On trouve en Asie une grande quantité de peuples dont les origines et les liens de parenté ne sont souvent pas évidents. La confusion est d’autant plus grande qu’ils ont une variété de noms aux sonorités assez semblables à premier abord, et qu’un groupe donné se voit attribuer des noms différents suivant le pays où on le rencontre, la date à laquelle on en parle, l’auteur etc…. Meo, Miao, Yao, Hmong, Lao, Taï, Thaï, Qiang, Jurchen, Mandchous, Khitai etc…. la liste et longue ! Comment s’y retrouver ? D’où viennent-ils et comment sont-ils reliés les uns aux autres?
Je ne suis pas ethnologue, mais c’est un sujet qui m’a toujours intéressé. Au fil de mes lectures, je me suis rendu compte que pratiquement tous les peuples qui se trouvent maintenant en Asie du sud-est sont originaires de la Chine. La plupart des experts, par exemple, font remonter à Taiwan les langues austronésiennes, c.-à-d. malais, langues cham du sud du Vietnam, langues parlées dans le monde Malayo-Polynésien, qui s’étend de Madagascar jusqu’à Hawaï mais dont on trouve encore aujourd’hui quelques traces en Asie du sud-est. Comme référence, il suffit de citer l’excellent « Cambridge History of South-Est Asia », Vol. 1, Part One, « From early times to c. 1500 », 1999 ; page 112 (je traduis):
« Pendant l’étape linguistique proto-Austro-Tai (vers 4500 av. JC ?), il semblerait que des colonisateurs possédant une culture agraire franchirent le détroit de Formose pour atteindre Taiwan. Ils y établirent les langues initiales du groupe Austronésien. Leur population augmenta et se répandit à travers l’île, jusqu’à ce que, un millénaire plus tard peut-être (vers 3500 av. JC ?), leurs descendants linguistiques firent leurs premiers mouvements vers Luzon. » Etc……
Curieusement, je n’étais pas trop porté sur la Chine au départ, mais j’ai fini par me rendre à l’évidence : un minimum de connaissances sur la Chine est essentiel pour comprendre les populations de l’Asie du sud-est et même au-delà. Que s’est-il passé en Chine qui aurait poussé tous ces peuples à se déplacer vers le sud ?
Permettez-moi une plaisanterie ! On peut apporter une réponse simple et rapide à cette question : « Les Chinois sont des casse-pieds qui bousculent les gens autour d’eux. Les habitants non-Chinois de la Chine en ont eu marre, ont ramassé leurs cliques et leurs claques et se sont cassés ».
Il y a du vrai dans cette réponse, mais nous sommes entre gens un peu moins simplistes que ça, j’en suis sûr, et il doit y avoir plus à dire sur le sujet ! Je me propose de prendre autant de raccourcis que possible sur l’histoire de la Chine, pour en distiller ce qui m’intéresse ici, c.-à-d. les mouvements des peuples dans la sphère géographique chinoise. Ma référence principale (il faut bien commencer quelque part, comme je l’ai dit, ce n’est que récemment que « j’aborde la Chine ») est un livre publié en 2008: « China, A History » (« Chine, Une Histoire ») de John Keay. Ce journaliste britannique a dénoncé le « consensus international, pour ne pas dire la conspiration, de faire de l’histoire de la Chine un sujet aussi rébarbatif et incompréhensible que possible ». Je recommande vivement de le lire (je ne sais pas s’il a été traduit en français).
On me reprochera peut-être ma préférence à (souvent, sauf pour les termes déjà bien acceptés en français) ne pas utiliser les formes féminine ou plurielle pour les noms d’ethnies et de cultures de la Chine et de l’Asie en général. Ces formes n’existent ni en chinois ni dans d’autres langues locales. Je préfère donc dire « les Xia » plutôt que « les Xias ». Le comble, il me semble, est le terme « Laos », introduit il semblerait par des missionnaires Portugais, le « s » final en faisant un nom en portugais. Le problème, à mon avis, c’est que tout le monde prononce se « s » final, qui n’existe pas dans la langue Lao. Que ceux que ma petite manie dérange ajoutent les « s », les « e » et les « es » où ils veulent !
Alors allons-y! Premier chapitre:
Les débuts - Xia
La première dynastie chinoise reconnue, suivant la période des « cinq empereurs » mythiques, fut celle des Xia (2070-1600 av. JC ; chinois traditionnel: 華夏 ; chinois simplifié : 华夏; pinyin: Huáxià). On n’est pas absolument sûr que les Xia aient vraiment existé. La dynastie suivante, celle des Shang, est mieux corroborée. L’évidence archéologique ferait correspondre les Xia à un ensemble de cultures néolithiques et de l’âge du bronze du bassin inférieur du Fleuve Jaune (Huang He), c.-à-d. de la Plaine Centrale de la Chine du nord qui s’étend de la province de Shandong à la province du Shaanxi.
L’histoire de la Chine, presque toujours un produit « officiel » par des gens qui avaient un « agenda », a tendance à idéaliser et à simplifier. En fait, il ne semble pas que le nord de la Chine ait été contrôlé d’une façon uniforme et centralisée par les premières dynasties. Et les développements qui résultèrent en une « culture chinoise » se déroulèrent plutôt sur des territoires plus vastes que ceux des Xia, et auraient impliqué des peuples qui n’étaient probablement pas uniformes d’un point de vue ethnique. En fait, le concept d’ethnies bien séparées ne semble pas « tenir la route », une constatation qui n’est pas unique à l’Asie d’ailleurs. On devrait plutôt parler de culture et d’héritage linguistique. De la même façon, le mot «Han », désignant au départ une dynastie (202 av. JC – 189 après JC), en passa à être utilisé comme une étiquette ethnique et se trouve maintenant être la dénomination officielle de la majorité du peuple chinois, supposée être d’une seule et même ethnie.
Toujours est-il que les peuples de la Plaine Centrale, constituant le noyau des futurs Han, en fait les ancêtres de l'ethnie Han, se désignaient aux derniers siècles av. JC comme « Xia » pour se différencier des peuples « moins Chinois » considérés comme barbares, pour lesquels on usait de termes tels que « Di » ou « Rong ». Les Di ou Rong auraient été assimilés au fil de la très longue dynastie des Zhou (1050 – 256 av. JC). Cela résultait peut-être du sentiment d’avoir une identité privilégiée en tant qu’héritiers du royaume Xia, par des gens qui ont fini par se désigner comme « Xia ». Pour une première fois, avant l’usage du terme « Han », on avait abusé d’un terme désignant une culture pour désigner une population qui n’était pas ethniquement homogène.
Le terme « Xia » était encore utilisé pour désigner la culture « Chinoise », celle du nord, à l’époque ou les Qin (d’un «état » du nord qui correspondait plus ou moins au Shaanxi d’aujourd’hui) commencèrent à unifier le territoire chinois dans un sens moderne. En particulier, le roi Hui de la dynastie Qin conquit le Sichuan (le pays « des quatre rivières », connu jusque là sous les termes de Shu et Ba) au IV-ème siècle av. J-C (on cite la date de 316 av. JC). Le Sichuan tomba donc sous l’influence culturelle Xia, et fut intégré dans l’empire chinois.
Cette consolidation intégra d’autres territoires « non-Xia » : le reste du bassin du Yang Tse, une grande partie de la Chine du sud et la Mongolie Intérieure. L’apogée fut Huangdi, le premier empereur historique, rendu fameux entre autres par l’ armée de terre cuite de sa tombe (dont la chambre centrale n’a pas encore été excavée), et qui régna au III-ème siècle av. J-C. La dynastie Qin ne dura pas longtemps, mais donna la base à partir de laquelle l’empire suivant, celui des Han, se reforma à partir de la fin du III-ème siècle av. J-C.
Voilà donc ma première fournée. J’espère que cela intéressera quelques forumistes, et comme je l’ai dit, je ne suis pas un spécialiste du sujet, donc j’espère bien en apprendre plus de la part de ceux dont la lanterne est plus éclairée que la mienne !
Merci pour cette "première fournée". Je l'ai lue avec intérêt, et je te remercie par avance pour la suite. Sacré boulot, j'imagine le temps que tu as passé là-dessus, merci encore !
Danielle
A man, a plan, a canal, Panama - palindrome, auteur inconnu
Merci pour l’encouragement. Au moins quelqu’un qui s’intéresse à autre chose que la sempiternelle « plage de rêve » ! Je suis en train de travailler sur la suite, mais ça prend du temps !
Je me joins à Danielle et Henri pour te remercier.
Je ne connais pas l'histoire ancienne de la Chine ni celle des peuples de l'Asie du sud-est, je ne participerai donc pas au développement de ce sujet mais j'attends la suite avec interêt...
Merci aussi du plaisir de lire un français et une ponctuation impeccables, celà fait du bien aux yeux et permet de pouvoir se concentrer sur le sujet...
Amicalement
René de Toulon
Ne demandes pas ton chemin à quelqu'un qui le connait.... tu risquerais de ne pas te perdre.
R.B. de Braslaw
La vie n'est pas un restaurant mais un buffet, levez-vous pour vous servir...
D. Glocheux
Voila qui fait plaisir ! J’ai des lecteurs qui approuvent mes efforts ! Puisqu’on parle de riz, ca me donne une idée : écrire sur le riz, il y a de quoi en faire des volumes !
J’ai visé ta bécane. Quel modèle ? J’ai une Hornet 600, ma première moto jamais, un vrai monstre !
Bonjour Georges. Pour faire plus simple mon adresse courriel :
heri.dusseau@sfr.fr
je suis un fan de beaucoup de choses dont :La chine, le vélo et la bécanne. Je m'apprete à partir trois semaines en Italie, depuis Annecy La toscane puis les dolomites. j'ai une Honda Deauville et je roule très tranquille. Petites routes, peinard, je ne voudrais pas me tuer..........
En 2008 j'ai eu le bonheur de parcourie 8 000 kms en Chine d'ouest, en arrivant du Kazakstan (et de paris !) jusqu'a Pékin. Aller er retour en accompagnement une expédition de 105 vélos. Nous avons pu pénetrer en chne avec nos véhicules ce qui est très rare? j'ai même obtenu le permis de condire chinois. J'adore ce pays, sa culture, son peuple et je travaille beaucoup pour apprendre la pensée chinoise. Tes travaus a ce titre, m'intéresse.
Cordialement.
🙂, P.S Si je regarde les statistique nous sommes 96 à vous avoir lu bien qu'il n'y en ait que 6, 7 avec moi 😇 à vous avoir remercié pour votre travail . Merci encore.
Catherine
" La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char
je ne sais aps si je fais remonté les statistiques, mais en tous cas je trouve ce sujet très interessant ! D'autant plus qu'allant en Chine prochainement, je me documente sur ce pays, cette culture.
Merci pour ce message, qui en plus a le mérite d'être très bien écrit et de se lire avec autant de plaisir que d'interet !
Je surveille cette discussion, je ne louperai pas la suite comme ça.
Bonjour René, et merci pour ton appréciation. Je vois que tu as déjà goûté à l’Asie du sud-est. Je vais y arriver, mais bien plus tard. C’est en fait par là que j’ai commencé moi-même, et ne suis arrivé à la Chine que l’année dernière.
Ta remarque sur la qualité du français. J’ai tendance à être soigneux, et une chose qui m’horripile particulièrement, c’est la médiocrité (parfois crasse) de la langue utilisée par certains forumistes. D’autant plus que j’ai appris le français à l’école (ce n’est pas ma langue maternelle). Bien sûr, nous ne sommes pas à l’Académie, et on comprend les fautes de frappe et les problèmes de clavier (je les connais bien), mais on pourrait faire quelques efforts, tout de même !
8000 km en Chine de l’ouest ? Belle équipée, ça a dû prendre du temps. Comme toi, je découvre la Chine. Je n’y suis allé que deux fois mais j’ai trouvé les gens vraiment très gentils. J’espère bien y retourner. La pensée chinoise me fascine également, mais je ne vais pas tellement en discuter dans mon récit. Pas par faute d’intérêt, mais ça ferait trop long. Une autre fois peut-être !
Bonne virée en Italie. Les Dolomites sont l’une des plus belles régions d’Europe !
À toi et à Catherine, merci également. Même si ce ne sont que quelques mots, ça me fait vraiment plaisir. Je vois que j’ai affaire à des gens sympas et intéressés. Quel changement après m’être fait étriper par des illuminés qui prétendent tout savoir sur l’Isaan, sur un autre poste il y a quelques mois de ça!
Je me sens tout motivé après ces quelques sympathiques réactions de forumistes. En récompense, voici donc une deuxième « fournée ».
Nous arrivons maintenant aux débuts de la fameuse dynastie Han, celle qui a donc donné son nom à ce qui passe pour être « l’ethnie Han » (chinois traditionnel: 漢族 ou 漢人; chinois simplifié : 汉族 ou 汉人; pinyin: hànzú or hànrén). La fin de presque toutes les dynasties chinoises est marquée par décadence, révoltes de tous genres, croissance du brigandage etc…. La dynastie Qin dont j’ai parlé précédemment n’y fait pas défaut. Le chef d’une bande de brigands qui sévit vers les années 200 av. JC fut Liu Bang du district de Pei. Il finit par obtenir le contrôle d’une partie du Sichuan et de la vallée supérieure de la rivière Han, et en conséquence à devenir en 206 av. JC le « roi de Han». Il devint empereur en 202 av. JC. C’est de là que vient le nom de cette dynastie. On passe sans en parler le premier empereur Zheng, Shi Huangdi, qui couvre une grande partie du 3-ème siècle av. JC, jusqu’à 210 av. JC, pour ne pas faire trop long et parce que je ne veux pas faire « l’histoire de la Chine » mais plutôt me concentrer sur les mouvements de populations.
Quelques mots et réflexions s’imposent sur l’utilisation du terme « Han ». Au XII-ème siècle, les empereurs mongols de la dynastie Yuan l’avaient utilisé pour désigner la population du nord de la Chine: Hans proprement dits, ainsi que plusieurs autres peuples. Le terme fut aussi utilisé au XIX-ème siècle pour distinguer la majorité du peuple chinois de l'ethnie mandchoue fondatrice de la dynastie Qing. Sous la dynastie Qing, ces peuples avaient déjà fusionné. Comme je l’ai déjà dit plus haut, le terme “Han” est plus approprié pour désigner une population partageant les mêmes coutumes et la même culture que pour désigner une ethnie à proprement dit.
Ceci n’ est d’ ailleurs pas unique aux Hans. On retrouve la même ambiguïté culture – ethnie (et langue !) dans beaucoup d’autres cas. Citons comme exemple la tribu des Khamseh en Iran qui est parfois répertoriée en tant qu’ethnie, alors qu’en fait il s’ agit d’ une fédération de cinq tribus (d’ où le nom de Khamseh, de l’ arabe khamsah/khamseh = 5) nomades de la province de Fars dans le sud de l’ Iran : Arabe ; les Basseri qui parlent persan ; les Ainalu, Baharlu, et Nafar qui parlent une langue turque. On peut en fait parler de culture commune émergeant d’un rapprochement politique, alors qu’il s’agit de plusieurs ethnies différentes (qui d’ailleurs véhiculent des langues différentes).
Revenons à notre histoire. Durant les derniers siècles av. JC, on commence à parler des Xiongnu, une tribu nomade des confins de l’empire Qin. Les Qin avaient étendu leur contrôle à l’Ordos, une région de steppes et de déserts bordant la Mongolie, en 218 av. JC, ce qui aurait pu conduire les Xiongnu, ayant perdu une partie de leurs pâturages, à s’organiser pour mieux résister à la pression chinoise. Certains pensent qu’il s’agit là des Huns mais il n’y a pas de consensus là-dessus, du fait des distorsions phonétiques en chinois et en latin. De quelques mots qui nous sont parvenus, on attribue à la langue des Xiongnu une origine sibérienne. Comme les peuples des steppes au nord de la Chine n’ont laissé aucun écrit, pratiquement tout ce qu’on connaît d’eux a été transmis par les Chinois. Il est probable que les Chinois avaient utilisé le terme de Xiongnu pour désigner des peuples divers situés sur leurs frontières nord, de la même façon qu’ils avaient utilisé auparavant les termes « Di », Rong », « Man » ou « Yi » pour désigner les « non-Xia ». Les Chinois considéraient les Xiongnu comme des prédateurs (cela n’est pas une surprise !). Ils entretinrent des relations avec eux pour les pacifier, ce qui souvent consistait simplement à leur payer un tribut. 🤪 On a cette image classique des nations envoyant des ambassades à la cour impériale chinoise pour lui faire allégeance, chargées de marchandises de toutes sortes en tant que tributs. Et bien, en ce qui concerne les Chinois et les Xiongnu, la situation était inversée ! Voici un mythe sur la Chine de détruit (il y en a quelques autres qui mériteraient de l’être).
Il n’y avait pas que les Xiongnu ! Les Han eurent des tracas avec d’autres peuples, dont les Qiang du Kokonor (au Qinghai), ou les Wuhuan des forêts et des steppes de Mandchourie, ou les Xianbei qui remplacèrent les « Xiongnu du nord » en Mongolie (les ayant chassés avec leurs alliés Han). Les Wuhuan et les Xianbei semblent être originaires de l’est de la Mongolie ou de l’ouest de la Mandchourie, mais leur appartenance à un groupe ethnique « Proto-Mongol » n’est pas aussi bien établie que celle des Qiang au groupe « Proto-Tibétain ». Dans un effort de pacification, les Han établirent de nombreux groupes Qiang, Wuhuan (une estimation de leur nombre monte à 3 millions !) et Xiongnu (les « Xiongnu du sud ») dans les zones frontalières.
Plus ou moins stabilisés, mais peut-être pas vraiment sédentarisés, ces gens finirent par abandonner leurs coutumes et leurs langues et par se mélanger aux Hans. La pression sur les frontières du nord poussa les Han vers le sud. Ce mouvement s’accéléra peu à peu et changea toute la démographie de la Chine. L’extrême sud, en fait le nord du Vietnam, connut une sinisation intensive.
Avant de continuer ma longue dissertation, je crois que mes lecteurs ont mérité un petit intermezzo ! Je trouve l’énumération des rôles assumés par les nombreuses concubines d’un empereur Han particulièrement rafraîchissante. Il y en aurait eu plusieurs milliers, en comptant les servantes, et elles portaient des titres intéressants. Une « Brillante Compagne » aurait eu le même statut hiérarchique que le Chancelier (j’approuve ce sens des priorités !) 🙂. Suivaient les « Belles Dames », les « Dames Complaisantes » et les « Bonnes À Tous Besoins ». Passant aux rangs inférieurs, on trouvait enfin les « Servantes De Nuit » et les « Bonnes Réconfortantes ».
Ah ! ce talent uniquement chinois pour la bureaucratie ! 😎 😉Ça laisse rêveur, non ? Tiens, ça me fait penser à cet autre poste qui traite du sujet « c’était mieux avant ». Peu importe si j’affronte la majorité qui s’est exprimée sur cet autre poste, je serais plutôt un tenant du « oui ! c’était mieux avant», et cette petite anecdote sur les concubines Han m’en donne une raison supplémentaire. Mais je digresse….. et il est vrai que la vie n’était pas rose pour tout le monde en Chine ! Elle n’y est d’ailleurs pas rose pour tout le monde de nos jours non plus.
Mes lecteurs sont-ils en train de « digérer » les Han ? J’espère que ce n’est pas trop lourd, car ce n’est pas fini !
Nous étions prêts, un paragraphe plus haut, à nous tourner vers le sud. Un royaume qu’on peut considérer comme ayant fait partie de l’empire Han était celui de Nanyue (« Nan » = sud, donc « les Yue du sud »), qui correspondait grosso modo à la province actuelle de Guang Dong (Canton) et avait sa capitale à Panyu, l’actuel Guangzhou (la ville de Canton). On pense que les Yue étaient un peuple Malayo-Polynésien plutôt que Mongoloïde comme les Chinois Xia. Cela s’accorde d’ailleurs avec la théorie bien acceptée maintenant selon laquelle la culture Malayo-Polynésienne, et peut-être les peuples correspondants, seraient originaires du sud de la Chine, en passant par Taiwan. L’île de Taiwan est située à l’est de la province de Fujian, qui correspondait au « royaume des Yue de l’est ». Les pérégrinations impressionnantes qui ont fini par établir les Malais et Polynésiens dans leurs habitats actuels se seraient déroulées par vagues successives, commençant quelques millénaires av. JC et se terminant ce dernier millénaire par l’installation des Maoris en Nouvelle-Zélande et des Polynésiens de la Polynésie à Hawaii. Jean Michaud et Christian Culas parlent de migrations proto- et deutéro-malaises de 2500 à 300 av. JC (dans « Les Hmong de la péninsule indochinoise : migrations et histoire », si je ne me trompe – ce sont des lectures d’il y a longtemps déjà). Ces vagues auraient donc eu leurs origines dans la région de Taiwan et de Luzon, si on revient à ma note sur ce sujet dans mon introduction à ce poste.
Les Yue se rebellèrent souvent contre les Han, en partie à cause de la forte immigration des Han vers les territoires du sud. Cette immigration continua sur plusieurs siècles et finit par bouleverser la démographie d’origine, par sinisation progressive. Cette immigration toucha en particulier le bassin de la Rivière Rouge (Song Hong), au sud de Nanyue qui était en fait le nord du Vietnam d’aujourd’ hui. Il paraît d’ailleurs que le caractère « Yue » était lu « Viet » par les Vietnamiens.
Revenons aux Xiongnu. Ilsfinirent par faire tomber l’empire chinois en prenant leur capitale Luoyang en 311 après JC, une affaire comparable à la prise de Rome par les Goths en 410. Les Xiongnu, les Qiang, les Wuhuan et d’autres groupes tribaux d’au-delà des frontières du nord furent invités par les uns ou les autres à se joindre aux conflits multiples qui s’ensuivirent, ou s’invitèrent eux-mêmes à prendre leur place sur l’échiquier géographique chinois. Beaucoup restèrent. Des rescapés de l’empire chinois instaurèrent la dynastie « Jin de l’Est », en fait dans le sud de la Chine d’alors. On estime à un million, voire plusieurs millions, les gens qui fuirent le chaos du nord de la Chine pour se réinstaller au sud, souvent avec les mêmes structures administratives et les mêmes noms de districts que ceux qu’ils avaient abandonnés. Quand les dynasties du sud de la Chine se réclament par la suite être héritières des Han, il y a donc beaucoup de vrai ne serait-ce que dans un sens démographique.
Bien des comparaisons peuvent être faites entre l’empire chinois et celui de Rome en ce qui concerne les mouvements de populations. Les Romains utilisèrent dans leurs légions des gens de toutes les parties de leur empire, et les établirent à la fin de leur service dans des régions qui n’étaient souvent pas celles dont ils étaient originaires. D’où un brassage génétique au fil des siècles. Mais surtout, la pression que les « barbares » exercèrent sur Rome résulta en plusieurs vagues d’invasion. C’est ainsi qu’un grand nombre de tribus germaniques finirent par s’installer dans les pays qui maintenant sont la France, l’Espagne, l’Italie etc…. Avant eux, il faut citer les tribus gauloises déjà bien installées en Italie du nord. Les Romains eux-mêmes en arrivèrent à inviter certaines tribus germaniques à s’installer en territoire romain. Il valait mieux ça que des confrontations violentes, et les Romains espéraient aussi que ces tribus aux talents guerriers indéniables défendraient leurs nouveaux territoires contre d’autres envahisseurs. De même, quelques siècles plus tard, les Francs (la tribu germanique dominante en France, d’où le nom du pays) cédèrent la Normandie aux Vikings. Avec tout ce méli-mélo, on ne peut pas vraiment parler d’une ethnie « Européenne de l’Ouest », et certainement pas d’une ethnie française ! Le concept de culture est probablement plus facile à définir et comprendre que celui d’ethnie.
De la même façon, quand on parle des Chinois Han comme s’ils étaient une ethnie bien définie, il faut bien se rendre compte qu’en fait il s’agit de gens issus d’un brassage extraordinaire, sur quelques deux à trois millénaires, d’ethnies très différentes les unes des autres et dont les origines s’étendent de l’extrême sud de la Chine actuelle jusqu’en Sibérie. Avec les vastes mouvements de populations, tels ceux qui eurent lieu vers la fin de la dynastie Han, ou aussi (plus tard) à la fin de la dynastie Tang, ou encore les migrations massives des Jurchen au 12-ème siècle, les Chinois du nord de la Chine sont dans une large mesure issus des peuples de Mongolie, de Mandchourie et même de Sibérie, alors que les Chinois du sud de la Chine pourraient être de fait plus proches génétiquement parlant des Hans d’origine. Les cartes ont été passablement brouillées !
La dynastie Han dura de 202 avant JC jusqu’à 220 après JC. Elle fut suivie de quelques 400 ans de désunion et de confusion, pendant lesquels une multitude de brèves dynasties se succédèrent, et souvent existèrent en parallèle en des endroits différents. Il suffit de citer les Wei du Nord, les Jin de l’Est (cités plus haut), les Jin de l’Ouest, les Liang, les Chen, les Sui, et j’en passe, pour dégoûter les plus motivés ! 🤪 On peut couper court. Ce que j’ai dit plus haut suffit pour montrer que la longue époque des Han et de leurs successeurs, avant d’arriver à la dynastie Tang au début du 7-ème siècle (618 après JC), n’a pas été de tout repos. Si les Vietnamiens, par exemple, ont eu beaucoup de fil à retordre avec les Chinois, c’est en partie parce que les Chinois avaient eux-mêmes de gros problèmes sur leurs frontières nord et ouest. J’en profite pour mentionner que les Chinois et les Vietnamiens étaient les seuls peuples d’Asie continentale à posséder le concept de frontières géographiques bien délimitées avant l’arrivée des puissances européennes. Les ennuis des Chinois sur leurs frontières nord (surtout), et les ennuis qu’ils causèrent aux Vietnamiens par contrecoup y sont pour quelque chose.
Je termine ce chapitre ici pour permettre à mes lecteurs de reprendre leur souffle. Sans doute certains sentiront le besoin de chercher quelque pilule dans leur pharmacie, avec le mal de tête que j’ai dû leur donner ! 😕
La plupart des experts, par exemple, font remonter à Taiwan les langues austronésiennes, c.-à-d. malais, langues cham du sud du Vietnam, langues parlées dans le monde Malayo-Polynésien, qui s’étend de Madagascar jusqu’à Hawaï mais dont on trouve encore aujourd’hui quelques traces en Asie du sud-est. Comme référence, il suffit de citer l’excellent « Cambridge History of South-Est Asia », Vol. 1, Part One, « From early times to c. 1500 », 1999 ; page 112 (je traduis):
« Pendant l’étape linguistique proto-Austro-Tai (vers 4500 av. JC ?), il semblerait que des colonisateurs possédant une culture agraire franchirent le détroit de Formose pour atteindre Taiwan. Ils y établirent les langues initiales du groupe Austronésien. Leur population augmenta et se répandit à travers l’île, jusqu’à ce que, un millénaire plus tard peut-être (vers 3500 av. JC ?), leurs descendants linguistiques firent leurs premiers mouvements vers Luzon. » Etc……
!
400 000 aborigènes environ vivent encore à Taiwan (soit 2% de la population). Ils sont les descendants de ces migrants partis du sud de la Chine. Ils pratiquent toujours ces langues dont tu parles, les langues formosiennes, sorte de « langues mères » (ce que j’ai mis en gras dans ton texte). On en parlait apparemment une trentaine sur l’île. Aujourd’hui seules une dizaine sont encore pratiquées : atayal, bunun, paiwan, taroko etc… Elles finiront sans doute par toutes disparaître : la jeunesse aborigène ne voit guère l’utilité d’apprendre ces langues et préfère le mandarin, langue officielle de l’île, langue qui permet de communiquer avec tous les habitants de l'île, langue des chansons pop aussi.
Ci-dessous groupes Bunun, Atayal (qui pratique encore la scarification) et Paiwan. Ne sont-ils pas magnifiques ?
Ci-dessous trois photos des Tao appelés aussi Yami. Ils vivent sur l’Île des Orchidées/Lanyu. Ils pratiquent une langue proche de celle parlée aux Philippines d'où ils seraient arrivés il y a mille ans environ. La première photo montre la cérémonie du « lancer de bateau » qui vise à éloigner les esprits des embarcations. La troisième, les femmes Tao lors de la « danse des cheveux ». On est généralement surpris d'apprendre que ces photos ont été prises à Taiwan. Elles évoquent plus, en effet, la Mélanésie que la Chine (je trouve en tout cas). Et illustrent assez bien ton propos . Je précise que je n'ai pas pris ces photos (hélas), elles proviennent de sites culturels taiwanais. Idem pour les photos insérées au-dessus.
Absolument superbes, ces photos 😎, et merci pour ta contribution. C'est vrai que ces gens ont des physiques assez proches des autres Malayo-Polynésiens plus connus. Les noms des tribus, de leurs langues etc… « sonnent » aussi très malayo-polynésiens.
La cérémonie du bâteau me remet en mémoire cette légende des Torajas (Sulawesi) qui disent qu’ils donnent au toit de leurs maisons leur forme d’embarcation typique en souvenir de leur arrivée par la mer. Ils disent se rappeler être venus de la région du Vietnam. Je ne sais pas s’ils ont une date précise, je crois plutôt qu’ils indiquent qqc dans le genre « il y a quelques centaines d’années », ce qu’on peut traduire par « il y a bien longtemps » (le « téléscopage » de l’échelle temporelle par les cultures orales est un phénomène fréquent, je crois). Leur origine au Vietnam n’est pas improbable, car ca les mettrait en rapport direct avec les Chams, qui y sont encore. Les Cham avaient le contrôle du pays de Champa, dont l’organisation politique était assez floue (sans doute des parallèles avec l’organisation le long de côtes entrecoupées de montagnes des Anciens Grecs). Les Chams parlent encore des langues Malayo-Polynésiennes. Les Viets ne sont vraiment descendus à partir de leur berceau de la Rivière Rouge (région de Hanoi) qu’à partir du moment où les Chinois ont décidé d’abandonner leurs grands projets maritimes, dont l’une des raisons principales était de soutenir les Chams contre les Viets. Cette décision aux conséquences lourdes pour le futur de la Chine fut prise au milieu ou à la fin du 15-ème siècle. Donc, les Viets ne sont dans les parties centrales et méridionales du Vietnam qu’à partir de la fin du 15-ème siècle. Ils ont joyeusement bousculé tous ceux qui y étaient avant eux, y compris les Khmers qui étaient très bien installés et depuis longtemps déjà dans le delta du Mékhong.
Ouf ! Il faut me pardonner mes élucubrations 😉, mais l’occasion était trop belle ! Merci Marie ! 🙂
Hmmmm ! À juger le manque de réactions depuis 1 ou 2 jours, il semblerait que mes lecteurs souffrent d’une sévère migraine 😕, avec toutes les chinoiseries que je leur ai servies plus haut ! Ou alors on m ‘en veut peut-être pour avoir glissé ce passage coquin sur les concubines Han ???? 😉
Nous arrivons bientôt à la dynastie Tang, mais auparavant, je voudrais rajouter un petit paragraphe qui devrait s’insérer plus haut, avant ma tirade philosophique sur les comparaisons qui s’imposent avec Rome. J’avais mentionné la période très confuse qui avait suivi la dynastie Han, avec les invasions des Xiongnu (qui sont peut-être les « Huns ») en Chine du nord. La situation chaotique au nord, au IV-ème siècle après JC, provoqua une migration nombreuse de gens du nord vers les provinces méridionales, comme je l’ai déjà dit. Il s’agissait peut-être de plusieurs millions. Un siècle plus tard, c’est au tour des Xianbei, d’autres tribus venues de la Mongolie ou de la Mandchourie. Ils réunifièrent le nord de la Chine sous la dynastie « Wei du Nord », et finirent par encourager l’homogénéisation des peuples Han d’origine avec les envahisseurs nomades venus des steppes du nord.
Je voulais renforcer par là le message que le nord devint de plus en plus une fusion de peuples venus des steppes et déserts du nord avec les Han d’origine, alors qu’au sud il s’agit d’une fusion de migrants Han avec d’autres peuples. Quand on parle de mouvements de plusieurs millions de gens, et qu’on tient compte d’une population totale qui était de moins de 30 millions dans le nord et moins de 20 millions dans le sud (très approximativement), on se rend compte de l’impact énorme que ces migrations ont dû avoir sur les cultures et compositions génétiques des différentes parties de la Chine.
🙂, Mais non, mais non ! On est sans voix devant une telle érudition et, pour ma part, j'essaie d'en mémoriser les grandes lignes, pour le cas ou nous aurions la chance de nous rendre dans ces contrées qui nous attirent aussi beaucoup, après notre périple " l"Amérique du Sud au Nord " de Ushuaia à l'Alaska sur ....on sait pas deux ans ? Plus ?
Catherine
" La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char
Je ne sais pas s'il y a un problème avec la dernière photo, la danse des cheveux des femmes Tao. Les deux ou trois dernières fois que j’ouvre ce poste, je vois toutes tes photos mais la dernière reste vide. Dommage, j’aimais bien… Tu pourrais peut-être la recoller ?
Ah bon ! Je suis donc rassuré. C’est que je me voyais bien dans le rôle de l’empereur Han me choisissant dans le cheptel une « Bonne à tous besoins » ou une « Bonne réconfortante » pour la nuit, moi, hahaha ! 😉 😛
C’est un voyage de deux ans que vous vous préparez dans les Amériques ? Quel projet ! Mais prendre deux années de libres, ce n’est pas donné à tout le monde.
Quand j’aurai terminé ce poste, je le revisiterai peut-être pour en faire un condensé et en tirer les grandes lignes, car tu as raison, ce sont les grandes lignes qui comptent, et c’est exactement ce à quoi je vise. Il faut faire synthèse sur synthèse, en fait, car l’histoire est particulièrement touffue ! Mais je fais ça pour mon propre compte, pour commencer, et si ça plaît à d’autres, tant mieux !
À propos d’érudition, je ne fais que faire ma propre synthèse à partir du travail de quelques gens sérieux, et je rajoute de ci de là quelques observations et réflexions qui me viennent d’ailleurs.
Comme toi je ne la voyais plus hier sur mon écran mais aujourd'hui elle apparaît à nouveau. Je ne sais pas pourquoi. Je la poste une seconde fois, au cas où...
des élucubrations aussi interessantes n'ont pas à être pardonnées, elles sont à savourer...!!!
Mais, et oui il y a un "mais"..... il m'est arrivé de déconnecter, 🤪 mon cerveau ayant tilté devant tous ces noms de peuples dont je ne soupçonnais même pas l'existence.... celà dit j'aime apprendre, j'ai donc lu et relu et même si je n'ai toujours pas tout intégré je suis content d'en savoir un peu plus sur les peuples d'Asie....
Et puis on ne peut que s'incliner devant un tel travail de recherches... apparemment il n'y a pas que les lecteurs qui ont besoin d'aspirine... 😛... n'est-ce pas Georges ??? 😉
Aucun problème avec le passage sur les concubines, bien au contraire, vive les concubines !!! elles ont souvent eu une forte influence (bonne ou mauvaise) sur l'Histoire, en Europe et ailleurs... (en aparté...et sur mon histoire personnelle... 😎 )
Merci georges, je ne promets pas de mettre un mot à chaque fois mais je viendrai lire la suite de tes "élucubrations" avec plaisirs....
Amicalement
René de Toulon
Ne demandes pas ton chemin à quelqu'un qui le connait.... tu risquerais de ne pas te perdre.
R.B. de Braslaw
La vie n'est pas un restaurant mais un buffet, levez-vous pour vous servir...
D. Glocheux
merci Marie pour ces magnifiques photos, elles font rêver !!!
Avec georges, à vous deux, vous allez faire de ce post un moment de culture et de poésie (si tant est que l'Histoire faite d'immigrations, de heurs et de malheurs puissent être de la poésie mais quand c'est bien raconté et bien mis en images, pourquoi pas ?)
A bientôt pour d'autres photos et commentaires ?
René de Toulon
Ne demandes pas ton chemin à quelqu'un qui le connait.... tu risquerais de ne pas te perdre.
R.B. de Braslaw
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D. Glocheux
Merci René mais je suis comme toi : une simple lectrice. Je connais très mal l'histoire ancienne de la Chine, je m'intéresse surtout à son histoire contemporaine.
D'autres commentaires ? Hé hé... J'attends patiemment les messages sur les vagues d'émigration à l'époque Ming. 😇
Pour commencer, grand merci pour avoir remis cette superbe photos des femmes Tao dans leur « danse des cheveux ». 🙂 Un écrivain moderne de Shanghai, une femme (on dit « une écrivain »), faisait cette remarque sur la fascination que les occidentaux ont pour « les cheveux magiques » de leurs amantes asiatiques…… 😉😛
J'attends patiemment les messages sur les vagues d'émigration à l'époque Ming.
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Il va falloir patienter un bon moment, car nous avons encore à passer les Tang, les Song et les Yuan, pour ne citer que les plus connus, avant d’arriver aux Ming! Il y a du pain sur la planche! Mais c’est vrai, on va bien rire, car l’explosion de la démographie chinoise sous les Ming eut des conséquences énormes sur les mouvements de populations dans une très grande partie de l’Asie.
Un très grand merci à toi, René, ainsi qu’aux autres intervenants sur ce poste. Je suis vraiment content d’avoir un si bon public. 🙂
Je comprends bien que le cerveau puisse « tilter » quand on traverse l’épaisseur de l’histoire de la Chine, même si on ne se concentre que sur quelques aspects bien précis comme c’est le cas ici. Je m’y perds moi-même, et c’est d’ailleurs bien pour cela que je fais cet effort de synthèse. Mais ne t’inquiète pas trop pour moi, j’aime bien m’adonner à ces ….. casse-têtes chinois ! 😉
Question concubines, je suis content de voir que tu es amateur ! (Je ne vais pas me lancer dans mon histoire personelle, hahaha ! 😉). C’était plus fort que moi, je ne pouvais pas «louper » cette petite anecdote. Crénom de nom ! surtout qu’il devait y en avoir des mignonnes dans le tas, .... des à faire sauter les boutons de la soutane d’un évêque ! 😛
Baignant dans la satisfaction d’avoir rassemblé un excellent public, et peut-être même d’avoir créé un club sympathique tout fervent d’histoire et de poésie 🙂, comme René l’a suggéré, je vais faire ma prochaine livraison et entamer l’époque Tang.
A l’époque de la dynastie Tang, qui débute au début du 7-ème siècle, on n’entend plus parler des Qiang, des Xiongnu ou des Xianbei, qui se sont plus ou moins fondus dans le creuset génétique et culturel Han. Ces peuples ont été remplacés sur les frontières nord et nord-ouest par les Tujue, un peuple turc. Ils font leur apparition au 6-ème siècle et remplacent les peuples qui eux-mêmes avaient remplacé les Xiongnu et les Xianbei (on se perd complètement dans les détails ! 🤪). On ne sait pas grand-chose de l’origine des peuples turcs (ou « turkiques », dans un sens plus large et pour éviter la confusion avec les Turcs actuels, bien qu’ils soient apparentés). Comme pour tant d’autres peuples de l’Asie Centrale, leur trajectoire reste enveloppée de ténèbres. À partir du 7-ème siècle, ce sont donc les Tujue, les Khitan, les Coréens et les Tibétains qui menacent l’empire chinois. Les Tibétains ont donné du fil à retordre aux Tang sur une frontière allant du Yunnan à l’Oxus, en Afghanistan. Au Yunnan, ils se sont alliés à l’état émergeant de Nanzhao, la « principauté » ou le « royaume du sud »
Je vais me permettre ici de faire une de ces digressions qui me font tant plaisir, pour passer quelques explications étymologiques. En effet, il est de mon avis qu’on comprend beaucoup mieux les relations historiques, culturelles et autres entre les divers peuples quand on se penche un peu sur leurs langues. « Pénétrer » plusieurs langues étrangères suffisamment pour commencer à discerner leurs liens, cela exige bien sûr des efforts considérables, ainsi qu’une certaine disposition personnelle. Mais on peut commencer par quelques mots. Je vais « décomposer » « Nanzhao » pour qu’on comprenne mieux de quoi il s’agit.
Les toponymes (noms de lieux) chinois sont au premier abord rébarbatifs, mais à y regarder de plus près, on y discerne des structures répétitives. En fait, il suffit de quelques explications pour les rendre beaucoup plus faciles à assimiler. Le morphème « Nán » est l’un des plus récurrents et veut dire « Sud ». On le trouve par exemple dans les provinces du Hénán et du Húnán, ou dans l’île de Hainán (« Hai » a un ton descendant/remontant), ou (nous l’avons déjà vu) dans le royaume de Nányue (je marque pour cette fois l’accent qui correspond au ton haut en pinyin). Il est très probable à mon avis, mais je laisse à d’autres de le confirmer, que le terme vietnamien « Nam » comme dans Việt Nam est apparenté, sinon dérivé du chinois « Nán ». «Việt Nam » est une variation introduite en 1804 de "Nam Việt, " qui voulait dire les Việt du sud. Voilà pour le sud, je vous fais grâce des autres points cardinaux !
La terminaison « zhou » (ou « zhao ») qu’on trouve dans beaucoup de toponymes chinois indiquait un « îlot » de sédentarisation « chinoise » dans ce qui était alors une région encore « acculturée » (au sens chinois). Il en vint à désigner les districts correspondants et le plus souvent la cité principale de la région, et prit également le sens de « royaume ». Le mot fut ensuite transcrit en « chow » ou « choo » en anglais, « chou » en français, d’où des toponymes utilisés au 19-ème siècle tels que « Foochow » (Fuzhou), « Soochow » (Suzhou), « Hangchow » (Hangzhou), etc…. Il me semble certain que le mot chinois « zhou » / « zhao » et le mot Taï « chao », qui a le sens de « communauté » ou de « peuple » (comme dans « chao naa » = « communauté des rizières » = paysans ; ou « chao khao (accent descendant-remontant) » = montagnards), sont en fait le même mot. Il faut noter que la consonne chinoise « zh » est imprononçable pour les locuteurs de langues Tai (comme pour les Européens), d’où l’approximation par la consonne thaïe affriquée post-alvéolaire « ch » (« choo cháang » = « éléphant » dans l’alphabet thaï).
Et puisque nous y sommes, débarrassons-nous aussi d’une erreur de prononciation regrettable, mais presque inévitable, qui consisterait à prononcer «Xia» avec un « x » bien de chez nous. La consonne « x » en pinyin est intermédiaire entre le « s » et le « ch » français. On la transcrivait auparavant par « hs », d’où l’écriture alternative « Hsia », maintenant périmée.
Je sais, je suis incorrigible avec mes petites obsessions, et je dois dégoûter pas mal de mes lecteurs! Je leur dois donc mes plus plates excuses, et je leur fais une profonde révérence pour leur exprimer mon respect et mon appréciation de bien avoir voulu me suivre jusqu’ici. Pour ma défense, je voulais aussi effacer l’impression négative que des détracteurs potentiels 😠 auraient pu garder d’autres récits que j’ai placés sur le forum, comme quoi je passerais le plus clair de mon temps à faire des bringues à faire écrouler les murs et à courir les jupons, si ce n’est à m’abandonner à des torpeurs d’une légalité douteuse.
"Je sais, je suis incorrigible avec mes petites obsessions, et je dois dégoûter pas mal de mes lecteurs!"
pas du tout, bien au contraire et comme tu le dis:
"Je vais me permettre ici de faire une de ces digressions qui me font tant plaisir, pour passer quelques explications étymologiques. En effet, il est de mon avis qu’on comprend beaucoup mieux les relations historiques, culturelles et autres entre les divers peuples quand on se penche un peu sur leurs langues."
non seulement c'est interessant mais en plus tu y prends du plaisir, alors ne nous privons pas... on te suit...!!! 😎
mais du coup tu en as oublié la suite des Tang... 😏
Quant à tes "détracteurs potentiels" qu'auraient-ils à dire sur le fait de faire la bringue, de courir les jupons et sur la torpeur d'une légalité douteuse ??? peut-être préfèrent-ils la torpeur d'une vie sans saveur ???
celà dit, aujourd'hui, je suis un adepte de la torpeur provençale (parfois coquine), vivant dans le midi depuis quelques années je ne pouvais faire autrement que d'intégrer la meilleure des coutumes locales... la SIESTE...!!! 😉😏😎
Amicalement
René de Toulon dans le Var
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R.B. de Braslaw
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D. Glocheux
mais du coup tu en as oublié la suite des Tang... 😏
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Ha ! Je sens qu’on s’impatiente ! Alors, donnons-nous immédiatement une petite rasade de la « cuvée Tang » !
Accompagné des rescapés de ma longue digression sur les toponymes chinois, je reviens donc à la dynastie Tang. Au milieu du 7-ème siècle, elle se trouva menacée à l’ouest par des voisins puissants dont surtout le Tibet. Elle chercha à assurer ses frontières du sud-ouest en encourageant la croissance de l’état amical de Nanzhao dans la région du Yunnan. Il y aurait eu plusieurs groupes ethniques co-existant au Nanzhao, appelés « Man » (« barbares du sud », donc « non-Han ») par les Chinois. À l’origine un état allié et ayant adopté des principes chinois de gouvernement, le Nanzhao devint un adversaire puissant des Chinois dans les siècles qui suivirent. Il résista férocement aux ingérences des Han et s’étendit rapidement à partir de sa capitale de Dali. Il occupa la plus grande partie du Yunnan d’aujourd’hui et en 763 fonda une seconde capitale à Kunming. Profitant de la faiblesse des Tang, il s’étendit au nord du fleuve Yang Tse vers le sud du Sichuan, au sud-ouest vers les états Birmans, et au sud-est vers les frontières du Laos et du Vietnam. Nanzhao aurait commencé à décliner à partir du 9-ème siècle. En 1253, les armées de Kublai Khan défirent le royaume de Dali, qui avait succédé à Nanzhao au 10-ème siècle, et l’incorporèrent dans l’empire chinois (en fait mongol) de la dynastie Yuan.
Nanzhao joua un rôle doublement déterminant dans le développement des Taï. Premièrement, il bloqua l’influence chinoise venant du nord pendant plusieurs siècles. Si Nanzhao n’avait pas existé, la plupart des peuples à l’origine non chinois au sud du Cháng Jiāng (en pinyin), c.-à.d. le fleuve Yangzi Jiang (ou Yang Tsé), dont les Taï, auraient pu être complètement assimilés dans la sphère culturelle chinoise. Deuxièmement, Nanzhao stimula la migration et l’expansion des Taï. Au fil de plusieurs siècles, des bandes (au sens de «clans ») Taï passèrent progressivement du Yunnan en Asie du Sud-Est, et vers le 13-ème siècle, quand la conquête de Nanzhao par les Mongols provoqua une vague particulièrement importante d’émigration, elles avaient atteint jusqu’à l’Assam vers l’ouest (dans l’Inde actuelle). Une fois sédentarisés, ces groupes Taï furent identifiés comme « Shan » en Birmanie et comme « Lao » dans la région supérieure du Mékhong. Au Tonkin et en Annam, les portions nord et centrale du Vietnam d’aujourd’hui, les Taï formèrent des groupes tribaux distincts: les Taï Dam, les Taï Daeng, les Taï Khao (« Taï Noirs, Rouges et Blancs »), et les Nung. Cependant, la plus grande partie des Taï s’installèrent sur les marges nord et ouest de l’empire Khmer.
J ‘avais suggéré une réponse simple à tous ces mouvements de peuples vers le sud : « Les Chinois sont des casse-pieds qui bousculent les gens autour d’eux. Les habitants non-Chinois de la Chine en ont eu marre, ont ramassé leurs cliques et leurs claques et se sont cassés ». Mes lecteurs ne commencent-ils pas à avoir l’impression qu’il y a du vrai là-dedans? La qualification importante à apporter à cette explication badine, c’est qu’il n’y avait pas que les Chinois à causer des problèmes, et que les Chinois ont souvent eux-mêmes été du côté des victimes. Une autre chose à dire (je suis sûr que cela commence à devenir évident), c’est qu’on ne sait plus vraiment, à un certain moment, qui sont les « vrais » Chinois.
J’avais mentionné « la fascination des occidentaux pour les cheveux magiques de leurs amantes asiatiques ». J’ai retrouvé le livre dont j’ai tiré ça, il s'agit de Shanghai Baby, de Wei Hui. Je ne sais pas si on l’a traduit en français. Wei Hui a été officiellement déclarée « décadente, débauchée et esclave de la culture étrangère ». Son livre a été banni en 2000 et on fit l’autodafé de 40, 000 copies. Comme on peut s’y attendre, cela ne fit qu’augmenter le culte de l’auteur ! Beaucoup de jeunes chinois se reconnaissent dans ses écrits qui font réaction aux répressions de toutes sortes qui sévirent en Chine communiste jusqu’il n’y a pas longtemps. Elle exprime très ouvertement son épanouissement sexuel. Elle semble particulièrement «préférer l’oral à l’écrit », et cela, puisque nous parlions de langues un peu plus haut, aussi bien « à la voix active que passive ». Elle est explicite sur ses pratiques et assez graphique, mais en fait ses descriptions sont très courtes. Cela suffit à déchaîner l’opprobre des autorités chinoises, qui ne paraissent pas être portées sur la gaudriole. 😕🤪
le terme vietnamien « Nam » comme dans Việt Nam est apparenté, sinon dérivé du chinois « Nán ». «Việt Nam » est une variation introduite en 1804 de "Nam Việt, " qui voulait dire les Việt du sud.
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Il s’agit bien sûr du Vietnam et des Viet. Mille excuses pour la transcription en grabouillis 😠 sur le forum de mon original qui avait pourtant une bonne tête, lui !
On a découvert la tombe d'un des 5 rois de NanYue à Guangzhou (Canton) dans les années 80. Elle est ouverte au public pour ceux que ça intéresse. Un musée a été construit autour de la sépulture. Les objets qui en ont été sortis sont exposés, ils sont magnifiques. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus palpitant à voir à Guangzhou mais j'ai bien aimé. Le linceul de jade du roitelet est très impressionnant (avec un peu d'imagination) bien que très mal présenté selon moi.
Shangaï baby a été traduit en français, je suis allé voir sur Wikipedia. Ils en parlent comme d'une Anaïs Nin chinoise ce qui pour moi est une très bonne référence... Henry Miller et Anaïs Nin ont, dans ma jeunesse, été des "amis" littéraires et ont + que certainement influencé ma façon de penser et de vivre. Je ne leur voue pas un culte mais.... presque !!! 😎
Les autorités de tous pays crient à l'ordre morale.... mais elles sont les premières à la bafouer, la morale... en droit de cuissage, en abus de pouvoir, en détournement de deniers publics, en pots-de-vin, etc...
Un peuple qui est cultivé, heureux et qui s'amuse a tendance à na pas obéir et même tendance à se moquer des autorités...
Un peuple qui n'a pas d'écoles, qui a faim, qui a peur est plus facilement servile...
Pour un homme de pouvoir il est tentant de choisir la 2ème solution...
Désolé, je me suis éloigné du sujet... 😊
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R.B. de Braslaw
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D. Glocheux
"Une autre chose à dire (je suis sûr que cela commence à devenir évident), c’est qu’on ne sait plus vraiment, à un certain moment, qui sont les « vrais » Chinois."
c'est exactement le sentiment que j'ai eu en te lisant.... mais aussi que toute l'Asie du sud-est était peuplée de descendants chinois... bien que, apparemment, celà ne soit pas le cas !!!
un sacré brassage de populations au fil des siècles...
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R.B. de Braslaw
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D. Glocheux
Merci pour le lien, Marie 🙂. Le royaume de Nanyue, donc commenca en 203 av. JC et ne dura que 93 ans. Les rois étaient donc des rescapés de la dynastie Qin qui avait été remplacée par la dynastie Han, plsu au nord. Le lien explique que la fin du royaume correspond à la prise par les Han du 5-ème roi de Nanyue. Il n’est pas clair cependant si les Han ont eu à partir de là un contrôle permanent sur les régions qui avaient fait partie de Nanyue. C’est un autre aspect de l’histoire qu’il faudrait examiner à l’occasion.
J’ai toujours été fasciné par les bronzes et les poteries chinoises. 🙂
J’ai bien aimé Guangzhou, où j’ai trouvé les gens vraiment très sympathiques. Je n’ai malheureusement pas eu beaucoup de temps pour visiter, y ayant été pour raisons professionnelles. Cette affiche dans le métro, où on avertit les gens qu’il est interdit de pisser dans les compartiments, m’a bien amusé 😉. J’ajoute une photo prise d’un immeuble dans le centre ville : Guangzhou passe pour être l’une des villes les plus polluées au monde. Une autre photo prise au bord de la fameuse Rivière des Parfums ….. on se demande de quels parfums on parle ! Et un souvenir de quelques bons moments passés à déguster du thé dans une boutique de thé. Les deux femmes étaient absolument charmantes.
Ah ! J’allais oublier ! Je n’ai pas pu résister à la tentation de goûter à cette soupe aux scorpions. En fait, aucun goût. Les cuistos m’avaient d’ailleurs fait comprendre que je n’étais pas censé manger les bestioles elles-mêmes. Je n’avais malheureusement pas mon appareil photo ce jour-là. J’y suis retourné le lendemain, mais la soupe n’était pas prête (il paraît qu’il faut plusieurs heures pour la faire). J’ai donc dû me contenter de prendre la photo du menu, qui n’est pas terrible mais qui donne je l’espère une petite idée de la chose. Les Chinois croient que cette soupe est bonne pour les articulations, par analogie.
Non, tu restes en plein sujet ! Le poste se penche sur les populations, mais c’est aussi un moyen de mieux comprendre ce qui fait «marcher » la psychologie chinoise. Le pouvoir communiste avait énormément peur de ce que les gens pensent trop à s’amuser, et surtout qu’ils pensent à l’amour et aux plaisirs charnels, car ils auraient relativisé la révolution. Il semble que des Chinois ont été exécutés pour avoir osé avoir des liaisons amoureuses, pendant la bonne vieille période de la Révolution Culturelle !
J’ai beaucoup apprécié Henri Miller. « Jours Tranquilles à Clichy », par exemple. 😉
Mon impression est que la situation est en fait plus simple en Asie du Sud-Est. C’est vrai qu’il y a eu une sinisation importante, au Vietnam en particulier. Mais les peuples de l’Asie du Sud-Est sont dans leur ensemble apparentés aux peuples originaires du sud de la Chine qui étaient bien différents des Chinois du nord. Grosso modo, les gens qui vivaient en Chine du sud se sont repliés vers l’Asie du Sud-Est, les Han d’origine qui vivaient en Chine du nord se sont déplacés vers la Chine du sud et là où ils ont débordé ils sont restés minoritaires (sauf à Taiwan), et les gens qui vivaient au-delà des frontières nord de la Chine ont largement pris la place des Han d’origine en Chine du nord. Si on croit que les Chinois sont tous « les mêmes Chinois », tous « des vrais Han », on se trompe. Le nord de la Chine est surtout peuplé de « barbares » qui il y a quelques siècles n’étaient encore que demi-sinisés.
Shangaï baby a été traduit en français, je suis allé voir sur Wikipedia. Ils en parlent comme d'une Anaïs Nin chinoise ce qui pour moi est une très bonne référence...
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Pour illustrer sa remarque sur "les cheveux magiques", voici une photo de ma collection personnelle. 😉
Cette longue affaire est ardue et aride, je m’en rends bien compte. Il faudra que je cherche à offrir quelques cartes pour mieux permettre de suivre cet extraordinaire imbroglio de peuples dont, il faut bien l’avouer avec René, nous ne soupçonnions même pas l’existence. Ou bien, que j’agrémente avec quelques photos bien choisies. Pour le moment, j’ai plutôt l’échine courbée sur la tâche de démêler, de chercher les grandes lignes directrices, les « axes principaux » pour ainsi dire, et de simplifier autant que possible, et je suis donc plutôt limité à l’écrit. Merci à Marie d’avoir gracieusement allégé ce poste touffu de quelques magnifiques photos ! J’aurais presque envie de me lancer dans un « Ave Maria grazia plena…. », mais là, je sens que j’exagérerais un peu ! 😉
Il y a une troisième façon « d’assaisonner la salade », c’est de fournir de temps à autre une petite anecdote. En voici donc une ou deux que je laisserai mes lecteurs savourer .....
Je suis sûr que mes lecteurs trouveront intéressant de savoir qu’il n’y eut qu’une femme empereur en Chine. L’entrée sur scène de la fameuse Wu Zetian, née Wu Zhao ou Wu Zhou, avait été modeste. En effet, elle était devenue à l’âge de 13 ans l’une des concubines de rang inférieur de l’empereur Tang Taizong (626-649). Elle aurait noué une petite affaire adolescente, illicite car théoriquement incestueuse, avec le fils héritier de Tang Taizong, qui allait devenir l’empereur Tang Gaozong (650-683). En 654, ayant donné une fille à Tang Gaozong, elle aurait incité l’impératrice Wang à jouer avec le bébé. Elle aurait étouffé sa propre fille (mais n’oublions pas : une fille en Chine n’était pas la progéniture désirée) puis convaincu l’empereur (qui passe pour ne pas avoir été « le couteau le plus aiguisé dans le tiroir ») que l’impératrice Wang avait commis ce méfait, puisqu’elle était la dernière à avoir été vue s’occuper de l’enfant. L’impératrice fut déposée et Wu Zetian devint impératrice (aurait-t-elle inspiré « Iznogoud » de Goscinny et Tabary, le bien connu « je veux devenir calife à la place du calife ? »). Comme elle n’avait pas que des amis en place, elle instaura une purge dont l’apogée fut le démembrement chirurgical, morceau par morceau, de l’ex-impératrice, qui aurait ensuite été noyée dans un tonneau de vin. 🏴☠️
Bien sûr, on se demande bien si le démembrement par lui-même n’aurait pas été fatal. De plus, il y avait déjà eu une anecdote semblable 850 ans auparavant, à l’époque de l’empereur Han Gaozu qui avait fondé la dynastie Han (le fameux « Liu Bang du district de Pei » dont j’ai déjà parlé). Son titre signifie « Ancêtre Exalté », ce qui ne traduit pas qu’il n’était qu’un rustre et un ruffian qui avait une aversion marquée pour les gens instruits. Quand un visiteur l’approchait coiffé d’un chapeau confucéen, il arrachait immédiatement ce couvre-chef pour pisser dedans. L’impératrice Lü Zhi, épouse de l’empereur, était plus brutale et plus dangereuse que lui. Elle aurait fait subir le même sort que celui que je viens de narrer plus haut à Dame Qi, une favorite qui pour son malheur avait été trop proche de l’empereur (les charmes de l’impératrice se seraient fanés 😕), et que l’empereur avait considéré instaurer comme impératrice à la place de Lü Zhi. À la mort de l’empereur, l’impératrice aurait fait empoisonner le fils de Dame Qi, qui aurait pu être considéré comme empereur héritier au lieu de son propre fils. Pour continuer sa petite vengeance, elle aurait fait couper les mains et les pieds de Dame Qi, lui aurait fait arracher les yeux puis brûler les oreilles. Elle aurait fait jeter la malheureuse dans les toilettes, qui dans ces temps là surplombaient la porcherie. Comme note finale, elle aurait invité les gens à venir voir le « cochon humain », c.-à.d. le torse encore frétillant de Dame Qi. Cette histoire est entrée dans la légende chinoise.
Mais soyons bien conscients de ce que l’histoire de la Chine a été sérieusement faussée pour des raisons politiques. Wu Zetian ne se contenta pas d’être impératrice. Elle se déclara « empereur » en 690 et fonda la dynastie Zhou (690-705). Elle avait déjà tiré les ficelles politiques depuis bien longtemps et continua un règne qui fut remarquable par ses accomplissements. Elle avait de fait des aptitudes politiques de premier plan. Mais …. L’histoire officielle chinoise vénère Tang Taizong, qui l’avait précédée de peu, et considère Tang Xuanzong qui l’a suivie un peu plus tard (712-756) comme le Roi Soleil de la dynastie Tang. Il n’était pas possible pour des raisons de bonne propagande d’accorder une place glorieuse à Wu Zetian, coincée entre ces deux grandes figures. Cela aurait causé une confusion mal voulue. La misogynie y aurait sans doute été pour quelque chose, et on fabriqua peut-être cette anecdote épouvantable pour mieux abaisser Wu Zetian au profit de Tang Taizong et de Tang Xuanzong.
Ah ces concubines ! J’imagine que ce passage a émoustillé notre ami René !
Donc, à noter, pour mes lecteurs bénévoles aussi bien que pour moi-même, comme thèmes de recherche :
- chercher belles photos illustrant les peuples chinois et assimilés, ou limitrophes ;
- chercher cartes représentant l’éparpillement de ces peuples à des moments-clé ;
- chercher des anecdotes plaisantes pour « épicer la sauce ».
Un dernier mot, pour citer en passant l’une de mes références : « The Dynasties of China (a Brief History) », petit ouvrage paru en 1973 mais révisé en 2003, de Bamber Gascoigne qui est bien connu dans les médias britanniques.
voilà ce que j'ai trouvé sur Wu Zetian:
"Son prénom n'est pas mentionné dans les annales officielles. Comme elle se donna plus tard le nom de Wu Zhao 武曌, pour lequel elle fit créer un caractère jusqu'alors inexistant, on a avancé l'hypothèse qu'elle avait été prénommée Zhao 照.
je nai pas réussi à copier la photo de son portrait ni à mettre le lien. Voir la suite sur Wikipédia.
"Ah ces concubines ! J’imagine que ce passage a émoustillé notre ami René ! "
Euuuuhhh...Georges, je ne suis pas sûr que ce genre de concubines puisse m'émoustiller... 🤪
Il est sûr qu'au Vietnam on ressent l'influence de la Chine, surtout au nord, mais il me semble qu'en Thaïlande ce n'est pas le cas...
Celà dit je ne suis pas un expert des pays asiatiques, je les découvre depuis peu... et j'espère avoir le plaisir d'en découvrir un peu plus cet hiver lors de mon prochain voyage...
A bientôt
René de Toulon
Ne demandes pas ton chemin à quelqu'un qui le connait.... tu risquerais de ne pas te perdre.
R.B. de Braslaw
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D. Glocheux
Tu es le bienvenu dans notre petit club épris d’histoire et de poésie, comme le disait René. 🙂
Aujourd’hui 1er septembre, c’est le premier jour du printemps en Australie, en tout cas en W.A. Je sais, ca paraît bizarre. C’est le seul pays que je connais où les gens semblent totalement ignorer les cycles astronomiques….. Mais avec le beau temps qui va vite venir, je vais peut-être passer moins de temps à élucubrer sur la Chine, les Chinois et les moins-Chinois , assis au coin de la cheminée durant les longues soirées d’hiver! Et il y en a encore des tonnes à écrire !
Il est sûr qu'au Vietnam on ressent l'influence de la Chine, surtout au nord, mais il me semble qu'en Thaïlande ce n'est pas le cas...
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C’est également mon impression.
Je reprends le fil de ma dissertation. Avant mes anecdotes d’un goût douteux (je le reconnais), je crois que j’étais arrivé aux Tang. Comme mes lecteurs l’ont déjà bien remarqué, il faut régulièrement passer du nord au sud et vice versa pour voir se défiler l’histoire de la Chine, pour autant que l’on veuille comprendre ce qui a poussé les peuples à se mouvoir dans la sphère géographique chinoise et limitrophe. Je m’étais étendu un peu sur le Yunnan et le Nanzhao et leur importance en ce qui concerne des vagues d’émigration vers l’Asie du sud-est. Il faut maintenant remonter au nord.
Vers la même époque (7-ème siècle et quelques siècles suivants), les Turcs (Tujue et autres) subirent la pression de toute une nouvelle génération de peuples péripatétiques surgis des « geysers ethniques » des confins de la Mongolie, de la Mandchourie et de la Sibérie. De nouveaux noms font leur entrée dans l’histoire : Kyrgyz, Uighur, Khitan. Un élément frappant de cette histoire est l’émergence régulière de nouveaux peuples (Xiongnu, Xianbei, Tujue et autres Turcs, Mongols, Jurchen ou Mandchou, Kirghiz, Uighur, Khitan etc.) sur les frontières nord de la Chine, et souvent il semble que ces peuples aient pu compter plusieurs millions de têtes. On se demande comment les steppes et les déserts qui s’étendent de la Mongolie jusqu’en Sibérie aient pu produire un tel « bouillonnement de peuples ». Il doit y avoir des explications économiques à cela, du genre « quantité de terres de pâture + conditions climatiques = densité de population, etc », ou bien « détérioration des conditions de vie, d’où migrations ». Tout un nouveau chapitre pourrait être consacré à ce thème, mais j’en laisse le soin à d’autres (car on ne peut pas être au four et au moulin, n’est-ce pas ?), ou alors ce sera pour une autre occasion…..
Comme les Xiongnu et les Xianbei avant eux, ces nouveaux venus étaient composés de différents groupes ethniques dont l’identité était dictée par le clan dirigeant. Ce n’est que quand ils entrent dans l’histoire de la Chine qu’ils commencent à assumer une identité différenciée. Les Kyrgyz parlaient une langue turkique. Ils se dirigèrent vers l’ouest de la Chine et n’eurent pas un grand impact sur son histoire. Les Uighur, un autre peuple de langue turkique, restèrent (longtemps en tout cas) dans les steppes de Mongolie. Les Khitan avaient une langue « proto-Mongole » avec des emprunts turkiques et avaient une identité « Turco-Mongole ». Les Chinois les connaissaient depuis le 3-ème siècle, et au 7-ème siècle ils étaient établis sur la frontière Mongole-Mandchoue. Curieusement, le mot « Cathay » introduit par Marco Polo pour désigner la Chine vient en fait de « Khitan ». Mais il est vrai qu’à l’époque de Marco Polo, la face « officielle » de la Chine n’était pas chinoise (Han) à proprement parler, mais plutôt mongole.
Au 9-ème siècle, des états puissants s’établirent sur les frontières nord, en particulier l’état Liao des Khitan au nord-est, avec pour capitale Dadu, qui devint (bien) plus tard …. Beijing. Au nord-ouest, il y avait l’état Xi Xia des Tangut, un peuple qu’on pense être dérivé des Qiang (peuple Proto-Tibétain que nous avons déjà « vu » à l’époque Han). La langue des Tangut était en tout cas certainement d’affiliation tibétaine, et son système d’écriture, inspiré de l’écriture chinoise, aurait été le plus complexe que l’humanité ait jamais connu. Le nom Tangut était en fait utilisé par les Turcs, alors que les Chinois les appelaient Xi Xia et qu’eux-mêmes se désignaient comme Mi. Ils avaient un nom grandiloquent pour leur état, qu’ils avaient fondé en 982: « Pays Grand Blanc Élevé », qu’on pourrait peut-être traduire comme « Grand et Haut Pays du Blanc».
La fragmentation politique de la Chine continua au 10-ème siècle. La dynastie Tang sombra en 907 après JC dans le désordre général. La perte de territoires au nord provoqua de nouvelles vagues de migration vers le sud. On estime que la population de la Chine comptait 60 millions au 8-ème siècle, dont 60% vivaient dans le bassin du Fleuve Jaune (donc quelques 36 millions de gens au nord contre 24 millions au sud), et près de 100 millions vers la fin du 10-ème siècle, dont 60% vivaient dans le bassin du Yang Tse et dans le sud (donc quelques 40 millions au nord contre 60 millions au sud). Il y avait donc eu un renversement impressionnant de la balance démographique chinoise entre le nord et le sud.
Pour illustrer un peu cette histoire passablement compliquée, je crois qu’une carte de la Chine à l’époque de l’empereur Tang Taizong, dont j’ai déjà fait mention plus haut (voir mes « anecdotes cruelles ») sera la bienvenue. L’empereur Taizong monta sur le trône en 626 et y resta jusqu’en 649. Son premier souci fut d'asseoir la puissance chinoise en Asie, tant par les armes que par la diplomatie. Il obtint en particulier l'alliance des Turcs Ouïgours. En 648, la domination chinoise fut de nouveau effective au Xinjiang. La clé indique grosso modo que les Chinois avaient pratiquement quadruplé leurs possessions territoriales en ajoutant les territoires occupés par des peuples turcs de toutes sortes (au nord et au nord-ouest) et par des peuples tibétains (à l’ouest).
Euuuuhhh...Georges, je ne suis pas sûr que ce genre de concubines puisse m'émoustiller... 🤪
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Je te comprends! À voir ce que le reste de l’histoire nous réserve, j’espère bien en trouver des plus « tranquilles » par la suite!
En 2008 j'ai eu le bonheur de parcourir 8 000 kms en Chine d'ouest, en arrivant du Kazakstan (et de paris !) jusqu'a Pékin. Aller er retour en accompagnement une expédition de 105 vélos.
Et les cheveux ?
😉
photos évolutives de la croissance la barbe et des cheveux:
Christoph Rehage est un Allemand de 27 ans qui a traversé la Chine à pied, sac au dos ou en traînant une petite carriole. Il a parcouru 4646 Km entre novembre 2007 et novembre 2008. Il a tourné 117 vidéos belles, drôles, émouvantes de son périple et de ses rencontres.
Il a dédié sa traversée au Professeur Xie, qui sillonne la Chine à pied depuis 1983 et « à l’amour, qui m’a sauvé ». A ne pas manquer !
ses 117 vidéos :
http://www.youtube.com/bigfatspringroll
Ne demandes pas ton chemin à quelqu'un qui le connait.... tu risquerais de ne pas te perdre.
R.B. de Braslaw
La vie n'est pas un restaurant mais un buffet, levez-vous pour vous servir...
D. Glocheux
Il est sûr qu'au Vietnam on ressent l'influence de la Chine, surtout au nord, mais il me semble qu'en Thaïlande ce n'est pas le cas...
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C’est également mon impression.
A moins que je n'eusse pas bien compris, il me semble que l'influence de la Chine en Thailande est on ne peut plus importante, la communauté sino-thai a une importance politico-économique non négligeable et sont "les maitres du riz" si on se réfère a l'article du Figaro, très intéressant sur le sujet, qu'avait posté barbot 😉
A moins que je n'eusse pas bien compris, il me semble que l'influence de la Chine en Thailande est on ne peut plus importante, la communauté sino-thai a une importance politico-économique non négligeable
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Tu as bien sûr raison. Ils ont une influence non négligeable, c’est le moins que l’on puisse dire. Le fameux Thaksin Shinawatra est un Sino-Thai, si je ne m’abuse.
Mais tout est relatif. La présence de Chinois en Thailande, en grands nombres, est bien plus récente qu’au Vietnam. Si je ne me trompe pas, leur grande majorité ne se serait installée en Thailande qu’au cours des deux derniers siècles. Ils n’ont pas aussi profondément influencé le brassage génétique ni la culture qu’au Vietnam. Je parle du Vietnam du nord, c.à.d. du pays des Viet d’origine (les Kinh), puisque le reste du Vietnam n’a été conquis (sur d’autres peuples) que durant le dernier demi-millénaire. Je me demande en passant quelle est l’origine du mot « Viet », si l’ethnie dominante s’appelle en fait « Kinh ». Peut-être est-ce dérivé du mot chinois « Yue », voir Nanyue dont nous avons parlé plus haut.
Ça se voit aussi dans le bagage culturel des deux pays. Enormément de vocabulaire thaï vient du Pali ou du sanskrit, c.à.d. de langues indiennes. Beaucoup moins du Chinois. La situation est peut-être inverse avec le Vietnamien. Ça se voit aussi dans la danse classique thaïe, qui est bien évidemment influencée par l’Inde.
Celui qui a donné le nom d’Indochine à cette partie de la région a vu juste. Il s’agit bien de la zone tampon entre les influences culturelles dominantes de la région, c.à.d. la Chine et l’Inde.
Allez, on va souffler un coup ! Il faut aussi faire un peu de « petite histoire » !
Les Tang étaient impressionnants, mais ils subirent une défaite cuisante en 751 à la rivière de Talas, à l’est de Tachkent, contre des nouveaux venus dans le monde chinois : les Arabes. C’est peut-être à la suite de cette rencontre que le papier, qui aurait été inventé par l’eunuque Cai Lun en 105 A.D. (dynastie Han), commença à lentement faire son chemin jusqu’en Occident. La première fabrique de papier connue en Occident date de 1189, et se situait du côté français des Pyrénées. Les Chinois avaient plusieurs longueurs d’avance ! Ils avaient de plus développé un autre usage que celui auquel nous penserions tout d’abord. En effet, des marchands Arabes du 9-ème siècle furent horrifiés quand ils se rendirent compte que les Chinois ne se lavaient pas après avoir déféqué, 😐 mais se torchaient avec du papier. Il faut donc ne pas oublier, quand on parle des grandes inventions qui nous viennent des Chinois, celle du …. papier-cul !
N’est-ce pas beau : c’est un eunuque chinois qui aurait inventé le papier ?
La dynastie Tang est entre autres réputée pour la qualité de sa littérature. Le thème érotique fleurit particulièrement bien (en anglais, le mot « apogée » se traduit par « climax » 😉). Les manuels sexuels devinrent très répandus. Ils donnaient tous les détails voulus sur des positions aux noms délectables, telles celles « des papillons voltigeants », « du phoenix s’exerçant dans la crevasse de cinabre », ou « des dogues du 9-ème jour d’automne ». On recommandait à l’homme de varier son rythme entre « de lentes poussées telles le mouvement de la carpe qui vient de happer l’hameçon " et «des poussées rapides ressemblant au vol des oiseaux contre le vent ».
Comment ne pas se découvrir un faible pour la poésie chinoise !
Je poste ce sujet car je suis actuellement en chine, une petite ville méconnue de 700000 habitants Laioyang dans la province du Liaoning, je voyage de temps en…
Faisant suite à une conversation qui n’avait pas sa place dans un autre topic, je crée donc ce topic pour continuer la conversation ici. Voici le dernier post…
Mon ami honkongais m'a posé une question en voyant le forum: Pourquoi les étrangers aiment aller en chine???pourquoi il aiment la nouvelle chine? alors, pour…
Je n'aurai pas la prétention de paraphraser Albert Londres et son célèbre La Chine en folie, mais les gens qui ont vécu ou voyagé en Chine ont forcément été…
This is my 15,000th post, and it's a message I would have preferred never to write.
Patrick—Yangguizi—won’t be returning from his trek in Uganda. His health betrayed him in the mountains.
Like many of you, I laughed until I couldn’t anymore at his travel stories. I met him in Shanghai, then in Istanbul... We scoured restaurants—he was an incredible expert on world cuisines. We relived Korea, China. Always brilliant, so sharp, so funny, so down-to-earth. Being even a little bit his friend was something to be proud of. I think I envied him.
Patrick is still out there, of course...
He found his happiness running across the world. He’s on his path. He never doubted that "the traveler doesn’t even know if he’ll return one day."
Not sure this would’ve suited him, but his departure devastates me.
Alright,
Farewell, you foreign devil. Safe travels.
Who’d like to share their best and worst travel memories in a few lines?
For me, it’s watching the TAJ MAHAL at sunrise and getting chased by dogs at the top of a mountain pass in GREECE on the way back from ISTANBUL.
THANKS GUYS
hello to all travelers with their eyes wide open to the desert...
I’ve always wondered what I was "doing" on this earth. And why my father, who died a few months after I was born—a former youngest French resistance fighter—joined the First Saharan Motorized Company in Atar and spent the rest of his life repairing army engines in Algeria, Mauritania, Senegal, Mali (which didn’t exist under that name back then), Morocco, and finally Algeria, where my mother was born and raised. (Believe me, it’s not "cool" being the child of a soldier in a country occupied by France, and even less so the child of a "pied-noir.")
Of course, I never got an answer: the dead don’t talk, and the army doesn’t either.
But here’s the thing—I had photos...
So naturally, one day I hit the road. I wanted to see, to understand.
It’s thanks to VF that I was able to do a little research on crossing the Morocco-Mauritania border, and I’m grateful to its members, just as I’m grateful to all those who welcomed me on the road for 14 years.
For the past few weeks, I’ve been wondering if I should talk about this or not...
It turns out the Mauritanians changed my life by asking for my help... And that started as early as February 2012... (Did I owe them something? No answer to that question.)
Ah, the irony—they saw me coming. But when you’re handed sick children and begged to do something, what would you have done? I’d worked in a hospital, so I knew a bit about the rules to follow. I didn’t hesitate.
And well, over all these years, I met doctors, surgeons, and together we organized care, evacuations of children, training for surgeons—even trying to stop children from having to travel outside their country. It was never easy. I’d like to thank those who supported us, as well as *La Chaîne de l’Espoir*, *La Fondation Face au Monde*, and everyone who built bridges between our two countries.
Unfortunately, despite the constant efforts of Mauritanian doctors and surgeons, some children couldn’t be helped in time. Today, I want to talk about four siblings—orphans of their mother—suffering from congenital glaucoma causing irreversible blindness. Their case was entrusted to me in 2020, just weeks before the big lockdown. We couldn’t do anything for them then, but when their father asked me for a gift, I rushed to my computer and wrote a story.
Through a tale, the children take a great journey, explore their country, and fulfill a dream. I never thought this book would be published—it was, in 2023.
This book pays tribute to Mauritania. It’s a message for those who know nothing about the hardships of life there, carrying both the harshness and beauty of an immense desert where you can travel by 4x4, bike, on foot, or by camel in complete safety. It bears witness to the kindness of Mauritanians toward travelers.
As a woman traveling alone in my vehicle—a now-rusted old Mercedes that no longer runs—I had the most beautiful encounters of my life there (I’ve seen other parts of the world...). The blind children of Choum, Atar, Nouadhibou, and Nouakchott will forever be in my heart.
Volunteer readers transcribed the book into a free audio version for the visually impaired. It’s available in sound libraries in France, the *Fondation Valentin Haüy*, and the Swiss Romande library.
I made my last trip to Mauritania in my old 4x4 to distribute the book everywhere, especially to its heroes and the school for the visually impaired in Nouakchott.
After that, I thought it was time to close the chapter because I no longer have the means or the strength to travel.
My publishers chose this title for it: *The Blue Eyes of the Desert*.
This publication helped a mission of Swiss volunteer ophthalmologists come to operate on glaucomas in Mauritania. I’m thrilled because they come back every year!
This adventure is ending, yes—everything must come to an end—but ultimately, it was born here, on the VF site!! So yes, I had to say it: THANK YOU!!!!!
Hi everyone,
I’m Loulou, a French expat who’s been living in Southeast Asia for about fifteen years, currently in Phnom Penh, Cambodia. A passionate walker at heart, I’ve trekked in Nepal (Thorung La, Mardi Himal), India, Vietnam, and I’m still planning new hikes (Char Dham, Langtang, Annapurna).
I’ve just published my first travel journal, recounting three months of walking and encounters across India. A portion of the sales goes to an educational center I support in Kep, for children whose parents work in the salt marshes.
I’m also working on a second book about Nepal with a musician friend, focusing on the Mardi Himal trek—two independent perspectives on the same journey.
Happy to swap stories with you about the Himalayas, India, Southeast Asia, or just the urge to hit the road and walk far from home.
Safe travels,
Loulou
Hi! It was totally by chance that I stumbled upon VoyageForum (an ad online and a story lol), and I’ve been reading some really old posts from 2011 about Thai massage schools—discussions on how to get by, accommodation, prices, etc. It reminded me of my own experience: I kept things simple by staying with a local family during my entire trip. I only shared all the expenses with them, which, I’ll admit, was super cheap… and I often traveled with them, which naturally opened a lot of doors for me. To start, at the school in Salaya, my Thai friend immediately connected me with Teacher Phong (the school’s mentor and teacher of teachers, a former monk). I was supposed to join a group session with other foreigners, but for some reason I don’t know, I got two days of private lessons for free with this expert… incredible! And on top of that, he loved France! It was an amazing experience. I "discovered" massage by chance—the Thai family just told me: "Try it, you’ll see!" (I’d had a pretty intense massage in the capital before 😅… but the next day, I felt unbelievably great!))
Every morning, I’d take a taxi (chosen by the Thai family at prices that beat all the competition) to this school—I’ve forgotten the name of the little village now… right in the heart of the countryside. Then, in the evenings, I’d keep practicing massage on all the family members… and they’d teach me Thai at the same time!))
Since then, I’ve practiced a bit, with lots of positive feedback. Following Teacher Phong’s advice—he thought my pressure was deep, firm, and precise—he strongly encouraged me to take this seriously.
I love Thailand so much. It’s a whole different way of living… and it’s a real blessing, even if I couldn’t live there full-time. Anyway, that was an unforgettable memory, and sometimes the Thai family and I still say hi—from 2011, 2013… right up to today!
"It seems to me that poverty would be less painful in the sun" wrote Aznavour...
Not sure...😕 Who can prove that people in hot countries are happier than others?
What do you think?
Is it better to live in Montpellier than in Lille?
Are the Pygmies happier than the Inuit?
Are Canadians less happy than the people of Louisiana?
Are there more French expats in hot countries?
And your travels? Do you choose your destinations based on the climate?
Do you rejoice when a bit of sunshine appears?
Hi everyone, just this once I’m not posting for a travel story, but to share a thought for Venezuela.
If you didn’t know—since it’s not making headlines—the country was hit by two 7.5-magnitude earthquakes last week. Over 2,200 people have died, more than 50,000 are missing, and some coastal towns have been completely destroyed.
Maybe when the scale of the humanitarian crisis becomes clear, our media will cover it a bit more... especially since earthquakes with this many casualties usually make the front page, but there’s been nothing in France.
So here’s a thought for this country, which, whatever you think of its politics, is a true jewel of South America, both for its landscapes and its people.
hi there
I’d like to invite you to discover my coastal province in central Vietnam: Quang Ngai.
This year, my province has really improved its infrastructure—mountains, countryside, and sea are all authentic here.
No harassers or thieves, and no Russians either.
A local lunch costs around 1 €.
A *** hotel room is about 25 €, and you can find hotels right on My Khe Beach.
We have a specialty: *banh xeo*—10 crepes for just 1.5 €.
You can rent motorbikes to explore the province and maybe visit the many ethnic minorities.
I live here—I’m not selling anything, but I can help if needed (my father-in-law is a traditional Vietnamese doctor and he’s very skilled).
Hi everyone! 😉
I’m Typhaine, 35 years old. Five years ago, I left France for a solo round-the-world trip—no planes, just a van, hitchhiking, cycling, and even a canoe in the Amazon! Today, I work as a naturalist guide in Argentine Patagonia.
Wherever I go, my compass stays the same: observing and photographing wildlife, which I deeply admire and respect.
My project: I’d love to share this experience through a sustainable, authentic, and immersive nature tourism initiative. But to build something meaningful, I need to understand how other nature enthusiasts experience their own adventures.
If you:
Are over 20 years old
Have a true passion for Nature
Have already taken at least one trip lasting more than 3 nights (in your country or abroad) in your life
Promise: I’m not selling anything, this isn’t marketing. Your answers are 100% anonymous and will only help me shape this wild project.
A huge thank you to everyone for your help and kindness! Looking forward to chatting in this thread 😛
(Dear admins, this is purely a collaborative effort for my project study, with no commercial purpose. Thank you so much for your support!)
Photo: Grizzly Bear (Ursus arctos horribilis), female on the left and her cub on the right. Photo taken by me in Alaska, Denali National Park.
It’s something we often notice in this forum—and many others—this behavioral shift.
A long-time member, or even a new one, asks a question.
They get one or more answers, some brief, some detailed, and then... nothing???
Not even a simple thank you!!!
From what I’ve gathered, if the answers don’t align with what they wanted to hear, it seems natural for the asker to just disappear!! 😕
Unless—(and I fear this is the case)—basic politeness is no longer part of our society????
I spent 3 weeks in Bali last summer (+ 3 nights on Gili Meno and a day trip to Kawah Ijen in Java). So I wanted to see what ChatGPT could suggest for comparison...
Here’s the prompt I gave:
"You’re a local expert guide for Bali.
- Plan a 20-day itinerary for Bali with a side trip to Gili Meno and a day trip to Kawah Ijen in Java without staying overnight.
- I’m traveling with my wife, and I love visiting historical sites, hiking, relaxing at the beach, snorkeling, and exploring rice terraces...
- For the duration of the stay, I don’t want more than 8 places to sleep, and I’d like to stay at least 2 days at each stop to avoid unpacking too often. Except for the last night, where I’m okay with just one night near the airport.
- I prefer neighborhoods that are walkable and try to avoid typical tourist traps, though I don’t want to miss the must-see spots. So suggest a mix of iconic sites and hidden gems.
- Recommend hotels or guesthouses with a budget of 50 to 100 € per night, including breakfast. Make suggestions in areas popular with travelers, specifying the vibe (I prefer quiet), and consider safety and proximity to attractions.
- For lunch and dinner, suggest two to three restaurants that are well-rated by customers.
- Give me a day-by-day program with details on travel times, visiting times for each point of interest, and recommendations for transportation (taxi, train, bike, etc.).
Estimate the total cost of the trip, including accommodations, food, transportation, and activities, and suggest two tips for saving money in each category.
- Don’t make anything up—be realistic about travel times, take into account the opening dates and hours of sites, and give me the entry fees for places to visit.
- Ask me all the questions until you’re 95% sure you understand what’s being asked. Don’t generate your response until you’ve understood."
The AI asked for a few clarifications:
"Great request—I can build you a really optimized and enjoyable itinerary, but to be 95% sure I hit the mark, I need a few key clarifications (this will really influence the pace, areas, and accommodations)."
In the end, it proposed a program very close to what we actually did.
I’ll skip its accommodation and restaurant suggestions...
Its proposal:
"Ubud (4 nights) => we did 5 nights
Sidemen (2 nights)
Amed (3 nights) => we’d planned 2 nights
Gili Meno (3 nights) => we did Gili between Sidemen and Amed
Munduk (3 nights) => we did 2 nights before Pemuteran
Pemuteran (3 nights) with Ijen => we did 4 nights
Sanur (2 nights + 1 last night) => we chose Jatiluwih instead of Sanur
It suggested "activities" (and accommodations too):
IN UBUD:
- Walk around central Ubud (1–2h)
- Campuhan Ridge Walk
- Tegalalang Rice Terrace
- Tirta Empul
- Gunung Kawi
- Massage / market / slow café
IN SIDEMEN:
- Rice terrace hike (2–3h)
- Cooking class
IN AMED:
- Snorkeling
- Japanese Shipwreck
- Beach + relaxation
- Volcano sunset
ON GILI:
- Snorkeling at Gili Meno Turtle Point, Nest Underwater Statues
IN MUNDUK:
- Jungle & waterfall hike - Munduk Waterfall + Melanting Waterfall
- Loop: 3–4h (perfect for your level)
- Ulun Danu Bratan Temple
- Twin Lakes
IN PEMUTERAN
- Snorkeling: Menjangan Island
For Kawah Ijen, it detailed the day well:
👍 from Pemuteran = best possible option
12 PM: leave hotel (we left at 10 PM)
1 PM: ferry
3 PM: arrival in Java + transfer
11 PM: start ascent
2 AM–6 AM: volcano
Return to Bali around 11 AM–12 PM (we got back at 4 PM)
👍 still very intense, but doable with an agency
💰 ~80–120 €/person all-inclusive
IN SANUR:
- Relaxation
- Quiet beach
- Proximity to airport (30 min)"
I’ve kept the habit of blowing my nose in the sink and then washing my hands—a custom I picked up in India. Sometimes, non-travelers are shocked when they catch me in the act... 🤪
Also, when I run out of toilet paper, it doesn’t bother me—unless I’ve got company over... 🤪
Just got back from walking a friend’s dog (while they’re on vacation), wearing a djellaba and Tibetan boots... 😏😏😏 Oh, for sure, if I’d run into locals, I probably would’ve shocked them? 😏
Anyway, as long as I’m not spitting on the floor at a restaurant or squatting on the side of a highway with a water bottle in hand...
After taking a little trip around the world, I came back a few months ago with an idea in mind.
I mostly do diving, and I love observing animals in their natural habitat without disturbing them.
During the trip, I realized it was quite complicated to know where and when to see certain species.
For example:
where to dive with sharks or manta rays
where you might get a chance to swim with whales
I even discovered thresher sharks during my trip… I didn’t even know this species existed before, even though they’re incredible to see.
We spent a ton of time searching for info all over the place, especially on social media, without ever getting a clear picture.
So I started putting all this together on my own, in the form of a map, to make it easier to visualize where to go depending on the seasons.
I recently put a first version online (it’s called Fauneya).
There are probably mistakes, inconsistencies, or things to improve, and that’s partly why I’m posting here.
I’d really love to know how you all go about planning this kind of trip.
As part of my Master’s thesis, I’m currently conducting a public survey on a topic that concerns all of us when planning a trip: artificial intelligence and the role of human contact in travel planning.
These days, we’re using more and more digital tools to find ideas, compare options, and book trips... but is the role of human advisors still essential? At what moments? And for what types of trips?
The survey is anonymous and takes about 7 minutes.
It’s aimed at anyone who travels (or has traveled) for leisure, whether you plan everything yourself or go through an agency.
While browsing the forum to gather info for my upcoming trip to Thailand, I often see the terms "traveler," "great traveler," and also "tourist"—so what’s the nuance for you?
I've traveled quite a bit in Vietnam over the past few years—from the southern delta to bustling cities and even some small islands—but what really sticks with me is the north, the high mountains.
Up there, there's something different—maybe slower, more raw. The morning markets with ethnic groups, women in traditional clothes, the colors...
The stilt houses, kids following you and laughing for no reason, the terraced rice fields—it almost feels unreal at times, so vast and quiet, yet so human and simple.
You often hear that Sapa has become too touristy, and that's partly true, especially in the center. But as soon as you move a little farther away, everything changes quickly. The landscapes open up, encounters feel more natural, and you rediscover something truly authentic.
I think it's that contrast that struck me—the difference between what you imagine before going and what you actually discover when you take the time.
And you—what memory do you hold onto from Vietnam? A particular place that touched you more than others?
Hello,
We’re finalizing the plans for our upcoming trip to China in May 2025. The second-to-last stop will be in Zhangjiajie, where we’ve planned to stay for 2 full days before heading to Shanghai.
We’re traveling solo using local transport and have arranged to stay in the city of Zhangjiajie.
We’ve seen that there’s a lot to see:
Tianmen Mountain, the Grand Canyon and the glass bridge, Zhangjiajie National Park, and that the sites are quite far apart with fairly expensive entry fees.
We’re thinking of dedicating one day to the national park and the Grand Canyon (glass bridge) and one day to Tianmen Mountain.
But we’re not sure if this plan is realistic—any thoughts would be much appreciated!
I should be serving a warming drink to the participants in the discussion about gardens and parks that provide us with beautiful photos, I could mention the delicious buttery scent wafting from bakeries in the thread about returning to France, but my heart, its powerful pulse that nourishes my entire being, is elsewhere.
Dasht-e Lut, Yazd, Esfahan, Bam, Kerman, Qeshm, Hormuz—a melody, a prayer at the heart of desire.
A dream, an unattainable fantasy? No. Not anymore.
A very serious Italian travel agency is organizing this trip for 6 people this winter. I’m signed up, I’m going, I’m living. Maybe.
"But you’re completely crazy!!!!"
I know... I know that every civilization, every society has a vital need to create scapegoats to define and justify itself, pathetically. And Iran is one of them, top of the list. I laugh or sigh, and it doesn’t bother me.
But that unchanging red, deep red and garnet, so beautiful in itself, in all the Western chancelleries repeats, whispers, shouts: don’t go, don’t go, don’t go, you’re putting yourself in danger and we can’t do anything for you. You’ll be turned into mere bargaining chips, into arguments for endless negotiations. Fear must be instilled, its power absolutely preserved, no concessions made to the enemy. The information (how many French hostages, real or fake, compared to the number of travelers?) is always lacking.
Traveling becomes a merciless confrontation between desire, the vital pulse, and anxiety, its ghosts.
Hi everyone, here’s our itinerary. Arriving on the evening of December 13th. Departing on January 7th.
Thanks in advance for your tips and valuable feedback.
Manila – 1 night
Coron – 4 nights
Coron to El Nido cruise – 2 nights
El Nido – 4 nights
Port Barton – 5 nights
Flight from Puerto Princesa to Vigan
Vigan – 2 nights
Sagada – 2 nights
Banaue – 2 nights
Bagabag – 1 night
Manila – 1 night
I’ve only booked the flight to Manila and the Manila/Coron flight so far. Is it possible to book boat trips, accommodations, and the Puerto Princesa flight last-minute?
Really disappointed with Costa Rica! Pura vida? The scam of the century!
(Costa Rica pure emptiness).
The country where animals are free and people are in cages.
3 weeks in December in this country and never again. Imagine the trailer of a movie that seems interesting, and when you go see it, you realize it’s a flop and the best moments were in the trailer.
Well, that’s exactly how we felt with Costa Rica pure emptiness.
My wife and I have traveled quite a bit and didn’t expect to be so wrong about a place.
On the main routes, we visited:
San José
Alajuela
Limón, Cahuita, Puerto Viejo, Manzanillo (Caribbean side)
Jaco, Quepos, Manuel Antonio (Pacific side)
And a few short stops in intermediate towns.
Our dissatisfaction grew gradually like this:
When we arrived at the hotel, the taxi dropped us off on a small street in front of a white metal gate with ground-floor windows barred. We looked at it skeptically, but the sign matched.
He approached the gate, rang the bell, the buzzer sounded, and the door opened slightly. The hotel wasn’t bad for the price, a 10-minute walk from downtown, but with a "Fleury-Mérogis" vibe guaranteed.
So far, so good.
After showering and regaining our bearings, we headed downtown.
What started to unsettle us on the way was seeing houses with bars on the ground-floor windows and even on the second floor.
At first, we thought the hotel’s neighborhood wasn’t great.
Downtown San José:
It’s a generic city, not very exotic, with a pedestrian street and a small mercado where you can eat local food without frills. Very few tourists—if any—which let you blend in with the locals. We had lunch and struggled to make ourselves understood because, aside from one or two shops, English wasn’t spoken.
On the way back to the hotel, we took a different route, and while chatting and strolling, my wife pointed out a beautiful two-story white house completely barricaded like Fort Knox.
From that moment, we started noticing the facades of houses and buildings, and wow, it was creepy—most looked like prisons, some even with barbed wire.
Though put off, we told ourselves it was probably a big-city thing and the rest of the country couldn’t be like this.
So far, so good.
We relaxed at the hotel and had a drink at the bar. Night falls early, around 5:30 PM. By 7:30 PM, we headed back downtown for dinner. A bit unsettling for a capital—downtown was almost deserted, and aside from fast-food chains, very few restaurants were open, with hardly anyone on the streets.
Bars with security guards out front.
I won’t say we felt unsafe that night, but once it got dark, we realized the bars on the windows weren’t for nothing. First day in, and our impression was already mixed.
The next day, we explored the city and surroundings, and our feelings didn’t change.
So far, so good.
Off to Cahuita by bus—4 hours of travel.
The landscapes are very green but quickly become monotonous. The road runs alongside the forest and passes through a few towns and villages, and even in the countryside, there were just as many prison-like houses.
The bus dropped us off at Cahuita’s terminal station—only four of us got off. It’s a village, or rather, a small town. Cahuita is basically one straight road and a perpendicular one, and honestly, doubt started to creep in.
A few restaurants that add 13% tax and 10% service charge—so 23% extra. We dropped our stuff at the hotel and went to explore. In 20 minutes, we’d seen it all. We had lunch and planned to check out the famous park.
Entry is by donation—well, the "entry" is a joke. There’s a path along the forest by the sea, and that’s it.
Nothing’s going right anymore.
We thought it was a total scam, but since we hadn’t gone far, we decided to come back the next day to explore further.
We returned to the hotel, relaxed, and around 8:00 PM, we went out for dinner. Only two restaurants were open, and the streets were deserted.
Creepy!
The next day, we explored the so-called park more thoroughly and really got it.
A path along the forest by the sea—2 hours there and 2 hours back, where you see animals that feel like showing their faces.
A total joke—"all that for this?"
The beach was full of wood debris and coconut husks. We wondered if the photos online were edited because the sea, very rough, wasn’t the azure blue we’d seen in pictures.
But calling this a park is a joke—it’s like a new concept.
When we thought about the reviews online, we started to suspect that professionals with interests in the country were monitoring and countering any negative feedback that could harm their business.
Too bad we didn’t check the negative reviews beforehand—we did while we were there, and it helped. We wondered if we’d become too demanding after all our travels, but no—when something’s bad, it’s bad.
Manuel Antonio’s park is even more ridiculous—there’s a short path along the sea for about 500 meters, and then nothing. You have to climb through mud and hack your way through the forest. We ended up barefoot because the mud was up to our calves. All that to see a raccoon and a few parrots flying overhead.
We didn’t expect Noah’s Ark, but we’ve seen more animals in Bali, Mexico, and Thailand while visiting temples or just walking around than in these so-called parks!
Puerto Viejo, not far from Cahuita and supposedly livelier—well, it couldn’t be worse!
According to Lonely Planet, it had a Caribbean vibe and wild nights, but maybe that was a long time ago. The good reggae music playing everywhere isn’t enough.
In the evening, Puerto Viejo was a bit livelier than Cahuita, but that’s not saying much. Very few tourists—if any—no night market, just two or three shops open selling $20 T-shirts. Same vibe as San José.
No big deal—we enjoyed the beach and the sun, which was reliable.
Our itinerary was supposed to include Tortuguero Park, but after talking to other travelers who’d just been, we changed our minds, knowing we’d be visiting Manuel Antonio Park on the Pacific side.
To get back to the Pacific side, you have to take the bus and go through San José again—5 hours this time—then switch bus terminals and another 4.5 hours to Quepos.
A stopover town to get to Manuel Antonio’s beach and park!
A town just like the others we’d seen—deserted as soon as the sun sets, and not exactly bustling during the day either. (Where are all the tourists?)
Still as many bars on the windows and that feeling of being in the wrong place.
7 km later: Manuel Antonio beach and park.
The beach is very beautiful and quite large, but don’t expect turquoise blue water—the waves stir up the sand, giving the water a brownish color.
Along the beach, shops and restaurants for about 300 meters, and then nothing. At night, after sunset, the town shuts down too.
Manuel Antonio Park is highly praised for its wildlife, so we were eager to see it. When you express dissatisfaction with Cahuita or Manzanillo parks, the response is always, "But you should’ve gone to Monteverde or Manuel Antonio!" No matter what you do or say, they’ll tell you, "You should’ve gone there or here."
Back to our famous park—entry was about $16, and contrary to what we’d heard, it wasn’t crowded!
Guides at the entrance with spotting scopes offered their services for about $30.
The park: a mix of boardwalk and dirt paths through the forest, sometimes running alongside beautiful coves and beaches.
As soon as we entered, a crowd was taking photos of a deer eating leaves.
A little further on, a guide with a group of five stopped. The guide raised his arm and set up his spotting scope! He showed them, about 100 meters away, a hummingbird perched on a branch. Some, looking through the scope, exclaimed, "Oh my God! Amazing! Incredible!"
For a moment, we thought they’d discovered a unicorn or were in Jurassic Park and had just crossed paths with a T-Rex!
The concept is comical—looking at a bird or another animal through a spotting scope because it’s too far away. Isn’t that what TV is for?
For our part, we saw monkeys, ants, an armadillo, an iguana, and the backside of a sloth climbing a tree. Amazing, incredible!
We stayed a few days in Manuel Antonio to enjoy the beach, changing hotels often because prices varied wildly from one day to the next for shameful services. On top of that, they’d quote a price in dollars and convert it at their discretion—thieves!
Alajuela, a city near the airport, has a two-story mall and a local market downtown! No interest except its proximity to the airport.
What we liked:
The climate and, in hindsight, San José—the most authentic city we visited.
What we didn’t like, in addition to what we’ve already mentioned:
Costa Ricans aren’t very friendly or communicative. English is barely spoken, not even by doctors at Quepos Hospital, where my wife ended up with food poisoning (thanks, Google Translate). The widespread obesity among Costa Ricans, who eat like Americans. The insecurity. The eco-hipsters who leave their $150 lodges in minivans with guides to visit parks and other sites, then return to barricade themselves in their fortresses at nightfall (oh my God, amazing, incredible). The blue signs at the entrance of towns that accept this payment method: "We accept American Express." Parking lots that become paid just because a guy is watching your car. Prices displayed in dollars. The cost of living (hotels, restaurants, taxes). Landscapes that are too green and not flowery enough. Beaches—nothing exceptional. Pollution in cities where big American trucks rule. Sewage dumped directly into the sea. Aside from the jungle, there’s nothing to visit—no ruins, monuments, or anything worth seeing.
In short, my wife and I think the hype about this supposedly eco-friendly country is overrated. It’s just the trendy destination of the moment. There are much better, cheaper, and more authentic places.
In hindsight, we keep the good memories and our beautiful photos, but if we had to do it over...
Before signing off, a little message to those who don’t like hearing opinions different from theirs:
Well, some things aren’t up for debate. And to those who’d have us believe that in 3 weeks, we don’t have the right to criticize a country or express our feelings—how can you praise it in so little time? What a scam. Costa Rica is a money pit. Pura vida? Pure cosmic emptiness.
If you like spending your evenings barricaded in your cozy hotel after dark, this country is for you.
For everyone else: run!
Hello,
Since the war between Russia and Ukraine, nothing is simple anymore for traveling to Belarus due to sanctions.
No more direct flights from the EU to Minsk.
Driving is a huge hassle, especially crossing through Poland at the only open border in Brest—you can wait 2, 3, or even 4 days just to get through by car.
The least painful driving option is to come via Lithuania and cross at the only open border, with a minimum wait time of 8 hours, sometimes up to 20 hours or more!!
Controls are very strict and annoying on both the Lithuanian and Belarusian sides. Avoid bringing alcohol, food, or cigarettes—everything will end up in the trash, especially when leaving Belarus for Vilnius, where the Lithuanians are tough, even with EU citizens.
The joy I once knew when visiting my wife in Minsk is sadly over—it’s now a real ordeal.
The fastest solution is to fly. My wife travels to France by taking a bus to Kaunas in Lithuania, where you can catch a flight (though not daily) to Paris Beauvais or Charleroi in Belgium with Ryanair, for example.
For the return trip, it’s the same: a flight to Kaunas and then a direct bus from the airport to Minsk.
The bus crossing is quicker than driving—the 250 km journey, including border checks, takes about 6 to 8 hours for buses leaving Lithuania around midnight, but controls are still strict at the border.
The biggest challenge is finding flight schedules that align with the bus routes between the two countries, given the unpredictable border crossing times.
Now, my wife travels via Charleroi in Belgium (near Brussels), and you can take a train to Paris. Alternatively, you can fly into Beauvais and take a bus to Paris (Porte Maillot).
For those driving, note that EU insurance and assistance policies no longer work in Belarus or Russia. You’ll need to get local insurance, usually limited to third-party liability (I don’t think full coverage exists?), as well as mandatory medical insurance. This is available at the border.
You now have to pay highway tolls—no more BELTOLL boxes. Instead, you pay a flat fee for the duration of your stay. Stop at the first gas station after crossing from Lithuania to fill up on fuel and cigarettes.
From what I know, Lithuania bans carrying more than 60 € in cash, but there’s no limit for USD (though it’s capped at $10,000??).
With a Visa card, you can now withdraw 1,000 rubles per week (about 270 €)—two months ago, it was only 500 rubles!!
For now, you can still pay by card in shops and gas stations.
However, major retailers like KORONA (which may be Russian-owned??) no longer accept foreign Visa cards.
Unfortunately, the additional sanctions announced by the U.S. on August 5, 2025, against Russia—and possibly Belarus—aren’t promising for the future.
After 20 years of visiting Belarus, I’m truly saddened to see the joy of living in this country with my wonderful wife turn into such a bleak situation, all because of human folly.
Hi everyone!
I’m putting together our travel itinerary for Veneto at the end of April. And the more I look and research potential sites to visit, the more I find!
We’ll only be there for a week—my family and I—including 3 days in Venice. So we have to make some choices...
I plan to rent a car when we arrive in Venice and head straight to Bergamo, which would be our first stop. We’d leave the car at the airport when we return to Venice so we can explore the city at our leisure.
What do you think:
1 night in Bergamo (a 2h15 drive from Venice airport),
1 night in Garda,
1 night in Verona,
1 in Padua, and
3 in Venice—would that be doable?
Thanks in advance for your tips and experiences! :)
Now that the curtain has fallen on the past year, it’s time to see what’s happening around here.
It seems pretty quiet, but I’ll read more in detail later.
First, I need to tell you all an anecdote.
My eldest little girl, in her third year of law school, was really scared she wouldn’t pass the year.
I told her:
“Trust yourself, you’ve worked so hard, and worst case, if you fail, you’ll just redo the year.”
“But I don’t think I’ll make it—they changed the rules, and if I mess up even one unit, I have to start all over.”
I knew her grades weren’t exactly stellar, and with what I was about to say, I wasn’t taking much of a risk.
“Here’s the deal, sweetheart: if you pass, I promise I’ll take you to India, just the two of us.”
I have to admit, India is a country I’ve talked about so much to all my grandchildren that in their minds, it’s become a magical, mythical place (hmm).
July had barely begun when my phone rang, her name flashing on the screen.
“Mamido, I did it!”
My promise came rushing back—oh no, oh no, oh no!
“Congratulations, sweetheart!”
A little shyly, she said:
“Is the India trip still on?”
And me, replying:
“Of course it is!”
And that’s that—a promise is a promise, or you risk losing that precious trust that keeps hearts warm and at peace.
We’re leaving in February. Only 8 days—yikes, the carbon footprint!
But we can’t miss her tutorials, or she’ll be kicked out.
Personally, that works just fine for me.
Going to India has become a challenge for me. It’s far, it’s exhausting, I sweat, I hate mosquitoes, the spices bother my mouth when I used to love them. There’s noise all the time—at night, the dogs bark nonstop, and we almost get run over. I’ll get lost in the streets because my sense of direction has vanished. I don’t like rice anymore. All that chaos and those cultural differences that once enchanted me now just overwhelm me.
But I promised.
The upside—and it’s a big one—Raman, the same driver I’ve had forever, will be at the airport with a sign with our names. We’ll stop at the same little shop for chai (or tea, plain and simple) with that aroma that intoxicates me, halfway through the trip.
It’ll be a tiny trip—staying with friends, I’ll show her a few places I love: Chidambaram, Mamallapuram, and the clinic where I worked. Then we’ll head back.
My little girl will go home to her parents.
As for me, I’ll leave right away for our Scottish island with Homme for our chilly winter.
How can you love a country so much you want to live there, then suddenly reject it, no longer able to appreciate what once made it special?
That’s the mystery of love, I guess.
I’ve visited the U.S. four times myself, including two long road trips. The last one was just this past August...
I won’t be going back. I already felt guilty last August, but recent policies have finally convinced me: the humiliation of Zelensky, authoritarian excesses, Gestapo-like methods for detaining people of foreign origin, the murder of innocent people (a mother shot dead), corruption, insane "tariffs," skyrocketing healthcare costs for Americans, the abduction of foreign figures to secure oil, the requirement to disclose social media accounts, and now... threats and blackmail to forcibly take Greenland—a region that belongs to Denmark and thus the European Union!
The reality is that simply posting this could get me denied entry to the U.S.!
In this context, I just can’t keep spending money there. I loved my trips, but there are so many other countries with stunning landscapes to explore.
So I get why you’d want to travel there. I did, and I loved it. But once a country no longer respects any of the values that made us love it, why go?
How can we even consider traveling to a country that threatens to take one of our territories by force?
Hello everyone,
Controversial topic? Not necessarily—maybe just a reflection on a world to come.
I spent the last 15 days of August on a cruise in Greenland, from Kangerlussuaq to Tasiilaq.
I was utterly amazed by this unique world of rock and ice, the little houses in every color, a simple life that’s also complicated by isolation and climate, among other things...
I carry in my heart the kindness of the people I met, the raw and gentle majesty of the icebergs, the colors of the sky...
So, I can’t even imagine a massive presence of raw material prospectors, heavy machinery requiring roads to be built—if that’s even possible—changing their way of life... putting sled dogs out to pasture!
Do fast food and Greenland’s northern lights really mix?
I wouldn’t trade my memories for an ESTA!
All opinions are respectable, which is why this isn’t a controversy—but I’m sorry, I have a soft spot for *my* Greenland.
We’re a couple aged 58 and 63. We’ve just returned from a wonderful trip to South India in Tamil Nadu and a few days in Kerala. We traveled with a local French-speaking guide and his friend, the driver. They both live in Pondicherry. We spent 3 weeks with them in the most authentic way!
We covered just over 2,500 km and visited not only temples but also archaeological sites, museums, and small artisanal businesses making tiles, tea, sculptures, bronze, and silk spinning. We were lucky enough to visit a public school, attend a wedding, and even a death announcement in a small countryside village. We were fully immersed in the culture, food, noise, and colors—it was incredible!
The hotels and guesthouses we chose were very clean and mostly quiet. We’re returning from India with amazing discoveries!
We’re happy to share more info if you’d like!
M-Claire and Jean