Hello,
For a week-long trip starting from Marrakech with a rental car, if you had to choose between these two loops, which one would you go for and why?
1) Marrakech - Ouarzazate - Dades Gorges - Merzouga - Marrakech (map itinerary)
2) Marrakech - Ouarzazate - Dades Gorges - Zagora - Marrakech (map itinerary)
Important info: this is for mid-February, so nights will be cold.
For option 1, we’re thinking of staying in a "solid" hotel in Merzouga rather than camping in a tent without heating (our 10-year-old might not like that ^^). If you’ve got any experience to share about cold winter nights in the desert while camping, that’d be super helpful!
Thanks so much in advance!
Hi there,
A group of 11 of us will be spending a week in Marrakech in May. I’d love your thoughts and advice on these excursions I’ve shortlisted—or any others I might not have considered:
- Visiting Marrakech: with or without a guide? Is one day enough for the main sights? - Essaouira: Is a day trip a good option? Is the journey scenic? - Ouzoud Waterfalls: Is the place worth the trip? - Agafay Desert: Any recommendations to avoid the tourist crowds? - Imlil Valley and Mount Toubkal: A worthwhile detour?
Of course, I don’t plan to do everything in one week, but your input will help me decide... Thanks in advance! !
A group of 11 of us will be spending a week in Marrakech in May. I’d love your thoughts and advice on these excursions I’ve shortlisted—or any others I might not have considered:
- Visiting Marrakech: with or without a guide? Is one day enough for the main sights? - Essaouira: Is a day trip a good option? Is the journey scenic? - Ouzoud Waterfalls: Is the place worth the trip? - Agafay Desert: Any recommendations to avoid the tourist crowds? - Imlil Valley and Mount Toubkal: A worthwhile detour?
Of course, I don’t plan to do everything in one week, but your input will help me decide... Thanks in advance! !
Bonjour,
C'est parti pour un nouveau carnet de voyage photographique , avec de nouveaux endroits, de nouvelles découvertes, de nouveaux émerveillements .
Mon défi cette fois ci était de faire visiter le Maroc en 9 jours chrono à ma petite famille, en l’occurrence à ma fille aînée, mon gendre et mes 2 petits enfants de 6 et 9 ans , pendant les vacances de Toussaint . Ils n'avaient jamais mis les pieds au Maroc, ni dans un pays de culture arabo-musulmane . Choc culturel assuré .
J'avais plusieurs contraintes dont le lieu de départ et d'arrivée, Fes , qui est complètement excentrée par rapport au grand Sud . Ma fille voulait aussi voir absolument Essaouira . Et tout le monde voulait, bien sûr , faire un bivouac au fin fond du désert ....
J'ai donc monté un séjour itinérant, avec un nouvel hébergement chaque soir, pour que tout le monde en ai plein la vue et revienne en France avec des souvenirs éternels .
En simplifié, voici le voyage photo que je vous propose :
J0 : Arrivée à Fez à 20 heures, Autoroute jusqu'à Rabat . J1 : Rabat Médina, Kasbah des Oudayas, ..... J2 : Essaouira ...... J3 : Tichka et vallée d'Ounila ...... J4 : Tamdaghte, Aït Benhaddou, Kasbah de Taourirt , Agdz J5 : Vallée du Draa ( rive gauche ), Foumzguid, erg El M'hazil, bivouac J6 : Bivouac , lac d'Iriki , Zaouia Sidi Abdenbi, ..... J7 : Retour Foum Zguid, N'kob, Bab N'Ali, Tizi n'Tazazert, Boulmane, El Kelaa des M'Gouna J8 : Route 307 ( Haut Atlas central ), visite de Megdaz ( village berbère ), Imi n'Ifri, Ouzoud J9 : Cascade d'Ouzoud, retour sur Fes via Beni Mellal, Azrou, repas à Bab Boujloud, balade nocturne dans la médina de Fez .... J10 : Réveil à 5 heures, direction aéroport ....
Comme vous le constatez, j'ai finalement éliminé les 2 grandes médinas que sont Fez et Marrakech . C'est mon choix, car j'ai pensé que tout un chacun peu revenir seul dans ces villes, s'il en a l'envie, surtout après un premier séjour accompagné . De plus, mon voyage intègre aussi 2 médinas , Rabat et Essaouira , qui sont également toutes deux remarquables .
Ayant déjà montré dans de précédents carnets certains des lieux visités, je veillerai à éviter les redites et à montrer de nouveaux lieux ....
Et " en voiture Simone" .....
C'est parti pour un nouveau carnet de voyage photographique , avec de nouveaux endroits, de nouvelles découvertes, de nouveaux émerveillements .
Mon défi cette fois ci était de faire visiter le Maroc en 9 jours chrono à ma petite famille, en l’occurrence à ma fille aînée, mon gendre et mes 2 petits enfants de 6 et 9 ans , pendant les vacances de Toussaint . Ils n'avaient jamais mis les pieds au Maroc, ni dans un pays de culture arabo-musulmane . Choc culturel assuré .
J'avais plusieurs contraintes dont le lieu de départ et d'arrivée, Fes , qui est complètement excentrée par rapport au grand Sud . Ma fille voulait aussi voir absolument Essaouira . Et tout le monde voulait, bien sûr , faire un bivouac au fin fond du désert ....
J'ai donc monté un séjour itinérant, avec un nouvel hébergement chaque soir, pour que tout le monde en ai plein la vue et revienne en France avec des souvenirs éternels .
En simplifié, voici le voyage photo que je vous propose :
J0 : Arrivée à Fez à 20 heures, Autoroute jusqu'à Rabat . J1 : Rabat Médina, Kasbah des Oudayas, ..... J2 : Essaouira ...... J3 : Tichka et vallée d'Ounila ...... J4 : Tamdaghte, Aït Benhaddou, Kasbah de Taourirt , Agdz J5 : Vallée du Draa ( rive gauche ), Foumzguid, erg El M'hazil, bivouac J6 : Bivouac , lac d'Iriki , Zaouia Sidi Abdenbi, ..... J7 : Retour Foum Zguid, N'kob, Bab N'Ali, Tizi n'Tazazert, Boulmane, El Kelaa des M'Gouna J8 : Route 307 ( Haut Atlas central ), visite de Megdaz ( village berbère ), Imi n'Ifri, Ouzoud J9 : Cascade d'Ouzoud, retour sur Fes via Beni Mellal, Azrou, repas à Bab Boujloud, balade nocturne dans la médina de Fez .... J10 : Réveil à 5 heures, direction aéroport ....
Comme vous le constatez, j'ai finalement éliminé les 2 grandes médinas que sont Fez et Marrakech . C'est mon choix, car j'ai pensé que tout un chacun peu revenir seul dans ces villes, s'il en a l'envie, surtout après un premier séjour accompagné . De plus, mon voyage intègre aussi 2 médinas , Rabat et Essaouira , qui sont également toutes deux remarquables .
Ayant déjà montré dans de précédents carnets certains des lieux visités, je veillerai à éviter les redites et à montrer de nouveaux lieux ....
Et " en voiture Simone" .....
Bonjour,
L'idée d'un sujet sur les animaux du et au Maroc ayant été lancée, je me décide en espérant que ce carnet vivent longtemps, avec les contributions de toutes et tous . Les animaux du Maroc réservent au voyageur curieux un nombre infini d'émotions, qu'ils soient sauvages ou domestiques . Qui n'a pas photographié lors d'un séjour un chat particulièrement beau, ou un caméléon, une cigogne, un chameau….. Les animaux sont partout au Maroc, et me semble-t-il bien plus présent qu'en France, par exemple . Alors commençons….
Commençons dans le merveilleux jardin exotique de Marcel François , à Bouknadel, à une dizaine de kms au Nord de Salé . On y accède soit par l'autoroute, soit par la nationale 1 . J'y étais donc il y a 3 jours et j'ai rencontré ce couple . Comme on dit : plus beau que çà, tu meurs ! . On m'a dit qu'il s'agissait de canards flamboyants ( ? ) , mais peut-être que quelqu'un pourra confirmer ?


L'idée d'un sujet sur les animaux du et au Maroc ayant été lancée, je me décide en espérant que ce carnet vivent longtemps, avec les contributions de toutes et tous . Les animaux du Maroc réservent au voyageur curieux un nombre infini d'émotions, qu'ils soient sauvages ou domestiques . Qui n'a pas photographié lors d'un séjour un chat particulièrement beau, ou un caméléon, une cigogne, un chameau….. Les animaux sont partout au Maroc, et me semble-t-il bien plus présent qu'en France, par exemple . Alors commençons….
Commençons dans le merveilleux jardin exotique de Marcel François , à Bouknadel, à une dizaine de kms au Nord de Salé . On y accède soit par l'autoroute, soit par la nationale 1 . J'y étais donc il y a 3 jours et j'ai rencontré ce couple . Comme on dit : plus beau que çà, tu meurs ! . On m'a dit qu'il s'agissait de canards flamboyants ( ? ) , mais peut-être que quelqu'un pourra confirmer ?


Bonjour,
Nous sommes un couple de 25 ans et nous partons 10 jours en octobre au Maroc direction l'Atlas et le Désert. J'ai beaucoup de doutes même si après avoir fouiné dans le site j'ai pu repérer pas mal de bons conseils. Après moultes changements de programme, nous avons FINALEMENT décidé de partir à l'aventure sans faire appel à une agence pour préparer notre circuit de 9 jours avec 3 jours à Marrakech en fin de séjour pour se reposer. Nous allons louer un 4x4 à Marrakech (si vous connaissez des agences de location pas chers, n'hésitez pas...) et partir pour l'Atlas et le Désert (vallé du Draa, Merzouga...). 1er doute: Est-il absolument nécessaire de louer un 4x4 ou bien peut-on parfaitement faire le circuit en voiture normale en tenant compte que nous souhaitons fuir les circuits touristiques classiques et connaitre la population? J'ai lu qu'il y avait des routes goudronnées correctes mais est-ce par ces chemins que l'on peut trouver encore un Maroc authentique?Si vous connaissez des routes hors piste qui vaillent le détour, n'hésitez pas à m'en informer. 2ème doute: Temps de trajet et point de chute. Quel itinéraire recommendez-vous pour un circuit au départ de Marrakech pour 6 jours? Quels points de chute pour dormir et temps de trajet entre chaque arrêts? 3ème doute: Ne courrons-nous aucun risque à partir sans guide? 4ème doute: Question logement, nous n'avons aucun problème à dormir chez l'habitant. Connaissez-vous des familles chez qui nous pouvons loger durant notre circuit?
je demande certainement beaucoup trop de renseignement d'un coup, mais c'est la 1ère fois que nous organisons un voyage de ce gente et j'ai pleins de doutes!Je souhaite vraiment que cela soit une expérience inoubliable!
Merci pour vos réponses.
Elisabeth
Nous sommes un couple de 25 ans et nous partons 10 jours en octobre au Maroc direction l'Atlas et le Désert. J'ai beaucoup de doutes même si après avoir fouiné dans le site j'ai pu repérer pas mal de bons conseils. Après moultes changements de programme, nous avons FINALEMENT décidé de partir à l'aventure sans faire appel à une agence pour préparer notre circuit de 9 jours avec 3 jours à Marrakech en fin de séjour pour se reposer. Nous allons louer un 4x4 à Marrakech (si vous connaissez des agences de location pas chers, n'hésitez pas...) et partir pour l'Atlas et le Désert (vallé du Draa, Merzouga...). 1er doute: Est-il absolument nécessaire de louer un 4x4 ou bien peut-on parfaitement faire le circuit en voiture normale en tenant compte que nous souhaitons fuir les circuits touristiques classiques et connaitre la population? J'ai lu qu'il y avait des routes goudronnées correctes mais est-ce par ces chemins que l'on peut trouver encore un Maroc authentique?Si vous connaissez des routes hors piste qui vaillent le détour, n'hésitez pas à m'en informer. 2ème doute: Temps de trajet et point de chute. Quel itinéraire recommendez-vous pour un circuit au départ de Marrakech pour 6 jours? Quels points de chute pour dormir et temps de trajet entre chaque arrêts? 3ème doute: Ne courrons-nous aucun risque à partir sans guide? 4ème doute: Question logement, nous n'avons aucun problème à dormir chez l'habitant. Connaissez-vous des familles chez qui nous pouvons loger durant notre circuit?
je demande certainement beaucoup trop de renseignement d'un coup, mais c'est la 1ère fois que nous organisons un voyage de ce gente et j'ai pleins de doutes!Je souhaite vraiment que cela soit une expérience inoubliable!
Merci pour vos réponses.
Elisabeth
Ce n'est que quelques mois plus tard que les mots ont vraiment trouvé leur place. La voilà. Après des jours de marche entre Tagounite et Chigaga, en passant par Foum La'lag, Iriki, Erg Yehoudi, etc... Bonne lecture, hum... Bon courage plutôt. C'est un peu long. El baraka Allah ou fikoum. 😎
* *******************
ERG YEHOUDI
I
De Zagora à Tagounite, à peine deux heures de taxi. Bientôt, Anega, un dernier col à franchir. Au-delà, le désert. Il fait déjà nuit, et la 4L s’ébroue sur le chemin. Les ensablements se succèdent. Il faut souvent descendre pour pousser. Et puis le campement se détache. Silhouette aplatie des tentes sous le poudroiement des étoiles. Trois verres de thé sur les tapis. Une bougie dans un coin, et le sommeil qui vient très vite. Le vent souffle très fort. Le sable me remplit les yeux. J’aime sentir cette chaleur, cette aridité des bourrasques, cette lueur ténue à l’horizon, dans les nuées sablonneuses évaporées par le vent. Au loin, une kasbah isolée s’endort. Je me nourri de cette absence. Je quitte par instants l’existence, pour entrer dans le vent et la lumière.
II
Un halo de pastels s’est glissé sous la tente. D’où vient le sable qui me recouvre ? L’Erg Yehoudi s’éveille dans la pénombre. Le vent s’est tu, le sable coloré, le ciel illuminé. Jaune, ocre et orangé. Le sable est encore frais. Dur et compact par endroits. Ailleurs tendre et léger. Et le silence. Quel silence ! Je n’entends que lui. C’est le silence de la terre, quand plus rien ne la peuple. Le silence des berbères, patiemment burinés. Les mots lâchés sont lents. Je me retrouve en eux. En leur pays aride. En l’infini qui nous regarde, et en la nonchalance des jours.
III
Les verres que l’on dépose font des ronds sur le sable. Les grains agglutinés par le thé roulent en bas de la pente. Le jour s’apaise enfin. Lentement. Comme le reste. Les dromadaires entravés s’éloignent vers la source en sautillant. Les dunes étirent leurs ombres, jaunes, orangées, multicolores. Le soleil rougeoyant a disparu derrière les crêtes. Les ombres élastiques se fondent maintenant dans leur masse. Le vent s’est tu. Le silence règne. Et le reflux du sable a laissé derrière lui des cailloux et des traces. Celles de Brahim s’éloignent encore en direction de la montagne. Sa silhouette enténébrée se perdra bientôt dans la nuit. Le murmure du thé dans les verres, et Mohamed qui veut me voir écrire. Raconter son pays. Je n’en sais pas grand-chose. Le vent, le sable, et puis rien d’autre. De la chaleur un peu, et le pas lourd des dromadaires. Eux aussi disparaîtront bientôt, dans les ténèbres d’une nuit sans lune. Les yeux levés vers le ciel, j’attends déjà les étoiles. Ils n’ont pas dû se satisfaire de rien, pour vouloir se perdre encore dans le vide.
* *******************
MEHAREE
I
Tôt ce matin, départ des dunes de Mzoueria. Nous gagnons rapidement la hamada, où la marche est aisée, les cailloux fins, le sable volatile. La plaine qui nous attend est vaste. Jusqu’au-delà de l’horizon, des cailloux, des cailloux, des cailloux. Le plus souvent noirs, sur un tapis de sable clair. Nous avons laissé les derniers buissons derrière nous. La marche se fait en ligne droite. Un repère dans le lointain suffit à maintenir le cap. Nous contournons un petit erg orangé. La sensualité des dunes contraste avec la violence des pierres noires. Un puits. Eau claire et bienfaisante. Tout juste un peu saumâtre. Il n’y a personne. Un âne esseulé nous observe. Nous marchons encore et encore. La chaleur m’étourdit. L’horizon, brûlant, tremble dans le lointain. Mes pieds, mes yeux, mes mains s’assèchent. Il faut marcher encore. Et puis enfin, au loin, se dessine la silhouette ocre d’un erg. Un puits, profond, et un arbre. Le bois est compté aujourd’hui. Les petits riens sont tant de choses. Un rien de bois, d’ombre, de feu, de riz, de dattes et de thé suffisent à me requinquer. Tout devient à la fois simple et essentiel. L’esprit du méhariste, soumis à de telles austérités, s’épure. La fatigue me rattrape. Je tire la natte à l’écart, et m’endors. La nuit sans lune est peuplée de milliards d’étoiles. D’araignées, de scorpions, de gerbilles et de poissons.
II
Point de vie, Le puits rassemble. Hommes et animaux. Certains puisent, D’autres boivent. Piétinement des dromadaires, Et puis rafraîchissement. Verse m'en sur la tête Et dans le creux des mains. Je bois à pleines gorgées La fraîcheur de la terre. Celle qui nous est comptée Pour la vie de nos âmes. Demain, un autre puits, Quand sera épuisée La guerba de peau molle Que nous gardons au frais Sous l'ombre d'un palmier.
III
Dieu a créé le désert pour que les hommes se réjouissent à la vue des arbres. Je me souviens de cet adage Touareg. Après trois jours de dunes, de regs et d’oueds, nous atteignons Foum La’lag. L’oasis sacrée. En pas moins de sept heures de marche, nous avons rejoint les palmiers. Quelques jardins autour d’une source, où des femmes lavent des gandouras bleues en silence. Des enfants jouent autour des hommes que nous saluons durablement. L’un après l’autre, ils s’enquièrent de l’état des puits, de la situation des campements, des familles, des troupeaux. Nous partageons le thé et une poignée de dattes. Pour la nuit, nous resterons à l’écart du village. Les dix palmiers qui nous abritent sont un monument végétal. Architecture de la terre. Il ne faut rien y ajouter, ni rien en retirer. Ici, chaque chose est à sa place.
IV
Le soleil encore rasant, et le dromadaire qui piétine. Un peu de bois est rassemblé pour le thé. Il reste du riz de la veille. Et puis des dattes. Toujours des dattes. Nous quittons l’oued, et rejoignons les cailloux du grand reg. Des cailloux noirs, sinistres. Je commence à les aimer, à les connaître un peu. Aucuns ne se ressemblent. Ils sont comme nous. Différents, indifférents. Nous cueillons l’eelk, sève desséchée, coulant des artères de cédras. Jeté dans l’eu bouillante, il donne au thé un doux parfum de caramel. Plus loin sur le reg, quelques touffes asséchées indiquent la présence d’un oued. Nous le longeons jusqu’à la source. La source des marabouts. Posées sur l’horizon, les dunes arrondies me regardent. Silhouettes approximatives dans les nuées crépusculaires.
V
La source des marabouts. Dans le creux des collines. Entre l'erg et le reg. Entre les cailloux et le sable. Quelques palmiers, Le chant d'un oiseau, Une source, Et puis rien. Le soleil et le vent. Douceur du crépuscule Lorsque la chaleur n'est plus Une lourdeur en nos mains.
VI
Au-delà du muret, un jardin. Un jardin sec. Un jardin sec et seul. Immensité close, pour trois fois rien. Les plantes aussi cherchent l’espace. Elles voient venir au loin les dunes de Chigaga. Les dunes qui progressent à pas de grains infimes. Patience de la terre, et patience du jardin. Qui enseigne aux hommes libres la nonchalance des braises. Au-delà du muret, j’entends le thé qu’on verse. Le thé au fond des verres, en attendant après. Et puis le pain. Chaque jour. De la farine à la pâte en l’alchimie de l’eau claire, des gestes ancestraux. Chaque jour. D’abord allumer le feu, jusqu’au rougeoiement des braises. Tout juste avant qu’elles ne meurent. Chaque jour. Déposer une galette fraîche et molle entre le sable et les tisons. Et puis attendre. Chaque jour attendre. Alors le thé. Alors le vent. Lorsque le pain est cuit, cesse le thé, cesse le vent. Les doigts trempés dans l’huile d’olive, et le pain chaud craque sous les dents. Le sable craque avec le pain. Il n’y a maintenant plus d’huile pour le pain, plus de lueur à l’horizon, plus de feu pour le thé, plus d’oiseaux pour le silence. Nous tirons notre natte et notre couverture à l’écart. Une pluie d’étoiles nous éblouit.
VII
Je me réveille le premier ce matin. Le jour se lève aussi. Le soleil est encore derrière les crêtes. La fraîcheur est douce et légère. Je rassemble un peu de bois sec, et allume le feu pour une première théière. Omar se réveille à son tour. Et déjà s’en va au loin, au-delà des collines. Hier, le dromadaire était resté introuvable. L’air inquiet, Omar n’avait plus mangé depuis. Sa précieuse monture s’était égarée à une heure du campement, sans doute attirée par quelque succulent arbrisseau. Pendant que les méharistes se privent, le dromadaire, lui, donne souvent libre cours à son immense gourmandise. Le thé chauffe, je me rince les mains, la bouche et le visage. Je plie ma couverture, et verse de l’huile d’olive près du pain préparé la veille. Moha se réveille à son tour. Pas très matinal aujourd’hui. Le thé est prêt. Un peu de sucre, je verse et je mélange, sans en mettre une goutte à coté. Il est amer et sucré. Tel qu’on le fait par ici. Omar apprécie. Il ne nous reste qu’à charger le chouari, que l’on harnache sur la bosse poilue et molle du dromadaire. Il se plaint. Nous devons le retenir quand il s’agite. Car en plus d’être gourmand, le dromadaire est plutôt râleur. Il faut le tirer pour partir. Devant nous, une journée de soleil, de marche, de vent, de cailloux et de sable. Inch Allah. La marche est aisée. Nous franchissons les uns après les autres de petits cordons de dunes. Le sable est encore frais. Je marche pieds nus. Il est de la couleur de nos plages. Jaune pâle teinté de gris, fin et volatile. Et déjà, devant nous, se dessinent les dunes immenses de l’erg Chigaga. Le sable devient ocre, orangé, parfois tirant sur le rouge. Le vent du sud-ouest souffle très fort. Les ergs se succèdent, de plus en plus difficiles à franchir. Le dromadaire peine. Il n’est pas à l’aise dans les dunes. Ses pas s’enfoncent dans le sable. Il faut sans arrêt le pousser. Nous contournons les pentes les plus raides, nous dirigeant vers un point sombre du paysage. Rapidement, nous parvenons à l’arbre sec, à l’arbre seul. De nouveau, nous déballons quelques affaires, le temps de laisser passer l’heure la plus chaude du jour.
VIII
Enfin seul. Il me regarde, Et je m'incline. Son âge oblige. Probablement centenaire. Sa douce présence Trahit des années de souffrances. Sous les assauts du vent, Des rayons du soleil. On ne lui a pas donné beaucoup, Et lui, sans rien attendre, Aujourd'hui tant me donne. Je l'ai désiré, Il est venu. Je l'ai vu de si loin Sans le perdre des yeux. Je l'ai frôlé doucement, Et puis me suis assis, Humble et silencieux, Sous l'arbre seul.
IX
La première chose à faire est de rassembler quelques branches. Le thé, unique remontant, chauffe. Puis étaler la couverture, couper deux tomates et un oignon. Ce sont nos derniers légumes. Un peu de pain, des sardines en boite et de l’huile. Et puis du thé. La sieste est difficile. Le vent souffle vraiment très fort. Le sable s’immisce en chaque recoin de mon chèche. Les monuments de sable m’attirent. Je ne peux rester là, à les regarder. Je veux les piétiner, sentir cette poudre orange entre mes doigts, sentir la brûlure du désert. Le soleil est au zénith. J’ajuste mon turban. Mes pieds s’enfoncent dans le sable brûlant. Le vent souffle, dans un assourdissant silence. Cet océan de poussière ocre me fait perdre la tête. Rapidement les repères disparaissent. J’ai le vertige. Le vent nous chasse. Nous devons retrouver les cailloux. La tempête menace. Nous trouverons un puits, en marchant vers le nord ouest. Le pas est franc. Les petites dunes se succèdent. Quelques arbres timides font des taches vertes, sur l’immensité bleue du ciel. Etourdissante perfection, harmonie des couleurs et des formes, dans la fureur des éléments. Nous marchons encore. Le dromadaire peine. Mes jambes sont lourdes. Enfin, le puits. Déchargement du chouari, collecte du bois, préparation du thé. Rituel instinctif. Moha et moi, les poches remplies de dattes, nous perchons sur la branche d’un arbre. Nous grignotons nos sucreries, comme deux enfants loin des regards. Complicité silencieuse. Nous attendons, muets, que les ombres du soir, féeriques, s’étirent sur le sable des dunes. Le soleil rougeoie, le vent fraîchit. Je me suis enfin habitué au rythme de marche quotidien. Aujourd’hui, cinquante kilomètres. Je ne suis pas fatigué. Par contre, mon turban sent la sueur, le feu de bois, le dromadaire et le thé. Mes yeux sont pleins de sable et mes pieds se dessèchent. Ma peau est colorée et je fais des gags en arabe. Je remplis mes poches de crottes laissées par un dromadaire. Je les jette en pluie sur Moha. Nous rions, et de nouveau le silence.
X
Un autre puits. Et des odeurs. La vie qui laisse des traces. Des crottes. Eau et terre mélangées Moisissent. Odeur portée par le vent Comme un témoignage vital. Un feu abandonné. Une chèvre hors du troupeau. Une corde, Un bidon, Un morceau de fer Et, Personne. Le silence et cette odeur. Putréfaction végétale Dans une fournaise minérale. Vide. Absurde. Et qui ne semble vivante Que par ces traces abandonnées.
XI
La marche est longue ce matin. D’abord quitter les ergs de sable, et rejoindre la source. Les dunes de Chigaga disparaissent derrière l’horizon. Les plateaux rocheux se succèdent. Sans végétation. Les heures sont interminables. Le vent souffle de l’est. Trop sec, en plein visage. Le soleil est immense. Sur une interminable plaine de cailloux noirs, un caméléon. Et puis un arbre nous invite. Le premier, le seul. Un arbre sans feuilles. Tout juste un buisson d’épines. Le dromadaire n’en veut pas. Mais qu’ont donc fait les hommes pour mériter une terre aussi ingrate ? Futile végétation, sur un plateau stérile. Nous en cassons une branche pour chauffer la théière. Un gamin nous rejoint. Ses chèvres sont plus loin, aux abords d’un oued où survit la broussaille. Il est timide, fatigué, affamé. Nous lui offrons de notre riz, et puis un verre de thé. A peine a-t-il fini qu’il se réfugie parmi les branches. Point de vue isolé, au-delà de l’attention des adultes. Ceux là ne regardent pas en l’air pour y rejoindre par moments la douceur de leurs rêves. Des rêves de leurs enfants.
XII
Reg. Ou comment dire le vide et l'absence. L'immensité de la terre Où rien ne vit. Lieu de passage, Non pas demeure. Il y a trop de cailloux Pour un troupeau. Trop de cailloux, pas assez d'eau. Rien ne pousse. Que la chaleur suffocante Brûlant des milliards de pierres noires. Des cailloux insensés, Sombres et stériles. Vaste plaine à traverser, Sans rien à l'horizon. Pour aller d'un puits à un autre. Et de cet autre au suivant. Comme des points de suspension Livrant la terre au silence.
XIII
La nuit approche. Nous pressons le pas. Puis arrivons enfin. La famille d’Omar nous accueille. Deux vastes tentes en poil de chèvre, d’hasardeuses constructions en pierre, en ruine, et un abri en paille. Tout le reste au milieu. Les femmes et les jeunes filles s’affairent, les chèvres et les poules, un feu de bois pour le thé, des jarres gardant l’eau fraîche, une meule pour la farine, des gamelles, des nippes et quelques jeux d’enfants. Une vaste natte pour nous trois, des couvertures et des coussins. Les hommes sont au loin avec les troupeaux. Le thé est servi. Les jeunes filles s’agitent. Le pain est chaud et croustillant. L’huile d’olive dégouline. Et puis des lentilles, du pain, du thé. Les yeux posés sur l’horizon, tous attendent un croissant de lune. Un fin croissant, le premier, comme une renaissance. Le ramadan peut alors commencer. Ce soir, la radio tamazight psalmodie en arabe les versets du Coran. Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. L’humeur est joyeuse. Tout est subtilement différent. Même si, à la lueur de la bougie, rien ne semble vraiment avoir changé.
XIV
Seul, un croissant de lune Descend sur l’horizon. Le ciel s’enivre A l’appel du muezzin. Le cœur est à la fête. La radio psalmodie Des versets en arabe, Etouffés par le chant des femmes. Sous la tente, Le thé coule toujours.
Jour de carême. Hammo ne mange pas. Mes doigts dégoulinent Au dessus d'une soupe aux lentilles. Le pain est frais et croustillant. Les chèvres se sont tues. Le vent aussi, S'évanouit derrière les dunes. Sous la tente, Le thé coule toujours.
Rupture du jeune Lorsqu’on ne distingue plus Un fil blanc d’un fil noir. Le thé coule à flot, Le pain, Les dattes. Retrouvailles généreuses Autour de la famille assemblée. Sous la tente, Le thé coule toujours.
XV
Le jour se lève sur le campement. Les chèvres et les femmes, les vieillards et les enfants, les hommes. Le ciel rouge et lointain pâlit. D’un bout à l’autre de la plaine, la terre s’éclaircie peu à peu. La vie s’éveille dans les ténèbres. Je profite encore de la pénombre pour me cacher non loin, silhouette accroupie derrière un buisson d’épines. Un troupeau de chèvres s’agite. Une fillette chantonne. Une bouilloire grince. Et déjà l’odeur du feu de bois. L’odeur de la vie. Alors qu’un vieillard s’installe pour la journée, entre un enfant à moitié nu et un tas d’ustensiles. Sur un tapis de laine, Omar est allongé. Moha bavarde. La théière au milieu. Je remplis, un par un, les verres en rond sur un plateau doré. Le va-et-vient est familier. Le puits, le moulin, le four. Au dehors, les cailloux. Les cailloux et le soleil. Jusqu’aux ergs oranges que je devine à l’horizon. Il est presque midi. Le silence est tombé sur les tentes. Inattendu. Premier jour de carême. Où l’on s’économise. La journée est encore longue. La chaleur sur le reg tremble dans le lointain.
XVI
Comment décrire les dunes, Quand tant a été dit, Et si peu à la fois. Sable nomade, Poussière en errance. Courbes éphémères et folles. Plénitude de l'absence. Isolement Et lumière. Brûlure inoubliable Au fond du coeur et des yeux. Abandon au silence Et puis retour parmi les siens. Les dunes sont un passage, Jamais un but. Elles n'existent que par l'absence du reste. Et c'est peut-être ainsi Qu'elles résonnent et nourrissent Tous ceux que le désert accepte.
XVII
Repas de sardines et de pain. Thé, huile. Nous n’avons plus de légumes. Le bois manque pour cuire quoi que ce soit. Le puits est ensablé, alors l’eau se fait rare. Nous nous contentons de peu. Et cela nous convient. Je me souviens de cet adage Maure : qui ne se satisfait pas de peu, ne se satisfait pas de beaucoup. Aujourd’hui, nous n’avons pas le choix.
XVIII
Un dernier cordon de dunes à franchir. Loin au-delà des cailloux, l’erg Yehoudi est posé sur la hamada. L’erg Yehoudi est en vue. Et le campement nous y attend peut-être. Plus que cinq heures de marche, tout au plus. Encore cinq heures de marche. Cinq longues heures. Interminables. Ensemble, Omar, Moha et moi explosons de joie. Nous sommes partis inconnus, nous arriverons comme des frères. Les dunes s’élargissent peu à peu. Le paysage se mue en de multiples détails. Un point devient une tente, une ligne courbe offre un passage, et le silence murmure, le bruit des cailloux sous nos pas. Pendant ces deux semaines, le campement nous attendait. Lahcen était là. Quelques dromadaires, des tentes, un chien. Notre compagnon ruminant est déchargé. Il fait quelques pas au loin, de nouveau libre. Personne n’en saura rien. Sous la tente, je m’allonge sur un tapis. La fatigue m’envahit soudain. Et la chaleur devient pesante. Le vent me manque déjà. Je ressens dans mes yeux le regard lointain des nomades. Besoin de scruter l’horizon, toujours plus en détail. Et la lumière jaune. Très jaune. Telle que je l’aime. Sous les cieux unis du désert. D’un bout à l’autre, l’horizon, jaune.
XIX
Le thé, Trois fois bu et partagé. Après des heures de hamada, Le silence est rompu, Enfin, Par ce murmure au fond des verres.
XX
Et le sable des dunes Sous le vent Fond comme neige au soleil
XXI
Le sable entre mes doigts Colle Souvenir malgré lui Glissé au fond des poches
XXII
L’oiseau ne nous a pas quitté. Fidèle. Oiseau de bon augure, Sans doute. Noir brillant. Tête blanche et queue blanche. Un oiseau silencieux Trouvé de branche en branche Lorsque nos pas nous en donnaient. Là où se trouve l’oiseau, Se trouve aussi la vie. L’eau, bien sûr, Et le bois. Chaque jour et pas à pas, Bou b’chour ne nous a pas quitté.
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ERG YEHOUDI
I
De Zagora à Tagounite, à peine deux heures de taxi. Bientôt, Anega, un dernier col à franchir. Au-delà, le désert. Il fait déjà nuit, et la 4L s’ébroue sur le chemin. Les ensablements se succèdent. Il faut souvent descendre pour pousser. Et puis le campement se détache. Silhouette aplatie des tentes sous le poudroiement des étoiles. Trois verres de thé sur les tapis. Une bougie dans un coin, et le sommeil qui vient très vite. Le vent souffle très fort. Le sable me remplit les yeux. J’aime sentir cette chaleur, cette aridité des bourrasques, cette lueur ténue à l’horizon, dans les nuées sablonneuses évaporées par le vent. Au loin, une kasbah isolée s’endort. Je me nourri de cette absence. Je quitte par instants l’existence, pour entrer dans le vent et la lumière.
II
Un halo de pastels s’est glissé sous la tente. D’où vient le sable qui me recouvre ? L’Erg Yehoudi s’éveille dans la pénombre. Le vent s’est tu, le sable coloré, le ciel illuminé. Jaune, ocre et orangé. Le sable est encore frais. Dur et compact par endroits. Ailleurs tendre et léger. Et le silence. Quel silence ! Je n’entends que lui. C’est le silence de la terre, quand plus rien ne la peuple. Le silence des berbères, patiemment burinés. Les mots lâchés sont lents. Je me retrouve en eux. En leur pays aride. En l’infini qui nous regarde, et en la nonchalance des jours.
III
Les verres que l’on dépose font des ronds sur le sable. Les grains agglutinés par le thé roulent en bas de la pente. Le jour s’apaise enfin. Lentement. Comme le reste. Les dromadaires entravés s’éloignent vers la source en sautillant. Les dunes étirent leurs ombres, jaunes, orangées, multicolores. Le soleil rougeoyant a disparu derrière les crêtes. Les ombres élastiques se fondent maintenant dans leur masse. Le vent s’est tu. Le silence règne. Et le reflux du sable a laissé derrière lui des cailloux et des traces. Celles de Brahim s’éloignent encore en direction de la montagne. Sa silhouette enténébrée se perdra bientôt dans la nuit. Le murmure du thé dans les verres, et Mohamed qui veut me voir écrire. Raconter son pays. Je n’en sais pas grand-chose. Le vent, le sable, et puis rien d’autre. De la chaleur un peu, et le pas lourd des dromadaires. Eux aussi disparaîtront bientôt, dans les ténèbres d’une nuit sans lune. Les yeux levés vers le ciel, j’attends déjà les étoiles. Ils n’ont pas dû se satisfaire de rien, pour vouloir se perdre encore dans le vide.
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MEHAREE
I
Tôt ce matin, départ des dunes de Mzoueria. Nous gagnons rapidement la hamada, où la marche est aisée, les cailloux fins, le sable volatile. La plaine qui nous attend est vaste. Jusqu’au-delà de l’horizon, des cailloux, des cailloux, des cailloux. Le plus souvent noirs, sur un tapis de sable clair. Nous avons laissé les derniers buissons derrière nous. La marche se fait en ligne droite. Un repère dans le lointain suffit à maintenir le cap. Nous contournons un petit erg orangé. La sensualité des dunes contraste avec la violence des pierres noires. Un puits. Eau claire et bienfaisante. Tout juste un peu saumâtre. Il n’y a personne. Un âne esseulé nous observe. Nous marchons encore et encore. La chaleur m’étourdit. L’horizon, brûlant, tremble dans le lointain. Mes pieds, mes yeux, mes mains s’assèchent. Il faut marcher encore. Et puis enfin, au loin, se dessine la silhouette ocre d’un erg. Un puits, profond, et un arbre. Le bois est compté aujourd’hui. Les petits riens sont tant de choses. Un rien de bois, d’ombre, de feu, de riz, de dattes et de thé suffisent à me requinquer. Tout devient à la fois simple et essentiel. L’esprit du méhariste, soumis à de telles austérités, s’épure. La fatigue me rattrape. Je tire la natte à l’écart, et m’endors. La nuit sans lune est peuplée de milliards d’étoiles. D’araignées, de scorpions, de gerbilles et de poissons.
II
Point de vie, Le puits rassemble. Hommes et animaux. Certains puisent, D’autres boivent. Piétinement des dromadaires, Et puis rafraîchissement. Verse m'en sur la tête Et dans le creux des mains. Je bois à pleines gorgées La fraîcheur de la terre. Celle qui nous est comptée Pour la vie de nos âmes. Demain, un autre puits, Quand sera épuisée La guerba de peau molle Que nous gardons au frais Sous l'ombre d'un palmier.
III
Dieu a créé le désert pour que les hommes se réjouissent à la vue des arbres. Je me souviens de cet adage Touareg. Après trois jours de dunes, de regs et d’oueds, nous atteignons Foum La’lag. L’oasis sacrée. En pas moins de sept heures de marche, nous avons rejoint les palmiers. Quelques jardins autour d’une source, où des femmes lavent des gandouras bleues en silence. Des enfants jouent autour des hommes que nous saluons durablement. L’un après l’autre, ils s’enquièrent de l’état des puits, de la situation des campements, des familles, des troupeaux. Nous partageons le thé et une poignée de dattes. Pour la nuit, nous resterons à l’écart du village. Les dix palmiers qui nous abritent sont un monument végétal. Architecture de la terre. Il ne faut rien y ajouter, ni rien en retirer. Ici, chaque chose est à sa place.
IV
Le soleil encore rasant, et le dromadaire qui piétine. Un peu de bois est rassemblé pour le thé. Il reste du riz de la veille. Et puis des dattes. Toujours des dattes. Nous quittons l’oued, et rejoignons les cailloux du grand reg. Des cailloux noirs, sinistres. Je commence à les aimer, à les connaître un peu. Aucuns ne se ressemblent. Ils sont comme nous. Différents, indifférents. Nous cueillons l’eelk, sève desséchée, coulant des artères de cédras. Jeté dans l’eu bouillante, il donne au thé un doux parfum de caramel. Plus loin sur le reg, quelques touffes asséchées indiquent la présence d’un oued. Nous le longeons jusqu’à la source. La source des marabouts. Posées sur l’horizon, les dunes arrondies me regardent. Silhouettes approximatives dans les nuées crépusculaires.
V
La source des marabouts. Dans le creux des collines. Entre l'erg et le reg. Entre les cailloux et le sable. Quelques palmiers, Le chant d'un oiseau, Une source, Et puis rien. Le soleil et le vent. Douceur du crépuscule Lorsque la chaleur n'est plus Une lourdeur en nos mains.
VI
Au-delà du muret, un jardin. Un jardin sec. Un jardin sec et seul. Immensité close, pour trois fois rien. Les plantes aussi cherchent l’espace. Elles voient venir au loin les dunes de Chigaga. Les dunes qui progressent à pas de grains infimes. Patience de la terre, et patience du jardin. Qui enseigne aux hommes libres la nonchalance des braises. Au-delà du muret, j’entends le thé qu’on verse. Le thé au fond des verres, en attendant après. Et puis le pain. Chaque jour. De la farine à la pâte en l’alchimie de l’eau claire, des gestes ancestraux. Chaque jour. D’abord allumer le feu, jusqu’au rougeoiement des braises. Tout juste avant qu’elles ne meurent. Chaque jour. Déposer une galette fraîche et molle entre le sable et les tisons. Et puis attendre. Chaque jour attendre. Alors le thé. Alors le vent. Lorsque le pain est cuit, cesse le thé, cesse le vent. Les doigts trempés dans l’huile d’olive, et le pain chaud craque sous les dents. Le sable craque avec le pain. Il n’y a maintenant plus d’huile pour le pain, plus de lueur à l’horizon, plus de feu pour le thé, plus d’oiseaux pour le silence. Nous tirons notre natte et notre couverture à l’écart. Une pluie d’étoiles nous éblouit.
VII
Je me réveille le premier ce matin. Le jour se lève aussi. Le soleil est encore derrière les crêtes. La fraîcheur est douce et légère. Je rassemble un peu de bois sec, et allume le feu pour une première théière. Omar se réveille à son tour. Et déjà s’en va au loin, au-delà des collines. Hier, le dromadaire était resté introuvable. L’air inquiet, Omar n’avait plus mangé depuis. Sa précieuse monture s’était égarée à une heure du campement, sans doute attirée par quelque succulent arbrisseau. Pendant que les méharistes se privent, le dromadaire, lui, donne souvent libre cours à son immense gourmandise. Le thé chauffe, je me rince les mains, la bouche et le visage. Je plie ma couverture, et verse de l’huile d’olive près du pain préparé la veille. Moha se réveille à son tour. Pas très matinal aujourd’hui. Le thé est prêt. Un peu de sucre, je verse et je mélange, sans en mettre une goutte à coté. Il est amer et sucré. Tel qu’on le fait par ici. Omar apprécie. Il ne nous reste qu’à charger le chouari, que l’on harnache sur la bosse poilue et molle du dromadaire. Il se plaint. Nous devons le retenir quand il s’agite. Car en plus d’être gourmand, le dromadaire est plutôt râleur. Il faut le tirer pour partir. Devant nous, une journée de soleil, de marche, de vent, de cailloux et de sable. Inch Allah. La marche est aisée. Nous franchissons les uns après les autres de petits cordons de dunes. Le sable est encore frais. Je marche pieds nus. Il est de la couleur de nos plages. Jaune pâle teinté de gris, fin et volatile. Et déjà, devant nous, se dessinent les dunes immenses de l’erg Chigaga. Le sable devient ocre, orangé, parfois tirant sur le rouge. Le vent du sud-ouest souffle très fort. Les ergs se succèdent, de plus en plus difficiles à franchir. Le dromadaire peine. Il n’est pas à l’aise dans les dunes. Ses pas s’enfoncent dans le sable. Il faut sans arrêt le pousser. Nous contournons les pentes les plus raides, nous dirigeant vers un point sombre du paysage. Rapidement, nous parvenons à l’arbre sec, à l’arbre seul. De nouveau, nous déballons quelques affaires, le temps de laisser passer l’heure la plus chaude du jour.
VIII
Enfin seul. Il me regarde, Et je m'incline. Son âge oblige. Probablement centenaire. Sa douce présence Trahit des années de souffrances. Sous les assauts du vent, Des rayons du soleil. On ne lui a pas donné beaucoup, Et lui, sans rien attendre, Aujourd'hui tant me donne. Je l'ai désiré, Il est venu. Je l'ai vu de si loin Sans le perdre des yeux. Je l'ai frôlé doucement, Et puis me suis assis, Humble et silencieux, Sous l'arbre seul.
IX
La première chose à faire est de rassembler quelques branches. Le thé, unique remontant, chauffe. Puis étaler la couverture, couper deux tomates et un oignon. Ce sont nos derniers légumes. Un peu de pain, des sardines en boite et de l’huile. Et puis du thé. La sieste est difficile. Le vent souffle vraiment très fort. Le sable s’immisce en chaque recoin de mon chèche. Les monuments de sable m’attirent. Je ne peux rester là, à les regarder. Je veux les piétiner, sentir cette poudre orange entre mes doigts, sentir la brûlure du désert. Le soleil est au zénith. J’ajuste mon turban. Mes pieds s’enfoncent dans le sable brûlant. Le vent souffle, dans un assourdissant silence. Cet océan de poussière ocre me fait perdre la tête. Rapidement les repères disparaissent. J’ai le vertige. Le vent nous chasse. Nous devons retrouver les cailloux. La tempête menace. Nous trouverons un puits, en marchant vers le nord ouest. Le pas est franc. Les petites dunes se succèdent. Quelques arbres timides font des taches vertes, sur l’immensité bleue du ciel. Etourdissante perfection, harmonie des couleurs et des formes, dans la fureur des éléments. Nous marchons encore. Le dromadaire peine. Mes jambes sont lourdes. Enfin, le puits. Déchargement du chouari, collecte du bois, préparation du thé. Rituel instinctif. Moha et moi, les poches remplies de dattes, nous perchons sur la branche d’un arbre. Nous grignotons nos sucreries, comme deux enfants loin des regards. Complicité silencieuse. Nous attendons, muets, que les ombres du soir, féeriques, s’étirent sur le sable des dunes. Le soleil rougeoie, le vent fraîchit. Je me suis enfin habitué au rythme de marche quotidien. Aujourd’hui, cinquante kilomètres. Je ne suis pas fatigué. Par contre, mon turban sent la sueur, le feu de bois, le dromadaire et le thé. Mes yeux sont pleins de sable et mes pieds se dessèchent. Ma peau est colorée et je fais des gags en arabe. Je remplis mes poches de crottes laissées par un dromadaire. Je les jette en pluie sur Moha. Nous rions, et de nouveau le silence.
X
Un autre puits. Et des odeurs. La vie qui laisse des traces. Des crottes. Eau et terre mélangées Moisissent. Odeur portée par le vent Comme un témoignage vital. Un feu abandonné. Une chèvre hors du troupeau. Une corde, Un bidon, Un morceau de fer Et, Personne. Le silence et cette odeur. Putréfaction végétale Dans une fournaise minérale. Vide. Absurde. Et qui ne semble vivante Que par ces traces abandonnées.
XI
La marche est longue ce matin. D’abord quitter les ergs de sable, et rejoindre la source. Les dunes de Chigaga disparaissent derrière l’horizon. Les plateaux rocheux se succèdent. Sans végétation. Les heures sont interminables. Le vent souffle de l’est. Trop sec, en plein visage. Le soleil est immense. Sur une interminable plaine de cailloux noirs, un caméléon. Et puis un arbre nous invite. Le premier, le seul. Un arbre sans feuilles. Tout juste un buisson d’épines. Le dromadaire n’en veut pas. Mais qu’ont donc fait les hommes pour mériter une terre aussi ingrate ? Futile végétation, sur un plateau stérile. Nous en cassons une branche pour chauffer la théière. Un gamin nous rejoint. Ses chèvres sont plus loin, aux abords d’un oued où survit la broussaille. Il est timide, fatigué, affamé. Nous lui offrons de notre riz, et puis un verre de thé. A peine a-t-il fini qu’il se réfugie parmi les branches. Point de vue isolé, au-delà de l’attention des adultes. Ceux là ne regardent pas en l’air pour y rejoindre par moments la douceur de leurs rêves. Des rêves de leurs enfants.
XII
Reg. Ou comment dire le vide et l'absence. L'immensité de la terre Où rien ne vit. Lieu de passage, Non pas demeure. Il y a trop de cailloux Pour un troupeau. Trop de cailloux, pas assez d'eau. Rien ne pousse. Que la chaleur suffocante Brûlant des milliards de pierres noires. Des cailloux insensés, Sombres et stériles. Vaste plaine à traverser, Sans rien à l'horizon. Pour aller d'un puits à un autre. Et de cet autre au suivant. Comme des points de suspension Livrant la terre au silence.
XIII
La nuit approche. Nous pressons le pas. Puis arrivons enfin. La famille d’Omar nous accueille. Deux vastes tentes en poil de chèvre, d’hasardeuses constructions en pierre, en ruine, et un abri en paille. Tout le reste au milieu. Les femmes et les jeunes filles s’affairent, les chèvres et les poules, un feu de bois pour le thé, des jarres gardant l’eau fraîche, une meule pour la farine, des gamelles, des nippes et quelques jeux d’enfants. Une vaste natte pour nous trois, des couvertures et des coussins. Les hommes sont au loin avec les troupeaux. Le thé est servi. Les jeunes filles s’agitent. Le pain est chaud et croustillant. L’huile d’olive dégouline. Et puis des lentilles, du pain, du thé. Les yeux posés sur l’horizon, tous attendent un croissant de lune. Un fin croissant, le premier, comme une renaissance. Le ramadan peut alors commencer. Ce soir, la radio tamazight psalmodie en arabe les versets du Coran. Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. L’humeur est joyeuse. Tout est subtilement différent. Même si, à la lueur de la bougie, rien ne semble vraiment avoir changé.
XIV
Seul, un croissant de lune Descend sur l’horizon. Le ciel s’enivre A l’appel du muezzin. Le cœur est à la fête. La radio psalmodie Des versets en arabe, Etouffés par le chant des femmes. Sous la tente, Le thé coule toujours.
Jour de carême. Hammo ne mange pas. Mes doigts dégoulinent Au dessus d'une soupe aux lentilles. Le pain est frais et croustillant. Les chèvres se sont tues. Le vent aussi, S'évanouit derrière les dunes. Sous la tente, Le thé coule toujours.
Rupture du jeune Lorsqu’on ne distingue plus Un fil blanc d’un fil noir. Le thé coule à flot, Le pain, Les dattes. Retrouvailles généreuses Autour de la famille assemblée. Sous la tente, Le thé coule toujours.
XV
Le jour se lève sur le campement. Les chèvres et les femmes, les vieillards et les enfants, les hommes. Le ciel rouge et lointain pâlit. D’un bout à l’autre de la plaine, la terre s’éclaircie peu à peu. La vie s’éveille dans les ténèbres. Je profite encore de la pénombre pour me cacher non loin, silhouette accroupie derrière un buisson d’épines. Un troupeau de chèvres s’agite. Une fillette chantonne. Une bouilloire grince. Et déjà l’odeur du feu de bois. L’odeur de la vie. Alors qu’un vieillard s’installe pour la journée, entre un enfant à moitié nu et un tas d’ustensiles. Sur un tapis de laine, Omar est allongé. Moha bavarde. La théière au milieu. Je remplis, un par un, les verres en rond sur un plateau doré. Le va-et-vient est familier. Le puits, le moulin, le four. Au dehors, les cailloux. Les cailloux et le soleil. Jusqu’aux ergs oranges que je devine à l’horizon. Il est presque midi. Le silence est tombé sur les tentes. Inattendu. Premier jour de carême. Où l’on s’économise. La journée est encore longue. La chaleur sur le reg tremble dans le lointain.
XVI
Comment décrire les dunes, Quand tant a été dit, Et si peu à la fois. Sable nomade, Poussière en errance. Courbes éphémères et folles. Plénitude de l'absence. Isolement Et lumière. Brûlure inoubliable Au fond du coeur et des yeux. Abandon au silence Et puis retour parmi les siens. Les dunes sont un passage, Jamais un but. Elles n'existent que par l'absence du reste. Et c'est peut-être ainsi Qu'elles résonnent et nourrissent Tous ceux que le désert accepte.
XVII
Repas de sardines et de pain. Thé, huile. Nous n’avons plus de légumes. Le bois manque pour cuire quoi que ce soit. Le puits est ensablé, alors l’eau se fait rare. Nous nous contentons de peu. Et cela nous convient. Je me souviens de cet adage Maure : qui ne se satisfait pas de peu, ne se satisfait pas de beaucoup. Aujourd’hui, nous n’avons pas le choix.
XVIII
Un dernier cordon de dunes à franchir. Loin au-delà des cailloux, l’erg Yehoudi est posé sur la hamada. L’erg Yehoudi est en vue. Et le campement nous y attend peut-être. Plus que cinq heures de marche, tout au plus. Encore cinq heures de marche. Cinq longues heures. Interminables. Ensemble, Omar, Moha et moi explosons de joie. Nous sommes partis inconnus, nous arriverons comme des frères. Les dunes s’élargissent peu à peu. Le paysage se mue en de multiples détails. Un point devient une tente, une ligne courbe offre un passage, et le silence murmure, le bruit des cailloux sous nos pas. Pendant ces deux semaines, le campement nous attendait. Lahcen était là. Quelques dromadaires, des tentes, un chien. Notre compagnon ruminant est déchargé. Il fait quelques pas au loin, de nouveau libre. Personne n’en saura rien. Sous la tente, je m’allonge sur un tapis. La fatigue m’envahit soudain. Et la chaleur devient pesante. Le vent me manque déjà. Je ressens dans mes yeux le regard lointain des nomades. Besoin de scruter l’horizon, toujours plus en détail. Et la lumière jaune. Très jaune. Telle que je l’aime. Sous les cieux unis du désert. D’un bout à l’autre, l’horizon, jaune.
XIX
Le thé, Trois fois bu et partagé. Après des heures de hamada, Le silence est rompu, Enfin, Par ce murmure au fond des verres.
XX
Et le sable des dunes Sous le vent Fond comme neige au soleil
XXI
Le sable entre mes doigts Colle Souvenir malgré lui Glissé au fond des poches
XXII
L’oiseau ne nous a pas quitté. Fidèle. Oiseau de bon augure, Sans doute. Noir brillant. Tête blanche et queue blanche. Un oiseau silencieux Trouvé de branche en branche Lorsque nos pas nous en donnaient. Là où se trouve l’oiseau, Se trouve aussi la vie. L’eau, bien sûr, Et le bois. Chaque jour et pas à pas, Bou b’chour ne nous a pas quitté.
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Je me réveille à l’aube. Les enfants sont encore là. La lune aussi. Curieux qui nous observent. Un villageois vient nous offrir du miel, en échange de quelques gorgées de thé. Les troupeaux sont déjà en route. Nous ne tardons pas à les suivre. Sur le chemin de Tizi n’Hammid, quelques bergères bavardent. Vieilles femmes au regard doux et à la mine crevassée. Rides profondes et pieds agiles. Deux immenses greniers en amont du village. Six étages, souvenirs des kasbah d’antan. Et puis des chênes et de la vigne, de la luzerne et du maïs, sous les rondeurs de la lune. Féerie passagère.
Le sentier devient vite raide. Il faut pousser le mulet. Oucht ! Oucht ! Zit ! Les pentes n’acceptent plus que les genévriers difformes. De plus en plus rares, de plus en plus secs. Les cailloux se multiplient comme par miracle. Le col n’est plus très loin. Les crêtes à nu laissent paraître un vécu tourmenté par le vent, et par les rayons du soleil. Il fait déjà très chaud. Les arbres découragés, eux, ne sont pas montés jusqu’au col. Le plateau découvert a des airs sahariens. Les passages des troupeaux ont laissé quelques traces. Un feu, un pieu pour les mulets, des crottes et un vieux bidon.
Sur le brun des versants qui descendent à Tamga, les vieillards végétaux surplombent la cathédrale. Architecture géologique. Les troncs trop courts sont décharnés, et les branchages désespérants. Des nœuds de bois sans cohérence bataillent encore pour un peu d’eau. De l’eau ? Il n’y en a pas. Ou alors il faut descendre un peu. Les sources sont plus basses. Elles sont d’ailleurs nombreuses. Leur eau est fraîche et bonne. Il y traîne un petit gobelet, ou le fond d’un bidon coupé. Pour permettre à chacun de boire de cette eau claire et bienfaisante.
Sieste en compagnie des pins, des thuyas et des cyprès. Les chèvres bêlent, le vent chuchote. Sur un tapis d’aiguilles que défient les fourmis, je vais bientôt dormir.
Et puis je me réveille. Quelques nuages d’orage ont couvert le soleil. Basso dort encore. C’est l’occasion pour moi de vous parler de lui. Peau brune et lumineuse des bergers des montagnes. Des regards ténébreux, parfois entre deux mots. Quarante ans bien sonnés. Femme et enfants à Anergui. Il parle tamazight et arabe. Vingt mots de français tout au plus. Je ne sais pas grand-chose de lui. Il dort beaucoup, se mouche dans un pan de sa veste, se rase quand il y pense, se promène pieds nus sous les arbres. Ses frusques centenaires sentent la bonne odeur des mulets. Bonnet au dessus des oreilles et chaussures en plastique moulé. Nos conversations sont sobres. On rit de tout. Et même parfois de rien. J’essaye d’apprendre le nom des arbres et des oiseaux en tamazight. Je lui prépare parfois du thé. Je charge avec lui le mulet. Il m’oriente dans son vaste monde et me présente à ses amis. Si je devais finir un jour, replié sur de hauts plateaux, sa compagnie serait pour moi tout simplement naturelle.
Le voilà qui s’éveille. Allons donc rallumer le feu, et préparer trois verres de thé. Accompagnés de quelques noix, ils sont ma sucrerie d’enfant. Alors, vous venez ?...
Mon frère Berbère, Noir comme les cimes A contre-jour de la lune.
Mon frère Berbère, Sec comme le bois Torturé des thuyas.
Mon frère Berbère, Blanc comme la neige D’un hiver à Wihalane.
Des cailloux au creux des joues Et la falaise de son front Sur un regard multicolore.
Le teint de l’oued est variable Selon les vents de l’orage Et le vécu des nuages.
La terre brunie leur a montré Que la blancheur des cailloux Sur les sentiers enténébrés Ne demeure jamais unique Selon la lumière du jour.
Le sentier devient vite raide. Il faut pousser le mulet. Oucht ! Oucht ! Zit ! Les pentes n’acceptent plus que les genévriers difformes. De plus en plus rares, de plus en plus secs. Les cailloux se multiplient comme par miracle. Le col n’est plus très loin. Les crêtes à nu laissent paraître un vécu tourmenté par le vent, et par les rayons du soleil. Il fait déjà très chaud. Les arbres découragés, eux, ne sont pas montés jusqu’au col. Le plateau découvert a des airs sahariens. Les passages des troupeaux ont laissé quelques traces. Un feu, un pieu pour les mulets, des crottes et un vieux bidon.
Sur le brun des versants qui descendent à Tamga, les vieillards végétaux surplombent la cathédrale. Architecture géologique. Les troncs trop courts sont décharnés, et les branchages désespérants. Des nœuds de bois sans cohérence bataillent encore pour un peu d’eau. De l’eau ? Il n’y en a pas. Ou alors il faut descendre un peu. Les sources sont plus basses. Elles sont d’ailleurs nombreuses. Leur eau est fraîche et bonne. Il y traîne un petit gobelet, ou le fond d’un bidon coupé. Pour permettre à chacun de boire de cette eau claire et bienfaisante.
Sieste en compagnie des pins, des thuyas et des cyprès. Les chèvres bêlent, le vent chuchote. Sur un tapis d’aiguilles que défient les fourmis, je vais bientôt dormir.
Et puis je me réveille. Quelques nuages d’orage ont couvert le soleil. Basso dort encore. C’est l’occasion pour moi de vous parler de lui. Peau brune et lumineuse des bergers des montagnes. Des regards ténébreux, parfois entre deux mots. Quarante ans bien sonnés. Femme et enfants à Anergui. Il parle tamazight et arabe. Vingt mots de français tout au plus. Je ne sais pas grand-chose de lui. Il dort beaucoup, se mouche dans un pan de sa veste, se rase quand il y pense, se promène pieds nus sous les arbres. Ses frusques centenaires sentent la bonne odeur des mulets. Bonnet au dessus des oreilles et chaussures en plastique moulé. Nos conversations sont sobres. On rit de tout. Et même parfois de rien. J’essaye d’apprendre le nom des arbres et des oiseaux en tamazight. Je lui prépare parfois du thé. Je charge avec lui le mulet. Il m’oriente dans son vaste monde et me présente à ses amis. Si je devais finir un jour, replié sur de hauts plateaux, sa compagnie serait pour moi tout simplement naturelle.
Le voilà qui s’éveille. Allons donc rallumer le feu, et préparer trois verres de thé. Accompagnés de quelques noix, ils sont ma sucrerie d’enfant. Alors, vous venez ?...
Mon frère Berbère, Noir comme les cimes A contre-jour de la lune.
Mon frère Berbère, Sec comme le bois Torturé des thuyas.
Mon frère Berbère, Blanc comme la neige D’un hiver à Wihalane.
Des cailloux au creux des joues Et la falaise de son front Sur un regard multicolore.
Le teint de l’oued est variable Selon les vents de l’orage Et le vécu des nuages.
La terre brunie leur a montré Que la blancheur des cailloux Sur les sentiers enténébrés Ne demeure jamais unique Selon la lumière du jour.
Mercredi 13 Septembre 2017 Balaruc Sète 9 km
Je suis le seul participant à la randonnée Solarbike 2017 a avoir dormi au camping de Balaruc où était prévu le regroupement. Retardés les autres n’arriveront que pour le départ du bateau de 20h à Sète.
Voir préambule : voyageforum.com/...post=8369614#8369614
J’ai donc toute la journée pour plier ma tente et réorganiser mes bagages. J’en profite pour redresser les sardines de mon tapis de sol beaucoup moins rigides que les piquets de ma tente et qui ont déjà souffert de mes 3 premières nuits.

Au téléphone Thomas m’avait invité à télécharger l’application ZENLY www.numerama.com/...-de-la-snap-map.html Cela permet de localiser ses amis si la fonction GPS de leur Smartphone est activée et qu’ils sont connectés. En fin de matinée, je m’étonne de toujours voir Thomas et Francine à 65 km de Sète à l’endroit où ils ont dormi. Toujours pas d’info sur la page Facebook jusqu’à qu’enfin apparaisse : SUPER INQUIET CE MATIN MON HANDBIKE NE DEMARRE PLUS. 1 heure QU ON CHERCHE En fait ils perdront plusieurs heures avant de comprendre que l’interrupteur n’est jamais passant et de le shunter. Alors qu’ayant gagné Sète, je profite de la terrasse d’un restaurant quai du Mistral, j’ignore qu’eux vont commencer une course contre la montre pour embarquer avant le départ du ferry.
Je m’offre une daurade et une dame blanche
en regardant passer des bateaux de touristes surbaissés adaptés au pont de chemin de fer.
Il s’agit du pont à bascule proche de la gare. Puis je me promène en ville en achetant quelques vivres.
Peu après 17h je gagne la gare maritime. Une camionnette italienne attire mon attention et je fais connaissance d’Adalberto qui prépare son tricycle couché et sa remorque.
Les 2 sont recouverts de panneaux solaires et il a déjà participé comme Thomas Papay au Sun Trip www.thesuntrip.com/presentation/. Il parle bien français, nous échangeons et je lui offre du raisin que je viens d’acheter. Puis je surveille son attelage pendant qu’il se repose sur le matelas dans son fourgon. Il pensait le laisser stationner là pendant 2 mois. Un marocain vivant en France et qui vient assister à tous les départs de bateaux lui déconseille et l’accompagne à un garage peu couteux. Mais comme le propriétaire est absent, Adalberto est contraint de lui laisser les clés. Cela commence sous le signe de la confiance internationale. Ils reviennent tous les 2 sur le scooter du sétois. Puis arrive Francis avec son tricycle sur la remorque de sa voiture. Il a roulé avec les participants depuis la Savoie mais il ne pourra pas pour des raisons de calendrier embarqué pour le Maroc. Il confirme qu’ils sont en retard. Avec lui je monte les escaliers pour aller au guichet. L’hôtesse qui demande nos prénoms ne trouve pas nos réservations. Pas de Francine, Thomas, Joy ou Gilles. En fait c’est un peu compliqué : Joy n’est pas son vrai prénom, il s’appelle Thierry et le billet est au nom Thomas qui se prénomme en fait Pierre-Thomas. Je m’inquiète pour son accès au guichet mais il n’aura pas besoin de monter à l’étage (non équipé d’ascenseur). Il suffira de présenter nos 4 passeports pour avoir les tickets d’embarquement. Adalberto lui n’a pas demandé à Francine de lui acheté sa place préférant régler au dernier moment. Si vous avez réussi à suivre, nous serons 5 à embarquer pour cette aventure : Thomas paraplégique et initiateur de ce raid, Joy qui sera son aide, Francine qui a participé à l’organisation, Adalberto et moi. Enfin s’ils arrivent avant le départ du ferry.
Peu après 18h Thomas arrive avec Francine. Ils ont roulés jusqu’à 70 km/h sur la voie rapide. Alors que je viens lui dire bonjour, pour notre premier contact il sert affectueusement son bras au niveau de mes cuisses pour il me semble me féliciter de mes premiers 350 km et m’encourager. Je découvre son handbike
dont les roues servent également à son fauteuil pour limiter le poids.
Je retrouve avec plaisir Francine. Mais Joy n’a pas pu suivre car il a une roue crevée sur sa remorque ce qui le ralentit.

ll n’arrive qu’à 18h30 épuisé. Nous sommes les derniers à embarquer.

Un contrôleur de billet se souvient d’avoir vu embarquer il y a un an Paul Bermejo avec son tricycle couché solaire : voyageforum.com/...post=7621147#7621147

Difficile de passer inaperçu avec de tels véhicules. Mais il semble que de simples vélos soient déjà rares. Rien n’est prévu pour. L’équipage philippin nous propose des sangles pour les arrimer aux crochets implantés régulièrement dans le sol métallique.
Pour les tricycles déjà stables sur leur roue pas de problème pour mon VTT je ne vois que la solution de le coucher.
Un philippin me propose de le sangler contre une caisse en métal. Je laisse ma tente sur le porte bagage et emmène mes 5 sacoches jusqu’à la cabine que je partage avec Francine et Adalberto. Thomas et Joy dormiront dans une cabine avec sanitaire adapté aux Personnes à Mobilité Réduite que Francine avait retenue en achetant nos billets.
Sur le pont quelques membres du personnel immortalisent le départ de cette traversée qui va durer 37 h.
Nous quittons Sète en même temps que le soleil.

Je publie mon premier message sur le Groupe Solarbikes pour informer ses membres sur Facebook :
13 septembre, 19:56 Tom, Joy, Francine, Adalberto et moi, les 5 cyclistes sont bien montés à bord.

C'est parti ! bien installés dans les cabines.
Le pilote veille sur notre sortie du port.

je finis de rassurer les followers en ajoutant :
13 septembre, 20:10 Sortie réussie. Les canots de sauvetage sont en place.

Au téléphone Thomas m’avait invité à télécharger l’application ZENLY www.numerama.com/...-de-la-snap-map.html Cela permet de localiser ses amis si la fonction GPS de leur Smartphone est activée et qu’ils sont connectés. En fin de matinée, je m’étonne de toujours voir Thomas et Francine à 65 km de Sète à l’endroit où ils ont dormi. Toujours pas d’info sur la page Facebook jusqu’à qu’enfin apparaisse : SUPER INQUIET CE MATIN MON HANDBIKE NE DEMARRE PLUS. 1 heure QU ON CHERCHE En fait ils perdront plusieurs heures avant de comprendre que l’interrupteur n’est jamais passant et de le shunter. Alors qu’ayant gagné Sète, je profite de la terrasse d’un restaurant quai du Mistral, j’ignore qu’eux vont commencer une course contre la montre pour embarquer avant le départ du ferry.

Je m’offre une daurade et une dame blanche
en regardant passer des bateaux de touristes surbaissés adaptés au pont de chemin de fer.
Il s’agit du pont à bascule proche de la gare. Puis je me promène en ville en achetant quelques vivres.
Peu après 17h je gagne la gare maritime. Une camionnette italienne attire mon attention et je fais connaissance d’Adalberto qui prépare son tricycle couché et sa remorque.
Les 2 sont recouverts de panneaux solaires et il a déjà participé comme Thomas Papay au Sun Trip www.thesuntrip.com/presentation/. Il parle bien français, nous échangeons et je lui offre du raisin que je viens d’acheter. Puis je surveille son attelage pendant qu’il se repose sur le matelas dans son fourgon. Il pensait le laisser stationner là pendant 2 mois. Un marocain vivant en France et qui vient assister à tous les départs de bateaux lui déconseille et l’accompagne à un garage peu couteux. Mais comme le propriétaire est absent, Adalberto est contraint de lui laisser les clés. Cela commence sous le signe de la confiance internationale. Ils reviennent tous les 2 sur le scooter du sétois. Puis arrive Francis avec son tricycle sur la remorque de sa voiture. Il a roulé avec les participants depuis la Savoie mais il ne pourra pas pour des raisons de calendrier embarqué pour le Maroc. Il confirme qu’ils sont en retard. Avec lui je monte les escaliers pour aller au guichet. L’hôtesse qui demande nos prénoms ne trouve pas nos réservations. Pas de Francine, Thomas, Joy ou Gilles. En fait c’est un peu compliqué : Joy n’est pas son vrai prénom, il s’appelle Thierry et le billet est au nom Thomas qui se prénomme en fait Pierre-Thomas. Je m’inquiète pour son accès au guichet mais il n’aura pas besoin de monter à l’étage (non équipé d’ascenseur). Il suffira de présenter nos 4 passeports pour avoir les tickets d’embarquement. Adalberto lui n’a pas demandé à Francine de lui acheté sa place préférant régler au dernier moment. Si vous avez réussi à suivre, nous serons 5 à embarquer pour cette aventure : Thomas paraplégique et initiateur de ce raid, Joy qui sera son aide, Francine qui a participé à l’organisation, Adalberto et moi. Enfin s’ils arrivent avant le départ du ferry.
Peu après 18h Thomas arrive avec Francine. Ils ont roulés jusqu’à 70 km/h sur la voie rapide. Alors que je viens lui dire bonjour, pour notre premier contact il sert affectueusement son bras au niveau de mes cuisses pour il me semble me féliciter de mes premiers 350 km et m’encourager. Je découvre son handbike
dont les roues servent également à son fauteuil pour limiter le poids.
Je retrouve avec plaisir Francine. Mais Joy n’a pas pu suivre car il a une roue crevée sur sa remorque ce qui le ralentit.
ll n’arrive qu’à 18h30 épuisé. Nous sommes les derniers à embarquer.

Un contrôleur de billet se souvient d’avoir vu embarquer il y a un an Paul Bermejo avec son tricycle couché solaire : voyageforum.com/...post=7621147#7621147

Difficile de passer inaperçu avec de tels véhicules. Mais il semble que de simples vélos soient déjà rares. Rien n’est prévu pour. L’équipage philippin nous propose des sangles pour les arrimer aux crochets implantés régulièrement dans le sol métallique.
Pour les tricycles déjà stables sur leur roue pas de problème pour mon VTT je ne vois que la solution de le coucher.
Un philippin me propose de le sangler contre une caisse en métal. Je laisse ma tente sur le porte bagage et emmène mes 5 sacoches jusqu’à la cabine que je partage avec Francine et Adalberto. Thomas et Joy dormiront dans une cabine avec sanitaire adapté aux Personnes à Mobilité Réduite que Francine avait retenue en achetant nos billets.
Sur le pont quelques membres du personnel immortalisent le départ de cette traversée qui va durer 37 h.
Nous quittons Sète en même temps que le soleil.

Je publie mon premier message sur le Groupe Solarbikes pour informer ses membres sur Facebook :
13 septembre, 19:56 Tom, Joy, Francine, Adalberto et moi, les 5 cyclistes sont bien montés à bord.

C'est parti ! bien installés dans les cabines.

Le pilote veille sur notre sortie du port.

je finis de rassurer les followers en ajoutant :
13 septembre, 20:10 Sortie réussie. Les canots de sauvetage sont en place.

Bonjour,
J'ai pas mal reflechi dernierement et surtout apres plusieurs voyage a travers le monde, je commence a m'interesser a mon pays d'origine. Quand je decouvre les recits de randonnées et de voyage dans l'atlas marocain ainsi que les photos, je me rends compte que je ne l'ai jamais viste comme je l'ai fait pour la Birmanie, l'indonesie ou l'inde ou on trouve des paysages de montagnes tout aussi fascinants.
Donc je commence a caresser l'idée de passer quelques mois de l'hiver et/ou début printemps prochains (apres une virée au moyen orient) dans un endroit dans la montagne marocaine.
J'ai envie de vivre en ignorant tout le confort ou j'ai vecu jusque la, de le faire avec les gens du cru et de decouvrir le mode vie de la paysannerie montagnarde, car au fond de moi j'ai cette certitude que je finirais mes vieux jours dans une petite maison enpierre seche au fin fond du bled et en cultivant un petit potager.
Quel coin de l'atlas me conseillez vous en prenant en consideration les points suivants:
- Un village Habité par des berberes qui parlent le tachelhit (car j'aimerais bien apprendre cette langue meme si je parle l'arabe marocain)
- Un environnement naturel assez verdoyant, si possible une foret a proximité et puis la possibilité de chutes de neige (au minimum sur les cretes alentours) sans pour autant que ca puisse bloquer tout comme dans certaines parties du moyen atlas
- une agriculture vivriere variée, pour pouvoir apprendre le plus possible des gens et de leurs techniques
- Bien evidement, la possibilité de se faire herbeger en location independante ou en famille contre loyer bien evidement
- Si possible assez d'attractions( souks, paysages pittoresques ....ect...) aux alentours pour faire quelques petites randonnées
- un tissu social qui tire encore la majorité de ses benefices de la terre (elevage ou agriculture) et peu ou pas du tourisme ou du labeur en ville.
- Etre capable de rallier une ville en une journée de route grand max
Est ce que vous croyez que ce projet est faisable? Dans quelle region? village? Quel budget approximatif? Quels seraient les avantages et inconvenients de cette aventure?
Merci par avance de votre aide
Cordialement
J'ai pas mal reflechi dernierement et surtout apres plusieurs voyage a travers le monde, je commence a m'interesser a mon pays d'origine. Quand je decouvre les recits de randonnées et de voyage dans l'atlas marocain ainsi que les photos, je me rends compte que je ne l'ai jamais viste comme je l'ai fait pour la Birmanie, l'indonesie ou l'inde ou on trouve des paysages de montagnes tout aussi fascinants.
Donc je commence a caresser l'idée de passer quelques mois de l'hiver et/ou début printemps prochains (apres une virée au moyen orient) dans un endroit dans la montagne marocaine.
J'ai envie de vivre en ignorant tout le confort ou j'ai vecu jusque la, de le faire avec les gens du cru et de decouvrir le mode vie de la paysannerie montagnarde, car au fond de moi j'ai cette certitude que je finirais mes vieux jours dans une petite maison enpierre seche au fin fond du bled et en cultivant un petit potager.
Quel coin de l'atlas me conseillez vous en prenant en consideration les points suivants:
- Un village Habité par des berberes qui parlent le tachelhit (car j'aimerais bien apprendre cette langue meme si je parle l'arabe marocain)
- Un environnement naturel assez verdoyant, si possible une foret a proximité et puis la possibilité de chutes de neige (au minimum sur les cretes alentours) sans pour autant que ca puisse bloquer tout comme dans certaines parties du moyen atlas
- une agriculture vivriere variée, pour pouvoir apprendre le plus possible des gens et de leurs techniques
- Bien evidement, la possibilité de se faire herbeger en location independante ou en famille contre loyer bien evidement
- Si possible assez d'attractions( souks, paysages pittoresques ....ect...) aux alentours pour faire quelques petites randonnées
- un tissu social qui tire encore la majorité de ses benefices de la terre (elevage ou agriculture) et peu ou pas du tourisme ou du labeur en ville.
- Etre capable de rallier une ville en une journée de route grand max
Est ce que vous croyez que ce projet est faisable? Dans quelle region? village? Quel budget approximatif? Quels seraient les avantages et inconvenients de cette aventure?
Merci par avance de votre aide
Cordialement
Le sept septembre était un jeudi. A Anergui le souk battait son plein.🙂
Voici quelques souvenirs éparpillés...
Sam
* * *
Aujourd’hui, jour de souk. Tous les jeudis. Je retrouve mes amis Avec du thé et des galettes. Le petit café au coin Domine la place entière. La terre battue et les cailloux Se sont mêlés aux eaux de pluie. Nous nous agglutinons A l'abri des rafales. Les rires et les salutations Pleuvent Entre les familles réunies. Joyeux microcosme bigarré, Trop petit pour s’y perdre. Je cherche Moha des yeux. La foule est dense. Nous partons ce soir vers Kousser. Je l’aperçois au fond du souk, Où sont vendus les animaux. Moutons, chèvres, mulets, ânes… Les transactions sont graves. Les regards sont sévères. Un vieillard me vend sa chèvre. Une petite chèvre noiraude. Aussi sèche que le vieux. Même regard lumineux, Même barbiche. Et je retrouve enfin Moha, Sa peau usée, Ses vastes sourires, Ses yeux couleur de braise. Il ne parle que tamazight. Ni français, ni arabe. Pour ce qui est de rire, Les gestes suffisent. Nous faisons quelques achats. Du pain, de l’huile, Des pommes de terre et des tomates, Des oignons, Des épices multicolores, Des bougies, du thé, du sucre, Un bon quartier de viande, Des sardines et du fromage. Tout ce qu’il faut pour vivre bien. Fatima et Aïcha sont là, Toujours secrètement aguicheuses. J’aime le souk. Cette manière de parler A tous ceux que l’on croise. Manière de se rencontrer, De vivre l’unité du clan. Et puis le thé, Versé de haut, Est toujours partagé. Je quitte le petit café Les bras chargés de provisions. J’évite à grandes enjambées Les flaques sur le chemin. Entre les maisons de terre crue, Je ne ressens plus les regards. Je suis ici chez moi. Si je veux faire partie du clan ? Libre à moi d’y entrer. Déroutante liberté, Tout seul et venant de loin. Liberté O combien légère Lorsque l’on s’en saisit.
* * *
Départ après le souk. Charger la mule, Et suivre le chemin Entre les amas caillouteux Et les pans de la terre. Les crêtes ensanglantées Se sont dressées verticales. La lessive d’une famille Sèche encore sur les arbustes. Des fillettes me regardent. Une heure de marche encore, Un pont dans les jardins, Et puis Aït Boulmane Blotti au fond de la vallée. Au-delà, les hauts plateaux. Pour le moment, Les maisons s’empilent hésitantes Autour d’un grenier millénaire. Des provisions sur six étages Pour le prochain hiver. Sur le chemin vers le col, Ali nous ouvre sa porte. Il est un oncle de Moha. Nous l’aidons rapidement A pousser quelques chèvres Dans le fond de la cour. Et puis les nattes sont étalées Sur le toit de la bergerie. Le pain encore chaud nous accueille, Les dattes, le thé, L’huile et les arachides. La lune, silencieuse, Glisse au dessus des crêtes. Pleine. Unique. Les reliefs se dessinent Bleutés par les ténèbres. Plus bas dans les jardins, Le murmure d’un tamtam. Celui du bendir qui se lève, Honoré par les cieux. Enfin, le couscous est servi. Sec et pimenté. La faim est assouvie. Je plonge alors dans la nuit, Seul, Ne comprenant pas un mot Des conversations autour de moi.
* * *
Un son de flûte résonne encore Sur le rocher d’Aït Boulmane Avec une douleur dans le corps De la terre des Imazighen.
* * *
* * *
Aujourd’hui, jour de souk. Tous les jeudis. Je retrouve mes amis Avec du thé et des galettes. Le petit café au coin Domine la place entière. La terre battue et les cailloux Se sont mêlés aux eaux de pluie. Nous nous agglutinons A l'abri des rafales. Les rires et les salutations Pleuvent Entre les familles réunies. Joyeux microcosme bigarré, Trop petit pour s’y perdre. Je cherche Moha des yeux. La foule est dense. Nous partons ce soir vers Kousser. Je l’aperçois au fond du souk, Où sont vendus les animaux. Moutons, chèvres, mulets, ânes… Les transactions sont graves. Les regards sont sévères. Un vieillard me vend sa chèvre. Une petite chèvre noiraude. Aussi sèche que le vieux. Même regard lumineux, Même barbiche. Et je retrouve enfin Moha, Sa peau usée, Ses vastes sourires, Ses yeux couleur de braise. Il ne parle que tamazight. Ni français, ni arabe. Pour ce qui est de rire, Les gestes suffisent. Nous faisons quelques achats. Du pain, de l’huile, Des pommes de terre et des tomates, Des oignons, Des épices multicolores, Des bougies, du thé, du sucre, Un bon quartier de viande, Des sardines et du fromage. Tout ce qu’il faut pour vivre bien. Fatima et Aïcha sont là, Toujours secrètement aguicheuses. J’aime le souk. Cette manière de parler A tous ceux que l’on croise. Manière de se rencontrer, De vivre l’unité du clan. Et puis le thé, Versé de haut, Est toujours partagé. Je quitte le petit café Les bras chargés de provisions. J’évite à grandes enjambées Les flaques sur le chemin. Entre les maisons de terre crue, Je ne ressens plus les regards. Je suis ici chez moi. Si je veux faire partie du clan ? Libre à moi d’y entrer. Déroutante liberté, Tout seul et venant de loin. Liberté O combien légère Lorsque l’on s’en saisit.
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Départ après le souk. Charger la mule, Et suivre le chemin Entre les amas caillouteux Et les pans de la terre. Les crêtes ensanglantées Se sont dressées verticales. La lessive d’une famille Sèche encore sur les arbustes. Des fillettes me regardent. Une heure de marche encore, Un pont dans les jardins, Et puis Aït Boulmane Blotti au fond de la vallée. Au-delà, les hauts plateaux. Pour le moment, Les maisons s’empilent hésitantes Autour d’un grenier millénaire. Des provisions sur six étages Pour le prochain hiver. Sur le chemin vers le col, Ali nous ouvre sa porte. Il est un oncle de Moha. Nous l’aidons rapidement A pousser quelques chèvres Dans le fond de la cour. Et puis les nattes sont étalées Sur le toit de la bergerie. Le pain encore chaud nous accueille, Les dattes, le thé, L’huile et les arachides. La lune, silencieuse, Glisse au dessus des crêtes. Pleine. Unique. Les reliefs se dessinent Bleutés par les ténèbres. Plus bas dans les jardins, Le murmure d’un tamtam. Celui du bendir qui se lève, Honoré par les cieux. Enfin, le couscous est servi. Sec et pimenté. La faim est assouvie. Je plonge alors dans la nuit, Seul, Ne comprenant pas un mot Des conversations autour de moi.
* * *
Un son de flûte résonne encore Sur le rocher d’Aït Boulmane Avec une douleur dans le corps De la terre des Imazighen.
* * *
Bonjour,
Nous partons à 4 en octobre pour 4 jours à Marrakesh et nous avons loué une voiture (1er catégorie) pour aller à Ouarzazate. Un ami m'a dit qu'il y était allé avec un guide et un 4x4 et que la route était assez périlleuse.. (trous, ravins, très étroites..) plus une piste qu'une route pour les 2/3 du trajet. Est-ce qu'il y aurait plusieurs routes??? ou vraiment la route est assez périlleuse et il faudra être prudent?? Merci beaucoup de me rassurer (ou pas!!)
Nous partons à 4 en octobre pour 4 jours à Marrakesh et nous avons loué une voiture (1er catégorie) pour aller à Ouarzazate. Un ami m'a dit qu'il y était allé avec un guide et un 4x4 et que la route était assez périlleuse.. (trous, ravins, très étroites..) plus une piste qu'une route pour les 2/3 du trajet. Est-ce qu'il y aurait plusieurs routes??? ou vraiment la route est assez périlleuse et il faudra être prudent?? Merci beaucoup de me rassurer (ou pas!!)
Bonjour !
J'ai le choix pour la fin août d'aller au Maroc (Marrakech ou Agadir) ou en Tunisie (Djerba), pour passer du bon temps avant de reprendre le travail début septembre. Que me conseillez-vous ? Sachant que ça sera pour 8 jours et que l'on compte bien sortir de temps en temps là bas ;)
Je ne connais aucun de ces deux pays !
Merci pour vos conseils :)
PeB
J'ai le choix pour la fin août d'aller au Maroc (Marrakech ou Agadir) ou en Tunisie (Djerba), pour passer du bon temps avant de reprendre le travail début septembre. Que me conseillez-vous ? Sachant que ça sera pour 8 jours et que l'on compte bien sortir de temps en temps là bas ;)
Je ne connais aucun de ces deux pays !
Merci pour vos conseils :)
PeB
Bonjours, Alors voila, je vous explique j'aimerai partir visiter le Maroc pendant le plus longtemps possible (apparemment on ne peut y rester que 3 mois et pt 6mois sur demande), je suis encore étudiant et je n'ai donc pas de diplôme, Je compte préparer ce voyage a fond et partir avec une sécurité financière pour le début, et puis me débrouiller comme je peux ou alors partir avec une association humanitaire, cela me plairait aussi beaucoup, je suis courageux et prêt a donner mon temps a ceux qui en on besoin.... ou Alors quelqu'un qui aurait besoin de quelqu'un pour l'aider dans ces taches ou meme un organisme en échange d'un logement et d'un peu de nourriture... En gros, je suis ouvert a toute proposition.
J'aimerai donc me renseigner sur la situation du pays, si il est possible de se trouver des petits jobs par si par la, histoire d'arriver à manger et me loger, je suis vraiment de très bonne volonté. Mon but n'est évidemment pas d'aller vivre a l'hôtel et de me la couler douce et puis de toute façon, je n'ai pas les moyens !!! Donc est-ce qu'il existe des Auberges de jeunesse pas trop cher ou bien, est-t'il possible d'aller chez les habitants et de leur demander contre service ou quoi que ce soit d'habiter chez eux ou dans une "tente" dans leur propriété. J'aimerai pouvoir faire le tour du Maroc, ne pas rester dans un même endroit indéfiniment ... J'aimerai savoir aussi quel endroit sont incontournable ? et les quels sont vraiment a contourner ? J'y vais pour apprendre la culture et la langue et aussi pour des raisons spirituelles... Qu'elles sont les conseilles que vous pourriez me donner ? Si quelqu'un si connait question papiers et médicaments ? J'ai dans le projet de partir pour minimum 6 mois et maximum 1 ans étant donner que l'on ne peut rester au Maroc que 3 mois, je me disais aussi que je pourrais pt essayer d'aller visiter les pays voisins, quels pays ? on m'a dit que les frontière était fermé aux autres pays donc je ne sais pas si c'est possible ??? voilaa Merci pour votre aide
Bonjour à tous,
Je suis francaise. Je viens de me fiancer à un marocain berbere du sud maroc (Zagora). J'aimerais lui faire une surprise et apprendre sa langue maternelle (le berbere) afin de pouvoir dialoguer avec sa famille.
Je ne sais pas du tout vers ou m'orienter: existe-t-il des cours, des livres, ... Je ne sais meme pas quelle langue berbere je dois etudier?
Merci d'avance pour votre aide
Je suis francaise. Je viens de me fiancer à un marocain berbere du sud maroc (Zagora). J'aimerais lui faire une surprise et apprendre sa langue maternelle (le berbere) afin de pouvoir dialoguer avec sa famille.
Je ne sais pas du tout vers ou m'orienter: existe-t-il des cours, des livres, ... Je ne sais meme pas quelle langue berbere je dois etudier?
Merci d'avance pour votre aide
Bonsoir je vais me rendre à Marrakech pour une semaine en Juillet. Étant dans la photo, je recherche des endroits uniques à capturer avec mon appareil. J'ai parcouru beaucoup de sites pour pouvoir avoir des idées mais ce sont toujours les mêmes et malheureusement les plus touristiques qui reviennent.
Est ce que vous connaissez des lieux magiques que vous pouvez partager avec moi ? Des idées de cafés et restaurants sympa ?
Beaucoup de sites conseillent des day trips dans les villages berbères et à Essaouira. Est ce que cela vaut le coup ?
Ayant vécu plusieurs années en Algérie, je cherche vraiment à découvrir des choses vraies à Marrakech. Donc le shopping dans la médina ou le trajet en chameau ou autre attrape-touriste ne m'intéresse pas vraiment.
Merci beaucoup pour vous retours
Beaucoup de sites conseillent des day trips dans les villages berbères et à Essaouira. Est ce que cela vaut le coup ?
Ayant vécu plusieurs années en Algérie, je cherche vraiment à découvrir des choses vraies à Marrakech. Donc le shopping dans la médina ou le trajet en chameau ou autre attrape-touriste ne m'intéresse pas vraiment.
Merci beaucoup pour vous retours
Dolma avait dit ici un jour que mes textes étaient intemporels... C'est certainement vrai.
Comme je ne suis pas de ceux qui tiennent quotidiennement un journal - c’est une contrainte que je ne n’arrive pas à m’imposer - mon écriture n’est dictée que par une anecdote, la modeste inspiration d’un instant face à un événement, une scène, un paysage, ou tout simplement pour occuper le temps, qui parfois s’écoule lentement. J'entasse les feuilles volantes, des carnets usé ou déchirés où s'entremêlent adresses, descriptions de balades, fulgurances, n° de téléphone, incidents, événements, maximes locales ... J'ai décidé il y a quelques années de ne plus rien dater pour ne pas regretter le temps qui passe, et parfois m'y perdre à l'image de ce qui peut parfois m'arriver sur les sentiers, mais toujours sans conséquence.
Voici un autre récit suggéré par Marsu il y a fort longtemps.
TALLOUSSI. UNE JOURNEE PARTICULIERE DANS LES FALAISES D’AKHACHANE. L’aube pointait sur Tizi n’Chfart. Deux petits coups discrets à la porte de ma chambre annonçaient Mohamed, le nouveau gardien du gîte et récent compagnon de route. Je devais quitter la douceur de mon duvet. Aghrom n’tafant, ce pain sans levain cuit au poêlon que j’affectionne particulièrement, une omelette baignant dans l’huile d’olive, du thé, trois verres de café au lait cannelé et poivré en guise de petit déjeuner, et nous étions déjà dans la pente.
La digestion se fait au pas du mulet. Il prend de l’âge Rantanplan, comme moi, et ça tombe bien. Le rythme qu’il dicte est respectueux de nos vieux os. Il le faut, car nous n’avons pas le temps de nous mettre en jambes. D'entrée nous effectuons une demi-heure de rude montée derrière le gîte pour atteindre les bergeries de Wihalane. A six heures du matin on ne souffre pas de la chaleur, mais les muscles ne répondent pas comme en milieu de journée… Le chant d’un coq nous accueille au passage des premiers enclos. C’est plus sympa que les deux chiens hargneux qui rêvent de nous croquer les mollets plus haut, à l’approche des maisons d’Aguerd. Bon, c’est vrai ils font leur boulot, mais je ne fais plus confiance à ces toutous de bergers depuis qu’un perfide, après m’avoir laissé passer sans montrer les crocs, comme si on était potes depuis toujours, m’a pris en traître et en silence, déchiré le bas du pantalon et laissé pour quinze jours deux petites traces de chicots à l’arrière d’un mollet.
Il faut poursuivre l’effort pendant plus d’une heure encore, jusqu’au débouché sur le chemin en corniche dans les falaises, pour mériter la redécouverte de la perspective des gorges avec cette lumière pure des premiers rayons de soleil qui franchissent la barrière de Mourik. C’est la deuxième fois que j’emprunte cet itinéraire pour me rendre à Askemod. Il est certes un peu plus « sportif » au départ, mais je le préfère à celui du fond des gorges, même si dans la montée au village, après le franchissement de la rivière, ce dernier offre de bien belles vues sur le cirque de Mourik.
A la sortie du chemin des vires, Mohamed me fait tirer tout droit sur le petit plateau caillouteux. Je sollicite une petite pause, le temps de partager quelques fruits secs, et lui fais remarquer que ce n’est pas le chemin emprunté l’année dernière avec Ali. Il sourit, fait non de la tête et tend la main dans l’axe des falaises pour bien me montrer que nous continuons dans cette direction. Je ne m’en prends qu’à moi et évite de montrer ma contrariété. En effet, persuadé que nous emprunterions l’autre chemin où, à mi-pente vers l’ouest, à environ une demi-heure, nous trouverions la petite résurgence sur laquelle je comptais, je n’ai pas jugé indispensable le portage d’un bidon d’eau. Erreur, d’autant plus stupide que Rantanplan le mulet, est de la partie. Non pas que je sois terriblement assoiffé à l’instant, mais si le trajet présente la même physionomie que celui que je connais, je n’ai pas fini de sucer mon petit caillou. C’est qu’en toute modestie, je ne situe pas ma sobriété au même niveau que celle de mon jeune et vaillant compère.
Je me renseigne sur la prochaine source. En guise de réponse, alors que je me serais contenté d’une réponse laconique, du genre : «... dans moins d’une heure… », Mohamed part dans un obscur laïusse et lance le mulet sur l’imperceptible trace en direction du Nord. Le problème avec lui, c’est qu’il ne parle pas un mot de Français, qu’il semble persuadé que sa langue natale n’a aucun secret pour moi et, pour corser le tout, son problème d’élocution, un zénorme zeveu zur la langue, me prive souvent de la compréhension du peu de syntaxe Tamazight que mes oreilles avaient fini par assimiler.
J’ai envie de lui dire que je ferais bien la montée jusqu’à cette taghbalout à l’eau un peu terreuse, mais à la fraîcheur toujours appréciable dans ce pays, mais il a déjà pris cent mètres d’avance ! Je ne sais pas encore que son empressement à repartir est dû à un autre objectif que celui que j’ai interprété hier soir quand il a proposé d’aller rendre visite à un de ses amis à Askemod.
Après quelques autres traversées de ravin, deux ou trois franchissements de bosses caillouteuses et la perte d’un litre de sueur, nous arrivons en vue d’une bergerie. Je devrais plutôt dire d’un misérable abri sous roche, fermé sur le devant par un bel et large empilage de pierres sèches en arc de cercle destiné à donner plus d’espace à la sommaire habitation. Mohamed s’en approche malgré la présence agressive du chien gardien des lieux, mais fait rapidement demi-tour dès qu’il constate la présence du cadenas sur la porte qui ferme symboliquement l’accès. Nous n’aurons donc pas droit au thé brûlant, ni au pain et huile d’olive que tout hôte se doit d’offrir au voyageur qui s’approche de sa demeure.
Mais qui dit bergerie dit assurément source… à proximité. En espérant que celle-ci ne nous détourne pas trop du chemin, je fais part à mon sobre compagnon de mon besoin d’H2O. Aussitôt Mohamed ramasse deux beaux cailloux qu’il destine à maintenir la bête à distance respectable si toutefois il lui prenait l’envie de venir humer nos semelles de trop près, et retourne vers l’abri. Il inspecte le muret en pierres, glisse sa main entre deux d’entre-elles et, comme s’il était chez lui, sort une clé, ouvre le cadenas et m’invite à rentrer.
C’est finalement bien autour d’une théière fumante et d’une tasse d’huile d’olive au fond de laquelle il faut savoir plonger le pain pour y trouver un peu de cet excellent miel de montagne dérobé aux abeilles dans des ruches sauvages, que Mohamed dissipe ma surprise. Son histoire zézayante, soutenue à grands gestes, mimes et petits dessins sur le sol en terre battue, m’apprend qu’il a passé toute son enfance et adolescence dans les falaises d’Akhachane comme berger pour son père et son grand frère Ba ; que c’est dans ces environs qu’il a connu ses premiers émois amoureux avec Zimba, devenue aujourd’hui sa femme et qui, « Grâce à Dieu », lui a donné un fils dès les premiers mois de leur mariage ; qu’il connaît très bien les propriétaires de cette bergerie avec qui il semble avoir des liens de parenté, mais j’ai pas trop capté lesquels. Peu importe, de toute façon il est temps d’y aller.
Bien requinqué après cette petite collation inattendue, les dénivelés suivants ne sont qu’une formalité. Nous enchaînons plusieurs montées et descentes dans un alignement de bosses, pour déboucher à nouveau sur un chemin en corniche encore plus long et spectaculaire que le précédent. Le soleil est presque au zénith quand nous en sortons pour continuer encore quelque temps hors piste et finir dans un ravin d’éboulis plus qu’instables. Plusieurs dizaines de mètres en contrebas Akhachane, le nom local de l’assif Melloul, charrie ses flots ocre de printemps.
Je comprends que nous sommes arrivés au terme du voyage. C’est l’ouïe qui réagit la première. Chants, cris d’enfants, bêlements, cliquetis métalliques, frottements de lames sur la pierre, voix claires et entraînées à faire porter le timbre d’une falaise à l’autre, au plus haut d’une arête, au fond d’une combe, partout où l’attend une oreille également aiguisée à ce type d’exercice.
J’entends. J’écoute. J’avance. Je vois. Je crois rêver.
Une ravine en forme de fer à cheval, ouverte et rétrécie sur le bas se jette dans la rivière trois cents mètres en contre bas. La partie fermée est bordée par des falaises de quinze à vingt mètres dominées par des grandes pentes rocailleuses, terre de pacage des éleveurs d’Askemod, un hameau perché dans un replat au pied du djebel Kroun entre Anergui et Adènedoune. Les yeux ne fixent pas de suite les scènes de détail. Je compterai plus tard une quarantaine d’adultes et presque la moitié de gamins en âge de marcher, une douzaine de mulets, quatre ânes et… des centaines de têtes de bétail jouant les acrobates dans les rochers pour dénicher le plat du jour. Tous sont réunis sur ce site entre ciel et terre pour la tonte de l’année.
Là, au milieu de nulle part, entre pente et paroi, sur toute la longueur de la bande étroite et accessible qui sert de base aux falaises, s’offrent des scènes d’un autre temps. Ou plutôt du temps de ces hommes devant moi ! Le même, si l’on fait abstraction des quelques bidons en plastique, cordes et cordelettes en nylon, que celui des pères de leurs pères. A l’extrémité la plus resserrée, quelques rochers entassés et un assemblage de grosses poutres grossièrement taillées dans des branches de genévriers, des couvertures et une bâche de nylon, ferment un renfoncement dans la falaise. Il abrite la cuisine des femmes et une activité fébrile.
A l’autre extrémité, deux foyers entretenus par un groupe d’adolescents présagent ripaille. A proximité, sur une petite terrasse, la plus confortable recouverte de nattes en plastique, d’épais tapis et coussins, je reconnais les deux fquihs des Ayt Boulmane et des Ayt Khoya. Ils se prélassent et sirotent du thé en compagnie de deux autres hommes dont l’attitude et regard témoignent d’une condition disons… supérieure. Non loin, un autre homme officie, « le maître du thé ». C’est que dans ces montagnes, préparer le thé les jours de fête est une affaire d’homme. Je le connais aussi : c’est le voisin d’Ali sur les pentes d’Ouriz. J’ai assisté chez lui, trois ans en arrière, au mariage d’un de ses fils avec une belle-sœur d’Ali.
Nous passons d’un endroit à l’autre, saluons tous les hommes. Dans la réponse que Mohamed adresse à un berger qui l’interpelle, je discerne quelques mots comme tassarout, zit, atey, amane, me laissant deviner qu’il est en train d’expliquer notre arrêt à la bergerie de son interlocuteur, et peut-être justifier et s’excuser de notre léger retard alors que nous étions attendus.
- Salam! Koulchi Labess? Chibes makein ? La tournée continue, mais les salutations ne s’adressent qu’aux hommes; nous ne nous approchons pas de la cuisine, seules deux jeunes filles venues porter un bidon d’eau vers le foyer ont droit à un salut discret sous la forme d’un effleurement délicat et furtif du plat des mains. J’ai toujours trouvé de la sensualité dans cette forme de salut entre hommes et femmes, et m’en étonne dans ce pays si pudique. Une autre terrasse accueille un groupe de femmes de tous âges et diverse progéniture. Les bébés sont portés sur le dos des mères, des grandes sœurs, ou encore gisent empaquetés, à même le sol à l’ombre de la paroi. Ça discute, allaite, plaisante, et sûrement se moque-t-on de ce roumi maladroit dans les éboulis, et de sa surprise affichée.
A peine en contrebas des deux groupes les tondeurs s’activent, chantent, aiguisent leurs ciseaux, dépouillent les moutons de la lourde laine qui les a protégés tout l’hiver. Les gestes sont restés tels qu’ils devaient être au temps de leurs aïeux. Les jeunes bergers amènent les bêtes à portée de ciseaux, entravent, maintiennent les plus récalcitrantes, les libèrent et les renvoient vers leurs congénères une fois le travail accompli. Toutes semblent guillerettes de se sentir si légères pour l’été.
Un des deux hommes de belle allure nous invite à ses cotés. Mohamed me fait comprendre que ce sont les propriétaires des troupeaux rassemblés pour la circonstance. J’ai droit à une couverture supplémentaire sous mes fesses qu’ils doivent estimer, si non plus dignes, au moins plus délicates que les leurs. J’essaye de refuser avec le sourire pour finir, non seulement avec cette isolation supplémentaire contre la rudesse de l’endroit, mais avec un coussin venu tout droit, et par les airs, de la terrasse des femmes aussitôt qu’un fquih en émit l’exigence. J’éprouve toujours une grande gêne face à toutes ces délicates attentions dont je suis, dont tout roumi est l’objet constant quelle que soit la personne rencontrée dans ces montagnes. Il n’y a qu’une chose à faire, car je sais qu’il en sera toujours ainsi: sourire, remercier, avaler sa gêne et attendre l’occasion de rendre la pareille.
Pour nos hôtes c’est l’heure du digestif, pour nous, celle de l’apéritif. Tiens, fquih des Ayt Boulmane, j’ignore son nom, souffre de diabète. Il a droit à sa petite théière en tôle émaillée personnelle, sans sucre. Nous partagerons celle, sucrée à outrance, des autres convives. Le thé est aromatisé au thym citronné sauvage, les œufs sont brouillés dans leur pesant d’huile et d’épices, le pain d’orge est encore tiède, sa croûte dorée et craquante à en séquestrer la boulangère, et l’huile d’olive est délicieuse. L’après midi s’annonce sous de bons auspices ! Merci Mohamed.
La fin de la tonte est marquée par un instant de recueillement, prières et louanges au Tout Puissant pour cette année de pluies exceptionnelles. Ensuite la laine est partagée puis empaquetée ; la constitution de tas inégaux est emprunte de gravité et de sérieux. Comment font-ils pour savoir ce qui revient à chacun puisque la laine des deux troupeaux a été mélangée ? C’est leur affaire, et celle-ci ne semble poser aucun problème apparent. Propriétaires, tondeurs, bergers, chacun a l’air satisfait de la part qui lui revient. Allah ighlif… Que l’événement se reproduise !
Puis les deux troupeaux sont lâchés. Le premier est conduit à grands cris par un jeune couple et leur bambin d’une demi-douzaine d’années vers les pentes qui dominent le site. Le deuxième, moins important, est dirigé à la fronde par un homme seul en direction du passage par lequel nous avons débouché tout à l’heure avec Mohamed. Quelques femmes, dont les plus âgées, aspergent les bêtes au passage avec des rameaux de je ne sais quel arbuste trempés dans un liquide blanchâtre. La pauvreté de ma Tamazight ne me permet pas de connaître aujourd’hui la signification de ce rite.
L’après midi se poursuit par le sacrifice d’un jeune bouc et d’un mouton, au rythme lent et sain du dépeçage des bêtes, du thé, du découpage de la viande, du thé, des bavardages et plaisanteries, des jeux des enfants et des bergers, du thé, des brochettes d’abats qu’un jeune garçon fait tourner pour une équité parfaite entre les convives, du thé, des galettes d’orge encore chaudes trempées dans le beurre fondu aux épices, du thé…
Un agneau, déjà presque à taille adulte, gravement blessé dans une chute, viendra même enrichir la potée. Avec la fin du jour vient le siksou trempé de petit lait, suivi d’un petit verre de thé, avant les quartiers de viande grillée, découpés et distribués dans une justice édifiante… sauf pour le roumi à qui revient, bien sûr, le morceau choisi. Vous reprendrez bien un peu de thé ?
La lumière décroît sur Amanezzéranne. Ainsi est appelé ce site. Cela signifierait « là où coule l’eau », quelque chose comme ça, l’orthographe n’étant que la retranscription de ce que mes oreilles ont entendu. Il est bientôt dix-neuf heures. Une jeune fille, un bambin d’à peine six ans et deux femmes portant bébé sur le dos et ballot de laine à la main nous quittent pour rejoindre leur grotte ou bergerie avant la nuit noire. Un chien les rattrape. Tous grimpent dans les éboulis, font corps avec la pente. Le pas est sûr, pas un caillou ne roule, elles adhèrent au sol instable comme les chèvres aux rochers. Tous disparaissent derrière l’arrête par laquelle nous sommes arrivés. Je demande à Mohamed où se trouve leur abri. Il marque la surprise devant la question qu’il considère peut-être dérisoire, répond « Pas loin… » sur le ton de « Quelle importance ? » et finit son énième verre de thé. Je demande un peu plus de précisions. Un trait et trois croix dans la terre : leur bergerie serait à mi-chemin entre celle où nous nous sommes arrêtés et ici, à l’écart du chemin suivi. Pas loin en effet… Mais quand même une bonne heure de marche commencée dans la pénombre et qui finira de nuit sous la clarté lunaire. En réalité, même dans la nuit la plus noire, il n’y a pas trop de soucis à se faire pour elles.
Elles connaissent depuis leur enfance ces falaises, ces pentes, ces entailles dans la montagne ; chaque cime, combe, arête ou ravine leur est familière. Elles les ont parcourues, explorées, enjambées, franchies, sillonnées en tous sens par tous les temps et à toute heure, presque pieds nus, tant me semblent une dérisoire protection sur ce terrain, les lambeaux de caoutchouc recousus ou ressoudés au tison, qui autrefois ont du ressentir la fierté d’être appelés chaussures. La mère à peine remise des couches reprend ses corvées d’eau, la garde du troupeau, la recherche du bois. L’enfant est sur son dos. Il sera à ses cotés, dans des endroits si escarpés que bien des adultes de notre société ne sauraient s’y tenir même à « quatre pattes», dès qu’il saura mettre un pied devant l’autre. Il en sera ainsi jusqu’à ce que les os n’en puissent plus. Vieille femme, elle retournera dans la vallée pour finir ses jours doucement dans la maison familiale en compagnie d’un fils et des petits-enfants.
Les marmites sont sur les braises. D’autres quartiers de viande grillent sur le deuxième foyer. Cet après-midi le couscous et le pain étaient l’affaire des femmes. Aux hommes le thé, le dépeçage et les brochettes. Ce soir ils se collent aussi aux gamelles. Les plus jeunes ont lavé et épluché les légumes, coupé les restes de viande, sous les quolibets gentiment moqueurs des plus âgés. D’autres terminent le travail, activent les foyers, surveillent la cuisson, les fquihs, les deux propriétaires et les tondeurs parlent fort et sirotent -encore- du thé à la lueur des lanternes.
Quelques cailloux tombent du haut de la falaise. C’est l’annonce d’un troupeau qui rentre dans la pénombre. Cris, appels, aboiements, tout le monde se colle aux parois et laisse passer l’averse. Quelques beaux spécimens de la taille d’un ballon roulent dans le ravin et auraient pu laisser sans vie le corps trouvé à sa verticale. Dans une esquive polie au vingt septième verre de thé (à vrai dire je ne les ai pas comptés, mais il y en a eu beaucoup... trop pour moi !), je rejoins la terrasse personnelle que l’on m’avait désignée en fin d’après midi. Deux jeunes s’étaient empressés de la tailler dès notre arrivée. Quelques coups de pioche experts et ma chambre était nivelée, nettoyée des quelques cailloux qui auraient pu rendre ma nuit sous les étoiles inconfortable. Le sac de bât du mulet me servira de matelas, et un paquet de laine fraîchement coupée sera l’oreiller. Ils m’ont même indiqué l’endroit ou je devais mettre la tête : là, derrière le petit muret dressé en refuge contre la brise fraîche de la nuit.
A mesure que les bêtes débouchent dans la combe et s’y installent pour la nuit je compte une centaine de caprins et un peu moins de moutons pour ce seul troupeau. L’autre ne reviendra pas ; sans doute par manque de place aux alentours le berger aura reçu la consigne de le diriger vers sa bergerie pour la nuit. Ça fait du bruit quand les mères appellent leurs petits. Ça fait du bruit quand ceux-ci, trop vulnérables encore pour être lâchés avec le troupeau dans la journée, cherchent la mamelle maternelle attendue tout l’après-midi. Ça fait du bruit quand le propriétaire engueule le berger et sa femme pour n’avoir su maintenir les bêtes loin de la falaise. Ça fait du bruit quand les roulements des bendirs, rythmés, stridents, profonds, enivrants et enivrés saluent l’arrivée d’Ayur - la lune ronde - sur Amanezzéranne.
Les voix sauvages des femmes résonnent dans la combe, ardente réponse aux tambours. Cela ne dure que deux ou trois minutes, et tous s’arrêtent, synchronisés, net, au coup de fusil qui ponctue le dernier et fulgurant roulement. La magie et la force de l’instant résident dans cette brièveté.
Chèvres et brebis se sont tues, quelques cabris affamés sont encore branchés et dans l’air dansent les escarbilles, crépitent les dernières braises, flotte l’odeur de bois brûlé et des épices dans les gamelles. Suit un long moment de magique plénitude. Une voix chaude comme le feu, douce comme le miel de ces montagnes, récite et répète jusqu’au sommeil de son enfant une litanie apaisante. Des silhouettes se remettent en mouvement. L’une d’elle lance une dernière prière. Elle n’attire que l’autre fquih, le «maître de thé», un des propriétaires, deux tondeurs et trois anciens. Une autre devient Mohamed s’approchant de «mes appartements». Le campement de nouveau s’anime, les psalmodies sont couvertes par les voix des autres hommes et femmes indifférentes à ces ombres dessinées sur la falaise qui se prosternent et se relèvent.
Iminechi est prêt, le thé apéritif servi. Mohamed vient me l’annoncer.
Il est bientôt vingt-et-une heures. La lune rend hommage à Amanezzéranne.
TALLOUSSI. UNE JOURNEE PARTICULIERE DANS LES FALAISES D’AKHACHANE. L’aube pointait sur Tizi n’Chfart. Deux petits coups discrets à la porte de ma chambre annonçaient Mohamed, le nouveau gardien du gîte et récent compagnon de route. Je devais quitter la douceur de mon duvet. Aghrom n’tafant, ce pain sans levain cuit au poêlon que j’affectionne particulièrement, une omelette baignant dans l’huile d’olive, du thé, trois verres de café au lait cannelé et poivré en guise de petit déjeuner, et nous étions déjà dans la pente.
La digestion se fait au pas du mulet. Il prend de l’âge Rantanplan, comme moi, et ça tombe bien. Le rythme qu’il dicte est respectueux de nos vieux os. Il le faut, car nous n’avons pas le temps de nous mettre en jambes. D'entrée nous effectuons une demi-heure de rude montée derrière le gîte pour atteindre les bergeries de Wihalane. A six heures du matin on ne souffre pas de la chaleur, mais les muscles ne répondent pas comme en milieu de journée… Le chant d’un coq nous accueille au passage des premiers enclos. C’est plus sympa que les deux chiens hargneux qui rêvent de nous croquer les mollets plus haut, à l’approche des maisons d’Aguerd. Bon, c’est vrai ils font leur boulot, mais je ne fais plus confiance à ces toutous de bergers depuis qu’un perfide, après m’avoir laissé passer sans montrer les crocs, comme si on était potes depuis toujours, m’a pris en traître et en silence, déchiré le bas du pantalon et laissé pour quinze jours deux petites traces de chicots à l’arrière d’un mollet.
Il faut poursuivre l’effort pendant plus d’une heure encore, jusqu’au débouché sur le chemin en corniche dans les falaises, pour mériter la redécouverte de la perspective des gorges avec cette lumière pure des premiers rayons de soleil qui franchissent la barrière de Mourik. C’est la deuxième fois que j’emprunte cet itinéraire pour me rendre à Askemod. Il est certes un peu plus « sportif » au départ, mais je le préfère à celui du fond des gorges, même si dans la montée au village, après le franchissement de la rivière, ce dernier offre de bien belles vues sur le cirque de Mourik.
A la sortie du chemin des vires, Mohamed me fait tirer tout droit sur le petit plateau caillouteux. Je sollicite une petite pause, le temps de partager quelques fruits secs, et lui fais remarquer que ce n’est pas le chemin emprunté l’année dernière avec Ali. Il sourit, fait non de la tête et tend la main dans l’axe des falaises pour bien me montrer que nous continuons dans cette direction. Je ne m’en prends qu’à moi et évite de montrer ma contrariété. En effet, persuadé que nous emprunterions l’autre chemin où, à mi-pente vers l’ouest, à environ une demi-heure, nous trouverions la petite résurgence sur laquelle je comptais, je n’ai pas jugé indispensable le portage d’un bidon d’eau. Erreur, d’autant plus stupide que Rantanplan le mulet, est de la partie. Non pas que je sois terriblement assoiffé à l’instant, mais si le trajet présente la même physionomie que celui que je connais, je n’ai pas fini de sucer mon petit caillou. C’est qu’en toute modestie, je ne situe pas ma sobriété au même niveau que celle de mon jeune et vaillant compère.
Je me renseigne sur la prochaine source. En guise de réponse, alors que je me serais contenté d’une réponse laconique, du genre : «... dans moins d’une heure… », Mohamed part dans un obscur laïusse et lance le mulet sur l’imperceptible trace en direction du Nord. Le problème avec lui, c’est qu’il ne parle pas un mot de Français, qu’il semble persuadé que sa langue natale n’a aucun secret pour moi et, pour corser le tout, son problème d’élocution, un zénorme zeveu zur la langue, me prive souvent de la compréhension du peu de syntaxe Tamazight que mes oreilles avaient fini par assimiler.
J’ai envie de lui dire que je ferais bien la montée jusqu’à cette taghbalout à l’eau un peu terreuse, mais à la fraîcheur toujours appréciable dans ce pays, mais il a déjà pris cent mètres d’avance ! Je ne sais pas encore que son empressement à repartir est dû à un autre objectif que celui que j’ai interprété hier soir quand il a proposé d’aller rendre visite à un de ses amis à Askemod.
Après quelques autres traversées de ravin, deux ou trois franchissements de bosses caillouteuses et la perte d’un litre de sueur, nous arrivons en vue d’une bergerie. Je devrais plutôt dire d’un misérable abri sous roche, fermé sur le devant par un bel et large empilage de pierres sèches en arc de cercle destiné à donner plus d’espace à la sommaire habitation. Mohamed s’en approche malgré la présence agressive du chien gardien des lieux, mais fait rapidement demi-tour dès qu’il constate la présence du cadenas sur la porte qui ferme symboliquement l’accès. Nous n’aurons donc pas droit au thé brûlant, ni au pain et huile d’olive que tout hôte se doit d’offrir au voyageur qui s’approche de sa demeure.
Mais qui dit bergerie dit assurément source… à proximité. En espérant que celle-ci ne nous détourne pas trop du chemin, je fais part à mon sobre compagnon de mon besoin d’H2O. Aussitôt Mohamed ramasse deux beaux cailloux qu’il destine à maintenir la bête à distance respectable si toutefois il lui prenait l’envie de venir humer nos semelles de trop près, et retourne vers l’abri. Il inspecte le muret en pierres, glisse sa main entre deux d’entre-elles et, comme s’il était chez lui, sort une clé, ouvre le cadenas et m’invite à rentrer.
C’est finalement bien autour d’une théière fumante et d’une tasse d’huile d’olive au fond de laquelle il faut savoir plonger le pain pour y trouver un peu de cet excellent miel de montagne dérobé aux abeilles dans des ruches sauvages, que Mohamed dissipe ma surprise. Son histoire zézayante, soutenue à grands gestes, mimes et petits dessins sur le sol en terre battue, m’apprend qu’il a passé toute son enfance et adolescence dans les falaises d’Akhachane comme berger pour son père et son grand frère Ba ; que c’est dans ces environs qu’il a connu ses premiers émois amoureux avec Zimba, devenue aujourd’hui sa femme et qui, « Grâce à Dieu », lui a donné un fils dès les premiers mois de leur mariage ; qu’il connaît très bien les propriétaires de cette bergerie avec qui il semble avoir des liens de parenté, mais j’ai pas trop capté lesquels. Peu importe, de toute façon il est temps d’y aller.
Bien requinqué après cette petite collation inattendue, les dénivelés suivants ne sont qu’une formalité. Nous enchaînons plusieurs montées et descentes dans un alignement de bosses, pour déboucher à nouveau sur un chemin en corniche encore plus long et spectaculaire que le précédent. Le soleil est presque au zénith quand nous en sortons pour continuer encore quelque temps hors piste et finir dans un ravin d’éboulis plus qu’instables. Plusieurs dizaines de mètres en contrebas Akhachane, le nom local de l’assif Melloul, charrie ses flots ocre de printemps.
Je comprends que nous sommes arrivés au terme du voyage. C’est l’ouïe qui réagit la première. Chants, cris d’enfants, bêlements, cliquetis métalliques, frottements de lames sur la pierre, voix claires et entraînées à faire porter le timbre d’une falaise à l’autre, au plus haut d’une arête, au fond d’une combe, partout où l’attend une oreille également aiguisée à ce type d’exercice.
J’entends. J’écoute. J’avance. Je vois. Je crois rêver.
Une ravine en forme de fer à cheval, ouverte et rétrécie sur le bas se jette dans la rivière trois cents mètres en contre bas. La partie fermée est bordée par des falaises de quinze à vingt mètres dominées par des grandes pentes rocailleuses, terre de pacage des éleveurs d’Askemod, un hameau perché dans un replat au pied du djebel Kroun entre Anergui et Adènedoune. Les yeux ne fixent pas de suite les scènes de détail. Je compterai plus tard une quarantaine d’adultes et presque la moitié de gamins en âge de marcher, une douzaine de mulets, quatre ânes et… des centaines de têtes de bétail jouant les acrobates dans les rochers pour dénicher le plat du jour. Tous sont réunis sur ce site entre ciel et terre pour la tonte de l’année.
Là, au milieu de nulle part, entre pente et paroi, sur toute la longueur de la bande étroite et accessible qui sert de base aux falaises, s’offrent des scènes d’un autre temps. Ou plutôt du temps de ces hommes devant moi ! Le même, si l’on fait abstraction des quelques bidons en plastique, cordes et cordelettes en nylon, que celui des pères de leurs pères. A l’extrémité la plus resserrée, quelques rochers entassés et un assemblage de grosses poutres grossièrement taillées dans des branches de genévriers, des couvertures et une bâche de nylon, ferment un renfoncement dans la falaise. Il abrite la cuisine des femmes et une activité fébrile.
A l’autre extrémité, deux foyers entretenus par un groupe d’adolescents présagent ripaille. A proximité, sur une petite terrasse, la plus confortable recouverte de nattes en plastique, d’épais tapis et coussins, je reconnais les deux fquihs des Ayt Boulmane et des Ayt Khoya. Ils se prélassent et sirotent du thé en compagnie de deux autres hommes dont l’attitude et regard témoignent d’une condition disons… supérieure. Non loin, un autre homme officie, « le maître du thé ». C’est que dans ces montagnes, préparer le thé les jours de fête est une affaire d’homme. Je le connais aussi : c’est le voisin d’Ali sur les pentes d’Ouriz. J’ai assisté chez lui, trois ans en arrière, au mariage d’un de ses fils avec une belle-sœur d’Ali.
Nous passons d’un endroit à l’autre, saluons tous les hommes. Dans la réponse que Mohamed adresse à un berger qui l’interpelle, je discerne quelques mots comme tassarout, zit, atey, amane, me laissant deviner qu’il est en train d’expliquer notre arrêt à la bergerie de son interlocuteur, et peut-être justifier et s’excuser de notre léger retard alors que nous étions attendus.
- Salam! Koulchi Labess? Chibes makein ? La tournée continue, mais les salutations ne s’adressent qu’aux hommes; nous ne nous approchons pas de la cuisine, seules deux jeunes filles venues porter un bidon d’eau vers le foyer ont droit à un salut discret sous la forme d’un effleurement délicat et furtif du plat des mains. J’ai toujours trouvé de la sensualité dans cette forme de salut entre hommes et femmes, et m’en étonne dans ce pays si pudique. Une autre terrasse accueille un groupe de femmes de tous âges et diverse progéniture. Les bébés sont portés sur le dos des mères, des grandes sœurs, ou encore gisent empaquetés, à même le sol à l’ombre de la paroi. Ça discute, allaite, plaisante, et sûrement se moque-t-on de ce roumi maladroit dans les éboulis, et de sa surprise affichée.
A peine en contrebas des deux groupes les tondeurs s’activent, chantent, aiguisent leurs ciseaux, dépouillent les moutons de la lourde laine qui les a protégés tout l’hiver. Les gestes sont restés tels qu’ils devaient être au temps de leurs aïeux. Les jeunes bergers amènent les bêtes à portée de ciseaux, entravent, maintiennent les plus récalcitrantes, les libèrent et les renvoient vers leurs congénères une fois le travail accompli. Toutes semblent guillerettes de se sentir si légères pour l’été.
Un des deux hommes de belle allure nous invite à ses cotés. Mohamed me fait comprendre que ce sont les propriétaires des troupeaux rassemblés pour la circonstance. J’ai droit à une couverture supplémentaire sous mes fesses qu’ils doivent estimer, si non plus dignes, au moins plus délicates que les leurs. J’essaye de refuser avec le sourire pour finir, non seulement avec cette isolation supplémentaire contre la rudesse de l’endroit, mais avec un coussin venu tout droit, et par les airs, de la terrasse des femmes aussitôt qu’un fquih en émit l’exigence. J’éprouve toujours une grande gêne face à toutes ces délicates attentions dont je suis, dont tout roumi est l’objet constant quelle que soit la personne rencontrée dans ces montagnes. Il n’y a qu’une chose à faire, car je sais qu’il en sera toujours ainsi: sourire, remercier, avaler sa gêne et attendre l’occasion de rendre la pareille.
Pour nos hôtes c’est l’heure du digestif, pour nous, celle de l’apéritif. Tiens, fquih des Ayt Boulmane, j’ignore son nom, souffre de diabète. Il a droit à sa petite théière en tôle émaillée personnelle, sans sucre. Nous partagerons celle, sucrée à outrance, des autres convives. Le thé est aromatisé au thym citronné sauvage, les œufs sont brouillés dans leur pesant d’huile et d’épices, le pain d’orge est encore tiède, sa croûte dorée et craquante à en séquestrer la boulangère, et l’huile d’olive est délicieuse. L’après midi s’annonce sous de bons auspices ! Merci Mohamed.
La fin de la tonte est marquée par un instant de recueillement, prières et louanges au Tout Puissant pour cette année de pluies exceptionnelles. Ensuite la laine est partagée puis empaquetée ; la constitution de tas inégaux est emprunte de gravité et de sérieux. Comment font-ils pour savoir ce qui revient à chacun puisque la laine des deux troupeaux a été mélangée ? C’est leur affaire, et celle-ci ne semble poser aucun problème apparent. Propriétaires, tondeurs, bergers, chacun a l’air satisfait de la part qui lui revient. Allah ighlif… Que l’événement se reproduise !
Puis les deux troupeaux sont lâchés. Le premier est conduit à grands cris par un jeune couple et leur bambin d’une demi-douzaine d’années vers les pentes qui dominent le site. Le deuxième, moins important, est dirigé à la fronde par un homme seul en direction du passage par lequel nous avons débouché tout à l’heure avec Mohamed. Quelques femmes, dont les plus âgées, aspergent les bêtes au passage avec des rameaux de je ne sais quel arbuste trempés dans un liquide blanchâtre. La pauvreté de ma Tamazight ne me permet pas de connaître aujourd’hui la signification de ce rite.
L’après midi se poursuit par le sacrifice d’un jeune bouc et d’un mouton, au rythme lent et sain du dépeçage des bêtes, du thé, du découpage de la viande, du thé, des bavardages et plaisanteries, des jeux des enfants et des bergers, du thé, des brochettes d’abats qu’un jeune garçon fait tourner pour une équité parfaite entre les convives, du thé, des galettes d’orge encore chaudes trempées dans le beurre fondu aux épices, du thé…
Un agneau, déjà presque à taille adulte, gravement blessé dans une chute, viendra même enrichir la potée. Avec la fin du jour vient le siksou trempé de petit lait, suivi d’un petit verre de thé, avant les quartiers de viande grillée, découpés et distribués dans une justice édifiante… sauf pour le roumi à qui revient, bien sûr, le morceau choisi. Vous reprendrez bien un peu de thé ?
La lumière décroît sur Amanezzéranne. Ainsi est appelé ce site. Cela signifierait « là où coule l’eau », quelque chose comme ça, l’orthographe n’étant que la retranscription de ce que mes oreilles ont entendu. Il est bientôt dix-neuf heures. Une jeune fille, un bambin d’à peine six ans et deux femmes portant bébé sur le dos et ballot de laine à la main nous quittent pour rejoindre leur grotte ou bergerie avant la nuit noire. Un chien les rattrape. Tous grimpent dans les éboulis, font corps avec la pente. Le pas est sûr, pas un caillou ne roule, elles adhèrent au sol instable comme les chèvres aux rochers. Tous disparaissent derrière l’arrête par laquelle nous sommes arrivés. Je demande à Mohamed où se trouve leur abri. Il marque la surprise devant la question qu’il considère peut-être dérisoire, répond « Pas loin… » sur le ton de « Quelle importance ? » et finit son énième verre de thé. Je demande un peu plus de précisions. Un trait et trois croix dans la terre : leur bergerie serait à mi-chemin entre celle où nous nous sommes arrêtés et ici, à l’écart du chemin suivi. Pas loin en effet… Mais quand même une bonne heure de marche commencée dans la pénombre et qui finira de nuit sous la clarté lunaire. En réalité, même dans la nuit la plus noire, il n’y a pas trop de soucis à se faire pour elles.
Elles connaissent depuis leur enfance ces falaises, ces pentes, ces entailles dans la montagne ; chaque cime, combe, arête ou ravine leur est familière. Elles les ont parcourues, explorées, enjambées, franchies, sillonnées en tous sens par tous les temps et à toute heure, presque pieds nus, tant me semblent une dérisoire protection sur ce terrain, les lambeaux de caoutchouc recousus ou ressoudés au tison, qui autrefois ont du ressentir la fierté d’être appelés chaussures. La mère à peine remise des couches reprend ses corvées d’eau, la garde du troupeau, la recherche du bois. L’enfant est sur son dos. Il sera à ses cotés, dans des endroits si escarpés que bien des adultes de notre société ne sauraient s’y tenir même à « quatre pattes», dès qu’il saura mettre un pied devant l’autre. Il en sera ainsi jusqu’à ce que les os n’en puissent plus. Vieille femme, elle retournera dans la vallée pour finir ses jours doucement dans la maison familiale en compagnie d’un fils et des petits-enfants.
Les marmites sont sur les braises. D’autres quartiers de viande grillent sur le deuxième foyer. Cet après-midi le couscous et le pain étaient l’affaire des femmes. Aux hommes le thé, le dépeçage et les brochettes. Ce soir ils se collent aussi aux gamelles. Les plus jeunes ont lavé et épluché les légumes, coupé les restes de viande, sous les quolibets gentiment moqueurs des plus âgés. D’autres terminent le travail, activent les foyers, surveillent la cuisson, les fquihs, les deux propriétaires et les tondeurs parlent fort et sirotent -encore- du thé à la lueur des lanternes.
Quelques cailloux tombent du haut de la falaise. C’est l’annonce d’un troupeau qui rentre dans la pénombre. Cris, appels, aboiements, tout le monde se colle aux parois et laisse passer l’averse. Quelques beaux spécimens de la taille d’un ballon roulent dans le ravin et auraient pu laisser sans vie le corps trouvé à sa verticale. Dans une esquive polie au vingt septième verre de thé (à vrai dire je ne les ai pas comptés, mais il y en a eu beaucoup... trop pour moi !), je rejoins la terrasse personnelle que l’on m’avait désignée en fin d’après midi. Deux jeunes s’étaient empressés de la tailler dès notre arrivée. Quelques coups de pioche experts et ma chambre était nivelée, nettoyée des quelques cailloux qui auraient pu rendre ma nuit sous les étoiles inconfortable. Le sac de bât du mulet me servira de matelas, et un paquet de laine fraîchement coupée sera l’oreiller. Ils m’ont même indiqué l’endroit ou je devais mettre la tête : là, derrière le petit muret dressé en refuge contre la brise fraîche de la nuit.
A mesure que les bêtes débouchent dans la combe et s’y installent pour la nuit je compte une centaine de caprins et un peu moins de moutons pour ce seul troupeau. L’autre ne reviendra pas ; sans doute par manque de place aux alentours le berger aura reçu la consigne de le diriger vers sa bergerie pour la nuit. Ça fait du bruit quand les mères appellent leurs petits. Ça fait du bruit quand ceux-ci, trop vulnérables encore pour être lâchés avec le troupeau dans la journée, cherchent la mamelle maternelle attendue tout l’après-midi. Ça fait du bruit quand le propriétaire engueule le berger et sa femme pour n’avoir su maintenir les bêtes loin de la falaise. Ça fait du bruit quand les roulements des bendirs, rythmés, stridents, profonds, enivrants et enivrés saluent l’arrivée d’Ayur - la lune ronde - sur Amanezzéranne.
Les voix sauvages des femmes résonnent dans la combe, ardente réponse aux tambours. Cela ne dure que deux ou trois minutes, et tous s’arrêtent, synchronisés, net, au coup de fusil qui ponctue le dernier et fulgurant roulement. La magie et la force de l’instant résident dans cette brièveté.
Chèvres et brebis se sont tues, quelques cabris affamés sont encore branchés et dans l’air dansent les escarbilles, crépitent les dernières braises, flotte l’odeur de bois brûlé et des épices dans les gamelles. Suit un long moment de magique plénitude. Une voix chaude comme le feu, douce comme le miel de ces montagnes, récite et répète jusqu’au sommeil de son enfant une litanie apaisante. Des silhouettes se remettent en mouvement. L’une d’elle lance une dernière prière. Elle n’attire que l’autre fquih, le «maître de thé», un des propriétaires, deux tondeurs et trois anciens. Une autre devient Mohamed s’approchant de «mes appartements». Le campement de nouveau s’anime, les psalmodies sont couvertes par les voix des autres hommes et femmes indifférentes à ces ombres dessinées sur la falaise qui se prosternent et se relèvent.
Iminechi est prêt, le thé apéritif servi. Mohamed vient me l’annoncer.
Il est bientôt vingt-et-une heures. La lune rend hommage à Amanezzéranne.
Nous étions invités dans un hameau perché dans les falaises d’Akhachane au mariage d’un jeune voisin de Ouahouch, le papy éleveur connu par l’intermédiaire de Mohamed. Je fais régulièrement halte chez lui pour la nuit lors de mes virées atlastiques dans le secteur.
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Sept heures du matin. Le temps est maussade. Il a plu une bonne partie de la nuit. La rivière est teintée café au lait par les déversements de la terre rouge à travers la multitude de ravins et sillons creusés dans les pentes et agrandis à chaque orage par manque de couvert végétal protecteur. Je rejoins Mohamed, Zimba, le petit Nordine et Rabha dans la maison familiale en contre bas du gîte.Le petit déjeuner est copieux : thé, café au lait épicé, pain huile d’olive, beurre, œufs brouillés. C’est que nous attendent au moins cinq heures de marche et Mohamed ne pars jamais le ventre vide !
Départ sous la pluie. Zimba et Nordine sur un mulet, Rabha sur un autre, Mohamed et moi à pied dans la gadoue… Je découvre les dégâts causés par les crues de la fin d’hiver. Par endroits la rivière a complètement mangé la piste. Les akka’s forment des barrages de rochers qui détournent le cours de la rivière. A environ une demi-heure de l’entrée des gorges, Mohamed me montre la nouvelle petite passerelle suspendue construite par son frère Ba Ou Ali et lui pour donner accès à leurs bêtes aux falaises rive gauche depuis la bergerie familiale, une grotte dans les vires d’altitude, rive droite à une heure trente de marche du gîte.
Le paysage est bouleversé. Nous n’effectuons pas moins de six traversées de rivière avec de l’eau jusqu’aux genoux avant d’entamer la rude montée vers le hameau. Le souk m’avait informé de la destruction de la piste en plusieurs endroits, mais j’étais très loin d’imaginer l’ampleur des dégâts. Même la grande passerelle a été emportée. Un énorme éboulis à trois cent mètres en amont a formé un barrage et fait monter le niveau de la rivière. Quand celui-ci a lâché, la force de l’eau venue brutaliser les rives a déstabilisé les deux structures en arche de pierres et rondins sur lesquelles reposaient les troncs de traversée. Quand les bâtis ont fini par céder les troncs de dix mètres de long qui traversaient la rivière à plus de trois mètres au-dessus du niveau normal ont été emportés et sont maintenant coincés à quelques dizaines de mètres en aval dans les rochers. Cette tillouguitte, comme celle d’Adènedoune à une dizaine de kilomètres en aval, permettait aux habitants des falaises depuis quatre générations un passage plus aisé qu’abrid n’afella, le chemin des hauteurs, entre leurs hameaux et bergeries, et la vallée.
Arrivés trempés, crottés et transis nous sommes accueillis chez la famille du fiancé, les Ayt Ouilkho. Je retrouve tout le petit monde avec qui j’avais fait connaissance lors de talloussi, la cérémonie de la tonte des moutons, à Amanezéranne, une place d’estive de ces Ayt Ouilkho dans les falaises qui dominent l’assif à trois cent mètres en contre bas.
La pièce où se trouvent déjà la famille et nombreux invités, n’est autre qu’une grande étable d’environ quinze mètres de long sur huit de large à l’architecture brute de pierres, bois et pisé avec sol en terre battue récemment nettoyé, nivelé et recouvert pour l’occasion de nattes et tapis, sauf sur deux mètres carrés à l’entrée ou s’amoncellent les chaussures boueuses des invités déjà présents. Trois énormes poutres de section carrée d’une bonne quarantaine de centimètres traversent d’un seul tenant toute la longueur de la pièce. Elles sont soutenues en leur milieu par autant de gros troncs d’arbres écorcés et patinés à leur base par le frottement des bêtes et à mi-hauteur par les centaines de caresses d’hommes et de femmes y glissant leurs mains au passage. Espacés de moins d’un mètre, une bonne trentaine de madriers bruts, de section inférieure mais d’une longueur atteignant quand même les quatre mètres, reposent perpendiculairement sur les trois énormes poutres maîtresses. C’est la structure porteuse de l’ensemble. L’ossature du plafond est faite d’une double épaisseur d’éclats de genévrier d’environ un mètre cinquante posés serrés sur les madriers transversaux. Par-dessus encore, une épaisse couche de branchages plus fins retient les vingt centimètres d’épaisseur d’argile blanche, la plus efficace en absorption paraît-il, qui participe à l’étanchéité du lieu. Deux fourneaux bricolés dans des bidons en tôle de deux cent litres chauffent agréablement l’atmosphère. Contre le mur en pisé, on a improvisé pour l’occasion deux fours à pain dans des demi-tonneaux posés à même le sol. Deux femmes s’y affairent et l’odeur des pains chauds active déjà les papilles.
On nous libère des places sur les nattes et tapis au plus près du fourneau et commence la ronde des verres à thé. Je sais qu’elle durera longtemps, très longtemps, tout le temps des festivités. Devrais-je faire une analyse de diabète en rentrant à Belfort ? A proximité, trois autres femmes s’activent aussi autour de deux foyers à même le sol où cuisent dans de gros chaudrons le siksou et le berkoks qui nourriront les invités de cette première soirée ; généralement la famille et les amis les plus proches. Bien sûr l’inévitable kanoun, brasero en terre cuite, accueille une grande théière sur laquelle veille le préposé au breuvage, un honneur qui ne saurait se refuser. A coté, deux gamines lavent des verres dans un énorme plateau en cuivre avant de les disposer sur deux rangs bien en cercle sur un autre plateau au milieu duquel trône déjà une autre théière prête à servir. Avec les premiers pains chauds arrivent aussi le beurre et l’huile d’olive. Les galettes de farines mélangées d’orge et de blé dur trempées dans l’huile d’olive sont un délice. La maîtresse de maison semble fière d’annoncer le millésime 2008 de oudi, le beurre rance et épicé, contenu dans une grande jarre qu’elle présente aux invités. Une année de vieillissement dans des jarres en terre cuite en prévision d’un grand évènement. Peut-être depuis que l’arrangement entre les deux familles fût scellé par le sacrifice d’un bouc dans la maison du futur mari. Elle y plonge une longue spatule en bois et en sort de quoi remplir une petite gamelle qu’elle pose sur les braises un instant, puis elle partage la pâte fondue dans trois bols et invite ses hôtes à y tremper généreusement le pain. Il y en a suffisamment pour tout le monde et pour les trois jours que durera la cérémonie. J’y vais chichement dans la mixture épicée malgré les encouragements de mes voisins ; pourtant j’aime ça. Quatre mots de Tamazight enrichis de quelques gestes et mimiques font comprendre à l’assistance hilare que mon organisme n’a pas, en la matière, le même seuil de résistance que le leur. Deux précédentes et malheureuses expériences me l’ont clairement fait entendre!
Le berkoks sera servi après la sieste reposante des invités voyageurs. Car nous ne sommes pas les seuls « étrangers » à la famille conviés pour l’occasion : deux couples et leur marmaille ont fait le déplacement depuis Adènedoune. D’autres viennent de Timquit, tout près à vol d’oiseau mais dont ils auront bravé tout comme nous sous la pluie, une longue et pénible descente jusqu’au fond des gorges avant de remonter jusqu’ici le même dénivelé dans les pentes et falaises opposées. Trois heures de marche sur des chemins inconfortables, boueux glissants, et délités au passage des akka’s. On rêverait d’une grande tyrolienne tendue d’une rive à l’autre entre des deux hameaux. D’autres invités encore sont arrivés des bergeries éparses dans les pentes rocailleuses du Djebel Kroûn.
Après le, les thés digestifs, Mohamed me pousse à suivre quelques femmes dans la pièce d’accueil de la maison familiale. Nous patientons sous le regard curieux des femmes et des enfants déjà présents, jusqu’aux youyous et chants qui annoncent une l’arrivée du fiancé et de sa mère.
C’est la cérémonie du henné et des brins de laine. La mère lave les pieds et les mains de son fils avec du henné fortement dilué. Une autre femme prépare des brins de laine qui ont trempé dans une pâte de henné concentré. Ils seront noués par la mère autour des doigts et des orteils du fiancé resté couvert sous le capuchon de sa djellaba depuis son arrivée. Il devra les garder plusieurs jours jusqu’à ce qu’ils se déchirent ou tombent d’eux-mêmes. Je ne connais pas la signification du geste et il n’y a personne qui parle français pour m’éclairer. - Imchi répond Mohamed à qui je demande: «Pourquoi la laine ?». Il en est ainsi depuis la nuit des temps. Voilà qui ne suffit pas à satisfaire ma curiosité, mais je n’en saurai pas plus. La cérémonie se termine par une distribution de dattes à tous les présents, à la suite de quoi tout le monde se rassemble dans la grande pièce de réception, cette fois-ci pour le thé apéritif avant la gamelle du soir. Il n’est que 17 heures et je sais que le repas ne sera pas servi avant longtemps. Il va me falloir user de diplomatie pour décliner au moins un thé sur deux. Mais non, après un seul verre j’échappe à l’overdose sans comprendre dans un premier temps la petite agitation qui s’empare de l’assemblée. Mon ange gardien me fait comprendre que nous partons cette fois-ci chez la fiancée. Une petite troupe d’une vingtaine de personnes s’est rassemblée devant la maison, quelques femmes portent des balluchons, deux mulets sont chargés de sacs et colis divers, un veau est attaché à un arbre par une corde enroulée autour des cornes et un troisième mulet se voit affublé de deux petites chèvres dans les poches du chouari : la dot !
Un homme fait le tour du rassemblement. Il tient un roseau de trois mètres environ fendu en deux à une extrémité. J’ai déjà assisté à ce spectacle une fois aux Ayt Khoya pour le mariage de la sœur d’Ali. C’est le gardien et protecteur de la future épouse sur le trajet, quand elle viendra rejoindre demain sa belle-famille et son futur époux. Dans la fente du roseau quelques billets de vingt, cinquante et même cent dirhams ont déjà été glissés. Le personnage joue bien son rôle, vocifère, invective l’assemblée. Le montant récolté n’est pas encore digne d’être remis à la famille de la fiancée. C’est chouma pour nous tous ! Badins et rigolards, quelques hommes lui répondent certainement que l’on ne se rend pas chez la fille du notable local. Finalement et de bon gré plusieurs billets supplémentaires dont le mien iront compléter la garniture du roseau. Satisfait cette fois-ci, le cerbère donne le signal du départ, les chants et les youyous stridents résonnant une fois de plus tout le long du parcours jusque chez la fiancée. Nous y sommes accueillis devant la maison par les parents et la famille proche. Tout le monde est invité à se rendre dans la grande pièce à vivre parée pour la circonstance des plus beaux tapis et coussins de la maisonnée. Le thé commence très vite à couler à flots, rapidement suivi de la ronde des brochettes d’abats de mouton. Après un laïus de l’émissaire du garçon et la remise des billets aux parents, les femmes déballent et exposent les cadeaux pour la fiancée : des petits sacs de henné, des cierges contre le mauvais œil, trois gandouras aux couleurs vives, un foulard aux couleurs de la tribu pour les jours de fête, d’autres pour le quotidien, deux paires de draps, une couverture, un ballot de laine déjà cardée prête au filage, deux écheveaux de laine rouge, des pains de sucre, trois bidons de cinq litres d’huile d’olive, un sac de farine, un seau de lait, une jarre de beurre rance, du miel, une faucille et … deux soutien-gorge ! Tout cela accueilli à chaque déballage par d’interminables remerciements de la famille.
La fiancée n’est pas là. Elle ne sera présentée au garçon que demain au domicile de celui-ci lors de la soirée de mariage. Tard dans la nuit, visiblement satisfaite de l’accueil, notre délégation repart la bouche pâteuse de graisse et de sucre et le ventre chargé de brochettes d’abats, de beurre fondu, de plats de semoule et ragoût de mouton.
Le lendemain, on remet ça dès le milieu de l’après midi avec l’arrivée de la fiancée, sa famille et ses invités. «Mariage pluvieux, mariage heureux» dit-on chez nous. Si c’est vrai, ces deux là ne risquent rien ! Le plafond est bas sur Askemod et il tombe à nouveau des cordes. Il faudra attendre une accalmie pour la traditionnelle ronde de la fiancée. Montée sur un mulet et tenant un agneau dans ses bras elle fera trois fois le tour de la tente de réception accompagnée du cerbère, recevant des dates pour une future vie douce et sucrée, et des œufs et du lait pour une prompte fécondation. La fille est ensuite dévoilée sous la tente dans l’intimité des femmes et filles des deux familles et présentée au garçon qui célébrera l’évènement en l’invitant à l’ahidous traditionnel.
Puis l’ambiance devient plus festive. Des heures durant, les battements de mains, les chants, les youyous, les bendirs retentissent, s’enchaînent sans lassitude, galvanisent musiciens et danseuses, colonisent la nuit et la déclarent infinie dans les robes qui se frôlent et les corps qui balancent. Amina sublime, aérienne, illumine la nuit de ses déhanchements, virevolte, tourbillonne. D’autres derrières qui swinguent. Fesses fantasmées, univers ronds et fermes sous les caftans dans l’imaginaire des hommes troublés. La douleur du désir se lit dans certains regards. La maria cul sec dans les verres à thé, l’alcool comme accélérateur. Une grande tresse noire se libère sous le foulard. Un taadlount s’emballe pour la femme rebelle, libre puisque divorcée. Vibre aussi la peau tendue des autres percussions comme doit palpiter la poitrine du jeune homme invité à la danse. Résonnent alors plus fort les chants des femmes, y répondent ceux des hommes étonnés à mon arrivée qu’un roumi, à leurs yeux gâté par la vie, se complaise à leur coté. Mais comment devant ce spectacle pourrait-il en être autrement ? - Qu’est ce que tu fais par ici ? demande le militaire en permission. - Je me laisse éblouir - Tu veux boire ? - Non merci je ne mélange pas. Un petit sibsi me suffit. Se doute-t-il que c’est avec lui que je ne veux pas mélanger ? Je n’ai pas envie de me perdre dans une discussion ennuyeuse, avec un mec aviné et pété. J’ai déjà donné dans ces montagnes avec des fonctionnaires à la discussion parfois empestée de relents xénophobes envers leurs compatriotes berbères qu’ils doivent fréquenter par obligation.
Une accalmie. Le père du jeune marié prend la parole, remercie les invités pour leur présence et leur souhaite la baraka. Peut-être aussi les invite-t-ils à profiter pleinement et longuement de cette nuit de fête. Il demande aux joueurs de bendir de lancer un autre ahidous pour les mariés. Un rond se forme de part et d’autre des jeunes époux. Parents et beaux parents ainsi que des femmes plus âgées participent cette fois-ci. Les chants reprennent, moins frénétiques, dans une solennité presque grave, loin de la frivolité et l’enthousiasme du premier ahidous quand la mariée est sortie dévoilée de la tente. L’arrivée de la semoule interrompt la danse. Les groupes se forment autour des plats. Les boulettes sautent dans les mains. Les langues lèchent les grains restés collés entre les doigts. Les plats circulent d’un groupe à l’autre pendant que les parents du marié encouragent leurs hôtes à tout finir. Puis le thé se remet à couler et la maria de recirculer discrètement sous quelques djellabas. Impatients, les musiciens reprennent leurs bendirs... mais Amina n’est plus là ! Je l’ai vue sortir avec deux autres jeunes filles à l’arrivée des plats. Les deux filles sont revenues, pas elle... Les hommes exhortent alors d’autres femmes à la danse. Aucune ne répond. Pour les femmes mariées se serait chouma de se donner ainsi en spectacle en dehors du sacré de l’ahidous. Un homme appelle alors Fatima, l’encourage à danser. Son regard s’illumine, elle à le sourire qui dévaste, sourire d’un corps tout entier enfin dépouillé de sa pudeur quotidienne. Elle se lève et entraîne une amie dans le cercle des musiciens. Dansez pour ces hommes femmes, défilez dans l’espace, brûlez-les ; ils ont besoin de chaleur, ils sortent à peine de l’hiver.
Fatima et Amina sont des « putes » comme l’on dit ici. Amina est divorcée. Elle a choisi la liberté dans le divorce avec son premier mari qui lui manquait de respect et la rendait esclave de sa belle-famille. Peu de femmes dans ces montagnes osent cependant braver le droit coutumier et faire valoir le nouveau code de la famille qui permet à une femme de demander le divorce Alors ses parents l’ont reniée. Ainsi plus de honte pour eux, plus de pudeur pour elle. Mais qui demain se présentera pour demander sa main ? Fille seule, comme d’autres, veuves, femmes stériles ou considérées comme tel, elle n’a que ses charmes pour vivre. Ainsi rejetée, mise à l’index de la société, elle donne parfois son cul pour quelques sous les jours de souk et de fête. Les incantations des charlatans, qui ne seraient rien sans leurs herbes magiques, finiront par la débarrasser de la graine germée dans sa chair par le liquide d’un homme. Peut-être ces potions seront inefficaces si Allah veut la punir. Quel sera alors son devenir ? Celui de cet enfant bâtard rejeté de tous ? Pour Fatima c’est différent. Ses parents voulurent bien avaler leur déshonneur en acceptant son retour au foyer familial quand elle fût répudiée pour ne pas avoir donné d’enfant à l’homme qu’ils avaient choisi pour elle. Alors, éduquer les jeunes hommes avant le mariage serait plutôt faire preuve de générosité et de dévouement dans ce pays où la frustration sexuelle est élevée au rang de sport national. Amina est plus jeune que Fatima ; presque encore une adolescente, plus jolie aussi ; corps élancé, visage mince, longues jambes, yeux noirs en amande, seins durs dressés sous le caftan usagé, flottant sans aucun soutien à chaque ondulation des hanches, à chaque coup de rein limite provocateur. Le vertige se lit dans les yeux des adolescents et des hommes plus mûrs certainement lassés de leurs épouses déformées par les grossesses et les allaitements successifs, par des années de dur labeur et de soumission. Faites tourner les têtes femmes ! Donnez de l’illusion et du rêve à ces jeunes mâles écorchés vifs par des siècles de frustration. Moi je ne vous juge pas. Je vous admire même.
Vient une subite envie de fumer. Je voudrais sortir, prendre un peu l’air et quelques notes sur mon carnet, mais je crains que mon voisin me suive. Il est devenu trop gluant avec le mélange de maria et de hachich. Tant pis, il faut bien tenter. Je m’en débarrasserai dehors si besoin. Je réussis finalement à m’écarter discrètement, profitant de l’inattention du militaire invité par son voisin à une nouvelle rasade. Beaucoup de nuages ont quitté le ciel. Tous les oiseaux ne dorment pas. Sous une myriade d’étoiles comme exaltées après la pluie et par l’absence de lune, un seul veille : « Celui qui ne dort jamais la nuit » selon la légende. C’est notre rossignol. Le dos contre le mur de la maison voisine, ma frontale à sa place, réglage minimum mais suffisant, j’ajoute quelques lignes aux pages d’un carnet déjà noirci des notes du matin. Là-bas, le rythme frénétique des tambourins s’est apaisé doucement. Mon absence ne passera plus longtemps inaperçue. Je sais que Mohamed sortira à ma recherche dès qu’il aura remarqué ma disparition. Je dois revenir. ./...
Le surlendemain soir. De retour au gîte.
Reprendre et mettre en forme les notes griffonnées, les mots du vécu là où je les avais laissés et des souvenirs, qui resteront sans trace d’encre parce que manquent les mots justes. Sur le chemin j’avais trouvé Mohamed qui, comme je m’en doutais venait à ma recherche, mais nous ne retournions pas aux festivités. Il me dirigea vers la maison des parents du marié. Des femmes s’affairaient autour de la jeune fille ; la famille souhaitait des photos autour du jeune couple. Je ne me fis pas prier et pris une bonne trentaine de clichés. Parents, oncles, tantes, cousins ou amis proches, chacun voulait son souvenir auprès des mariés. Après la séance photo tout le monde retourna à la fête... sauf le jeune couple. Le lendemain matin je fus réveillé par les you-yous des femmes du clan. J’en compris le sens et me levai d’un bond car j’étais le seul à dormir encore. Dehors, groupés devant la maison des mariés, familles et invités ayant dormi sur place apprenaient que le mariage avait été dûment consommé. L’honneur des uns et des autres n’avait pas eu à en souffrir.
Sept heures du matin. Le temps est maussade. Il a plu une bonne partie de la nuit. La rivière est teintée café au lait par les déversements de la terre rouge à travers la multitude de ravins et sillons creusés dans les pentes et agrandis à chaque orage par manque de couvert végétal protecteur. Je rejoins Mohamed, Zimba, le petit Nordine et Rabha dans la maison familiale en contre bas du gîte.Le petit déjeuner est copieux : thé, café au lait épicé, pain huile d’olive, beurre, œufs brouillés. C’est que nous attendent au moins cinq heures de marche et Mohamed ne pars jamais le ventre vide !
Départ sous la pluie. Zimba et Nordine sur un mulet, Rabha sur un autre, Mohamed et moi à pied dans la gadoue… Je découvre les dégâts causés par les crues de la fin d’hiver. Par endroits la rivière a complètement mangé la piste. Les akka’s forment des barrages de rochers qui détournent le cours de la rivière. A environ une demi-heure de l’entrée des gorges, Mohamed me montre la nouvelle petite passerelle suspendue construite par son frère Ba Ou Ali et lui pour donner accès à leurs bêtes aux falaises rive gauche depuis la bergerie familiale, une grotte dans les vires d’altitude, rive droite à une heure trente de marche du gîte.
Le paysage est bouleversé. Nous n’effectuons pas moins de six traversées de rivière avec de l’eau jusqu’aux genoux avant d’entamer la rude montée vers le hameau. Le souk m’avait informé de la destruction de la piste en plusieurs endroits, mais j’étais très loin d’imaginer l’ampleur des dégâts. Même la grande passerelle a été emportée. Un énorme éboulis à trois cent mètres en amont a formé un barrage et fait monter le niveau de la rivière. Quand celui-ci a lâché, la force de l’eau venue brutaliser les rives a déstabilisé les deux structures en arche de pierres et rondins sur lesquelles reposaient les troncs de traversée. Quand les bâtis ont fini par céder les troncs de dix mètres de long qui traversaient la rivière à plus de trois mètres au-dessus du niveau normal ont été emportés et sont maintenant coincés à quelques dizaines de mètres en aval dans les rochers. Cette tillouguitte, comme celle d’Adènedoune à une dizaine de kilomètres en aval, permettait aux habitants des falaises depuis quatre générations un passage plus aisé qu’abrid n’afella, le chemin des hauteurs, entre leurs hameaux et bergeries, et la vallée.
Arrivés trempés, crottés et transis nous sommes accueillis chez la famille du fiancé, les Ayt Ouilkho. Je retrouve tout le petit monde avec qui j’avais fait connaissance lors de talloussi, la cérémonie de la tonte des moutons, à Amanezéranne, une place d’estive de ces Ayt Ouilkho dans les falaises qui dominent l’assif à trois cent mètres en contre bas.
La pièce où se trouvent déjà la famille et nombreux invités, n’est autre qu’une grande étable d’environ quinze mètres de long sur huit de large à l’architecture brute de pierres, bois et pisé avec sol en terre battue récemment nettoyé, nivelé et recouvert pour l’occasion de nattes et tapis, sauf sur deux mètres carrés à l’entrée ou s’amoncellent les chaussures boueuses des invités déjà présents. Trois énormes poutres de section carrée d’une bonne quarantaine de centimètres traversent d’un seul tenant toute la longueur de la pièce. Elles sont soutenues en leur milieu par autant de gros troncs d’arbres écorcés et patinés à leur base par le frottement des bêtes et à mi-hauteur par les centaines de caresses d’hommes et de femmes y glissant leurs mains au passage. Espacés de moins d’un mètre, une bonne trentaine de madriers bruts, de section inférieure mais d’une longueur atteignant quand même les quatre mètres, reposent perpendiculairement sur les trois énormes poutres maîtresses. C’est la structure porteuse de l’ensemble. L’ossature du plafond est faite d’une double épaisseur d’éclats de genévrier d’environ un mètre cinquante posés serrés sur les madriers transversaux. Par-dessus encore, une épaisse couche de branchages plus fins retient les vingt centimètres d’épaisseur d’argile blanche, la plus efficace en absorption paraît-il, qui participe à l’étanchéité du lieu. Deux fourneaux bricolés dans des bidons en tôle de deux cent litres chauffent agréablement l’atmosphère. Contre le mur en pisé, on a improvisé pour l’occasion deux fours à pain dans des demi-tonneaux posés à même le sol. Deux femmes s’y affairent et l’odeur des pains chauds active déjà les papilles.
On nous libère des places sur les nattes et tapis au plus près du fourneau et commence la ronde des verres à thé. Je sais qu’elle durera longtemps, très longtemps, tout le temps des festivités. Devrais-je faire une analyse de diabète en rentrant à Belfort ? A proximité, trois autres femmes s’activent aussi autour de deux foyers à même le sol où cuisent dans de gros chaudrons le siksou et le berkoks qui nourriront les invités de cette première soirée ; généralement la famille et les amis les plus proches. Bien sûr l’inévitable kanoun, brasero en terre cuite, accueille une grande théière sur laquelle veille le préposé au breuvage, un honneur qui ne saurait se refuser. A coté, deux gamines lavent des verres dans un énorme plateau en cuivre avant de les disposer sur deux rangs bien en cercle sur un autre plateau au milieu duquel trône déjà une autre théière prête à servir. Avec les premiers pains chauds arrivent aussi le beurre et l’huile d’olive. Les galettes de farines mélangées d’orge et de blé dur trempées dans l’huile d’olive sont un délice. La maîtresse de maison semble fière d’annoncer le millésime 2008 de oudi, le beurre rance et épicé, contenu dans une grande jarre qu’elle présente aux invités. Une année de vieillissement dans des jarres en terre cuite en prévision d’un grand évènement. Peut-être depuis que l’arrangement entre les deux familles fût scellé par le sacrifice d’un bouc dans la maison du futur mari. Elle y plonge une longue spatule en bois et en sort de quoi remplir une petite gamelle qu’elle pose sur les braises un instant, puis elle partage la pâte fondue dans trois bols et invite ses hôtes à y tremper généreusement le pain. Il y en a suffisamment pour tout le monde et pour les trois jours que durera la cérémonie. J’y vais chichement dans la mixture épicée malgré les encouragements de mes voisins ; pourtant j’aime ça. Quatre mots de Tamazight enrichis de quelques gestes et mimiques font comprendre à l’assistance hilare que mon organisme n’a pas, en la matière, le même seuil de résistance que le leur. Deux précédentes et malheureuses expériences me l’ont clairement fait entendre!
Le berkoks sera servi après la sieste reposante des invités voyageurs. Car nous ne sommes pas les seuls « étrangers » à la famille conviés pour l’occasion : deux couples et leur marmaille ont fait le déplacement depuis Adènedoune. D’autres viennent de Timquit, tout près à vol d’oiseau mais dont ils auront bravé tout comme nous sous la pluie, une longue et pénible descente jusqu’au fond des gorges avant de remonter jusqu’ici le même dénivelé dans les pentes et falaises opposées. Trois heures de marche sur des chemins inconfortables, boueux glissants, et délités au passage des akka’s. On rêverait d’une grande tyrolienne tendue d’une rive à l’autre entre des deux hameaux. D’autres invités encore sont arrivés des bergeries éparses dans les pentes rocailleuses du Djebel Kroûn.
Après le, les thés digestifs, Mohamed me pousse à suivre quelques femmes dans la pièce d’accueil de la maison familiale. Nous patientons sous le regard curieux des femmes et des enfants déjà présents, jusqu’aux youyous et chants qui annoncent une l’arrivée du fiancé et de sa mère.
C’est la cérémonie du henné et des brins de laine. La mère lave les pieds et les mains de son fils avec du henné fortement dilué. Une autre femme prépare des brins de laine qui ont trempé dans une pâte de henné concentré. Ils seront noués par la mère autour des doigts et des orteils du fiancé resté couvert sous le capuchon de sa djellaba depuis son arrivée. Il devra les garder plusieurs jours jusqu’à ce qu’ils se déchirent ou tombent d’eux-mêmes. Je ne connais pas la signification du geste et il n’y a personne qui parle français pour m’éclairer. - Imchi répond Mohamed à qui je demande: «Pourquoi la laine ?». Il en est ainsi depuis la nuit des temps. Voilà qui ne suffit pas à satisfaire ma curiosité, mais je n’en saurai pas plus. La cérémonie se termine par une distribution de dattes à tous les présents, à la suite de quoi tout le monde se rassemble dans la grande pièce de réception, cette fois-ci pour le thé apéritif avant la gamelle du soir. Il n’est que 17 heures et je sais que le repas ne sera pas servi avant longtemps. Il va me falloir user de diplomatie pour décliner au moins un thé sur deux. Mais non, après un seul verre j’échappe à l’overdose sans comprendre dans un premier temps la petite agitation qui s’empare de l’assemblée. Mon ange gardien me fait comprendre que nous partons cette fois-ci chez la fiancée. Une petite troupe d’une vingtaine de personnes s’est rassemblée devant la maison, quelques femmes portent des balluchons, deux mulets sont chargés de sacs et colis divers, un veau est attaché à un arbre par une corde enroulée autour des cornes et un troisième mulet se voit affublé de deux petites chèvres dans les poches du chouari : la dot !
Un homme fait le tour du rassemblement. Il tient un roseau de trois mètres environ fendu en deux à une extrémité. J’ai déjà assisté à ce spectacle une fois aux Ayt Khoya pour le mariage de la sœur d’Ali. C’est le gardien et protecteur de la future épouse sur le trajet, quand elle viendra rejoindre demain sa belle-famille et son futur époux. Dans la fente du roseau quelques billets de vingt, cinquante et même cent dirhams ont déjà été glissés. Le personnage joue bien son rôle, vocifère, invective l’assemblée. Le montant récolté n’est pas encore digne d’être remis à la famille de la fiancée. C’est chouma pour nous tous ! Badins et rigolards, quelques hommes lui répondent certainement que l’on ne se rend pas chez la fille du notable local. Finalement et de bon gré plusieurs billets supplémentaires dont le mien iront compléter la garniture du roseau. Satisfait cette fois-ci, le cerbère donne le signal du départ, les chants et les youyous stridents résonnant une fois de plus tout le long du parcours jusque chez la fiancée. Nous y sommes accueillis devant la maison par les parents et la famille proche. Tout le monde est invité à se rendre dans la grande pièce à vivre parée pour la circonstance des plus beaux tapis et coussins de la maisonnée. Le thé commence très vite à couler à flots, rapidement suivi de la ronde des brochettes d’abats de mouton. Après un laïus de l’émissaire du garçon et la remise des billets aux parents, les femmes déballent et exposent les cadeaux pour la fiancée : des petits sacs de henné, des cierges contre le mauvais œil, trois gandouras aux couleurs vives, un foulard aux couleurs de la tribu pour les jours de fête, d’autres pour le quotidien, deux paires de draps, une couverture, un ballot de laine déjà cardée prête au filage, deux écheveaux de laine rouge, des pains de sucre, trois bidons de cinq litres d’huile d’olive, un sac de farine, un seau de lait, une jarre de beurre rance, du miel, une faucille et … deux soutien-gorge ! Tout cela accueilli à chaque déballage par d’interminables remerciements de la famille.
La fiancée n’est pas là. Elle ne sera présentée au garçon que demain au domicile de celui-ci lors de la soirée de mariage. Tard dans la nuit, visiblement satisfaite de l’accueil, notre délégation repart la bouche pâteuse de graisse et de sucre et le ventre chargé de brochettes d’abats, de beurre fondu, de plats de semoule et ragoût de mouton.
Le lendemain, on remet ça dès le milieu de l’après midi avec l’arrivée de la fiancée, sa famille et ses invités. «Mariage pluvieux, mariage heureux» dit-on chez nous. Si c’est vrai, ces deux là ne risquent rien ! Le plafond est bas sur Askemod et il tombe à nouveau des cordes. Il faudra attendre une accalmie pour la traditionnelle ronde de la fiancée. Montée sur un mulet et tenant un agneau dans ses bras elle fera trois fois le tour de la tente de réception accompagnée du cerbère, recevant des dates pour une future vie douce et sucrée, et des œufs et du lait pour une prompte fécondation. La fille est ensuite dévoilée sous la tente dans l’intimité des femmes et filles des deux familles et présentée au garçon qui célébrera l’évènement en l’invitant à l’ahidous traditionnel.
Puis l’ambiance devient plus festive. Des heures durant, les battements de mains, les chants, les youyous, les bendirs retentissent, s’enchaînent sans lassitude, galvanisent musiciens et danseuses, colonisent la nuit et la déclarent infinie dans les robes qui se frôlent et les corps qui balancent. Amina sublime, aérienne, illumine la nuit de ses déhanchements, virevolte, tourbillonne. D’autres derrières qui swinguent. Fesses fantasmées, univers ronds et fermes sous les caftans dans l’imaginaire des hommes troublés. La douleur du désir se lit dans certains regards. La maria cul sec dans les verres à thé, l’alcool comme accélérateur. Une grande tresse noire se libère sous le foulard. Un taadlount s’emballe pour la femme rebelle, libre puisque divorcée. Vibre aussi la peau tendue des autres percussions comme doit palpiter la poitrine du jeune homme invité à la danse. Résonnent alors plus fort les chants des femmes, y répondent ceux des hommes étonnés à mon arrivée qu’un roumi, à leurs yeux gâté par la vie, se complaise à leur coté. Mais comment devant ce spectacle pourrait-il en être autrement ? - Qu’est ce que tu fais par ici ? demande le militaire en permission. - Je me laisse éblouir - Tu veux boire ? - Non merci je ne mélange pas. Un petit sibsi me suffit. Se doute-t-il que c’est avec lui que je ne veux pas mélanger ? Je n’ai pas envie de me perdre dans une discussion ennuyeuse, avec un mec aviné et pété. J’ai déjà donné dans ces montagnes avec des fonctionnaires à la discussion parfois empestée de relents xénophobes envers leurs compatriotes berbères qu’ils doivent fréquenter par obligation.
Une accalmie. Le père du jeune marié prend la parole, remercie les invités pour leur présence et leur souhaite la baraka. Peut-être aussi les invite-t-ils à profiter pleinement et longuement de cette nuit de fête. Il demande aux joueurs de bendir de lancer un autre ahidous pour les mariés. Un rond se forme de part et d’autre des jeunes époux. Parents et beaux parents ainsi que des femmes plus âgées participent cette fois-ci. Les chants reprennent, moins frénétiques, dans une solennité presque grave, loin de la frivolité et l’enthousiasme du premier ahidous quand la mariée est sortie dévoilée de la tente. L’arrivée de la semoule interrompt la danse. Les groupes se forment autour des plats. Les boulettes sautent dans les mains. Les langues lèchent les grains restés collés entre les doigts. Les plats circulent d’un groupe à l’autre pendant que les parents du marié encouragent leurs hôtes à tout finir. Puis le thé se remet à couler et la maria de recirculer discrètement sous quelques djellabas. Impatients, les musiciens reprennent leurs bendirs... mais Amina n’est plus là ! Je l’ai vue sortir avec deux autres jeunes filles à l’arrivée des plats. Les deux filles sont revenues, pas elle... Les hommes exhortent alors d’autres femmes à la danse. Aucune ne répond. Pour les femmes mariées se serait chouma de se donner ainsi en spectacle en dehors du sacré de l’ahidous. Un homme appelle alors Fatima, l’encourage à danser. Son regard s’illumine, elle à le sourire qui dévaste, sourire d’un corps tout entier enfin dépouillé de sa pudeur quotidienne. Elle se lève et entraîne une amie dans le cercle des musiciens. Dansez pour ces hommes femmes, défilez dans l’espace, brûlez-les ; ils ont besoin de chaleur, ils sortent à peine de l’hiver.
Fatima et Amina sont des « putes » comme l’on dit ici. Amina est divorcée. Elle a choisi la liberté dans le divorce avec son premier mari qui lui manquait de respect et la rendait esclave de sa belle-famille. Peu de femmes dans ces montagnes osent cependant braver le droit coutumier et faire valoir le nouveau code de la famille qui permet à une femme de demander le divorce Alors ses parents l’ont reniée. Ainsi plus de honte pour eux, plus de pudeur pour elle. Mais qui demain se présentera pour demander sa main ? Fille seule, comme d’autres, veuves, femmes stériles ou considérées comme tel, elle n’a que ses charmes pour vivre. Ainsi rejetée, mise à l’index de la société, elle donne parfois son cul pour quelques sous les jours de souk et de fête. Les incantations des charlatans, qui ne seraient rien sans leurs herbes magiques, finiront par la débarrasser de la graine germée dans sa chair par le liquide d’un homme. Peut-être ces potions seront inefficaces si Allah veut la punir. Quel sera alors son devenir ? Celui de cet enfant bâtard rejeté de tous ? Pour Fatima c’est différent. Ses parents voulurent bien avaler leur déshonneur en acceptant son retour au foyer familial quand elle fût répudiée pour ne pas avoir donné d’enfant à l’homme qu’ils avaient choisi pour elle. Alors, éduquer les jeunes hommes avant le mariage serait plutôt faire preuve de générosité et de dévouement dans ce pays où la frustration sexuelle est élevée au rang de sport national. Amina est plus jeune que Fatima ; presque encore une adolescente, plus jolie aussi ; corps élancé, visage mince, longues jambes, yeux noirs en amande, seins durs dressés sous le caftan usagé, flottant sans aucun soutien à chaque ondulation des hanches, à chaque coup de rein limite provocateur. Le vertige se lit dans les yeux des adolescents et des hommes plus mûrs certainement lassés de leurs épouses déformées par les grossesses et les allaitements successifs, par des années de dur labeur et de soumission. Faites tourner les têtes femmes ! Donnez de l’illusion et du rêve à ces jeunes mâles écorchés vifs par des siècles de frustration. Moi je ne vous juge pas. Je vous admire même.
Vient une subite envie de fumer. Je voudrais sortir, prendre un peu l’air et quelques notes sur mon carnet, mais je crains que mon voisin me suive. Il est devenu trop gluant avec le mélange de maria et de hachich. Tant pis, il faut bien tenter. Je m’en débarrasserai dehors si besoin. Je réussis finalement à m’écarter discrètement, profitant de l’inattention du militaire invité par son voisin à une nouvelle rasade. Beaucoup de nuages ont quitté le ciel. Tous les oiseaux ne dorment pas. Sous une myriade d’étoiles comme exaltées après la pluie et par l’absence de lune, un seul veille : « Celui qui ne dort jamais la nuit » selon la légende. C’est notre rossignol. Le dos contre le mur de la maison voisine, ma frontale à sa place, réglage minimum mais suffisant, j’ajoute quelques lignes aux pages d’un carnet déjà noirci des notes du matin. Là-bas, le rythme frénétique des tambourins s’est apaisé doucement. Mon absence ne passera plus longtemps inaperçue. Je sais que Mohamed sortira à ma recherche dès qu’il aura remarqué ma disparition. Je dois revenir. ./...
Le surlendemain soir. De retour au gîte.
Reprendre et mettre en forme les notes griffonnées, les mots du vécu là où je les avais laissés et des souvenirs, qui resteront sans trace d’encre parce que manquent les mots justes. Sur le chemin j’avais trouvé Mohamed qui, comme je m’en doutais venait à ma recherche, mais nous ne retournions pas aux festivités. Il me dirigea vers la maison des parents du marié. Des femmes s’affairaient autour de la jeune fille ; la famille souhaitait des photos autour du jeune couple. Je ne me fis pas prier et pris une bonne trentaine de clichés. Parents, oncles, tantes, cousins ou amis proches, chacun voulait son souvenir auprès des mariés. Après la séance photo tout le monde retourna à la fête... sauf le jeune couple. Le lendemain matin je fus réveillé par les you-yous des femmes du clan. J’en compris le sens et me levai d’un bond car j’étais le seul à dormir encore. Dehors, groupés devant la maison des mariés, familles et invités ayant dormi sur place apprenaient que le mariage avait été dûment consommé. L’honneur des uns et des autres n’avait pas eu à en souffrir.
Salut ,
Comme je viens de voir dans un autre post qu'on s'intéresse à connaître un peu la darija pour bien savoir communiquer avec les marocains qui ne comprennent pas le français ( il y' en a tellement ) je vous propose un extrait de vocabulaire des mots les plus courants. Je vous invite à enrichir ce post si vous trouvez que l'initiative est intéressante, dans le cas contraire, prière de s'abstenir à commenter que pour insulter ou entrer dans des débats et des conversations à deux. Gardons ce sujet informatif pour les gens curieux qui aiment se rendre dans un pays en connaissant un peu son langage . Merci pour la compréhension.
Reste à noter qu'il y'a plusieurs lettres arabes non prononcées en français .... Je ne saurais pas comment vous expliquer la vraie prononciation, mais vous n'êtes pas obligé tout de même de le faire correctement ! le minimum suffit, l'essentiel c'est d'être compris et les gens ici devinent ce que vous essayez de dire.
Vous devez sûrement trouver des acquis dans mes propositions, mais prenons en considération ceux qui ignorent 100% et qui ne connaissent même pas le salamo alikom
Si vous ne trouvez pas un mot que vous ignorez et vous voulez connaitre, n'hésitez pas , je vous réponds avec plaisir.
Salut : salamo alikom ou pour être bref : salam tout court. Bonjour: sbah nour Bonne nuit: tesbeh ala khir ( le KH est difficile à prononcer donc vous dîtes : RIR ou ghir ) Au revoir: Beslama Prend soin de toi : t'hala le lit : namoussia chambre: l'bite maison : dar route : trik je voyage: nsafer viens: aji va : sir pareil: kif kif ou bhal bhal où: fine svp: afak le jour : nhar la nuit: lil combien: ch'hal / chehal heure: saâa excuse moi: smahli d'accord: wakha ( le KH encore 😕 ) plus facile vous dites : safi c'est tout : safi ( on l'utilise aussi ici ) merci: choukrane je fais : kandir où se trouve: fine ja ? Palais: ksar ville : mdina ( on prononce mdina et pas médina ) Ancienne médina: Mdina kdima le thé: atay pain: khoubz ( koubz si vous prononcez pas le KH ) le lait: halib café: kahwa sucre: skar sel: melha couteau: mousse fourchette: farchita assiette: tabssil valise: baliza je veux: brite boire: nchreb l'eau: lma mon mari: rajli ma femme: mrati garçon: weld fille: Bent mon ami: sahbi mon amie: sahbti non: la pluie: chta problème: mochkil voiture: tomobile qu'il soit: ykone qu'elle soit: tkone froid: bard ( froide: barda) chaude : skhouna ( skouna) ( chaud: skoun ) il faut chaud: Sahd beaucoup: bezzaf plage/mer: bhar il existe: kayne le prix: tamane bienvenue: marhba bien: mezian numéro: nemra si dieu le veut: inshallah ventre: kerch mal : hrik j'ai: andi j'ai mal au ventre: andi hrik f kerchi gorge: halk mon oreille: wedni sable: remla dromadaire ou chameau : jmel je suis perdu: tlefte je ne sais pas: manaraf gâteau: halwa riz: roze réfrigérateur : telaja un verre : kass blanc: byad noir: kahal bleu : zrak vêtement: hwayj fenêtre: charjam viande: l'ham poulet: djaj oignon : basla pommes de terre: btata persil: maadnouss gentil: driyaf toi: Nta ( masculin) Nti ( féminin) Vous: ntouma Moi: ana Lui: houwa elle: hya eux: houma photo: taswira tu peux : yamkenlek possible: momkine je peux : nkad / yemkenli tapis: zarbiya télévision: talfaza escaliers: drouj gratuit: fabour savon : sabona
La liste est très longue.... vous pouvez l'enrichir ou demander ce qui manque .
Mes amitiés,
Bien à vous.
Comme je viens de voir dans un autre post qu'on s'intéresse à connaître un peu la darija pour bien savoir communiquer avec les marocains qui ne comprennent pas le français ( il y' en a tellement ) je vous propose un extrait de vocabulaire des mots les plus courants. Je vous invite à enrichir ce post si vous trouvez que l'initiative est intéressante, dans le cas contraire, prière de s'abstenir à commenter que pour insulter ou entrer dans des débats et des conversations à deux. Gardons ce sujet informatif pour les gens curieux qui aiment se rendre dans un pays en connaissant un peu son langage . Merci pour la compréhension.
Reste à noter qu'il y'a plusieurs lettres arabes non prononcées en français .... Je ne saurais pas comment vous expliquer la vraie prononciation, mais vous n'êtes pas obligé tout de même de le faire correctement ! le minimum suffit, l'essentiel c'est d'être compris et les gens ici devinent ce que vous essayez de dire.
Vous devez sûrement trouver des acquis dans mes propositions, mais prenons en considération ceux qui ignorent 100% et qui ne connaissent même pas le salamo alikom
Si vous ne trouvez pas un mot que vous ignorez et vous voulez connaitre, n'hésitez pas , je vous réponds avec plaisir.
Salut : salamo alikom ou pour être bref : salam tout court. Bonjour: sbah nour Bonne nuit: tesbeh ala khir ( le KH est difficile à prononcer donc vous dîtes : RIR ou ghir ) Au revoir: Beslama Prend soin de toi : t'hala le lit : namoussia chambre: l'bite maison : dar route : trik je voyage: nsafer viens: aji va : sir pareil: kif kif ou bhal bhal où: fine svp: afak le jour : nhar la nuit: lil combien: ch'hal / chehal heure: saâa excuse moi: smahli d'accord: wakha ( le KH encore 😕 ) plus facile vous dites : safi c'est tout : safi ( on l'utilise aussi ici ) merci: choukrane je fais : kandir où se trouve: fine ja ? Palais: ksar ville : mdina ( on prononce mdina et pas médina ) Ancienne médina: Mdina kdima le thé: atay pain: khoubz ( koubz si vous prononcez pas le KH ) le lait: halib café: kahwa sucre: skar sel: melha couteau: mousse fourchette: farchita assiette: tabssil valise: baliza je veux: brite boire: nchreb l'eau: lma mon mari: rajli ma femme: mrati garçon: weld fille: Bent mon ami: sahbi mon amie: sahbti non: la pluie: chta problème: mochkil voiture: tomobile qu'il soit: ykone qu'elle soit: tkone froid: bard ( froide: barda) chaude : skhouna ( skouna) ( chaud: skoun ) il faut chaud: Sahd beaucoup: bezzaf plage/mer: bhar il existe: kayne le prix: tamane bienvenue: marhba bien: mezian numéro: nemra si dieu le veut: inshallah ventre: kerch mal : hrik j'ai: andi j'ai mal au ventre: andi hrik f kerchi gorge: halk mon oreille: wedni sable: remla dromadaire ou chameau : jmel je suis perdu: tlefte je ne sais pas: manaraf gâteau: halwa riz: roze réfrigérateur : telaja un verre : kass blanc: byad noir: kahal bleu : zrak vêtement: hwayj fenêtre: charjam viande: l'ham poulet: djaj oignon : basla pommes de terre: btata persil: maadnouss gentil: driyaf toi: Nta ( masculin) Nti ( féminin) Vous: ntouma Moi: ana Lui: houwa elle: hya eux: houma photo: taswira tu peux : yamkenlek possible: momkine je peux : nkad / yemkenli tapis: zarbiya télévision: talfaza escaliers: drouj gratuit: fabour savon : sabona
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Mes amitiés,
Bien à vous.
Alors voila,
je veux aller au Maroc tourner un Documentaire dans la région de Ouarzazate. le plan est d' y aller en avion, rester le temps qu'il faut pour tourner, et faire le retour en bus jusaqu'a la France. Voici mes questions:Si vous avez des experience de tournage au Maroc si vous avez des conseils (notament la poussière, une house pluie est t'elle indispensable?); mais ausi si les locaux (surtout les authorités) accepte assez bien qu'on leur demande de les films?; enfin est-il facile de trouver/louer du matos (pieds, batteries, cassette ...) dans la région?Les bus Marocains sont ils fiables du point de vue horraire et sécurité (baggage en soute)?Il ya t'il des communauré de vidéaste dans la région suceptible d'être interessé d'aider?est-il indispensable d'avoir des bases en arabe pour survivre dans la région? si oui si vous un bouquin a conseillé...
Bref si vous avez des conseils sur des bon plans pas chère dans le coin Ouarza... tenez moi au courant.
Bref si vous avez des conseils sur des bon plans pas chère dans le coin Ouarza... tenez moi au courant.
Me revoilà à Anergui, sur la terrasse du gîte, dans le délice de mes printemps berbères et ses plaisants laisser-aller à la contemplation.
Face à moi, les pentes du cirque de Mourik, Cheffart et Tagoujimt n’Ouzdoud -la queue du pigeon- sont encore à contre jour. Le soleil vient de franchir leurs crêtes, et l’ombre matinale qui maintient ce versant dans une gamme délicate de gris vaporeux, sait que son règne sera de courte durée et qu’elle a déjà cause perdue… A mesure que l’astre avance dans sa course, la douce et chatoyante lumière gagne son engagement quotidien.
Peu à peu se déchire la subtile opacité du filigrane, se dévoile le relief de la pente. Ravins, corniches, pierriers et vires, silhouettes de thuyas centenaires, genévriers noueux, chênes verts rachitiques suspendus dans le vide, accrochés désespérément à la moindre faille, traces de troupeaux et d’éboulis, se précisent graduellement, renaissent à mes yeux toujours émerveillés.
J’aime ces minutes d’abandon, l’apaisement et le bonheur immédiat qu’elles procurent. Elles sont parfois propices au retour à l’orée de la mémoire d’autres moments privilégiés, tel celui de la rencontre, voici deux jours, avec un rassemblement de troupeaux pour la cérémonie de la tonte dans les falaises d’Arachanne.
Nous sommes partis à l’aube.
Une omelette baignant dans l’huile d’olive et trois verres de café au lait cannelé et poivré en guise de petit déjeuner, la digestion se fera au pas du mulet. Il prend de l’âge, comme moi, et ça tombe bien. Le rythme qu’il dicte est respectueux de nos vieux os. Et il le faut, car nous n’avons pas le temps de nous mettre en jambes. D’entrée une demi-heure de montée derrière le gîte pour atteindre les bergeries de Wihalanne. A cinq heures du matin on ne souffre pas de la chaleur mais les muscles ne répondent pas comme en milieu de journée… Le chant d’un coq nous accueille au passage des premiers enclos. C’est plus sympa que les deux chiens hargneux qui rêvent de nous croquer les mollets à l’approche de celles d’Aguerd. Bon, c’est vrai ils font leur boulot ; mais j’apprécie moins ces toutous de bergers depuis je me suis fait déchirer le bas du pantalon par un perfide qui m’a laissé passer, sans même trop montrer les crocs, avant me prendre en traître sans que je l’entende venir.
Il faut poursuivre l’effort pendant une heure encore, jusqu’au débouché sur le chemin en corniche dans les falaises, pour mériter la redécouverte de la perspective des gorges avec cette lumière pure des premiers rayons de soleil qui franchissent la barrière de Mourik. C’est la deuxième fois que j’emprunte cet itinéraire pour me rendre à Askemod. Il est certes un peu plus « sportif » au départ, mais je le préfère à celui du fond des gorges, même si dans la montée après le franchissement de la rivière, ce dernier offre de belles vues sur le cirque de Mourik.
A la sortie du chemin des vires, Mohammed, le récent gardien du gîte et nouveau compagnon de route, me fait tirer tout droit sur le petit plateau caillouteux. Je lui fais remarquer que ce n’est pas le chemin emprunté l’année dernière avec Ali. Il sourit, fait non de la tête et tend la main dans l’axe des falaises pour bien me montrer que nous continuons dans cette direction. Je ne m’en prends qu’à moi et évite de montrer ma contrariété. En effet, persuadé que nous emprunterions l’autre chemin, je n’ai pas jugé indispensable le portage d’un bidon d’eau. Erreur, d’autant plus stupide puisque Rantanplan était de la partie. C’est à une demi-heure d’ici à mi pente vers l’ouest que se trouve la petite résurgence sur laquelle je comptais. Non pas que je sois terriblement assoiffé à l’instant, mais ne sachant pas trop ou Mohammed m’embarquait, je n’aurais pas hésité à remplir la gourde. C’est que, en toute modestie, je ne situe pas ma sobriété au même niveau que celle de mon jeune compère.
Je me renseigne sur la prochaine source. En guise de réponse, alors que je me serais contenté d’une réponse laconique du genre « dans moins d’une heure », Mohammed part à la fois direction de l’ouest et dans une longue et incompréhensible tirade. Le problème avec lui, c’est qu’il ne parle pas un mot de Français, qu’il semble persuadé que sa langue natale n’a aucun secret pour moi et que, pour finir, son problème d’élocution, un zénorme zeveu zur la langue, me prive souvent de la compréhension du peu de syntaxe tamazight que mes oreilles avaient fini par assimiler. J’ai envie de lui dire que je ferais bien la montée jusqu’à cette taghbalout à l’eau un peu terreuse, mais à la fraîcheur toujours appréciable dans ce pays, mais il a déjà pris dix mètres d’avance !
Je ne sais pas encore que son empressement à repartir est dû à un autre objectif que celui que j’ai interprété hier soir quand il a proposé d’aller rendre visite à un de ses amis à Askemod.
Après quelques autres traversées de ravin, deux ou trois franchissements de bosses caillouteuses et un litre de sueur déversé dans le dos du tee-short, nous arrivons en vue de deux bergeries. Je devrais plutôt dire deux misérables abris sous roche, fermés sur le devant par un bel et large empilage de pierres sèches en arc de cercle destiné à donner plus d’espace à la sommaire habitation. Mohammed s’en approche malgré la présence agressive du chien-gardien de l’endroit, mais fait rapidement demi-tour dès qu’il constate la vacuité de l’endroit. Je pense que nous n’aurons pas droit au thé brûlant ni au pain et huile d’olive que tout hôte se doit d’offrir au voyageur. Mais qui dit bergerie dit assurément…source dans les environs. Je fais donc part à mon sobre compagnon de mon besoin d’H2O, en espérant que celle-ci ne nous détourne pas trop du chemin ; le voilà qui retourne vers l’abri et, comme s’il était chez lui, sort une clé d’entre les pierres sèches, ouvre le cadenas et m’invite à rentrer.
C’est autour d’une théière fumante et d’une tasse d’huile d’olive au fond de laquelle il faut savoir plonger le pain pour y trouver un peu de cet excellent miel de montagne dérobé aux abeilles dans des ruches sauvages, que Mohammed dissipe ma surprise. Son histoire zézayante, soutenue à grands gestes, mimes et petits dessins sur le sol en terre battue, m’apprend qu’il a passé toute son enfance et adolescence dans les falaises d’Arachanne comme berger pour son grand frère ; que c’est dans ces environs qu’il a connu ses premiers émois amoureux avec Zimba, devenue aujourd’hui sa femme et qui, Grâce à Dieu, lui a donné un fils dès les premiers mois de leur mariage; qu’il connaît très bien les propriétaires de cette bergerie avec qui Zimba semble avoir des liens de parenté, mais j’ai pas trop capté ; qu’après que Ali ai souhaité quitter le gîte pour aller travailler en ville c’est lui qui a pris le relais. Mais là non plus je n’ai pas compris dans quelles circonstances. Peu importe, de toutes façons il est temps d’y aller.
Bien requinqué après cette petite collation inattendue, les dénivelés suivants ne sont qu’une formalité. Nous enchaînons plusieurs montées et descentes dans un alignement de bosses pour déboucher à nouveau sur un chemin en corniche encore plus long et spectaculaire que le précédent. Le soleil est presque au zénith quand nous en sortons pour continuer encore quelque temps hors piste et finir dans un ravin d’éboulis plus qu’instables. Plusieurs dizaines de mètres en contre bas l’assif melloul, la rivière blanche charrie ses flots ocres de printemps.
Je comprends que nous sommes arrivés au terme du voyage.
C’est l’ouie qui réagit la première. Chants, cris d’enfants, bêlements, cliquetis métalliques, frottements de lames sur la pierre, voix claires et entraînées à faire porter le timbre d’une falaise à l’autre, au plus haut d’une arête, au fond d’une combe, partout où l’attend une oreille également aiguisée à ce type d’exercice.
J’entends. J’écoute. J’avance. Je vois.
Je crois rêver. Une ravine en forme de fer à cheval, ouverte et rétrécie sur le bas se jette dans la rivière trois cents mètres en contre bas. La partie fermée est bordée par les falaises de quinze à vingt mètres dominées par les immenses pentes rocailleuses, terre de pacage des Ayt Khoya et Ayt Boulmane de la vallée d’Anergui. Les yeux ne fixent pas de suite les scènes de détail. Je compterai plus tard une quarantaine d’adultes et presque la moitié de gamins en âge de marcher, une douzaine de mulets, quatre ânes et … des centaines de têtes de bétail jouant les acrobates dans les rochers pour dénicher le plat du jour. Tous sont réunis sur ce site entre ciel et terre pour la tonte de l’année.
Entre pente et paroi, sur toute la longueur de la bande étroite et accessible qui sert de base aux falaises, s’offrent des scènes d’un autre temps. Ou plutôt du temps de ces hommes devant moi ! Le même, si l’on fait abstraction des quelques bidons en plastique, cordes et cordelettes en nylon, que celui des pères de leurs pères.
A l’extrémité la plus resserrée, quelques rochers entassés et un assemblage de poutres grossièrement taillées dans des grosses branches de genévriers, couvertures et bâches de nylon, ferment un renfoncement dans la falaise. Il abrite la cuisine des femmes et une activité fébrile. A l’autre extrémité, deux foyers entretenus par un groupe d’adolescents présagent ripaille. A proximité, sur une petite terrasse, la plus confortable recouverte de nattes en palmiers nains, tapis et coussins, je reconnais les deux fquihs des Ayt Boulmane et des Ayt Khoya. Ils se prélassent et sirotent du thé en compagnie de deux autres hommes à l’attitude et regard témoignant d’une condition… supérieure. Non loin, un autre homme officie - « Le maître de thé »- . C’est que dans ces montagnes, préparer le thé est une affaire d’homme. Je le connais aussi ; c’est le voisin d’Ali sur les pentes d’Ouriz. J’ai assisté chez lui, trois ans en arrière, au mariage d’un de ses fils avec une belle-sœur d’Ali.
Nous passons d’un endroit à l’autre, saluons tous les hommes. Il me semble percevoir que nous étions attendus car dans la réponse que Mohammed adresse au berger qui l’interpelle, je discerne quelques mots tels que tassarout, zit, atey, aman, me faisant penser qu’il est en train d’expliquer notre arrêt à la bergerie de son interlocuteur, et peut-être justifier notre léger retard.
« Salam! Koulchi Labess ? Shibes makein ? » La tournée continue, mais les salutations ne s’adressent qu’aux hommes ; seules les femmes croisées ont droit à un salut discret sous la forme d’un effleurement délicat et furtif des deux plats de la main. J’ai toujours trouvé de la sensualité dans cette forme de salut entre hommes et femmes, et m’en étonne dans ce pays si pudique. Une autre terrasse accueille un groupe de femmes de tous âges et diverse progéniture. Les bébés sont portés sur le dos des mères, des grandes sœurs, où encore gisent empaquetés, à même le sol à l’ombre de la paroi. Ca discute, allaite, plaisante et sûrement se moque-t-on de ce roumi maladroit dans les éboulis, et de sa surprise affichée.
A peine en contrebas des deux groupes, les tondeurs s’activent, chantent, aiguisent leurs ciseaux, dépouillent les moutons de la lourde laine qui les a protégé tout l’hiver. Les gestes et les outils sont restés tels qu’ils devaient être au temps de leurs aïeux. Les jeunes bergers amènent les bêtes à portée de ciseaux, entravent, maintiennent les plus récalcitrantes, les libèrent et les renvoient vers leurs congénères une fois le travail accompli. Toutes semblent guillerettes de se sentir si légères pour l’été.
Un des deux hommes de belle allure nous invite à leurs cotés. Mohammed me fait comprendre que ce sont les propriétaires des troupeaux rassemblés pour la circonstance. J’ai droit à une couverture supplémentaire sous mes fesses qu’ils doivent estimer, si non plus dignes, au moins plus délicates que les leurs. J’essaye de refuser avec le sourire pour finir, non seulement avec cette isolation supplémentaire contre la rudesse de l’endroit, mais avec un coussin venu tout droit, et par les airs, de la terrasse des femmes, aussitôt qu’un fquih en a émise l’exigence. J’éprouve toujours une grande gêne face à toutes ces délicates attentions dont je suis, dont tout roumi est l’objet constant quelle que soit la personne rencontrée dans ces montagnes. Il n’y a qu’une chose à faire, car je sais qu’il en sera toujours ainsi, sourire, avaler sa gêne et attendre l’occasion de rendre la pareille.
C’est l’heure de l’apéritif. Tiens, fquih des Ayt Boulmane, j’ignore son nom, souffre de diabète. Il a droit à une petite théière personnelle en fer blanc et nous à quelques œufs brouillées dans leur pesant d’huile d’olive et d’épices. Le pain d’orge est encore tiède, sa croûte dorée craquante à en séquestrer la boulangère, le thé est aromatisé au thym citronné sauvage et l’huile d’olive est délicieuse. L’après midi s’annonce sous de bons hospices !
Merci Mohammed.
La fin de la tonte est marquée par un instant de recueillement, de louanges au Tout Puissant pour cette année exceptionnelle, et le sacrifice d’un bouc et d’un mouton. Un deuxième, mortellement blessé dans une chute, viendra peu après enrichir la potée. Ensuite la laine est partagée, empaquetée. Comment font-ils pour savoir ce qui revient à chacun puisque tout est mélangé ? C’est leur affaire, et celle-ci ne pose aucun problème apparent : la constitution de ces tas inégaux semble emprunte de justice et de sérieux. Tout le monde semble satisfait. Que l’événement se reproduise … Inch Allah !
Et l’après midi s’est poursuivi au rythme lent et sain du dépeçage des bêtes, du thé, du découpage de la viande, du thé, des bavardages et plaisanteries, des jeux des enfants et des bergers, du thé, des brochettes d’abats qu’un jeune garçon fait tourner pour une équité parfaite entre les convives, du thé, des galettes d’orge encore chaudes trempées dans le beurre fondu aux épices. A l’heure du goûter est venu le siksou trempé de petit lait, suivi des quartiers de viande grillée, découpés et distribués dans une justice édifiante -bon, sauf pour le roumi à qui revient bien sûr le morceau choisi-. Vous reprendrez bien un peu de thé ?
La lumière décroît sur Mezzéranne -ainsi est appelé ce site. Cela signifierait « Celle des rochers » ou « La mère des rochers » des pierres ou des cailloux, enfin quelque chose comme ça, l’orthographe n’étant que la retranscription de ce que mes oreilles ont entendu -. Il est dix-neuf heures. Une jeune fille, un bambin d’à peine six ans et deux femmes portant bébé sur le dos et ballot de laine à la main nous quittent pour rejoindre leur grottes ou bergeries avant la nuit noire. Un chien les rattrape. Tous grimpent dans les éboulis, font corps avec la pente. Le pas est sûr, pas un caillou ne roule, elles adhèrent au sol instable comme les chèvres aux rochers. Tous disparaissent derrière l’arrête par laquelle nous sommes arrivés. Je demande à Mohammed où se trouve leur abri. « Pas loin… » me répond-il laconiquement en sirotant son énième verre de thé. Je demande un peu plus de précisions. Un trait et trois croix dans la terre : Leur bergerie serait à mi-chemin entre celle où nous nous sommes arrêtés et ici, à l’écart du chemin suivi. Pas loin en effet… Mais quand même une bonne heure de marche dans la pénombre. .En réalité, même dans la nuit la plus noire, il n’y a pas trop de soucis à se faire pour elles. Ces pentes, ces falaises, ces entailles dans la montagne, chaque cime, combe, arête ou ravin leur est connu. Elles les ont courus, explorés, franchis, parcourus en tous sens, sillonnés, par tous les temps et à toute heure, presque pieds nus, tant me semblent une dérisoire protection sur ce terrain, les lambeaux de caoutchouc recousus ou ressoudés au tison qui autrefois ont du ressentir la fierté d’être appelés « chaussures ». Il en sera ainsi jusqu’à ce que les os n’en puissent plus. La mère à peine remise des couches reprendra ses corvées d’eau, la garde du troupeau, la recherche du bois. L’enfant est sur son dos, il sera ses cotés dès qu’il saura mettre un pied devant l’autre dans des endroits si escarpés que bien des adultes de notre société ne sauraient s’y tenir même à "quatre pattes". Les vieillards ne rejoignent la vallée ou le hameau que pour finir leurs jours doucement dans la maison familiale en compagnie d’un fils et des petits-enfants.
Les marmites sont sur les braises. D’autres quartiers de viande grillent sur le deuxième foyer. Cet après-midi le couscous et le pain étaient l’affaire des femmes. Aux hommes le thé, le dépeçage et les brochettes. Ce soir ils se collent aussi aux gamelles. Les plus jeunes ont lavé et épluché les légumes, coupé les restes de viande, sous les quolibets gentiment moqueurs des plus âgés. D’autres terminent le travail, activent les foyers, surveillent la cuisson, les fquihs, les deux propriétaires et les tondeurs parlent fort et sirotent –encore- du thé. Quelques cailloux tombent du haut des falaises. C’est l’annonce d’un troupeau qui rentre dans la nuit noire. Cris, appels, aboiements, tout le monde se colle aux parois et laisse passer l’averse. Quelques beaux spécimens de la taille d’un ballon roulent dans le ravin et auraient pu laisser sans vie le corps trouvé à sa verticale. J’ai compté le lendemain plus de deux cent cinquante têtes pour ce seul troupeau installé pour la nuit à quelques mètres de la petite terrasse perso que deux jeunes se sont empressés de tailler à notre arrivée. Ils l’ont nivelé, nettoyé de ses quelques cailloux qui auraient pu rendre ma nuit inconfortable et m’ont même indiqué l’endroit ou je devais mettre la tête ; là, derrière le petit muret qu’ils ont dressé en refuge à la brise fraîche de la nuit. La terre me servira de lit et mon sac d’oreiller.
Ca fait du bruit quand chèvres et brebis appellent leurs petits. Ca fait du bruit quand ceux-ci, trop vulnérables encore pour être lâchés avec le troupeau dans la journée, cherchent la mamelle maternelle attendue tout l’après-midi. Ca fait du bruit quand le propriétaire engueule le berger et sa femme pour n’avoir su maintenir les bêtes loin de la falaise. Ca fait du bruit quand les roulements de tambourins deviennent profond appel aux voix sauvages des femmes .
Rythmés, stridents, profonds, enivrants et enivrés, les bendirs bondissent, roulent, dansent, saluent l’arrivée d’Ayur -la lune ronde- sur Mezzéranne. Les youyous sauvages des femmes passent dans le sang tels une ardente réponse (ou défi ?) aux tambours. Cela ne dure que deux ou trois minutes et tous s’arrêtent, synchronisés, net, au coup de fusil qui ponctue le dernier et violent roulement. La magie et la force de l’instant résident dans cette brièveté.
Chèvres et brebis se sont tues, les cabris sont branchés et dans l’air dansent les escarbilles, crépitent les dernières braises, flotte l’odeur de bois brûlé et des épices dans les gamelles. Suit un long moment de magique plénitude, bercé par une voix chaude comme le feu, douce comme le miel de ces montagnes qui répète, répète jusqu’aux portes du sommeil de son enfant, la litanie apaisante. Des silhouettes se remettent en mouvement. L’une d’elle lance une dernière prière. Elle n’attire que le « maître de thé », un des propriétaires, deux tondeurs et trois anciens. La deuxième devient Mohammed s’approchant de mes « appartements » que j’avais gagnés en fin d’après midi dans une esquive polie au vingt septième verre de thé. Le campement de nouveau s’anime, les psalmodies sont couvertes par les voix des autres hommes et femmes indifférentes à ces ombres dessinées sur la falaise qui se prosternent et se relèvent. Iminchli -le souper- est prêt, le thé apéritif servi. Mohammed vient me l’annoncer. Il est bientôt vingt-deux heures.
En ce samedi 22 mai 2002 la lune rend hommage à Mezzéranne.
Face à moi, les pentes du cirque de Mourik, Cheffart et Tagoujimt n’Ouzdoud -la queue du pigeon- sont encore à contre jour. Le soleil vient de franchir leurs crêtes, et l’ombre matinale qui maintient ce versant dans une gamme délicate de gris vaporeux, sait que son règne sera de courte durée et qu’elle a déjà cause perdue… A mesure que l’astre avance dans sa course, la douce et chatoyante lumière gagne son engagement quotidien.
Peu à peu se déchire la subtile opacité du filigrane, se dévoile le relief de la pente. Ravins, corniches, pierriers et vires, silhouettes de thuyas centenaires, genévriers noueux, chênes verts rachitiques suspendus dans le vide, accrochés désespérément à la moindre faille, traces de troupeaux et d’éboulis, se précisent graduellement, renaissent à mes yeux toujours émerveillés.
J’aime ces minutes d’abandon, l’apaisement et le bonheur immédiat qu’elles procurent. Elles sont parfois propices au retour à l’orée de la mémoire d’autres moments privilégiés, tel celui de la rencontre, voici deux jours, avec un rassemblement de troupeaux pour la cérémonie de la tonte dans les falaises d’Arachanne.
Nous sommes partis à l’aube.
Une omelette baignant dans l’huile d’olive et trois verres de café au lait cannelé et poivré en guise de petit déjeuner, la digestion se fera au pas du mulet. Il prend de l’âge, comme moi, et ça tombe bien. Le rythme qu’il dicte est respectueux de nos vieux os. Et il le faut, car nous n’avons pas le temps de nous mettre en jambes. D’entrée une demi-heure de montée derrière le gîte pour atteindre les bergeries de Wihalanne. A cinq heures du matin on ne souffre pas de la chaleur mais les muscles ne répondent pas comme en milieu de journée… Le chant d’un coq nous accueille au passage des premiers enclos. C’est plus sympa que les deux chiens hargneux qui rêvent de nous croquer les mollets à l’approche de celles d’Aguerd. Bon, c’est vrai ils font leur boulot ; mais j’apprécie moins ces toutous de bergers depuis je me suis fait déchirer le bas du pantalon par un perfide qui m’a laissé passer, sans même trop montrer les crocs, avant me prendre en traître sans que je l’entende venir.
Il faut poursuivre l’effort pendant une heure encore, jusqu’au débouché sur le chemin en corniche dans les falaises, pour mériter la redécouverte de la perspective des gorges avec cette lumière pure des premiers rayons de soleil qui franchissent la barrière de Mourik. C’est la deuxième fois que j’emprunte cet itinéraire pour me rendre à Askemod. Il est certes un peu plus « sportif » au départ, mais je le préfère à celui du fond des gorges, même si dans la montée après le franchissement de la rivière, ce dernier offre de belles vues sur le cirque de Mourik.
A la sortie du chemin des vires, Mohammed, le récent gardien du gîte et nouveau compagnon de route, me fait tirer tout droit sur le petit plateau caillouteux. Je lui fais remarquer que ce n’est pas le chemin emprunté l’année dernière avec Ali. Il sourit, fait non de la tête et tend la main dans l’axe des falaises pour bien me montrer que nous continuons dans cette direction. Je ne m’en prends qu’à moi et évite de montrer ma contrariété. En effet, persuadé que nous emprunterions l’autre chemin, je n’ai pas jugé indispensable le portage d’un bidon d’eau. Erreur, d’autant plus stupide puisque Rantanplan était de la partie. C’est à une demi-heure d’ici à mi pente vers l’ouest que se trouve la petite résurgence sur laquelle je comptais. Non pas que je sois terriblement assoiffé à l’instant, mais ne sachant pas trop ou Mohammed m’embarquait, je n’aurais pas hésité à remplir la gourde. C’est que, en toute modestie, je ne situe pas ma sobriété au même niveau que celle de mon jeune compère.
Je me renseigne sur la prochaine source. En guise de réponse, alors que je me serais contenté d’une réponse laconique du genre « dans moins d’une heure », Mohammed part à la fois direction de l’ouest et dans une longue et incompréhensible tirade. Le problème avec lui, c’est qu’il ne parle pas un mot de Français, qu’il semble persuadé que sa langue natale n’a aucun secret pour moi et que, pour finir, son problème d’élocution, un zénorme zeveu zur la langue, me prive souvent de la compréhension du peu de syntaxe tamazight que mes oreilles avaient fini par assimiler. J’ai envie de lui dire que je ferais bien la montée jusqu’à cette taghbalout à l’eau un peu terreuse, mais à la fraîcheur toujours appréciable dans ce pays, mais il a déjà pris dix mètres d’avance !
Je ne sais pas encore que son empressement à repartir est dû à un autre objectif que celui que j’ai interprété hier soir quand il a proposé d’aller rendre visite à un de ses amis à Askemod.
Après quelques autres traversées de ravin, deux ou trois franchissements de bosses caillouteuses et un litre de sueur déversé dans le dos du tee-short, nous arrivons en vue de deux bergeries. Je devrais plutôt dire deux misérables abris sous roche, fermés sur le devant par un bel et large empilage de pierres sèches en arc de cercle destiné à donner plus d’espace à la sommaire habitation. Mohammed s’en approche malgré la présence agressive du chien-gardien de l’endroit, mais fait rapidement demi-tour dès qu’il constate la vacuité de l’endroit. Je pense que nous n’aurons pas droit au thé brûlant ni au pain et huile d’olive que tout hôte se doit d’offrir au voyageur. Mais qui dit bergerie dit assurément…source dans les environs. Je fais donc part à mon sobre compagnon de mon besoin d’H2O, en espérant que celle-ci ne nous détourne pas trop du chemin ; le voilà qui retourne vers l’abri et, comme s’il était chez lui, sort une clé d’entre les pierres sèches, ouvre le cadenas et m’invite à rentrer.
C’est autour d’une théière fumante et d’une tasse d’huile d’olive au fond de laquelle il faut savoir plonger le pain pour y trouver un peu de cet excellent miel de montagne dérobé aux abeilles dans des ruches sauvages, que Mohammed dissipe ma surprise. Son histoire zézayante, soutenue à grands gestes, mimes et petits dessins sur le sol en terre battue, m’apprend qu’il a passé toute son enfance et adolescence dans les falaises d’Arachanne comme berger pour son grand frère ; que c’est dans ces environs qu’il a connu ses premiers émois amoureux avec Zimba, devenue aujourd’hui sa femme et qui, Grâce à Dieu, lui a donné un fils dès les premiers mois de leur mariage; qu’il connaît très bien les propriétaires de cette bergerie avec qui Zimba semble avoir des liens de parenté, mais j’ai pas trop capté ; qu’après que Ali ai souhaité quitter le gîte pour aller travailler en ville c’est lui qui a pris le relais. Mais là non plus je n’ai pas compris dans quelles circonstances. Peu importe, de toutes façons il est temps d’y aller.
Bien requinqué après cette petite collation inattendue, les dénivelés suivants ne sont qu’une formalité. Nous enchaînons plusieurs montées et descentes dans un alignement de bosses pour déboucher à nouveau sur un chemin en corniche encore plus long et spectaculaire que le précédent. Le soleil est presque au zénith quand nous en sortons pour continuer encore quelque temps hors piste et finir dans un ravin d’éboulis plus qu’instables. Plusieurs dizaines de mètres en contre bas l’assif melloul, la rivière blanche charrie ses flots ocres de printemps.
Je comprends que nous sommes arrivés au terme du voyage.
C’est l’ouie qui réagit la première. Chants, cris d’enfants, bêlements, cliquetis métalliques, frottements de lames sur la pierre, voix claires et entraînées à faire porter le timbre d’une falaise à l’autre, au plus haut d’une arête, au fond d’une combe, partout où l’attend une oreille également aiguisée à ce type d’exercice.
J’entends. J’écoute. J’avance. Je vois.
Je crois rêver. Une ravine en forme de fer à cheval, ouverte et rétrécie sur le bas se jette dans la rivière trois cents mètres en contre bas. La partie fermée est bordée par les falaises de quinze à vingt mètres dominées par les immenses pentes rocailleuses, terre de pacage des Ayt Khoya et Ayt Boulmane de la vallée d’Anergui. Les yeux ne fixent pas de suite les scènes de détail. Je compterai plus tard une quarantaine d’adultes et presque la moitié de gamins en âge de marcher, une douzaine de mulets, quatre ânes et … des centaines de têtes de bétail jouant les acrobates dans les rochers pour dénicher le plat du jour. Tous sont réunis sur ce site entre ciel et terre pour la tonte de l’année.
Entre pente et paroi, sur toute la longueur de la bande étroite et accessible qui sert de base aux falaises, s’offrent des scènes d’un autre temps. Ou plutôt du temps de ces hommes devant moi ! Le même, si l’on fait abstraction des quelques bidons en plastique, cordes et cordelettes en nylon, que celui des pères de leurs pères.
A l’extrémité la plus resserrée, quelques rochers entassés et un assemblage de poutres grossièrement taillées dans des grosses branches de genévriers, couvertures et bâches de nylon, ferment un renfoncement dans la falaise. Il abrite la cuisine des femmes et une activité fébrile. A l’autre extrémité, deux foyers entretenus par un groupe d’adolescents présagent ripaille. A proximité, sur une petite terrasse, la plus confortable recouverte de nattes en palmiers nains, tapis et coussins, je reconnais les deux fquihs des Ayt Boulmane et des Ayt Khoya. Ils se prélassent et sirotent du thé en compagnie de deux autres hommes à l’attitude et regard témoignant d’une condition… supérieure. Non loin, un autre homme officie - « Le maître de thé »- . C’est que dans ces montagnes, préparer le thé est une affaire d’homme. Je le connais aussi ; c’est le voisin d’Ali sur les pentes d’Ouriz. J’ai assisté chez lui, trois ans en arrière, au mariage d’un de ses fils avec une belle-sœur d’Ali.
Nous passons d’un endroit à l’autre, saluons tous les hommes. Il me semble percevoir que nous étions attendus car dans la réponse que Mohammed adresse au berger qui l’interpelle, je discerne quelques mots tels que tassarout, zit, atey, aman, me faisant penser qu’il est en train d’expliquer notre arrêt à la bergerie de son interlocuteur, et peut-être justifier notre léger retard.
« Salam! Koulchi Labess ? Shibes makein ? » La tournée continue, mais les salutations ne s’adressent qu’aux hommes ; seules les femmes croisées ont droit à un salut discret sous la forme d’un effleurement délicat et furtif des deux plats de la main. J’ai toujours trouvé de la sensualité dans cette forme de salut entre hommes et femmes, et m’en étonne dans ce pays si pudique. Une autre terrasse accueille un groupe de femmes de tous âges et diverse progéniture. Les bébés sont portés sur le dos des mères, des grandes sœurs, où encore gisent empaquetés, à même le sol à l’ombre de la paroi. Ca discute, allaite, plaisante et sûrement se moque-t-on de ce roumi maladroit dans les éboulis, et de sa surprise affichée.
A peine en contrebas des deux groupes, les tondeurs s’activent, chantent, aiguisent leurs ciseaux, dépouillent les moutons de la lourde laine qui les a protégé tout l’hiver. Les gestes et les outils sont restés tels qu’ils devaient être au temps de leurs aïeux. Les jeunes bergers amènent les bêtes à portée de ciseaux, entravent, maintiennent les plus récalcitrantes, les libèrent et les renvoient vers leurs congénères une fois le travail accompli. Toutes semblent guillerettes de se sentir si légères pour l’été.
Un des deux hommes de belle allure nous invite à leurs cotés. Mohammed me fait comprendre que ce sont les propriétaires des troupeaux rassemblés pour la circonstance. J’ai droit à une couverture supplémentaire sous mes fesses qu’ils doivent estimer, si non plus dignes, au moins plus délicates que les leurs. J’essaye de refuser avec le sourire pour finir, non seulement avec cette isolation supplémentaire contre la rudesse de l’endroit, mais avec un coussin venu tout droit, et par les airs, de la terrasse des femmes, aussitôt qu’un fquih en a émise l’exigence. J’éprouve toujours une grande gêne face à toutes ces délicates attentions dont je suis, dont tout roumi est l’objet constant quelle que soit la personne rencontrée dans ces montagnes. Il n’y a qu’une chose à faire, car je sais qu’il en sera toujours ainsi, sourire, avaler sa gêne et attendre l’occasion de rendre la pareille.
C’est l’heure de l’apéritif. Tiens, fquih des Ayt Boulmane, j’ignore son nom, souffre de diabète. Il a droit à une petite théière personnelle en fer blanc et nous à quelques œufs brouillées dans leur pesant d’huile d’olive et d’épices. Le pain d’orge est encore tiède, sa croûte dorée craquante à en séquestrer la boulangère, le thé est aromatisé au thym citronné sauvage et l’huile d’olive est délicieuse. L’après midi s’annonce sous de bons hospices !
Merci Mohammed.
La fin de la tonte est marquée par un instant de recueillement, de louanges au Tout Puissant pour cette année exceptionnelle, et le sacrifice d’un bouc et d’un mouton. Un deuxième, mortellement blessé dans une chute, viendra peu après enrichir la potée. Ensuite la laine est partagée, empaquetée. Comment font-ils pour savoir ce qui revient à chacun puisque tout est mélangé ? C’est leur affaire, et celle-ci ne pose aucun problème apparent : la constitution de ces tas inégaux semble emprunte de justice et de sérieux. Tout le monde semble satisfait. Que l’événement se reproduise … Inch Allah !
Et l’après midi s’est poursuivi au rythme lent et sain du dépeçage des bêtes, du thé, du découpage de la viande, du thé, des bavardages et plaisanteries, des jeux des enfants et des bergers, du thé, des brochettes d’abats qu’un jeune garçon fait tourner pour une équité parfaite entre les convives, du thé, des galettes d’orge encore chaudes trempées dans le beurre fondu aux épices. A l’heure du goûter est venu le siksou trempé de petit lait, suivi des quartiers de viande grillée, découpés et distribués dans une justice édifiante -bon, sauf pour le roumi à qui revient bien sûr le morceau choisi-. Vous reprendrez bien un peu de thé ?
La lumière décroît sur Mezzéranne -ainsi est appelé ce site. Cela signifierait « Celle des rochers » ou « La mère des rochers » des pierres ou des cailloux, enfin quelque chose comme ça, l’orthographe n’étant que la retranscription de ce que mes oreilles ont entendu -. Il est dix-neuf heures. Une jeune fille, un bambin d’à peine six ans et deux femmes portant bébé sur le dos et ballot de laine à la main nous quittent pour rejoindre leur grottes ou bergeries avant la nuit noire. Un chien les rattrape. Tous grimpent dans les éboulis, font corps avec la pente. Le pas est sûr, pas un caillou ne roule, elles adhèrent au sol instable comme les chèvres aux rochers. Tous disparaissent derrière l’arrête par laquelle nous sommes arrivés. Je demande à Mohammed où se trouve leur abri. « Pas loin… » me répond-il laconiquement en sirotant son énième verre de thé. Je demande un peu plus de précisions. Un trait et trois croix dans la terre : Leur bergerie serait à mi-chemin entre celle où nous nous sommes arrêtés et ici, à l’écart du chemin suivi. Pas loin en effet… Mais quand même une bonne heure de marche dans la pénombre. .En réalité, même dans la nuit la plus noire, il n’y a pas trop de soucis à se faire pour elles. Ces pentes, ces falaises, ces entailles dans la montagne, chaque cime, combe, arête ou ravin leur est connu. Elles les ont courus, explorés, franchis, parcourus en tous sens, sillonnés, par tous les temps et à toute heure, presque pieds nus, tant me semblent une dérisoire protection sur ce terrain, les lambeaux de caoutchouc recousus ou ressoudés au tison qui autrefois ont du ressentir la fierté d’être appelés « chaussures ». Il en sera ainsi jusqu’à ce que les os n’en puissent plus. La mère à peine remise des couches reprendra ses corvées d’eau, la garde du troupeau, la recherche du bois. L’enfant est sur son dos, il sera ses cotés dès qu’il saura mettre un pied devant l’autre dans des endroits si escarpés que bien des adultes de notre société ne sauraient s’y tenir même à "quatre pattes". Les vieillards ne rejoignent la vallée ou le hameau que pour finir leurs jours doucement dans la maison familiale en compagnie d’un fils et des petits-enfants.
Les marmites sont sur les braises. D’autres quartiers de viande grillent sur le deuxième foyer. Cet après-midi le couscous et le pain étaient l’affaire des femmes. Aux hommes le thé, le dépeçage et les brochettes. Ce soir ils se collent aussi aux gamelles. Les plus jeunes ont lavé et épluché les légumes, coupé les restes de viande, sous les quolibets gentiment moqueurs des plus âgés. D’autres terminent le travail, activent les foyers, surveillent la cuisson, les fquihs, les deux propriétaires et les tondeurs parlent fort et sirotent –encore- du thé. Quelques cailloux tombent du haut des falaises. C’est l’annonce d’un troupeau qui rentre dans la nuit noire. Cris, appels, aboiements, tout le monde se colle aux parois et laisse passer l’averse. Quelques beaux spécimens de la taille d’un ballon roulent dans le ravin et auraient pu laisser sans vie le corps trouvé à sa verticale. J’ai compté le lendemain plus de deux cent cinquante têtes pour ce seul troupeau installé pour la nuit à quelques mètres de la petite terrasse perso que deux jeunes se sont empressés de tailler à notre arrivée. Ils l’ont nivelé, nettoyé de ses quelques cailloux qui auraient pu rendre ma nuit inconfortable et m’ont même indiqué l’endroit ou je devais mettre la tête ; là, derrière le petit muret qu’ils ont dressé en refuge à la brise fraîche de la nuit. La terre me servira de lit et mon sac d’oreiller.
Ca fait du bruit quand chèvres et brebis appellent leurs petits. Ca fait du bruit quand ceux-ci, trop vulnérables encore pour être lâchés avec le troupeau dans la journée, cherchent la mamelle maternelle attendue tout l’après-midi. Ca fait du bruit quand le propriétaire engueule le berger et sa femme pour n’avoir su maintenir les bêtes loin de la falaise. Ca fait du bruit quand les roulements de tambourins deviennent profond appel aux voix sauvages des femmes .
Rythmés, stridents, profonds, enivrants et enivrés, les bendirs bondissent, roulent, dansent, saluent l’arrivée d’Ayur -la lune ronde- sur Mezzéranne. Les youyous sauvages des femmes passent dans le sang tels une ardente réponse (ou défi ?) aux tambours. Cela ne dure que deux ou trois minutes et tous s’arrêtent, synchronisés, net, au coup de fusil qui ponctue le dernier et violent roulement. La magie et la force de l’instant résident dans cette brièveté.
Chèvres et brebis se sont tues, les cabris sont branchés et dans l’air dansent les escarbilles, crépitent les dernières braises, flotte l’odeur de bois brûlé et des épices dans les gamelles. Suit un long moment de magique plénitude, bercé par une voix chaude comme le feu, douce comme le miel de ces montagnes qui répète, répète jusqu’aux portes du sommeil de son enfant, la litanie apaisante. Des silhouettes se remettent en mouvement. L’une d’elle lance une dernière prière. Elle n’attire que le « maître de thé », un des propriétaires, deux tondeurs et trois anciens. La deuxième devient Mohammed s’approchant de mes « appartements » que j’avais gagnés en fin d’après midi dans une esquive polie au vingt septième verre de thé. Le campement de nouveau s’anime, les psalmodies sont couvertes par les voix des autres hommes et femmes indifférentes à ces ombres dessinées sur la falaise qui se prosternent et se relèvent. Iminchli -le souper- est prêt, le thé apéritif servi. Mohammed vient me l’annoncer. Il est bientôt vingt-deux heures.
En ce samedi 22 mai 2002 la lune rend hommage à Mezzéranne.
Je vous invite à aller lire le récit de mes nombreux voyages au Maroc sur mon site perso http://membres.lycos.fr/maroc1992
J'y raconte mes rencontres, des anectodes ainsi que mon histoire d'amour pour celle qui est aujourd'hui devenue ma femme.
N'hésitez pas à me faire parvenir vos commentaires : davidlascoux@aol.com
A bientôt! 🙂
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N'hésitez pas à me faire parvenir vos commentaires : davidlascoux@aol.com
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je pars en avril 5 jours a nador, que me conseillez vous? oujda, saidia, ..???
je pense louer une voiture à l'aeroport
Nous envisageons d'aller au Maroc au mois de mai avec un enfant de 5 ans pour découvrir la région de Azilal, vallée de la Tessaout, les Ait Bou goumez ... (C'est dans l'atlas à environ 100kms de Marrakech).
Pour cela nous aimerions quelques informations :
1 – Est il facile de trouver sur place guides et muletiers et organiser au pied levé un petit trek de 2 ou 3 jours (avec notre enfant) dans le secteur. Si quelqu'un à des coordonnées ou des références conseillables ?
2 – Nous aimerions également nous poser 2 ou3 jours dans un petit village chez l'habitant ou dans un petit hotel simple petit budget. Puis faire des petites balades à la journée sans forcément cette fois l'aide d'un guide ...
Est ce jouable . Y 'a t'il un coin ou un village bien propice à ce genre de chose.
3- Enfin j'aimerais connaitre votre point de vu sur ce projet en général sachant qu'il y a un enfant . Si quelqu'un connais éventuellement une région plus propice que celle-ci pour ce genre de projet, nous sommes preneurs (sauf le désert car on connais déja)
Merci pour vos conseils.
Pour cela nous aimerions quelques informations :
1 – Est il facile de trouver sur place guides et muletiers et organiser au pied levé un petit trek de 2 ou 3 jours (avec notre enfant) dans le secteur. Si quelqu'un à des coordonnées ou des références conseillables ?
2 – Nous aimerions également nous poser 2 ou3 jours dans un petit village chez l'habitant ou dans un petit hotel simple petit budget. Puis faire des petites balades à la journée sans forcément cette fois l'aide d'un guide ...
Est ce jouable . Y 'a t'il un coin ou un village bien propice à ce genre de chose.
3- Enfin j'aimerais connaitre votre point de vu sur ce projet en général sachant qu'il y a un enfant . Si quelqu'un connais éventuellement une région plus propice que celle-ci pour ce genre de projet, nous sommes preneurs (sauf le désert car on connais déja)
Merci pour vos conseils.
bonjour de marrackech
je suis au maroc depuis 2mois 3 semaines,3000km parcouru en velo, gens sympas , beaux paysages, jusqu'a marrackech......ou la changement de decor. si vous vous baladez seul dans la medina et place jemaa el fna, (qui pue l'hurine), depuis 3 jours je me fais insulter, provoquer, emmerder par les faux guides, impossible de ce balader tranquille dans la medina repaire de junky, voleur, hier un commercant m a insulter et menace ;il a termine au poste de la police touristique ou la c'est la cour des miracles, il on un nombre de plaintes par jour....et si vous voulez faire des achats faite les dans une autre ville cela vous coutera moins cher c'est la grosse arnaque dans la medina c'est pour les pigeons ...franchement les meuilleurs endrois de marrackech sont l'aeroport et la station de bus, heureusement que je part demain; franchement mare de cette ville apres les bons moments que j'ai passe dans ce pays, heureusement les villes du sud ou je suis passe ne sont pas comme cela.....
je suis au maroc depuis 2mois 3 semaines,3000km parcouru en velo, gens sympas , beaux paysages, jusqu'a marrackech......ou la changement de decor. si vous vous baladez seul dans la medina et place jemaa el fna, (qui pue l'hurine), depuis 3 jours je me fais insulter, provoquer, emmerder par les faux guides, impossible de ce balader tranquille dans la medina repaire de junky, voleur, hier un commercant m a insulter et menace ;il a termine au poste de la police touristique ou la c'est la cour des miracles, il on un nombre de plaintes par jour....et si vous voulez faire des achats faite les dans une autre ville cela vous coutera moins cher c'est la grosse arnaque dans la medina c'est pour les pigeons ...franchement les meuilleurs endrois de marrackech sont l'aeroport et la station de bus, heureusement que je part demain; franchement mare de cette ville apres les bons moments que j'ai passe dans ce pays, heureusement les villes du sud ou je suis passe ne sont pas comme cela.....
Il y a peut-être rien à voir à Ouarzazate (comme le prétendent ses détracteurs), en tous les cas : ils l'allument bien.
Voilà deux photos toutes neuves de l'entrée de la ville où l'on peut parader pendant presque 5 kms entre deux rangées de superbes lampadaires..
Très joli, mais maintenant je vous laisse "juges et maîtres" de vos opinions pour savoir si c'était vraiment une priorité....
Ces greniers représentent à mes yeux, l'une des plus belles richesses du patrimoine marocain.Je les ai découverts tout à fait par hasard sur des cartes postales en vente à Ouarzazate. J'ai tout de suite cherché à en savoir davantage. J'ai trouvé beaucoup d'informations sur le site de Michel Terrier. Ça m'a permis de les localiser et d'en visiter quelques uns . Ces greniers permettaient de mettre en sécurité les papiers officiels, les bijoux, les armes, les céréales. ..
En voici certains :
D'abord celui d'Imichguiguilne, à une soixantaine de kms d'Agadir tout près d'Aït Baha.C'est un grenier qui a été restauré en partie.Nous avons eu la chance de le visiter avec M'Barek et sa femme Saadia. Ils nous ont donné beaucoup d'informations très intéressantes qui nous permettront ensuite d'apprécier la visite des différents greniers que nous verrons par la suite.
Si je peux me fier aux notes que j'avais prises au moment de ma visite, ce grenier est âgé de plus de 680 ans et il compte 130 cases, sur 3 étages.Chaque case est fermée par une porte en bois et cadenassée. Chaque case fait 9m de profondeur le mur de pierres de chacune est toujours percé d'un trou pour permettre au chat d'y entrer chasser les souris.

Le grenier était gardé par une personne n'appartenant pas au village et le gardien était payé en nature. Quand un propriétaire venait chercher du blé , il en donnait une partie au gardien.
Lors de la construction d'un grenier, on commençait toujours par construire la forge pour faire la poudre à canon. Ensuite, c'était la mosquée et la prison. Quand un voleur était pris la main dans le sac, il était enfermé 3 jours et 3 nuits attaché au poteau, sans dormir, sans boire et sans manger. Avec un travail à effectuer obligatoirement. Il paraît que c'était efficace !
A suivre bientôt. Et n'hésitez pas à me corriger si je "délire un peu ". N'hésitez pas non plus à compléter mes dires.
En voici certains :
D'abord celui d'Imichguiguilne, à une soixantaine de kms d'Agadir tout près d'Aït Baha.C'est un grenier qui a été restauré en partie.Nous avons eu la chance de le visiter avec M'Barek et sa femme Saadia. Ils nous ont donné beaucoup d'informations très intéressantes qui nous permettront ensuite d'apprécier la visite des différents greniers que nous verrons par la suite.
Si je peux me fier aux notes que j'avais prises au moment de ma visite, ce grenier est âgé de plus de 680 ans et il compte 130 cases, sur 3 étages.Chaque case est fermée par une porte en bois et cadenassée. Chaque case fait 9m de profondeur le mur de pierres de chacune est toujours percé d'un trou pour permettre au chat d'y entrer chasser les souris.
Le grenier était gardé par une personne n'appartenant pas au village et le gardien était payé en nature. Quand un propriétaire venait chercher du blé , il en donnait une partie au gardien.
Lors de la construction d'un grenier, on commençait toujours par construire la forge pour faire la poudre à canon. Ensuite, c'était la mosquée et la prison. Quand un voleur était pris la main dans le sac, il était enfermé 3 jours et 3 nuits attaché au poteau, sans dormir, sans boire et sans manger. Avec un travail à effectuer obligatoirement. Il paraît que c'était efficace !
A suivre bientôt. Et n'hésitez pas à me corriger si je "délire un peu ". N'hésitez pas non plus à compléter mes dires.
Bonjour,
Je cherche une personne qui veut s'installer au Maroc, j'ai plusieurs idées de projets en tête.
Je veux trouver quelqu'un qui apporte le meme capital que moi
Si vous êtes intéressés, laissez moi un message ou par mail sultis57@hotmail.fr
Merci
La province de Tata est le théâtre de violents incendies depuis le début de la semaine dernière, au niveau des oasis Tarmazigh et Aguerd, où près de 80 hectares de palmiers ont été consumés par les flammes. Une situation telle que la mise en place d’un programme de reconstitution des palmeraies a été annoncée par le ministère de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts.
https://www.huffpostmaghreb.com/entry/tata-1500-nouveaux-hectares-doasis-remplaceront-les-80-ravages-par-un-violent-incendie_mg_5b4dbb71e4b0b15aba8826be?z9g











