Bonjour, Tibouchi,
Tu as raison, c'est vrai que le bétonnage de la cote Méditerranéenne, Espagnole d' Ampurias à Algésiras qui s'est effectué petit à petit dans les cinquante dernières années, paraît à priori excessif .
Cependant j'habite, à Montpellier, en plein dans une zone touristique et bien que mon activité professionnelle pas plus que celle de mon mari dépende du tourisme, nous nous souvenons de Montpellier avant que la ville n'existe aux yeux de monde, c'était une minuscule ville, vieillotte, appelée à mourir, loin de toutes les activités industrielles et commerciales qui faisaient vivre les autres métropoles Françaises.
Tout a commencé dans les années 60 avec la construction de la Grande Motte d'abord. La Grande Motte c'est une ville de villégiature, entièrement gagnée sur les dunes et les marécages, un terrain, envahi de moustique, instable, malmené par les marées d'équinoxes. Bétonnage, certes, mais intelligent puisqu'il a valorisé un terrain totalement stérile et insalubre, sur lequel maintenant poussent des arbres. Bétonnage certes mais qui par la richesse engendrée par l'afflux de touristes a permis de revaloriser les étangs en bordure, de les assainir et de leur permettre ainsi d'être réoccupés par toute une faune qui avait disparu petit à petit. Le succès de la Grande motte a créé la nécessité pour les communes avoisinantes de se moderniser à leur tour afin de pouvoir accueillir la manne saisonnière des touristes. Les villes alentour comme Montpellier, se sont mises à "exister " aux yeux de l'Europe ce qui à permis a des industries du tertiaire telle IBM, ou des industries du médical de considérer Montpellier non plus comme un lieu improbable, mais plutôt comme une vitrine .
Et voilà, la vie est bien plus agréable à Montpellier aujourd'hui qu'il y a 40 ans, lorsque je suis arrivée ici à la fac. Les jeunes ne désirent plus partir, un nombre considérable de nouveaux résidents arrivent chaque jours. Résultat : flambée de l'immobilier, bétonnage à outrance pour loger tout ce monde et...inondations de plus en plus fréquentes entre autres désagréments résultant immédiatement de ce bétonnage.
Mais on voit mal comment ralentir cet engrenage.
Il y autre chose qui doit être pris en compte, c'est que nos sociétés Occidentales et particulièrement la société Française sont devenues, parce que c'est notre désir à tous, des sociétés de loisir et que pendant leurs loisirs, leurs "vacances " les gens aiment se déplacer. Comment aller au ski sans bétonnages de la montagne ? Comment aller au soleil en hiver, souhait parfaitement légitime, sans bétonnage des plages paradisiaques de l'hémisphère sud ? Comment dire aux Occidentaux, restez chez vous, vous polluez ? Comment dire aux pays qui bénéficient de cette manne, serrez vous la ceinture et gardez intacte la beauté de vos paysages ! Et que vaut-il mieux, les immeubles à Essaouira pour accueillir tous ceux qui ont envie d'y passer quelques jours, ou l'accumulation de centaines de campings-cars en provenance de toute l'Europe à Taghazout qui s'agglomèrent là sous prétexte de "liberté" rejetant tous leurs déchets n'importe où, dans la plus grande crasse tant physique que morale ( délinquance, prostitution, drogue )
Alors, moi, personnellement, je ne sais pas comment gérer le problème, d'ailleurs, avant même de parler de le gérer, encore faudrait-il chercher à l'étudier sociologiquement . Par exemple : le désir de loisirs est légitime, mais comment se fait-il que la plus part d'entre nous aient davantage l'impression de se réaliser et de vivre, ailleurs que chez eux et en faisant d'autres activités que celles qui jusqu'à ce dernier demi siècle faisait vivre les hommes et fait vivre encore tant bien que mal les 3/4 de la planète : le travail ?
N'ayant pas reçu de vérité révélée à ce sujet, pour ma part, je me contente de me réjouir de ma passion : voyager, et de me comporter en voyage aussi bien que je peux, en ayant conscience d'appartenir à cette "masse" bien que ne voyageant jamais en groupe, sans culpabiliser le moins du monde pour ma passion, et sans chercher non plus à faire porter à quiconque la responsabilité des "dégradations", si, toutefois, le niveau des dégradations est supérieur au niveau des bénéfices pour les populations natives, ce qui reste entièrement à démontrer .
Catherine
" La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char
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