27 octobre aller-retour la Gruta au paso San Francisco 4800 m
Aujourd’hui nous comptons basculer au Chili. Le paso Francisco est célèbre pour ses tempêtes de vent, et afin d’espérer y échapper, nous nous mettons en selle à 6h30 pour une étape de 22 km et 900 m de dénivelé.
Nous estimons que 4 heures seront nécessaires pour l’atteindre. Ensuite notre intention est de plonger sur le versant chilien, pour rejoindre la Laguna Verde, où se trouve un petit refuge non gardé à 4200 m d’altitude. En effet, la tente doit rester la dernière extrémité dans ces zones d’altitude en permanence dans la bourrasque.
Les montagnes qui nous entourent culminent à plus de 6000 m. Elles sont illuminées par le soleil levant, alors que nous sommes encore dans l’ombre. Spectacle magnifique ! Après avoir mis en valeur ces sommets, la lumière du soleil descend leurs immenses pentes. L’éclairage réanime une multitude de couleurs, qu’il s’agisse de l’unique teinte jaune des dernières herbes, ou de la palette des colorations de la roche, traces de tous les matériaux que ces volcans ont expulsés. De plus cette année il y a pas mal de neige, ce qui donne une touche singulière supplémentaire à ce spectacle.


L’air est calme, le silence absolu, ni bruit de moteur, ni cris d’animaux et pas plus de chaînes, cordes ou toile secouées par le vent. Mais toute la question est: combien de temps cela va-t-il durer ?

Nous démarrons avec la sensation de rentrer dans un sanctuaire. Rapidement la pente s’intensifie, et les immensités que nous avons parcourues ces jours derniers se révèlent d’autant mieux. Nos ombres sont démesurées sur l’asphalte. Dans ce silence et ce calme qui ne devraient pas durer très longtemps, nous ressentons une angoisse. Nous savons que le vent en furie ne va pas tarder à nous bousculer et ses hurlements à nous assourdir.

La première heure de pédalage se passe bien, en effet nous pouvons rester sur nos vélos. Nous ne progressons pas rapidement du fait du lourd chargement, en particulier en eau, de l’altitude et du pourcentage qui s’approche des 10%.
Puis le vent de manière très matinale démarre et à partir de 8 heures, c’est à pied que nous devons progresser, confrontés à un mur, qui devient de plus en plus solide au fur et à mesure qu’il forcit. Plus nous montons pire les conditionnent deviennent. Nous marchons courbés, arc-boutés, les mains bien verrouillées sur le guidon, cherchant à offrir le moins de prise au vent. Nous nous relayons à tour de rôle, le second abrité au plus près du premier, afin d’échapper à cette force déchaînée et hurlante qui cherche à nous faire renoncer.

En fonction de la direction de la route, il faut se mettre juste derrière, ou d’un côté ou de l’autre du leader. Je compte mes doubles pas lorsque je mène. Selon la puissance du vent toujours aléatoire, l’orientation et la pente, je tiens de 50 à 300. Les dix derniers pas s’effectuent toujours à la limite de l’asphyxie donc de l’épuisement. Je ne sais pas si c’est essentiellement psychologique mais cette méthode de comptage de mes doubles pas me donne l’impression d’aller plus vite. Et puis cela m’occupe le cerveau, quand on n’est plus en mesure de penser dans les éléments déchaînés.
Une bise glaciale nous transperce, malgré l’effort intense. Nous avons la sensation que nos visages et nos crânes gèlent. Nous nous abritons derrière une simple ondulation du terrain, afin d’enfiler une couche supplémentaire sur le corps et deux cagoules sur la tête, en restant allongés au sol.
Il nous reste plus de dix kilomètres à parcourir, j’ai les doigts qui commencent à me faire mal du fait du froid. Dans ce décor gigantesque, nous sommes presque cloués au sol, et au bout de cette route que l’on voit monter en ondulant à l’infini, le col nous semble inaccessible. Que faisons-nous là ? L’idée de céder et de m’enfuir m’effleure. J’ai le net sentiment que nous n’y arriverons pas. Mais pour l’honneur, poussons jusqu’à la dernière limite avant de faire demi-tour, pour ne pas subir l’amertume de l’échec sans avoir tout tenté.
Ces dix derniers kilomètres vont être pour André et moi une expérience unique. Mais le soleil montant toujours, nous ne ressentons plus la douleur de l’air glacial, nos corps semblent s’adapter et prendre le dessus. Plus tard, lorsqu’ André et moi échangerons chacun nos impressions, nous dirons la même chose : malgré cette vitesse d’escargot, nous avancions et dans cette immensité, nous nous en rendions compte. Ce qui maintenait un bon moral. Bien évidemment, dans l’action il nous était quasiment impossible de communiquer, tellement le ronflement du vent était puissant. Durant ces quatre heures hors du temps, seules deux ou trois voitures vont nous dépasser. Que pouvaient bien penser les personnes à l’intérieur ?
Le dernier kilomètre me restera en mémoire comme l’expérience la plus invraisemblable de mon existence. Dans ces immensités des Andes, un col ne se caractérise pas comme un point haut entre deux pentes abruptes. Non, il ressemblerait plus à un point médian sur un plateau de plusieurs kilomètres séparant deux flancs de montagne, dans le cas présent, deux pays Argentine et Chili.
Nous avons l’impression d’être dans un avion sans cockpit. La pression du vent dans cet air raréfié à près de 5000 mètres d’altitude est telle par moments que nous en suffoquons. Sa vitesse est de toute évidence bien supérieure à 100 km/h. Dans mes différents voyages je n’avais jamais été confronté à pareille extrémité. A plusieurs reprises, une rafale plus puissante nous bloque comme si nous rentrions dans un mur élastique, qui après déformation nous repousserait. Vraiment étrange, il nous faut appuyer sur le guidon, freins serrés, pour que l’adhérence des pneus augmente, nous empêchant ainsi d’être refoulés.
Nous voyons le dernier refuge argentin symbolisant la frontière grossir avec l’espoir de nous mettre à l’abri de cette fureur. Nous l’atteignons, nous nous y engouffrons avec nos vélos, quelque peu hébétés par ce long passage à tabac. Que la nature peut devenir violente et hostile.

Le vent génère de telles pressions autour de notre frêle bâtiment, que de forts courants d’air le parcourent. Il ne fait pas chaud, la température est négative, quelques plaques de glace nous l’ont confirmé. Comme autre preuve, l’une de mes réserves d’eau présente une légère fuite, ce qui crée un beau glaçon.

Nous nous installons, sortons le matériel de bivouac avant d’envisager de préparer notre habituel repas composé de riz. Ces longues heures de montée nous ont demandé de rudes efforts et aussi une grande volonté pour ne pas céder à la fuite.
Il n’est que midi. Sans nous concerter, chacun voit bien en croisant le regard de l’autre, que nous allons devoir prendre des décisions, qui vont bouleverser de fond en comble notre voyage. Auparavant, si nous avions un petit espoir caché, de profiter d’un créneau favorable nous permettant de monter au sommet du volcan San Francisco à 6016 mètres, nos espérances se sont définitivement envolées avec la furie des éléments.
Pourtant en ouvrant la porte de notre abri, le chemin qui y conduit est très visible. Cela semble facile, et sans vent ça le serait. Chez moi en France je rêvais devant google earth, et maintenant je suis devant non une image du chemin, mais le chemin bien réel. Cependant une peur me prend, avec notre matériel de montagne léger est-il raisonnable de monter affronter des conditions extrêmes en haute altitude ? Les paroles du guide de montagne qui nous avait conseillés à Salta me reviennent en mémoire. Il considérait notre entreprise comme folle et dangereuse. Faut-il s’accrocher et s’installer pour de longues heures avant d’attaquer demain matin à 3 heures ?
La température est à son maximum de la journée et elle ne peut que descendre. Les jours précédents le répit du vent a été très court, moins de deux heures. En sera-t-il de même demain ? André ne dit rien, mais je sens qu’il se pose les mêmes questions. Le Tuzgle à 5530 mètres que nous avons gravi il y a deux semaines, nous semble une balade de santé dans une nature clémente. A l’inverse aujourd’hui, nous ressentons un vrai danger de se faire geler sur place. Mais tous ces raisonnements correspondent-ils à la réalité ou sommes-nous en train d’élaborer des excuses justifiant notre renoncement ?

Par ailleurs, notre route au Chili va nous confronter à trois cents kilomètres de piste face à ce vent sans réelle possibilités de ravitaillement. Et l’orientation restera plein ouest durant tout le trajet, avec de surcroît un grand col à monter. Ce que nous venons de vivre ces derniers jours en particulier aujourd’hui nous a quand même ébranlés.
Une fois dans le refuge nous avons vraiment le sentiment de sortir d’une broyeuse. La redescente sur le côté chilien nous apparaît comme impossible. Que faire ? Il est midi, 5H30 pour parcourir un peu moins de 22 km. Nous nous préparons une platée de riz, même si nous en mangeons maintenant depuis 4 jours comme unique plat de résistance, cela nous réchauffe. Nous l’avalons de bon cœur.
Voilà maintenant trois heures que nous nous perdons dans nos pensées à l'abri. Nous devons décider, et nous tombons d’accord en très peu de mots pour rebrousser chemin. Nous sentons qu’avec la venue de la nuit nous serions véritablement en danger si les conditions ne s‘amélioraient pas. Nous reformons nos sacoches et sortons.
Devant nous, le volcan San Francisco se dresse majestueux dans son austérité de lave volcanique. Encore une fois nous suivons du regard le chemin de montée. Mais manifestement nous nous sentons dépassés par la rudesse des conditions climatiques, surtout après cette montée de 4 jours qui s’est terminée par une véritable bagarre de 5h30 contre des éléments en furie. Nos corps sans être épuisés, pourraient en prendre un sacré coup si nous insistions.
Sans remords mais pas trop longtemps, nous le contemplons une dernière fois, dans un déchaînement de bourrasques de vent et aussi de sable qui vole et nous décape le visage. Un coup d’œil à l’ouest vers le Chili, où nous n’irons pas et résolument nous prenons la direction du poste de douane que nous avons quitté ce matin.
L’image qu’il me restera de ce col, ce sont les immenses panneaux balisant la ligne de frontière, tordus et gisant au sol, arrachés malgré leur forte structure par cette tempête permanente. La désolation, et cela me fait penser à cette île de la Désolation quelque part plus au sud, faisant partie des terres australes, ce bout du bout du monde qui tangente l’Antarctique.
Nous nous lançons donc dans la descente, en prenant toutes les précautions avec ce moteur puissant dans le dos, et parfois de travers. Il me faut de temps en temps descendre du vélo et m’accrocher à la route pour ne pas être chassé comme un fétu de paille dans les éboulis. Je vais avoir la sensation étrange lors d’un coup de boutoir de cet air sous pression que mon vélo m’est arraché des mains. Je m’y accroche au lieu de chercher une parade en me couchant au sol. Que la nature peut procurer des sensations fortes parfois, nous ne sommes pas grand-chose !

Enfin de retour dans notre abri de la nuit précédente, nous sommes comme assommés. Nous demandons aux gardes-frontière s’ils veulent bien nous accorder le visa ce soir, leur poste n’ouvrant qu’à 8 heures le lendemain. Il n’en est pas question, car si nous le voulons tout de suite nous devons partir et retourner dans la tourmente. En conséquence, nous allons attendre sagement demain.
Merci les douaniers qui vont nous forcer à une relative grasse matinée, qui dans le fond nous fera le plus grand bien.
Un peu après nous, un couple de motards arrive du Chili, chacun sur sa machine. Ils semblent complètement exténués. J’imagine leur descente du col. A vélo lorsqu’on est jeté au sol, il n’y a que le vélo à relever, même avec vingt-cinq kilos de bagages cela se fait assez facilement. Mais une grosse moto avec une forte prise au vent, lorsqu’elle est couchée sur la route, la remettre debout demande d’autres efforts beaucoup plus violents.
Les personnes du poste des naufragés de la route, que nous rejoignons, ne semblent pas étonnées de nous voir revenir, compte tenu de la tourmente qui souffle. Très gentiment, ils nous proposent un repas à prix modique, une bonne soupe et une viande accompagnée de riz.
Un guide basque installé depuis longtemps en Argentine, que nous avions déjà vu hier, vient nous tenir compagnie et nous donne de nombreux conseils pour réorienter notre voyage vers l’Argentine. En effet, nous avons bouleversé notre projet, et il nous reste un peu plus d’un mois à séjourner dans le pays.
Après une longue conversation pas toujours facile à comprendre, car notre interlocuteur basque parle à une vitesse incroyable, nous rejoignons notre chambre dans le demi-tonneau. Bien à l’abri, nous nous endormons en imaginant la nuit que nous aurions passée au col San Francisco, si nous avions décidé d’y rester.
28 octobre Poste frontière à l’hôtel Cortadenas 85 km 360 m de dénivelé
A 8 heures du matin nous nous présentons au poste frontière, alors que nous n’avons pas quitté l’Argentine, méandres de l’administration. Effectivement, nous avons eu un tampon de sortie du territoire argentin et nous obtenons un nouveau tampon d’entrée alors que nous n’avons pas quitté le pays. Il faut reconnaître que nous sommes dans des régions très particulières au cœur de ces zones désertiques et montagneuses des Andes. Les postes frontières argentin et chilien peuvent être distants de cent kilomètres, ce qui est le cas au Paso San Francisco.
Le douanier, avec lequel nous avions tenté de négocier la veille, n’était pas très sympathique. Il nous avait informé de l’ouverture du poste à huit heures. Riches de cette information nous nous pointons en avance dans l’éventualité où il y ait déjà d’autres personnes.
Le bureau est bien ouvert, mais la délivrance des visas ne débutera qu’à 8h30. Un groupe de voitures immatriculés au Chili arrive d’Argentine et rentre au pays. Au moment où enfin le douanier décide de se mettre au travail, très gentiment les Chiliens nous demandent de passer les premiers. Certes en apparence, nous ne sommes pas à une heure près, mais le vent change la donne. Le temps perdu au départ est multiplié par trois ou quatre en fin de parcours.
A 9 h nous roulons, paradoxe de ces immensités andines, la descente commence par une montée de plusieurs kilomètres. Tout naturellement les paysages que nous découvrons à la descente sont différents de ceux observés en montant, les mêmes montagnes avec un regard orienté différemment. Nous effectuons du beau vélo, avant que le vent ne nous rattrape. Nous ne l’aurons pas souvent de face, mais généralement de travers. Il va nous secouer comme des pruniers, et il nous faut redoubler de prudence, car son irrégularité est un réel danger. En permanence ses coups de boutoir nous bousculent.

A midi nous effectuons une pause repas dans le refuge numéro 3 où nous avions dormi à la montée. Cela nous semble loin dans le temps, tellement l’expérience de ces trois derniers jours a été considérable. Nous y avons goûté à de nouvelles émotions dans l’effort et le doute au milieu de cet enfer, que nous avons vécu un peu à la manière d’un paradis.
Les 20 kilomètres suivants nous mènent à l’hôtel Cortaderas, seul lieu habité avec une misérable bergerie sur les cent quarante kilomètres qui nous séparent encore de Fiambala. Bien que la route descende cette distance de 20 km nous demande deux heures de pédalage, car le vent une fois de plus a forci.

Quelle délivrance de pouvoir échapper à l’emprise des éléments lorsqu’ils sont déchaînés. En pénétrant dans la vaste salle de restaurant, nous sentons nos corps se détendre.
L’hôtel étant équipé du wifi, nous pouvons contacter nos épouses pour leur annoncer notre renoncement et notre retour sur nos pas. Cela les remplit de joie. En effet, elles nous avaient prévenus à plusieurs reprises avant cette étape, que nous n’avions plus vingt ans et que nous devions faire attention à ne pas dépasser la zone rouge.
A 17 h arrive un couple d’Allemands à moto, deux magnifiques BMW des années 80, mieux adaptées à ces régions que les nouvelles motos plus fragiles du fait de l’électronique. Ils viennent de passer le paso San Francisco en provenance du Chili. A leurs visages marqués, de toute évidence ils en ont bavé. Ils semblent presque hagards, une expression similaire à celle que nous avions observée hier sur les figures des deux motards rencontrés au poste à la douane.
Au moment du dîner, nous les invitons à notre table. Nous passerons une soirée agréable ensemble. Nous sommes en présence de voyageurs tel que nous les aimons. Que nous découvrions la Terre à moto ou à vélo, nous sommes poussés par la même envie d’aller voir plus loin. Cette soirée sera d’autant plus agréable, que l’allemand est la langue étrangère que je préfère parler.
29 octobre hôtel Cortaderas à Fiambala 98 km
Après avoir pris notre petit-déjeuner à 7h00 nous nous mettons en route à 8h00. Nous disons au revoir aux Allemands qui comptent partir plus tard.

Nous allons effectuer une séance de vélo de rêve. Le vent ne sera jamais fort et généralement il nous poussera. Cette centaine de kilomètres nous l’effectuons en 3H30 en comptant des arrêts pour profiter de points de vue magnifiques et garder dans nos mémoires cette ambiance particulière de ce grand col du bout du monde. Cela montre un autre volet du vélo après les efforts violents des jours derniers, où malgré le développement de toute ma force je n’avançais généralement qu'à 5 ou 6 km/h, alors que la route disparaissait dans un lointain apparemment inaccessible.


La perception du panorama est très différente dans ce sens. Sans doute en montant j’avais le regard rivé quelques mètres devant absorbé dans l’effort.


Les roches autour de nous sont de toute beauté. Nous faisons plusieurs pauses photos. Nous aurons la chance de profiter d’un spectacle magnifique, la lune posée sur une crête aiguë.


Les Allemands ne nous rattraperont qu’à Fiambala, alors que nous procédons au change de notre argent chilien que nous n’avons pas utilisé. Ils seront tout étonnés de ne pas nous avoir doublés plus tôt.

L’échange de nos devises nécessite une fois encore plus d’une heure. Une livraison de fonds a lieu à la banque, nombre de policiers armés assurent la sécurité, ce qui perturbe un fonctionnement normalement déjà très long. Une fois l’opération terminée, on ne me permettra pas de sortir de la banque avant que le fourgon de fonds ne soit parti.

Nous allons déjeuner avec les Allemands, mais ce midi ce ne sera qu’à l’eau, contrairement à hier où le malbec argentin avait coulé à flots.
Nous retournons à l’hôtel municipal, puis le lendemain nous rejoignons la ville de Tinogasta. Une fantastique aventure en boucle de 500 kilomètres prend fin.
Nous garderons tous les deux un souvenir impérissable de ces 8 jours passés sur cette route incroyable du paso San Francisco, une grande semaine, que l’on croit avoir rêvée, hors du temps sous l'emprise des éléments. Cette belle expérience restera gravée à jamais en nous.