Compostelle - Venu à pied depuis la Suisse (extrait de livre)
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ST
Comme le poste à suscité pas mal d'attention (700 lectures en une semaine), je vous propose un second extrait de mon aventure sur le chemin de Compostelle depuis la Suisse. A lire plus bas !

Salut à tous !

Au début du printemps de l'année passé (avril 2013) je suis parti à pied sur le chemin de St-Jacques de Compostelle depuis Lausanne en Suisse. A ce moment, j'ai 23 ans, je viens de terminer mes études en tourisme et suis en ce que l'on appelle "année sabbatique" (année de congé que l'on prend à la fin de ses études pour voyager et prendre du recule). Je décide de façon toute à fait irrationnelle en l'espace de 3-4 semaines de partir sur le chemin de St-Jacques de Compostelle et d'y expérimenter le détachement matériel et monétaire.

Je pars sans montre, sans téléphone portable, sans rasoir à barbe (oui ça me fera une sacrée barbe au final !), sans carte bancaire et avec un montant de ~500€ pour un voyage estimé à 100 jours de marche sur ~2'000 kilomètres. Je n'ai évidemment pas de billet de retour depuis Compostelle car je ne sais pas à quel moment j'atteindrai le kilomètre 0 du chemin. Et j'embarque un pote dans l'aventure qui m'accompagnera jusqu'au Puy-en-Velay (à 18 jours de marche, 430 kilomètres).

J'arrive à Compostelle après 90 jours de marche, 2'200 kilomètres parcourus (j'ai fait un petit détour en chemin) et 350€ en poche (oui le chemin est magique, je peux très bien vivre sans argent durant des périodes d'une semaine/dix jours)...

Aujourd'hui, 16 mois après mon retour en Suisse, je suis en train de rédiger un livre sur cette aventure à la fois humaine et spirituelle, difficile à vivre et magique, vallonnée et régulière. Je vous en propose ici un extrait. Nous en sommes à notre troisième jour de marche. Nous avons passé la nuit au bord du lac Léman en Suisse, entre Lausanne et Genève, et n'avons plus de provisions de nourriture...

Le lendemain matin je suis réveillé par les rayons du soleil et le clapotis des vagues contre le bord du lac. C’est plutôt agréable comme sensation. Je me sens étonnement bien malgré les vingt-cinq kilomètres de marche que nous avons parcours la veille presque contre notre gré. J’ai aussi passé une bonne nuit de sommeil. Je pense que l’air frais sur mon visage – même si initialement je craignais de dormir dehors – à fait énormément de bien à mon corps. Je pensais me lever courbaturé de douleur pour avoir dormi par terre après la journée intense de la veille, mais il n’en est rien. Ce que je considérais à priori comme un échec (le fait de se retrouver dehors pour notre deuxième nuit de voyage) s’est révélé plutôt bénéfique au final. Je rédige mes « pages du matin » dans mon cahier de voyage alors qu’Oscar prépare un feu sauvage pour faire chauffer de l’eau dans une casserole qu’il a emportée dans son sac. Ce matin notre petit-déjeuner est composé exclusivement d’un thé servi dans une bouteille en plastique avec un peu de sucre. Nous avons les deux faims et sommes d’accord sur le fait qu’il faudra être plus efficace que la veille pour trouver de quoi se nourrir aujourd’hui. Nous prévoyons de faire un tour à travers Nyon et de nous présenter dans les boulangeries ou autre commerces d’alimentation pour demander du pain de la veille ou autres invendus. Nos sacs sont prêt et nous amorçons la monté depuis le bord du lac en direction du bourg. Nous arrivons sur une place d’où nous apercevons un apéritif en plein air avec tables, boissons, pâtisseries, fruits… Ni une ni deux je propose à Oscar que l’on essaie de s’y incruster. En arrivant nous sommes tout de suite remarqués par les personnes présentes, normal avec nos dégaines de pèlerins tout juste sorti du lit ! Je lance sur un ton amusé à un homme qui s’est tourné vers nous : - Vous acceptez aussi les pèlerins à votre apéro ? Il me répond en souriant que je dois m’adresser à leur maire – organisateur de l’événement – qui se situe à quelques mètres de lui. Je m’approche et reformule ma question. L’homme me répond un brin agacé que cet apéritif est organisé pour les collaborateurs de la mairie. Puis il ajoute, voyant que la question bien que posé sur le ton du rire est sérieuse (on doit quand même avoir l’air d’avoir faim j’imagine) : - Vous pouvez peut-être repasser à la fin de l’apéro, s’il reste quelque chose… Je lui réponds que ce serait avec plaisir et lui demande à quelle heure. - Vers les midis… Nous répond-t-il. Bien. Nous avons déjà au moins une option si nos recherches de nourriture à travers la petite ville devaient restées vaines jusque-là. Nous continuons notre chemin à travers Nyon et apercevons une boulangerie. Nous décidons de nous y rendre en expliquant que nous sommes des pèlerins sur le chemin de St-Jacques de Compostelle et en demandant s’ils seraient d’accord de nous céder du pain de la veille ou autres invendus. Premier essai, première réponse négative : - Non, ce n’est pas quelque chose que nous faisons. Mince ! Bon continuons. Deuxième boulangerie : - Non, le pain de la veille ils viennent le chercher chaque soir à la fermeture. Un peu plus loin, nous tentons un troisième essai : même réponse que la deuxième… Un peu démoralisés nous nous décidons à attendre midi pour aller voir si le maire tiendra parole en nous donnant quelques restes de son apéro. En Suisse lors d’un apéro – qui plus est, organisé par l’Etat – normalement il y a toujours quelques restes.

A midi, nous sommes de retour sur la place de la mairie où nous retrouvons notre maire. Nous l’abordons en disant : - Re-bonjour, on est venu voir s’il y a quelques restes pour nous comme convenu… Le maire nous informe qu’il attend encore quelques collaborateurs mais nous propose une pomme et un jus de fruit. Ce n’est pas grand-chose, mais déjà de quoi mettre en route notre estomac. Nous nous mettons à discuter. Notre interlocuteur nous demande des détails de notre voyage. Depuis quand sommes-nous déjà en route ? Combien de kilomètres y a-t-il jusqu’à St-Jacques de Compostelle depuis ici, etc. Je réponds à ses questions et explique la dimension non-monétaire dans laquelle nous souhaitons réaliser notre voyage - d’où le fait que nous soyons venu quémander de quoi manger à cet apéritif. Oscar rajoute que nous avons passé la nuit au bord du lac avec comme seul petit-déjeuner un thé préparé sur un petit feu improvisé. Le maire étonné nous demande alors : - Et vous n’avez pas été inquiété sur la plage pour dormir ? Nous répondons naïvement : - Non, non. Il y avait bien quelques personnes sur la place jusqu’à minuit, mais nous n’avons pas été dérangés. - Quand je vais ai demandé si vous n’avez pas été inquiété je pensais à la police, parce que faire du camping sauvage sur la commune de Nyon c’est interdit normalement. Oups, nous avions un peu oublié que nous étions en face du maire en personne ! Mais il ne nous en veut pas. Il nous demande où nous allons passer la nuit suivante. Nous l’informons que nous allons reprendre la route en direction de Genève et que nous dormirons à plusieurs kilomètres d’ici… Au final, nous aurons encore droit à une pomme, mais rien de plus. Nous n’insistons pas et reprenons notre route à travers Nyon. Deux fruits et un jus ça n’est pas suffisant pour que nous quittions tout de suite la ville, surtout que nous ne savons pas si nous passerons par d’autres magasins d’alimentation prochainement. Je propose la solution d’urgence à Oscar : aller au restaurant Migros qui est en libre-service et nous servir à manger dans les assiettes de restes que les gens déposent dans les charriots de débarrassage à la fin de leur repas. Oscar valide ma proposition et nous voici sur place. Les restaurants Migros en Suisse sont des lieux peu compliqués. On peut s’y rendre pour boire un thé ou manger quelque chose en se servant soi-même au buffet et en passant à la caisse où l’on reçoit un ticket qui certifie que l’on a bien payé les éléments que l’on est en train de consommer. A la fin du repas, on prend son plateau et on l’amène sur des charriots que le personnel vient régulièrement changer lorsque ceux-ci sont pleins. Avec Oscar nous prenons place à une table et nous nous servons de deux verres d’eau du robinet dans des verres en plastiques qui sont à disposition gratuitement. Nous nous équipons également de deux fourchettes disponibles à la sortie des caisses pour la suite. Le plan est simple : nous sommes assis face-à-face, chacun guettant ce qui se passe dans une moitié du restaurant. Lorsqu’un client se lève pour débarrasser son plateau-repas, il s’agit d’identifier s’il y a des restes intéressants dans son assiette. Bien que l’idée vienne de moi, c’est Oscar qui passe à l’action en premier : il nous ramène une salade à peine touchée. C’est un bon début. Il me faut un peu de temps pour me mettre dans le bain, au début je suis encore trop freiné par le regard de gens. Mais au final nous prenons goût au jeu et enchaînons les restes laissés par les clients du self-service : assiette à frites à moitié mangée, carcasse de poulet encore bien garnie, légumes, encore des frites et du poulet… Nous passons plus ou moins inaperçu. En fait, je ne regarde pas autour de nous et je m’en fous de ce que pensent les gens. J’ai faim et il y a de bonnes choses à manger gratuitement. Ces aliments ont été payés donc il n’y a pas de raison de s’en priver. Nous restons une quinzaine de minutes sur place avant de nous éclipser…

En début d’après-midi nous quittons finalement Nyon en rigolant de vive voix en repesant à la manière dont nous nous y sommes pris pour assouvir notre faim. D’abord l’épisode avec le maire à qui nous avons raconté comme nous avons fait du camping sauvage sans autorisation sur sa commune, et puis ensuite la scène du restaurant Migros où nous avons joué aux piques assiettes. Aujourd’hui il faut beau pour la troisième journée consécutive mais la pluie est annoncé pour la soirée. Nous marcherons très probablement moins que la veille pour éviter de nous surmener, et commencerons nos recherches d’hébergement suffisamment tôt pour ne pas être surpris par la pluie.

Après quelques kilomètres, le chemin nous amène au travers d’un petit village dans lequel un magasin d’alimentation se présente. Quelques réserves de nourritures seraient bonnes à prendre, nous décidons donc d’y adresser notre demande malgré les nombreux refus que nous avons récemment essuyés en ville de Nyon. Oscar formule notre sollicitation à la caissière qui nous demande de patienter le temps d’appeler la propriétaire du magasin. Cette dernière se rapproche et je reformule notre demande. Après un bref instant, le temps de saisir notre demande apparemment inhabituelle, je vois les traits du visage de notre interlocutrice s’adoucir pour devenir un sourire. Elle nous répond par la positive et se dirige vers l’étagère de boulangerie. Elle emballe quatre croissants dans un petit sachet en papier, avant de continuer vers les rayons des fruits où elle emballe cette fois deux oranges, deux pommes, deux bananes. - Voilà et bonne route. Nous la remercions chaleureusement avant de nous diriger vers la sortie. Dans le magasin, des clients nous jettent des regards mêlés de curiosité et d’étonnement. C’est un étrange sentiment pour moi, je suis un peu gêné mais ça va. Je suis surtout très touché par la générosité dont a fait preuve inconditionnellement cette dame. Son geste me va droit au cœur. Arrivé dehors, nous nous exclamons : - Purée comment ça fait trop plaisir ! - T’as vu comment ça s’est passé ? Au début je pensais qu’on allait se prendre un refus dans la tronche, mais la proprio était trop sympa ! - On a quatre croissants et six fruits mec. C’est la fête ! Toutefois, avant de nous mettre à manger, nous décidons de marcher une certaine distance pour ne pas que l’on nous voit nous goinfrer directement à côté du magasin. Nous ne voulons pas avoir une attitude qui pourrait paraître irrespectueuse. Nous passons la suite de l’après-midi sans nous presser, faisant une pause pour profiter de ce que nous avons reçu à manger et prévoyant de guetter les occasions où nous pourrions nous mettre à chercher un endroit où passer la nuit. Nous voulons éviter à tout prix le scénario d’hier qui nous a poussés à dépasser largement les 20 kilomètres de marche, sans savoir réellement où nous voulions nous arrêter pour la nuit.

Aux alentours des 17 heures, nous arrivons à Commugny, un petit village du canton de Vaud peu avant de passer sur le sol genevois. Nous passons à côté d’une église devant laquelle se trouve un sceau pour les pèlerins. Nous tamponnons notre carnet et nous arrêtons pour réfléchir. Est-ce que nous commençons nos recherches d’hébergement ici ? C’est qu’il n’y a pas grand monde dans les parages et nous ne nous voyons pas aller sonner chez des gens pour leurs demander l’hospitalité… Nous décidons de faire un tour dans le coin pour voir si nous trouvons un endroit du village plus fréquenté où nous pourrions éventuellement aborder des gens afin de les solliciter comme hospitaliers spontanés.

Après avoir un peu marché nous arrivons dans ce qui semble être le centre du village. Le bâtiment communal s’y situe ainsi que la déchetterie qui crée beaucoup d’aller et venue de gens qui viennent amener leurs déchets. Nous abordons une dame. Nous nous présentons en expliquant que nous sommes à la recherche d’un endroit où passer la nuit. Elle nous informe qu’il existe un accueil jacquaire dans le village. Il s’agit de gens qui accueillent bénévolement les pèlerins chez eux en offrant un repas, une place où dormir ainsi qu’un petit-déjeuner. Avant de partir, le pèlerin paie un montant qu’il détermine lui-même en fonction de sa bonne-volonté. J’ai beaucoup de respect pour les gens qui pratique l’accueil jacquaires chez eux. Néanmoins, vu la manière dont nous avons décidé de voyager, c'est-à-dire sans dépenser d’argent en dehors des cas d’urgence, il ne serait pas honnête de nous rendre dans un accueil jacquaire sans laisser d’argent derrière nous après notre séjour. Nous remercions donc la dame de nous avoir donné ces informations, mais nous allons poursuivre nos recherches en comptant plutôt sur l’envie spontanée de quelqu’un de nous accueillir chez lui ou de nous offrir un endroit où passer la nuit, même s’il ne porte pas l’étiquette « accueil jacquaire » écrit sur son front. L’hospitalité ne devrait selon moi pas être détenu par certaines personnes en particuliers, même si celle-ci sont des habitués des pèlerins. Au contraire, je constaterai même plus tard lors de mon voyage, que l’on a souvent les meilleures échanges et discutions avec des personnes qui ne sont justement pas des habituées des pèlerins et qui sont beaucoup plus curieux et attentifs aux anecdotes de voyage que l’on a à leurs raconter. Plutôt que d’aborder chaque passant, et de risquer de nous voir indiquer l’accueil jacquaire dont nous connaissons déjà l’existence à chaque fois, nous optons une nouvelle fois pour un écriteau. Je décide d’en créer un nouveau, plus grand cette fois sur lequel j’inscrirai la même phrase que la première fois : « pèlerins aimables cherchent hébergement pour la nuit ». Pour le support, je déniche un morceau de carton de la déchetterie à côté de laquelle nous nous trouvons, et je m’applique pour présenter une belle écriture, qui donnera envie à n’importe qui de nous ouvrir la porte pour la nuit ! Nous sommes assis là avec nos sacs à dos de pèlerins et la coquille St-Jacques d’Oscar bien visible à nos côtés. Je tiens notre écriteau de recherche d’hébergement dans les mains et affiche un sourire plutôt naturel. Je me suis déjà souvent retrouvé dans des situations où je m’affiche avec un panneau pour faire du stop sur de longues distances, et je trouve ça à chaque fois assez drôle. Le sourire me vient assez facilement face à l’inhabituel de la situation et à la réaction des passants. Beaucoup de gens se parquent à côté de la déchetterie, amènent leurs poubelles ou différents déchets recyclés, puis repartent. Un homme de retour à se voiture, n’ayant visiblement pas pris le temps de lire notre écriteau, nous conseils de nous rendre à la route principale : nous y aurons plus de chance pour trouver une voiture pour nous prendre en stop. Je lui lance : - C’est pas une voiture qu’on cherche, mais un hébergement pour la nuit ! - Ah d’accord, carrément ! Bonne chance. Vient un moment où une dame apparait à vélo dans notre champ de vision depuis la droite. Elle ne roule pas vite car elle est accompagnée de sa petite fille qui n’est pas encore très rapide sur deux roues. Elle passe à quelques mètres devant nous en nous regardant d’un air intrigué. Elle a vu que nous avions un panneau sur lequel est un inscrit une demande, mais elle ne le lit pas. Je la salue toujours souriant et elle nous répond avant de poursuivre sur quelques mètres. Je la suis du regard un instant puis redirige mon attention sur le parking de la déchetterie. Trouverons-nous des gens spontanément ouvert à nous accueillir chez eux ce soir ? Puis mon attention se replace sur la dame à vélo qui s’est arrêté à quelques mètres. Je n’ose pas encore croire à ce que je pense. Après tout, elle s’est peut-être arrêtée pour n’importe quelle raison que nous ne connaissons pas. Elle se retourne et nous demande : - Qu’est-ce qui est écrit sur votre panneau ? Je lui explique qui nous sommes et le voyage que nous avons amorcé vers Compostelle en Espagne. Je continue en disant que nous sommes à la recherche d’un endroit où passer la nuit. Il est d’autant plus important que nous soyons à couvert car de la pluie est annoncée pour la soirée. Nous discutons quelques instants puis notre interlocutrice nous informe que leur maison est actuellement en travaux, notamment au salon. Si elle nous accueille ce serait dans une maison en chantier. Nous lui expliquons que nous sommes tout sauf exigeants et que nous serions tout à fait enchantés de pouvoir être reçu chez elle. Entre-temps sa fille qui avait pris de l’avance à vélo a fait demi-tour et nous à rejoint. Elle écoute notre conversation d’un air concentré. La dame conclus en disant qu’elle va rejoindre sa maison à vélo avec sa fille et se concerter avec son mari avant de venir nous rechercher. Très bien, nous attendrons. Youpi ! On dirait que la chance nous sourit. Après une deuxième journée un peu mitigée en termes de rencontres généreuses, nous nous rattrapons aujourd’hui. Très peu de temps après, une autre dame avec deux petits garçons vient nous aborder. Elle nous a vus discuter avec la dame à vélo, et nous pose également des questions sur notre voyage. Nous lui disons que nous allons probablement être accueillis chez cette dernière qui est allé en parler à son mari avant de revenir. Notre nouvelle interlocutrice d’origine italienne est sympathique. Elle nous dit qu’elle habite dans un petit appartement avec son mari et ses deux fils. Malgré le peu de place nous pourrions éventuellement trouver accueil chez eux ce soir si notre hôte devait se désister. Waouh, quel enchainement de rencontres positives d’un seul coup ! Merci beaucoup. Si nous sommes encore là ce soir parce que notre hôte se serait désistée, ce serait avec plaisir !

Une voiture se gare à quelques mètres de nous dans le parking de la déchetterie communale. A son volant, la dame que nous avons croisée à vélo quelques minutes plus tôt. Elle nous informe que nous pouvons passer la nuit chez elle, mais que comme annoncé précédemment, le rez-de-chaussée est en travaux et qu’il ne faudra pas trop être étonné. Nous la remercions d’avance et chargeons nos sac à dos dans la voiture et nous mettons en route. Nous arrivons peu de temps après dans un petit quartier de villas. Nous nous arrêtons devant sa maison et sortons nos affaires. Son mari nous accueille d’un ton jovial. Au fait, nous sommes Oscar et Stephan, nous ne nous étions encore que présentés comme « des pèlerins sur le chemin de Compostelle » sans préciser notre nom. Nos hôtes s’appellent Gil et Angela. Merci pour l’accueil ! Nous retrouvons également la petite fille à vélo que nous avons déjà rencontrée tout à l’heure, ainsi que sa grande sœur. La plus jeune explique que nous entreprenons un long voyage à pied et que nous cherchons chaque jour un endroit où passer la nuit. Elle a un sourire de petite gamine dont il manque quelques dents de lait récemment tombées. Les deux sœurs ont sept et treize ans, elles s’appellent respectivement Lya et Tehora. Nous posons nos affaires dans un salon vide, dont les meubles et la décoration ont été entreposés sur la terrasse couverte durant les travaux de peinture. Le lendemain, il nous faudra libérer l’espace avant 7h30 du matin pour laisser la place aux travailleurs. Pas de problème, nous sommes tellement reconnaissant de pouvoir dormir à l’intérieur que nous n’allons bien évidemment pas être exigent en quoi que ce soit ! Nos hôtes nous proposent un jus de pomme frais, qui est tout simplement délicieux. Il s’écoule à travers ma gorge en me revitalisant de l’intérieur. Je crois que je n’ai encore jamais autant apprécié un jus de pomme qu’après une journée de marche comme celle-là. Nous discutons autour du petit bar qui avoisine la cuisine où Angela qui n’était qu’une passante anonyme il y a quelques minutes commence à préparer le repas du soir. Nous résumons notre début d’aventure, et je me rends compte que nous marchons depuis déjà trois jours. Cela peut paraître court mais avec notre recherche d’hébergement non-concluante d’hier soir et notre chasse à la nourriture à travers Nyon ce matin, je n’avais pas réalisé que ce laps de temps s’était déjà écoulé depuis notre départ depuis la cathédrale de Lausanne. J’ai souvent entendu que ce sont les trois premiers jours de suite de pratique d’un sport qui sont difficile pour le corps (par exemple pour le ski). Au-delà de cette période, le corps s’habitue à cet effort régulier. Il nous reste environ 97 jours ou moins de 1’900 km de marche jusqu’à Compostelle selon mon estimation, et nous commençons à être rodé ! Nos hôtes nous proposent d’utiliser la douche qui se trouve au premier étage, chose que nous acceptons avec plaisir. Plus tard nous pourrons même mettre notre linge sale à la machine et au séchoir pour pouvoir le remporter comme neuf le lendemain. Après la douche, et toujours en papotant autour du bar, Gil nous demande si notre pèlerinage nous devait nous empêcher de boire un petit coup de vin. Pas du tout, nous commençons même à être des habitués ! Une bouteille de vin blanc est ouverte et des cacahuètes viennent accompagner l’apéritif. Nous nous sommes tellement contentés de peu ces deux derniers jours, que le jus de pomme suivi du vin et des cacahuètes aurait presque suffit à nous remplir le ventre pour aller dormir. Mais nous nous réjouissons quand même au moment de passer à table. Nous avons droit à une généreuse salade mêlée suivi de pâtes à la sauce tomate et au thon, tout cela accompagné de vin rouge. Miam, quel délice ! Au moment où je rédige ces lignes, j’en ai encore l’eau à la bouche… Durant le repas, nous entendons le bruit d’un orage qui éclate et se rapproche avant de laisser place à la pluie. Nous nous rappelons de la chance que nous avons en étant reçu chez cette famille pour la nuit. Oscar raconte comment nous nous y sommes pris au restaurant Migros de Nyon pour nous nourrir à midi. Je suis un peu gêné lorsque je l’entends raconter la scène mais je ne peux me retenir de lâcher un rire, d’abord un peu nerveux puis ensuite plus décontracté. L’anecdote ne manque pas de faire rire les deux sœurs et apporte une atmosphère détendue au repas. Cela nous mène à discuter de la manière dont fonctionne la société où tout s’achète et se vend. J’explique que c’est avec l’idée d’échapper au système monétaire et ses règles durant un certain temps que j’ai voulu initier ce voyage. C’est osé, mais je ne pense pas, en voyageant ainsi, abuser de la bonté des gens que je rencontre en sollicitant leur aide spontanément. Bien que je ne donne pas d’argent en échange de ce qu’ils m’offrent, je pense leur apporter en échange ma bonne humeur, ma présence et mes récits et anecdotes de voyage. Cela deviendra particulièrement vrai plus j’approcherai de la ville de Santiago de Compostela en traversant la France puis l’Espagne, où je me présenterai ensuite comme « un peregrino venido a pied desde Suiza.... ».

Plus tard, nos hôtes nous proposent de prendre le petit-déjeuner avec eux le lendemain matin avant que n’arrivent les travailleurs et que nous ne reprenions la route. Nous acceptons volontiers, je suis presque même gêné lorsqu’il nous est demandé ce que nous mangeons habituellement le matin… En fin de soirée, nous installons nos tapis de sol et sacs de couchage sur le sol du salon pour y passer la nuit. Nos hôtes nous informent qu’ils s’absentent quelques minutes pour aller faire leurs adieux à des voisins qui vont partir en voyage le lendemain. Je suis étonné de la confiance que l’on nous témoigne en nous laissant seul dans leur maison. Une fois couché, je pense à la chance que nous avons eue en rencontrant Angela sur le parking de la déchetterie, et à l’agréable soirée que nous avons passée ensemble avec son mari et ses deux filles. Je remercie l’Univers pour cette « coïncidence » et souhaite que le voyage se poursuive sur cette lancée.

Durant la nuit je ne dors pas très bien. Je fais des rêves étranges. J’essaie de bouger et de me réveiller pour que cela s’arrête. Une fois réveillé je n’ose pas faire de mouvement sur mon petit tapis de sol. Les cauchemars que je viens d’avoir sont encore dans l’air et il me faut un certain temps avant d’oser refermer les yeux et me rendormir.

Si vous avez pris le temps de lire cet extrait qui constitue un des chapitres de mon livre qui est en cours de rédaction, je vous invite à me donner un petit feedback. Que ce soit au niveau du style d'écriture, de l'accroche, etc. Je n'ai jamais écris de livre et suis ouvert à vos critiques positives ou négatives.

Amicalement.

Stephan Pèlerin venu à pied depuis la Suisse Peregrino venido a pie desde Suiza
Venu à pied depuis la Suisse... j'ai dormi où j'ai pu!

https://www.youtube.com/watch?v=4nMypRnot-I
ML Mlefevre Globetrotter ·
Salut Stephan, J'ai tout lu d'une traite le sourire aux lèvres, continue! Marie
Nos voyages en images : https://www.sibellelaterre.fr/
CA Caperam Veteran ·
je vous invite à me donner un petit feedback. Que ce soit au niveau du style d'écriture, de l'accroche, etc. Je n'ai jamais écris de livre et suis ouvert à vos critiques positives ou négatives.

très agréable à lire, cela donne envie de lire la suite 😉 Je suis toujours étonné de la réaction de refus d'aider son prochain et en même temps je ne peux m’empêcher de me poser la question "et toi qu'aurais-tu fait dans cette situation?" car je n'ai jamais eu à héberger une personne qui le demande, le plus que j'ai pu faire c'est de prendre des stoppeurs ou de donner la fin mon sandwich à un clochard qui me le demandait. Et à l'inverse cela procure toujours une émotion vraiment positive les récits ou images( docu genre "nus et culottés") de générosité spontanée, j'adore !

A + au plaisir de te lire

Raf
Carnets : Namibie en camping car, l'Est de l'Afrique du Sud, du KTP au Kaokoland en 4x4, la Norvège en hiver 2x, l'Ecosse en hiver, la Namibie avec remorque, l'Islande en camping car en juin, le tout avec 4 enfants, dans le profil https://voyageforum.com/v.f?membre=Caperam;
ST Steph2Suisse ·
Merci Marie et Raf pour votre retour !

J'ai déjà une centaine de pages écrites, et encore quelques centaines à écrire. Pour le moment je suis plus dans le quantitatif que dans le qualitatif, j'ai envie d'écrire beaucoup, et je verrais bien si je réduis le texte au final. Ce passage me plait bien aussi, mais j'ai des anecdotes pour chaque jour de marche !

Probablement le livre s'appèlera Venido a pied desde Suiza (en fait je voulais même l'appeler Hola, soy un peregrino venido a pie desde Suiza mais ça fait un peu long). C'est avec cette phrase que je me présentais quotidiennement au gens que je rencontrais auxquels je demandais un morceau de pain, des invendus, un endroit où passer la nuit. Quand je suis arrivé en Espagne avec ma grosse barbe après presque deux mois de marche, je me sentais comme un poisson dans l'eau !

Stephan Venido a pie desde Suiza
Venu à pied depuis la Suisse... j'ai dormi où j'ai pu!

https://www.youtube.com/watch?v=4nMypRnot-I
LA Lahmoudinad ·
bonsoir!!!!! je tombe sur votre message ou plutôt votre témoignage....euh!!!!!!!!!!!!! je me prépare pour Compostelle avec un groupe dans le cadre d'un projet d'insertion. seriez vous disponible pour répondre à ce qui s'imposera comme questions?
batoul
ST Steph2Suisse ·
bonsoir!!!!! je tombe sur votre message ou plutôt votre témoignage....euh!!!!!!!!!!!!! je me prépare pour Compostelle avec un groupe dans le cadre d'un projet d'insertion. seriez vous disponible pour répondre à ce qui s'imposera comme questions?

Bonsoir, Oui, vous pouvez m'envoyer vos questions en message privé et je tâcherai d'y répondre ! Salutations
Venu à pied depuis la Suisse... j'ai dormi où j'ai pu!

https://www.youtube.com/watch?v=4nMypRnot-I
CA Cavadabor Veteran ·
Pour un coup d'essai, ce n'est pas mal (à faire relire pour l'orthographe). Cela donne envie, en tout cas, de lire la suite. Et je suis impatiente de découvrir comment les jours suivants se sont déroulés... Mon interrogation que suscite ton aventure est : "sait-on encore rendre service à son prochain dans nos pays ? " Ton récit me le dira.
OUEST AMERICAIN : http://voyageforum.com/v.f?post=3634789;page=unread#unread IRLANDE : http://voyageforum.com/v.f?post=5589074;#5589074
FD FdeNancy Regular ·
Bonjour ! Désolé pour vous, mais autant je comprends l'idée de prendre une année sabatique et de faire Compostelle, autant je trouve que "jouer au pauvre" est un caprice de jeune bourgeois ! Vous me faire penser aux 2 jeunes qui se filment "on the road" en commençant tout nus au milieu d'un champ de maïs ! Une téléréalité trash !!! Si cette "expérience" vous a fait murir, tant mieux ! 🤪
On the road !
HA Hannahannah Globetrotter ·
+1
Que se vuelva la tortilla
EZ Eze Globetrotter ·
+ 1

J'en ai fait des kilomètres à pied sur divers chemins de Compostelle. Mis à part certains rares cas particuliers rencontrés en route, cas de dénuement (non choisi) quasi total, le plus grand nombre avait de quoi, a minima, s'alimenter, ce à une époque où les auberges de pèlerins ne demandaient pas d'argent.

Ce voyage "à la roots" me préoccupe, non pas pour celui qui l'a fait mais parce qu'il risque conforter ceux qui pensent que "tout est gratuit" et que la providence pourvoira...

S'il s'agissait d'une expérience "sociologique", je ne vois pas l'intérêt de publier un livre sur cela, un blog pourra(i)t suffire.
Nos parcours jacquaires et romieux ICI
HA Hannahannah Globetrotter ·
+1 .
Que se vuelva la tortilla
ML Mlefevre Globetrotter ·
Ne te décourage pas Stephan, à la lecture de ces qq commentaires. Je vois ton voyage un peu comme un challenge de potache (au long cours certes) Ce qu'on te donne n'est pas perçu comme un dû mais reçu comme un échange sur une base de 'séduction réciproque", libre à chacun de participer à ton aventure ou non. Quitte à parcourir ce chemin à pied alors qu'il serait plus simple, facile, rapide de le faire de façon motorisée, pourquoi ne pas sublimer l'expérience par ce choix du dénuement et de la simplicité. Je trouve que ça apporte une dimension intéressante à ton parcours car je ne connais pas les chemins de Compostelle mais je pense que pour la rando pure il y a beaucoup plus intéressant. Tu as sans doute choisi ce parcours pour sa dimension spirituelle et ce choix du détachement matériel me semble cohérent. De mon côté je cherche les endroits vierges de toute trace d'humanité (pas facile!) alors ton récit m'intéresse, d'autant que j'aime son ton léger, joyeux et naturel. Bon courage pour la suite! Marie
Nos voyages en images : https://www.sibellelaterre.fr/
HA Hannahannah Globetrotter ·
hi hi hi !!!!!! un livre ça peut se vendre 😎

Ne soyons pas trop méchants quand même , je trouve que c'est bien écrit et que ça peut intéresser certains sur le forum .

Moi je pense surtout à tous ces jeunes espagnols que je vois arriver dans ma région (les vignes) , cherchant tous les boulots possibles , vivant dans des camions sans confort , l'été ça va, mais l'hiver arrive . Les moins jeunes aussi qui arrivent en famille comme au bon vieux temps de la dictature 😕 et je suis peu être un peu trop près de ce qui se passe là bas pour être totalement objective .

Podemos 😎

Hannah
Que se vuelva la tortilla
CH Chavannue Regular ·
Bonsoir Steph, intriguée par le titre, j'ai lu pensant que quelque chose se passerait dans ma région. J'habite Commugny...à quelques minutes de la déchetterie....je suis ravie de voir que des personnes de mon village soient si accueillantes. Tu as eu tort de ne pas aller dans la famille qui accueille les pèlerins (ils habitent à 2 minutes de l'église) et ils s'appellent Marie-Claire et Bernard NICOLET. Je ne suis pas sûre, mais je crois aussi qu'il y a une autre famille. Quant à vos "exploits" à Nyon nous avons bien rigolé. Le Maire......c'est le grand chef de Paléo......et le coup du resto de la Migros, fallait y penser...bravo. Quant à l'épicerie, je crois savoir dans quel village elle était située. Je lirais avec plaisir la suite du pèlerinage. Jacqueline
chavannue ou les 2 j
ST Steph2Suisse ·
Bonjour ! Désolé pour vous, mais autant je comprends l'idée de prendre une année sabatique et de faire Compostelle, autant je trouve que "jouer au pauvre" est un caprice de jeune bourgeois ! Vous me faire penser aux 2 jeunes qui se filment "on the road" en commençant tout nus au milieu d'un champ de maïs ! Une téléréalité trash !!! Si cette "expérience" vous a fait murir, tant mieux ! 🤪

Bonjour,

Ce que vous dites m'a été dit une fois sur la route, et c'est évident que j'ai eu a y réfléchir (d'ailleurs j'ai eu le temps pour ça). C'est vrai qu'en étant suisse on passe vite pour un riche lorsque l'on est à l'étranger... Mais je vous laisse faire un petit calcule : 100 jours de marche sur le chemin multiplié par 30 euros par jours en faisant attention à ses dépenses cela donne 3'000 euros. Ajoutez à cela le billet du retour depuis Compostelle (peu importe le moyen utilisé) et vous aurez la somme qu'il vous faut pour faire le pèlerinage depuis notre petit pays. En sortant de mes études, je n'avais pas cette somme à disposition et je ne pense pas avoir "joué au pauvre" comme vous le dites. J'ai emporté avec moi une somme d'argent certes insuffisante pour couvrir mes dépenses quotidiennes en hébergement et en nourriture mais suffisantes pour me sortir du pétrin en cas d'urgence. Je n'ai jamais prétendu sur le chemin lorsque je demandais un morceau de pain ou un endroit où dormir que je n'avais pas d'argent. Plutôt que cela j'ai expliqué aux gens que je faisais le chemin en tentant de sortir du circuit commercial et monétaire établi. Je pense que si certaine personnes peuvent se permettre l'auberge et le repas chaud tout les jours parce qu'ils ne font le pèlerinage que par tranche d'une a deux semaines par année, d'autres - comme ça a été mon cas - ont du temps à disposition mais pas d'argent. Personnellement, l'idée de partir sur Compostelle a été très spontanée, j'ai suivi mon inspiration on va dire. Je ne me voyais pas attendre de pouvoir mettre de petits sous de côté avant de partir. J'ai pris l'argent que j'avais sous la main et suis parti. Pour moi c'est cela le chemin, quelque chose de spontané et irrationnel (dont on n'a pas d'explications A+B).

Pour ce qui est de la téléréalité trash ce n'est pas du tout mon style je vous rassure ! Je n'ai pas vu le documentaire dont vous parlez mais je peux m'imaginer le genre. Sachez que je n'ai pas fais ce voyage en me mettant en scène de manière hollywoodienne ou autre. J'ai toujours été respectueux et non insistant vis-à-vis des personnes que j'ai sollicitées sur ma route et j'ai fais de magnifiques rencontres que je n'aurais pas faites en faisant le parcours avec la carte de crédit sous la main ! Je pense également, en toute modestie, avoir pu apporter - même sans argent - quelque chose en échange aux personnes qui m'ont aidées sur la route.

Est-ce que cette "expérience" m'a fait murir ? Je ne sais pas. En tout cas je ne pense pas avoir mentionner cela dans mon récit pour le moment... En tout cas je n'ai pas cette prétention.

Pour terminer, je peux comprendre votre raisonnement premier. Je pense qu'il y a effectivement une tendance à se lancer des défis absurdes en voyageant pour faire parler de soi, faire le buzz, faire des vues sur Youtube... Personnellement je ne pense pas l'avoir fait dans cette esprit là, et je regrette que cela soit interprété ainsi. Peut-être qu'en lisant le livre (qui n'est pas encore terminé ;-)) vous constaterez la sincérité de mes propos.

Merci pour votre message qui m'a donné a réfléchir ! Amicalement

Stephan Pèlerin venu à pied depuis la Suisse Peregrino venido a pie desde Suiza
Venu à pied depuis la Suisse... j'ai dormi où j'ai pu!

https://www.youtube.com/watch?v=4nMypRnot-I
ST Steph2Suisse ·
S'il s'agissait d'une expérience "sociologique", je ne vois pas l'intérêt de publier un livre sur cela, un blog pourra(i)t suffire.

Bonjour,

Qu'entendez-vous par "expérience sociologique" ? J'aimerais comprendre votre propos.

Cordialement.

Stephan
Venu à pied depuis la Suisse... j'ai dormi où j'ai pu!

https://www.youtube.com/watch?v=4nMypRnot-I
ST Steph2Suisse ·
Bonsoir Steph, intriguée par le titre, j'ai lu pensant que quelque chose se passerait dans ma région. J'habite Commugny...à quelques minutes de la déchetterie....je suis ravie de voir que des personnes de mon village soient si accueillantes. Tu as eu tort de ne pas aller dans la famille qui accueille les pèlerins (ils habitent à 2 minutes de l'église) et ils s'appellent Marie-Claire et Bernard NICOLET. Je ne suis pas sûre, mais je crois aussi qu'il y a une autre famille. Quant à vos "exploits" à Nyon nous avons bien rigolé. Le Maire......c'est le grand chef de Paléo......et le coup du resto de la Migros, fallait y penser...bravo. Quant à l'épicerie, je crois savoir dans quel village elle était située. Je lirais avec plaisir la suite du pèlerinage. Jacqueline

Bonjour ! Que le monde est petit ! Oui, l'expérience à Commugny était définitivement une belle expérience ! Je m'en rappellerai encore longtemps de la place de la déchèterie et de la rencontre qui en découle ! Pour information, je ne l'ai pas expliqué plus haut, mais j'ai changé tous les noms des gens que j'ai rencontré par des noms d'emprunts, par simple respect de leur vie privée. Donc si vous cherchez un couple s'appellant Gil et Angela à Commugny... vous ne trouverez pas ! Cordialement
Venu à pied depuis la Suisse... j'ai dormi où j'ai pu!

https://www.youtube.com/watch?v=4nMypRnot-I
ST Steph2Suisse ·
Une semaine après vous avoir proposé le premier extrait de mon aventure sur le chemin de St-Jacques de Compostelle depuis la Suisse, je vous livre ici le second extrait.

Il s'agit du neuvième jour de voyage, nous sommes à Yenne et avons passé une nuit pour la moins agitée chez un hôte insomniaque et pour le moins picoleur....

Je suis bien évidemment toujours ouvert à vos commentaires positifs ou négatifs, vos remarques, conseils, suggestions, etc.

Bonne lecture !

Vers les six heures, André est de retour, frais comme un oiseau sorti du nid. - Hé les copains, vous avez bien dormi ? Je vous ai mis de la bonne musique avant de partir prendre le café au PMU ! S’exclame-t-il tout sourire en rentrant dans l’appartement. Tu parles si on a bien dormi ! On n’a pas dormi du tout ouais ! Bon je crois qu’il ne sera plus possible de dormir de toute façon. Nous nous levons et dégonflons le matelas sur lequel nous avons passé la nuit, avant de l’enrouler et de le ranger dans la poussière d’où nous l’avons sorti quelques heures plus tôt. Je ne sais pas comment nous allons faire pour marcher après n’avoir presque pas pu nous reposer de la veille. André a ramené du pain frais et nous invite à prendre le petit-déjeuner sur la table qui est encore jonchée de verres de rosé à moitié vides de la veille… Ou est-ce qu’il y a parmi ces verres, un verre qu’André viendrait de se servir pour le petit-déjeuner ? Je ne sais pas. Quoiqu’il en soit nous avons droit à des tartines et du café pour nous remettre d’aplomb. Je suis à moitié hystérique après cette nuit d’insomnie. Je ne sais pas si je dois en rire ou en pleurer. Je me dis qu’il vaut mieux en rire après tout. Je me lève et dis à André de nous remettre un peu de cette musique qui nous a cassée les oreilles toutes la nuit. Est-ce qu’il aurait le fameux tube « Aux Champs-Elysées » ? Oui, il l’a dans son répertoire, parfais. Après une tasse de café, me voilà en train de danser et de faire le singe dans son minuscule appartement. J’ai envie de me défouler et d’oublier cette nuit franchement désagréable. André ne comprend pas trop ce qu’il me prend mais il est quand même mort de rire. Moi qui étais plutôt réservé la veille, me voilà tout fou aux premières lueurs du jour. Oscar aussi ça le fait rire de me voir enfin me décontracter. Nous prenons le petit-déjeuner dans cette ambiance festive. Et je suis obligé de penser à la voisine du dessus qui doit vraiment se demander ce qui se passe chez André en ce mercredi matin… Mais soit, nous ne serons bientôt plus là de toute façon. Je pense encore à sortir mon appareil photo pour capturer une image de cette rencontre pour la moins anecdotique avant que nous ne pliions bagages et ne reprenions le chemin en direction de Compostelle pour notre neuvième journée de marche consécutive….

Le chemin quitte Yenne (230 mètres d’altitude) et amorce une belle montée vers le Mont Tournier (plus de 800 mètres d’altitude). Il fait beau et nous avons une belle vue sur la vallée. Il règne une belle atmosphère matinale, c’est la première fois que nous nous mettons en route si tôt. Nous sommes obligés de blaguer en repensant à la soirée et à la nuit que nous venons de passer. Ah, sacré André, nous exclamons-nous ! Mais nous sommes étonnement frais malgré le peu de sommeil auquel nous avons eu droit. C’est peut-être cela-même qui nous rend si excités et presque hystériques. Nous nous mettons à chanter « Aux Champs-Elysées », à rigoler à tue-tête, à inventer des chants dans des langues inconnues, etc. Quel défouloir ! Je crois que je me suis rarement autant défoulé à haute voix en pleine nature. Si nous avions croisé des gens à ce moment-là, ils nous auraient très certainement pris pour des fous. En tout cas, cela nous donne de l’énergie et nous marchons à une cadence bien plus élevée que d’habitude, malgré le dénivelé que nous gravissons. Nous marchons ainsi pendant près de 15 kilomètres sans nous arrêter, sauf pour remplir nos gourdes à une fontaine alors que nous évoluons dans une belle forêt déjà bien verte. Nous arrivons dans un petit hameau de montagne où nous posons nos sacs pour faire une pause et réfléchir. Mise à part les quelques pâtisseries qui constituerons notre repas et dont nous sommes bientôt dégoutés, nous n’avons pour ainsi dire plus rien à manger pour la suite de la journée… Nous avons aperçu une flèche qui indique un restaurant à quelques centaines de mètres du hameau en dehors du balisage du chemin. Nous réfléchissons à nous y rendre pour y demander des invendus. Mais nous faisons une croix sur cette idée. D’une part, si ce restaurant est bel et bien ouvert, nous arriverions en plein service de midi et je ne pense pas que ce soit un bon moment pour y faire notre demande. D’autre part, nous ne sommes même pas sûrs qu’il soit ouvert vu il s’agit d’un restaurant de montagne et que nous sommes hors-saison. Nous ferions donc un détour inutile pour nous y rendre… Après avoir fait quelques pas dans ce hameau - pour aller voir l’église et y timbrer notre credencial qui n’a plus été datée depuis trois jours notamment – nous reprenons la route en direction de Saint-Genix-sur-Guiers qui nous est indiqué par le fléchage. C’est à moins de dix kilomètres. Peut-être que nous pourrions atteindre ce village qui semble disposer de commerces en courant d’après-midi et y demander des invendus et pourquoi pas y trouver l’hospitalité…

Durant l’après-midi, nous marchons à un rythme plus lent que le matin, nous rendant compte que nous avons un peu forcé la marche en début de journée. Nous pensons aussi beaucoup à la nourriture. A un moment, juste à côté de la route sur laquelle nous évoluons, je reconnais une herbe des près que je mangeais lorsque j’étais gamin. Il s’agit du chénopode rouge dont les feuilles sont juteuses et acidulées. J’en parle à Oscar qui ne semble pas particulièrement emballé par l’idée, et je me mets à en cueillir et à en manger tout en marchant. J’ai là les souvenirs des vacances qui nous passions enfants au chalet de mes grands-parents qui remontent en moi. Ces feuilles mâchées sont excellentes. Elles ne sont pas particulièrement nourrissantes mais me donnent quand même de l’énergie.

Nous arrivons finalement à Saint-Genix-sur-Guiers en cours d’après-midi. Aujourd’hui nous avons déjà bien dépassé les 20 kilomètres de marche que nous nous étions fixés quotidiennement. Maintenant, il s’agit de trouver de quoi casser la croûte ! Nous entrons dans la première boucherie que nous croisons pour y formuler notre demande. L’homme à qui nous nous adressons – probablement le chef – répond simplement par « oui », se retourne, coupe un saucisson de taille moyenne pendu au mur à l’aide d’un couteau et nous le tend. Nous le remercions chaleureusement pour son geste et quittons l’établissement. Quelle belle récompense ! Nous avons déjà une bonne base pour le repas du soir. Par la suite, nous réitérons notre demande dans un ou deux magasins d’alimentation en espérant recevoir du pain, ou autre, mais ne recevons que des refus. Nous décidons de ne pas insister. Nous préférons maintenant nous mettre à la recherche d’hospitaliers spontanés pour la nuit. Nous marchons à travers le village et réfléchissons au meilleur endroit où nous pourrions nous asseoir pour afficher notre écriteau. Nous optons pour un trottoir en face d’une place où se trouvent un mini-supermarché et un bistro. Nous restons assis là quelques minutes avant qu’une dame d’un certain âge ne vienne nous aborder. Elle nous pose des questions sur notre voyage puis nous raconte ses problèmes, son frère qui est malade et dont elle doit s’occuper, etc. J’ai un peu de peine avec les gens qui ne font que de se plaindre. Cela me prend de l’énergie et je n’arrive pas à me distancer de la situation dans laquelle les gens se trouvent. J’essaie la plupart du temps d’abréger la discussion et de fuir. Et si je n’y arrive pas, je me tais et essaie de ne pas entretenir la discussion pour que la personne remarque que cela ne m’intéresse pas et cesse de se plaindre. Oscar par contre dispose d’une bonne capacité d’écoute lorsqu’il est confronté à des personnes racontant leurs problèmes. Il les écoute patiemment, pose des questions cohérentes de temps à autres, se montre compréhensif mais ne tombe pas dans un discours plaintif à son tour. Cette dame dirige donc naturellement sa discussion vers Oscar qui l’écoute sans broncher. Moi pendant ce temps, je fixe mon attention sur les passants, observant s’il n’y a pas des gens ouverts qui seraient intéressés à nous accueillir chez eux pour la nuit qui vient. A un moment, un homme s’arrête et nous parle d’un couvent à proximité qui accueille les pèlerins dans un esprit non-commercial. Je trouve cela intéressant, mais je pense qu’il s’agira probablement d’un donativo où le pèlerin qui a reçu l’hospitalité sera amené à laisser un montant de son choix derrière lui. Et nous sommes plutôt à la recherche d’hospitaliers spontanés qui ne font pas ça d’habitudes et qui n’attendent pas de dédommagement financiers en échange de leur accueil. J’entends Oscar, qui est encore en discussion avec cette dame âgée, lui demander si elle ne serait pas prête à nous accueillir chez elle pour la nuit. Surprise par sa question (elle n’a pas due voir notre panneau), elle répond qu’elle n’a pas suffisamment de place chez elle pour nous accueillir. Elle habite dans un petit HLM avec son frère malade.

Après être restés assis là un certain temps, nous avons l’impression de commencer à faire partie du décor. Nous avons l’impression que notre recherche ne portera pas ses fruits ici. Nous nous décidons à reprendre la route en suivant la balise du GR65 en étant attentif à voir si nous croisons des fermes, granges ou autres abris où nous pourrions passer la nuit. Nous nous retrouvons à nouveau le long d’un fleuve sur un chemin droit à perte de vue. Nous sommes fatigués mais il fait beau et nous marchons tranquillement sans nous presser. Nous avons notre saucisson qui nous assure au moins un petit quelque chose dans l’estomac pour la soirée. Soudainement, je dois penser à ma famille. Cela fait neuf jours que je suis parti et je me dis qu’il serait bon de pouvoir leur donner quelques brèves nouvelles pour les rassurer. Je demande à Oscar s’il pourrait me prêter son natel pour que je puisse effectuer un appel de quelques secondes. Je décide de téléphoner à mon frère. Je sais que je pourrais lui donner des nouvelles sans avoir à développer. Si je téléphonais à la maison à ma mère ou mon père, je craindrais de les bousculer en ne leur laissant que quelques informations. Et je n’ai pas envie de faire long et de m’étaler. Je saisi le numéro de mon frère que je connais par cœur. Après quelques sonneries, le voilà qui répond. Je le salue et lui résume en quelques phrases le déroulement de notre voyage. En fait, je lui dis simplement que tout se passe bien. Qu’avec Oscar nous trouvons quotidiennement à manger et un endroit où passer la nuit. Et qu’il transmette à p’pa et m’ma que tout va bien, qu’il n’y a pas de soucis à se faire. Je demande au passage bien évidemment si tout se passe bien de leur côté, ce qui est le cas. Voilà c’est tout. Merci, ciao ! Je remercie Oscar d’avoir pu faire cet appel. Je ne sais pas pourquoi, mais cela m’a pris d’un coup. Je ressentais le besoin fort de donner et de prendre des nouvelles à ma famille pour être sûr qu’ils ne se fassent pas de soucis pour moi.

Nous apercevons une sorte de petit lac entouré d’un grillage sur notre droite. On dirait une réserve naturelle, mais il y a des gens à l’intérieur. Un chemin longe le lac. Il y a des promeneurs, des gens faisant un footing, etc. Nous décidons d’escalader le grillage pour y accéder plutôt que de faire le tour pour atteindre l’entrée qui semble éloignée. Nous marchons quelque peu au bord de ce lac et décidons d’y faire une pause. Comme il fait beau et plutôt doux, nous décidons même de faire un petit brin de baignade. L’eau est fraiche mais c’est agréable de pouvoir se baigner après une longue journée de marche comme celle que nous venons de faire. Nous pouvons même utiliser les douches qui sont déjà en fonction. C’est presque du luxe pour les deux pèlerins sauvages que nous sommes. Nous songeons même à passer la nuit ici au bord du lac. Le sol est en petit pierres comme c’était le cas lorsque nous avons dormi à la belle étoile au bord du lac Léman à l’entrée de Nyon en Suisse. Nous abordons un jeune qui passe à quelques mètres de nous. Il a l’air d’être du coin. Nous lui demandons s’il sait si l’accès au lac est fermé durant la nuit ou si l’on pourrait éventuellement y passer la nuit à la belle étoile. Il nous répond qu’avant la fermeture en soirée, un gardien de sécurité fait le tour du lac pour vérifier que tous les visiteurs aient quitté les lieux. Dommage, nous ne prendrons pas le risque de rester ici jusqu’à la tombée de la nuit et de nous voir ensuite expulser… Nous nous rhabillons après notre baignade et rechaussons nos chaussures. Le chemin se poursuit toujours tout droit en suivant le même fleuve que précédemment. Finalement, nous apercevons une ancienne ferme rénovée entourée d’une clôture. Je prends l’initiative d’interpeller les propriétaires que j’aperçois dans le jardin. Je leur explique que nous sommes des pèlerins venus à pied depuis la Suisse et que nous sommes à la recherche d’un toit où nous pourrions passer la nuit, par exemple une grange sur la paille. Le couple d’une cinquantaine d’années à qui je m’adresse m’informe qu’ils ne disposent pas de dépendances sur leur propriété mais qu’il y a une grange non loin d’ici dont ils connaissent le propriétaire et où nous pourrions passer la nuit. L’homme nous propose même de nous y accompagner en voiture car c’est un peu compliqué à trouver. Nous nous demandons si notre statut de pèlerin nous autorise à monter dans une voiture. Mais nous nous disons que pour ce cas-ci oui. La grange dont l’homme nous parle se situe en dehors de la balise du chemin de Compostelle. Le lendemain, nous feront de toute façon le chemin inverse à pied pour retrouver le chemin. Il ne s’agit donc pas d’une distance en direction de St-Jacques que nous aurions parcours en voiture comme des « tricheurs ». Nous montons donc dans son véhicule après avoir déposé nos sacs dans le coffre. La grange n’est vraiment pas loin. Elle se situe dans un champ quelques centaines de mètres d’une autoroute. L’homme nous montre les lieux. Le hangar renferme des machines agricole mais ne dispose pas de paille. Il nous demande si nous souhaitons qu’il nous amène une couverture à poser au sol qui est très poussiéreux avant que nous ne nous installions. Nous acceptons volontiers. Quelques minutes plus tard, le voici de retour avec la couverture. Nous nous assurons que le propriétaire du hangar sera averti de notre présence pour ne pas que nous ayons une mauvaise surprise durant la nuit. Ce sera chose faite. L’homme qui nous a proposé cet abri nous informe qu’il passera nous apporter un petit-déjeuner le lendemain matin avant de partir travailler. Nous pourrons laisser la couverture et le thermos du café sur place avant de partir. Nous le remercions vivement pour sa générosité, je suis vraiment ému. Il répond simplement par un « Pas de problème, on n’est pas des sauvages quand même ! » avant de nous souhaiter une bonne soirée et de partir.

Ouf ! Quel soulagement quand même, après une longue journée comme celle-là, de pouvoir enfin poser nos sacs pour la soirée et la nuit ! Et de savoir que nous recevrons un petit-déjeuner le lendemain matin alors que nous n’avions plus aucune réserve de nourriture ! Nous nous installons sur la grande couverture que nous a mise à disposition cet homme. Depuis la porte du hangar nous avons une belle vue sur le coucher du soleil. « Le ciel est rouge, le ciel est rouge. Il fera beau, il fera beau ! ». A une centaine de mètres passe un axe autoroutier. Nous avons ce bruit presque étranger des voitures qui passent à vive allure en arrière-fond. Ce n’est pas dérangeant, simplement irréel. Nous qui marchons depuis plus d’une semaine sur des chemins tantôt de campagne, de forêt et de montagne, nous ne somme guère plus habitués à ce genre de bruit de la vie moderne.

Nous ne tardons pas très longtemps avant d’aller nous coucher. Nous avons une longue journée derrière nous et surtout des heures de sommeil à rattraper après l’épisode de la nuit précédente chez André… Nous fermons la grande porte d’accès au hangar avant de nous réfugier dans nos sacs de couchage respectifs.
Venu à pied depuis la Suisse... j'ai dormi où j'ai pu!

https://www.youtube.com/watch?v=4nMypRnot-I
AZ Azat113 ·
Bonjour,

j'ai lu vos messages témoignant de votre pèlerinage et je suis vraiment enthousiasmé par votre courage et par votre leitmotiv d'alors. J'avais d'ailleurs lu auparavant vos messages disant que vous comptiez effectuer ce périple et j'en avais ressenti les mêmes sensations. Je vous dis bravo, et quoi qu'en disent certains, je considère votre pèlerinage comme relevant d'un mouvement humaniste et sincère. Je rappellerais d'ailleurs à ces gens-là que le pèlerinage de St Jacques de Compostelle est à la base le chemin parcouru par un pauvre d'argent qui demandait tout comme vous l'avez fait, l'aumône aux âmes charitables. Je compte pour ma part effectuer prochainement le chemin en partant de Paris. Je compte le faire avec peu d'argent et en dormant sous une tente, en cuisinant avec un réchaud ou feu de camp. J'aimerais cependant trouver des gens qui accueillent les pèlerins chez eux, afin de partager des choses sensiblement identiques à celles que vous avez vous-même pu partager. Par ailleurs je voudrais vous poser des questions concernant l'écriture. En effet, voulant moi-même écrire un livre sur mon prochain pèlerinage, je me demande s'il est mieux de tenir un carnet de bord (qui servira alors d'outil de synthèse) ou s'il est préférable d'entamer l'écriture au retour ? Comment avez-vous vous-même procédé ? (à ce propos, où en est l'avancement du livre ? Je suis avide de l'acheter/le lire :) ). Enfin, étant possible que je connaisse des heures où la nourriture pourrait manquer sur le chemin, je voudrais savoir si ce manque d'alimentation vous a affaibli et a eu un impact sur votre rendement, sur votre physique ?

Merci :)
ST Steph2Suisse ·
Salut Azat et merci pour ton message,

Pour répondre à ta première question concernant la façon dont je mis suis pris pour la rédaction de mon récit. Premièrement, j'ai effectivement tenu un journal quotidiennement durant mon voyage, mais qui est le même que je tiens quotidiennement dans ma vie "normale". C'est un journal de bord dans lequel j'écris trois page chaque matin, et dans lequel je vide simplement mon sac - peu importe que je sois en voyage ou non... Donc en relisant les pages concernant mon voyage par après, je les ai trouvées intéressantes, mais je ne m'en suis pas forcément servis pour la rédaction du livre. Ensuite, j'ai également pris des petites notes sur les guides de voyage et/ou cartes que j'avais avec moi. Par exemple en entourant le village où j'ai passé la nuit et y inscrivant le lieu/les gens où j'ai dormi. Exemples : St-Genix, grange au bord de l'autoroute ; Ostabat-Asme, cabane pour pèlerin sans le sou ; Nogaro, maison en travaux, etc. Finalement, je me suis fixé comme règle de prendre au minimum une photo par jour - peu importe de quoi, mais simplement pour avoir un trace. Ca pouvait être par exemple les lieux insolite où j'ai dormi (cf. voir photos ci-dessous) ou alors des casse-croûtes reçus, etc. Je me suis fixé cette règle au début parce que je ne suis pas particulièrement le genre de personne qui prend toujours des photos de tout. Mais pour le coup, je me suis habitué à prendre régulièrement des photos, et cela m'a permis de pouvoir suivre de manière assez cohérente mon périple. Cela-dit, pour la rédaction du récit de voyage, 90% de l'aventure est gravée en moi. Je pourrais me remémorer chaque jour de mon périple passée avec plus ou moins de précision sans problème, tellement ils étaient tous uniques et nouveaux. C'est comme si des morceaux de mon âme sont restés ci et là sur le chemin de Compostelle. D'ailleurs, en partant sur le chemin, je n'avais pas prévu d'en écrire le récit...

En ce qui concerne l'avancement de mon livre. Je me suis retrouvé face à un petit dilemme après trois mois de rédaction. J'ai trop de pages, pour pas assez de jours de voyage. Je m'explique : j'ai écris environ 150 pages pour seulement une dizaine de jours... Et j'en ai au total une centaine à raconter ! Donc à ce rythme cela donnerait 1500 pages de récit... !!! Du coup, en ce moment je suis en stand-by. Je me demande si je vais poursuivre la rédaction, ou alors si je vais complètement changer de format, par exemple en ne sélectionnant que tel ou tel jour particulièrement anecdotique pour livrer un récit qui représente peut-être 25 jours de voyages ou autre... Evidemment je me pose aussi la question de quel genre d'objectif je me fixe pour ce récit. Est-ce qu'il s'agira d'un récit avec l'ambition de le publier publiquement, ou plutôt pour le cercle privé, etc. Enfin voilà... Pleins de questions. Je me laisse le temps, je me laisse guider, et puis on verra bien !

Pour terminer : est-ce que le fait de ne pas toujours avoir un bon repas chaud dans la gamelle m'a affaibli ? Non, je pense que cela m'a plutôt endurcis. La plus longue période de temps que j'ai passée sans nourriture représente 1 jour et demi. Soit un petit-déj' au matin du jour X puis le prochain casse-croûte en jour X+1 durant l'après-midi... Et je crois que c'est durant ces deux jours que j'ai le plus marché : 40 km et 30 km. Le fait de manger du costaud durant la journée est plutôt quelque chose qui ralenti en fait. Mais de là à te conseiller marcher de régulièrement à jeun, je n'irai pas jusque là. C'est simplement un constat que j'ai eu durant le chemin : ventre très plein = marche lente. Ventre vide = marche légère. Par contre, quoi qu'il arrive, BOIS BEAUCOUP D'EAU !! Arrivé à un moment du chemin, je ne pouvais pas passer une journée sans boire mes 3 à 4-5 litres d'eau par jour (sans plaisanter!). Le fait de boire est un excellent "coupe-faim" et il t'évitera la tendinite. Tu trouveras à boire le long du chemin (dans les cimetières il y a toujours ou presque un point d'eau, sinon il y a des fontaines, etc.).

J'espère que ma réponse aura pu t'aider ! Si tu en as d'autres n'hésite pas. Salutations depuis la Suisse. Ultreïa

PS : je me suis permis de te tutoyer, sur le chemin tu verras : pas de frontière entre les catégories d'âges, d'appartenances, de classes sociales, etc.

Près de Saugue avec les moutons.

A Labastide-Marnhac, dans une grange par une nuit d'orage.

Première étape en Espagne sur le chemin du Nord, dans une forêt de pin à quelques kilomètres de San Sebastian.
Venu à pied depuis la Suisse... j'ai dormi où j'ai pu!

https://www.youtube.com/watch?v=4nMypRnot-I
B7 B737 Globetrotter ·
Votre récit est passionnant : on attend la suite ! En ce qui concerne la longueur du récit, en vue d'en faire un livre : il faut faire des choix, prendre les moments les plus intéressants ou significatifs, et résumer le reste. C'est ce que font les bons écrivains.
ST Steph2Suisse ·
Voici un troisième extrait de mon voyage (après trois ans de pause...). Il s'agit de mon 19ème jour sur le chemin de Compostelle, au départ du Puy-en-Velay. Enjoy!

Départ du Puy

Il fait encore nuit quand le dortoir s’agite. C’est que beaucoup de pèlerins ont prévu de se rendre à la cathédrale pour la messe de 7h. Le petit-déjeuner est servi à l’auberge de 6h30 à 7h30. Je n’ai pas prévu d’aller à la messe, mais je profite du remue-ménage pour me lever tôt et écrire dans mon carnet de voyage. Je sors de mon sac de couchage, allume la lampe de chevet, attrape mon cahier et m’assied en tailleur sur le lit de ma petite couchette. Après quelques minutes, j’entends Oscar m’appeler derrière le rideau qui sépare mon lit du couloir. Je l’invite à entrer. Ses affaires sont prêtes et il vient me faire ses adieux. Nous nous serrons une bonne poignée de main. Il me souhaite tout de bon pour la suite de mon périple. Je lui souhaite bon retour en Suisse et le laisse filer prendre son train pour Genève, puis le Valais. D’une part, je me sens triste. Nous venons de passer près de trois semaines d’aventure incroyablement intenses ensemble, en nous dépassant quotidiennement autant physiquement que psychologiquement. Nous sommes sortis de notre zone de confort comme jamais il m’a été donné de le faire auparavant dans ma vie. Nous nous sommes encouragés mutuellement, chacun prenant la relève lorsque l’un de nous deux avait le moral dans les chaussettes. Nous avons ris dans des situations de fatigue et de désespoir, crié de bonheur dans des retournements de situations inattendues… Maintenant, je vais poursuivre mon voyage seul. D’un autre côté, je me sens soulagé. Depuis plusieurs jours, j’avais l’impression de perdre Oscar. Je le sentais de plus en plus pessimiste et démotivé. Alors que je me sentais en forme physiquement et que j’arrivais à me contenter de ce que nous recevions, je sentais qu’Oscar était proche de ses limites, et me le faisait sentir. Le fait de poursuivre ma route seul me permettra d’évoluer sur le chemin à mon rythme, et dans ma philosophie de détachement.

Je descends prendre mon petit-déjeuner. La salle à manger est relativement peu occupée, la plupart des pèlerins étant partis à la messe. Un des hospitaliers de l’auberge me demande : - C’est ton copain qui est parti ce matin? Je réponds par l’affirmative en indiquant qu’il avait son train à prendre pour Genève. - Oui, et ben on l’a vu partir en courant devant la fenêtre de la cuisine. Il avait l’air pressé ! Je me demande s’il aura réussi à arriver à prendre son train… Je prends le petit-déjeuner tranquillement et profite de pouvoir manger à ma faim - thé, café, pain avec beurre et confiture – car je ne sais pas quand j’aurais l’occasion de prendre mon prochain repas. A table je papote avec l’un ou l’autre des pèlerins arrivés fraichement la veille et au tout début de leur aventure sur le chemin de Compostelle. Je profite également de me doucher, même si je l’ai déjà fait la veille au soir. Pareil que pour le petit-déj’, je ne sais pas quand la prochaine occasion de me laver se présentera. Je remercie les hospitaliers pour leur accueil et laisse une participation aux frais de cinq euros. L’hospitalier qui a suivi les quelques récits d’aventure racontées la veille me demande d’un air préoccupé: - Ca va pour toi de laisser cette somme ? Je réponds par l’affirmative, me disant que si je joue le jeu de me reposer dans une auberge – même donativo – il me semble normal de participer aux frais, même avec peu de moyens.

J’arrive en ville après avoir déambulé dans les petites ruelles pavées qui descendent du gîte vers le centre. Aujourd’hui c’est jour de marché au Puy-en-Velay. Je me dis que ce serait l’occasion de demander du pain de la veille ou autres rabs de nourriture avant de quitter l’agglomération et de me retrouver en campagne. Je fais ma première tentative dans une boulangerie plutôt classe en me disant que je verrai bien. Je trouve ça plutôt excitant d’y formuler ma demande. Et j’essuie un premier refus. Mince ! Et ce coup-ci pas de Oscar pour me remonter le moral et prendre la relève. Je réitère deux ou trois fois ma demande dans une boulangerie et sur des stands du marché, et essuie refus sur refus. Je perds toute ma confiance et me sens frustré. J’ai l’impression que le coin est plutôt bobo et folklorique et que ma demande n’aura pas de succès ici. Je tourne encore en rond entre les stands quelques minutes puis décide de quitter la ville en suivant les coquilles de St-Jacques. C’est ce que je fais depuis plus de 400 kilomètres après tout : marcher en suivant les flèches sans savoir ce qu’il adviendra... Les balises du chemin de Compostelle m’indiquent St-jean-pied-de-port - dernière étape française avant la frontière espagnole - à plus de 700 kilomètres, alors que j’en ai déjà 430 derrière moi.

Je quitte la ville relativement tard dans la matinée par rapport au départ de la majorité des pèlerins qui quittent la ville après la messe de 7h. Le chemin amorce une montée en directement du Vals-près-le-Puy m’obligeant à ôter mon sac à dos pour enlever une couche de vêtement Je rencontre rapidement l’un ou l’autre pèlerin avec qui j’échange un brin de causette - notamment un homme de la cinquantaine qui m’explique vouloir faire le tronçon du chemin depuis le Puy-en-Velay jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port en un mois, puis la partie suivante en un autre mois – mais ces premières rencontres ne m’enthousiasment pas plus que tant. Je suis un peu frustré et fermé sur moi-même. Aujourd’hui il fait frais et humide, mais heureusement il ne pleut pas. Je me retrouve rapidement en pleine campagne sur un chemin franchement inondé et impraticable à moins d’avoir des bottes de pêcheur. Des indications pour une déviation sont indiquées, me faisant passer par-dessus une clôture et jouer les funambules sur un mur en pierre sèche afin d’éviter d’avoir de la boue jusqu’au mollet. Je me sens un peu seul à ce moment-là. Avec Oscar c’est sûr, on en aurait rigolé ou pleuré ensemble. Durant la journée, je croise des pèlerins çà et là, un couple que je salue de loin. Je ne sais pas trop comment me comporter vis-à-vis des autres pèlerins, moi qui suis venu à pied depuis la Suisse en mangeant ce que l’on nous donnait à Oscar et à moi, et en dormant ou nous pouvions, la plupart du temps sur de la paille. Je me sens différent. A plusieurs reprises je passe devant des haltes pour pèlerins avec possibilité de petites restauration/soupes, ou alors des épiceries pour pèlerins, etc. Ce genre d’infrastructure destinée presqu’exclusivement aux pèlerins n’était pas habituel sur le chemin que j’ai parcouru jusqu’au Puy-en-Velay. Je me sens de plus en plus dans un circuit touristique ou les touristes sont les pèlerins, et cela me met mal à l’aise. Je n’ai rien à manger, mais je n’ai pas envie de quémander de la nourriture dans ces lieux spécialement dédiés au pèlerin-touriste que l’on voudrait que je sois… Donc je trace ma route, me ferme sur moi-même. Je m’arrêt de temps en temps, mais jamais bien longtemps car j’ai vite froid sans bouger… J’atteins Monistrol-d’Allier en fin d’après-midi. Je l’aperçois en contre-bas avant de l’atteindre. Ce petit hameau se trouve dans une petite vallée dans laquelle passe une ligne de train. Il y a quelques petits commerces et des gîtes pour pèlerin. J’envisage de m’arrêter ici pour la nuit. Je fais le calcule : j’ai déjà parcourus près de 30 km dans la journée – probablement ma plus grande distance en une journée de marche depuis le début de mon voyage, et il serait temps de trouver un endroit où me reposer et éventuellement recevoir à manger.... Je me dirige vers le gîte communal en me disant que je pourrais peut-être y proposer un coup de main au ménage ou à la cuisine en échange de l’hospitalité. En arrivant devant le lieu en question, je me rends compte qu’il n’y a pas de réception comme je l’aurais pensé. Il s’agit d’un gîte autogéré. Chaque pèlerin s’inscrit sur une feuille en arrivant, et une personne de la commune passe encaisser le prix de la nuitée en début de soirée. Il y a une cuisine à disposition où chacun peut se faire à manger avec les courses qu’il aura apporté avec soi. Du coup, je ne sais pas comment et à qui adresser ma demande. Je reste devant le gîte un instant d’où j’aperçois des pèlerins dans les dortoirs, suspendre leur linge et ordonner leurs affaires. Ceux-là ont déjà eu leur douche et leur journée de marche est terminée. Ce serait tentant, mais je ne peux pas me permettre une nuitée à 10-15 euros régulièrement, sans compter de quoi acheter un casse-croûte pour le soir et le petit-déjeuner… Je reprends la route à contrecœur. Je passe devant une boulangerie du pèlerin, mais n’ose pas y adresser de demande d’invendus malgré ma faim et mon désespoir. Je quitte le village en suivant des escaliers raides, me faisant passer de 600 mètres d’altitudes à plus de 1000 mètres en l’espace de quelques kilomètres. Je passe devant une petite chapelle taillée dans la roche que j’envisage presque comme abri pour la nuit. Vu l’heure qu’il est, je suis maintenant seul sur le chemin, plus de pèlerins à l’horizon. Mais il fait trop frais pour dormi dehors ce soir… J’arrive sur un petit plateau où sont regroupées quelques vieilles maisons et fermes. Je sonne à quelques portes pour demander l’hospitalité, mais n’obtiens pas de réponse favorable. Je continue donc ma route me demandant de plus en plus où et quand je pourrais enfin m’arrêter pour dormir. Il doit être autour des 19h. Je marche sur un chemin de campagne et croise un tracteur. Je me sens dévisagé par son conducteur qui ne doit pas être habitué à voir des pèlerins en route à cette heure-ci de la journée. Un soleil très bas dans le ciel m’éclaire le visage et m’indique que la nuit approche. Je poursuis ma route d’un pas pressé, presque hystérique. Je me rends compte que j’approche des 40 kilomètres de marche depuis mon départ du Puy-en-Velay ce matin, et qu’il va devenir urgent de m’arrêter pour de bon pour aujourd’hui. J’arrive à nouveau dans un petit hameau très rural, et envisage chaque grange, toit, grenier, comme un éventuel abri pour la nuit. Je sonne à une porte de ferme. Un homme m’ouvre. Il a l’air solitaire et marginal. Je lui demande s’il ne connaitrait pas un endroit sur la paille dans le village où je pourrais passer la nuit. Il me répond ne pas être au courant de « cette affaire de Compostelle ». Me rendant compte que je ne trouverai peut-être pas d’accueil alternatif ici, je lui demande si je ne pourrais pas passer un coup de fil à la prochaine auberge sur le chemin, située à Saugues à environ cinq kilomètres de marche. Il répond par l’affirmative, m’indiquant de la suivre jusqu’à son téléphone fixe. Je compose le numéro de l’auberge que je pense pouvoir atteindre vers les 21h… Une femme décroche. Je lui demande s’il ne resterait pas un lit pour ce soir. Elle m’indique être complet pour la nuit. Mince ! Je remercie ce monsieur de m’avoir laissé utiliser son téléphone et prends congé. Je me retrouve sur la route de ce petit hameau. Soudain, je vois passer un fermier en salopette et bottes de travail. Il est relativement jeune et marche d’un pas rapide. Je l’interpelle, lui explique en deux mots ma façon de voyager sur le chemin de Compostelle, et lui adresse ma demande d’abri pour la nuit. - Vous pourriez dormir sous le tunnel avec le mouton, me répond-il. - Parfait ! lui dis-je soulagé. Je suis cet homme sur quelques mètres jusqu’à l’endroit en question. Il s’agit d’un tunnel agricole qui abrite un troupeau d’une centaine de moutons. A l’entrée du tunnel, se présente un petit enclos avec un chien attaché à une chaîne. Ce dernier aboie à notre arrivée, puis se calme en voyant son maitre et nous laisse passer. Le tunnel est séparé en deux dans le sens de la longueur par un couloir de botte de paille. Nous le traversons jusqu’à l’extrémité opposé de l’enclos du chien. Le fermier ouvre une botte de paille à l’aide de couteau, et voici mon lit pour la nuit. Je remercie mon hôte, lui expliquant que j’ai déjà dormi à plusieurs reprises dans des conditions similaires depuis mon départ de Lausanne en Suisse. Il a l’air quelque peu surpris, l’air de dire « pourquoi pas ma foi… » et me souhaite une bonne nuit avant de repartir. Je le remercie et pose mes affaires sur le sol. J’espère secrètement le voir réapparaitre plus tard pour m’inviter à manger ou m’apporter de quoi casser la croûte, mais en vain, je ne le reverrai pas avant le lendemain matin à la première heure. Ce soir mon repas ne sera rien de plus qu’un ou deux verre d’eau sortis de ma gourde. Je suis fatigué, très fatigué. Je repense à ma journée de marche et me dis que c’est de la folie ! Je déballe mon sac de couchage et mon tapis de sol pour la nuit. Je sors du tunnel pour aller pisser, puis reviens à mon dortoir. A ma gauche et à ma droite, des dizaines de moutons me dévisagent l’air curieux et méfiant à la fois. J’essaie de sympathiser en m’approchant pour les caresser. Mais rien à faire : chacun de mes mouvements déclenche un mouvement de panique chez eux, les faisant courir dans la direction opposée du tunnel où j’entends le chien de garde aboyer à son tour. Un élan de panique me traverse, j’espère que tout ce bruit ne va pas alerter le fermier et le faire revenir sur sa décision d’abriter un pèlerin sous son tunnel. Je tâche de me calmer et de faire le moins de mouvements brusques possible pour ne pas faire peur aux moutons qui continuent de suivre chacun de mes déplacements avec curiosité. Je ne tarde pas trop avant d’aller me coucher. Je n’ai pas grand-chose d’autre à faire de toute façon. Pas de compagnie pour discuter, rien à me mettre sous la dent, pas de bouquin non-plus, et il se fait tard…

Durant la nuit, j’attends régulièrement des moutons tousser. Je n’arrive pas à trouver le sommeil. A chacun de me mouvement pour trouver une meilleure position dans mon sac de couchage, les moutons s’alertent et cours dans tous les sens… Je passe une franchement mauvaise nuit de sommeil !
Venu à pied depuis la Suisse... j'ai dormi où j'ai pu!

https://www.youtube.com/watch?v=4nMypRnot-I
TI Tiffaine62 ·
Bonjour Stephan,

J'ai découvert ton aventure en cherchant des informations sur le chemin. Je suis d'abord tombée sur la conversation où tu disais vouloir réaliser le chemin en essayant de te détacher des biens matériels...puis sur cette conversation où tu nous raconte ton aventure.

Je suis admirative et rêve de vivre la même aventure que toi, en partant de Nord-Pas-de-Calais... J'ai envie de te poser des tas de questions 🙂

Je trouve que ton écriture a évolué, dans le sens positif du terme. Plus fluide, elle nous transporte et l'on ressent tes émotions comme si c'est nous qui avions vécu l'aventure. On sent que tu as plus de recul sur ce que tu as vécu, je ne peux que t'encourager à continuer...

Je te remercie pour ce partage, qui permet à des gens comme moi de s'évader, de continuer à rêver.
Tiffaine
ST Steph2Suisse ·
Salut Tiffany, et merci pour ton message encourageant!

Je me dis qu'écrire un livre sur son chemin de Compostelle, c'est autant dur que de faire le chemin lui-même! Arf! :)

A ta dispo en MP si tu souhaites me poser des questions.

Stephan

PS: C'est toi sur te photo de profil? :)
Venu à pied depuis la Suisse... j'ai dormi où j'ai pu!

https://www.youtube.com/watch?v=4nMypRnot-I
TI Tiffaine62 ·
Tiffaine, pas Tiffany non mais ! 😛

D'accord, je vais organiser un peu les questions qui me passent par l'esprit alors avant de t'écrire en MP sinon tu vas te sauver.. Merci pour ta dispo !

Oui c'est bien moi... déguisement pour courir les 20kms de Maroilles comme chaque année 😉
Tiffaine
WR Wren Veteran ·
Bonjour Stephan

J'ai l'impression à parcourir tes écrits, de revivre certaines expériences personnelles. 🙂

Quel plaisir de te lire. Ce témoignage est très positif, j'aime bien la façon dont tu décris les hauts et les bas et l'incertitude permanente où tu te trouves sans que cela ne semble entamer ta sérénité. C'est ça le vrai voyage à mes yeux.

Je croise souvent - à pied ou à vélo - des pélerins, j'aime bien échanger avec eux, nous nous sommes peut-être croisés en Gironde ou dans les Landes ou au Pays Basque "nord"/"sud".

En tout cas bravo. Et merci pour ce partage.
La vie est trop courte...
NI Nikos70 ·
Bonjour Stephan. 5 ans après ton retour, ton voyage passionne encore des gens. J'ai pour projet de partir jusqu'à saint-jacques prochainement, et j'ai été très emballé par ton récit. Serait-il possible d'accéder au livre entier aujourd'hui ? En attendant, merci pour ton partage et bravo pour ton courage 😜

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