Scène de la vie quotidienne édifiante au Vietnam
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Original post
JY
Je suis en train de déjeuner dans mon restaurant favori tout en discutant avec le patron et ami favori, quand un jeune rasta lourdement sac-à-dossé s’adresse aux trois motobikes postés devant la terrasse pour leur demander où trouver une guest-house à 4 ou 5 dollars. Je n’entends pas tout des longs palabres qui s’ensuivent, mais mon ami – par ailleurs d’une générosité qui ne fait jamais défaut – m’informe en ricanant que le gamin ne veut pas payer de moto alors que les trois hommes lui ont dit qu’il ne trouverait rien à ce prix-là et lui proposent de le conduire dans des endroits très, très bien…

Je lui dis que c’est faux mais il me rétorque : « Pourquoi ils lui donneraient un renseignement alors qu’il ne veut même pas payer une course en moto ? » S’ensuit une discussion sur ma notion de service à laquelle il oppose la sienne, l’amitié, la famille, « Tu peux me demander ce que tu veux, je ferai tout pour toi, je peux même aider quelqu’un que je ne connais pas à 2 h du matin si c’est un ami à toi, mais pour les autres, non. »

Un peu mécontente, je vais dire au gamin qui palabre toujours qu’en s’éloignant de la zone touristique et en se rapprochant du village de pêcheurs, il trouvera de petits hôtels dans ces prix, mais qu’il devra marcher longtemps.

Il me dit que dix kilomètres ne lui font pas peur, qu’il sait bien qu’à ce prix-là, il n’aura pas de télé, un lit branlant et peut-être pire mais qu’il s’en fiche et part en me remerciant.

Il s’ensuit une grogne générale, les regards des motobikes sont noirs, mon ami me lance : « Mais d’il a pas d’argent, pourquoi il ne va pas travailler pour se payer son voyage ? »

Je lui explique un peu vivement que chez nous, il arrive souvent qu’après leur diplôme, des jeunes gens partent visiter le monde pendant un ou deux ans avec des moyens minimums, avant de s’installer pour cinquante ans dans un travail sclérosant.

Il fait mine de comprendre mais je vois bien qu’il n’approuve pas et le repas se termine dans un vague malaise.

Cette scène m’a amenée à deux réflexions :

La première concerne tout cette tranche de forumiste qui précise voyager « sac-à-dos », ce que je n’ai jamais bien compris, Est-ce que voyager « sac-à-dos » sous-tend qu’on est un voyageur hors-pair, un baroudeur, quelqu’un à l’écoute des populations, par opposition à des bourgeois obtus qui traînent une valise à roulettes et posent leurs fesses dans une voiture et – forcément, jettent des pièces aux gamins le long des routes en époussetant leur chapeau colonial ?

Quand on voit ce que le Viet Nam, comme tout pays qui cherche à assurer son développement via le tourisme, quand on voit ce que les locaux ont investi – heureusement ou malheureusement – en espérant que les touristes viendont dépenser de préférence chez eux, on comprend leurs griefs à l’égard des Occidentaux, même si on ne partage pas l’idée de départ.

Autre réflexion, c’est l’idée de ce grand brassage des cultures. Est-ce qu’avec un sac-à-dos ou un porte-monnaie bien rempli, on va réussir ce grand mélange culturel ? C’est ce que m’a dit mon ami du restaurant ce jour-là. Les liens, ça se creuse. Au Viet Nam, ce n’est pas en allant passer une journée à observer les minorités des hauts-plateaux, ni en passant une nuit avec une famille Hmong qu’on va tisser un lien.

D’ailleurs, si on y regarde bien, est-ce réellement sain d’aller photographier cette femme habillée de couleurs merveilleuses en train de bosser pour sa vie quotidienne ? Qui a envie d’être fimé alors qu��il récure ses toilettes ?

De plus, cette idée de brassage culturel est bien occidentale. Un Vietnamien s’en fiche de brasser les cultures – je ne parle pas du jeune Vietnamien citadin qui a fait des études supérieures. Non. Un Vietnamien va se tortillder de rire en vous voyant donner des croquettes à votre chat, va aller faire du porte-à-porte pour montrer l’immonde portion de camembert que vous alliez engloutir. Mais il n’y a aucune empathie. Il ne se demandera pas pourquoi vous aimez votre chat, il n’essaiera pas le camembert pour comprendre pourquoi vous trouvez ça bon. Nous vivons dans des mondes différents, c’est comme ça, c’est très bien, et si on résume, il s’en fout.

Ce que je me demande, finalement, c’est si nos sociétés ne cultivent pas un tel fond de culpabilité pour s’obliger à partir sans rien, juste avec le fameux « sac-à-dos », gage ultime qu’elles n’ont plus rien à voir avec leurs infects ancêtres.

Je sais, ça fait beaucoup de réflexions pour une vulgaire affaire de prix de guest-house, peut-être suis-je moi aussi hantée par cette volonté de comprendre, même sans sac-à-dos…
Le cynisme de l'extrême solitude est un calvaire qu'atténue l'insolence (Cioran)
LE Leucateplage Veteran ·
Salut jysuisjyreste pas mal comme pseudo pour une itinerante

je pense que ton post concerne plus la rubrique pensées et reflexions de voyageurs c est toi qui a eu une reaction normale se renseigner les uns les autres est une chose primordiale quand on voyage.ton pote finalement n est pas aussi genereux que tu le croyait c est trop facile de n aider que les personnes que l on connait.. j espere que ton coup gueule te sera profitable a plus benoit
ME MengWan Globetrotter ·
s’obliger à partir sans rien, juste avec le fameux « sac-à-dos », gage ultime qu’elles n’ont plus rien à voir avec leurs infects ancêtres.

Si je peux me permettre, je le vois différemment ...

Un "backpacker" ressemble quelque part plus à un soldat US en AfPak qu'une touriste dont la valisette à roulettes cahote sur un chemin boueux !

L'un fait "conquérant", "intrusif" alors que l'autre fait "fragile" et nécessite un accueil, une assistance (qui implique les pépettes).

Le "backpacker" vient là surtout pour "prendre", l'autre pour (de gré ou de force) donner 😉

NB:Les "infects ancêtres" étaient soit dans des canonnières, soit "crapahutaient" justement, les plus huppés d'entre-eux n'avaient pas de valises mais des malles transportées par des gens "du crû" jugés minables et à peine dignes de porter ...

🙂
Si vous avez compris tout ce que je viens de vous dire, c'est que j'ai dû faire une erreur quelque part. - Alan Greenspan Science sans conscience n'est que ruine de l'âme - Rabelais
LE Leucateplage Veteran ·
salut

bon c est bien il t on dirigé dans la bonne rubrique. Pour le match sac a dos ou valise a roullettes... je vote sac a dos a roullettes. a plus benoit
KO Kola Globetrotter ·
Est-ce que le bagage "fait" le voyageur et conditionne le regard que l'on porte sur lui ?
AN Anhguig ·
il est trés difficile de comparer les visions vietnamiennes a nos visions. le travail, avec la famille, est une des valeurs fondamentales, ici, quand chez nous elles ont perdus beaucoup de leur poids. les vietnamiens ne connaissent pas encore vraiment le concept de vacance ou de loisir. s'ils partent en vacances, de surcroit a l'etranger, c'est qu'ils sont riches. dans des zones non touristiques, ils se bidonnent de voir des blancs a vélo, par exemple, car le vélo c'est pour les pauvres. le renversement qui s'opere dans nos pays, a savoir que bien que (ou parceque) nous possedons bcp de choses, nous sommes attirés par la simplicité de la vie "traditionnelle" (le bio, le "gout du terroir", le developement durable, la decroissance, le voyage "roots"...) n'a pas encore eu lieu au vietnam. ici on reve de gratte ciel, de 4X4, de manger chez kfc, etc. je vis ici depuis un an, j'ai un certain nombre d'ami vietnamien que j'apprécie énormément. mais nos visions du monde, de la vie s'opposent sur bien des points. ils recherchent d'abord un confort matériel, et veulent fonder une famille. quand moi qui suit né avec tout le confort moderne, je rêve d'aller vivre a la campagne et de cultiver la terre. il s'en suit toute une série d'incompréhensions, telle celle de votre ami vis-a vis du backpacker fauché. le vietnamien des villes regarde parfois le tay ba lo, le backpacker, d'un oeil negatif. de meme qu'il regarde parfois le paysan avec mepris. mais a l'inverse, le paysan, aprecira peut-etre plus le touriste qui sera pret a dormir dans sa baraque de fortune et a partager un repas frugale avec lui, que celui qui passera au loin en voiture. selon l'endroit et le moment, l'un ou l'autre recevra reconnaissance ou indifference. on ne peut pas coller forcement a l'image que nos hotes se font de nous. j'essaie de respecter leur point de vue sans renoncer au mien. d'autant plus que leurs aspirations actuelles sont, malheureusement selon moi, dictées par les criteres occidentaux de consommation. enfin je n'aime pas trop la distinction backpacker/touriste a valise, trop reductrice. le sac-a-dos n'implique en rien un comportement particulier, ni meme un budget. on peut observer toutes sortes de voyageurs sac-a-dos, respectueux ou non de la population qu'ils visitent, ouvert a la culture des locaux ou au contraire ethnocentriste. je voyage moi meme en sac a dos, et aprecie peu d'etre englobé dans la nebuleuse du backpacker, avec les jeunes fetards de thailande par exemple (meme si j'aime aussi faire la fete), ou encore avec les moralisateurs de tout poil qui preche la bonne parole moderne aux locaux, au lieu d'ecouter leur histoire. bon, c'est pas trés limpide tout ca... j'espere que vous me comprendrez quand meme.
LE Leucateplage Veteran ·
salut

forcement un petit peu sinon on aurait pas inventer le terme backpaper.. maintenant on choisi surtout notre bagages en fonction de notre mode de voyage (un treck au nepal en valise c est pas top..un sac a dos pour sejour balneaire non plus) quand a l apparence c est sur que qui se ressemble s assemble alors oui les sac a dos sont un signe distinctif. a plus benoit ps: je n ai toujours pas tranché dans quelle categorie je me situais avec mon sac a dos a roullettes
MA Maitairoa Globetrotter ·
... et si chacun finalement, pauvre ou riche, faisait ce qu'il veut de l'argent dont il dispose ... à partir du moment où il ne manque de respect à personne ?

... est-on réellement obligé, si l'on se culpabilise soi-même, d'amener les autres à en faire autant ?
ME MengWan Globetrotter ·
Est-ce que le bagage "fait" le voyageur et conditionne le regard que l'on porte sur lui ?

Certainement !

En Thaïlande, par exemple, les gens sont "catalogués" très vite -la tenue compte beaucoup aussi !

Débraillés, hirsutes, puant la sueur et essouflés sous le poids du "sac-à-dos", çà ne place pas dans une catégorie très favorable ... (*)

Sourire quand même mais figé ... c'est le moins qu'on puisse dire, et commentaires désobligeants dès que le dos est tourné (sans que le sac ne cogne quoi que ce soit ce faisant lol).

🙂

(*) : Cà me rappelle les années 70, on cherchait s'il y avait un rat crevé dans le bus alors que ce n'était que l'odeur d'un falang 😉 ...
Si vous avez compris tout ce que je viens de vous dire, c'est que j'ai dû faire une erreur quelque part. - Alan Greenspan Science sans conscience n'est que ruine de l'âme - Rabelais
JY Jysuisjyrest Regular ·
Je vous réponds ainsi qu'aux diverses personnes qui m'ont fait le même reproche : il s'agit justement dans ma réflexion de ne pas le bagage emporté. Ce sont les amateurs de sacs-à-dos qui prennent soin de le préciser. Je n'ai jamais lu dans un post "Jamais sans ma Samsonite" ou "Je ne voyage que muni d'un sac en croco".

Ce sont ces voyageurs "sac-à-dos" qui se stigmatisent, s'offrent ce statut à part qui me reste un peu obscur.

Pour moi, toute façon de voyager est égale. Seuls comptent l'individu qui voyage et ce qu'il retient du monde. Comme le disait notre grand Alfred, Qu'importe le flacon pourvu qu'on aie l'ivresse.
Le cynisme de l'extrême solitude est un calvaire qu'atténue l'insolence (Cioran)
JY Jysuisjyrest Regular ·
Merci de votre réponse, mais je veux néanmoins défendre la générosité de mon grand ami. Il n'attend jamais rien pour lui, mais il s'estime privilégié par rapport à ses potes d'enfance motobike qui continuent de mendier une course à 15 000 VND et je comprends qu'entre un Occidental en vacances et ses amis, il choisisse parfois son camp.

Quant au "coup de gueule", ce n'en est pas un. Il n'y a aucune figure de style dans mon post, je m'interroge sincèrement sur certains comportements, au départ certainement pleins de bonne volonté.

L'idée d'itinérante me plaît. Je l'étais à un moment au Vietnam, je me suis installée dans mon village, mais je repartirai respirer d'autres tropiques.
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JY Jysuisjyrest Regular ·
Il y a aussi une large gamme de sacs-à-dos Vuitton qui me semble intéressante à tester...
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JY Jysuisjyrest Regular ·
Nous sommes ici sur un forum de voyage et j'ai voulu faire partager ma vision (je dis bien ma et non la vision) du Vietnam près de deux ans après mon arrivée.

Il n'y a d'ailleurs pas polémique, parce que nous avons compris les mêmes choses, et j'adhère tout à fait à votre ressenti. J'essayais simplement d'exprimer un vécu in situ pour aider certains futurs voyageurs qui - alors que pleins de bonne volonté - se planteraient complètement.

J'ajouterais à mon post et au vôtre, qui se complètent très bien, que pour moi, même deux ans après, et je pense que pour vous aussi un an plus tard, certains comportement ou réactions ou réflexions demeurent incompréhensibles. Mais n'est-ce pas là justement la magie du voyage ? Être confronté à des discours qu'on croyait justes et qui deviennent caduques parce que les fondations ne sont plus les mêmes et que nous sommes ébranlés dans nos certitudes ?

Je n'adhère évidemment pas à votre dernier paragraphe. Je ne cherchais pas à dénoncer les sacs-à-dos, simple métaphore, l'histoire que je racontais prouvait que j'en défendais justement un. Comme je l'ai dit avant, je m'en fiche de savoir avec quoi, comment et pourquoi tout un chacun voyage.

Cela dit, et même si nous sommes éloigné(e)s, au plaisir de vous rencontrer !
Le cynisme de l'extrême solitude est un calvaire qu'atténue l'insolence (Cioran)
JY Jysuisjyrest Regular ·
J'aime vos interventions, elles me donnent l'impression d'être intelligente, parce qu'il il y a une dimension que je ne comprends pas toujours. D'ailleurs votre signature résume parfaitement ce que je viens de dire : Si vous avez compris tout ce que je viens de vous dire, c'est que j'ai dû faire une erreur quelque part.

Mais je ne veux surtout pas pour autant vivre dans un monde manichéen où existeraient de bons et de mauvais touristes.

J’ai parlé avec ces deux petits vieux qui avaient économisé pendant six ans pour visiter l’ex-Indochine et m’ont rapporté de leur voyage organisé des clichés (oraux) fascinants, avec ce Français des boats-people qui était venu avec ses cinq enfants sur la terre de ses ancêtres et me disait sans cesse : « Je m’ennuie, je veux rentrer chez moi » alors que ses enfants le tannaient pour rester au Vietnam, et aussi cette superbe jeune femme qui parcourait le monde et m’a écrit il y a quelques temps : « Le pays le plus merveilleux du monde, c’est la Palestine, c’est là que je veux retourner. »

Il y en a eu des centaines d’autres, mais ce que je sais aujourd'hui, c’est que rien ne peut être édicté au prétexte qu’on connaît.

Ce que j'essaie, seulement, c'est d'exprimer mon expérience avec toute la subjectivité qu'elle implique.
Le cynisme de l'extrême solitude est un calvaire qu'atténue l'insolence (Cioran)
ME MengWan Globetrotter ·
Mais je ne veux surtout pas pour autant vivre dans un monde manichéen où existeraient de bons et de mauvais touristes.

Votre monde ne sera "manichéen" qu'à partir du moment où il ne contiendra que des "bons" et des "mauvais" ...

Entre ces deux extrêmes, il y a de la place pour les gens "ordinaires" ...

🙂
Si vous avez compris tout ce que je viens de vous dire, c'est que j'ai dû faire une erreur quelque part. - Alan Greenspan Science sans conscience n'est que ruine de l'âme - Rabelais
JY Jysuisjyrest Regular ·
N'est-ce pas justement ce que l'essayais d'expliquer ?
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