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La fourmi voyageuse (ou la « périurbanisation touristique »)
C’est l’histoire d’une petite fourmi. Elle vit dans une fourmilière, et elle doit toujours travailler pour fournir du miellat.
Un jour, par saturation, elle décide de partir de la fourmilière et d’aller voir loin. Elle marche alors pendant longtemps, et elle arrive dans un pays étranger. Dans ce pays, la petite fourmi est émerveillée. Tout est différent, la lumière, les couleurs, les odeurs, même les animaux. Ici, il n’y a pas de fourmi qui travaille tout le temps pour fournir du miellat. Les animaux sont libres de faire ce qu’ils veulent. La petite fourmi se promène beaucoup. A un moment, elle commence à avoir faim. Alors elle demande à une abeille si elle peut lui donner un peu de miel. Celle-ci est heureuse d’aider la fourmi étrangère.
Après une longue visite, la fourmi décide de rentrer chez elle. A son retour, elle est tellement heureuse de ce voyage qu’elle a fait, de ce qu’elle a vu, qu’elle le raconte à toutes ses sœurs de la communauté fourmi. Celles-ci sont intéressées par ce récit, mais la plupart retournent travailler immédiatement. Cependant, d’autres décident de suivre son exemple.
Deux fourmis partent alors à leur tour dans le pays étranger. Elles le visitent en suivant les conseils de la fourmi pionnière. Sur son conseil, elles demandent aussi un peu de miel à l’abeille.
A leur retour, elles font à leur tour un résumé de leurs aventures aux autres fourmis. A nouveau, d’autres fourmis sont tentées par cette aventure.
Cette fois-ci, huit fourmis partent dans le pays étranger. Elles profitent à leur tour de leur voyage pour se reposer, voir de nouveaux paysages, gouter de nouvelles saveurs... Elles vont à leur tour voir l’abeille pour lui demander du miel. A leur retour, elles font aussi un compte rendu, qui encourage à nouveau d’autres fourmis de partir.
Cette fois-ci, quand les fourmis arrivent dans le pays étranger, l’abeille est déjà là, avec des ouvrières à elles, pour les accueillir et leur vendre du miel. Maintenant, les abeilles vont travailler pour fournir du miel aux autres animaux.
Peut-être qu’un jour, une abeille fatiguée décidera de partir de la ruche et d’aller voir loin. Peut-être qu’elle découvrira un nouveau pays, où les animaux sont libres de faire ce qu’ils veulent...
La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisament grands pour ne pas les perdre quand on les poursuit.
Ton histoire me rappelle singulièrement un épisode de "j'irai dormir chez vous". Antoine de Maximy va en Ethiopie, et d'abord il s'arrête dans les endroits très fréquentés par les touristes. On le harcèle pour de l'argent, c'est vraiment pénible, les gens avec qui il entre en commerce un peu à contrecoeur essayent de l'arnaquer. Pour ne rien arranger, il va dans un "village traditionnel typique" qui fonctionne comme une attraction touristique. sa déception est encore plus vaste que ce qu'il craignait, on le malmène et lui extorque de l'argent, vraiment moche à voir.
Puis, il loue une vieille moto, va dans une partie reculée du pays où les touristes ne s'aventurent pas, et alors qu'il tombe en panne il est hébergé par des gens qui l'accueillent avec beaucoup de bonté, de simplicité et de naturel: malgré la brièveté des images, on voit que c'est un beau moment pour lui.
Difficile de ne pas tirer la conclusion que le passage de touristes occidentaux au très fort pouvoir d'achat, présentant ostensiblement tous les signes d'une fortune dérangeante, conduit les autochtones à perdre une partie de leur âme tandis qu'ils gagnent les miettes acquises en s'abaissant.
Le sujet est délicat. Le mythe du bon sauvage corrompu par l'étranger n'est pas loin. Pourtant il y a des témoignages qui sont très révélateurs.
Comment envisager une rencontre des cultures qui ne soit pas une acculturation à sens unique ? Vaste question, je ne trouve pas idiot d'y réfléchir...
Struebi
Bonsoir Gely, [:)] Tu posais effectivement de bonnes questions au sujet de l'acculturation. Malheureusement, pris dans la tourmente ton message a disparu avec beaucoup d'autres. A propos d'échanges entre différentes communautés, j'évoquais le voyage du zéro. Le chiffre zéro m'a toujours qq peu fasciné, par son curieux parcours d'une culture à l'autre. En Occident, il figure sous la forme du cercle, qui en géométrie céleste incarne la perfection, l'infini, l'éternité. Le cercle pouvant aussi contenir un carré ou un octogone (association de deux carrés), ces figures géométriques ont toujours eu une haute valeur symbolique qui a été reprise dans la construction d'édifices religieux. Ainsi, Charlemagne adopta l'ordonnance octogonale lors de la construction de la chapelle palatine. Les arabes introduisirent le zéro en Europe, en particulier, en Espagne. Mais les autorités religieuses marquèrent une certaine hostilité à l'égard de ce chiffre, qui outre le fait que ce concept était importé par des infidèles, était assimilé au néant. Selon le dogmatisme religieux, le vide était la négation de l'existence d'un Dieu omniprésent. A l'époque, pour éviter de finir en brochettes sur un bûcher, il valait mieux ne pas aborder le sujet. Toutefois, c'est un moine champenois dont j'ai oublié le nom, qui est à l'origine de la reconnaissance du zéro en France vers le douzième siècle (date à vérifier). Etrangement, chez les arabes, le zéro n'est pas représenté par un cercle mais par un point. De son côté le chiffre cinq, qui porte chance, figure sous la forme d'un cercle souvent incarné par la coupole symbolisant la voûte céleste. Cinq, c'est aussi les cinq doigts de la main, la main de Fatima, la fille préférée du prophète. Chaque culture s'approprie des éléments d'autres cultures en les intériorisant. En Alsace, un cinq était suspendu au-dessus du lit de la grand-mère pour faire tomber la fièvre. Et celà marchait... Comme quoi, "la fable de la fourmi voyageuse "contrairement à deux avis inutilement blessants, ouvre de multiples perspectives en rapport avec la découverte des autres mondes. Michel
Bonjour Dennis, [:)] C'est bien sympathique de m'avoir transmis ces références. Tous mes remerciements. Une petite question, connaissez-vous le nom du moine champenois dont j'ai parlé ? Je n'arrive plus à le retrouver. Pour revenir au zéro, il me semble que ce sont les sumériens qui sont les inventeurs du zéro, sans pour autant l'avoir utilisé. Leurs mains, encore elles, leur servaient, en sorte, de première machine à calculer. Avec le pouce de l'une de leur main, ils comptaient le nombre de phalanges des 4 autres doigts, au total celà donne 12. Chaque douzaine était ensuite retenue à l'aide d'un doigt de l'autre main, ce qui donnait finalement 5 x 12 = 60, voilà comment ils sont arrivés au système sexagésimal. Encore de nos jours, nous utilisons ce système de numération, un héritage sumérien, comme par exemple, quand nous demandons une douzaine d'oeufs, regardons l'heure (soixante minutes), ou faisons un tour complet appelé aussi un 360 degrés (60 par 6) dans certaines disciplines sportives. Les Babyloniens puis les Omeyyades ont repris ce système de numérisation.Comme quoi, il n'y a pas de frontières à l'intelligence. Bon WE. Michel