Mon mari cubain vit ici depuis avril 2007. Pour la francisation, ça dépend de beaucoup de facteurs, dont principalement sa motivation. Mon mari était très motivé à apprendre le français. Il a fait 6 mois de cours à temps plein (30h/semaine), ensuite il a appris "sur le tas". Maintenant, il parle bien français, sans le parler comme les québécois. Il réussi bien à se faire comprendre et il comprend bien en général. Mais au niveau de la lecture et de l'écriture, on oublie ça! Je connais plusieurs cubains qui ne sont pas du tout motivés à apprendre le français et ils ne le parlent toujours pas après 4 ans. Donc ça va dépendre beaucoup de la motivation de ton mari. Ensuite, ça va dépendre aussi de toi. Plus que tu lui parles en français et que tu l'aides avec ses études, plus qu'il va apprendre vite. Si tu lui parles constament en anglais ou en espagnol, il apprendra moins vite. Et ça dépend aussi de l'école. Il y en a des très bonnes et d'autres qui sont moins bonnes. Ça va dépendre aussi de la fréquence de ses cours. S'il fait des cours 2 soirs par semaines, il apprendra moins vite que s'il est à l'école 5 jours entiers par semaines.
Plus vite il apprendra le français, plus vite il sera autonome financièrement et plus vite il aura un meilleur travail. Mais pour le temps qu'il sera à l'école, il ne pourra pas beaucoup contrinuer financièrement. Et il voudra quand même envoyer de l'argent à sa famille, téléphoner à Cuba et faire des activités ici. Tout ça coûte cher. Pour apprendre bien le français, ça prend environs un an de cours à temps plein.
Les premiers emplois sont très chiants pour eux. Des jobs de merde dans des usines, des restos etc... avec un salaire de merde et des horaires de merdes. C'est les jobs que les québécois ne veulent pas faire. Le manque d'expérience de travail d'ici, le manque de scolarité d'ici, la difficulté à communiquer sont toutes des choses qui vont le bloquer longtemps pour un bon travail. Les impôts, les taxes, toutes les factures à payer qui n'existent pas à Cuba vont le faire royalement chier, même s'il sera conscient que la qualité de vie est meilleure ici. Le fait de vivre bien et de savoir que sa famille vit dans la misère sera aussi très difficile pour lui. Il voudra envoyer de l'argent très vite là bas et de façon régulière.
Pour ce qui est du racisme, mon mari est noir, donc plus propice au racisme. Mais vivant à Montréal et non en région, je pense que ça l'aide un peu étant donné qu'il y a beaucoup de minorités visibles à Montréal. Pendant longtemps, il réussisait à se faire engager seulement par des agences de placement, qui eux engagent n'importe qui. Et il se retrouvait beaucoup à travailler dans des endroits où les québécois ne veulent pas travailler, donc avec d'autres immigrants, avec beaucoup de noirs. Maintenant, après près d'un an et demi, il commence à peine à réussir à se faire engager directement par les compagnies sans passer par des agences de placement. Mais encore là, le manque d'expérience et de scolarité ne l'aide pas. Et le fait d'être à 100% productif durant tout son quart de travail le rendra fou au début. Mon mari travaillait à Cuba 16h par jours, 18 jours sur 21. Mais la moitié du temps il se pognait le cul au travail. La rapidité et la production ne sont pas très importantes à Cuba. Ici, il travail 8h par jour, 5 jours sur 7, mais il doit être rapide et il ne peut pas se pogner le cul toute la journée. Il trouve que le travail ici à mille fois plus difficile et exigeant qu'à Cuba.
Mon mari tenait absolument à commencer à travailler le plus vite possible. Donc il travaillait à temps plein en allant à l'école à temps plein. Il a donc pu commencer à contribuer financièrement après environs 2 mois. Mais étant donné son salaire, ce n'était pas une contribution à 50% et ça n'a jamais payé ses vêtements. Il pouvait payer la moitié des factures, sa carte de métro, son cellulaire, ses téléphones à Cuba, envoyer de l'argent à sa famille et quelques dépenses personnelles. Pour le reste, c'est moi qui assume. Ton mari sera très vite découragé s'il doit payer à 50% toutes les choses de la maison, en plus d'aider sa famille et qu'à la fin du mois il ne lui reste plus rien à lui pour des dépenses personnelles et pour économiser pour retourner voir sa famille. Il voudra vite retourner vivre à Cuba.
Ce n'est pas seulement la langue, le travail, l'argent et le racisme qui leur causent des difficultés, c'est toute la vie ici. Tout est à 100% différent de Cuba, donc il doit tout apprendre et beaucoup de choses de la vie d'ici ne lui plairont pas. Même si tu essaies de lui expliquer notre société avant son arrivé, il ne comprendra pas grand chose tant qu'il ne les vivra pas. Pendant plus d'un an, il sera comme un enfant. Il sera entièrement dépendant de toi au début, il voudra devenir autonome très vite, il vivra beaucoup de frustrations parce qu'il y a trop de choses à apprendre et trop de choses différentes, il voudra faire certaines choses par lui-même, il va se planter quelques fois, il va souvent penser que ce que tu lui dis c'est pour vouloir le contrôler et non pour l'aider, il va aussi penser que certaines choses que tu lui dis ne sont pas vrais tellement que c'est différent de Cuba et il va se renseigner auprès de d'autres personnes. Toi aussi tu vas vivre beaucoup de frustrations et de difficultés face à cela. Surtout lorsqu'il ne voudra pas comprendre et qu'il va tout comparé à Cuba en disant que Cuba c'est mieux. Ça prend énormément de patience, de compréhension, de forces physiques et psychologiques et beaucoup beacoup beaucoup de discussions avec lui.
Vous devrez aussi vous adapter à la vie de couple. Ce n'est pas en voyage à Cuba qu'on apprend cela. La vie quoditienne au Québec et la vie en voyage est totalement différente. Leur vision d'une vie familiale est aussi très différente de la notre. Tu vas trouver tes ados extrèmement matures, responsables et autonomes à comparé de ton mari. Et lui va probablement vouloir que tu sois comme une épouse cubaine, ce que je doute fort que tu acceptes. C'est avec des discussions à répétitions, des compromis de la part des deux et beaucoup beaucoup de temps que vous allez y arriver.
Quand on est dans les procédures d'immigration et dans la relation à distance, on capote parce que c'est super difficile à vivre. Mais lorsqu'il sera ici, ça sera cent fois plus difficile, autant pour lui que pour toi. Je ne veux pas te décourager, mais c'est la réalité et c'est mieux pour toi d'en être consciente dès le départ. Je n'ai jamais regretté ma décision, j'adore mon mari, mais ce n'est pas facile, même après un an et demi. Plus que le temps avance, mieux que c'est. Tout est poco a poco con mucha patiencia.