(An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
Réponse à Géob, et à ses posts ci-dessus. Je ne suis thuriféraire de rien de tout. Je suis juste un citoyen français qui aimerait pouvoir voyager la tête haute, et sans le fardeau de la honte de ce que les politiques (de droite et de gauche) ont fait en mon nom.
Fort heureusement, les rwandais que j'ai pu croiser sont suffisamment intelligents pour savoir que l'executif de 94 et le français lambda sont deux choses différentes. A titre personnel, je me passerais bien de cette face sombre de notre histoire. Mais voilà, ce qui est fait est fait. Alors, les témoignages ahurissants des survivants que j'ai pu rencontrer, les photos de ces milliers d'enfants trucidés à la machette affichées au mémorial de
Kigali et les 800 000 morts du génocide (tutsis en majorité mais aussi Hutus) méritent qu'on s'interroge sur la manière dont elles ont été rendues possibles.
Tu dis que « les
USA et la
Chine gagnent du terrain en Afrique ». Au-delà du fait que cette phrase est en contradiction avec ton précédent post qui sous-entend que les africains sont les uniques coupables et responsables de ce qui se passe sur leur continent, c'est une réalité. La
France est en train de perdre l'Afrique. Et cette réalité éclaire d'un jour encore plus pitoyable nos actions là-bas. Je retournerai l'argument : peut être que si l'on agissait avec plus de discernement, moins de soutien à des dictateurs fantoches et plus de considération envers les populations et la société civile, ça se passerait différemment.
En tous cas, nous avons soutenu un régime génocidaire. Résultat : nous avons quitté l'Afrique des grands lacs la queue entre les jambes. Alors non, je ne suis pas « un professionnel de la repentance », juste quelqu'un qui considère qu'avant de balayer devant la porte de son voisin, il serait peut être temps de sortir les ordures qui trainent dans nos arrières-cuisines.
Revenons au génocide. Je te rassure, je n'ai jamais dit que les noirs, et spécialement les rwandais, étaient de grands enfants incapables de se débrouiller sans la figure paternelle du colon. D'ailleurs, si c'est à ça que tu veux mesurer leur degré d'évolution, certains d'entre eux ont fait preuve au moment de la préparation du génocide et de son accomplissement d'un fanatisme et d'une cruauté au moins égale à ce qu'ont pu pratiquer les occidentaux au cours de leur histoire. Plus précisément : oui, ce sont des noirs qui ont tenu les machettes, et massacré en trois mois à la main à un ryhtme quotidien que même les nazis n'avaient pas atteint avec les chambres à gaz. (Cf Gérard Prunier,
Rwanda 94.)
Cela étant, il me semble important de rappeler quelques vérités. Depuis les années 70, et jusqu'au milieu de l'année 94 (le génocide a débuté le 6 avril), la
France a été le principal soutien du régime rwandais. Quelques exemples pour ne pas être fastidieux : selon une note des renseignements français citée par le journaliste Patrick de Saint-Exupéry (L'inavouable, qui n'a fait l'objet d'aucun procès), le lieutenant colonel Chollet, chef du détachement d'assistance militaire et d'instruction (DAMI), exerce en 1992 simultanément les fonctions de conseiller du président de la république rwandaise et de conseiller de son chef d'état major. Rappelons que le
Rwanda est alors en guerre contre les rebelles du FPR... En 1993, la
France est le principal bailleur de fonds du
Rwanda (avec la
Belgique). L'aide se monte cette année là à 232 millions de francs, dans un pays où 70 % des dépenses vont alors à l'armée et aux achats d'armes.
Revenons en au génocide. Comme son nom l'indique, il ne résulte pas d'une simple « bouffée de colère ». Il a duré trois mois, et une foule de spécialistes comme d'associations humanitaires relevaient déjà plusieurs mois avant son déclenchement la consitution de listes de tutsis à abattre, et l'équipement en armes des milices et d'une partie de la population (alors que la
France est à ce moment là militairement présente au
Rwanda). D'ailleurs, les dirigeants français reconnaitront que les livraisons d'armes ont perduré jusqu'au début du génocide, la polémique portant sur le fait de savoir si oui ou non ces livraisons ont continué pendant le génocide...
Pêle-mêle, rappelons ensuite que la
France a reçu, pendant le génocide, les représentants du « gouvernement intérimaire rwandais » à
Paris, à plusieurs reprises, dont plusieurs seront condamnés ensuite par le tribunal pénal. Autre point qui fait froid dans le dos : à leur arrivée au
Rwanda pour l'opération Turquoise, alors que le génocide touche à sa fin, de nombreux témoins rapportent que les soldats français sont ovationnés (contre leur gré) par les tueurs, qui voient en eux une planche de salut...
Maintenant, venons en à Péan. Je me suis plongé dans son livre. Désolé, je n'ai pas pu le faire de manière exhaustive. Difficile en effet de feuilleter « noires fureurs, blancs menteurs » sans bondir toutes les deux pages. A sa lecture, je me suis demandé : qu'est devenu l'un des meilleurs journalistes d'investigation de
France ? (dont j'avais dévoré plusieurs des précédents ouvrages). Sur la base de l'enquête du juge Bruguière, elle-même passablement critiquée, Péan démontre que c'est le FPR, et donc les tutsis, qui ont abattu l'avion du président hutu Habyarimana, et en conclu après 1000 détours alambiqués que les tutsis sont quasiment les auteurs de leur propre génocide ! Au fil des pages, on découvre un Péan hallucinant de malhonnetêté intellectuelle, et dont la partialité, les propos racistes et négationnistes prêtent parfois plus à rire qu'à pleurer tant ils versent dans la haine absolue et la caricature. Au final, on s'interroge : quelles sont ses motivations ? Pourquoi détruire une réputation de probité que cet auteur avait mis des années à construire ? Petite précision : pour cet ouvrage assassin, Péan, pas une seule fois, ne s'est rendu au
Rwanda...
Au-delà du préchi-précha, la crédibilité de « l'enquête » de Péan s'appuie essentiellement sur deux témoignages, celui du même témoin sorti du chapeau du juge Bruguière pour dire que le FPR est responsable de l'attentat contre l'avion du président, et celui d'un pseudo historien rwandais qui se présente lui-même comme descendant de l'ancienne cour royale, et donc comme tutsi. Ce charmant individu – tutsi donc forcément légitime – nous explique que « dès leur enfance, les jeunes Tutsis étaient initiés à la réserve, au mensonge, à la violence et à la médisance ». Péan reprend aussi à son compte de magistrales analyses, comme celle de cet ancien diplomate, qui nous dit que « cette race est l'une des plus menteuses qui soit sous le soleil » (p.42) Je ne parle pas de ce point de vue hautement objectif sur Paul Kagamé, l'actuel président rwandais, comparé rien de moins qu'à Hitler, Staline et Pol Pot, « capable d'exploiter à son profit la
tentative (sic) de génocide qu'il a sciemment déclenchée. En somme, un Führer qui serait devenu directeur de Yad Vashem ».
Kagamé est un dictateur, oui, qui a du sang sur les mains comme tous les militaires du monde, oui. Cela s'arrête là. Rappelons, pour en finir, que l'équipage de l'avion en question était français, et que la
France, non contente de ne pas demander d'enquête sur l'attentat qui a tué ses membres, a tout fait pour bloquer les enquêtes internationales sur ce sujet, avant de sortir du bois plusieurs années après. Pourquoi ? Péan pourrait peut-être nous le dire.