Bonjour Sandryn.
Tu sais que 4 jours à Buenos Aires, il y a quelques années , c'était un voyage merveilleux pour beaucoup de touristes. La viande, le tango, les gauchos, une nation jeune et à la culture métissée europeo-américaine, c'est ce qui attirait les touristes. 25/30 ans en arrière peu de gens connaissaient Iguazu, encore moins Valdès, quasi personne le glacier Perito Moreno, quant au Nord Ouest il était pratiquement réservé aux ethnologues...( j'exagère mais c'est un peu ça).(sans compter les années verrouillées de la dictature).
A lire les commentaires de certains forumeurs les temps ont bien changé...et ils n'ont pas tort... Désormais on "zappe" BA et on recherche le parfum de la Nature inviolée, on néglige la pampa humide pour l'"authenticité" du Nord Ouest, on ignore la côte atlantique pour les "treks" patagons...
Et pourtant c'est à Buenos Aires que bat aussi le coeur de l'Argentine, c'est à partir du Rio de la Plata que s'est construite la Nation Argentine, dans le sang et la Fureur...
Je comprends très bien ces changements de mentalité dus à une approche différente du voyage, je les partage en grande partie mais c'est parce que, à bien des égards, BA est restée dans la décade des années soixante, avec sa pollution, la saleté, les trottoirs de guingois, les villas comme notre ancienne ceinture parisienne de bidonvilles ( à plus grande échelle certes) , son laisser-aller, ses cortèges et "cortes" continuels....
BA n'est pas Rome, ni Paris, ni New York, c'est ainsi, on n'y trouvera pas les mêmes trésors et haut-lieux de la culture..... je peste contre BA, je l'ai quittée cette ville sauvage, décadente, hautaine, vaine, menteuse, trompeuse, infidèle mais si pleine de vie.... et j'y retourne, je ne m'y ennuie pas.
Alors fais toi danseuse de tango, de milonga: fais-y les yeux doux à cette vieille bordigue de Buenos Aires, serre-là cette catin napolitaine, parisienne, londonienne, gallicienne... prends-là au coeur, à la bouche et au ventre; mange, il faut manger à Buenos Aires; marche, il faut marcher à Buenos Aires; flâne, assieds toi sous le grand gomero de la confiteria "La Biela" à la Recoleta, j'y ai écrit des pages sous ce satané "caoutchouc" en sirotant des cocktails maison: El Detornillador, El Bariloche...tu regardes, tu écoutes, déjà tu entends l'alchimique musique de Borges, la rébellion porteña-germano-pratine de Cortazar, le vrombissement du moteur de Juan Manuel Fangio, les sanglots d'Astor Piazzola, la voix éreintée du Polaco Goyeneche, le bandoneon inspiré del gordo Hanibal Troilo.
Et puis tu pousseras un Dimanche jusqu'aux jardins de Palermo, 3 de Febrero, pour courir avec les superbes chicas de Libertador ou de Belgrano, ou tu dévoreras un choripan avec les "familles" entassées "torse nu" avec les enfants et le chien sur le gazon louche...tu t'inviteras dans une partie de foot improvisée avec les pibes presque tous "de oro"...Tu pourras aussi continuer sur la costanera norte près du Club de pescadores, là ou les restaurants sont toujours pleins les fins de semaine, longer le rio de la Plata toujours marron, toujours sale, si tu n'as déjà pas usé tes semelles sur la promenade qui longe la réserve écologique de l'autre côté de Puerto Madero, l'autre Madero, là où mangent les chauffeurs de taxi et les classes populaires...au milieu des spectacles de rue et des concerts de rock "nacional" quasi-improvisés.
Et puis tu prendras le subte, ligne casa rosada congreso de Tucuman, sortie J Hernandez pour faire tes emplettes sur Cabildo au milieu des porteños, moins cher que sur Santa Fe et évidemment Florida, Pacifico et Patio Bullrich..et plus sympa que le "Once".Tu pénètreras dans je réseau des rues " à ambassade" là où furent érigés les "petits hotels"et les somptueuses "mansiones" des grandes familles comme à Martinez, San Fernando, San Isidro...
Enfin tu auras mérité une vraie bonne "cena" porteña dans une bonne vraie parrilla porteña (éviter le plus possible les tenedores libres sauf exceptions: leur viande est "marcada" c'est à dire précuite sur la grille et ils réchauffent les invendus, en plus la majorité est aux mains de Coréens peu scrupuleux sur l'hygiène et la propreté...)
Heureusement il y a toujours de splendides parrillas et d'excellents restaurants italiens et italo-porteño.
(J'ai ma liste perso de restos bien sûr...!)
Tu vois je n'ai fait que te parler sans te citer volontairement les lieux "incontournables", sans te parler des centres touristiques les plus fameux, juste une petite balade au fil des pieds, en mocassins , chemise et lunettes de soleil et les yeux et oreilles grand'ouvert, les papilles aussi pour déguster un cafe media luna en terrasse de n'importe où, au milieu de vieux messieurs costard-cravate qui lisent La Nacion, de quadras commentant le clasico du dernier "fin de semana"une marlboro au bec s'interrompant juste pour siffler une fille et lui "offrir" un petit piropo histoire de perpétuer la tradition et de la rassurer sur son sex-appeal, des 'minas" "bombones"en Ray-Ban, au seins tendus( et refaits...).plus bronzées qu'un speculoos...des grands bruns aux yeux célestes plus italiens que des milanais..
Tu regarderas passer les collégiennes en tenue "officielle":jupe plissée, corsage, sweater, à l'anglaise, la crosse de hockey sur gazon sous le bras, et leurs homologues masculins, pantalon gris, chemise blanche, cravate aux couleurs du "collé"...
C'est aussi ça l'Argentine, autant que le NO et la Patagonie, et peut-être surtout....même si je préfère "ma" steppe, mes grands arbres, mes lacs et mes montagnes de Bariloche...où les élèves ont aussi leur uniforme!... Et les alentours, leurs "villas miseria"....Satanée Argentine...!!!
Ciao.
blondin