'étaient pas là pour trouver un arrangement. J'ai du me laver dans ma chambre, entièrement à l'eau froide, tête comprise. Dommage que je ne puisse, à présent me faire un thé. Je continue la suite du récit:
Nous marchions tous les cinq, Ania, Eligio, Nadia et Lisa, le long de la route, longeant le Lac. Lisa était portée sur les épaules d'Eligio. J'essayais de comprendre comment ils se connaissaient, d'où ils venaient, qui ils étaient. Eligio et Ania font partie du même cour de yoga, même si Eligio vient de Saint Pet, et Ania de Moscou. Leur professeur est un grand maître, et il sillonne toute la Russie pour donner ses leçons. Ils le considèrent tous deux comme leur père spirituel. Eligio a terminé ses études de maître de thé, et il travaille dans ce que j'ai compris être une illustre maison. Pour avoir ce " diplôme ", il faut avoir fait une spécialisation après avoir suivi un cursus solide de sociologie, anthropologie, et une autre discipline que j'ai oubliée, d'après ce que j'ai compris, et s'il n'a pas un peu inventé. Tout cela paraît tellement étrange... Il habite donc à Saint Petersbourg. Il voyage beaucoup pour un russe. Il a été plusieurs fois aux Etats Unis, qu'il a traversé en auto-stop. Il effectue la plupart de ses déplacements, notamment ses déplacements quotidiens, par ce moyen. Il était à Irkoutsk depuis trois mois, travaillant comme moniteur dans une colonie de vacances, et il est rentré hier en train à Saint Petersbourg. Ania et Nadia étaient également monitrices dans ce camp. Eligio a vingt trois ans, il est assez grand, brun, avec une petite barbe, et a de très beaux yeux.
Ania est une moscovite de trente ans, juriste de profession initiale, apparemment promue à une carrière toute tracée. Elle est divorcée, ou tout comme, depuis environ deux ans. C'est la mère de Lisa. Un jour, elle a senti l'appel du Baïkal, où elle n'avais jamais été, et a tout quitté à Moscou: son ex-mari avec qui elle avait gardé des liens très forts, sa carrière, son salaire, sa voiture, , son appartement, en un mot, tout son confort d'occidentale, pour une vie beaucoup plus en accord avec ses aspirations: tournée vers l'amour des autres, le calme, une vie saine, dans la nature. Et quelle nature ! Elle a connu Nadia il y a quelques mois, lors d'une excursion en forêt, dans un cadre assez étrange, mais je dois avouer que je n'ai pas tout compris. C'était compliqué, et Ania parle vite. Elle fait beaucoup de promenades en montagnes, fait de très belles photographies de fleurs et de nuages, principalement, grâce à un reste de son équipement occidental: son super appareil reflex. Elle aime Mozart, le jazz, parle espagnol, a un caractère extrêmement non conventionnel, parle très facilement avec tout le monde, et a beaucoup de charme. Elle a les cheveux mi-longs, blonds, les yeux bleus clairs, légèrement verts. Elle est végétarienne, surtout pour la qualité de l'alimentation. Elle faisait régulièrement, jusqu'à récemment, quatre heures de yoga tous les matins, de cinq heures à neuf heures. Cela lui permettait d'être très en forme, alors même qu'elle ne dormait que quatre à cinq heures par nuit.
A Irkoutsk, son nouveau métier est nourrice, et elle a l'air de s'accomplir totalement dans cette nouvelle vie. Elle est arrivée dans cette ville il y a neuf mois, si bien qu'elle n'a pas encore vécu un hiver sibérien entier ici. Elle appréhende quelque peu. Sa fille Lisa est adorable, parfois un peu chipie, mais c'est l'age, je pense. On sent chez elle le besoin d'avoir un nouveau papa. Le pauvre Elihio, à l'heure qu'il est, allongé sur sa couchette dans un train déjà lointain, doit s'en souvenir encore... Elle m'a rapidement adopté aussi. Ania a une politique d'éducation envers sa fille à l'opposé de celle des mères russes habituelles, à l'opposé, très certainement, de ce qu'elle, a subi. Elle laisse sa fille la plus libre possible. Elle la laisse " vivre sa vie ". J'ai pu constater hier, pendant une des pauses du train touristique, que ce n'était pas de vains mots.
Nadia a dix-neuf ans. Elle a quelques boutons d'acné rémanents, elle ne sourit pas beaucoup, ne parle presque pas, sauf avec Ania, qui, elle, on s'en sera douté, est très bavarde. Nadia est à l'université, apparemment en faculté d'anglais. Elle, à l'opposé d'Elihio et d'Ania, a peu voyagé. Elle a toujours vécu à Irkoutsk. Elle aussi adore se promener dans la nature. Elle est fine, a des cheveux courts, blonds aussi, les yeux noisette.
Tout cela, je ne l'ai bien sûr pas appris en si peu de temps, d'un seul coup, lors de cette marche. J'ai reconstitué le puzzle petit à petit au cours de ces deux jours passés avec eux.
Nous sommes finalement arrivés au port, où nous nous sommes renseignés sur les horaires des navettes fluviales pour le lendemain matin. C'est là que j'ai pu avoir une première démonstration du caractère particulièrement dynamique et libre d'Ania. Les horaires étaient incompréhensibles, et, en se renseignant dans le café d'à côté, elle a obtenu, comme un chef, les informations qu'elle souhaitait, sans se départir, ni de sa gaîté, ni de son aplomb naturel, ni de sa gentillesse, ni de son sourire. Ce qui est spectaculaire, étant donné que ses interlocuteurs, eux, n'étaient pas exactement dans ces disposition. Le café en question était un bouge, il faisait plus figure de saloon minable du Far West, caricature de western, mais à la mode russe: les poissons remplaçaient le bœuf, la vodka le whisky, les pseudo-putes à la place des putes. Les mêmes jeux de cartes, la bière, les mouches, les trognes des bandits interrogés, leur mauvaise humeur innée. J'insiste: obtenir ces information apparemment anodines était un petit défi, qu'elle a relevé avec brio.
Ensuite, nous avons acheté sur le port des poissons typiques du Baïkal, les Omols, qu'on ne trouve que dans cette région du monde. Ils se vendent pêchés le matin même, déjà grillés, fumés, encore tous chauds, emballés dans du papier journal. Ils sont, ma foi, délicieux. Nous avons compété nos achats pour le soir avec les mets habituels: concombres, bière, pain noir, gâteaux secs. Nous avons marché ensuite longtemps jusqu'à ce théâtre perdu, chez ce Génia, ce barde baïkalique, où nous devions passer la nuit, moi compris, c'était à présent acquis.
La marche fut particulièrement pénible pour moi, car j'étais assez chargé: j'avais mon sac à dos habituel, et, dans une main qu'il fallait maintenir à l'horizontal, je tenais les quatre gros poissons qui coulaient un peu du papier. De plus, mon coup de fatigue du car, momentanément mis dans un coin suite à l'excitation de la rencontre, revenait de plus belle. Cela se voyait, car Ania m'a demandé si ça allait. Je devais être un peu pâlot.
Nous avons remonté une petite rivière qui allait se jeter dans le lac à présent derrière nous, parsemée sur ses deux bords d'habitations en bois plus ou moins achevées. Le théâtre était tout au bout du village, dans la forêt, au bord de cette rivière sortie tout droit de l'Eden. Genia était là, mais la représentation était exceptionnellement annulée, alors qu'il fait un spectacle tous les samedis de l'année, été comme hiver, et les gens viennent le voir, à pied, en ski, en voiture, en raquettes, en vélo, comme ils peuvent, en fonction des saisons. Le directeur du théâtre était là, venu avec sa superbe volga, les voitures des aparatchiks. Genia n'a parlé exclusivement qu'à Ania, sans un regard pour nous, il avait l'air de méchante humeur. Il a montré le dortoir à Ania, puis a disparu. On ne l'a plus revu des deux jours. Ania nous a alors expliqué qu'il devait y avoir un gros soucis en rapport avec le théâtre, qui devait avoir des conséquences graves pour Genia, et que c'est pour cela que le spectacle n'a finalement pas eu lieu et que Genia a été si expéditif, sans nous prêter attention, puis est vite rentré dans sa maison, une bâtisse en bois situé juste à côté du théâtre proprement dit. Nous, nous nous sommes installés dans la pièce du haut, dans le théâtre. C'était un charmant dortoir au dessus de la scène, auquel on accédait par un trappe, habituellement destiné à héberger les artistes, reproduisant à merveille une ambiance typique de salle d'hiver de refuge alpin.
Le soleil commençait à décliner sérieusement. Si nous voulions nous laver dans le lac, il ne fallait pas traîner. Le temps de prendre nos affaires, les poissons, la bière, et de refaire ce long chemin en sens inverse jusqu'à la rive, et nous étions de nouveau au bord du lac, au moment où le soleil commençait son spectacle du soir. Les nuages étaient déjà incroyables. Nous nous sommes posés sur la berge, en contrebas de la route, deux mètres en dessous, précisément. L'eau du lac, bien qu'effectivement totalement transparente, était définitivement décourageante, une fois que j'y avais trempé mon petit doigt. Pourtant, j'avais passé trois jours dans le train, je devais absolument me laver, et laver un peu du linge que j'avais apporté. Ania avait l'air très désireuse de se baigner. Pas pour se laver, elle dispose d'une salle de bain normale dans son appartement à Irkoutsk, mais pour nager !!! Moi, j'étais encore vêtu de mon manteau, que je tremblais déjà de froid, à cause de la brise humide du soir qui se levait, soufflant de plus en plus fort. Pendant que je dénouais mes lacets, mon regard fut attiré par Ania qui tombait son pantalon. Pas de maillot de bain. Juste des sous vêtements. Très beaux. Je me demandais si elle allais se baigner avec. La réponse fut immédiate: ma foi, elle est entrée dans l'eau du Baïkal bien rapidement, comme une seule femme, sans rien. Pendant qu'elle criait (tout de même, on peut être stoïque, mais il y a des limites), imitant le cri du cochon qu'on égorge, je finis de me dévêtir. Je suis resté en slip de bain, pudique, tremblant de la tête aux pieds, désolé d'avoir à aller affronter tant de souffrances, quand j'aurais pu rester tranquillement sur la berge à me rincer les yeux. Derrière moi, Eligio est entré aussi dans l'eau, avec les mêmes principes de liberté qu'Ania. Ne voulant pas rester en reste, j'ai fini par faire fi, moi aussi, de mon slip de bain, peu commode pour se savonner, il est vrai, et qui est allé rejoindre mes habits en boule sur les galets, puis j'ai rejoint les nus. Nadia et Lisa sont restées sagement enveloppées sur la berge, au bord, à préparer le repas sur un rocher. Sur la route juste au dessus, les gens devaient être un peu choqués, ce genre de pratique est extrêmement rare en Russie. Seuls se baignent nus en public les hommes, de nuit, après avoir dépassé le seuil des deux grammes dans le sang. Or, là, il faisait encore jour, Ania est une femme, et personne n'avais bu quoi que ce soit.
Ania est tout de même rapidement ressortie, après avoir nagé quelques brasses. Elle criait toujours comme un cochon. Pendant qu'elle se séchait, je me lavais par petits bouts, en essayant de penser à autre chose qu'à l'eau qui me mordait et me griffait sur tout le corps. Par exemple, je me concentrais sur la beauté du couché de soleil qui embrasait le ciel, ou sur celle d'Ania, en Eve, sans la moindre crainte que sa vue puisse avoir quelque conséquence sur une zone qui était totalement " hors de combat ". Les " cacahuètes ", comme on dit. Je me suis savonné par parties, puis rincé par parties. Avec cette ambiance unique, avec ces paysages incroyables, ce ciel de péplum, si l'eau avait été moins froide, ne serait-ce que de quelques degrés, ce moment aurait compté parmi les meilleurs de ma vie.
Mais là, il a fallu ensuite se sécher, laver le linge en grelottant, en prenant garde à ne pas me faire mouiller à nouveau par les vagues, prendre quelques photos du ciel toutes les deux minutes, et pendant ce temps, la joyeuse compagnie engloutissait déjà les fameux omols en me pressant fortement de les rejoindre. Ce que j'ai fini par faire. Je me suis assis auprès d'eux. Nous étions tous serrés les uns contre les autres, accroupis ou assis autour du rocher, sur lequel étaient posés les différents produits, et je me suis régalé en grelottant. Je n'oublierai jamais le goût de l'omol. C'est véritablement un poisson unique. L'ambiance était très chaleureuse. Une fraternité implicite nous unissait maintenant eux et moi. J'étais à présent des leurs: je m'étais baigné dans ce terrible Baïkal aux eaux sacrées (et sacrément froides), nu, avec eux. Une confiance mutuelle forte, une relation de complicité s'était établie. Nous avons rapidement mangé les poissons, puis nous sommes rentrés au théâtre en marchant vite. Lorsque nous y sommes parvenus, il faisait presque totalement nuit.
Ania avait amené son album photos à Genia pour lui montrer ses dernières prises, mais il est resté chez lui, nous n'avons entrevu que sa femme, qui nous a dit qu'il était fortement préférable de le laisser tranquille ce soir. Ania a été un peu vexée, car Genia est un ami proche. Par conséquent, la soirée s'est un peu essoufflée, le moteur du groupe s'était éteint: Ania elle-même avait perdu sa gaité. Par ailleurs, Eligio est quelqu'un de calme et assez taciturne, et Nadia est un peu timide, alors, je me sentais un peu à part en proposant la bouteille de vodka qui m'avait été donnée à Moscou par le père de Varia, et qui avait été préservée de toute entame jusque là. Mais je ne m'avoue pas si facilement vaincu en général. Eligio fut facile à convaincre, et à force d'insister auprès d'Ania, nous avons réussi à lancer le cycle des toasts. Nadia n'a pas bu, elle est restée sur le thé que nous avions fait, en attendant, pour nous réchauffer, à partir de mon dernier sachet.
Ania a voulu me montrer ses photos. Elle les a proposées surtout à moi, car les autres les connaissaient déjà. Je me suis assis à ses côtés sur le canapé dans la petite cuisine du théâtre où nous nous trouvions. Le mouvement fut général, car Nadia s'est assise de l'autre côté, et Eligio est venu compléter la brochette en se posant à la suite. Lisa est venue à moitié sur mes genoux à moitié sur ceux de sa mère, si bien que nous étions réunis tous les cinq sur ce pauvre canapé. Nous avons regardé les photos, et Ania me les commentait.
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