Joies et frustrations au Paso San Francisco en Argentine

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LU
Joies et frustrations au Paso San Francisco à vélo Le voyage à vélo, quelques soient les destinations et les distances, apporte toujours de grandes satisfactions, car les belles constantes que sont l’effort physique et le contact à la nature dans tout ce qu’elle a d’agréable ou de cruel sont indéfectiblement présentes. Il est donc très difficile de classer les voyages, d’ailleurs cela a-t-il un sens ?

Enfourcher son vélo en partance s’impose comme une drogue dont on devient de plus en plus dépendant, au fur et à mesure des expériences. Certaines cependant laissent des traces particulières, à la manière d’effets secondaires qui altèrent ou modifient quelque chose en vous de façon irrémédiable. L’ascension de ce col frontière à plus de 4800 m d'altitude fut de ces substances, distillant des joies et des frustrations profondes. D’ailleurs la réalisation de grands projets, lorsqu’ils sont un peu fous, induit une forme de tristesse, car un beau rêve s’est évaporé en devenant réalité. Par contre échouer entraîne une frustration devant l’échec, et l’on se reproche de ne pas avoir osé.

Notre projet initial était de monter au col, qui se situe à plus de 4800 m d’altitude à vélo, et de gravir le volcan qui le domine du haut de ses 6016 mètres. Nous avions à choisir l’intervalle le plus propice. Le choix se faisait entre la période des grands vents ou celle des intempéries neigeuses. En effet, dans ces régions pas de pluie, il y fait trop froid dès que le soleil est masqué. Sans trop hésiter je préfère me battre contre un vent, même en furie, que contre une tempête de neige à plus de 4000 mètres à vélo. Voilà pourquoi notre voyage nous l’avons décidé sur les mois d’octobre et novembre.

Les étapes précédentes, dont les points forts avaient été le volcan Tuzgle à 5530 m, l’Abra del Acay à 4972 m et la Cuesta Zapata à seulement 1875 m, s’étaient passées dans des conditions confortables pour ces régions andines hostiles. Même s’il faut toujours être positif et rester optimiste, je sais par expérience que la montagne, et particulièrement dans les Andes, peut se déchaîner au-delà de ce que l’on peut imaginer. Et le cycliste, qui se transforme en alpiniste se met en « zone de vulnérabilité » dans ces coins. La réussite, lorsque cela se complique, réside dans la capacité à résister moralement à l’appréhension voire la peur et de continuer, en évitant de se poser trop de questions. Mais ce n’est pas si facile à faire. La décision de poursuivre ou de renoncer repose sur une multitude d’éléments que j’ai eu le temps de faire défiler dans ma tête durant l’arrêt que nous fîmes au paso San Francisco dans un vent d’une force que je n’avais pas connue jusqu’à présent.

Pourtant de mes expériences précédentes dans le désert de l’Atacama je conserve des sensations fortes. De plus, j’avais lu des récits d’alpinistes, plus au sud en Patagonie, qui rapportaient des choses stupéfiantes. Un grimpeur racontait que sur le Fitz Roy ou sur le Cerro Torre, ce n’était pas les cailloux qui tombaient qui étaient dangereux, mais les glaçons entraînés par des vents fous, qui remontaient les dièdres et vous frappaient par en dessous. Donc je savais que dans ces coins des Andes le pire était toujours possible. La confrontation à une nature dure est l’un des principaux moteurs de cette envie de se lancer dans des grands voyages à vélo en autonomie en zone d’altitude.

Nous voilà donc à Tinogasta pour ce qui va être une boucle de 500 km, ce que nous ne savons pas encore. Comme toujours au moment où l’on est en passe de réaliser de grands projets, mûris depuis longtemps, on ressent une excitation toute jubilatoire. Dans cette petite ville nous passons une soirée agréable, entre joli quartier de viande que nous cuisinons dans notre chambre et excellent vin rouge provenant du cépage malbec, celui du cahors. Il faut en profiter la frugalité risque d’être de mise les jours suivants.

Au matin nous partons pour le premier petit bond de 50 kilomètres jusqu’à Fiambala, bourgade sise au pied même du col, connue pour ses thermes et ses grandes dunes. Le Dakar, depuis qu’il se déroule en Amérique du Sud pour raison de sécurité, a participé à mettre à l’honneur ce coin perdu des Andes.

Étrange et inhabituel, ce matin dans ce désert le ciel est très chargé et il pleut doucement. Depuis un mois que nous roulons nous n’avons eu qu’un ciel éclatant et c’est tout surpris que nous accueillions la pluie. Heureusement la route est asphaltée. Cependant lorsque nous regardons à notre droite nous ne distinguons rien dans les nuages, mais nous savons que là-bas dans des nébulosités menaçantes se cache la Cuesta Zapata, que nous avons franchie les jours précédents. Nous ne pouvons nous empêcher d’imaginer cette magnifique aventure sous la pluie !

A droite dans les nuage la Cuesta Zapata

Route encore humide

Sachant que la période des pluies et neige ne commence vraiment que dans deux mois, nous ne sommes cependant pas trop inquiets. Toutefois, dans cette période de réchauffement tout est possible. La route va sécher, les nuages se disperser et les immensités des espaces andins imposer leur présence. Les fameuses dunes aux couleurs claires apparaissent, mais les distances sont difficiles à évaluer, et leur donner des hauteurs reste du domaine de la conjecture.

La pluie a été de courte durée

Immense ligne droite qui s’enfonce dans un espace aux dimensions improbables. Que le plaisir est intense de se trouver là, à pédaler vers un but encore hypothétique, le paso San Francisco, distant de plus de deux cents kilomètres. Depuis des mois nous avons ce parcours en tête, regardé de multiples fois sur google earth.

Le vent nous est favorable, la forme excellente et il nous semble que nous descendons en permanence. Nous parcourons les cinquante kilomètres en un peu plus de deux heures. Nous serons tout étonnés au retour dans une semaine d’avoir à nouveau l’impression que la route descend tout le temps !

Tinogasta à Fiambala 50 km en ligne droite

A Fiambala nous nous installons dans un hôtel sans âme à l’allure stalinienne, mais quelle importance, nos pensées sont déjà là-haut dans les deux cents kilomètres de montée. Il nous faut prévoir des provisions pour une semaine, car notre but est la ville de Copiapo au Chili, distante de plus de cinq cents kilomètres, et les points de ravitaillement sont inexistants, à part un hypothétique hôtel à cent kilomètres de Fiambala, les Cortaderas.

Carrefour d'arrivée à Fiambala

Chacun garde pour lui ses appréhensions et affiche de la sérénité. D’où l’importance dans les projets un peu « engagés » de partir avec un compagnon posé qui sait lors des moments d’incertitude insuffler la confiance, lui aussi pensant que votre calme est preuve de votre maîtrise, alors que vous doutez. André est vraiment le compagnon idéal, à la hauteur de Flora avec qui j’avais traversé l’Atacama il y a maintenant cinq ans.

Cependant, depuis un mois, nous bénéficions de conditions météorologiques que je qualifierais d’exceptionnelles. Où sont les vents de furie permanents ? Vont-ils se déclencher dans cette immense montée, dernier barrage avant l’océan Pacifique ?

De retour en ville, nous passons à la phase constitution de nos réserves pour la semaine à venir. La base de notre alimentation sera constituée de 4kg de riz, d’un bon morceau de fromage, de quelques soupes, saucissons, boîtes de conserve, ainsi que de pain de mie pour nos petits-déjeuners.

Nos affaires prêtes pour le lendemain, nous nous faisons emmener en taxi aux thermes distant d’une vingtaine de kilomètres. Espaces stupéfiants, nous avons l’impression de dominer cet immense champ de dunes aux couleurs pastel. Que d’émotion ! Le chauffeur nous donne des renseignements cruciaux sur les cinq cents kilomètres à venir. Cela nous rassure, mais malheureusement ils s’avéreront totalement faux, en particulier sur l’état de la chaussée et le ravitaillement possible en eau ! Des détails quoi !







Qu’il est agréable de se détendre dans ces vasques d’eau. Elles sont au nombre de quatre et communiquent entre elles par de petites cascades. La température varie de 40 à 28 degrés. Nous testons les deux du milieu aux environs des 30 degrés. Le taxi nous a attendus et la redescente est aussi stupéfiante que la montée par l’immensité de ce monde minéral qui s’impose à nous et nous submerge.



Dans cette petite localité au nom si attirant, nous ne trouvons pas de restaurant et comme le midi, nous confectionnons notre repas du soir dans notre chambre. Platée de pâtes avec petits pois, accompagnée d’un bon Malbec local.

RH
Le train que j'emprunte le soir pour rentrer roule dans des paysages très sauvages, à la lumière tombante, et comme le wagon est calme à cause des vacances scolaires c'est très bien pour lire. Je me suis donc régalé de ce premier épisode, et je me sent embarqué moi aussi dans l'aventure Suspense quand à savoir si ces paysages désertiques seront du bonheur ou l'enfer... vivement la suite...
DI
Coucou, Merci de m'avoir prévenu: le suspens est à son comble, le pire nous est déjà annoncé. Moi aussi, j'attends la suite avec impatience. Nous sommes passés près de l'hotel las cortaderas en allant à la frontière. Il est vraiment imposant et très isolé. Evidement, en hiver avec le col fermé, nous n'avons pu qu'atteindre la station d'essence à la frontière et redescendre dormir à Fiambala. C'est vrai qu'il n'y a pas de restaurants à Fiambal? nous n'en avions pas trouvé, mais je pensais que nous avions mal cherché. Nous avions dîné à la station de Fiambala, de snacks. À l'hotel las cortaderas, ils ont un restaurant et nous y avons déjeûné. J'espère pouvoir y retourner à la toussaint pour francchir ce paso et les autres qui sont fermés en hiver, comme le paso pircas negras aussi.

bises.
Nord Chili, NOA, Sud Lipez, La Paz août 2012 https://voyageforum.com/forum/mois_dans_andes_peripeties_en_altitude_D5526293/ Apologie du southwest en hiver https://voyageforum.com/forum/apologie_sud-ouest_etats-unis_en_hiver_D5851267/ Impressions d'Afrique et de Namibie
KA
Hola A Toussaint, ce sera trop tôt pour Pircas Negras (villa union - Copiapo) et Agua Negra (San Juan-La Serena). Pour ces 2 pasos, il faut esperer une ouverture début décembre et ube fermeture assez precoce en avril. Pour San Francisco, ouvert en permanence normalement sauf á la suite de "temporales" de neige et la fermeture est longue avant le déblaiement. Désolé piur cette douche froide[:/]
DI
A Toussaint, ce sera trop tôt pour Pircas Negras (villa union - Copiapo) et Agua Negra (San Juan-La Serena). Pour ces 2 pasos, il faut esperer une ouverture début décembre et ube fermeture assez precoce en avril.

Alors, il faut que je reporte mon voyage à février 2020, J'espère que là ça ira ?
Nord Chili, NOA, Sud Lipez, La Paz août 2012 https://voyageforum.com/forum/mois_dans_andes_peripeties_en_altitude_D5526293/ Apologie du southwest en hiver https://voyageforum.com/forum/apologie_sud-ouest_etats-unis_en_hiver_D5851267/ Impressions d'Afrique et de Namibie
LU
24 octobre Fianbala à refuge N1 sur route du paso San Francisco 55 km 1411 m de dénivelé

Ce 24 octobre, après un petit-déjeuner insignifiant (quatre galettes dures comme du bois avalées avec une tasse de thé, vraiment pas de quoi nourrir un forçat de la route), nous ne démarrons pas très tôt. La raison de ce départ tardif ? Ayantl’intention de basculer au Chili, et sachant qu'au cours des 250 premiers kilomètres dans ce pays nous n’auronsaucune chance de pouvoir faire du change, nous devons doncattendre l'ouverture de la banque.

Là aussi c’est toute une aventure pour obtenir de l’argent chilien. Double change des euros en pesos argentins puis chiliens, donc double taxation. Le banquier commence par compter trois fois nos billets en euros. L’opération dure une heure, bilan 200 euros donnent 148 000 pesos chiliens. Mais pour en arriver là, il aura fallu de nombreuses discussions entre différents employés de la banque. Nous constatons de façon récurrente les immenses queues devant les guichets des banques. Quinze jours auparavant, en désespoir de cause, nous avions dû effectuer un échange de devises sur la place centrale de Cafayate au sein d’une pharmacie. C’est donc vers les neuf heures du matin que nous attaquons cette gigantesque montée de deux cents kilomètres.



Nous avons l’excitation des grands jours. Cinq cents kilomètres quasiment déserts nous attendent. Nous pressentons que la semaine à venir sera riche en émotions. D’expérience je sais que le vent s’imposera en ennemi redoutable, surtout en franchissant cette dernière immense barrière des Andes face au Pacifique.



Premier point à atteindre le paso San Francisco, deux cents kilomètres pour trois mille cinq cents mètres de dénivelé. Nous comptons les parcourir en quatre jours. D’emblée nous sommes plongés dans un décor gigantesque comme nous n’en avons pas en Europe. Au fur et à mesure que nous montons, le panorama s’élargit. Pas de grandes côtes et de virages serrés comme dans un col des Alpes ou des Pyrénées, mais une immense ligne droite qui se perd dans le lointain en pente douce.



Derrière nous les dunes de Fiambala prennent des allures lunaires. Illusion étrange, lorsque nous nous retournons nous constatons que la route monte, alors que devant nous s’étale une immense plaine qui semble plate, mais qui en réalité va culminer à presque cinq mille mètres. L’Amérique du Sud, terre de toutes les surprises.





La circulation est pratiquement nulle. Nous pénétrons dans le cœur de ce gigantesque et splendide sanctuaire minéral, qu’est l’Atacama. Il n’a à nous offrir qu’aridité, furie de vent, chaleur la journée, froid glacial la nuit, mais aussi son immensité et ses ciels étoilés presque en relief. C’est pour cela que nous nous soumettons à ses règles exigeantes, une envie de recherche intérieure dans le dépouillement face à la nature dans tous ses états.

La végétation est réduite à des touffes d’herbe piquantes et éparses de couleur jaune. Plus le regard s’éloigne et plus elles semblent se rapprocher, s’agglutiner et dans le lointain se transformer en un tapis qui ajoute une teinte pastel à l’infini du panorama. Cette couverture végétale finit par venir mourir au pied des altitudes volcaniques au-dessus de cinq mille mètres.

Quelques très rares arbres

La pente n’est pas très forte dans les trente premiers kilomètres. Mais à l’approche d’une immense gorge toute hérissée de roches multicolore, la vitesse tombe à cinq à l’heure dans des pourcentages qui tournent autour des 10%.







Nous rejoignons le ruisseau, que nous allons suivre sur plus de cent kilomètres, dont on nous a parlé. Son eau serait buvable d’après ce que l’on nous a dit. Fort de ce renseignement nous ne nous sommes pas trop chargés en eau. Je descends le talus et vais remplir une gourde de ce liquide à la couleur terriblement sable. J’y ajoute deux pastilles purifiantes que je laisse agir une demi-heure, avant de tester. J’ai l’impression d’ingurgiter une poignée de sable, les grains venant se coincer entre les dents. Douche froide ! Si nous devons vivre avec cette eau durant des jours, cela va tourner à l’inconfort de haut niveau.



Mais il y a toujours un Bon Dieu pour les amoureux de l’Atacama. Un bruit de moteur, l’un des très rares véhicules qui montent vers ce col d’altitude. Il possède une plaque d’immatriculation allemande, espoir d’avoir à faire à des baroudeurs bien fournis en réserves. Je lui fais signe de s’arrêter et demande de l’eau. En effet, il s’agit d’un couple d’Allemands, équipés d’un super combi, lancé dans un voyage au long cours. Voilà comment nous avons droit à six litres d’eau qui nous permettront de tenir une journée avant de passer aux poignées de sable.

Vers les dix sept heures nous atteignons le premier refuge de bord de route, mis en place pour permettre aux personnes de se mettre à l’abri en cas de dégradation des conditions météo, qui peuvent devenir extrêmement adverses.





Nous allons nous laver au ruisseau, dans de véritables tornades de vent. Le soleil a disparu derrière les immenses dômes qui nous dominent. C’est frisquet, et je m’y reprends à plusieurs fois pour rentrer dans l’eau de ce ruisseau qui court.

Nous nous installons et commençons à nettoyer ce petit refuge laissé malheureusement dans un état de saleté assez prononcé. Avec un morceau de carton André fabrique une sorte de balai, un peu à la manière d’une lame de chasse-neige.



Le décor qui nous entoure prend des couleurs et des dimensions qui nous subjuguent, alors que la nuit s’installe. Des perspectives nouvelles apparaissent, des ombres mettent en relief différents plans. Le noir et le rouge, dans des contrastes appuyés me rappellent Jacques Brel et sa chanson « ne me quitte pas ».

Nous sommes seuls face à ces immenses volcans absorbés par la nuit, dans le hurlement du vent, alors que la voûte étoilée distille une lumière toujours plus intense, faisant apparaître ces reliefs de titan en ombres chinoises, simplement dépouillés de leurs couleurs diurnes. Notre minuscule refuge gémit sous les coups de boutoir d’Eole, alors que la température tombe vertigineusement.



En assistant à ce spectacle, à goûter ces moments de basculement de la lumière aux ténèbres, nous restons les yeux grands ouverts à chercher à graver à jamais cette avalanche de sensations fortes dans nos neurones. Nous nous sentons comme une parcelle de cette nature farouche et brutale. Nous comprenons pourquoi nous acceptons de nous enfoncer dans ces zones considérées comme très hostiles, à pédaler des journées entières.
TI
Bonjour Luc. A nouveau merci pour ce récit toujours aussi passionant, Bernard.
Titoualsace
LO
Bonjour Luc, Encore des photos magnifiques. Des paysages époustouflants. Des récits qui m'embarquent au sein de ce périple aux nuits un peu plus près des étoiles ✨ dans des refuges que l'on espère promesse de soulagement après des journées dantesques dans cette nouvelle partie du voyage qui s'intensifie. Merci. Vivement la suite. Florence
RH
C'est chouette et nous sommes toujours dans la salle. Quels paysages grandioses (dans mon train avec mon smartphone et dans la pénombre, je bois d'abord le texte. J'ai eu l'impression de passer la soirée dans ce gite attaqué par le vent et ce "silence" très bruyant... Arrivé sur mon ordinateur, je regarde les images très lumineuses...le contraste entre le jour et la nuit doit-être assez spectaculaire sous ces climats). La côte en ligne droite, c'est très dur.
LU
25 octobre du refuge 1 au refuge 3, 61 km 733 me de dénivelé

Après une bonne nuit, nous partons assez tard, 8H30, l’ascension d’hier ayant été exigeante. Cette montée n’arrête pas d’être grandiose. Nous sommes engloutis par ce décor sur une route, qui ondule au milieu d’un désert de montagnes aux multiples couleurs, dont les sommets vont se perdre à plus de 6000 mètres. Le temps est particulièrement favorable. Il ne fait pas froid, le vent n’a pas encore imposé sa présence tyrannique et furieuse. C’est toujours un immense plaisir de démarrer le matin dans un environnement grandiose alors que l’on se sent bien à sa place.

De loin en loin, quelques groupes de vigognes se distinguent à peine, leur pelage prenant par mimétisme la couleur des touffes d’herbe séchées par l’absence d’eau. Je me demande d’ailleurs comment cette végétation arrive à pousser dans ces conditions extrêmes.



Rien ne change, mais à chaque instant tout est différent, paradoxe des sensations que procure le vélo, en roulant à 8 km/h, égrenant une montée de 200 kilomètres.



A midi après 43 km nous atteignons l’hôtel Cortaderas. Nous ne savons pas s’il est ouvert, même s’il n’est pas abandonné. Il est situé à quelques centaines de mètres du ruban d’asphalte. Une piste très cabossée y mène. Rien ne bouge. Nous essayons d’ouvrir une porte. Elle ne veut pas céder. Nous nous dirigeons vers la suivante, qui nous laisse pénétrer dans le bâtiment. Des gros chiens placides viennent à notre contact. Nous sommes dans une vaste salle de restaurant déserte. Que cette intrusion nous semble insolite, plus de vent, le silence. Un barman apparaît, donc il y a vraiment quelqu’un, alors que nous commencions à en douter.

Mais où sont les clients. Même en voiture peu de personnes s’aventurent sur ces routes andines. Nous y déjeunons magnifiquement. Cela fait du bien de ne pas rester dehors à manger un morceau de fromage dans le vent. Notre pause s’éternise, à un peu plus de 3 heures nous repartons. Grâce à la wifi, nous avons eu le temps d’envoyer un message à nos épouses, inquiètes de cette étape qui doit nous faire traverser les Andes.

Le vent est devenu extrêmement violent, et il s’impose en maître. C’est un véritable coup de poing en pleine figure qui nous accueille à la sortie de ce havre de paix. Nous savons qu’il ne nous laissera aucun répit jusqu’à la nuit. L’altimètre indique 3300 m d’altitude, et je reconnais bien-là les conditions hostiles de l’Atacama.

Heureusement, nous n’avons que 20 km à parcourir. Au début le vent a une petite composante arrière, puis la route change d’orientation, et c’est en pleine face que nous le subissons. Alors commence la lutte habituelle contre cet ennemi têtu. Plus question de rester sur les vélos. Chacun rentré dans sa coquille, c’est à pied que nous luttons contre les éléments au milieu d’un vacarme terrible. Par moments un souffle dans un excès de rage nous bloque d’un coup, heureusement cela ne dure pas. Mais le miracle du voyage à vélo fait que nous nous sentons à notre place, et ce qui devrait être de la souffrance et de la peur se transforme tout simplement en plaisir intense, et nous met en communion avec la nature. Nous ne craignons pas les cent kilomètres encore à parcourir jusqu’à presque 5000 mètres d’altitude, mais les attendons comme une promesse de bonheur.

Il est très difficile de décrire notre état d’esprit, là courbés à côté de nos vélos accrochés fermement à notre guidon, progressant pas à pas sur une route semblant se diriger vers l’infini. Cette impression d’immobilité devrait nous désespérer et nous faire douter, mais il n’en est rien. Nos corps, bien rodés à ces rudes conditions depuis un mois, ne demandent que le combat, et c’est avec sérénité que nous grignotons mètre après mètre cette gigantesque côte.

Le décor devient toujours plus irréel. Notre environnement prend des aspects de la planète Mars, du fait de la prédominance des teintes rouges tirant sur le grenat.



Enfin, le panneau annonçant le refuge à 2 km est dépassé. Sur cette courte distance nous fournissons un ultime effort, arc-boutés sur nos montures, la tête au plus près du guidon, afin d’avoir la prise minimale contre ce vent fou qui gagne quelques km/h dans une dernière tentative de nous bloquer. J’avance en comptant mes doubles pas. Dans ces bourrasques de vent je progresse replié sur moi, expérience étonnante mais loin d’être désagréable, bien au contraire. Le nez sur la route, regardant un mètre devant, je monte comme un automate.



Mon esprit restant libre, cela m’autorise à laisser vagabonder mes pensées, même de me réciter mon rôle dans la pièce de théâtre à laquelle je vais prendre part à mon retour, le metteur en scène m’ayant demandé de partir avec le texte afin de ne pas prendre trop de retard.



Le refuge, petite structure bleue au toit pointu seul au milieu de ce gigantesque désert, grossit assez rapidement et nous touchons au but, contents mais nous nous sentions de continuer des heures dans cette atmosphères rendue solide du fait de la vitesse du vent.



Nous sommes venus dans ces coins d’altitude vivre ce type d’expérience face aux éléments. Et depuis presque un mois que nous sommes en route, ce que nous vivons est à la hauteur de nos attentes. Nos corps habitués, c’est avec une sensation de plaisir intense que nous nous confrontons à la nature déchaînée. Le refuge n’est pas très propre. Nous le nettoyons, enlevons le sable ainsi que les cailloux, et nous installons. Dehors ça ronfle. Sous la tente cela aurait été un calvaire.



Comme tous les soirs, une platée de riz. L’eau de cuisson nous sert à préparer un bon bouillon, car cette eau que nous portons, il n’est pas question d’en perdre la moindre goutte. On dirait le bonheur, mais un intrus, gagnant en puissance au point de devenir inquiétant, gâche un peu la fête en la transformant en essoreuse broyeuse. Heureusement que nous sommes dans ce minuscule abri conçu pour résister à des vents dignes des jetstreams.

26 octobre de refuge 3 à la Gruta 66 km 795 m dénivelé

Toute la nuit le vent a soufflé. Lorsque nous nous levons à 5h30, il continue avec violence, cela procure une petite pointe de frayeur. S’imaginer partir dans la bourrasque nous déstabilise quelque peu. Nous restons muets, chacun plongé dans ses pensées. Il ne sert à rien d’inquiéter son compagnon en lui communiquant ses appréhensions, ses peurs, ses doutes.



Mais miracle, avec le lever du jour la tempête s’atténue, et à 6H45 nous partons dans un air apaisé. Il fait bon, température à peine négative, pourtant nous sommes à 3500 m. Cette route n°60 monte dans un décor fantastique, on ne saurait imaginer un tel lieu sur notre planète.

Ç

Nos provisions devant être économisées, nous n’avons pas mangé grand-chose ce matin, car il n’y a rien à attendre avant Copiapo au Chili à plus de 300 km. Nous prenons des petits coups de fringale que nous gérons avec des barres de céréales.



Midi, arrêt repas, ce sera spartiate, un morceau de chorizo, un bout de fromage et une demi-pomme. Même pas de pain, car nous l’économisons pour les petits-déjeuners.



Après ce repas rapide, nous repartons avec un vent adverse qui se lève. Nous parcourrons les quinze derniers kilomètres secoués dans tous les sens. Nous marcherons même, alors que la route est en descente.





A 14h nous atteignons le point de douane qui est à 4000 m, et 800 m de dénivelé le séparent encore du col. Les formalités administratives sont vite expédiées. Quelques bâtiments épars donnent une impression de camp antarctique. Cela est révélateur des conditions qui règnent dans la région.



Nous nous faisons héberger dans un baraquement en forme de demi-tonneau prévu généralement pour les naufragés de la route lors de grosses intempéries. Ces hommes, qui nous accueillent, sont à l’image de leur pays, rudes, mais aussi généreux. Ils nous proposent une portion de leur repas, ce qui nous change de notre platée de riz. Nous avons même droit à une douche chaude. Des journées comme celle-ci sont fatigantes surtout que nous évoluons dans la zone des 4000 m d’altitude.

La vue sur le volcan San Francisco est saisissante. Nous discutons avec un homme qui l’a gravi le matin-même, 5 h de montée, 4 de descente et des températures de -15 degrés, et avec ce vent qui ne se calme pratiquement à aucun moment de jour comme de nuit. Vu les rigueurs du coin, et notre équipement léger, nous commençons à sérieusement à douter du succès de notre projet d’y monter. Nous ne nous contenterons que du col, d’autant qu’il nous faut l’atteindre à vélo, alors que notre interlocuteur montagnard y est monté avec une 1200 BMW.

Un dernier petit tour dehors avant d’aller nous coucher. Je suis très impressionné par le lieu. Des teintes pastel accompagnent la tombée de la nuit, et au loin ces immenses volcans dont les sommets massifs et arrondis brillent encore comme des phares dans l’obscurité naissante. Demain si le vent ne nous laisse qu’un petit répit, comme les jours passés, nous devons nous préparer à une dure bataille. Nos hôtes nous ont avertis que nous étions dans la période la plus défavorable en matière de vent, cependant pratiquement pas de risque de neige. Nous préférons, car dans ces zones les précipitations sont un ennemi réellement mortel pour le cycliste sans protection, si par malheur il se retrouve immobilisé en pleine tourmente.



DI
Salut Luc,

Nous sommes dans une vaste salle de restaurant déserte. Que cette intrusion nous semble insolite, plus de vent, le silence. Un barman apparaît, donc il y a vraiment quelqu’un, alors que nous commencions à en douter.

Mais où sont les clients. Même en voiture peu de personnes s’aventurent sur ces routes andines. Nous y déjeunons magnifiquement. Cela fait du bien de ne pas rester dehors à manger un morceau de fromage dans le vent. Notre pause s’éternise, à un peu plus de 3 heures nous repartons. Grâce à la wifi, nous avons eu le temps d’envoyer un message à nos épouses, inquiètes de cette étape qui doit nous faire traverser les Andes.

Voici à quoi ressemble au loin le complexe touristique cortaderas



Voici les chiens qui à l'époque nous ont accueillis



Nous aussi nous avons eu l'impression d'un restaurant fantôme en entrant dans une salle complètement vide.



Mais effectivement, nous y avons assez bien mangé. D'autres clients sont arrivés peu après nous. Le reste du bâtiment qui abrite l'hôtel était encore en construction bien que l'hôtel était déjà fonctionnel. Nous aurions pu y dormir si nous l'avions voulu. Il me semble qu'il n'y avait pas de chauffage!!

C'est fou quand je lis tes écrits concernant le vent. Figure toi que c'est quelque chose dont j'entends régulièrement parler et que je n'ai jamais connu. Nous n'y allons qu'en hiver et le vent est normal à cette époque.

Il n'empêche que faire toute cette longue montée à vélo est déjà un exploit en soi, car je me souviens bien de cette route qui monte continuellement, et c'est vrai au milieu de paysages splendides.

Nous sommes arrivés au poste frontière de la gruta, avons franchi la barrière pour faire le plein sous le regard attentif du garde frontière qui vérifiait bien que nous ne continuons pas notre route vers le paso. Puis nous sommes redescendus: le paso était fermé pour cause de blocage de neige hélas. Et ouais, pas de vent, mais de la neige!!!

J'attends la suite avec grand intérêt.

Merci pour ce partage fort émouvant, qui retranscrit ces efforts, qui me paraissent surhumains.
Nord Chili, NOA, Sud Lipez, La Paz août 2012 https://voyageforum.com/forum/mois_dans_andes_peripeties_en_altitude_D5526293/ Apologie du southwest en hiver https://voyageforum.com/forum/apologie_sud-ouest_etats-unis_en_hiver_D5851267/ Impressions d'Afrique et de Namibie
LU
Bonjour Diamina merci pour ces photos j'avais oublié de faire des photos de l'intérieur de l'hôtel. Les gros chiens ils étaient trois, les trois gros et noirs et tout gentils. Dans l'immense majorité des pays que j'ai traversés à vélo j'ai été confronté qu'à des chiens peu agressifs , même quand ils arrivent en trombe en aboyant. On m'avait presque fait peur en me décrivant la Mongolie et ses chiens, mais une fois au contact, toujours avec quelques paroles ils se calmaient. Par contre les 2 seuls pays, Equateur Pérou, des attaques permanentes plus de 10 par jour parfois et là on sent qu'ils voulaient mordre. On apprend à se défendre. Je suis étonné de voir peu de neige sur la montagne en face de la Gruta, elle est plus haute que le col. Il était coupé sans doute à cause des congères dues au vent? J'essaie d'avoir un moment demain pour mettre la suite et fin de notre ascension du Paso San Francisco. Bonne journé Luc
DI
Salut Luc,

Je suis étonné de voir peu de neige sur la montagne en face de la Gruta, elle est plus haute que le col. Il était coupé sans doute à cause des congères dues au vent?

Oui c'est ça. Je crois que toute cette neige au paso san francisco était dû au phénomène el niño... Je ne sais pas trop comment, ni si j'ai bien compris.... Pour ce qui est des chiens, en Amérique dus sud (Argentine, Chili et Bolivie) moi aussi je les ai toujours trouvés sympathiques. Mais j'ai l"impression que certains n'aiment pas les cyclistes. Pas très loin de chez moi, en Martinique, j'ai eu l'occasion de le constater.

La quebrada "Las angosturas" que vous avez traversé avant d'arriver au refugio 1. Lorsque nous y sommes passés, aucune trace de neige en hiver.

Ce sont ces couleurs si contrastées qui poussent à y retourner et à chercher à découvrir d'autres coins.



Voilà à quoi ressemblait l'intérieur du refugio n°1 quand nous y sommes passés. Tu as vu, il n'y avait pas tous ces graffitis qu'on voit sur ta photo, ce qui le rend encore plus glauque que quand nous y sommes passés.

Une autre photo de l'intérieur de l'hotel cortaderas.

Et encore une autre de l'intérieur, où on voit mieux le bar à l'accueil.



Et voilà à quoi ressemblait le refugio 3 dans lequel vous avez dormi aussi. Il y avait très peu de neige dans les hauteurs, et pourtant nous y étions fin juillet. Par contre, ce que j'aimais aussi beaucoup c'était la forme des nuages. Toi aussi j'ai l'impression qu'ils ne t'ont pas laissé indifférent.

Au sommet de l'incahuasi c'était pareil.

A partir de 4000m quelques pénitentes aux abords de la route à las peladas, et surtout un joli parterre tout jaune qui est du plus bel effet.

Sur notre droite en arrivant à la gruta, cet autre sommet non plus n'était pas très couvert de neige.

Un dernier souvenir: notre passage pour faire le plein de l'autre côté de la barrière s'est fait sous bonne garde



A bientôt pour la suite.
Nord Chili, NOA, Sud Lipez, La Paz août 2012 https://voyageforum.com/forum/mois_dans_andes_peripeties_en_altitude_D5526293/ Apologie du southwest en hiver https://voyageforum.com/forum/apologie_sud-ouest_etats-unis_en_hiver_D5851267/ Impressions d'Afrique et de Namibie
LU
27 octobre aller-retour la Gruta au paso San Francisco 4800 m

Aujourd’hui nous comptons basculer au Chili. Le paso Francisco est célèbre pour ses tempêtes de vent, et afin d’espérer y échapper, nous nous mettons en selle à 6h30 pour une étape de 22 km et 900 m de dénivelé.

Nous estimons que 4 heures seront nécessaires pour l’atteindre. Ensuite notre intention est de plonger sur le versant chilien, pour rejoindre la Laguna Verde, où se trouve un petit refuge non gardé à 4200 m d’altitude. En effet, la tente doit rester la dernière extrémité dans ces zones d’altitude en permanence dans la bourrasque.

Les montagnes qui nous entourent culminent à plus de 6000 m. Elles sont illuminées par le soleil levant, alors que nous sommes encore dans l’ombre. Spectacle magnifique ! Après avoir mis en valeur ces sommets, la lumière du soleil descend leurs immenses pentes. L’éclairage réanime une multitude de couleurs, qu’il s’agisse de l’unique teinte jaune des dernières herbes, ou de la palette des colorations de la roche, traces de tous les matériaux que ces volcans ont expulsés. De plus cette année il y a pas mal de neige, ce qui donne une touche singulière supplémentaire à ce spectacle.





L’air est calme, le silence absolu, ni bruit de moteur, ni cris d’animaux et pas plus de chaînes, cordes ou toile secouées par le vent. Mais toute la question est: combien de temps cela va-t-il durer ?



Nous démarrons avec la sensation de rentrer dans un sanctuaire. Rapidement la pente s’intensifie, et les immensités que nous avons parcourues ces jours derniers se révèlent d’autant mieux. Nos ombres sont démesurées sur l’asphalte. Dans ce silence et ce calme qui ne devraient pas durer très longtemps, nous ressentons une angoisse. Nous savons que le vent en furie ne va pas tarder à nous bousculer et ses hurlements à nous assourdir.



La première heure de pédalage se passe bien, en effet nous pouvons rester sur nos vélos. Nous ne progressons pas rapidement du fait du lourd chargement, en particulier en eau, de l’altitude et du pourcentage qui s’approche des 10%.

Puis le vent de manière très matinale démarre et à partir de 8 heures, c’est à pied que nous devons progresser, confrontés à un mur, qui devient de plus en plus solide au fur et à mesure qu’il forcit. Plus nous montons pire les conditionnent deviennent. Nous marchons courbés, arc-boutés, les mains bien verrouillées sur le guidon, cherchant à offrir le moins de prise au vent. Nous nous relayons à tour de rôle, le second abrité au plus près du premier, afin d’échapper à cette force déchaînée et hurlante qui cherche à nous faire renoncer.



En fonction de la direction de la route, il faut se mettre juste derrière, ou d’un côté ou de l’autre du leader. Je compte mes doubles pas lorsque je mène. Selon la puissance du vent toujours aléatoire, l’orientation et la pente, je tiens de 50 à 300. Les dix derniers pas s’effectuent toujours à la limite de l’asphyxie donc de l’épuisement. Je ne sais pas si c’est essentiellement psychologique mais cette méthode de comptage de mes doubles pas me donne l’impression d’aller plus vite. Et puis cela m’occupe le cerveau, quand on n’est plus en mesure de penser dans les éléments déchaînés.

Une bise glaciale nous transperce, malgré l’effort intense. Nous avons la sensation que nos visages et nos crânes gèlent. Nous nous abritons derrière une simple ondulation du terrain, afin d’enfiler une couche supplémentaire sur le corps et deux cagoules sur la tête, en restant allongés au sol.

Il nous reste plus de dix kilomètres à parcourir, j’ai les doigts qui commencent à me faire mal du fait du froid. Dans ce décor gigantesque, nous sommes presque cloués au sol, et au bout de cette route que l’on voit monter en ondulant à l’infini, le col nous semble inaccessible. Que faisons-nous là ? L’idée de céder et de m’enfuir m’effleure. J’ai le net sentiment que nous n’y arriverons pas. Mais pour l’honneur, poussons jusqu’à la dernière limite avant de faire demi-tour, pour ne pas subir l’amertume de l’échec sans avoir tout tenté.

Ces dix derniers kilomètres vont être pour André et moi une expérience unique. Mais le soleil montant toujours, nous ne ressentons plus la douleur de l’air glacial, nos corps semblent s’adapter et prendre le dessus. Plus tard, lorsqu’ André et moi échangerons chacun nos impressions, nous dirons la même chose : malgré cette vitesse d’escargot, nous avancions et dans cette immensité, nous nous en rendions compte. Ce qui maintenait un bon moral. Bien évidemment, dans l’action il nous était quasiment impossible de communiquer, tellement le ronflement du vent était puissant. Durant ces quatre heures hors du temps, seules deux ou trois voitures vont nous dépasser. Que pouvaient bien penser les personnes à l’intérieur ?

Le dernier kilomètre me restera en mémoire comme l’expérience la plus invraisemblable de mon existence. Dans ces immensités des Andes, un col ne se caractérise pas comme un point haut entre deux pentes abruptes. Non, il ressemblerait plus à un point médian sur un plateau de plusieurs kilomètres séparant deux flancs de montagne, dans le cas présent, deux pays Argentine et Chili.

Nous avons l’impression d’être dans un avion sans cockpit. La pression du vent dans cet air raréfié à près de 5000 mètres d’altitude est telle par moments que nous en suffoquons. Sa vitesse est de toute évidence bien supérieure à 100 km/h. Dans mes différents voyages je n’avais jamais été confronté à pareille extrémité. A plusieurs reprises, une rafale plus puissante nous bloque comme si nous rentrions dans un mur élastique, qui après déformation nous repousserait. Vraiment étrange, il nous faut appuyer sur le guidon, freins serrés, pour que l’adhérence des pneus augmente, nous empêchant ainsi d’être refoulés.

Nous voyons le dernier refuge argentin symbolisant la frontière grossir avec l’espoir de nous mettre à l’abri de cette fureur. Nous l’atteignons, nous nous y engouffrons avec nos vélos, quelque peu hébétés par ce long passage à tabac. Que la nature peut devenir violente et hostile.



Le vent génère de telles pressions autour de notre frêle bâtiment, que de forts courants d’air le parcourent. Il ne fait pas chaud, la température est négative, quelques plaques de glace nous l’ont confirmé. Comme autre preuve, l’une de mes réserves d’eau présente une légère fuite, ce qui crée un beau glaçon.



Nous nous installons, sortons le matériel de bivouac avant d’envisager de préparer notre habituel repas composé de riz. Ces longues heures de montée nous ont demandé de rudes efforts et aussi une grande volonté pour ne pas céder à la fuite.

Il n’est que midi. Sans nous concerter, chacun voit bien en croisant le regard de l’autre, que nous allons devoir prendre des décisions, qui vont bouleverser de fond en comble notre voyage. Auparavant, si nous avions un petit espoir caché, de profiter d’un créneau favorable nous permettant de monter au sommet du volcan San Francisco à 6016 mètres, nos espérances se sont définitivement envolées avec la furie des éléments.

Pourtant en ouvrant la porte de notre abri, le chemin qui y conduit est très visible. Cela semble facile, et sans vent ça le serait. Chez moi en France je rêvais devant google earth, et maintenant je suis devant non une image du chemin, mais le chemin bien réel. Cependant une peur me prend, avec notre matériel de montagne léger est-il raisonnable de monter affronter des conditions extrêmes en haute altitude ? Les paroles du guide de montagne qui nous avait conseillés à Salta me reviennent en mémoire. Il considérait notre entreprise comme folle et dangereuse. Faut-il s’accrocher et s’installer pour de longues heures avant d’attaquer demain matin à 3 heures ?

La température est à son maximum de la journée et elle ne peut que descendre. Les jours précédents le répit du vent a été très court, moins de deux heures. En sera-t-il de même demain ? André ne dit rien, mais je sens qu’il se pose les mêmes questions. Le Tuzgle à 5530 mètres que nous avons gravi il y a deux semaines, nous semble une balade de santé dans une nature clémente. A l’inverse aujourd’hui, nous ressentons un vrai danger de se faire geler sur place. Mais tous ces raisonnements correspondent-ils à la réalité ou sommes-nous en train d’élaborer des excuses justifiant notre renoncement ?

Par ailleurs, notre route au Chili va nous confronter à trois cents kilomètres de piste face à ce vent sans réelle possibilités de ravitaillement. Et l’orientation restera plein ouest durant tout le trajet, avec de surcroît un grand col à monter. Ce que nous venons de vivre ces derniers jours en particulier aujourd’hui nous a quand même ébranlés.

Une fois dans le refuge nous avons vraiment le sentiment de sortir d’une broyeuse. La redescente sur le côté chilien nous apparaît comme impossible. Que faire ? Il est midi, 5H30 pour parcourir un peu moins de 22 km. Nous nous préparons une platée de riz, même si nous en mangeons maintenant depuis 4 jours comme unique plat de résistance, cela nous réchauffe. Nous l’avalons de bon cœur.

Voilà maintenant trois heures que nous nous perdons dans nos pensées à l'abri. Nous devons décider, et nous tombons d’accord en très peu de mots pour rebrousser chemin. Nous sentons qu’avec la venue de la nuit nous serions véritablement en danger si les conditions ne s‘amélioraient pas. Nous reformons nos sacoches et sortons.

Devant nous, le volcan San Francisco se dresse majestueux dans son austérité de lave volcanique. Encore une fois nous suivons du regard le chemin de montée. Mais manifestement nous nous sentons dépassés par la rudesse des conditions climatiques, surtout après cette montée de 4 jours qui s’est terminée par une véritable bagarre de 5h30 contre des éléments en furie. Nos corps sans être épuisés, pourraient en prendre un sacré coup si nous insistions.

Sans remords mais pas trop longtemps, nous le contemplons une dernière fois, dans un déchaînement de bourrasques de vent et aussi de sable qui vole et nous décape le visage. Un coup d’œil à l’ouest vers le Chili, où nous n’irons pas et résolument nous prenons la direction du poste de douane que nous avons quitté ce matin.

L’image qu’il me restera de ce col, ce sont les immenses panneaux balisant la ligne de frontière, tordus et gisant au sol, arrachés malgré leur forte structure par cette tempête permanente. La désolation, et cela me fait penser à cette île de la Désolation quelque part plus au sud, faisant partie des terres australes, ce bout du bout du monde qui tangente l’Antarctique.

Nous nous lançons donc dans la descente, en prenant toutes les précautions avec ce moteur puissant dans le dos, et parfois de travers. Il me faut de temps en temps descendre du vélo et m’accrocher à la route pour ne pas être chassé comme un fétu de paille dans les éboulis. Je vais avoir la sensation étrange lors d’un coup de boutoir de cet air sous pression que mon vélo m’est arraché des mains. Je m’y accroche au lieu de chercher une parade en me couchant au sol. Que la nature peut procurer des sensations fortes parfois, nous ne sommes pas grand-chose !



Enfin de retour dans notre abri de la nuit précédente, nous sommes comme assommés. Nous demandons aux gardes-frontière s’ils veulent bien nous accorder le visa ce soir, leur poste n’ouvrant qu’à 8 heures le lendemain. Il n’en est pas question, car si nous le voulons tout de suite nous devons partir et retourner dans la tourmente. En conséquence, nous allons attendre sagement demain.

Merci les douaniers qui vont nous forcer à une relative grasse matinée, qui dans le fond nous fera le plus grand bien.

Un peu après nous, un couple de motards arrive du Chili, chacun sur sa machine. Ils semblent complètement exténués. J’imagine leur descente du col. A vélo lorsqu’on est jeté au sol, il n’y a que le vélo à relever, même avec vingt-cinq kilos de bagages cela se fait assez facilement. Mais une grosse moto avec une forte prise au vent, lorsqu’elle est couchée sur la route, la remettre debout demande d’autres efforts beaucoup plus violents.

Les personnes du poste des naufragés de la route, que nous rejoignons, ne semblent pas étonnées de nous voir revenir, compte tenu de la tourmente qui souffle. Très gentiment, ils nous proposent un repas à prix modique, une bonne soupe et une viande accompagnée de riz.

Un guide basque installé depuis longtemps en Argentine, que nous avions déjà vu hier, vient nous tenir compagnie et nous donne de nombreux conseils pour réorienter notre voyage vers l’Argentine. En effet, nous avons bouleversé notre projet, et il nous reste un peu plus d’un mois à séjourner dans le pays.

Après une longue conversation pas toujours facile à comprendre, car notre interlocuteur basque parle à une vitesse incroyable, nous rejoignons notre chambre dans le demi-tonneau. Bien à l’abri, nous nous endormons en imaginant la nuit que nous aurions passée au col San Francisco, si nous avions décidé d’y rester.

28 octobre Poste frontière à l’hôtel Cortadenas 85 km 360 m de dénivelé

A 8 heures du matin nous nous présentons au poste frontière, alors que nous n’avons pas quitté l’Argentine, méandres de l’administration. Effectivement, nous avons eu un tampon de sortie du territoire argentin et nous obtenons un nouveau tampon d’entrée alors que nous n’avons pas quitté le pays. Il faut reconnaître que nous sommes dans des régions très particulières au cœur de ces zones désertiques et montagneuses des Andes. Les postes frontières argentin et chilien peuvent être distants de cent kilomètres, ce qui est le cas au Paso San Francisco.

Le douanier, avec lequel nous avions tenté de négocier la veille, n’était pas très sympathique. Il nous avait informé de l’ouverture du poste à huit heures. Riches de cette information nous nous pointons en avance dans l’éventualité où il y ait déjà d’autres personnes.

Le bureau est bien ouvert, mais la délivrance des visas ne débutera qu’à 8h30. Un groupe de voitures immatriculés au Chili arrive d’Argentine et rentre au pays. Au moment où enfin le douanier décide de se mettre au travail, très gentiment les Chiliens nous demandent de passer les premiers. Certes en apparence, nous ne sommes pas à une heure près, mais le vent change la donne. Le temps perdu au départ est multiplié par trois ou quatre en fin de parcours.

A 9 h nous roulons, paradoxe de ces immensités andines, la descente commence par une montée de plusieurs kilomètres. Tout naturellement les paysages que nous découvrons à la descente sont différents de ceux observés en montant, les mêmes montagnes avec un regard orienté différemment. Nous effectuons du beau vélo, avant que le vent ne nous rattrape. Nous ne l’aurons pas souvent de face, mais généralement de travers. Il va nous secouer comme des pruniers, et il nous faut redoubler de prudence, car son irrégularité est un réel danger. En permanence ses coups de boutoir nous bousculent.



A midi nous effectuons une pause repas dans le refuge numéro 3 où nous avions dormi à la montée. Cela nous semble loin dans le temps, tellement l’expérience de ces trois derniers jours a été considérable. Nous y avons goûté à de nouvelles émotions dans l’effort et le doute au milieu de cet enfer, que nous avons vécu un peu à la manière d’un paradis.

Les 20 kilomètres suivants nous mènent à l’hôtel Cortaderas, seul lieu habité avec une misérable bergerie sur les cent quarante kilomètres qui nous séparent encore de Fiambala. Bien que la route descende cette distance de 20 km nous demande deux heures de pédalage, car le vent une fois de plus a forci.



Quelle délivrance de pouvoir échapper à l’emprise des éléments lorsqu’ils sont déchaînés. En pénétrant dans la vaste salle de restaurant, nous sentons nos corps se détendre.

L’hôtel étant équipé du wifi, nous pouvons contacter nos épouses pour leur annoncer notre renoncement et notre retour sur nos pas. Cela les remplit de joie. En effet, elles nous avaient prévenus à plusieurs reprises avant cette étape, que nous n’avions plus vingt ans et que nous devions faire attention à ne pas dépasser la zone rouge.

A 17 h arrive un couple d’Allemands à moto, deux magnifiques BMW des années 80, mieux adaptées à ces régions que les nouvelles motos plus fragiles du fait de l’électronique. Ils viennent de passer le paso San Francisco en provenance du Chili. A leurs visages marqués, de toute évidence ils en ont bavé. Ils semblent presque hagards, une expression similaire à celle que nous avions observée hier sur les figures des deux motards rencontrés au poste à la douane.

Au moment du dîner, nous les invitons à notre table. Nous passerons une soirée agréable ensemble. Nous sommes en présence de voyageurs tel que nous les aimons. Que nous découvrions la Terre à moto ou à vélo, nous sommes poussés par la même envie d’aller voir plus loin. Cette soirée sera d’autant plus agréable, que l’allemand est la langue étrangère que je préfère parler.

29 octobre hôtel Cortaderas à Fiambala 98 km

Après avoir pris notre petit-déjeuner à 7h00 nous nous mettons en route à 8h00. Nous disons au revoir aux Allemands qui comptent partir plus tard.



Nous allons effectuer une séance de vélo de rêve. Le vent ne sera jamais fort et généralement il nous poussera. Cette centaine de kilomètres nous l’effectuons en 3H30 en comptant des arrêts pour profiter de points de vue magnifiques et garder dans nos mémoires cette ambiance particulière de ce grand col du bout du monde. Cela montre un autre volet du vélo après les efforts violents des jours derniers, où malgré le développement de toute ma force je n’avançais généralement qu'à 5 ou 6 km/h, alors que la route disparaissait dans un lointain apparemment inaccessible.





La perception du panorama est très différente dans ce sens. Sans doute en montant j’avais le regard rivé quelques mètres devant absorbé dans l’effort.



Les roches autour de nous sont de toute beauté. Nous faisons plusieurs pauses photos. Nous aurons la chance de profiter d’un spectacle magnifique, la lune posée sur une crête aiguë.





Les Allemands ne nous rattraperont qu’à Fiambala, alors que nous procédons au change de notre argent chilien que nous n’avons pas utilisé. Ils seront tout étonnés de ne pas nous avoir doublés plus tôt.

L’échange de nos devises nécessite une fois encore plus d’une heure. Une livraison de fonds a lieu à la banque, nombre de policiers armés assurent la sécurité, ce qui perturbe un fonctionnement normalement déjà très long. Une fois l’opération terminée, on ne me permettra pas de sortir de la banque avant que le fourgon de fonds ne soit parti.



Nous allons déjeuner avec les Allemands, mais ce midi ce ne sera qu’à l’eau, contrairement à hier où le malbec argentin avait coulé à flots.

Nous retournons à l’hôtel municipal, puis le lendemain nous rejoignons la ville de Tinogasta. Une fantastique aventure en boucle de 500 kilomètres prend fin. Nous garderons tous les deux un souvenir impérissable de ces 8 jours passés sur cette route incroyable du paso San Francisco, une grande semaine, que l’on croit avoir rêvée, hors du temps sous l'emprise des éléments. Cette belle expérience restera gravée à jamais en nous.
RH
Ce texte passionnant, et ces images, auront ouvert mon imaginaire à ces montagnes, si différentes de ce que je connais. La photo satellite sur Google que je vais continuer à explorer est impressionnante. Je rêve maintenant de faire la même chose (ça restera un rêve). Le paradoxe du côté aventureux de cette expérience, c'est que la route est très belle. Bitume magnifique et aucune circulation..les conditions idéales pour faire du vélo. Mais avec le climat d'une autre planète. En lisant le renoncement, je me disais que parfois la prise d'une décision est aussi difficile que l'ascension d'un sommet venté, on finit par trouver de justesse ce qui est raisonnable. Ca doit être quand même assez terrible d'en baver à la descente autant qu'à la montée (sauf pour l'idéale dernière étape). Merci bien pour ce récit.
DI
Coucou,

Bah moi qui comptais sur toi pour me faire découvrir l'autre versant, c'est râpé!!! Seuls les sages savent s'arrêter avant d'avoir franchi le point de non retour!! Félicitations en tout cas. Et hop, la suite du voyage!!
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CA
Cycliste je croyais connaître la lutte contre le vent mais ce que vous avez fait est incroyable et votre renoncement a été sage.Merci de vos récits dont je suis un fidèle lecteur, j'attends la suite.
DO
Hello Luc,

Original parking à vélo que cette crème chantilly ! Pardon et trêve de plaisanterie...

Elle est dingue cette aventure parce qu'elle est faite de froid, de vent, de peurs et d'incertitudes mais aussi de dépassement de soi, de partages, de courage, de volonté, de joies et tout cela dans des paysages incroyables de beauté et d'étrangeté... Je sors de cette lecture ébranlée par la violence du vent, épuisée par les kms avalés entre vélo et marche et ravie d'avoir eu l'impression d'être dans un autre monde.

Je respecte bien sûr ces choix de voyages mais je ne les envie pas du tout mais alors pas du tout !

Bon, tu nous emmènes où lors du prochain épisode [:)] ? Parce que la lecture de tes carnets est passionnante et que je n'ai pas envie que ça s'arrête !

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
TI
Bonjour Luc . Récit toujours aussi passionnant et si bien écrit. Merci infiniment. Lorsque tu dis " orientation plein Est " vers le Chili ou " un coup d'oeil à l'Est vers le Chili ", je suppose que tu voulais dire Ouest. En tout cas j'attends la suite avec impatience. Salutations, Bernard.
Titoualsace
RH
Avec tout ce vent, il y a de quoi être un peu à l'ouest [:)]
LU
Bonjour Bernard effectivement j'avais remarqué l'erreur hier, mais depuis j'avais oublié je vais aller corriger. Merci Luc
TI
Pas de soucis Luc, l'essentiel est bien l'intérêt du récit et la qualité de sa rédaction. Encore merci, Bernard.
Titoualsace
LO
[/L’image qu’il me restera de ce col, ce sont les immenses panneaux balisant la ligne de frontière, tordus et gisant au sol, arrachés malgré leur forte structure par cette tempête permanente. La désolation, et cela me fait penser à cette île de la Désolation quelque part plus au sud, faisant partie des terres australes, ce bout du bout du monde qui tangente l’Antarctique.]

Avec cette comparaison avec l'île de la Désolation, tu auras vécu à ta façon tes 40ème rugissants, tes 50ème hurlants. Récits haletants où tu montres que le renoncement n'est pas une fin en soi surtout lorsqu'il est dicté par la sagesse. Chapeau à vous deux.

Florence
TI
Bonjour Luc. Formidable récit, passionnant et haletant (sans jeu de mot). De plus rempli de beaucoup de sagesse et d'humilité. J'ai aussi atteint un âge que l'on qualifie de certain, et je comprends le dilemne auquel vous avez été confronté. Mais l'âge permet le déclenchement de cette petite lumière rouge qui se met à clignoter dans le cerveau et qui aide à faire le bon choix et de savoir ravaler notre orgueil. L'essentiel reste l'aventure que vous avez vécue et la fierté de l'avoir réalisée. Avec toute mon admiration, merci. Bernard.
Titoualsace
LU
Bonjour Bernard merci, et aussi à toutes les personnes qui m'ont mis un petit mot. On écrit pour soi et pour se souvenir, mais on écrit aussi pour les autres et faire partager ses passions et son envie de vivre.

Je vais prendre dans les jours qui viennent (peut-être les semaines car la pêche à la truite va ouvrir!) le temps de relater la suite de notre périple argentin (de l'ordre de 1500 km) qui a pris un tour différent, dans des immenses plaines étranges et désertes. Souvent ce fut un immense plaisir de pédaler sur des routes sans trafic ou presque, et parfois sur des routes au danger extrême et permanent, je pense à la redoutable N 38, où un œil rivé constamment sur le rétro il ne fallait pas hésiter à sauter hors de la route à la moindre alerte de bolides qui roulaient souvent à plus de 150 km/h. Mais on s'habitue et on a l'illusion de dominer et maîtriser, l'esprit concentré sur sa propre survie. Mais toujours les Argentins nous ont réservé le plus extraordinaire des accueils. Dans ces coins hostiles loin du monde ils sont toujours prêts à nous aider même s'ils roulent comme des fous furieux. Je mets quelques photos au hasard en attendant.











BL
Bonjour Luc,

Je viens enfin de lire ton carnet. Toujours aussi captivant. On vit vraiment l’aventure avec toi... bien au chaud à l’abri.
Bluequark

Carnets : Namibie, Laos-Perhentias-BKK, Ouest US, Lanzarote, New-York, Berlin, Cuba, Bardenas Reales, AFS -Lesotho-Swaziland, Japon et le dernier né Colombie: https://voyageforum.com/discussion/ete-2017-trois-semaines-en-colmobie-en-famille-d10108246/
EP
superbes photos pour un véritable exploit !!!! faire ça en vélo ......je l'ai grimpé , ce col , dans mon toyota rouge de location , apres avoir couché dans ce fameux tres grand hotel déserté.....les pauvres motos avec nous sont arrivés gelés a la douane , le vent épuise tout ce qui est vivant (pas grand monde !)... alors faire ça en vélo , chapeau bas !
AR
Merci infiniment pour ton très beau récit. J'ai revécu à travers lui mon aventure d'Octobre 2017 (déjà !). J'ai réussi à passer le col en 5 étapes (en dormant entre autre à l'hôtel désert et deux nuits au poste frontière argentin). Pour monter au col je m'y suis repris à deux fois pour la derniere étape. Le premier jour, j'ai renoncé à cause du vent et je suis redescendu avec l'idée d'essayer de me faire prendre en stop au poste frontière. Mais c'était le premier jour de l'ouverture du col et il y a eu 3 voitures seulement dans l'après midi... Je suis reparti le lendemain et j'ai fait dix sept kilomètres en poussant le vélo. Un camion militaire argentin m'a recueilli à 2 ou 3km avant la cabane du col... C'est la seule fois de ma vie où je me suis senti militariste !!! Pour la descente sur le Chili, j'ai mis une dure journée (la piste est infernale) jusqu'à un refuge situé à deux kilomètres de la route principale et qui permet l'ascension du volcan le plus élevé du secteur. Puis une très longue journée jusqu'au delà du poste frontière. A ce stade, la route est goudronnée et je me suis cru définitivement sauvé. Quelle déception ! la piste redevenait peu après en terre et surtout il fallait passer un second col avant la grande descente sur Copiapo. C'est juste avant le sommet de ce col qu'un pick-up s'est arreté et m'a proposé de me prendre. Epuisé, j'ai accepté. C'est ainsi que je suis arrivé de nuit à Copiapo. De tout mon voyage de 7 mois, le Passo San Francisco est celui qui m'a fait aller au bout de moi-même, physiquement et psychiquement (j'étais seul). Comme quoi Saint Francois n'épargne pas les petits Paquito (c'est mon prénom et il signifie Petit François) Toute mon amitié et mon respect Paquito
Paquito
RO
Si vous ecrivez un livre Luc faites le nous savoir... je l'acheterai , j'adore vous lire, vous m'avez transportée sur la selle de votre velo!
Mon Blog sur ALMUÑECAR (costa Tropica) : -> https://vivre-en-espagne.blog4ever.com/ Blog sur l'Amérique Latine (en anglais): -> http://GreenMochila.com Ma passion des cactus sur Facebook : DAD Création. Cactus et succulentes dans un coquillage.
LU
Bonsoir Dominique merci pour votre petit mot cela fait plaisir je ne le cache pas.

Concernant un livre à écrire je songe en effet à me lancer à nouveau dans l'aventure, en axant le thème probablement sur les grands déserts d'Amérique du Sud, mais il faut y consacrer du temps.

J'en avais déjà écrit un premier mais il n'est plus disponible.

Si vous êtes intéressée je tiens une chronique mensuelle, depuis bientôt 2 ans, sur le voyage à vélo et autrement, comme grandes traversées de massifs montagneux à pied en autonomie, à résonance fm, la radio de la ville de la Bresse dans les Vosges. Si par MP vous me donnez une adresse mail je peux vous envoyer l'enregistrement de mes émissions. Chaque émission a une durée de 1h.

Je précise que je fais cela bénévolement rien que pour le plaisir de partager mon enthousiasme sur les voyages un peu ''décalés''.

Bonne soirée Luc
ST
Salut Luc. Impressionnant. Joli. Je ne connais pas du tout ces contrées d'Argentine. Je ne m'y suis jamais penchée. Tu m'impressionnes de beauté et de forces. Tes réflexions m'imprégnent : Classer - bâtir un projet - y être - réussir - ou - renoncer - frustrer - tristesse - rapport au corps - au cœur - a la terre - aux éléments - C'est, et tu es, puissant d'émotions et de frissons. Pour ma part vide et force a la fois m'ont submergés aussi au retour. Ce qui est semé, ce qui germe est a un moment donné impalpable, inexplicable, inexprimable... Les photos sont impressionnantes. Brave, braver, bravo. Ouahhhhhh. Beau !
StfPetitCaillou
LU
Bonsoir Stéphanie encore quelque chose d'incroyable, j'ai ouvert mon ordi car je voulais répondre sur ce post à Artambulon sur les voyageurs en solo dans les zones extrêmes et relater les relations que j'ai eues avec ces femmes et ces hommes un peu beaucoup "strange" que j'ai côtoyés de par le monde. Et je tombe sur ta réponse toi qui est partie entre autre en solo sur les pistes nord du Laos bivouaquer dans des forêts où la faune rampante n'est pas toujours très sympa. Je répondrai une autre fois à Artambulon. Les personnes qui voyagent de manière un peu décalée sont toujours très intéressantes à côtoyer, dans leur regard on décèle toujours une furieuse envie de vivre et aussi souvent beaucoup de relativité par rapport à ce que nous sommes . Bonsoir Stéphanie et j'espère à bientôt pour un joli texte pour CCI. Luc
ST
En janvier février au Laos, les températures sont clémentes...les serpents et moustiques ne sont pas trop de sortie. Et j'avoue en avoir vu aucun.

J'ai compris que en France des individus ont peur aussi....on a pourtant si peu de malchance de tomber sur un insecte ou un rampant dangereux chez nous.... tout m'est apparu relatif.

En Australie j'ai eu plus peur. Je voyais accompagné. Alors j'observe que dans le bush (et les montagnes humides du Laos c'est pareil) les hommes font avec le risque de vivre ... généralement je fais du mimétisme des locaux....Je ne suis qu une femme de la terre ... Et j'ai croisé des mortels ... Venimeux qu en Australie... Je n'en demande pas plus.

Une autre fois en Roumanie en Transylvanie un paysans assez agressif a démonter la tente. Ils nous a conduit à un camps militaires. C'était un berger. Il gardait ses troupeaux toute la nuit pour éviter que ses braves moutons se fassent croquer....par les ours....nous aurions fait qu'une bouché....

La vie est un point de vue. Une vue de l'esprit....je suis sûre que je n'aime pas prendre des risques démesurés [;)]
StfPetitCaillou
TI
Bonjour Stéphanie. Je partage ta vision du voyage, ce besoin impérieux de partir, de découvrir, de rencontrer et de rêver bien-sûr mais avec les deux pieds sur terre. Je voyage très souvent seul, et même si ce n'est pas à vélo, d'ailleurs chapeau à tous les cyclistes voyageurs, j'aime le ressenti et cette solitude qui permet de s'imprégner de ce qui nous entoure, de profiter pleinement des émotions personnelles et de prendre toute la mesure de notre fragilité, c'est une grande leçon d'humilité. Je pense que la prise de risque doit toujours être bien mesurée même si il est impossible de tout prévoir, l'inconscience ou la fanfaronerie n'ont pas leurs places dans une démarche de plaisir et de découverte. Face aux alertes que nous envoient notre instinct et notre corps il faut certaines fois renoncer, il n'y a aucune honte à cela, c'est la preuve que notre cerveau fonctionne bien. Se décider à partir voyager seul au bout du monde c'est comme sauter en parachute, à un moment il faut oser franchir la porte. Cordialement, Bernard.

P.S. : Je vois que tu es une partisane du style télégraphique, c'est intéressant.
Titoualsace
LU
Bonjour Bernard on voit qu’à travers tes réflexions dans ta réponse à Stéphanie tu as une belle expérience du voyage t’étant posé un certain nombre de questions auxquelles on apporte ses propres réponses au filtre de l’expérience vécue.

Le risque et notre fragilité ce sont deux questions qui « obsèdent » dès que l’on sort un peu des chemins courus.

Le risque l’évaluer question complexe. Chacun va l’évaluer en fonction d’une multitude de critères plus ou moins objectifs. Telle personne sera plus en danger sur un bon chemin qu’un surdoué de l’escalade sans corde dans une voie extrême. La notion de risque doit-elle être dissociée de la notion de chance ? Napoléon lorsqu’il nommait un colonel général avant de décider de cette promotion il avait dit-on l’habitude de demander si l’intéressé avait de la chance. En effet, en le nommant il avait l’intention de lui faire prendre les plus grands risques et le soumettre aux plus grands dangers. Je me souviens « d’une autre vie » lors d’entraînements particulièrement difficiles l’instructeur annonçait en début de briefing : La faim tue en quelques semaines, la soif en quelques jours, le froid en quelques heures et le stress en quelques secondes.

Le stress induit par la peur que chacun éprouve à des degrés divers en fonction de son caractère et de son expérience et entraînement est l’élément qui si on ne le maîtrise pas bien va mener à la catastrophe.

Plus on se connaît et plus on va pouvoir essayer de se faire une idée du risque auquel on va se confronter volontairement afin de le dominer. Mais si on a mal apprécié, alors il est indispensable d’avoir une marge de manœuvre, facile à dire.

Mais il faut toujours compter avec les impondérables que l’on appelle en alpinisme les risques objectifs, foudre, avalanche, chute de pierre, chute en crevasse, prise qui casse…..

Le solitaire ne pourra chercher ses ressources qu’en lui en cas de difficultés le mettant à rude épreuve. En équipe on peut compter sur son ou ses compagnons, c’est pour cela qu’il faut si possible les choisir bien. On revient de grandes balades engagées avec des vrais amis. Très vite on va ressentir que le copain est prêt à aller jusqu’au bout en cas de besoin pour t’aider. Cette alchimie des expériences engagées est difficile à décrire mais elle nous fait rayonner par la fraternité. Tellement d’exemples vécus me viennent en mémoire que je pourrais en discuter ou plutôt écrire des pages sur l’apprentissage de la connaissance de ses forces et surtout de ses faiblesses, et sur la bienveillance et le réconfort du regard d’un ami qui te rassure alors que tu sens que le stress donc la peur est sur le point de te submerger.

La fragilité : la moindre chute à vélo, à pied ou à l’eau peut conduire à l’accident grave, et combien de fois j’ai senti le couperet passer pas très loin. Sans parler de l’alpinisme où tout alpiniste a expérimenté le caillou qui siffle comme une balle et qui frappe au hasard, à côté ou sur le corps. Dans les sports dits à risques, hélas la liste de amis disparus à l’action s’allonge d’année en année. Le plus dramatique c’est que leur mort n’arrive pas toujours dans les entreprises les plus difficiles.

Dans notre monde où le risque de se tuer dû à une activité dangereuse est regardé par beaucoup comme une barrière il est difficile de discuter sans être traité d’inconscient. Et malheur s’il arrive un accident on sera vilipendé. Vaste sujet Bonne journée Luc
TI
Bonjour Luc. Tes réflexions sont très intéressantes et, en effet, c'est un vaste sujet. Effectivement chaque individu possède sa propre évaluation de la notion de risque et au fil du temps on pense s'en faire une idée précise et on se sent plus sûr de soi, et c'est là souvent que le danger se cache. Je sais qu'avec les années je deviens moins fanfaron et beaucoup plus réflechi, le risque étant un jour de trop réflechir et de ne plus avancer. Plus jeune je grimpais sans souci sur le toit pour changer une tuile, maintenant je préfère envoyer une tierce personne, sagesse ou début de sénilité ? Les deux sans doute. Voyager seul(e) implique une attention de tous les instants, même la moindre balade loin de tout peut tourner au cauchemar parce que, par exemple, on a pas regardé où on posait le pied. Mais cette solitude et ce besoin d'être en alerte nous font sentir plus vivants que jamais. Cette lueur dans les yeux de voyageurs dont tu parlais dans un précédent message montrent qu'ils sont vivants grâce à leur passion. Quelqu'un a dit : ils y a des gens qui vivent et d'autres qui attendent de mourir. Sur ce forum nous échangeons avec des gens vivants qui ont des projets et qui veulent avancer. Une passion, même d'apparence insignifiante, permet de vivre et d'avancer. Quant à la chance, Napoléon avait peut-être raison, mais la vraie chance que nous avons c'est d'avoir, d'une part la possibilité matérielle, d'autre part pour les plus âgés d'entre nous d'être encore en parfaite santé, ou presque... Quand je parle de fragilité face à l'immensité qui nous entoure je pense à notre insignifiance devant cette nature qui nous impose l'humilité. Insignifiant mais important bien-sûr. Quand je consulte la liste de tes expéditions je suis vraiment très impressionné, cela force le respect, aucune flagornerie de ma part, c'est sincère. Profitons encore un peu tant que la nature nous préserve, et tu as raison, le jour où nous ferons l'erreur fatale, ils seront nombreux à nous crucifier : "on l'avait pourtant mis en garde". Mais en attendant nous vivons. Bien cordialement, Bernard.
Titoualsace
ST
Salut, C'est quoi le style télégraphique ? Les trois petits points, du silence ? Cet hiver, j'ai posté sur ski tour, peut être rien de fou, mais si je dévissais mes skis sur le sac, mes marches taillées a coup de pieds.....silence....soleil...silence...peur...maîtrise concentration. C'est long mon affaire, c'est pentu. Solo, solitude. Si je fais un toboggan géant....peut être.... je fais une chute, une glissade mortelle. Si j'avais mieux regardé...et si...et si..."chut"...silence...c'est long...c'est précis....continue stf... maîtrise....pas de peur....une autre Puissance....tu n'es qu'un petit caillou...aller....ça va aller. Puis me vient l'idée de la plateforme. Rechausser... lenteur...silence...c'est beau...le ciel est magnifique, la neige et les conditions parfaites. Je suis branchée a la source, a la terre à mon cœur...dans le silence...j'ai un peu peur....les gestes sont lents, je de-peau-te....Et demi tour...qu'elle bonheur d'avoir quitter cette hauteur. Sous le couloir est de Malissard...la trace n'était pas sur l'épaule. Elle S'arrêtait. Et je décidais d'aller droit dans le pentu sous le couloir. Manque d'expertise ? un peu. Manque de recul? aussi. Goût du risque ? Bah non. Solo, bah.... Des fois, ça passe, le bonheur au bout du compte....un jour l'expérience se cumule, on fait mieux. Un dôme de bellefont. Des lieux majestueux, de silence. Une face nord une trace de géant, ma plus belle poudre de chartreuse de cette hiver. Je me suis sentie vivante folle, sacrément vivante, c'est sur..... Je suis sûre de rien....j'ai posté l'orgasme...j'ai eu l'ultime descente....l'aventure au bout du chemin ou sur le chemin? La vie comme cet or blanc. N'est ce pas un peu éphémère ? Un peu farfelu ? Grotesque ? Si j'avais été accompagnée, rien du risque ne se serait passé... Et d'autres fois j'ai pris des risques a cause de d'autres.... Ce sera une petite philosophie sans prétention... Tout est si complexe. Tout est si variable. Selon, les valeurs, les expériences. Selon.... Cordialement à tous, voyageurs....le cœur avide....de bonheurs.
StfPetitCaillou
LU
Bonsoir Stéphanie tiens bizarre comme souvent les voyageurs à vélo au long cours sont des montagnards qui aiment les belles sensations en pente raide en neige ou en face difficile en rocher.

Du côté de chez toi j’ai pas mal arpenté les parois comme les rochers du Midi ou la dent de Crolles. Une petite balade verticale de ma jeunesse sniff :

https://voyageforum.com/v.f?post=1333808;#1333808

Luc
LU
Bonjour Stéphanie ton petit récit avec : mes marches taillées à coup de pied...... cela me fait penser au magnifique petit livre de Gaelle Cavalié 100 heures de solitude, cette toute jeune femme de 21 ans qui se lance il y a 3 ou 4 ans en solo dans le couloir Couturier à la Verte et ça ne se passe pas très bien mais se finit de façon splendide à lire et à relire. Arriba vive les femmes en solo. Luc
TI
Bonjour Stéphanie. Même si je ne connais pas le monde de l'alpinisme, ce que tu exprimes me touche car je retrouve ce qui pour moi est important : vivre une passion pour se sentir vivant. Derrière l'expression télégraphique il n'y avait aucune malice de ma part. C'est juste la première image qui m'est venue à l'esprit en te lisant. Il est vrai que le mot n'est pas très beau, mauvais choix. Salutations, Bernard.
Titoualsace
ST
Bonsoir, Je ne sais juste pas ce que veux dire télégraphique. Peut être c'est phrase concise ? C'est ski randonnée, l'activité. Et voilà. Tout bien. Partage accompli et empli d'émotion. J'ai re vécu une belle aventure, grâce a ton post juste pour dire, pour partager et pour aimer. Nous sommes des âmes connectées. 😉
StfPetitCaillou
TI
Bonjour Stéphanie. Oui la concision sûrement, j'aurais dû dire, peut-être, dépouillé, qui va à l'essentiel, sans fioritures. Les personnes de ma génération ont connu jeunes le télégramme, pour des urgences, en envoyer un coûtait cher car facturé au nombre de caractères; donc on utilisait un style d'écriture très dépouillé en donnant le maximum d'informations en un minimum de mots. Ton style d'écriture a fait rejaillir ce souvenir. Mais comme je le disais le choix de "télégraphique" n'était pas judicieux et un peu brut de décoffrage. Connectés, certes, avec bonheur et plaisir. Bien cordialement, Bernard.

" On trouve souvent le bonheur en sortant de sa zone de confort " ( sic )
Titoualsace
TI
Rebonjour. Je réalise que je me suis mal exprimé en parlant d'urgences, cela permettait d'envoyer un message plus rapidement que par courrier. Le message était transmis par téléphone par la poste, on disait aussi " envoyer un câble ". Ceci dit j'ai l'impression maintenant d'avoir pris un sacré coup de vieux... Bernard.
Titoualsace
ST
Ah, oui. J'ai vu ça dans les films....[;)] ça me plaît parfaitement comme remarque sur mon style. Je découvre, et j'apprends...que certains aiment lire les tergiversations du Petitcaillou. [:)]
StfPetitCaillou
TI
Bonjour Stéphanie. J'espère qu'il ne s'agissait pas de films en noir et blanc...[;)] Moi aussi j'ai découvert et appris en te lisant, l'échange enrichit. Bernard.
Titoualsace

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