Chapka et valenki
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Voilà, nous sommes presque partis !

Pas de valises latérales, pas de sacoche de réservoir, pas de casque ! Ce sera l’avion pour Novossibirsk, quelques heures dans les airs. On regrette presque de ne pas repartir à moto depuis la maison. Notre grosse moto est sous la bâche pour l’hiver. Déjà 15 ans quand nous partions début Janvier pour l’Inde à moto. Déjà 2 ans quand nous partions début mars pour le Japon encore à moto.

Aujourd’hui Homme frôle les sept décennies, et toujours fringuant, il préfère partir au long cours, à moto, sous un climat plus printanier. Je m’incline, facilement d’ailleurs, je deviens paresseuse.

Peu de bagages, valises qui roulent, plus de sacs à dos qui fusillent les épaules, on prend deux valises cabine en tassant bien les cadeaux, ça tient.

Olga et Sergueï seront à l’aéroport avec les vêtements chauds, les gants, moufles et les chapkas. Ils nous ont dit de ne pas acheter des vêtements – grand froid-, qu’ils ont tout ce qu’il faut bien adapté à leur climat et nous les croyons. On a investi dans les chaussures et les chaussettes et c’est tout ! Depuis des semaines, depuis l’été où nos amies étaient chez nous, on se parle avec ouatssappe, nos amis envoient des photos et ici, nous nous réjouissons de la pureté de la neige qui s’est installée chez eux. Chaque jour je regarde la météo de là-bas, comme un rituel matinal. -36° il y a quelques jours et hier un petit -11°. Les grands-parents de Sergueï étaient des zek et nous irons voir où était leur goulag. Si j’ai beaucoup lu sur les conditions d’existence dans ces lieux terribles, si durant notre dernier voyage au travers de la Russie, nous imaginions la vie des prisonniers, c’était le printemps puis l’été et tout semblait moins effroyables que l’hiver sibérien. Ma perception et mes émotions seront encore plus profondes et intenses, je pense.

Nous allons découvrir l’Altaï en hiver. J’en frissonne autant d’excitation que de froid anticipé. Autour du lac Teletskoïe, nous serons dans une maison traditionnelle de rondins, spartiate mais chauffée puis nous irons dans la vallée de la rivière Tchoulychman. Comment ? Je ne sais pas, surprise ont-ils dit.

Nous savons que nous habiterons chez un ami altaïen qui est un musicien et joue du tovshuur et que nous boirons du samogon, la vodka maison bien meilleure pour la santé que la vodka des magasins ! Et « n’aies pas peur pour les femmes elle n’a que 36 ° et pour les hommes 47 ° ». Il paraît que nous serons si heureux que nous pourrons communiquer avec les sources et la montagne, comme eux.

J’vais finir en glaçon translucide, je crois. J’ai hâte de vivre ma vie de glaçon.

A plus tard, quand j'aurai fondu...
SA Sakapus Regular ·
Vivement la suite...
MA Masterpo Globetrotter ·
nous sommes presque partis

C'est là que le mot presque prend toute sa signification... Où qu'elle est, la suite ? 😛
PO Pondy Veteran ·
Je crois que je parviendrai pas, ni avec mes mots, ni avec des photos à transmettre ces semaines sibériennes.

Nous avons partagé le quotidien de nos amis. Ils nous ont appris, beaucoup appris, nous étions de tels béotiens. Quel est mon sentiment maintenant que nous sommes de retour ?

Eblouie par l’immaculé de la neige si fine aux cristaux qui dansent dans le soleil.

Eblouie par l’hospitalité.

Eblouie par les paysages de plaine, de montagne.

Eblouie par la gentillesse Eblouie par la passion avec laquelle ils ont préparé notre arrivée et nos vacances.

Et reconnaissante, tellement reconnaissante.

Nous avons traîné nos guêtres au cours de multiples voyages et, pourtant, je peux dire que celui-ci fut unique par la richesse et la profondeur des échanges.

Vivre dans la famille de nos amis, être invité chez les amis des amis, être reçu comme des princes, être comblé de cadeaux, emprunter les pistes de neige vierge dans l’Altaï, être secoué d’émotions sur le lieu d’un ancien goulag, filer à la vitesse du trot de la jument sur une charrette de foin sur patin, sans ridelles dans ce petit village aux maisons de bois, crier au stade pendant le match de hockey, être émerveillé à l’opéra-ballet, être repu des mets généreux garnissant la table, chanter des chansons d’amour qu’ils avaient écrit en phonétique pour que nous chantions tous ensemble etc. etc.

-29° le jour du départ et 15° à l’arrivée, une douce mélancolie et la vie française qui reprend. Je vais laisser le temps comme le samogon couler goutte à goutte dans l’alambic et, reviendrai partager avec vous mes jours sibériens.

Si, ici, nous disons facilement Paris n’est pas la France, eux disent : « Moscou n’est pas la Russie, notre vraie Russie, elle est là, c’est notre Sibérie »
PO Pondy Veteran ·
Mais quel casse tête d’ordonner ses idées, franchement je n’y arrive pas. J’admire ceux et celles qui ont le talent de raconter leur voyage, de nourrir leur texte de références historique, culturelles, géographiques, d’adresses, de noms de villes. Tant pis, je vais me contenter d’un abécédaire.

A : abeille

Parler d’abeilles en rentrant de Sibérie ? Bé oui. Nous sommes férus d’apiculture et aller dans un rucher en Altaï est un plaisir suave. Il fait doux ce matin, à peine -10. Nous sommes arrivés hier soir, fourbus après 12 h de route. Andreï a conduit d’une main sure sur les routes blanches et brillantes. Deux arrêts, l’un pour immortaliser le panneau indiquant qu’on entrait dans le kraï de l’Altaï puis en république d’Altaï et l’autre dans une cantine pour se restaurer d’un bortsch et d’une assiette de pelminis. Une dernière piste et nous voilà chez Sveta et Vova. Ici 350 ruches bien protégées du froid. Ils ont choisi des abeilles noires résistantes pour leur peu d’agressivité contrairement à l’abeille russe. Il faut dire que nos deux apiculteurs se sont lançés dans l’abeillothérapie et l’été, dans des cabanes en bois, des gens viennent dormir sur des ruches. Le bourdonnement réconfortant revitalise et les amateurs sont nombreux. Les abeilles de l’Altaï ne sont pas décimées comme celles de chez nous.

Sveta pose devant le cérificateur, on visite les cabanes et on file chez eux pour une chaude tisane de baies sucrée au miel, bien sûr, un repas et dodo. Nous serons douillettement ici durant quelques jours.../...
MA Masterpo Globetrotter ·
Comme disait Philinte, je suis déjà charmé de ce petit morceau.

Belle idée, l'abécédaire.
MA Masterpo Globetrotter ·
B comme Balalaïka ? 😛
MA Mariecurry Globetrotter ·
J’admire ceux et celles qui ont le talent de raconter leur voyage, de nourrir leur texte de références historique, culturelles, géographiques, d’adresses, de noms de villes.

Toi, tu as le talent de raconter tout court. De jouer avec les mots et de savoir tricoter les phrases.

Tant pis, je vais me contenter d’un abécédaire.

Bonne idée !
PO Pondy Veteran ·
C'est fou comme des petits messages comme le tien, celui de Masterpo, me donne l'énergie de continuer... Merci.
PO Pondy Veteran ·
A : Altaï

Un massif montagneux aux eaux pures, à l’air pur, aux nomades qui, bien que souvent convertis à l’orthodoxie conservent leurs traditions, leurs coutumes, leurs croyances et même leur langue. La montagne, les lacs gelés, les cours d’eau qui résistent à l’emprise de la glace, les sapins, un univers feutré, silencieux, si blanc, je danserais de joie si je n’étais pas si pataude. Sommes nous dans les Alpes, les Pyrénées ? Non, en face, la Mongolie, la Chine, le Kazakhstan si près. Il fait froid, nous avons chaud bien emmitouflés. Nous marchons jusqu’aux cascades pétrifiées dans la glace, vers les grottes aux pétroglyphes incertains.

Vova : « Il faut revenir l’été, il y a beaucoup de touristes, même de France qui viennent faire de la randonnée à cheval, à vélo, à pied, du rafting aussi » Moi : « C’est mieux l’hiver, il n’y a personne, regarde, tout le paysage est donné, regarde les chevaux, regarde les villages ensevelis dans la neige, la nature est si préservée, nous sommes privilégiés » « Tu as raison, c’est très beau, mais l’été, il y a l’eau bleue cristalline et les fleurs » « Mais l’été, nous n’aurions pas eu le temps de te connaître, tu travailles beaucoup avec les ruches et Sveta nous a offert tout à l’heure les baoursaki tout chauds avant de partir marcher » « Ce soir tu entendras le tambourin du chamane et quand il fera vibrer son instrument tu entendras les sons de la nature. Tu ne dois pas toucher le tambourin, tu serais maudite » Tanya notre amie traduit à la vitesse de l’éclair, je lui rends grâce de me permettre d’échanger ainsi avec Vova.

Puis dans le soir qui tombe, dans la chaude maison en rondins, Vova joue du khomys, une sorte de luth et quand mes yeux piquent d’émotion, je sais que ce que je vis, je ne le vivrai qu’une unique fois. Je suis désolée, il n’y a pas d’images. Nous n’avons pas d’appareil photo et nous n’avons pas eu envie de dégainer le téléphone. Nous n’y avons pas pensé. Ainsi, ces moments sont comme des secrets au fond de nos coeurs.
PO Pondy Veteran ·
B : Bouzik

Voilà un mot étrange. Si je le dis sur mon téléphone-traducteur, ça me donne, musique. Mais niet, ce n’est pas cela. Bouzik, c’est la voiture d’Andreï. Il l’appelle ainsi parce que c’est une voiture sans allure. Il me dit que Bouzik ca veut dire bâtard. Un vieux 4X4 sans allure. Il rêve du dernier UAZ 4X4, le sien est un Susuki hors d’âge et c’est avec lui que nous avons roulé, grimpé sur les pistes neigeuses abruptes. L’été ces pistes remplies d’ornières, souvent boueuses sont une plaie mais l’hiver, Bouzic fait merveille et passe partout.

« Ici, tu ne peux pas avoir une voiture gratte-ventre ! » Voiture gratte-ventre est tellement explicite et drôle car comment rouler avec seulement deux roues motrices. « En plus, tu vois, les routes sont blanches et glacées et ondulées, on dit qu’elles sont comme des planches à laver et avec une gratte-ventre, tu glisses et tu es dangereux. Avec Bouzic, je roule partout. Je le connais bien et je peux le réparer facilement.

Quand on sort chez leurs amis, Andreï ne boit jamais. D’ailleurs, tout ceux que nous avons côtoyé ne buvaient pas s’ils devaient prendre la voiture. « Je n’ai pas peur de la police, tu as vu, c’est tellement immense qu’ils ne peuvent pas être partout. En fait on ne boit pas parce que si tu es ivre, si tu tombes en panne, il n’y aura personne sur la piste et tu deviendras du bois dur, gelé et bien mort parce que tu seras incapable de réparer ta voiture. ». Les préjugés ont la vie dure et nous avions déjà expérimenté lors de notre voyage à moto, la conduite des russes. Ils roulent ni plus mal, ni mieux qu’en France et même mieux qu’en France où j’imagine mal un conducteur rouler avec cette aisance fluide sur la neige dure. Quoiqu’il en soit, je n’ai jamais eu la moindre peur et j’ai ri de plaisir dans les côtes abruptes où nous sautions comme des grenouilles.
PO Pondy Veteran ·
B : Boisson

Boire de l’eau semble commun presque absurde, on boit du kompot, (voir plus bas) du mors (voir plus bas) du kvas (boisson fermentée), de l’hydromel (souvent chez nos amis) du vin de Crimée, et du samogon. Toujours fait maison avec son propre alambic, interdit à l’époque de l’union soviétique et accepté aujourd’hui si l’on en fait pas commerce. Fait avec des fruits, il faut environ 4h pour en extraire le précieux liquide. Bien plus prisé que la vodka, il est de toute les fêtes et de tous les repas. Il titre 38° à 45° et se laisse boire facilement.

Nous leur avons appris une chanson à boire : « ami, ami lève ton verre et surtout ne le renverse pas » et partout où nous allions on nous a réclamé la chanson. Les russes sont très pudiques et quand nous arrivions à : « et porte-le au frontibus au nasibus….au sexibus, ils gloussaient et vite enchaînaient « et glou et glou et glou » que de fous rires !

Ah, j’allais oublier : les infusions et le thé. On boit toute la journée des infusions de baies (églantier, argousier, bardane, airelles) sans sucre, c’est très bon, un peu amer. Je buvais en serrant les dents parce que ce n’est pas filtré !

C : Compote

Kompot, vinaigrette et côtelettes

Trois mots identiques pour trois sens différents

Le Kompot est une boisson très commune que l’on boit plus facilement que l’eau à table. Llena le prépare à la fin de l’été en bidon de 5 litres et, dans l’appentis, elle stocke ainsi 50 bidons pour la saison d’hiver. Quel travail ! Elle fait son Kompot avec des cerises (pas plus grosses que des petits pois) ou des abricots (de la taille d’une prune) ou des pêches ou des poires. Elle fait bouillir de l’eau et plonge les fruits puis arrête aussitôt l’ébullition pour en garder les vitamines. Sucré légèrement avec du miel, son Kompot est un délice désaltérant. Llena prépare aussi des bocaux de choux, de tomates, des gros cornichons au sel et des cornichons au vinaigre pour l’hiver.

La saison prospère est courte et intense et s’étend de mai à fin août et le labeur ne cesse pas. Son mari Sergueï s’occupe des pommes de pin de cèdres. Il part dans la forêt avec son fils aîné et récolte 1 tonne de pommes de pin en trois jours. En ouvrant les écailles de la pomme de pin, on attrape la coque de pignon que l’on brise pour récupérer les pignons qui agrémentent les plats.

Llena est dodue, elle porte un fichu noué sur la nuque durant la préparation du repas et ne l’enlève qu’au moment de la prière avant le repas, révélant un magnifique chignon gris acier.

Llena et son mari sont très croyants et avant ainsi qu’après le repas, tous les convives chantent le « bédénicité ». La table est remplie de victuailles, il y a à peine la place des assiettes. Chacun a une assiette et une fourchette, le couteau n’est pas de mise et c’est vrai qu’on s’en passe facilement. Il y a le grand verre pour le kompot et le petit verre pour le samogon. Manger est très festif et les toasts vont bon train : pour la joie d’avoir des français à notre table, pour l’amitié russo-française, pour la bonne santé de tous, pour le plaisir d’une visite etc. L’astuce est de seulement tremper les lèvres dans le verre de samogon sinon, gare, il est rempli derechef.

« Encore un peu Dominique ? » « Tchou-tchou » « Karacho, tchou tchou » Sauf que tchou-tchou plus tchou tchou, ça fait bolchoï (Vous noterez mon russe phonétique parfait!!) Mais personne ne nous force, et l’on peut trinquer avec le kompot ou parfois le mors (jus d’airelles ou de canneberge)

Nous sommes passés à table fréquemment vers 14h et nous sortions marcher sur la rivière gelée, puis on reprenait le repas, puis on ressortait et le repas s’achevait vers 22h. Fréquemment une amie passait avec un plat, s’asseyait et mangeait. Chaque fois, à notre départ nous recevions un petit cadeau. Un foulard, des chocolats et chez des amis très très modestes, trois pommes de pins de cèdre, mon présent reçu le plus émouvant.

Les côtelettes

Viande hachée de porc et bœuf avec ail, oignons, aneth et persil, roulée en boulettes ou en forme de saucisses.

Vinaigrette

Ce n’est pas notre sauce mais une salade de pommes de terre , carottes, betteraves , concombres salés oignon, choucroute, le tout coupé menu et arrosé d’huile de tournesol. Plat présent sur toutes les tables.

Mon impression est que l’on mange très sain en Russie. Tanya vit dans une maison individuelle dont il ont commencé la construction en 1978, toujours pas terminée. Dans un demi sous sol se trouve le poulailler et le fumet s’infiltre dans la maison. Le terrain, comme beaucoup, appartient à l’état. Elle a une serre (ensevelie sous la neige en ce moment) et fait pousser tous les légumes de l’année et même des melons gros comme une pomme.

Petite parenthèse Les terrains appartenant pratiquement tous à l’état, il est fréquent lors des plans d’urbanisation d’expulser les propriétaires des maisons en bois, pour construire les hautes barres d’immeubles dans lesquelles on leur propose un logement. Ainsi j’ai vu d’adorables maisons colorées coincées entre routes et immeubles attendant leur heure d’être détruites. Olga vit en immeuble mais a une datcha, petit cabanon à l’orée de la ville, qui ressemble à nos jardins ouvriers et elle aussi cultive tous ses légumes.

Les poissons ont la part belle, pêchés toute l’année, hiver comme été, nous avons apprécié ce qu’ils appellent poisson rouge qui ressemble a du saumon et qui n’en est pas. Sans compter les harengs si tendres que l’on picore comme des bonbons.

Impossible de faire le tour de toutes nos découvertes gustatives. Et si après notre voyage au printemps et à l��été où nous mangions pelminis et varenkini presque tous les jours, cette fois, en famille nous avons dégusté tant de plats différents que je ne peux tout raconter.

(Je suis une piètre photographe, et heureusement que chacun peut trouver sur le net de belles photos !)
PO Pondy Veteran ·
Pfuuuu, j’en ai déjà assez. 26 lettres dans l’alphabet français, 33 dans l’alphabet russe. J’vais direct à la lettre Z et j’aurais fini !

Z : Zek

Un zek est un prisonnier. Nombre de sibériens ont eu leurs grands-parents dans les goulags et nos amis ne font pas exception.

Partis à l’ouest d’ Iskitim pour une journée émouvante, les mâchoires du froid avaient choisi ce jour de serrer très fort sûrement pour que je ne puisse oublier...

La source sacrée sur le site du goulag est prise dans la glace. Ici furent fusillés les prêtres et ont dit que peu de temps après une source a jailli. Ce camp de déportés était en bois, il n’y en a plus trace. Il y a si peu de lieux de mémoire en Russie, comme si l’on voulait tout oublier des horreurs du bolchevisme. Il y a une église, la source et un musée avec la carte constellée de triangles noirs et de points rouge marquants tous les goulags sibériens. Tant de milliers d’hommes et de femmes déportés, tant d’enfants nés des viols, tant de vies perdues, tant d’espérance... Et je m’aperçois que je n’ai plus envie d’écrire, que je ne sais plus écrire. Autant je sais raconter oralement, autant j’aime dire ce que j’ai vu, compris, entendu, autant je me rends compte que les mots n’arrivent plus au bout de mes doigts sur le clavier. Amis lecteurs, j’en suis désolée. Il vous faudra aller en Sibérie au coeur de l’hiver pour que votre coeur soit pris dans l’étreinte de sa beauté, de son histoire rude et âpre, pour voir danser les cristaux de neige dans l’air pur si bleu, pour écouter les chants et la musique si mélancoliques que l’âme tressaute . Et moi, je retournerai l’hiver prochain là-bas...
ME Meg2 Globetrotter ·
26 lettres dans l’alphabet français, 33 dans l’alphabet russe. J’vais direct à la lettre Z et j’aurais fini !

mais dans l'alphabet russe, le Z n'est que la 9ème lettre ! D'ici l'hiver prochain, vous aurez peut-être le loisir et l'envie d'ajouter quelques épisodes, pour notre plus grand plaisir...
MA Masterpo Globetrotter ·
Pfuuuu, j’en ai déjà assez

Pas nous, mais bon... 😇
ZO Zorba Veteran ·
Dominique! Tu as laissé filer le "D" comme "Druzhba", l'amitié. Cette amitié dont la terre russe n'est pas avare. Tu as certainement des choses à raconter avant le "Z" ? Il me semble que ton public te réclame; tu ne vas pas nous laisser frustrés.

Je sais, c'est pénible de travailler les mots pour en faire des images, mais quels résultats! Et ce n'est pas un grand problème quand on a des facilités. Il faut plaindre les besogneux. Je comprends que tu n'aies pas besoin d'appareil photo. Et quelle force de persuasion ont tes mots! Tiens, je regarde déjà où se trouve l'Altaï pour aller y faire un tour. Avant de te lire, j'acceptais l'idée reçue que la Sibérie était un grand vide; en te lisant je réalise ma paresse, mon suivisme et mon manque de curiosité. Dans ce forum on se plaint à jet continu des "hordes de ceci" et des "hordes de cela". Tu nous ouvres une terre immense où nous aurons de la place pour ne pas nous bousculer.

да здравствует сибирь
PO Pondy Veteran ·
Je ne sais plus écrire, c’est tout simple. Et dans cette partie du forum, c'est plein de gens qui connaissent la Russie qui parlent et comprennent le russe. Alors mes impressions ne peuvent faire que grise mine...

La nuit tombée, les yeux clos, enfouie sous la couette toute douce, les images défilent et semblent tourbillonner. Je ne tricote plus aucune phrase. Je me laisse bercer et je vois la blancheur immaculée à l’infini, si loin que le bleu vif du ciel est un trait de pinceau à l’horizon. Je vois le dos des vaches couvert de neige, je vois mes pieds qui s’enfoncent jusqu’au genou dans la moelleuse neige. Je me dis que notre neige n’est pas la même. Que je n’ai pas fait de boules de neige tellement elle est sèche et poudreuse, que les valenkis chaudes sont parfaites, que Tanya m’a fait un beau cadeau en me les offrant.

Je revois la ferme de Katia et Kostia dans ce village si isolé. Les chevreaux sous la lampe dans l’étable, la jument aux naseaux fumants dans l’air glacé, le clap-clap bref du paysan la lançant au trot. J’entends le rire des amis lorsqu’en marchant j’enregistrais le scritch-scritch des nos pas dans la neige crissante. Je nous vois tous ensemble enlacés le dernier soir, dans la nuit froide, Homme chantant à plein poumon « ce n’est qu’un au-revoir- et Vova me soulevant de terre (non de neige) et me faisant tourner sous les hola.

Je me rappelle mon émotion dans le silence de l’aurore rose et les larmes qui ont gelé posant une infime pellicule de glace sur mes joues. Je repense à Galina et Sergueï qui vivent avec leurs deux enfants dans un si minuscule appartement surchauffé, à leur bonté et leur hospitalité. Je me souviens de Evguéni qui me dit « padiom, bigon » que je prononce si mal à chaque fois, ça veut dire « allons, courrons » parce que j’ai acheté une plante exotique qui faisait rêver Galina, que de chez le fleuriste à chez eux, même couverte de son sac, si je ne cours pas, elle va geler.

Une succession d’images, tellement vivantes qu’il m’est impossible de raconter ces semaines, d’en faire un carnet construit, de dire le nom des villages, des itinéraires. Rien de rien.

Des hommes, des femmes, des enfants qui nous ont offert leur temps, leur chaude amitié qui nous ont emmené dans des endroits que personne ne voit jamais. La Sibérie que j’avais rencontré le printemps et l’été m’avait conquise, celle de l’hiver m’a subjuguée. Elle est poésie.

Au village natal d’Olga, dans sa famille, autour de la table, j’entends les rires, les sons de cette langue inconnue, je savoure chaque instant, le traducteur Yandex va bon train, il est parfait et les questions fusent, remplies de curiosités. Si l’on a peur du terrorisme, si les grèves mettent les gens en danger de manquer de nourriture.Ils me disent qu’ici, dans leur village à des milliers de kilomètres de Moscou, ils sont en paix. Qu’ils ont toujours vécu avec les musulmans et les juifs, que c’est le fondamentalisme qui est dangereux et que ça vient de l’Arabie Saoudite et que jamais des terroristes de là-bas ne viendront chez eux, ils gèleraient avant d’arriver.

Je me souviens d’Andreï qui me fait chausser des skis, larges planches de bouleau à l’extrémité à peine courbée, à la plaque de caoutchouc collée à l’emplacement du pied et à la lanière en cuir où j’enfile mes valenkis. Je me revois suivre sa trace, lui avançant en longues foulées fluides et moi traînant sur mes planches de bois. Et lui qui se retourne, frappant sa poitrine en criant -Fourcade – et ne sachant que répondre -Da - dans un large sourire. Et après une heure de glisse tâtonnante arriver à la rivière glacée couverte de neige, si large qu’on dirait un champ blanc et voir toutes ces minuscules tentes brunes, simple protection au vent sous lesquelles les pêcheurs accroupis patientent devant le trou de glace.

Alors oui Zorba, l’immensité vierge est là, d’une telle beauté que ce doit être pour cette raison que je ne sais plus écrire. Pas un seul touriste, pas un seul. Et lors de la Théophanie, sur la glace du lac, devant le trou de glace où plongeaient les pèlerins, lorsqu’un journaliste a demandé à Tanya l’autorisation de nous interviewer parce qu’il n’avait jamais vu de français ou même d’autres étrangers dans cet endroit, comment aurions pu refuser ?

Et Nikita, jeune garçon de 15 ans qui parle un français parfait, qui rêve d’être professeur et qui me dit « avez vous acheté une matriochka ? » « Non » « Savez-vous le sens de cette poupée de bois ? » « Elle représente la fécondité non ? » « C’est ce que tout le monde dit mais je vais vous dire le vrai symbole » « Le mot matriochka vient du nom matriona commun à la campagne, ca vous le savez mais la première poupée est l’apparence que vous donnez, puis l’autre c’est celle que vous avez quand la vie continue et quand vous arrivez à la plus petite, c’est là où après une longue vie vous avez atteint votre cœur, ce qui fait votre vraie personne » « c’est un beau symbole que tu me racontes » Et d’une main légère, repoussant sa longue mèche blonde il rajoute : « J’ai rencontré la plus petite poupée en vous parlant »

Tous nous ont tant donné... "Il n'est nulle grandeur là où manquent simplicité, bonté et vérité." Spassiba Tolstoï
ZO Zorba Veteran ·
Merci Dominique pour ces instantanés. En Russie il n'est pas question de connaissances pour l'aimer, ni de raison qui y perd parfois le nord, mais de passion et tu n'en manque pas. C'est pour cela que nous aimons te lire.
DO Dolma Globetrotter ·
Je ne sais plus écrire, c’est tout simple.

Alors, s'il te plait, pose tout simplement des mots, tristes, joyeux, colorés, froids, chauds, que sais-je encore, comme ceux qui jalonnent tes précédents messages, et ça m'ira très bien...

C'est un bonheur de lecture un tel carnet écrit par quelqu'un qui ne sait plus écrire !

Alors, s'il te plait, ajoute encore quelques mots-images, et ça m'ira très bien...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...

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