À vélo à travers l'Europe
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Bonjour à tous,

Je vous propose de lire le début du récit de mon premier voyage à vélo. Je ne sais pas trop si ça intéresse d'autres personnes que moi. Je n'ai pas l'habitude d'écrire, et si vous avez des conseils, je suis à l'écoute.



Lorsque je suis face à un beau paysage, je me sens triste, car je sais que je l'oublierai. Je voudrais pouvoir m'en emparer et le mettre pour toujours dans ma vie, le rendre éternel. C'est pour cela que je prends des photos, mais au fond, je sais bien que c'est illusoire et que, quelques soient les artifices utilisés, le temps effacera tout.

Ce jour-là, comme tous les matins, je sors mon vélo. Mais cette fois, arrivé au bout de la rue, au lieu de tourner à droite pour aller travailler, je tourne à gauche. Cette fois, au lieu de n’avoir sur mon porte-bagages qu’un antivol, j’ai ma maison: ma tente, mon sac de couchage, mon oreiller, mon réchaud, ma brosse à dents. Je vais moins vite que d’habitude, j’ai du mal à trouver mon équilibre, j’évite de justesse, voire d’extrême justesse, la chute à chaque fois qu’une voiture me double. Je quitte l’agglomération grenobloise, le voyage commence.

Le premier soir, je me fais une casserole de riz en face du glacier orangé de la Meije. J'ai sous les yeux une des plus belles cartes postales du monde, j'en suis à peu près convaincu.

Je suis tellement fatigué que je ne prends même pas la peine de m'éloigner de la route. De toute façon, à cette heure tardive de la journée, il n'y a même plus de voiture. J'écoute sagement les clapotis de la Romanche et songe à la longue aventure qui m'attend. Jusqu'où irai-je? Me voilà seul face au monde. Je suis à la fois inquiet et euphorique. J'ai mal au genou depuis des semaines, mes limites physiques me font douter, mais d'un autre côté, j'ai le sentiment que rien ne pourra stopper ma volonté.

J'aperçois au loin un cycliste qui s'approche. Il a des sacoches.

José est breton, il est parti de Brest et va jusqu'à Menton. Il relie l'Atlantique à la Méditerranée. Il en rêve depuis des années. L'an dernier, il était parti de chez lui et avait conquis l'Alsace. Il regarde mon vélo qui est, au bas mot, deux fois plus chargé que le sien, et me demande d'où je viens. Je me sens un peu bête. Je ne viens que de Grenoble, c'est mon premier jour, c'est mon premier voyage. Il me demande où je vais. Je me sens un peu bête. Je suis très ambitieux et lourdement inexpérimenté, je n'ose pas dévoiler mon objectif. De quoi aurais-je l'air si je dis à tout le monde que je pars pour la Grèce, et que finalement je rebrousse chemin au bout de trois petits jours?

Il me donne des conseils, de bons conseils. Il m'explique, par exemple, que pédaler en tongs n'est pas une bonne idée, et qu'avec de meilleures chaussures, je gagnerais en rendement.

J'ai un peu peur de bivouaquer seul dans la nature. C'est la première fois que ça m'arrive. Je me demande si je vais réussir à trouver le sommeil, mais heureusement, José me propose de monter un campement "collectif".

Par sa présence, je me sens rassuré. Après une bonne heure de montage, au grand étonnement de José, je réussis à faire entrer dans ma tente, et mon vélo, et ma personne. Ca rentre juste juste. Je suis un peu à l'étroit, mais, en restant vigilant, je peux réussir à me retourner sans me prendre un coup de guidon dans la figure.

Grâce à la fatigue, je m'endors assez facilement sans même avoir le temps de songer aux attaques à main armée, aux kidnappings, aux sangliers, à la maladie de Lyme, aux loups et aux voleurs.

*

D'habitude, le matin, lorsque je me réveille, je sais où je suis. D'habitude, le matin, lorsque je me réveille, c'est pour vivre une journée que je connais déjà.

Subitement, tout est différent: je me crois dans mon lit, j'ouvre les yeux et ne sais plus où je me trouve. Mon voyage me revient en tête, je me sens tout excité. Ce soir, serai-je en Italie? Où dormirai-je? Dans un alpage, dans une forêt, au bord d'une rivière? Vais-je rencontrer des voyageurs? Par où vais-je passer? Le Mont Cenis? Le Galibier? Le Montgenèvre? Y aura-t-il des marmottes? Je me lève, et prends conscience que, désormais, chaque jour, j’écrirai ma vie, qu’elle ne me sera plus dictée. Je me dis qu'il n'y a pas de temps à perdre, qu'il ne faut pas que je gâche la moindre seconde de liberté. Plus tard, lorsque je vivrai à nouveau la routine d'un monde que je n'ai pas vraiment choisi, j'aurai le droit d'être paresseux, mais là, tout de suite, maintenant, il n'en est absolument pas question.

Bref, après avoir ingurgité trois bananes et un litre de jus d'orange, je démarre ma journée avec une énergie débordante. A moi, l'Italie! Mais très vite, mon organisme me rappelle à l'ordre, et, sur les pentes du Lautaret, mon coup de pédale perd en fluidité. J'ai mal aux fesses, au genou droit, puis au gauche, je m'arrête une fois, puis deux, puis tous les kilomètres. Des automobilistes viennent jusqu'à moi pour me demander si "ça va". A midi, j'ai grimpé dix kilomètres. Plus que 4000 pour arriver au pays de Diogène.

Un soir en m’endormant, sur France Culture, je suis tombé sur une discussion traitant de Diogène, et il me semble que ça a provoqué un déclic en moi. Dormir dans une grande amphore, ne rien posséder, se nourrir de soleil, ne pas désirer autre chose que ce que la Terre nous donne, se suffire à soi-même, c’est vraiment beau. Franchement à quoi ça sert de courir après un ordinateur toujours plus puissant, une maison toujours plus grande, une voiture toujours plus chic, un salaire toujours plus élevé, une fonction sociale toujours plus reconnue… le toujours plus, ce n’est que du vent, de la perte de temps… certes, ça peut aider à oublier la dimension tragique de la vie, mais ça nous fait passer à côté de l’essentiel…

Je vois en Diogène un sublime Zarathoustra de l’écologisme: il n’exploite pas la Terre, il la respecte, il vit avec elle, il prend exemple sur la nature. J’aime beaucoup sa façon de concevoir la vie, et j’essaie de m’en inspirer; mais il est vrai que devenir ascète, c’est très difficile, ça demande beaucoup de travail, et je reste un élève vraiment très médiocre. Quoi qu’il en soit, Diogène de Sinope a influencé mon idéal de vie, et par extension mon idéal de voyage.

J’imagine que dans l’Histoire, beaucoup d’hommes ont fait le choix de l’ascétisme, et Diogène, qui a connu une gloire relative, n’est pas forcément le meilleur d’entre eux. Il n’est pas resté dans l’anonymat, ce qui peut être critiquable pour un ascète, mais en s’exprimant haut et fort, au moins il s’est fait entendre.

Au Col du Lautaret, un grand curieux sur un tout petit vélo vient me voir. Il me demande pourquoi je pars. J’ai du mal à comprendre la question. Je ne sais pas quoi répondre. Et toi, pourquoi tu restes? L’explication est à la fois si longue et si évidente. Je ne réponds rien, je souris gentiment, je lui offre une banane.

Tous les enfants ont des rêves, et chaque enfant a sa vocation. La société est sourde, n’écoute personne, nous attrape, et détruit, une à une, toutes nos vocations. Je me souviens des belles ambitions de mon enfance. Je voulais aller au bout du monde, je voulais garder des moutons, marcher au bord des dunes. Puis, les années passent, et on finit comme tout le monde, enchaîné à la chaîne. Plus le temps de sourire, plus le temps de regarder les nuages, plus le temps de rêver. On nous dit que c’est comme ça la vie, et qu’autrement, ce serait pire. Voilà, si je pars à vélo, c’est pour dire non à tout ça, pour choisir ma vie.

Et maintenant, où aller? Lorsque je suis parti hier, je ne savais pas précisément où aller, ce qui comptait, pour moi, c’était de partir loin. Au Sud, je serais rapidement bloqué par la Mer ; à l’Ouest, par l’Océan ; il me restait donc l’Est ou le Nord ; très ambitieux, j’ai choisi de partir vers l’Est, en me disant qu’au fil des jours, suivant mes affinités, je me laisserais guidé par mes découvertes, par mon instinct. Hier, je songeais à la Grèce, mais au Lautaret, j’ai encore le choix; le choix entre le Galibier, l’Allemagne, la Suède, la Norvège et le Montgenèvre, l’Italie, la Croatie, la Grèce; en somme: le choix entre le Grand Nord et le Grand Soleil. Il faut que je prenne une décision. Je m’assois face aux neiges éternelles, il fait beau et doux, je songe à l’avenir de mon voyage, à l’histoire que je vais vivre, à l’histoire que je vais écrire.

En voiture, le monde n'est pas vivant. On ne le ressent pas, il ne fait que passer. On n'en fait pas parti, ce n'est qu'un écran. Il défile en accéléré.

A vélo, on va doucement. Le temps ralentit, les paysages s'agrandissent. On ressent les reliefs et les distances. On écoute les bruits, on remarque les détails. On vit avec le monde.

Je passe la frontière italienne en fin de journée. Il y a dans l’air comme un parfum d’été. Je ne sais pas où planter ma tente, j’hésite longuement, prend le temps de peser avec grand soin chaque risque. La nuit et le sommeil finissent par tomber, et je m’installe dans le noir au milieu de nulle part.

Le lendemain, en descendant vers Suze, je traverse un petit village au cœur des montagnes. Il y a une petite maison avec plein de vélos. Une vieille dame me regarde avec des grands yeux, elle me sourit avec insistance. Je m’arrête. Elle me demande jusqu’où je compte aller comme ça, puis elle me parle du voyage de son mari, du Voyage d’Olmo. Je ne parle pas l’italien, mais elle y met du sien, et curieusement, son enthousiasme est si communicatif que je la comprends. Il y a cinquante ans, Olmo est parti de chez lui, de ce petit village, et est allé jusqu’au Cap Nord.

Il arrive. Il est immense. Sa femme lui parle de mon voyage. Je me plains du poids de mon vélo: cinquante kilos, c’est dur à soulever! Olmo m’explique qu’à l’époque, il était aussi mince que moi. Avec l’âge, il a pris un peu de poids, et il sourit à l’idée que moi et mon chargement sommes plus légers que les 120 kilos de son seul corps. Il me parle de sa belle époque, des jours de pluie, du grand froid, des élans, des couchers de soleil interminables; puis, après son voyage, il a fait sa vie avec les montagnes, il évoque l’Agnel, l’Izoard, la Lombarde, le Galibier, l’Iseran. J’espère qu’à son âge, j’aurai un aussi beau jardin. Je le comprends, il me comprend; Olmo n’a pas besoin de me demander pourquoi je pars.

*

Sous un grand ciel bleu, c’est avec un petit pincement au cœur que je descends vers Suze. Plein d’euphorie, je pars vers l’inconnu; plein de tristesse, j’abandonne les Alpes.

Tout petit, j’ai grandi à la campagne; puis, encore enfant, je l’ai quittée pour habiter en ville. J’ai connu la banlieue parisienne. A l’école, dans ma chambre, près du radiateur, dans les rues, mon regard était vide, il n’y avait que le béton inerte et gris. Dans ce monde sans horizon, je rêvais de grands espaces, je rêvais désespérément. Et puis, un jour, j’ai découvert les montagnes. J’ai commencé par les regarder de tout en bas, puis, tout doucement, je les ai approchées; et depuis, je ne les ai plus quittées.

J’aime l’indomptable beauté des montagnes, et lorsque je suis loin d’elles, je me sens mal. J’ai besoin d’avoir des sommets autour de moi. Ce sont comme des étoiles, des étoiles sur lesquelles je suis allé, sur lesquelles j’ai laissé des souvenirs. Je travaille, j’en ai un peu marre, je tourne un peu la tête pour regarder Belledonne au-dessus des immeubles; et immédiatement, je suis déconnecté de la réalité un peu triste et monotone, j’entre dans le rêve, je visualise le monde du haut de la Grande Lance de Domène, je me remémore la beauté des crêtes, la sérénité des bouquetins.

En somme, je sais précisément où trouver mon paradis, il n’est pas à l’autre bout du monde, il est tout simplement au-dessus de chez moi; et en lui tournant le dos, je me demande si je fais le bon choix. Pourquoi ne pas rester avec les montagnes?

Le besoin de fuir, d’aller vers le lointain est plus fort. Il y a des âges où mener un combat est plus attrayant que de vivre dans la lassitude du bonheur. Je veux parcourir un chemin, construire une histoire; et pour cela, je crois être prêt à abandonner mes montagnes bien-aimées, à me plonger dans les tourments des plaines surpeuplées. Peut-être que plus tard, je deviendrai plus sage et que la contemplation d’un paysage suffira à mon épanouissement. Dans un petit coin de ma tête, je songe déjà à ma retraite; au détour d’une aventure, j’espère trouver, un jour, une jolie petite clairière au bord d’un grand lac. L’endroit serait si charmant que je m’y arrêterais un jour, puis deux, puis toute une vie. Entre les sapins, je bâtirais une petite maison en bois. De temps en temps, un ours passerait devant ma fenêtre, on se regarderait dans le fond des yeux. Le matin, je monterais dans ma petite barque pour pêcher en contemplant les montagnes me bordant. Les soirs de pleine lune, je m’assoirais en tailleur au bord du lac, et, en écoutant le hululement des chouettes, je plongerais mon regard dans le reflet bleuté de la voute céleste. Il n’y aurait plus de bruit, mais seulement une musique, le souffle du vent, le chant des oiseaux, la beauté du silence.

Je me dirige vers Turin. La route est longue, le soleil brûlant, les voitures de plus en plus nombreuses. A chaque coup de pédale, j’ai peur de me faire renverser par ces monstres mécaniques, primitifs, puants et bruyants qui ne savent s’exprimer qu’à coups de klaxon. Quelle pauvreté de langage! Quel manque de courtoisie! Il a fallu aux dinosaures des centaines de millions d’années pour peupler la Terre, aux hommes des dizaines de milliers d’années, et aux voitures quelques petites décennies. Elles sont partout et de plus en plus nombreuses. A chaque instant, à chaque coin de rue, à chaque coin de paysage, elles sont là. On croit les posséder, les domestiquer, mais ce sont elles qui s’imposent à nous, qui imprègnent nos cerveaux, qui nous rendent gras et fainéants; ce sont elles qui détruisent les paysages, qui érodent les écosystèmes, qui agressent le silence, qui interrompent les rêveries, qui enlaidissent le monde. L’évolution des espèces a été guidée par la loi du plus fort; notre involution l’est également; et, à moins de s’unir avec force, les petits cyclistes, les humbles piétons et les valeureux rêveurs ne pourront jamais rien contre la puissance dévastatrice de l’argent.

Distrait par ces petites considérations, ce n’est qu’en entrant dans la banlieue de Turin que tout déconcerté, je constate que je n’ai plus de selle. Il faut dire que ma selle me faisait très mal aux fesses, et que depuis le début du voyage, j’ai tendance à rouler essentiellement en danseuse. Bref, après avoir modifié quelques réglages sur mon vélo, j’ai oublié ma selle sur le bord de la route; et les kilomètres sont si monotones que je ne sais plus vraiment où je l’ai abandonnée. A contre-cœur, je fais demi-tour pour la retrouver. Il me faut à nouveau affronter les hordes continues de voitures. Vingt kilomètres plus loin: toujours rien, je désespère, mon voyage n’a absolument aucun sens. C’est dans le fossé que je la retrouve. D’une main victorieuse, je la saisis et me rends compte qu’elle n’a plus de rails: une voiture lui a roulé dessus! Cinquante kilomètres à pédaler dans la chaleur et les gaz d’échappement pour rien. Je suis amer, je ne supporte pas l’idée de gâcher aussi bêtement le voyage auquel je songe depuis toujours, ma vie rêvée.

C’est au bord des fleuves que les civilisations se sont construites, puis étendues; et c’est parfois le long de ces gros vaisseaux que l’on peut le mieux palper les maladies qui rongent le cœur de nos vieilles sociétés. Le béton remonte les fleuves et envahit, peu à peu, les affluents. La nature est parfois injuste, parfois cruelle, parfois relativement peu confortable, mais est-ce une raison suffisante pour l’exploiter sans discernement, la détruire et se priver de sa beauté?

Les grandes villes sont toutes semblables. Je commence à comprendre qu’à mes yeux, les grandes villes ne seront plus jamais jolies, je suis de moins en moins sensibles aux beautés urbaines, aux illusions du marketing. Je me sens mal dans ces rues où tout est fait pour être utile, où tout est semblable, où tout finit par être laid. Toutes ces publicités, toutes ces sollicitations, tous ces gens qui ne regardent nulle part, qui semblent absents, à peine vivants; enfermés dans leur voiture, prisonniers des téléphones. Tous ces visages sans expression, toutes ces vies pleines de désillusions. Est-il possible de créer de l’harmonie dans du béton? Les grandes villes nous façonnent tous de la même manière, et dissipent insidieusement nos singularités. Terres de captivité. L’ivresse du brouhaha ne me séduit pas, j’ai soif d’aventure, de silence et de solitude. Aussi vite que possible, je quitte Turin sur une nouvelle selle et avec une nouvelle carte.

Et maintenant, que faire? Où aller? Il faut que je me déshabitue à obéir à l’habitude, et que constamment je fasse l’effort de choisir ma vie.

La nuit tombe, je ne m’arrête pas. J’éprouve le besoin de fuir, de pédaler à contre-courant, de quitter la plaine industrielle du Pô pour remonter une petite rivière, m’élever en douceur, et m’enfoncer progressivement dans une nature indemne, sauvage et luxuriante.

La pluie tombe. Il n’y a plus d’immeubles, plus d’usines, seulement des champs euclidiens et stériles. A trois heures du matin, mes paupières sont un peu lourdes. Pour m’abriter des gouttes, je m’assois sous l’unique porche de l’unique maison que j’ai croisée ces deux dernières heures. Je mange une banane, j’hésite entre continuer et m’arrêter pour dormir un peu. J’ai peur de planter ma tente au milieu de nulle part. Bivouaquer loin des montagnes, c’est un peu comme dormir hors de mon lit. Dans ces champs à perte de vue, sous un ciel bâché par les nuages, il n’y a aucun arbre protecteur, aucun panorama, aucune étoile, rien de bien enchanteur. De la terre et des cailloux. Ces champs ne m’inspirent pas confiance. Je redoute le propriétaire de mauvais poil, le chasseur un peu trop réactif, l’automobiliste un peu trop curieux, et les sangliers. Je me retourne et examine le porche, je pourrais m’allonger sur le sol quelques minutes. Un volet dégondé, les fenêtres cassées, la baraque a l’air abandonné. Je m’aventure, j’appuie sur la poignée, ça s’ouvre. J’hésite à entrer, il pourrait y avoir des souris, des cafards, des mygales, des scorpions, des poux, des tiques, des seringues, des vipères, des rats, des chiens, des cadavres, des chauves-souris enragées, des squatteurs tuberculeux, des schizophrènes lunatiques ou je ne sais quoi. Je pèse scrupuleusement les bénéfices et les risques, je les mets en balance. Puis trop fatigué pour continuer à réfléchir, trop trempé pour rester dehors, je pousse la porte. A l’abri des courants d’air, dans un coin d’une grande pièce noire et vide, je ferme les yeux en écoutant les volets claquer. Je ne suis pas très rassuré. Peu à peu, l’esprit lourd, je sombre dans une léthargie anxieuse fréquemment interrompue par de mystérieux bruits qui me réveillent en sursaut. Ma nuit est ponctuée d’étranges cauchemars. Un rat rentre dans mon sac de couchage, il me passe sur le corps et me mange le petit orteil. Puis, il remonte, se met sur le bout de mon nez et m’explique que si demain soir, mes orteils n’ont pas meilleur goût, il me mangera les oreilles.
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AV Avlis ·
Premièrement, oui ça intéresse les autres, ou du moins, si les autres ne sont pas de mon avis, ça m'intéresse moi ! Ensuite, pour quelqu'un qui n'a pas l'habitude d'écrire, je trouve ce récit frais et très bien écrit ! Je vais moi aussi effectuer mon premier grand voyage et tu exprimes très bien les craintes ou a priori auxquels j'ai déjà songé. En conclusion, je ne peux que t'encourager à continuer !!!
ST StanleyH Regular ·
Merci de m'avoir donné ton opinion, c'est sympa!

Je ne sais pas trop ce que les gens pensent de mon récit, c'est difficile de savoir si on réussit à être intéressant; mais au moins, je prends du plaisir à écrire le récit, et c'est sans doute l'essentiel!

J'espère que tu nous parleras de ton voyage!
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NI Nigit ·
Magnifique ton récit ! J'ai rit, j'ai été émue, j'ai compris tes craintes, je t'ai envié dans ton aventure.. Je voyage aussi à vélo, à pied...nous avons tous les mêmes angoisses le soir, lorsqu'on est seul L'imagination des hommes est incroyable et nous prend une énergie folle ! Continue ton récit, j'aimerai bien lire la suite
Cynthia
JO Jodyan ·
c'est bien ce récit. Alors, il est revenu le rat ? 😉
ST StanleyH Regular ·
Merci de m'encourager, vous êtes sympas!

Vendredi, Italie

Pour le grenoblois que je suis, l’Italie n’est pas assez lointaine, c’est à peine l’étranger, et il faut que j’atteigne la Slovénie le plus vite possible. Je prends la décision d’éviter les reliefs, d’avancer en ligne droite à travers des champs, des champs de terre à perte de vue. Il n’y a rien ni personne. Je m’engouffre dans la platitude du réel. Je ressens l’absence de la civilisation, et commence à douter de la valeur de mes idéaux. Ma motivation décline; à quoi bon pédaler si le paysage reste toujours le même? Je suis parti pour vivre une aventure, pour découvrir des gens, des collines, des montagnes, des mers et des îles, et je me retrouve perdu au milieu de nulle part. La chaleur est insupportable, je suis en sueur, ma peau crame. Durant des heures, je rêve d’un coin d’ombre.

Je finis par trouver un petit arbre. Je m’allonge, et je regarde le bleu du ciel à travers les branches. Je me dis que j’ai tort d’investir dans l’avenir et de renoncer au moment présent, tort de me dépêcher d’être loin. Les nuages sont tellement beaux.

Voyager, ce n’est pas foncer tête baissée vers un objectif en fixant le bitume; voyager, c’est sortir de l’agitation du monde; voyager, c’est regarder les nuages. Ce n’est pas si facile de regarder les nuages, de les regarder vraiment, de ne plus se laisser distraire par toutes ces choses qui n’en valent pas la peine. Un regard, c’est une petite chose très fragile. Il suffit d’un bruit pour qu’il prenne la fuite. Il a soif de liberté, il ne faut rien lui imposer, il faut le laisser butiner les images qui le séduisent, il faut lui laisser le temps de récolter chaque nectar avec soin. Avec l’âge, il grandira, ses formes s’affirmeront; et un jour ou l’autre, il finira par devenir un voyage.

Le voyage est une discipline de la liberté. Renoncer à la discipline, c’est être condamné à l’errance. Il faut se laisser porter par le vent, mais toujours rester attentif et vigilant, manœuvrer au moment opportun afin de ne pas se laisser emporter.

Je renonce à la ligne droite insipide, et j’oblique vers la Lombardie. Dans mon imaginaire, la Lombardie, c’est un paradis ayant inspiré Stendhal, un paradis composé de grands lacs bleu turquoise, de douces montagnes, de forêts et de châteaux. En attendant mon entrée en terre romanesque, pour combler le vide des champs désespérément vides, je pédale en imaginant de grands tableaux. J’ai la tête ailleurs, je voyage. J’imagine un grand lac, un beau château, des cygnes et des roseaux, un grand lac, un beau château, des cygnes et des roseaux… le temps est long, l’ennui approche. Heureusement, un petit village vient à ma rescousse. Ayant du mal �� accepter que mon voyage ne soit pas à la hauteur de mon attente, il faut que je fasse une folie. Je vais à la crémerie de la place du village, et achète 400 grammes de gorgonzola que je mets entre deux petites tranches de pain. La vie est calme, je m’installe sur un petit banc abrité du soleil par l’ombre de l’église, aucune voiture ne passe, j’écoute les oiseaux. Mon goûter interloque une mamie, elle sourit. L’homme riche, ce n’est pas celui qui veut toujours plus, c’est celui qui sait s’asseoir sur un banc et rêver durant des heures; je suis encore très pauvre.

En fin de journée, j'arrive au Lac de Lecco. J’espérais bivouaquer au bord de l’eau, profiter d’un clair de lune en compagnie de quelques cygnes. Hélas, le lac n’est pas bordé par la nature, mais par les voitures… les supermarchés et le goudron. Nouvelle désillusion. Pour dormir au bord de l’eau, il me faut sortir des billets, installer ma tente entre deux caravanes et dix voitures, endurer le bruit d’une sono et les odeurs de fritures. Je dîne: au premier plan trois camping-cars; en arrière plan, des barres d’immeubles. Trop de lumière, pas d’étoiles. Ce que je reproche aux grandes villes, c’est de faire disparaître les étoiles.

Recouvert de cinquante boutons de moustiques, je me réveille en nage face à quatre camping-cars. Dans les sanitaires, les enfants chahutent, des assiettes se cassent. Un prof de gym hurle dans un micro. Il est dix heures, je découvre les joies du camping. J’aurais tellement préféré me réveiller dans le silence. Pas dans un silence vide; non, le silence que j’aime est rempli des petits sons de la nature. Le silence que j’aime, c’est le bruit du monde sans les hommes. Pas sans l’homme, sans les hommes. Trop souvent, les hommes parlent si fort, vivent si fort qu’ils ne laissent pas les petites choses de la nature se faire entendre. Il faut éteindre les moteurs, il faut se taire pour entendre le chant des roseaux, les concerts de crapauds, les monologues du hibou. En parlant à voix basse, en marchant à pas doux, on peut ne pas faire fuir le silence, ne pas l’effrayer. J’aimerais tellement vivre dans une société qui chuchote. Si on écoutait les oiseaux chanter avant d’ouvrir la bouche, on dirait sans doute moins de bêtises.

Samedi, l’ennui et le béton

Je n’avance plus. La chaleur, le béton, les voitures m’étouffent. Je veux fuir, mais je n’en ai plus la force. A treize heures, je n’ai que cinq kilomètres au compteur. Fichu compteur. Compter les kilomètres, c’est les perdre.

J’ai la nausée. Sur mon chemin, je ne croise que des supermarchés. Je rentre dans l’un d’eux en espérant trouver un petit quelque chose d’appétissant. En divaguant entre des rayons pas très inspirants, je retrouve un peu de joie de vivre: pour la première fois depuis le début de mon voyage, j’entends des chansons.

La nuit finit par tomber, et c’est pour moi l’occasion de prendre la fuite. L’obscurité voile la laideur des zones industrielles, la fournaise de l’après-midi cède la place à la fraîcheur nocturne, les voitures se raréfient, le silence refait surface, l’angoisse retombe, le coup de pédale est plus léger. Si je veux sortir de cette prison en béton, c’est le moment ou jamais: le gris devient noir, et l’obstacle me semble beaucoup plus facilement franchissable de nuit. Et si mes paupières commencent à s’alourdir, je me gaverais de sucres rapides pour tenir le choc. Demain, il faut que je sois loin.

Dimanche, Lombardie

J’atteins le sommet d’une petite colline et me retrouve en surplomb du Lac de Garde. Il est si grand que je n’en vois pas le bout. J’ai l’impression d’être au bord de la mer. Le calme est enchanteur. Je reste un long moment sur mon promontoire, je songe à l’horizon.

Par un petit sentier oublié, je descends jusqu’au bord de l’eau. Un pêcheur solitaire m’explique que le Lac de Garde a la forme d’un gros jambon, et que nous sommes au niveau de la partie large du jambon. Ca fait trente ans qu’il pêche dans le Lac de Garde, il n’imagine pas qu’il puisse exister un lac qui soit plus beau que le sien. Sa phrase fait écho en moi, moi qui n'imagine pas qu'une montagne puisse être plus belle que la Meije; et en regardant le lac sous ce grand ciel orange, je revois mes montagnes, elles me manquent.

En poussant mon vélo, je longe le rivage et ne rencontre que des oiseaux. Je m’arrête quelques temps devant des bébés cygnes. Je trouve un petit endroit pour installer ma tente, puis m’assois entre mon campement et le lac.

L’air est doux, le soleil disparaît, l’atmosphère devient mystérieuse, flottante. Comme un enfant, je découvre des perceptions nouvelles. Entrer dans l’âge adulte, c’est apprendre à habiter un monde que l’on connait, c’est perdre la capacité de s’émerveiller. Partir à l’aventure, c’est reconquérir le goût de la découverte, c’est reconquérir son enfance.

Face à mon petit Baïkal, je ne me soucie plus des heures et des secondes. Le temps s’estompe. Le passé et l’avenir se dissipent à travers les vapeurs du soir. La gravité terrestre laisse place à la légèreté onirique. Il faut que la nuit tombe pour que surgissent les étoiles.

En se faisant silencieux, chaque petit son de la nature éveille en nous une émotion; de sorte qu’être seul en pleine nature, c’est un peu comme apprendre à s’écouter soi-même. On a tort de séparer l’homme et la nature, il n’y a que l’homme dans la nature; et en contemplant la nature, c’est sa propre nature que l’homme contemple.
http://atlae.blogspot.com
ST StanleyH Regular ·
Bonjour!

J'ai réécrit mon récit... j'en suis à Grenoble - Dubrovnik; si vous voulez lire, voici le lien: http://atla.over-blog.com/article-grenoble-dubrovnik-brouillons-sans-feu-ni-lieu-108324598.html

(Je préfère ne pas poster le texte sur le topic, car j'imagine que ce serait un peu trop encombrant.)
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LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Stanley, ton texte est très intéressant. Un récit de voyage de qualité doit exprimer les émotions et les réflexions de l'auteur, et lorsqu'elles sont originales on obtient un petit chef d'oeuvre, c'est le cas pour ton écrit. La Meije est aussi ma montagne mythique. Depuis tout petit je l'ai contemplée par tous les côtés et puis lorsque je l'ai gravie par la face sud, j'avais alors 22 ans (ça fait très longtemps) un grand rêve s'accomplissait. Je me souviens qu'assis au sommet au lieu d'être fou de joie, la tristesse m'a envahi, car je me suis dit : maintenant que ton rêve est accompli que vas-tu bien pouvoir faire de ta vie. Depuis d'autres rêves on pris la place de la Meije, mais lorsque je passe à proximité je la regarde avec les mêmes yeux qu'à douze ans. Luc
ST StanleyH Regular ·
Merci pour ce retour. En fait, c'est le seul retour, il est donc précieux et m'encourage à poursuivre!

Un jour, j'espère faire comme toi: monter au sommet de la Meije; c'est encore un rêve!
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ST StanleyH Regular ·
J'ai actualisé le texte.

Je vous remercie pour votre intérêt!
http://atlae.blogspot.com
KI Kiguaya ·
Bonsoir Stanley, Merci de nous faire partager ce grand départ. Je viens de passer un très bon moment à te lire. A plusieurs reprises, j'ai expérimenté le cyclo-camping en solitaire, pour de plus ou moins longues distances. Mon plaisir est, entre autres, de ne pas savoir où je planterai ma tente le soir arrivé, ni quelle direction je suivrai plus précisément le lendemain. Tenir le cap prévu mais y arriver par n'importe quel chemin, sans obligation d'aucune sorte. C'est la liberté ! L'approche des grandes villes est toujours difficile, les voitures et les camions, oui, mais aussi une distance énorme par rapport aux gens que l'on croise, avec quelquefois une petite peur (eh oui, chacun ses fantasmes...🤪 !). Maintenant, je vais voir la suite sur ton blog. Merci encore et plein de nouveaux bons voyages à vélo pour les années à venir.
ST StanleyH Regular ·
Bonjour Kiguaya,

Je te remercie et te comprends!

Quel(le)s sont les régions/pays que tu as visité(e)s?
http://atlae.blogspot.com
KI Kiguaya ·
Bonjour Stanley, Pas de "grands" voyages, rien d'exceptionnel, seulement beaucoup de rêves (jamais concrétisés !) et quelques petites expériences. Un excellent souvenir d'un voyage en Iran (1972, donc bien avant la révolution) : Rennes - Paris - Munich - Istanbul par le train (avec l'Orient-Express pour la partie Munich-Istanbul) et le reste du trajet par avion. Le plaisir a été de faire ce voyage lentement, je n'avais pas envie de monter dans un avion à Paris pour arriver « comme ça » à Téhéran, en quelques heures à peine. Avec des amis, le GR20 en Corse (trajet en vélo jusqu'à Clermont-Ferrand, un peu de marche aux environs, train jusqu'à Marseille, débarquement à Calvi). Cet été-là beaucoup de nuits à la belle étoile, chez l'habitant... C'était magnifique ! Plusieurs petites vacances cyclo-camping (ou chez l'habitant) en Bretagne, en Normandie, vers le Massif Central... C'est-à-dire toujours en France ! En 2010, j'ai tenté une sortie dans un groupe cyclo déjà formé mais ce n'est pas trop ma tasse de thé et me suis donc contentée d'une partie du trajet : Paris - Bruxelles - Cologne. L'été dernier, je me suis offerte une partie de l'Eurovélo 6 (mon cadeau de départ en retraite !). Départ de Saint-Brévin-les-Pins et arrêt en Bavière, à Dillingen. En suivant un itinéraire, j'étais un peu en contradiction avec ce que je fais d'habitude mais l'intérêt était d'avancer assez facilement en suivant les fleuves, canaux, rivières... où les reliefs sont bien aplanis (!) et mon rêve était de rejoindre la Mer Noire. Las ! je n'ai pas eu le courage, comme toi, de dormir à la belle étoile ou faire du camping sauvage... un peu la "trouille au ventre". À partir de Monceau-les-Mines, les terrains de camping se sont faits plus rares et j'ai donc eu recours à la solution hébergements en dur évidemment plus onéreuse. Ma limite budgétaire était atteinte à Dillingen. Cet été quelques obligations familiales font que je ne pars pas mais, pour l'année prochaine, j'espère repartir de Saint-Brévin mais cette fois en suivant le littoral atlantique pour rattraper ensuite le canal du Midi... ou bien continuer vers Bayonne... à moins que... Comment savoir aujourd'hui ? J'aviserai le moment venu sans me préoccuper plus que ça d'un Itinéraire et ce sera forcément « nez au vent » ! Voilà en gros ce qui peut expliquer que je m'intéresse aux récits de voyages effectués « à la force du jarret » (à pied, à vélo, autrement... pas d'importance !). Si, en plus, on m'offre un joli texte attractif, vivant, bien léché, avec plein d'observations/conclusions auxquelles j'adhère totalement, alors là, je me régale tout simplement.

Merci encore et, surtout, continue !

Cordialement,
ST StanleyH Regular ·
Merci beaucoup pour ce partage! Dès que j'ai un peu plus de temps, je te réponds plus en longueur!
http://atlae.blogspot.com
ST StanleyH Regular ·
Si ça vous intéresse, depuis le 28/07, j'ai rédigé trois "morceaux supplémentaires":

http://atla.over-blog.com/article-a-travers-l-europe-13-au-montenegro-108872375.html http://atla.over-blog.com/article-a-travers-l-europe-14-en-albanie-109391321.html http://atla.over-blog.com/article-a-travers-l-europe-15-en-albanie-109631480.html

L'ensemble du texte se trouve ici: http://atla.over-blog.com/article-grenoble-dubrovnik-brouillons-sans-feu-ni-lieu-108324598.html

Kiguaya,

De beaux voyages; la France et l'Europe sont immenses lorsqu'on les explore "à la force du jarret". Il me reste encore beaucoup à explorer, et tu connais mieux que moi la Corse, la Normandie, la Bretagne; j'espère aller les explorer un de ces jours, que ce soit à pied ou à vélo.
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ST StanleyH Regular ·
Si vous voulez continuer à lire:

Texte 16: http://atla.over-blog.com/...banie-109929549.html

Voilà!
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ST StanleyH Regular ·
J'ai terminé mon récit;

La première partie: http://atla.over-blog.com/article-grenoble-dubrovnik-brouillons-sans-feu-ni-lieu-108324598.html et la deuxième partie est là: http://atla.over-blog.com/article-brouillons-sans-feu-ni-lieu-la-suite-110032350.html

Le voyage a continué, mais je garde le reste pour moi. Je n'ai pas l'envie d'écrire la suite. Par contre, je vais essayer d'illustrer le texte avec des photos.
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KI Kiguaya ·
Bonsoir Stanley, Merci d'avoir trouvé le temps et l'énergie pour nous faire partager toutes ces expériences, ces ressentis. A plusieurs reprises, je me suis retrouvée dans ton texte, avec les mêmes interrogations, émotions, contradictions apparentes... selon les jours, la météo, le degré de fatigue, etc. Continue à écrire, ne serait-ce que pour toi, parce que les souvenirs s'estompent très vite et, pour les jours difficiles, il te suffira d'ouvrir ce carnet et de te dire "j'ai quand même eu/vécu/fait tout ça". Si tu décidais de continuer, je me ferai un plaisir de te lire. Merci encore. Christine
ST StanleyH Regular ·
Si vous voulez jeter un œil, j'ai essayé de "réorganiser" un peu le texte : http://www.fichier-pdf.fr/2013/09/24/260813/preview/page/2/
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LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Stanley, je me souviens très bien de la première partie de ton texte, qui m'avait touché. Je viens de lire deux trois pages au hasard de la version que tu viens de nous livrer, en particulier la fin, les bouquetins et la sortie d'Albanie, j'ai adoré. Il faut dire que mon cœur est resté un peu dans les Balkans et plus particulièrement en Albanie où j'ai habité trois ans. Lorsque tu relates l'anecdote de l'Albanais qui t’abrite sous son parapluie, cela me rappelle de nombreuses expériences de ce style dans ce pays. Un soir dans le nord, une ville déserte pleine de pénombre menaçante en hiver par grand froid, alors que je cherchais un lieu de chute pour la nuit, une ombre furtive nous accoste ma femme et moi. Après un premier recul de notre part, dû à la surprise et l'appréhension, on nous avait tellement dit de choses sur ces contrées nord de l'Albanie près de la frontière du Monténégro et du Kosovo, l'homme s'adresse à moi d'une voix rude et me demande dans sa langue: t'as de quoi manger, t'as de quoi dormir? Voilà je vois que tu as rencontré les mêmes Albanais que moi. Je prends le temps de lire tranquillement ton texte et je te fais part de mon ressenti. Je suis aussi sur le point de concrétiser un autre rêve, une traversée du désert de l'Atacama à vélo départ le 16 octobre. Il est possible que la lecture de ton récit m'influence dans l'expression écrite de mon voyage à venir à travers le désert! Je te réponds avant de partir. Luc
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonsoir Stanley je viens de lire ton texte dans sa totalité. Très intéressant et original, même si je ne partage pas la totalité de tes idées (une bonne partie cependant) il est particulièrement bien écrit et exprime bien toutes les pensées plus ou moins contradictoires qui t'animent( rassure-toi on y est tous plus ou moins soumis) au cours de ta pérégrination. La route au long cours à vélo fait autant travailler les méninges que les mollets!Tu en écris une dizaine dans la même veine sur des registres différents et tu fais éditer un livre et tu passes à la Grande Librairie.

Luc

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