Salut André,
Comme le sujet m'intéresse de loin, je pense que la meilleure définition du tourisme éco-responsable se trouve sur ce site :
http://fr.vox.ulule.com/...co-responsable-1292/Lorsque je dis que ça m'intéresse de loin il ne faut pas m’en vouloir, mais j’ai donné, beaucoup, ça fait très longtemps que j'ai laissé tomber. Comme le message d’origine parle du Mexique, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Costa Rica, Panama, Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie, Paraguay, Argentine, Chili, évidemment que ça me cause... Quand tu es au coeur du problème comme je le suis ici au Paraguay (pays cité), tu t'aperçois très vite de l'inutilité de ce genre d’action. Pardon à tous ceux qui s’investissent le coeur au ventre comme toi Jocelyn que je félicite pour ta gnaque et tes bonnes intentions. Hélas, dans presque tous les cas on croit être utile et faire bien, mais sur place et dans la réalité tout le monde s'en fout royalement, quand les gens ne se payent pas carrément ta tête en douce lorsqu’ils sont entre eux.
Il y a deux règles fondamentales à ne pas perdre de vue et valables pour toute l’Amérique Latine :
- 1- Si pour nous générosité et naïveté sont deux choses très différentes, ici c’est complètement assimilé. Quelqu’un de généreux est forcément très bête, donc à plumer.
- 2 - Tout le monde, je dis bien absolument tout le monde se fout éperdument de l'écologie et de la pollution. Ceci est une règle absolue qu’il faut accepter. Du Mexique au Paraguay (où je vis) les gens jettent leurs ordures par les fenêtres des véhicules, déversent leurs poubelles et produits chimiques en pleine nature, y compris huiles de moteur usagées et solvants, et j'en passe... En France on les traiterait de criminels, ici on s'en fout car tout le monde le fait, c'est "culturel"... Ce sont des irresponsables, même s’ils ont des cotés très attachants.
J'ai parlé des produits chimiques, mais c'est pareil pour les fosses à merde (latrines) proches des nappes phréatiques, il y en a partout, tout le monde le fait également et le sujet n'intéresse personne. Tu peux demander ce qu’est un colibacille, personne ne connait.
Pour bien comprendre l'étendue des dégâts dans la tête des gens, il suffit de savoir que le lac Ipacarai qui est à 2 km de chez moi et qui est un lac énorme (20 km X 9 km) est tellement pollué que les baignades ont été interdites tout récemment pour cause de danger réellement mortel. Il faut dire que trois villes déversent leurs merdes dans le lac depuis la nuit des temps et que les ateliers de tannerie du coin ne se privent pas d'envoyer dans l'eau leurs poisons mortels. Les petits crocodiles qui étaient revenus flottent le ventre à l’air au milieu des milliers de poissons morts...
http://www.ultimahora.com/...-en-el-lago-Ypacarai
Pourtant, ceci n'empêche pas les municipalités de faire de belles plages artificielles pour des raisons électorales évidemment. On crée des plages, on fait venir à la télé, et ensuite on interdit la baignade, mais seulement quand c'est mortellement dangereux, sinon ça passe... Il y a une semaine, les habitants à 5 kms autour du lac ont été pris de migraines et vomissements et les hôpitaux ont été envahis si bien que le gouvernement s’en est mêlé.
Tout ceci est un problème d'éducation évidemment et surtout de culture. N'oublions pas ce que je répète souvent, 69 millions d’individus soit la moitié de la population d'Amérique latine ( 82% au Paraguay et en Bolivie) n’a pas dépassé le stade de l'école primaire et est en état d'analphabétisation fonctionnelle, c’est-à-dire qu’ils ne savent pas écrire, lire ni compter pour assumer au quotidien leurs fonctions sociales et professionnelles
C'est pourquoi mon expérience du terrain m’incite à penser qu'il ne sert absolument à rien de passer des « vacances utiles » pour aider des gens qui n'ont pas envie de changer leurs habitudes, et qui sont souvent eux-mêmes et par ignorance à l'origine de leurs propres problèmes. Pour ceux qui connaissent la pyramide de Maslow, les peuples de ces pays sont pour la plupart d'entre sont eux au niveau 1 de la pyramide, les besoins physiologiques (manger - boire - dormir)
Les seules « vacances utiles » que je connaisse, seraient de venir dans ces pays pour y éduquer les gens, car tant qu'il n'y aura pas une base minimum d'éducation, tout ce que les bénévoles pourront faire ici et là pour aider ne servira à rien. Hélas encore, lorsqu'on veut éduquer les gens où leur apprendre à lire ou à écrire, on se heurte à un autre problème : ils n'ont aucune envie de le faire.
Lorsque je suis arrivé au Paraguay pour m’y installer il y a trois ans, j’ai découvert rapidement le désastre culturel. J’ai très naïvement décidé d'apprendre à lire et à écrire aux quelques guaranis qui travaillaient pour moi, pensant que leur illettrisme leur poserait des problèmes dans leur vie du quotidien. J'ai cherché et trouvé un professeur dans l'une des écoles du coin, je les ai réunis avec le prof pour leur dire que je prenais les cours en charge et le premier cours a été fixé au lendemain. Le lendemain, le prof est venu, mais aucun des élèves, je ne les ai jamais revus.
Voilà, je n’ai pas la prétention d’avoir la science infuse ni d’imposer mes points de vue sous couvert d’expérience. Encore moins de dire que les gens comme Jocelyn et qui ont le mérite d’exister sont des utopistes. Mais je pense qu’ils vont au-devant de grandes déceptions et désillusions... A moins qu’il ne le fassent pour eux et n’attendant rien en retour, auquel cas ils y trouveront la satisfaction d’avoir « contribué ».
Car une chose est sure, il n’y aura jamais de retour, sinon des exigences et des dus !
Les gens des pays lointains ne sont pas du tout comme comme nous l’imaginons. Vouloir les aider c’est bien, mais eux, sont-ils prêts à recevoir cette aide dans le sens que nous lui donnons avec nos esprits d’Européens ?
Les gens qui m’ont posé le plus de problèmes et de litiges sont ceux que j’ai le plus aidés.
A méditer ??