5 jours de trek, de Cachora à Hornopampa, complété par la visite de Machu Picchu.
Ce trek du Choquequirao était le principal objectif de mon second voyage au Pérou (1er en 2006), avant qu'un téléphérique (projet retardé) assure un accès aisé au site archéologique, et donc son envahissement par un tourisme de masse.
(cité inca de Choquequirao photographiée depuis l'ushnu, pas un visiteur en vue alors qu'il est déjà 09h20)
Mes remerciements à Cocuy, Simon, et Mayakke dont les contributions sur VoyageForum ont facilité ma préparation.
Voici quel a été le déroulé général de ce trek.
J0 / 7-sept-16 : venant de Andahuaylas, transports via Abancay jusqu'à Limatambo, visite du beau site inca de Tarahuasi, puis du site inca Sayhuite, nuit à Cachora.
J1 / 8-sept-16 : marche Cachora -> Marampata
J2 / 9-sept-16 : visite de Choquequirao
J3 / 10-sept-16 : fin de visite de Choquequirao, marche -> Maizal
J4 / 11-sept-16 : Maizal -> Yanama
J5 / 12-sept-16 : Yanama -> Hornopampa, transport -> Santa Teresa
J6 / 13-sept-16 : Santa Teresa -> Hidroelectrica -> Aguas Calientes
J7 / 14-sept-16 ; Machu Picchu, La Montana, retour Santa Teresa
J8 / 15-sept-16 : transports Santa Teresa -> Santa Maria -> Cuzco
Ci-après, la relation de ce trek, réalisé en solo et sans portage. Sac-à-dos complet, car je ne revenais pas sur mes pas.
Fabrice
55 ans lors du trek, bonne condition physique (en dépit d'une spondyl-arthrite ankylosante), non sportif, expérience réduite du trekking (4 j pour une traversée express du Zanskar Nord, 2 j au Quilotoa/Equateur), bon marcheur en terrain plat et physiquement endurant.
S'exposer à l'Etranger lointain amène à mieux connaître et comprendre sa propre Culture.
Pourquoi s'embarquer dans ce trek du Choquequirao ? J'ai découvert l'existence de la cité inca de Choquequirao après mon premier voyage au Pérou (j’avais sans succès espéré faire l’Inca Trail, mais c'était déjà complet, les dates proposées étaient celles de l’année suivante !). Peut-être via la rubrique Travel du New York Times, un article du 3 juin 2007 (cf. turizmus.blog.hu/page/8 ou www.nytimes.com/...3/travel/03inca.html). Renforcé par la lecture du compte-rendu haut en couleurs de felis sur www.ciao.fr/...e_Perou__Avis_877947 en 2005. Mais à l'époque, la perspective de marcher avec de tels dénivelés m'impressionnait. Au même titre que l'absence d'hébergements et de restauration jusqu'à Totora comme le décrivait peu de temps après un compte-rendu sur le web. Un rêve que je n’imaginais pas vivre un jour.
Mes expériences de trek au Ladakh à l’été 2014 prouvent pourtant que ce rêve peut se réaliser. Mais je découvre alors le projet de construire un téléphérique pour desservir le site archéologique de Choquequirao d’ici fin 2015 (nota : la version francophone du Lonely Planet, édition 2016, traduit cablecar en tramway. Coquasse quand on connaît les lieux ). Déception de courte durée, car le projet est annulé et doit repartir à zéro. Un répit supplémentaire m’est accordé quand le projet est gelé en novembre 2015 du fait d’un différend entre les Régions d’Apurimac et de Cuzco quand à la répartition des revenus. Mais le potentiel touristique et économique est tel que ce projet se fera un jour ou l’autre.
Aussi mieux vaut pour moi ne pas tarder plus à faire ce trek du Choquequirao, d’autant que ma condition physique ne sera pas éternelle.
Le trek du Choquequirao est réputé physiquement exigeant, voire très exigeant, pour sa partie Cachora – Choquequirao en aller-et-retour en agence, et donc avec le support de guide, cuisinier, et portage par mules. Plutôt que de revenir sur ses pas à Cachora, une minorité de trekkeurs poursuivent jusqu’à Machu Picchu, ce que certains appellent "El camino de los locos" (le trek des fous). Ce sera mon cas.
Pourquoi poursuivre au-delà de Choquequirao vers Machu Picchu ? Revenir sur mes pas n’a jamais été à mon goût. Encore plus quand cela induit une épreuve physique comme celle de franchir les dénivelés du canyon de l’Apurimac. Une épreuve similaire à celle de poursuivre de Choquequirao à Maizal à en juger par les dénivelés. Une fois à Maizal, il reste 1 journée de marche vers Yanama, d’où le lendemain matin un colectivo conduit jusqu’à Santa Teresa, Aguas Calientes pouvant alors être atteint le soir même. Alors qu’en revenant à Cachora, il faut 2 j pour revenir à Cuzco, puis une journée supplémentaire pour atteindre Aguas Calientes, soit la même durée qu’en poursuivant le trek jusqu’à Yanama. Cette option a l’avantage de paysages nouveaux et d’être compatible avec un mini-trek via le petit site inca de Llactapata d’où l’on voit Machu Picchu accroché à sa crête. Choix aisé pour moi, je marcherai jusqu’à Yanama !
Reste à en être capable physiquement. A priori, les dénivelés me sont abordables comparés à ceux de la traversée du Zanskar Nord (cf. étape Snertse → Lingshed soit 17 km, d+ 1 370 m, d- 1 130 m, en ~8 h de marche et sans réelle difficulté pour moi) au Ladakh (Nord-Ouest de l'Inde). Les altitudes étaient bien plus élevées (cf. franchissement du Hanuma-La à 4710 m, et surtout du Sengge La à 4940 m) mais je ne portais qu’un sac-à-dos d’appoint. Avec un sac-à-dos complet auquel s'ajoutent tente, matelas et sac de couchage, et alimentation, le portage me semble incontournable, car d’expérience, je peine lorsque mon sac-à-dos dépasse les 15 kg (réserves d’eau comprises).
L'altitude ne devrait pas être un problème, car Choquequirao n'est qu'à 3000 m. Certes, il me faudra franchir le col de San Juan (4150 m) pour rejoindre Yanama (3540 m), mais cela reste fréquentable. Surtout, j'ai déjà passé sans souci plusieurs jours en altitude depuis le début de mon voyage, d'abord en Equateur (Quito, zone du Quilotoa), puis dans la Cordillère Blanche, et enfin autour de Huancavelica (Laguna Choclococha, 4560 m). De surcroît, j'ai passé les 2 dernières nuits à Andahuaylas et à Cachora, toutes deux à 2980 m d'altitude. Mon organisme doit être bien acclimaté.
D’après les retours d’expérience, le chemin est très simple à suivre, même sans guide. De plus, le relief est suffisamment marqué pour pouvoir s’orienter en consultant les cartes que j’ai pu glaner sur le web. En dépit de l’avertissement dissuasif du gouvernement français (cf. Conseils aux voyageurs : La randonnée de Choquequirao, dans la région de Cusco, est également déconseillée : plusieurs randonneurs y ont été attaqués à main armée et délestés de leurs biens par des groupes se revendiquant du Sentier Lumineux.), le danger semble très faible car cette agression relevait plutôt du brigandage et remonte au 13 août 2011 (cf. diariocorreo.pe/...choquequirao-536661/). Par contre, comme toute randonnée peu fréquentée, mieux vaudrait ne pas cheminer seul.
Sur le plan alimentaire, une restauration rustique peut être servie à chaque étape, sauf sur le campement du Choquequirao. Ma réserve de nourriture se limitera donc à des fruits et légumes et des aliments énergétiques d’appoint (objet de mes achats à Ayacucho). Le réchaud est ainsi évitable, quitte à ne pas manger chaud au campement du Choquequirao.
Reste la question de l’hébergement. La pratique est de coucher sous la tente. Dès lors que le trek passe par des villages, j’imagine néanmoins qu’il devrait être possible de coucher chez l’habitant comme j’ai pu le faire au Zanskar. Certes, pas de village à Choquequirao, mais je peux revenir coucher à Marampata, au prix d’un peu de marche supplémentaire. S’il n’y a pas de lit disponible, au pire, je couche sur un banc, voire sur des couvertures à même le sol comme le font les muletiers à lire un compte-rendu. L’étape de Maizal est plus hasardeuse, car ce n’est pas un village, juste 3 petites fermes éloignées les unes des autres, sans autre possibilité au voisinage. Avec des cuys (espèce andine de cochon d'inde) se baladant au sol dans la cuisine. La perspective de partager le sol avec des cuys ne m’attire guère... Me passer d’équipement de couchage est une petite prise de risque, mais en cette période tardive de la saison et en étant seul, cela me paraît jouable.
A l’issue de cette analyse préparatoire, j’ai envisagé 2 solutions :
- louer matériel de couchage et mobiliser un arriero et sa mule jusqu’à Maizal, idéalement en mode partagé avec un autre trekkeur ;
- partir sans portage, mais dans ce cas sans couchage, avec l’aléa de coucher chez l’habitant, une pratique non référencée dans la région.
Si j’avais été démarché par un arriero, sans doute aurais-je fait affaire, avec ou sans autre trekkeur pour partager les frais (en incluant la tente). A défaut, je pars en autonomie, c'est-à-dire sans portage de mon sac-à-dos, mais partielle car je vais m’alimenter et coucher chez l’habitant (et donc sans sac-de-couchage ni tente). De surcroît, en solo et jusqu'à Yanama ce qui est vraiment rare : un réel challenge physique généralement réservé à des jeunes gens affûtés !
Je pars donc pour ce trek du Choquequirao, seul, sans matériel, ni réchaud, ni couchage, et avec peu de provisions alimentaires. Un brin d'inconscience ?
Nevado Padreyoc (5771 m) au soleil couchant, à mon arrivée à Cachora
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Départ 06h22 de l'hospedaje (retardé du fait de l'arrivée tardive de l'eau courante), je prends rapidement congé de la tenancière Mama Queta, quasi personne dans la grand-rue (peut-être conséquence de la fête d’hier soir), mais épiceries ouvertes, j'en profite pour acheter 5 petits pains (malheureusement de la veille) et 6 bananes. J'aurais dû aussi acheter des tomates, des avocats, voire concombres, et du fromage (même si l’offre péruvienne est fade au goût de mon palais français). Bêtement, j’ai oublié ces achats, préoccupé que j’étais de mon retard.
A ce stade, mon sac-à-dos pèse ~10+ kg + 6 l d’eau, soit de l'ordre de 16 kg sur le dos, au-delà de mes 13-15 kg usuels.
Le village est toujours dans l’ombre, mais le soleil illumine déjà les versants des alentours. Il y a 5 jours, à Ayacucho, la consultation des prévisions météo m’avait un peu inquiété, puis cela s’était arrangé les jours suivants. Grand beau hier alors que je visitais les sites incas de Tarahuasi à Limatambo et de Sayhuite, avec en chemin un canyon de l'Apurimac impressionnant et très photogénique. Heureusement pour moi, cette journée commence sous un ciel radieusement bleu.
Arrivé sur la place du village (06h35), je croise un jeune argentin de Salta. Mais il ne part pas pour Choquequirao, il en est revenu hier soir. Décidément, personne avec qui partager un arriero et sa mule. Vamos !
Pas la moindre indication, mais on me confirme qu’il faut que je poursuive sur la route de terre vers le bas du village. Sorti du village, toujours pas la moindre indication, pas même lorsqu’un sentier s’écarte de la route vers la gauche. Gros doute, j’observe où conduisent ces 2 options, mais la forêt voisine ne me permet pas de voir très loin. D’après ce que j’ai retenu des cartes consultées en phase préparatoire, il faut longer la montagne, donc côté gauche. Je me lance donc sur le sentier traversant les champs. Retour bref sur une route de terre où je croise une jeune joggeuse blonde avec un casque audio aux oreilles. Rien qui ne ressemble à une autochtone. Non, me répond-elle, elle n’est pas là pour le trek du Choquequirao. Je ne suis pas sûr d’avoir compris, car Cachora est une destination peu recherchée en dehors de ce trek du Choquequirao.
Enfin (06h58), j'arrive devant le grand panneau officiel marquant le point de départ du trek et annonçant Choquequirao à 31,5 km. Petit sentier plaisant qui commence par bien descendre : il faudra remonter tout ce dénivelé . Pas énorme, mais superflu par rapport à ce qui m’attend… Je croise 4-5 mules revenant à vide avec leur arriero vers Cachora. Traversée d’une belle forêt de gommiers bleus (eucalyptus globulus). Au bout de 3,5 km, passage par l’hacienda Colmena (2780 m). On peut y coucher, s’y restaurer, et même y louer des mules. Une paysanne que j’interroge de loin me confirme que je suis sur le bon chemin. Après remontée sur 1,5 km, le sentier rejoint une route de terre parfaitement carrossable, cela aurait été plus confortable (même si moins agréable pour les sens) de prendre cette route dès son début à Cachora, mais on ne me l'a pas indiquée. A quelque distance (1 km ?), j'aperçois 2 trekkeurs avec bâtons de marche. Je les hèle à titre de salut, sans réponse, puis je reprends la marche.
(vallée de Cachora vue depuis la route de Capuliyoc)
La route de terre poursuit horizontalement en flanc de coteau, sur la gauche du panorama (cf. photo ci-dessous).
(cordillère de Vilcabamba depuis la vallée de Cachora)
En contrebas de la route, la pente descend droit vers le fond de la quebrada Huaynacachora : c’est vraiment très abrupt, proche de la verticale, aucune chance de récupérer un ballon que l’on aurait laissé échapper.
En sens contraire, une caravane de 6 mules revient vers Cachora, mais ni trekkeurs, ni même muletier, en pilotage automatique. Pour ma part, je marche à pas rapides (6 km/h) vers la première étape de la journée, un site où l’on peut s’alimenter et même camper. Alors que j’arrive en vue du bâtiment, je croise un van rempli de trekkeurs. Sans doute une agence les a-t-elle fait coucher là, à moins qu’ils ne soient partis très très tôt du campement de Chiquisca. Peu avant 08h45, j’arrive au site de Capuliyoc.
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Capuli désigne en quechua un type d’arbres qui étaient présents dans cette zone, de nos jours pelée, sans le moindre arbre. Capuliyoc, c’était littéralement "le lieu où on trouve des capuli".
Là, au km 11 du trek, se trouve un bâtiment qui constitue le point de départ et de retour pour les trekkeurs en tour organisé par agence. Avec guide, cuisinier, muletiers, et mules portant sacs-à-dos, tentes, sacs-de-couchage, nourriture, boissons, matériel de cuisson... une caravane ! Bien qu'en terre des camélidés andins, les caravaniers préfèrent la mule car capable de porter jusqu’à 70 kg, bien plus que les 25 kg de portage du lama, l’animal qu’utilisaient les incas avant l’arrivée des conquistadors.
Surprise, devant l’entrée de l’hospedaje, 2 jeunes terminent leur petit-déjeuner : Hankey, un grand gaillard vigoureux, et sa petite et menue compagne, américains en voyage au long-cours en Amérique du Sud dans le cadre d’un projet d’écotourisme. Ont-ils couché sur place ? Non pas, ils ont dormi à l’hacienda Colmena, ce qui explique qu’ils me précèdent.
Alors que je me préoccupe de commander un petit-déjeuner, nous rejoignent Xavier et Ana, le jeune couple franco-catalan déjà rencontré hier soir à Cachora. Ce sont eux que j'ai aperçus sur la route. Ils ont quittés leur hôtel de Cachora à 06h15, soit avant moi, ce qui montre que le sentier initial était finalement plus rapide que la route depuis Cachora. Mais eux ont eu droit à une douche chaude ce matin à leur hôtel. Après m’avoir aperçu venant du sentier, ils ont petit-déjeuné en pique-nique sur la route, ce qui explique qu’ils aient mis si longtemps à me rejoindre. Question petit-déjeuner, on m’oriente vers l’un des baraquements à droite de l’hospedaje : la cuisinière me propose un arroz con huevo : riz + frites + œuf-sur-le-plat. Pas de banane frite en sus, ce qui en ferait un arroz a la cubana ? "No hai" me répond-elle. Qu’à cela ne tienne, je lui propose l’une de celles que j’ai achetées ce matin, mais elle m’apprend que les bananes à frire sont différentes, les miennes se décomposeraient sur la poêle. Dommage.
Le jeune couple américain a terminé de petit-déjeuner et se prépare au grand départ, en phase avec Xavier et Ana. Nous avons tous le même projet, rejoindre Yanama puis Machu Picchu en autonomie. Sauf que chaque duo dispose de sacs-de-couchage, tente, et réchaud. A défaut de partager une tente, je pourrai grappiller un peu d’eau chaude pour ma soupe instantanée.
Je repère au-dessus des baraquements une grande affiche vantant une hospedaje à Marampata. Construction moderne, photos de chambres dignes d'une publicité dans un magazine comme le fait remarquer Xavier. Les muletiers que je questionne me confirment l’existence d’une hospedaje à Marampata. Voilà qui me conforte dans mon choix de partir "léger", moi qui était prêt à dormir sur un plancher de restaurant comme évoqué par l'un des comptes-rendus web. De leur côté, les muletiers s’inquiètent de mes réserves d’eau. Fièrement, j’annonce 6 l d’eau dans mon sac-à-dos, avec en complément des pastilles purifiantes si nécessaire. Rassurés, ils me disent que cela suffira... pour aujourd’hui, car il faut compter au moins 4 l par jour. Gasp, voilà qui me refroidit : je comptais que cela suffise pour 3-4 j car jusqu’à ce jour, ma consommation quotidienne était de 1,5 l d’eau pendant ce voyage. Peut-être les pastilles purifiantes seront-elles utiles cette fois ci. Cela devrait quand même suffire pour ce trek car j’ai de quoi purifier 20 l d’eau!
Mon petit-déjeuner se faisant attendre, j’ai l’impression que la cuisinière s’occupe d’abord de servir les muletiers. J’étais méchante langue : elle pèle les pommes de terre, les taille en frites grossières, les fait frire, réchauffe le riz, et in fine prépare l’œuf-sur-le-plat. Les muletiers auront droit au même plat dans la foulée.
Alors que je suis servi, mes compagnons du jour ont achevé leurs préparatifs et partent en direction du Col de Capuliyoc.
(Col de Capuliyoc, avec le Nevado Quriwayrachina en arrière-plan)
Mon arroz con huevo est rustique, mais c’est une source d’énergie bienvenue. Alors que je termine mon petit-déjeuner avec une douce tisane de pomme, arrive un van d’où émergent 5 trekkeurs et leur guide. Mules et muletiers présents les attendaient. Sur le coup, je n'ai pas fait le calcul, mais pour arriver maintenant, ils ont dû partir très tôt de Cuzco, style 04h00-05h00, car il faut compter environ 4 h de route.
Alors que j’entends le guide présenter les membres de l’équipe support à ses clients, il est temps (09h20) pour moi de repartir : Vamos !
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Un agréable chemin, relativement large, me conduit en flanc de coteau au bout de 500 m au Col de Capuliyoc (2945 m) au km 11,5 où j’arrive à 09h30. Col est ici un terme impropre, car on ne passe pas d'une vallée à une autre, mais d'une contre-vallée (celle de Cachora) au versant Est du canyon de l'Apurimac.
(canyon de l'Apurimac en amont de Capuliyoc)
Là est installé un mirador, et c’est légitime car s’offrent d'ici de belles vues plongeantes sur le canyon de l'Apurimac. Saisissantes. Cela sera le cas durant toute cette première journée. Le trek se justifie rien que pour cette journée.
Apurimac, c’est littéralement "le dieu qui murmure", une terminologie associée à un oracle. A l’époque inca, le rio Apurimac était aussi appelé Capac Mayu, c’est-à-dire "le grand fleuve". Depuis sa source aux environs du célèbre canyon de la Colca, ce cours d’eau creuse d’impressionnantes gorges, jusqu’à 3 000 m. La pratique péruvienne est de changer le nom du cours d’eau chaque fois qu’il s’unit à un cours d’eau de puissance similaire. Ainsi, après 731 km, l’Apurimac devient Ene en rencontrant le rio Mantaro, puis Tambo en s’unissant au Rio Perené, puis Ucayali en s’unissant au Rio Urubamba. A ce titre, c’est l'un des principaux affluents de l'Amazone. Depuis sa source au Misti, l’Apurimac aura parcouru 1 070 km jusqu’à son confluent avec l’Urubamba.
Sous l’abri se reposent à l’ombre 2-3 brésiliens de retour de Choquequirao, avec leur guide et un muletier. Les vues sur le canyon de l'Apurimac et la Cordillère Vilcabamba sont magnifiques. Face à nous, la Quebrada de Cotacoca. Le guide m'indique où se situe Choquequirao, loin en aval du Rio Apurimac, sur le versant opposé. Précisément sur la crête juste en-dessous du sommet qui émerge des nuages. Je lui fais confiance mais je ne distingue rien à l’œil nu. Au cas où, je fais quelques photos de la zone indiquée en zoomant au maximum. A contrôler ce soir, car avec la lumière ambiante, je ne vois rien sur l'écran de l’appareil photo.
(canyon de l'Apurimac en aval de Capulyoc)
Pour le moment, j'admire ce panorama très large, à peu près à 300°, avec en vedette le Rio Apurimac que l'on aperçoit par endroits tel un mince ruban argenté. Quelques sommets enneigés, les Nevado Padreyoc (5771 m) et Wayna Cachora, mais on remarque surtout un relief très prononcé, avec évidemment le canyon creusé par le Rio Apurimac, mais aussi des quebradas sur les versants opposés. Moins de dénivelé que le canyon du Maranon lorsque je l’ai traversé en voiture, mais des vues beaucoup plus spectaculaires.
A ce niveau de Rio Apurimac, les versants sont assez pelés (en cette saison tout du moins, car c’est très verdoyant pendant la saison des pluies), réduits généralement à de l’herbe sèche, quelques arbustes (souvent secs), des cactus... Par contre, en direction de Choquequirao, le versant opposé est totalement verdoyant, une belle illustration de l'effet de foehn.
Contempler ce panorama, c'est aussi pour moi l'occasion d'appréhender ce qui m'attend pour l'après-midi, à savoir la montée vers Santa Rosa, étape où coucher avant Choquequirao. C'est ce pourquoi je me suis préparé physiquement en réalisant quelques balades au cours de mon voyage (trek du Quilotoa en sens montant, Chutes de Gocta en sens montant aussi, Laguna 64). Mais, hormis peut-être la montée vers le Quilotoa (Equateur), ils n’étaient que des amuses-bouches en regard de défi qui m’attend. Voir ces versants abrupts qu'il faudra descendre puis monter est déjà une épreuve psychologique. Mieux vaut le savoir avant.
Dans l'immédiat, il me faut déjà descendre vers le fond du canyon, quelque 1 500 m de dénivelé négatif ! A titre de comparaison, le trek du Chemin de l'Inca commence gentiment le premier jour par des alternances de montée et descente pour un total de 640 m de dénivelé positif et 490 m de dénivelé négatif. Le trek de Choquequirao se poursuit par un étroit sentier très pentu zigzagant dans une pente abrupte : 14 zigzags ont compté des trekkeurs lors de leur remontée, au retour de Choquequirao. Certains en parlent comme "le zigzag de la mort". Moins physique à la descente, mais il faut rester vigilant pour ne pas risquer un incident. Une entorse serait évidemment malvenue...
(descente depuis le col de Capuliyoc)
Dès le premier segment en descente, je ressens une douleur vive au genou gauche. Gasp, je n'avais pas eu le moindre souci lors de mes randonnées préparatoires. Si j'ai aussi mal que dans la descente du Col du Torrent (Val d'Hérens en Valais, Suisse), lors d'une balade effectuée il y a 1 mois à titre d'entraînement physique, il me faudra renoncer et remonter vers Cachora. En dépit de ma préparation physique, c'est le moment de vérité. Je poursuis prudemment, à un rythme mesuré, veillant à ne pas trébucher ni à glisser. Vitesse modérée dans cette descente car très pentue, chemin avec petits cailloux instables, et le précipice au bord du sentier.
Plus bas, une dizaines de marcheurs en file indienne montent vers moi. Quand je les croise, j’ai la surprise d’y découvrir des personnes relativement âgées, soixantaine avancée, voire plus. A priori, hispanisant, semblant péruviens. Puis une jeune suissesse de Fribourg, réconfortée quand je lui indique que le col est proche.
Heureusement pour moi, ma douleur au genou gauche passe en moins d’une 1/2 h pour ne plus jamais me gêner : mystérieux décidément.
Vers 10h00, je retrouve mes compagnons de trek en pause sous un abri. Sans doute était-ce le mirador de Cocamasana (2320 m). Cocamasana signifierait en quechua "le lieu où se sèche la feuille de coca". Pour ma part, je n'ai pas tant besoin de me reposer, ni de coca, mais je fais étape pour photographier le paysage depuis ce mirador. Debout sur le petit muret séparant du vide, ce qui fait frémir Ana, la jeune catalane. Pendant ma session photos, mes compagnons reprennent leur route, encore un temps de retard pour moi.
(Quebrada de Cotacoca, avec les sommets du Kiswar, Nevado Padreyoc (5771 m), et Wayna Cachora)
La suite se fait sur un chemin en pente légère. Je croise une femme sur un cheval (à moins que cela ne soit une mule de selle) conduit par un arriero. Plus loin, une femme en solo, mais sans sac-à-dos, accompagnant sans doute la femme à cheval. J’imaginais que le groupe de trekkeurs en agence allait me rattraper, allégés qu’ils sont par le portage, mais ce n’est pas encore le cas. Cela prouve que mon rythme de marche est correct... en descente [;)]. Il en sera autrement quand cela montera...
10h48 : passage en corniche, à flanc de falaise, mais ne présentant pas la moindre difficulté, il faut juste rester sur le chemin.
11h00 : Chiquisca est en vue, mais il y a encore une bonne distance et quelque 200 m de dénivelé négatif. Maintenant, je distingue bien Choquequirao.
11h09-11h15 Traversée d'un bosquet de eriotheca vargasii, connus localement comme des "arbres de coton" en raison des fibres capillaires obtenues à partir de fruits. Ses branches sont couvertes d'épiphytes, principalement tillandsias et quelques broméliacées.
Prise en photo de quelques cactus, dont cactus tuna décoratif avec ses « pétales ». Peut-être aussi un rare Corryocactus squarrosus en fleur (couleur rouge). Par endroit, un agave d’Amérique dresse sa hampe florale 5 à 10 m au-dessus du sol. C’est vraiment impressionnant, surtout quand on sait que cette hampe est la fin fugitive de cette plante grasse, un ultime effort pour engendrer une descendance. Quelques mois plus tard, l’agave meurt d’épuisement. De ce qu’il me semble, c’est déjà le cas en cette saison et cette hampe est toute sèche.
Bientôt, je retrouve le jeune couple franco-catalan, en pause sous un abri sous roche, et s'alimentant. Alors que nous conversions arrive un jeune trekkeur : cet argentin de 26 ans de Buenos Aires s’appelle Emmanuel, et randonne en solo comme moi, mais avec équipement pour le couchage. La petitesse de son sac-à-dos m’impressionne. Le temps d’une courte conversation, il repart d’un bon pas, et je ne tarde pas à le suivre.
Le sentier longe une plantation de canne à sucre, et quelques minutes plus tard, peu après midi, j’arrive au km 19 à Chiquisca / Chikiska (1870 m), un campement situé sur une terrasse naturelle 3 km après Cocamasana.
(oasis de Chiquisca, l'étape suivante, Playa Rosalina, étant 400 m plus bas au bord de l'Apurimac au niveau de l'éboulement grisé)
Constitué de quelques baraques, de sanitaires en dur, et d’un campement, Chiquisca est un havre délicieux car s’y trouvent quelques arbres et y passe un léger courant d’air. Ce campement est classiquement utilisé en jour 1 par les trekkeurs partis tardivement de Cuzco, ainsi qu’en jour 2 ou 3 en revenant de Choquequirao. J'y retrouve l’argentin Emmanuel et le couple de jeunes américains qui s’alimentent. Hankey s’agenouille aux pieds de sa compagne pour lui masser les jambes, car elle a visiblement souffert de la descente.
Constatant que j’ai déjà bu près de 2 l d’eau, à titre d’information, je demande à la vendeuse du baraquement s’il est possible de boire l’eau de la fontaine : "No problemo, ma uso sus pastillas". Ce n’est donc pas là que je vais renouveler ma provision d’eau, mais pas de souci, car il me reste encore 4 l. Le temps de me rafraîchir la tête et les bras sous le robinet d’eau (bien fraîche), je suis le premier du groupe à repartir.
Avant l’approche finale du rio Apurimac, le sentier descend (12h44) une centaine de mètres en zigzag dans la pente, car au-delà une falaise empêche de poursuivre en flanc de montagne. Les 2 jeunes américains me rattrapent et je les laisse passer bien volontiers. Ana et Xavier m’avaient indiqué que Hankey avançait très fort et que sa compagne avait à cœur de le suivre de près. De fait, ils gambadent tels des cabris dans cette pente abrupte. Ce qui est étonnant, c’est que Hankey, qui a déjà réalisé ce trek de Choquequirao, nous a annoncé des temps de marche assez exagérés si je me réfère aux comptes-rendus lus sur le web.
Pour ma part, je descends prudemment, ayant le souci d’éviter une entorse et de préserver mes articulations, tout particulièrement le genou gauche qui s’était manifesté en début de matinée. Sur le versant opposé, le chemin monte en zigzag jusqu’à un petit bosquet verdoyant, sans doute Santa Rosa Baja.
Au-dessus, la pente est très raide, l'étape suivante Marampata n’apparaissant pas car sur un replat.
Plus je descends vers le fond du canyon, plus la température monte. Une vraie fournaise, sans le moindre arbre pour s’abriter du soleil. Heureusement, une bonne brise atténue la sensation de chaleur. A 13h25, j’arrive au bord du rio Apurimac à Playa Rosalina.
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Située au km 21, Playa Rosalina (~1470 m) présente un cadre que j’avais mal anticipé : chaleur intense dans un environnement sec, seulement quelques arbres et des cactus Browningia viridis (espèce endémique dans le canyon de l'Apurimac, jusqu'à 10 m de haut). Bien différent de la végétation tropicale que j'imaginais, me référant à tort au fond du Canyon du Maranon. Moi qui avais l’intention d’acheter des fruits et des légumes aux paysans du coin, c’est raté.
(canyon de l'Apurimac en amont de Playa Rosalina)
D’ailleurs, il n’y a là aucune maison d’habitation, juste un poste de contrôle et quelques baraquements (sanitaires, réserves ?), a priori vestiges d’un lodge établi en 2010 et resté inachevé. Sur cette aire de campement bénéficiant d’un accès confortable à l’eau courante, campent les trekkeurs partis le matin de Cachora et arrivant trop tardivement pour entamer l’abrupte montée vers l’étape suivante. Sans doute Hiram Bingham (célèbre découvreur de Machu Picchu) a-t-il passé une nuit en ce lieu, avant sa visite de Choquequirao en février 1909 (il reviendra en 1910).
(campement de Playa Rosalina et son pont sur l'Apurimac, éboulement de 2011 en arrière-plan)
Rejoignant le poste de contrôle, j’y retrouve sans surprise le jeune couple américain. Nous sommes assis côté nord au bord d’une grande table extérieure, abritée du soleil par le toit. Une relative fraîcheur bienvenue dans cette fournaise ambiante. Nous sommes bientôt rejoints par Emmanuel, le jeune argentin, puis par le couple franco-catalan.
A cette heure, le fond du canyon est balayé par un vent intense, éloignant les simulies réputées nombreuses en cet endroit. A l’intérieur du bâtiment, le gardien de l’INC mange avec un collègue, et je le blague en lui demandant ce qu'il propose à manger. Un humour qu’il n’a pas d’emblée compris… Nota : pas de ravitaillement proposé à Playa Rosalina.
Le gardien nous fait remplir son registre officiel, sorte de contrôle d’accès à Choquequirao. J’imagine qu’il s’agit de vérifier que nul n’est manquant car on demande la destination finale, Choquequirao ou au-delà (Machu Picchu généralement). Après avoir renseigné ma partie, je consulte ce grand cahier : j’y retrouve les mentions des 2 françaises et des 2 suissesses croisées peu après Capuliyoc, mais sur les derniers jours, les péruviens y apparaissent très majoritaires. Ce matin même, 2 suisses se sont déclarés, donc nous précédant. Plus tôt dans la saison, je remarque une forte proportion de français parmi les trekkeurs, rien de surprenant compte tenu de la popularité de ce trek parmi les jeunes voyageurs français. A en juger par la destination renseignée, les randonneurs qui poursuivent au-delà de Choquequirao en direction de Machu Picchu sont vraiment peu nombreux. Alors que c’est justement ce que va faire chacun d’entre-nous.
Dans l’immédiat, c’est repos pour tous, conversations à bâtons rompus, exercices musculaires pour certains. Pour ma part, je me sustente : céréales croustillantes granola (piochées dans un sachet de 800 g et non en barre énergétique), un petit pain, une banane, des fruits secs. Peu en quantité, mais c’est énergétique.
Le groupe en agence que j’imaginais sur nos talons ne se manifeste toujours pas. Le temps passe, ma pause a duré presque 1 heure, la chaleur ambiante va commencer à se dissiper, il est temps de reprendre la marche.
Au préalable, chacun sort son répulsif pour se protéger des redoutables simulies réputées infester la zone. Les simulies sont de petits moucherons dont la morsure insensible provoque des cloques douloureusement irritantes encore plusieurs jours après. On en trouve surtout dans les zones chaudes, spécialement près des cours d'eau. La plupart des trekkeurs les prennent pour des moustiques, à tort. C’est la plaie sur ce trek du Choquequirao, la seconde épreuve après les difficiles dénivelés. Marchant en jean, je n’ai pas trop à craindre pour mes jambes, mon souci porte plus sur mes avant-bras. Difficile de marcher en manches longues sous une telle chaleur. Quand bien même, cela laisserait les mains exposées. Cherchant mon répulsif anti-moustiques dans mon sac-à-dos, j’échoue à le trouver. Je réalise alors que j'avais mis mon répulsif anti moustiques dans mes affaires de toilette, celles que j'ai oubliées chez moi en France. Il est trop tard pour pallier à cet oubli, pas le moindre commerce dans le coin, pas même une habitation, juste ce poste de contrôle.
14h20 passé, notre petit groupe se remet en route. Avant de quitter Playa Rosalina, nous profitons de l’eau courante pour nous rafraîchir la tête et les membres.
Pour poursuivre au-delà de Playa Rosalina, il faut franchir le Rio Apurimac. En 1909, Bingham avait bénéficié d’un pont lancé sur ce puissant cours d'eau. Mais ce pont n’existait déjà plus 2 ans plus tard, il fallut alors s’en remettre à une oroya (nacelle tirée sur un câble). Situation qui redevint d’actualité le 17 avril 2012 lorsque le pont en place depuis 1994 fut emporté du fait du refoulement causé par un éboulement en aval. Eboulement en fait très proche et toujours bien visible. L’actuel pont (plus de 80 m de long) est récent, établi seulement depuis août 2014. A noter que le guide Lonely Planet Peru de mars 2016 ne référence pas ce nouveau pont, prouvant que certaines informations n’y sont toujours pas actualisées 19 mois plus tard. A noter aussi que Google Maps ne l’affichait pas non plus en vue satellite au 29/12/16, soit au moins 17 mois de retard dans sa mise à jour. Pas de surprise pour moi, car de nombreux trekkeurs en rendent compte sur le web.
Je suis le premier à m’engager sur le pont. C’est surprenant, mais ce pont d’apparence solide est en fait assez flexible : y marcher le fait osciller de haut en bas. Au milieu du pont, je m’arrête pour une petite session photo, laissant passer mes compagnons. Légèrement en aval subsistent sur chaque rive les 2 portiques de l’ancien pont, auxquels sont toujours liés les câbles de suspension. Le nouveau pont est bien plus haut au-dessus de l’eau, donc a priori moins vulnérable en cas de crue.
En franchissant ce pont, nous quittons le Département de l'Apurimac et entrons dans le Département de Cuzco, plus précisément son District de Santa Teresa.
S'exposer à l'Etranger lointain amène à mieux connaître et comprendre sa propre Culture.
Sur l’autre rive, nous attend le gros morceau de cette journée de marche : un dénivelé d'environ 500 m jusqu'à la prochaine étape, Santa Rosa Baja. D’emblée, le chemin part sec dans une forte pente (30° de moyenne entre Playa Rosalina et Santa Rosa Baja), il faut vraiment « mettre la crémaillère », et je me laisse rapidement distancer. Autant à plat ou en descente, j’ai conservé un très bon rythme de marche, autant je peine dès que la pente est forte : alors que dans le passé je montais un dénivelé de 100 m en 10’, il m’en faut désormais le double, voire plus. Au premier virage, je retrouve la jeune catalane Ana en pause qui se lamente sur son manque d’énergie. Quand elle repart, c’est tout de même moi qui reste en arrière-garde .
Le chemin traverse une forêt sèche, quasiment aussi aride que le versant opposé, mais plus arboré. Sans être beaucoup montés en altitude, s’offrent déjà à nous des vues superbes sur le canyon de l'Apurimac. Sur le versant opposé, je repère une file de trekkeurs descendant à un rythme soutenu. Sans doute le groupe en agence arrivé à Capuliyoc alors que je m’élançais. Probablement vont-ils coucher à Playa Rosalina, dommage pour eux car ce n’est pas un campement très agréable, d’autant qu’il est réputé infesté de simulies.
(canyon de l'Apurimac vers l'amont, on aperçoit la terrasse verte de Chiquisca sur la droite)
Je monte à pas mesurés, devant faire de nombreuses pauses, et pas seulement à chaque virage, c'est dur… Abondants coups de suée, le moteur chauffe en montée ;-) Jamais agréable quand la sueur goutte dans les yeux. Pour compenser cette suée, boire abondamment s’impose, mes réserves d’eau s’amenuisent : mes 6 l seront suffisants pour ce jour, mais j’ai consommé beaucoup plus que je ne l’avais imaginé. Avantage, cela allège d’autant mon sac-à-dos. [:)]
Après 2 h de montée, je rejoins enfin mes compagnons de randonnée déjà installés à Santa Rosa Baja (13°25'04.5"S 72°50'49.3"W), 1940 m sur Google Maps (2035 m, 2100 m selon certaines sources, moyennant sans doute avec l’altitude plus élevée de Santa Rosa Alta). C’est là, au km 24, que campent les trekkeurs affûtés partis tôt le matin de Cachora. J'imaginais un village mais que nenni. Juste une modeste aire de campement (en fait, il y en a une seconde juste une centaine de mètres plus loin vers l’ouest, mais je ne l’ai pas remarquée) associée à une tienda (boutique) proposant boissons, snacking, et restauration de survie.
Une plantation de canne à sucre est mentionnée autour de Santa Rosa, mais je ne l’ai pas remarquée. Il y aurait aussi des avocatiers, des bananiers, et des papayers. Sur la rive gauche, on peut distinguer (jumelles recommandées) le petit site archéologique de Incaraccay / Inkahuasi, mais je l’ignorais alors. Dommage, même si sans trop de regrets.
Alors que Hankey monte sa tente avec sa compagne, Ana et Xavier sont attablés près de la tienda, sirotant une bière sous un auvent couvert d’ichu. Je ne suis pas encore assis que la tenancière, Senora Euphémia, s’enquiert de ma commande. Désolé, je n’ai besoin de rien, ce n’est qu’une pause. Gros étonnement de sa part, pourquoi ne pas rester à Santa Rosa. J’explique alors que je n’ai ni tente, ni même sac-de-couchage, et que je compte aller coucher à l’hospedaje de Marampata. Petit mensonge, car mon projet initial était bien de coucher à Santa Rosa que j’imaginais être un petit village.
La Senora Euphémia me propose bien de partager sa couche (?!?), mais je ne suis pas tenté, d'autant que je détecte vite l'attaque de simulies. En hâte, j’enfile une chemise pour protéger mes avant-bras, mais mains et visage restent exposés, et les attaques persistent. Emmanuel, le jeune argentin m’offre aussi de partager sa tente, mais je décline poliment sa proposition. Sans écarter toutefois un possible repli. Mon objectif est de rejoindre Santa Rosa Alta, voire Marampata. La tenancière m’explique alors comment trouver l’hospedaje à Marampata, ce que j’écoute d’une oreille un peu discrète, confiant que je suis de pouvoir trouver par moi-même.
Alors que je finis de me préparer, Hankey se plaint d’une vive douleur corporelle. Juste sortie d’une rapide douche, Ana, kinésithérapeute de profession, vient tenter de le soulager par des massages. Pour ma part, sac-à-dos remis en ordre, je repars à 17h09 pour Santa Rosa Alta, voire pour Marampata annoncé à 2h30 de marche, au moins 3 h pour moi.
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Santa Rosa Alta (2200 m) n'est qu'à 1 km (~30’ normalement), mais la pente est toujours aussi forte. Arrivé sur place avant 18h00, j’aperçois avec satisfaction un bâtiment en dur. S’y trouvent des toilettes et douches. Un autre bâtiment en contrebas, mais aucune réponse à mes holà. Grosse déception : ce n'est pas un village, juste un campement, et la tienda associée semble fermée, personne ne répond à mes retentissants « holà ! ». Alors, redescendre à Santa Rosa Baja ou poursuivre jusqu’à Marampata ?
L’option Santa Rosa Baja est aisée, il suffit de descendre, je peux partager la tente d’Emmanuel, mais l’étape de demain sera dure. L’option Marampata est elle physiquement très exigeante après cette journée passée à marcher : 3 km, mais surtout 700 m de dénivelé positif. J'anticipe au moins 2 h de marche, sans doute bien plus du fait de mon rythme lent dès que cela monte fortement et du fait de la fatigue accumulée depuis ce matin. Je ne pourrai pas arriver avant la tombée de la nuit. Avantage tout de même, l’étape de demain sera très facile et me permettra de passer une journée presque entière à visiter le site de Choquequirao. Surtout, je vais pouvoir passer la nuit dans le confort de l’hospedaje de Marampata.
Comme je me sens encore suffisamment d’énergie, je décide de poursuivre jusqu’à Marampata. Montée vers Marampata, en franchissant une zone très pentue, irriguée à certaines périodes de l'année par l'arroyo Uchuhuerta.
Peu après Santa Rosa Alta, je croise un jeune qui se révèle être allemand : l’occasion d’une conversation pour exercer ma langue allemande, un classique depuis le début de mon voyage en Equateur. Cela fait plusieurs mois qu’il crapahute en Amérique du Sud. Plusieurs jours après, le couple franco-catalan m’apprendra qu’il n’a que 16 ans ! Courte conversation tout de même car j’ai encore une longue montée.
La montée vers Marampata s’effectue intégralement sur une zone très pentue, irriguée par l'arroyo Uchuhuerta pendant la saison des pluies. Rien de tel en septembre. Alors que je progresse lentement, un chien m'aboie soudainement dessus, je ne l'avais pas entendu approcher. Le suit un arriero avec quelques mules. L’occasion de le questionner sur le temps restant pour atteindre Marampata. Le muletier m'annonce encore 3 h de montée, alors que je marche déjà depuis 1 h… J’ose espérer qu’il sous-estime grandement mes capacités de marcheur.
La nuit tombant dès 18h00, je mets en service ma lampe frontale à 18h20. Passer devant la borne du km 26 me réconforte, même si ma progression s’avère lente. Bien trop lente à mon goût, mais la pente ne faiblit pas. Sur ce chemin progressant toujours en zigzags, je fais désormais halte à chaque virage, parfois même avant. Cela m’aurait sans doute réconforté de savoir ce qu’en disait Hiram Bingham : "En certains endroits, le chemin devenait si abrupt qu’il nous était alors plus facile d’avancer à quatre pattes". Il se souvenait aussi avoir dû s’arrêter pour se reposer tous les dix mètres environ.
Dans l'obscurité, je dépasse quelques mules isolées, sans muletier, laissées libres pour la nuit. Sur le versant opposé, lumières d'un village, a priori celui de Kiuñalla, où devrait être implantée la station de départ du futur téléphérique (appel d’offres lancé en 2014 mais à l’arrêt du fait de désaccord entre les Départements de Cuzco et d’Apurimac sur le partage des revenus).
Du fait de l’obscurité, je ne peux observer la transition écologique d’une forêt décidue sèche avec fruticées (équivalent de notre maquis méditerranéen) à un reliquat de forêt des nuages. De même, je ne peux plus me baser sur le versant opposé pour apprécier mon élévation dans le dénivelé.
Ne voyant toujours pas la borne du km 27, j’active sur mon ordiphone le positionnement GPS sur la carte Google Maps de la région. Du fait de l’incertitude sur la couverture réseau (et aussi pour ne pas encourir d’onéreux frais d’itinérance), j’avais enregistré cette carte avant mon départ de France, une excellente précaution. En affichant la vue "relief" (avec courbes de niveau), je peux ainsi suivre ma progression en dénivelé. Progression qui se confirme être très très lente. A plusieurs reprises, je crois être arrivé en apercevant comme des lumières semblant vaciller au loin. Mais elles disparaissent au bout d’un moment. Si au début, j’imagine qu’elles sont cachées par des arbres, je finis par comprendre que ce sont en fait des insectes volants luminescents, similaires aux lucioles. Vive déception.
Grand réconfort lorsque ma lampe frontale éclaire vers 20h20 la borne du km 28 du trek : j'arrive à Marampata !
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Une sorte de mirador est aménagé vers la gauche, un banc sous un auvent, et j’y fais pause. Quel soulagement d’être arrivé, car cela n’en finissait pas : cela fait 3 heures que j’ai quitté Santa Rosa Baja. Après cette courte pause, je reprends la marche, vite rendue facile par une nette inflexion de la pente. D’aucuns évoquent le Col de Marampata, mais le terme est impropre car on ne passe pas d’une vallée à une autre, juste une pente fortement réduite. Le chemin devient sentier bordé d’un tapis herbeux, mais se présente une complication inattendue : le sentier se révèle soudain obstrué par des branchages, un peu comme des ronces. Impossible de passer à travers, encore moins au-dessus. En m’écartant d’une dizaine de mètres vers la droite, je trouve une zone moins dense où je parviens à passer, et je reviens vers le sentier.
De là, 2-3 maisons très très espacées sont en vue, grâce à leurs éclairages, très réduits d’ailleurs. Aucunement le village auquel je m’attendais, moi qui imaginais des ruelles et même des restaurants (car un compte-rendu rapportait que les muletiers sans tente dormaient à même le sol des restaurants). Pas âme qui vive, cela ne va pas être facile pour trouver l'hospedaje. Je comprends mieux pourquoi la tenancière de Santa Rosa Baja avait à cœur de m’indiquer sa localisation, et je regrette maintenant de ne pas y avoir prêté attention.
Devant la maison loin en contrebas, quelqu’un paraît avec une lampe à la main : "Hospedaje ?" clame-je. "Si !" me répond la femme qui se rapproche de moi avec une grosse lanterne. Gros coup de chance, car elle a repéré ma lampe frontale dans la nuit. J’ai beau lui demandé de seulement m’indiquer où aller, elle chemine devant moi, d’abord sur le sentier, puis une petite descente vers une maison toutes lumières éteintes. Mais il lui faut réveiller la maisonnée, car dans la région, dès 20h00 voire avant, tout le monde est au lit : "Marie-Belle ! Marie-Belle !". J’apprends alors que c’est sa fille. Comme cela ne suffit pas, elle se plaque au sol, se glisse sous la barrière de ronces dressée à l’entrée de la ferme. Alors que je veux la suivre, elle m’en dissuade fermement, et devant la difficulté, j'obtempère. De ce qu’elle m’expliquera, c’est fait pour empêcher les mules en liberté de faire des dégâts. La voilà frappant à la porte, faisant le tour de la maison, et continuant à crier "Marie-Belle !". Jamais je n’aurai insisté de la sorte.
In fine, une lumière apparaît, et on lui répond. Un homme apparaît, il vient libérer l’accès de sa barrière de ronces. Oui, il est possible de dormir ici pour cette nuit. Pas le moment de négocier, je ne demande donc pas le prix de la nuitée… Me demandant de patienter, il me laisse dans une petite masure, une unique pièce ouverte sur l’un des côtés, une sorte d’annexe occupée par une longue table et des bancs latéraux. Au pire, je peux coucher sur le banc adossé au mur le plus long. L’attente me paraît longue, 15-20', sans doute le temps de "redresser" la chambre.
Revenant me chercher vers 20h50, mon logeur me présente la chambre (13°24'12.5"S 72°51'14.8"W) : 2 lits simples, aucun meuble, murs en adobe, sol en terre battue, absence d’éclairage (Marampata n’est pas raccordé au réseau électrique), c’est rustique mais cela semble propre, avec un rien d’élégance du fait de la lumineuse couverture bleue sur l’un des lits. Dans un petit bâtiment séparé, mon logeur me montre les toilettes et une modeste douche. Je me contenterai d’utiliser les toilettes pour ce soir car il fait déjà frais.
Avant de me quitter, mon logeur propose sa grosse lampe portative pour assurer l’éclairage de la chambre : proposition que je décline car j’ai ma lampe frontale, mais que j’accepte après insistance. Mieux vaut effectivement économiser les piles de ma lampe frontale.
Du fait de l'heure avancée, mon dîner se réduira à taper dans mes réserves : céréales granola, une banane, 2 pruneaux secs. Il fait bien frais dans cette chambre, à 2850 m, les nuits sont fraîches en cette saison hivernale. D’ailleurs, une étonnante succession d’éternuements me saisit, j’espère que je ne suis pas en train de tomber malade, ce n’est ni le lieu ni le moment lors de ce trek. Avec cette fraîcheur ambiante, je n’ai pas le courage de me changer et je me glisse tout habillé dans le lit. Un lit bien froid en ce début de nuit, le temps que je le chauffe naturellement. Les épaisses et lourdes couvertures ne sont vraiment pas de trop !
Avant de m’endormir, je passe en revue les photos de la journée, une exercice quotidien au cours duquel je procède à une seconde sélection, la première intervenant dès la prise d’une séquence. A revoir ces merveilleux paysages, cela me confirme que c’était une bien belle journée.
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- 28 km parcourus (Cachora -> Marampata).
- dénivelé positif (d+) : 1 902 m.
- dénivelé négatif (d-) : 1 720 m.
- 11h30 de marche, 2h30 en pause prolongée,
Beaucoup plus que je n’avais ambitionné de faire, cette journée restera dans mes annales.
Par segment :
- Cachora - Capuliyoc : 11,1 km, d+ 252 m, d- 250 m, 2h10 de marche
- Capuliyoc - Chiquisca : 6,2 km, d+ 90 m, d- 1 100 m, ~3 h de marche
- Chiquisca - Playa Rosalina : 3,1 km, d+ 0 m, d- 400 m, ~1 h de marche
- Playa Rosalina - Santa Rosa Baja : 3,6 km, d+ 470 m, d- 0 m, 2 h de marche
- Santa Rosa Baja - Marampata : 4,0 km, d+ 940 m, d- 0 m, 3h10 de marche (concluant une longue journée)
Si la journée a été physiquement éprouvante, ma condition physique n’en a pas subi les conséquences, pas de courbatures, pas la moindre ampoule. Je suis passé à travers les simulies, hormis quelques piqûres sans doute subies pendant ma courte halte à Santa Rosa Baja. Qu’est-ce que cela démange !
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coucou Fabrice
mais tu es fou de faire tout ça en une journée !!!
les vues sont magnifiques
je vais suivre la suite
pour info le macérat de cassis en goutte est très bien pour les problèmes de genoux ( anti inflammatoire )
mariejo
Qui a l'habitude de voyager sait qu'il vient toujours un moment où il faut partir...
Paulo Coelho
Ça c'est du compte-rendu ! vivant, précis, qui donne envie de se coltiner à la chose...
Suivant vos conseils, j'ai posté ma proposition "Trek pour découvrir Choquequirao" dans la partie "Voyage en solo" du forum Pérou (imitant en cela beaucoup de "solitaires ne détestant pas la compagnie" qui s'y trouvaient déjà). Les dates que je propose (17, 18 ,19 et 20 Mars 2017) sont raisonnablement négociables.
Si vous terminez votre compte-rendu assez vite, je suis sûr que j'aurai des candidats : vous allez tellement leur donner envie que je vais avoir l'embarras du choix, ou alors on ira en caravane, tous à la queue-leu-leu... Allez, au boulot, Fabrice !
P:S:
Elle avait raison votre cuisinière : pour faire des "bananes grillées" (platano maduro), il faut utiliser de grosses bananes plantains.
"Etre est plus indispensable qu'avoir. Le rêve, c'est d'avoir de quoi être." Frédéric Dard (San Antonio)
C'est noté Pierre. 2ème journée pour cette fin-de-semaine.
Les dates que je propose (17, 18,19 et 20 Mars 2017) sont raisonnablement négociables.
Encore en saison des pluies. Avantage, les versants pelés seront très verdoyants d'après ce que j'ai observé sur divers comptes-rendus sur le web.
Par contre, certains chemins seront très boueux, surtout entre Maizal et Yanama.
Elle avait raison votre cuisinière : pour faire des "bananes grillées" (platano maduro), il faut utiliser de grosses bananes plantains.
Je ne doutais aucunement de son avis. En voyage, je n'arrête pas d'apprendre tout au long de la journée. Il me reste à savoir faire la différence sur un marché.
Fabrice
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Après cette nuit à Marampata, réveil habituel à 05h30, mais pas signe d’activité dans la ferme. Il me faudra donc patienter pour que l'on me serve le petit-déjeuner. En attendant le réveil de la maisonnée, je consulte mes notes préparatoires à la visite de Choquequirao : le site archéologique est situé à moins de 4 km de Marampata et peu de dénivelé pour l’atteindre. Suite à cette lecture, je vais tenter un abri au campement de Choquequirao, en ayant en repli l’option de partager la tente du jeune argentin. Au pire, je reviendrai à Marampata, mais je préférerais éviter. Du fait de la fraîcheur ambiante, je ne suis pas très vaillant pour tester la douche, j’en profite pour observer les alentours.
Plutôt qu'un village, Marampata est un hameau (caserio dans son acceptation péruvienne et non espagnole) de moins d’une dizaine de maisons dispersées sur un terrain peu escarpé, très verdoyant, un petit paradis comparé aux versants pelés traversés hier. Les maisons sont assez espacées les unes des autres. Rien à voir avec le village que j’imaginais.
Y sont élevés poules, cochons, quelques vaches, et évidemment des cuy (forme géante du cobaye / cochon d’Inde, jusqu’à 4 kg, et élevé pour être mangé), quoique je n’en ai pas vu dans cette ferme. Aussi des mules pour le transport, et quelques chevaux. Dans les environs sont cultivés quinoa, pommes de terre, maïs, tomates, yucca, etc. La coca serait aussi possible...
06h30 : Marie-Belle, la tenancière de l’hospedaje, distribue du maïs aux poulets, puis va à la cuisine préparer mon petit-déjeuner.
En attendant que ce petit-déjeuner soit prêt, je rédige des notes synthétiques sur mon premier jour de trek, tant que la mémoire ne s’est pas estompée.
Vers 07h00, m’est enfin servi mon petit-déjeuner : le classique arroz con huevo (riz + œuf-sur-le-plat), sauf qu'ici du yucca se substitue aux frites, quelques rondelles de tomate venant décorer. Malheureusement, le riz est froid, comme c’est souvent le cas au Pérou.
En boisson d’accompagnement, un grand thermos d’eau chaude associé à un sachet de café instantané. En dépit du café cultivé au Pérou, cet instantané vient du Chili, voilà qui enfreint ma préférence à consommer local. N’ayant pas le choix, je ne fais pas le difficile, et je le consomme avec force d’eau chaude et sucre de canne. De quoi bien m’hydrater, autant d’eau que je n’aurai pas à porter. Car hier, j’ai bu 5 litres d’eau, sans compter la tisane de pomme consommée au petit-déjeuner à Capuliyoc. Il ne me reste donc plus qu’un unique litre d’eau. Pas d’inquiétude toutefois car mes informations indiquent que l’eau est disponible au campement du Choquequirao. Eau non garantie potable, mais j’ai mes pastilles purifiantes.
08h00 passé, je commence à guetter le passage de mes compagnons de la veille, le couple franco-catalan, le couple américain, et le jeune argentin Emmanuel. Car s’ils sont partis à 05h30 de Santa Rosa Baja, ils pourraient arriver à Marampata vers 08h00. Si je n’avais choisi de les attendre, j’aurais expédié beaucoup plus rapidement mon petit-déjeuner.
En attendant, j’échange avec le jeune fils de la maisonnée, Alexander Gutierez Conza, un gamin d’environ 8 ans à mon avis. Comme souvent lors de mes voyages, je l’initie à un peu de vocabulaire français, formules de courtoisie et comment compter jusqu’à 10. Une petite graine semée qui l’aidera peut-être à dialoguer avec les nombreux trekkeurs francophones en route pour Choquequirao.
Marie-Belle, la maman, tient une petite épicerie dans la baraque à l’entrée de la ferme, là où était dressée cette nuit la barrière de ronces. Il y a là un peu de tout : riz, pâtes, plats instantanés, boissons gazeuses, imposantes bouteilles de bière, eau, large choix de snacking en tout genre, rien qui ne m’intéresse. Hormis des légumes, ce qui me permet d’acheter 6 petites tomates, de quoi pallier à mon manque d’achats à Cachora. Sans surprise, le prix n’est pas favorable, mais c’est compréhensible même si les tomates viennent du jardin et n’ont donc pas eu à être transportées jusqu’ici. J’en profite pour payer la nuitée et le petit-déjeuner. Rapport qualité / prix plutôt décevant comparé à mes expériences au Pérou : 25 S la nuitée, il n’y a qu’à Ayacucho que j’ai payé une chambre autant, mais pour un confort très supérieur. A mettre au compte de l’éloignement et du manque de concurrence. De même, 8 S le petit-déjeuner, à comparer au 5 S payé à Capuliyoc hier matin. Certes le riz a été transporté à dos de mules, mais tout le reste vient de la ferme : l’œuf (a priori), pommes de terre, tomates que l’on peut espérer bio.
Pour me laver les dents et le visage, je dois demander à déconnecter le tuyau d’arrosage de l’unique robinet disponible. On est bien dans une ferme !
08h30 passé, mes compagnons de marche ne sont toujours pas visibles, et je commencent à m’en inquiéter. Car hier, j’ai quitté Santa Rosa Baja alors que Hankey était saisi de vives douleurs. A 08h40, des trekkeurs passent, mais ce ne sont pas mes compagnons, c'est le groupe en agence qui in fine a couché à Santa Rosa Baja, au second campement. Ils ignorent tout de mes compagnons de marche. Leur guide me reconnaissant (il m'avait repéré avant mon départ de Capuliyoc), comprend que j'ai marché hier jusqu'à Marampata et déclare en français : "vous êtes un bon marcheur". Je lui rétorque que je suis surtout un peu fou...
08h50, le petit Alexandre part à l’école. Dans l’instant, cela ne m’a pas surpris, mais a posteriori, je réalise que cela doit être une classe multi-niveaux du fait de la modestie de ce hameau, d’autant qu’il n’y a pas d’autre hameau à moins d’une demi-journée de marche (au rythme des paysans du cru).
Devant la maisonnée, le mari s’est mis à l’œuvre avec 2 compagnons : l’un mélange terre et paille, l’autre transporte le mélange en brouette, et le mari moule des briques de terre crue laissées à sécher sur cette partie de terrain plat.
En observant les environs, je réalise que l’on voit clairement une partie du site de Choquequirao. Je découvrirai ultérieurement qu’il s’agit de Pikiwasi.
Les nuages se sont dissipés, le soleil resplendit, je me décide à 09h25 à partir sans plus attendre mes compagnons de la veille. J’espère tout de même que Hankey n’a pas un grave problème de santé. Vamos a Choquequirao!
S'exposer à l'Etranger lointain amène à mieux connaître et comprendre sa propre Culture.
Quelques minutes de marche suffisent pour déboucher sur l’autre versant, et je découvre l’ensemble du site archéologique de Choquequirao, dont se détachent dans le bas les terrasses agricoles. Depuis le chemin, ces terrasses sont très impressionnantes, car accrochées au bord de la falaise. D’une certaine manière, elles en sont le prolongement.
(versant sud du site archéologique de Choquequirao, dominant le canyon de l'Apurimac)
(Cité inca de Choquequirao : quartier-bas Hurin Choquequirao sur le côté gauche, quartier-haut Hanan Choquequirao en partie supérieure à droite, grandes terrasses supérieures s'étendant horizontalement jusqu'au côté droit de la photo)
(terrasses agricoles de Paraqtepata)
Le chemin est agréable, quasi plan, parfois même ombragé, dans un cadre humide, très verdoyant, traversant une forêt de type "forêt de nuage" (sans doute l’effet des eaux de fonte issues du Nevado Quri Wayrachina).
Au bout d’une demi-heure, j’arrive au poste de contrôle de l'INC (Instituto Nacional de Cultur), au lieu-dit de Sunchupata (2820 m). Le registre montre que je n’ai été précédé ce matin que par le groupe de trekkeurs avec agence, 4 américains et un sud-africain qui vont jusqu'à Machu Picchu. Avant que je ne m’inscrive, me voilà rejoint par Emmanuel, le jeune argentin. Le gardien nous demande à chacun 55 S, ce qui me fait rugir pour la forme, mais je savais que c’était le tarif 2016, en forte augmentation sur les 37 S de l’an passé. A ma surprise, Emmanuel mentionne qu’il reviendra à Cachora, et donc qu’il ne poursuit pas jusqu’à Machu Picchu contrairement à ce que j’avais compris. De quoi comprendre la petitesse de son sac-à-dos car l’essentiel de ses affaires sont restées à Cuzco.
Avant de nous laisser poursuivre, le gardien présente sommairement le site s’aidant d’un schéma dessiné. Plutôt que d’essayer de mémoriser ce schéma, je le photographie (09h58).
M’inquiétant auprès du gardien de savoir où je pourrai coucher, ne disposant pas de tente (et désormais sans possible partage avec Emmanuel), il m’indique qu’il y a un bâtiment en dur en bout de campement et qu’il est possible de s’y abriter. Au pire, je retournerai coucher à Marampata, mais ce serait un supplément de marche, qui plus est à rebours.
Depuis le poste de contrôle, le chemin poursuit à flanc de montagne vers la quebrada de Chunchumayo, quasi plan hormis quelques courtes montées et descentes pour éviter des passages trop ravinés. C'est de conserve et en conversant qu’Emmanuel et moi approchons le site archéologique.
De ce versant, s’offrent des vues spectaculaires sur les terrasses agricoles construites sur des pentes très très prononcées, juste au-dessus de falaises.
(terrasses agricoles de Paqchayoq, avec légèrement au-dessus les baraquements de l'équipe des fouilles archéologiques)
De quoi être admiratif des techniques de construction des incas, c’est vraiment bluffant : ils sont fous ces incas ! Les autres zones archéologiques restent pour l’essentiel dissimulées par l’abondante végétation sur ce versant bien arboré.
Nous avons tant conversé que je n’ai même pas noté le franchissement du rio Chunchumayo, pourtant d’un bon débit comme je le verrai plus tard depuis les terrasses agricoles.
Au premier embranchement, nous nous séparons car avant de débuter la visite, je préfère déposer mon sac-à-dos au campement de Choquequirao. Le sentier descend gentiment jusqu’à une bande de terrain plat tout en longueur, tel une très longue terrasse, c’est le campement (11h08).
Sa pelouse a souffert, mais cette verdure égaye sous ce bon soleil. A proximité des sanitaires œuvrent des hommes arborant tous un t-shirt d’un jaune lumineux et mentionnant "The Green Machine", affairés à monter des tentes et à préparer un repas. Ces accompagnateurs de l’agence Alpaca Expeditions prennent en charge le groupe de trekkeurs américains.
Je poursuis jusqu’au petit bâtiment à l’autre bout du campement, là où d’après le gardien, je pourrai trouver un abri. Le bâtiment lui-même est fermé à clé. Devant, un espace couvert, sans doute celui évoqué par le gardien, mais ce n’est pas bien propre, des cendres un peu partout, ouvert à tout vent, nul endroit où je puisse raisonnablement coucher. Dans l’immédiat, je dissimule mon sac-à-dos derrière ce bâtiment et reviens vers l’entrée du campement inspecter les toilettes et douches : pas propre du tout côté hommes, fréquentable côté femmes. Mais rien qui ne puisse m’héberger.
L’eau courante est bien disponible, mais elle est réfrigérante. Je suis tenté de la consommer tel quel, car le risque me semble réduit du fait de la distance réduite depuis le Nevado Corihuayrachina dont l’eau est issue. Mais la prudence l’emporte et je passe 2 l en traitement AquaTabs.
Il est temps de partir en visite, mais par quoi commencer ?
Les archéologues ont divisé le parc archéologique de Choquequirao en 12 secteurs, la plupart assez éloignés les uns des autres. Hésitant entre les terrasses agricoles vues depuis le chemin d’accès et les réputées terrasses aux lamas, je sollicite l’avis d’accompagnateurs "The Green Machine") : "Igual" me répond-on. Comme il fait grand beau, peut-être vaut-il mieux commencer par les terrasses aux lamas, car les terrasses agricoles ne présentent pas de spécificité particulière.
Déjà avancé (11h25) sur le chemin menant à la partie haute de Choquequirao, je raisonne selon l’ensoleillement. Dès lors que les terrasses aux lamas sont exposées à l’ouest, c’est la fin d’après-midi qui sera idéale, bénéficiant d’une lumière moins agressive. Alors qu’au contraire les terrasses agricoles exposées au sud-est seront dans l’ombre. Demi-tour donc, place aux terrasses agricoles.
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A la recherche des terrasses agricoles de Choquequirao
Demandant par où passer pour rejoindre les terrasses agricoles, on me montre la direction du bas. Parvenu au bas du campement, et en l’absence d’indication visible, je suis le chemin longeant les terrasses du campement. Au bout, un panneau indique la direction de San Ignacio avec la mention que le chemin est condamné, du fait d’éboulements d’après les explications présentées. Pas d’inquiétude car les terrasses agricoles se situent bien avant la descente vers San Ignacio.
Le chemin traverse un corral à l’usage des mules, tranquilles et ne prêtant pas attention à ma présence. Puis poursuit en flanc de coteau jusqu’à aboutir à un barrage de branchements. Certes, c’est peut-être pour refréner les velléités d’une mule baladeuse, mais cela me semble trop net pour être l’accès aux terrasses.
(quebrada de Chunchumayo, site de Paqchayoc à gauche de la cascade. Nota : en venant de Marampata, on traverse cette quebrada à mi-hauteur, d'où les montées et descentes pour éviter les couloirs d'éboulement)
Alors que je rebrousse chemin, j’aperçois partant vers le bas ce qui semble un sentier dans une pente très prononcée. Mais il se perd dans la forêt et je dois bientôt m’accrocher à des arbustes pour quelques passages un peu hasardeux. Décidément vraiment trop périlleux pour des visiteurs normaux, qui d’ailleurs auraient abandonné depuis bien longtemps. Je me résous à revenir sur mes pas, et remonter au chemin.
Revenant vers le campement, je repère à nouveau un sentier partant vers le bas. J’y crois, poursuivant avec obstination en dépit d’un environnement non balisé, très pentu et aventureux, mais arrivé presque à la hauteur des terrasses agricoles, je dois me rendre à l’évidence : je ne peux y accéder par là. Fausse piste là encore.
(terrasses agricoles de Paqchayoq, avec les cascades du rio Chunchumayo)
(vue plongeante sur Paqchayoq)
Retour au campement (12h19, j’ai perdu presque 1 heure), avec un peu de ressentiment à l’égard de l’équipe qui m’a laissé partir dans une mauvaise direction. Arrivant au campement par le bas, je découvre alors un panneau indiquant les terrasses agricoles : je n’étais pas descendu assez bas, trompé par le chemin menant à San Ignacio.
En descendant vers les terrasses agricoles, je croise le groupe de trekkeurs américains un peu interloqués à me voir sans guide, encore plus de découvrir que je n'ai pas même de mule pour porter mon sac-à-dos. A l’embranchement entre les 2 zones de terrasses agricoles, je décide de commencer par la zone de Paqchayoq.
Juste avant d'accéder aux terrasses agricoles de Paqchayoc, je dépasse quelques bâtiments sur la gauche dont je me rapproche. D'abord des dortoirs avec lits superposés, puis un bâtiment d’où viennent des bruits de conversations : c’est un réfectoire.
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Curieux, je questionne ceux attablés près de la porte sur ce qu’ils mangent. Là déjeune l'équipe des fouilles archéologiques, et je suis vite invité à partager leur repas. Après m’être fait prier, j’accepte volontiers l’invitation, pas tant pour le plat en lui-même que pour l’opportunité de dialoguer avec ces archéologues. Une première pour moi qui dans ma jeunesse voulait devenir archéologue.
Aussitôt attablé, m’est servi le plat : du yucca frit accompagné d’une copieuse plâtrée de riz parsemé de quelques petits copeaux de légumes (12h48).
Pas très goûteux, mais cela nourrit. Mes propositions de paiement sont vertement repoussées. J'ai beau insisté, habitué que je suis à la pratique iranienne du taroof (on n'accepte qu'à la 3ème proposition), rien n'y fait, je suis invité gracieusement pour ce repas.
Au sein de l’équipe, la division des tâches est claire : les hommes sont terrassiers, les femmes (jeunes) sont archéologues, sauf une palynologue (étude des pollens, mais appliquée à l’archéologie)... et la cuisinière ! Cuisinière qui avec insistance se renseigne sur mon état civil (prudemment, je me déclare marié) et se propose de m'héberger pour la nuit. Encore plus volontaire quand elle apprend que je connais Raqchi, son village d'origine et où se trouvent les vestiges d'un beau temple inca (visité en 2006).
Discussion soutenue avec les archéologues, tout particulièrement la palynologue qui parle un peu français. L’équipe reste toute la saison de fouilles sur site, ainsi, les femmes ne rentreront à Cuzco qu’à la fin septembre. Par mes photos, découverte admirative du Temple du Soleil de Ingapirca qui leur était inconnu.
(temple du Soleil à Ingapirca, près de Cuenca, Equateur)
Mais je n’apprendrai rien sur les recherches archéologiques du moment. Il est vrai que l'archéologie moderne est désormais très technique, analysant désormais ce que l'activité des anciens occupants à laisser comme trace. Les découvertes comme celle des terrasses aux lamas (2004) sont rarissimes de nos jours.
Repas achevé (sauf moi qui tarde, ayant été trop bavard), tous sortent et forment un large cercle devant le réfectoire, assis à même le sol. Quelques discours et j’apprends que l’on célèbre un anniversaire, celui du chef de l'équipe des terrassiers. Une bouteille et des gobelets passent de main en main. De la chicha pensais-je, mais non, c’est du cambray, de la bière de canne à sucre (cambraï en phonétique francophone). Plus alcoolisée qu’une chicha, mais c’est léger et bon. Quelques mois après mon voyage, je découvrirai que le cambray correspond à la boisson alcoolisée artisanale proposée aux campements de Chiquisca et de Santa Rosa, pour moins cher que son équivalent en eau.
Passe aussi de main en main un jerrycan, et l’on me propose très naturellement de goûter à son contenu : c’est du cañaso. Un peu soupçonneux, je demande quelques explications sur cette boisson visiblement artisanale. A ce que l’on m’explique, je comprends que ce breuvage est de l’alcool de canne de maïs, fruit d’une distillation, et similaire à de la vodka. Effectivement, c’est très fort, 30-40°, mais associé à du miel, cela se révèle agréable.
C'est donc tardivement, et légèrement alcoolisé, que je débute la visite des terrasses Paqchayoq.
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Ah quel périple ! Beaucoup de plaisir à lire ce carnet très détaillé, on est vraiment dans l'ambiance avec tous ces détails.
C'est loin d'être comparable à votre périple mais j'ai fait le trek du Salkantey l'année dernière. Mon premier vrai trek. À vous lire, je me dis que la prochaine fois, partir en autonomie n'est pas inenvisageable.
Situé en partie basse du site archéologique de Choquequirao, Paqchayoq (paqcha signifie "cascade" en quechua) est constitué essentiellement de terrasses agricoles s’étageant entre 2600 et 2640 m d’altitude.
(zone nord-est de Paqchayoc, avec le Rio Chunchumayo en arrière-plan)
Ma visite débute à 14h57, au pas de charge, tant parce que le soleil est déjà fuyant sur ces terrasses agricoles que parce que je veux aussi visiter la partie haute de Choquequirao, tout particulièrement les terrasses aux lamas. Déjà depuis l’autre versant, en arrivant depuis Marampata, le site était impressionnant, mais il l’est tout autant quand on est sur place.
Paqchayoq comprend 80 terrasses réparties en 6 colonnes. De longs escaliers descendent droit à travers les terrasses. Même au pas de charge, je veille à ne pas manquer une marche, car en trek, il est critique de préserver son "moyen de transport". D’autant que je suis conscient de ma légère alcoolisation.
(exemple d'escalier traversant les terrasses agricoles)
Dans mon empressement, je me perds dans l'enchevêtrement des terrasses. Certes, il y a de multiples fléchages bleus "Siga la flecha", mais ils ne sont pas toujours aisés à repérer. Pour quelques uns, je ne les interprète pas correctement. Non pas tant sur la direction, mais sur le niveau précis où il faut tourner. Une petite difficulté que je n’anticipais pas, et cela me retarde un peu dans ma visite.
L’itinéraire prescrit par ce fléchage bleu induit beaucoup de montées et descentes : dur dur pour les cuisses, car les marches sont très hautes, un classique de l’architecture inca toujours surprenant eu égard au gabarit modeste des indiens. Malheureusement pas la moindre information archéologique sur le site. Heureusement que du fait de mon premier voyage de 2006, je suis un peu initié à l’architecture inca. Encore que dans le cas présent, il n’y a pas grand-chose à comprendre. Hormis une bâtisse sur le côté gauche, la Chakra Camayoq ("responsable des cultures" en quechua), qui est supposée avoir été la maison du gardien préposé au site.
(la Chakra Camayoq sur le côté droit, cascade du Rio Chunchumayo en arrière-plan)
La cascade du Rio Chunchumayo donne son nom au site, car paqcha signifie "cascade" en quechua.
(Chakra Camayoc, aussi appelée Casa de la Caida de Agua, maison de la cascade)
Etonnant contraste que la présence de ces constructions humaines, marquées par une géométrie affirmée associant lignes droites et angles tout aussi droits, au cœur de cette nature sauvage et âpre de l’Apurimac. Contraste souligné par les jeux d'ombre en ce milieu d'après-midi.
Ce que je ne réalise pas, c’est que si ces terrasses agricoles sont si nettes, c’est grâce à leur entretien régulier, car la nature reprend vite ses droits (cf. photos in hiking.topicwise.com/...page/?page_id=414981, reflétant la situation en mars 2015, en saison humide).
Orientées vers le sud-est, ces terrasses agricoles bénéficient d’une bonne irrigation grâce à leur proximité avec le rio Chunchumayo alimenté toute l’année par la fonte du glacier du Nevado Quri Wayrachina / Corihuayrachina (littéralement "fonderie de l’or" en quechua). Du site, on a d’ailleurs une vue dégagée sur sa cascade.
(au nord-est de Paqchayoc, la quebrada de Chunchumayo, le torrent issu du Nevado Quri Wayrachina)
D’après les chercheurs, le microclimat ambiant aurait favorisé la culture de la coca, expliquant ainsi pour partie le choix de cette montagne pour y établir une cité. Plus en aval de l’Apurimac, la coca est actuellement largement cultivée et alimente un trafic de drogue plus ou moins associé avec le Sendero Luminoso. Une réalité à l’origine des recommandations alarmantes du Ministère des Affaires Étrangères français. Mais c’est bien en aval, car de nos jours, il n’y a pas la moindre feuille de coca sur ces terrasses agricoles de Choquequirao.
La coca est une plante utilisée de longue date par les populations andines pour ses propriétés médicinales (apaisant la faim et atténuant les effets de l'altitude). Entre autres par les incas qui en faisaient un large usage dans leurs rites religieux, une pratique qui perdure avec le chamanisme andin. Les fouilles en cours fourniront peut-être des données tangibles à la palynologue.
(terrasses agricoles en zone ouest de Paqchayoc)
En zone ouest, les terrasses suivent le terrain en arc-de-cercle, et forment ainsi une sorte de théâtre. J’avoue que sur le moment même, je n’y ai pas songé, mais cela m’est apparu à revoir mes photos.
Cette zone ouest est un peu à l’écart et j’ai un peu de mal à m’en extraire, revenant plusieurs fois sur des terrasses déjà explorées, avant de parvenir à trouver la sortie. Il est 15h24, soit une visite achevée en moins d’1/2 h, je n’ai vraiment pas traîné. Même si en 2006 j’avais déjà vu d’impressionnantes terrasses agricoles à Pisaq, à Ollantaytambo, et à Machu Picchu, sans oublier les originales terrasses circulaires de Moray, celles de Paqchayoq sont saisissantes par la grande déclivité dans laquelle elles s’inscrivent.
(canyon de l'Apurimac à l'ouest de Choquequirao, vu depuis Paqchayoc)
Tenté un instant à visiter les autres terrasses agricoles de Choquequirao, le site voisin de Paraqtepata (secteur X), je dois y renoncer du fait de l'horaire avancé, avec le léger regret d'avoir passé tant de temps à déjeuner. Mais c'était l'occasion d'un échange culturel avec les jeunes archéologues puis les terrassiers. Depuis mon premier voyage en Iran (2007), j'ai compris que le voyage peut être plus riche que les seules visites.
Une renonciation judicieuse car il est plus que temps d’entamer ma remontée vers le campement, avec un peu de peine face à une pente si raide. Surtout, il y a quand même un dénivelé positif de 280 m. J’arrive au campement vers 16h15, ce qui confirme que mon rythme d’ascension est de 20’ pour 100 m de dénivelé, alors qu’il y a 10 ans, 10’ me suffisait… Et encore, c’est sans charge aujourd’hui. Le temps de passer encore 2 l d’eau en traitement AquaTabs, et je poursuis ma montée jusqu'à la cité de Choquequirao.
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Ces terrasses agricoles sont souvent délaissées par les visiteurs :
- d'une part parce qu'elles sont bien à l'écart des autres sites du parc archéologique, avec un dénivelé décourageant,
- d'autre part parce que le reste du site est plus photogénique.
Il faut d'ailleurs que je poursuive ma rédaction pour en rendre compte.
A suivre !
Fabrice
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Le sentier traverse la forêt, souvent droit dans la pente, et présente de nombreux passages de marches, heureusement courts.
Cela s’avère plus loin que ne le laissait imaginer le plan présenté ce matin par le gardien du site à la billetterie. Et donc plus long. Vais-je parvenir aux terrasses aux lamas avant le coucher du soleil ?
Au bout d’environ 180 m de dénivelé, le sentier aboutit à un chemin quasi horizontal. Bientôt, je franchis une barrière en bois par une étroite ouverture, sans doute pour empêcher l’entrée de mules en vadrouille. Un grand panneau annonce la cité de Choquequirao.
Aussi orthographié Choquekirao, Choquekirau, Choqek'iraw.
En aymara (quechua selon certaines sources), Choque signifie "or" (et tout ce qui s’y rattache), Quirao signifie "berceau". Choquequirao serait "Le berceau de l’or". Pourtant, on n’a jamais retrouvé la moindre parcelle d'or sur le site. Peut-être Choquequirao ferait référence au rougeoiement du sommet voisin Corihuayrachina lors du coucher du soleil. D’ailleurs, en quechua, cori signifie "or", et huayrachini désigne le four à vent utilisé pour fondre ce métal à l’époque précolombienne. D’aucuns évoquent aussi la ressemblance du profil oriental de la cité avec le profil d'un berceau de style andin.
La cité semble avoir été construite sous le règne de Tupac Yupanqui, et sans doute en s’inspirant de Machu Picchu, établi par son père Pachacutec. La construction s'appuya sur la roche locale, plutôt friable, ce qui exigeait l'emploi d'un mortier à base d'argile. Les murs ne présentent donc pas l'admirable ajustement fin que l'on admire à Machu Picchu ou Cuzco, voire même Pisaq. Les trouvailles archéologiques récentes montrent que le site était déjà occupé avant l’arrivée des Incas, a minima par les Chankas.
Choquequirao aurait été abandonnée par les incas vers 1572, date de la capture du dernier souverain Tupac Amaru.
Une centaine de mètres plus loin, j’arrive à un site étonnant (16h45), il s’agit de grandes terrasses supérieures (3040 m), constituant le secteur VII.
(les grandes terrasses vues depuis la Place Principale)
Présentant seulement 3 niveaux, elles sont constituées de murs de 3-4 m de haut, chaque terrasse ayant environ 10 m de large. Surtout, elles sont d’une longueur impressionnante, plus de 200 m. Si longues qu’il est difficile de les photographier.
(base des grandes terrasses vers l'ouest, depuis le milieu)
(base des grandes terrasses vers l'est, depuis le milieu)
D’être déjà dans l’ombre ne les favorisent guère au plan photogénique. En l’absence de panneau indicateur, je les gravis, mais fais vite face à une impossibilité de progresser. Après plusieurs essais infructueux, je reviens au pied de la terrasse du bas. En fait, ce support empierré est le chemin à suivre.
A noter que les communications des archéologues n'évoquent jamais un usage agricole pour ces grandes terrasses. Est-ce une omission involontaire ou une vérité avérée par une étude des pollens retrouvés dans le sol ? Ainsi, ces grandes terrasses pourraient avoir été vouées à la culture de plantes à usage sacerdotale et/ou médicinal. Difficile d'imaginer que cette énorme construction n'aurait été entreprise que pour stabiliser le terrain.
A l’extrémité ouest de ces grandes terrasses, un sentier se poursuit et me mène rapidement à une grande esplanade gazonnée (16h54) : c’est la Place Principale (~3030 m) constituant le secteur III.
Située quasiment sur la crête, la Place Principale s’étend sur plus de 40 m de long, et environ 25 m de large. Des bâtiments sur son côté nord, l’arrivée d’un aqueduc côté ouest, et ce qui est considéré comme un temple côté sud. Un bref coup d’œil aux bâtiments et à l’arrivée de l’aqueduc, le temps de faire quelques photos du lieu. Visite express car le soleil décline sur la ligne des montagnes et j'ai à cœur de découvrir les célèbres terrasses aux lamas sous un bel éclairage.
(arrivée de l'aqueduc, avec l'ushnu en haut à droite)
En l’absence d’indication visible au niveau de la Place principale, je cherche (17h01) côté nord-ouest l’accès à ces terrasses aux lamas. Je découvre un petit panneau indicateur, mais la direction à suivre n’est pas très claire. Après quelques fausses-pistes, je trouve un sentier descendant dans la pente. Ma course contre le soleil continue. Sera t-il encore rayonnant lorsque j’arriverai aux terrasses aux lamas ?
S'exposer à l'Etranger lointain amène à mieux connaître et comprendre sa propre Culture.
Suite à ton retour quelques petites questions pratiques.
Je cherche un "joli" trek pas fréquenté et ce dont tu parles pourrait nous convenir. Couple sportif montagnard.
Cependant je ne désire pas assurer le portage et préserver mes genoux pour les saisons à venir.
Alors
- Est ce facile de trouver un arriero et à quel endroit ? As tu une idée du prix ? (c'est une ligne droite, il doit donc faire 1/2 tour à la fin)
- Est ce possible de trouver tente et matériel pour dormir dans le même secteur
- Pour le ravitaillement, est il possible de manger correctement
- Est ce facile de trouver un arriero et à quel endroit ?
Comme je l'ai écrit, j'ai été un peu étonné de ne pas avoir été prospecté à Cachora. Il est vrai que je suis arrivé tard en fin de journée, et que je suis parti peu après le lever du soleil. Mais plusieurs comptes-rendus lus sur le web témoignent du recrutement à Cachora même d'un arriero et de sa mule. Y compris le jour même. Classiquement, c'est pour l'aller-et-retour vers Choquequirao.
Dans le cas où l'on poursuit vers Vitcos / Vilcabamba au-delà de Yanama, il risque de ne pas avoir de volontaires. Il faudra alors changer d'arriero à Yanama. A priori pas de souci si l'on poursuit jusqu'à Totora, car cela rapproche l'arriero de Cachora comme le montre une carte géographique. Il lui suffit de couper à travers la Cordillère de Vilcabamba pour se retrouver à Cachora.
De ce que j'avais compris, chaque hôtelier a ses arrieros "partenaires" à proposer à la clientèle.
Il y a sans doute une saisonnalité, car cette activité rentre en concurrence avec la mobilisation par les agences de Cuzco (pointe en juillet/août) et avec les travaux agricoles (quand ?).
Pour cet aspect et le reste de la logistique à prévoir, je recommande la présentation haute en couleurs de Mayake sur la base de son expérience de 2012. A lire sur mayake.wordpress.com/...tree-du-choquekirao/ et suivants. Un verbe délicieusement imagé.
As tu une idée du prix ?
Ma seule idée, ce sont les témoignages que j'ai pu lire sur le web. Le plus récent lors de mon étude préparatoire rapportait pour janvier 2016 les tarifs suivants :
- mule 30 S/j,
- arriero 35 S/j,
- repas arriero 10 S/j
A priori, l'arriero assure lui-même son hébergement. Tarifs assez proches de ce que j'avais lu rapporté pour 2014.
(c'est une ligne droite, il doit donc faire 1/2 tour à la fin)
Pas de ligne droite si l'on consulte la carte géographique. Mais oui si c'est pour signifier que je ne suis pas revenu à Cachora. Dans ce cas, il faut rémunérer l'arriero pour son retour. Mais les autochtones vont beaucoup plus vite que les trekkeurs occidentaux, et utilisent des "raccourcis". Ainsi, il leur suffit de 2 jours pour revenir de Totora à Cachora.
- Est ce possible de trouver tente et matériel pour dormir dans le même secteur
En général, les trekkeurs viennent avec leur équipement ou le louent à Cuzco. Mais cela serait aussi possible à Cachora (cf. témoignage de Mayake).
- Pour le ravitaillement, est il possible de manger correctement
Tout dépend évidemment ce que l'on appelle "correctement". Mon expérience a été correcte en ce sens que j'ai été rassasié et que je ne suis pas tombé malade. Mais cela s'est réduit systématiquement à un arroz con huevo (avec frittes ou yucca). Les comptes-rendus sur le web sont unanimes à se plaindre de la cuisson des pâtes avec ou sans sauce tomate. Sans doute une question de goût local...
Voilà de quoi patienter en attendant que je reprenne la suite de mon récit.
Fabrice
S'exposer à l'Etranger lointain amène à mieux connaître et comprendre sa propre Culture.
Bonjour Fabrice et merci pour ce récit pour le moins détaillé .
Nous avons effectué ce même parcours voilà déjà 3 ans et en vous relisant je ressent toutes vos impressions , les odeurs des chemins la beauté des paysages et la beauté de cœur des Péruviens .
Merci de nous faire revivre ces beaux moments même si je trouvais que "ça montait fort " rire....
Cordialement Anne et Claude.
"Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise humaine... mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue". A Einstein
Effectivement, les pentes dans cette région de l'Apurimac sont particulièrement prononcées. Rien qu'à les contempler, c'est déjà un supplice psychologique. Heureusement pour moi, j'étais un trekkeur "averti", préparé que j'étais après avoir vu des photos publiées çà et là sur le web.
Si vous avez effectué ce trek il y a 3 ans, cela prouve néanmoins que ces pentes ne résistent pas à coeur vaillant, même à la soixantaine bien avancée.
Merci aussi pour cette belle photo de La Compania de Cuzco, à laquelle l'ancien élève des Jésuites, que je suis, ne peut qu'être sensible.
Fabrice
S'exposer à l'Etranger lointain amène à mieux connaître et comprendre sa propre Culture.
Le sentier descend en faisant des lacets dans une pente abrupte et me conduit assez vite (17h10) à une petite terrasse ornée d’une frise blanche en zigzag (~3000 m), une caractéristique que je n’avais pas encore vu sur un site inca.
Certains y voient l'influence des Chachapoyas. Il est vrai que ces motifs sont présents sur les bâtiments à Kuelap, ainsi que sur nombre de leurs demeures de la région, comme j’ai pu le constater il y a 2 semaines au début de mon voyage. Ces frises représenteraient le serpent, un animal divinisé dans les cultures andines. Etait-ce le fruit d’échanges culturels ou la marque du travail d’une communauté déplacée (mitimae) comme l’imposait souvent le conquérant inca ?
A voir le soleil déjà bas sur le versant opposé, je réalise qu’il sera caché bien avant 18h00, l’horaire habituel de son coucher en cette saison. Je presse donc le pas autant que possible, en évitant de me mettre en danger sur ce terrain si escarpé. Les terrasses s’échelonnent sur une centaine de mètres dans la pente, alors que le sentier serpente dans ce versant arboré, à une quinzaine de mètres sur la gauche à l’écart des terrasses.
Pour la seconde fois de la journée, je croise le groupe des trekkeurs en agence qui revient justement des terrasses aux lamas. Ce n’est plus très loin, me dit-on. Leur guide me recommande d’aller au mirador. Comme je n’avais pas connaissance de ce mirador, je ne suis pas sûr d’avoir bien compris, je retiens juste qu’il faut aller jusqu’au bas des terrasses. Je verrait bien sur place. Le sentier poursuit en zigzaguant dans la pente, parfois équipé de marches en bois, évidemment pas d’origine inca. Si l’INC a jugé nécessaire d’installer ces marches, cela illustre bien que la déclivité est vraiment très forte. J’appréhende déjà l’effort qu’il faudra produire pour remonter au retour. Ces terrasses sont beaucoup plus en contrebas que je ne l'imaginais.
Après 14 virages, le sentier aboutit (17h22) aux premières terrasses aux lamas (~2900 m).
Découvertes seulement en septembre 2004 par l’archéologue péruvien Zenobio Valencia, ces terrasses aux lamas sont une spécificité unique de Choquequirao. Il ne s’agit aucunement de lamas pâturant sur des terrasses, comme j’ai déjà pu le voir en 2006 à Machu Picchu. Ces terrasses aux lamas correspondent à des lamas représentés de profil sur les murs de soutènement. La technique est simple mais efficace : au sein des murs de soutènement faits de pierres grises (comme toute terrasse inca), sont ici incrustées quelques pierres blanches, lesquelles dessinent le profil d’un lama. Un peu comme une mosaïque. D’après l’archéologue français Patrick Lecoq, le style très schématique de ces lamas s’inspire de celui des tissages textiles, un style que l’on retrouve encore de nos jours sur les pulls, ponchos, bonnets, ceintures... commercialisés dans les Andes. Ce style représentatif est aussi similaire à celui des petits objets d’orfèvrerie retrouvés lors de fouilles sur d’autres sites, comme à Machu Picchu.
Du temps des incas, la principale voie d’accès (découverte en août 2005) à Choquequirao venait de Vilcabamba et Vitcos au-dessus du rio Yanama et passait juste en contrebas de ces terrasses. Après avoir franchi la porte d’accès, le visiteur d’antan découvrait au détour du sentier ces grands panneaux a priori à vocation cérémonielle. Exposées à l’ouest, et donc particulièrement mises en valeur au soleil couchant, ces représentations stylisées sont parfois appelées Los Llamas del Sol (les lamas du soleil).
L’ensemble comprend 129 terrasses, relativement courtes (1,5 m de large), s’étageant entre 2 766 m et 3 010 m dans une pente très prononcée, jusqu’à 70 à 80 % ! Mais seules 18 de ces terrasses sont ornées d’un ou plusieurs lamas. En général, un unique lama est représenté par terrasse, mais 2 terrasses disposent de 3 lamas, et 2 autres terrasses présentent en sus du lama au format standard un lama de petite taille. Un peu comme un lama femelle et son petit. Un détail attendrissant.
Au total, ce sont donc 24 lamas qui accueillaient le visiteur.
Je descends prudemment au travers des terrasses, d'autant que les marches y sont particulièrement hautes. C’est pentu, c’est très pentu, de quoi avoir le vertige. Ils étaient fous ces incas !
(vue plongeante le long des terrasses aux lamas)
Par l’escalier, je parviens jusqu’au bas des terrasses (~2840 m d’après Google Maps), qu'un sentier longe en direction du mirador. Le temps d'atteindre ce mirador (17h29) d'où l'on peut admirer l’ensemble des terrasses aux lamas, j'ai eu une quinzaine de secondes pour les photographier, et le soleil s'est caché derrière les montagnes. Il était temps d'arriver !
Au plus près des terrasses, on ne peut le percevoir, mais depuis le mirador, on réalise que ces lamas ne sont pas répartis au hasard dans la pente. D'après l'architecte américain Vincent Lee, ces effigies constitueraient une caravane de lamas conduite par un arriero représenté sur l'une des terrasses au niveau inférieur. En effet, ces lamas sont en ligne comme ils pourraient l’être sur un sentier serpentant dans la pente. Ainsi, ils apparaissent comme une caravane, avec l’arriero fermant la marche. Je n’ai pas vu ce dernier, oubliant même d’en chercher la représentation, mais il est effectivement présent au plus bas, certains visiteurs le qualifiant d’extra-terrestre (il est vrai qu’il est très très schématique et sa tête surdimensionnée rappelle le casque d’un cosmonaute).
D’après l’archéologue Percy Paz, cette caravane se dirige vers Yanama, une étape du trek en direction de Machu Picchu. Pour ma part, j’y vois tout simplement une caravane faisant l’ascension de ce versant vers la cité de Choquequirao.
En zone supérieure, la présence de plusieurs lamas sur une même terrasse, ainsi que de couple femelle / petit, fait plutôt penser à un troupeau en pâturage.
L’usage des terrasses reste en débat. Eu égard à l’immense effort qu’il a fallu réaliser pour construire ces terrasses dans une pente si abrupte, il est difficile de ne pas envisager un usage agricole. Par exemple pour y cultiver du mais. Sauf que les plants de maïs atteignent 1,70 m de haut, ce qui aurait alors dissimulé les mosaïques aux lamas.
Pour approfondir le sujet, lire :
- "Terrasses aux mosaïques de Choqek’iraw : Description générale et premières interprétations" (Patrick Lecoq, Journal de la société des américanistes, déc-08) in jsa.revues.org/11497, présentant en détail ces terrasses aux lamas et les interprétations des archéologues, puis l’analyse de l’auteur.
- "Choquequirao (IV) Descripción y aproximación histórica", Présentation étoffée (2012) en espagnol avec de belles photos illustratives in formentinatura.wordpress.com/...-historical-acc..., dont une partie couvre en détail les terrasses aux lamas avec entre autres une photo pour chacun des lamas représentés et pour l’arriero.
Maintenant que le soleil est caché, la nuit ne va pas tarder. C’est donc à pas forcé que je reviens vers la cité. Contrairement à ce que j’appréhendais, je ne peine pas trop à remonter.
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Peu avant 18h00, je suis de retour à la Place Principale. En arrivant du bas du versant nord-ouest, je réalise le côté hors norme du canal : un véritable aqueduc descendant la crête.
Je ne traîne pas et prends vite le sentier descendant côté versant Est vers le site de Pikiwasi. En une dizaine de minutes, j’arrive sur ce site modeste.
Qualifié souvent de centre administratif, Pikiwasi / Pikihuasi ("maison de la puce" en quechua) est un ensemble de maisons populaires d’après l’architecture des bâtiments et ce que les archéologues y ont retrouvé : morceaux de céramiques, traces de foyer, os calcinés de lamas et cuys, mortiers…
Pour le non initié, Pikiwasi présente surtout des murs séparant des habitats collés les uns aux autres. Rien de très excitant, je traverse rapidement le site, sans y trouver quoi que ce soit qui retienne mon intérêt. Quelques minutes plus tard, j’essaie de trouver le sentier conduisant au campement. Mais l’obscurité gagne et, ne trouvant pas ce sentier, je décide de revenir sur mes pas, d’abord à la Place Principale, puis au campement par l’itinéraire suivi à l’aller.
Revenu à l’embranchement pour le Col de Choquequirao, je mets en service ma lampe frontale, car le sentier du campement s’enfonce dans la forêt. En dépit de cet éclairage, je me fais un peu peur à plusieurs reprises du fait des portions d’escalier. Ce n’est vraiment pas le moment de se faire une entorse. Heureusement sans croiser un ours à lunettes, espèce présente dans les environs.
Alors que j’approche du campement, je rencontre le gardien du site, à côté d’une maison en dur que je n’avais pas repéré auparavant. Surprise, il m’indique que mes jeunes "compagnons" de la veille (le couple américain et le couple franco-catalan) ne sont pas entrés à Choquequirao. J'espère qu'il ne leur ait rien arrivé de fâcheux, mais je suis tout de même inquiet car Hankey se plaignait de douleurs lorsque j’ai quitté Santa Rosa Baja hier soir.
Une fumée épaisse s'échappe de la maison où vivent les gardiens du site, venant parfois à notre hauteur. Cela prend à la gorge et interrompt le dialogue. Au cours de la conversation, je me montre admiratif du bâtiment et du confort que j'imagine, mais cela n’incite pas mon interlocuteur à me proposer l’hospitalité. Il est vrai que cela serait pour les gardiens une infraction, et surtout un précédent délicat à gérer à l'avenir.
A défaut, je rejoins le campement où je vais devoir préparer le dîner et déterminer où dormir.
(nota pour ceux qui avaient déjà lu la première page, j'y ai ajouté plusieurs photos ce 04/02 soir)
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J'ai effectué la même rando début avril 2016, avec portage des sacs, et c'est intéressant de confronter mon expérience à la vôtre! J'y étais également allé en mai 2009 mais cette fois-là en aller-retour Cachora-Choquequirao et en portant nous-mêmes tout le barda.
Pour répondre sur la question de l'arriero et des tarifs, nous sommes arrivés dans l'après-midi à Cachora et avons réussi à trouver un arriero avec un cheval et une mule pour un départ le lendemain matin. Et ce, sans parler espagnol...ce qui n'était pas une mince affaire. Je me suis adressé au poste de police et avec l'aide d'un lexique, on y est arrivé. D'abord dirigé vers une sorte de patriarche local, j'ai ensuite rencontré le "patron" d'un arriero, ou plutôt sa patronne.
De mémoire nous avons payé 35 NS par jour et par animal, 40 NS par jour pour l'arriero. Théoriquement cela incluait ses repas, en pratique l'arriero nous a dit plus tard que non...vu le prix des repas (5 à 10NS), nous lui en avons payé quelques uns. C'était pour aller jusqu'à Totora et avec son retour on nous a donc compté 8 jours, ce qui est normal. Donc un total de 880 NS. Après négo je crois qu'on est tombé à 800 ou 850, je ne me souviens plus.
Nous avons dormi à la Casa de Salcantay (l'hôtel presque chic du coin) et là-bas les tarifs demandés pour l'arriero et les mules étaient plus élevés, de l'ordre de 45 à 50 NS je crois. Au passage, la patronne de cet hôtel est très gentille et serviable. Nous n'avions pas assez de liquide pour tout la rando et avions avec nous un jeune ado de 12 ans, elle a gentiment proposé de nous avancer de l'argent et nous l'avons ensuite remboursée par virement, une fois rentrés à Cusco. Tout cela alors que nous avions décliné son offre pour les mules. Une belle confiance!
Je rêve que ce téléphérique ne soit jamais construit et que je puisse un jour retourner sur le site quand il sera davantage sorti de la forêt...ces deux voyages là-bas étaient extraordinaires.
D'une part, pour vos informations récentes sur le portage de Cachora à Totora.
D'autre part, pour la photo jointe, prise dans la descente du Col de San Juan vers Yanama, et représentant le passage le plus spectaculaire de tout le trek. C'est l'unique endroit où j'ai vraiment veillé attentivement où je mettais les pieds, car je craignais qu'un faux-pas me fasse passer dans le vide. Je l'aborderai évidemment dans la suite de ce carnet de trek.
Ce qui est très intéressant avec votre photo, c'est que l'on y voit des marcheurs (ma photo n'en a pas, rançon d'un trek solitaire), et surtout que le cadre naturel est beaucoup plus verdoyant (avr-16) que lors de mon passage en septembre. Evidemment, je joindrai quelques photos pour constater la différence.
Mais pour l'instant, je n'en suis encore qu'à ma nuitée à Choquequirao. A suivre !
Fabrice
S'exposer à l'Etranger lointain amène à mieux connaître et comprendre sa propre Culture.
Alors que je me dirige vers le fond du campement, je croise l’un des américains, et au vu de son apparence, je lui demande s’il ne serait pas d’origine indien. Si fait, il est originaire du Karnataka. L’occasion pour moi d’évoquer le beau voyage que j’y ai fait au printemps 2015, notamment ma grande admiration des temples Chalukya (Aihole, Pattadakal) et Hoyasala (Belur, Halebid, Somnathpur). Nous conversons longuement sur mes expériences indiennes qui l’étonnent. Le reste de son groupe prend l’apéritif dans la tente-mess dressée par l’agence, on vient nous proposer un verre : non merci, très peu pour moi. Notre conversation s’interrompt alors que le dîner va leur être servi.
Question dîner, je comptais sur le réchaud du couple franco-catalan (ils m’en avaient fait la proposition hier), mais il faudra m’en passer puisqu’ils ne sont pas là ce soir. Récupérant mon sac-à-dos dissimulé derrière le petit bâtiment au fond du campement, j’y prélève mes victuailles et me rapproche de la tente-mess. Non pas que je veuille partager quoique ce soit, d’ailleurs je m’installe côté cuisine. Ainsi, l’éclairage de la tente-mess me permet de ne pas consommer les piles de ma lampe frontale.
Dîner de survie avec de la soupe instantanée de maïs Maggi diluée à l'eau froide, des céréales granola, quelques tomates, 2 petits pains, et une banane. Beaucoup plus humble que le dîner du groupe d'américains dans leur tente-mess, même si leurs pizzas et spaghettis ne me font aucunement envie. J’avoue que j’aurais tout de même volontiers accepter de l’eau chaude pour ma soupe...
A la fin de leur dîner, les américains ont droit à l’exposé par leur guide du programme de leur journée à venir : ce qu’ils verront, à quel endroit c’est tranquille, à quel moment l’effort sera exigeant, l’importance de rester solidaire dans l’épreuve, etc.
Passé 20h30, chacun regagne sa tente... et moi le bâtiment au fond du campement. La porte en tôle est fermée, mais la fenêtre n’est obturée que par une toile plastique punaisée sur les montants. En dégageant le bas de cette toile plastique, je peux jeter un coup d’oeil à l’intérieur : une pièce vide hormis 5 matelas empilés, voilà qui m'arrange. Un petit rétablissement sur les poignets et je m’introduis dans cette pièce.
J'y passerai la nuit en dépit d'une tenace odeur de suie. La pièce aurait servi à cuisiner d'après ce qu'avait évoqué le gardien du site… Comme la seule fenêtre n'est plus obturée, le fond de l'air est frais. Je me couche tout habillé, anorak et gants compris. En cours de nuit, j'ajouterai même une deuxième paire de chaussettes chaudes.
Réveil programmé pour un peu avant 05h30, car ma 3ème journée de trek sera conséquente.
P.S. : je ne suis pas fier de cette nuitée un peu squattée. Le choix raisonnable aurait été de revenir coucher à Marampata, en n'attendant pas que la nuit tombe sur Choquequirao.
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- 11 km parcourus, dont 3 km de trek Marampata → campement de Choquequirao.
- dénivelé positif (d+) : 1 150 m
- dénivelé négatif (d-) : 1 150 m
temps de marche non pertinent du fait des visites.
Par segment :
- Marampata → Campement : 3 km, d+ 250 m, d- 250 m,
- erreurs initiales avant Paqchayoq : d+ 300 m, d- 300 m,
- descente Campement -> Paqchayoq : d- 280 m,
- descentes & remontées sur le site de Paqchayoq : au moins 5 fois d+ 40 m / d- 40m,
- remontée Paqchayoq -> Campement : d+ 280 m,
- montée Campement -> Place principale : d+ 180 m,
- descente + remontée Place principale <-> Terrasses aux lamas : d+ 180 m, d- 180 m,
- descente + remontée Place principale <-> Pikiwasi : d+ 30 m, d- 30 m.
- redescente au campement : d-180 m.
Ce qui devait n'être qu'une courte journée de trek, c'est révélé finalement équivalent à une journée de trek bien remplie. Car le site archéologique étant réparti sur la pente, les cuisses et les mollets sont bien mis à contribution !
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Levé à 05h20, je remets promptement les 2 matelas utilisés sur le tas, comme je les avais trouvés, puis je ressors du bâtiment par la fenêtre.
Dehors, il y a déjà un bon soleil, mais le ciel est très nuageux. Probablement la brume matinale.
(Campement de Choquequirao. Au fond, le bâtiment dans lequel j'ai trouvé refuge la nuit dernière)
Avant de partir, je remplis 2 l d’eau à la fontaine et j’y glisse dans la foulée 2 pastilles de traitement AquaTabs. Cela devrait suffire jusqu'au prochain point d'eau, à Pincha Unuyoc.
Peu après le départ des trekkeurs américains, je quitte moi aussi le campement (05h46). A mon programme, ce que je n’ai pas eu le temps de visiter hier, puis poursuite du trek jusqu’à Maizal, lieu de mon prochain hébergement.
Ce matin, point d’hésitation sur ce sentier déjà suivi hier. Juste après le franchissement de la barrière délimitant le site archéologique, je dépose mon sac-à-dos derrière un muret, le dissimulant ainsi à la vue des prochains visiteurs. Sauf à ce qu’ils se retournent une fois franchie la barrière...
Dépassant sans hésitation les grandes terrasses, j’arrive promptement sur la Place Principale.
(les grandes terrasses noyées dans le brouillard, vues depuis la Place Principale)
Le site est toujours couvert par la brume matinale, mais j’ai la surprise d’y retrouver le groupe de trekkeurs américains. Leur guide leur fait faire la visite, et, alors que je me balade sur le site, j’écoute de loin et un peu distraitement ses explications. Rien de bien nouveau pour moi.
Les bâtiments incas ne présentent pas de caractéristiques admirables même s’ils sont bien construits. On n’y retrouve pas les énormes blocs visibles à Cuzco, Ollantaytambo, ou Machu Picchu, s’emboîtant parfaitement sans le moindre interstice.
La raison en est toute simple. Il n’y avait pas de gisement d’andésite à proximité de Choquequirao. La roche locale ne se prêtant pas à ces remarquables agencements, les constructions reposent ici sur des murs de pierres sèches plus ordinaires dans leur apparence.
Croisant le groupe, je me risque néanmoins à questionner le guide : vous parlez d’ichu pour la toiture, mais il n’y en a pas dans la région. "Si, si, beaucoup d’ichu entre Maizal et Yanama", me répond-il. J’aurai l’occasion de vérifier cela demain puisque c’est précisément sur l’itinéraire du trek.
Alors que le site est toujours noyé dans la brume matinale, je monte (07h14) vers l’ushnu (secteur V de Choquequirao).
Qu’est-ce qu’un ushnu (usnu en quechua) ? Le terme est polysémique. Selon les sources historiques, ce serait au choix :
- un bassin ou une fontaine associée à un gnomon, l’ensemble constituant un axis mundi ;
- une structure de pierre au milieu d’une place d’où l’Inca (ou son représentant) présidait aux cérémonies ;
- un centre cérémoniel.
Un ushnu se trouvait au centre de la grand-place de Cuzco. La plupart des ushnus ont été détruits par les espagnols dans leur volonté d’éradiquer la religion des incas.
L’ushnu de Choquequirao a été construit par arasement du petit sommet de l’arête dominant la Place Principale. Entouré d’un petit muret de pierres, il constitue une plate-forme ovale d’environ 30 m de large sur 50 m de long.
(la plate-forme de l'ushnu de Choquequirao)
Cet ushnu s’avère ainsi beaucoup plus vaste que je ne l’imaginais. Il ne ressemble aucunement à l’ushnu que j’ai visité à Vilcashuaman, lequel répondait mieux à la définition d’une structure de pierre d’où l’on présidait à des cérémonies. D’aucun en font un observatoire astronomique, mais cette seule finalité n’aurait pas exigé l’arasement d’une si vaste surface. A mon avis, c’était aussi un espace de réunion. Ce qui est sûr, c’est que cet espace a servi d’héliport pour la visite du Président Toledo le 1er octobre 2003. Moins sportif que la voie d’accès pédestre...
Du fait de la brume, on ne voit pas le site archéologique, ou seulement partiellement et très fugitivement. C'est fantomatique !
(vue de Choquequirao depuis l'ushnu)
Pas très photogénique alors que c’est le meilleur point de vue sur la Place Principale et le Quartier Inférieur.
En l’absence d’éclaircie, je poursuis ma visite par la Maison du Prêtre (07h23-07h25) située dans le Secteur VI de Choquequirao. En descendant à l’est depuis l’ushnu, on trouve 2 pièces jumelles. Elles ont 2 étages et sont entourées d’un mur comprenant une seule entrée. Malgré leur nom, leur usage reste incertain.
L’ensemble de ce secteur est très accessoire et je reviens vite à l’ushnu.
Toujours pas d’éclaircie dans cette épaisse brume. Pour patienter, je prends mon petit-déjeuner : barre énergétique, pain, tomate, banane, sans doute aussi des fruits secs… Comme Le temps ne se lève toujours pas, je rédige quelques notes sur mon carnet de voyage, de quoi garder le souvenir de la journée d’hier. Peu avant 09h00, le site se dégage de la brume, mais en l’absence de soleil, il reste dans une tonalité grise peu photogénique.
(vue de Choquequirao depuis l'ushnu. S'y distinguent clairement la Place Principale et le Quartier-Bas, les grandes terrasses, et le Quartier-Haut d'où descend l'aqueduc)
Peu après, arrive le jeune américain Hankey, bientôt rejoint par sa compagne. Hier, ils ont passé une journée tranquille avec Xavier et Ana à Marampata où ils ont couché. Voilà un scénario de paresseux auquel je n’avais pas pensé. Au moins, je suis rassuré qu’ils ne leur soient rien arrivés de fâcheux. Hankey et sa compagne vont faire une rapide visite de Choquequirao, sans les terrasses agricoles du bas, puis poursuivront pour aller coucher à Maizal. On se retrouvera donc.
In fine (09h20), le soleil apparaît sur le site suffisamment dégagé pour que je puisse le photographier.
(Place Principale et Quartier-Bas vus depuis l'ushnu)
Ma longue attente a été récompensée, cela faisait quand même plus de 2 heures que je patientais... De retour sur la Place Principale, il est pressant que je reprenne le trek, car c’est aujourd'hui une étape exigeante, avec d’impressionnants dénivelés. En fait, c’est du même acabit que ma première journée de trek. Redoutable donc, d’autant plus qu’il est déjà tard (09h30) dans cette matinée.
De retour à l’entrée du site archéologique, au niveau de la barrière régulant l’accès, je croise deux jeunes couples de péruviens qui se révèlent venir d’Arequipa. L’occasion de témoigner du plaisir que j’avais eu à visiter Arequipa en 2006. Avant de les quitter, je leur sers de photographe, eux posant fièrement devant le panneau annonçant le site archéologique de Choquequirao.
Ceci fait, je récupère mon sac-à-dos toujours planqué derrière le petit monticule de pierres, et je m’engage sans tarder sur le sentier conduisant au Col de Choquequirao.
A suivre, Choquequirao -> Maizal
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Vos photos montrent une grosse différence avec celles que j'ai prises en avril 2016. Bien sûr il y a le passage de la saison sèche mais je pense qu'ils doivent aussi utiliser du désherbant pour éviter que ça repousse. Ci-joint quelques photos pour comparer.
J'imagine le nombre d'heures de travail pour, chaque année désherber et tailler la végétation, ils vont devoir mobiliser les grands moyens s'ils veulent continuer à extraire le reste du site de la forêt. Vous avez aussi dû remarquer tous les vestiges de murs qu'on devine sous les arbres, en particulier lorsqu'on descend vers le bas du site...je suis curieux de voir à quoi ressemblera le site dans quelques années.
Mais je préfère l'avoir visité seul (nous étions 2 en 2009, 3 en 2016, personne d'autre sur l'ensemble du site à part 2-3 ouvriers), plutôt que de le voir mieux dégagé mais couvert de touristes.
Je lis avec plaisir le récit de votre rando, ça me rappelle de bons souvenirs, j'attends la suite! J'avais souffert dans la fin de la montée vers Maizal...
En début de montée (10h00), une trouée dans la végétation me permet de revoir l’ushnu dominant le Temple et la Place Principale. De là, on identifie bien l’arasement du sommet.
20 minutes plus tard, le sentier traverse l’aqueduc qui autrefois alimentait Choquequirao en eau. Bel ouvrage.
Un quart d’heure plus tard, l’ushnu apparaît tel un héliport.
La montée vers le col s’avère plus longue que je n’imaginais. Je peine bien, devant m’arrêter à plusieurs reprises pour reprendre un peu mon souffle. L’occasion de se retourner pour revoir à distance l’ushnu dominant le Place Principale. Malheureusement, la végétation environnante ne permet pas d’avoir une vue pleinement dégagée. Au moins, cela protège un peu des rayons du soleil qui sont vite devenus ardents.
L’arrivée au Col de Choquequirao (officiellement 3272 m, conforté par la vue OpenCycleMap, en dépit des 3340 m affichés sur Google Maps) constitue un grand réconfort, car je trouvais que cela n’en finissait pas. Là encore, c’est plus un passage qu’un col au sens traditionnel. On passe d’une vallée à une autre par une épaule, au même titre que le Col de Capulyoc.
Là, une trouée dans la végétation permet l’une des plus belles vues du site, avec le Quartier-Haut (que j’ai oublié de visiter), la Place Principale, et l’ushnu se succédant sur la crête, quasiment dans un même axe. Malheureusement, je tarde à saisir mon appareil photo… et un nuage passe, plongeant le site dans l’ombre. Gasp. Je décide donc de patienter que le soleil revienne éclairer le site. Capricieux ce soleil, il se fait prier 5-10’.
11h00 je quitte le col et m’engage dans la Vallée du Rio Blanco.
Depuis le col de Choquequirao, on quitte vite la forêt pour retrouver un versant pelé, juste quelques arbustes secs, des cactus, de l’ichu, ainsi que du tarwi (lupin alpin) et du chillka (une plante médicinale à usage anti-inflammatoire). Comme à l’accoutumée sur ce trek, la pente est abrupte, le chemin raide, et la descente se révèle ardue du fait d'un sol caillouteux et instable. De surcroît, c’est très poussiéreux. Ce sentier est vraiment très désagréable. En planifiant mon trek, j’imaginais tracer à mon rythme standard (6 km/h) dans cette descente, mais j’en suis loin, très loin, aussi lent que si je montais ce sentier. Toutefois, mieux vaut cheminer lentement que se faire une entorse ou pire. D’ailleurs, inopinément, je me retrouve soudain les fesses par terre. Il a suffi d’un petit caillou qui s’échappe sous mon pied.
Désormais, je comprends pourquoi Cocuy (membre de VoyageForum) évaluait en niveau T3 la difficulté de ce segment du trek. Lorsque j’avais lu son résumé de trek, un niveau T3 ne signifiait rien pour moi, néophyte du trekking (en dépit de mon expérience ponctuelle au Ladakh). Mais confronté à ce terrain, je souffre. Je vais jusqu’à récupérer un bâton de marche, a priori issu d’une hampe de cactus. Sans piquants évidemment ;-)
De ce niveau du sentier, on a une vue plongeante sur le canyon de l’Apurimac. Ce puissant rio y apparaît comme un ruban vert serpentant au fond du canyon.
Un panneau officiel signale la présence d’oiseaux particuliers dans les environs. J’avoue ne pas y avoir prêté attention, mais aucun chant notable, ni de vol original. Je n’ai pas même souvenir d’avoir remarqué un oiseau.
Enfin, le sentier parvient dans une zone moins pentue, avec des espaces planes visiblement utilisés pour bivouaquer, sans doute aussi camper. A priori, cela doit être le lieu-dit dénommé Tajonal. J'imaginais y retrouver le groupe d'américains, mais point du tout. Poursuivons !
Hankey me rejoint, sa compagne n’étant a priori pas très loin. Leur visite du site de Choquequirao a dû être vraiment express. En fait, ils n’ont même pas vu les terrasses aux lamas. Clairement, ils n’ont pas la fibre archéologue, chacun ses goûts… Dans cette pente devenue raisonnable, mon rythme est compétitif et je colle à Hankey. Peu avant 13h00, un panneau officiel signale la présence d’ours à lunettes dans les environs. Quelques minutes plus tard (13h00), nous arrivons au site de Pincha Unuyoc.
Pincha Unuyoc (2419 m) est un site pré-inca constitué d’un ensemble de 57 terrasses agricoles en arc-de-cercle, se présentant étonnamment comme un théâtre grec (ou romain), tel celui d’Epidaure. Découvert en 1998 à l’occasion de recherches périphériques au site archéologique de Choquequirao, il en constitue le Secteur XII. Les archéologues supposent que ces terrasses agricoles approvisionnaient la Cité de Choquequirao.
Face à ce simili théâtre, le rio Yanama rugit dans son canyon.
Dans cette vallée ont été retrouvés d’autres sites archéologiques, dont celui de Cota Coca découvert en avril 2002. Pincha Unuyoc se situe justement sur le chemin inca qui reliait Cota Coca à Choquequirao.
Ce site agricole était irrigué, avec de l’eau courante canalisée et descendant de fontaine en fontaine au milieu de ces terrasses. C’est toujours le cas, et comme cette eau est potable sans traitement, le site est donc tout indiqué pour y pique-niquer.
Je m’installe au soleil à côté d’une des fontaines. Hankey et sa compagne se sont installés à l’écart dans l’une des petites bâtisses du site.
Mon déjeuner est léger : céréales, tomates, pain, bananes, fruits secs, ma routine de survie… Juste un souci, je subis l’assaut de simulies. Pour éviter leurs piqûres, je bouge continuellement les mains.
Alors qu'il n'y a pas le moindre village aux alentours (le plus proche est celui de Marampata), un homme à cheval apparaît à « l'entrée » du site, semble nous observer (inspecter ?) à distance, puis repart sans le moindre signe ni interrogation. Une séquence qui reste énigmatique. A posteriori, j’aurais pu craindre une reconnaissance du Sendero Luminoso...
Collation terminée, je me réapprovisionne en eau potable, retrouvant ainsi mes 6 l d’eau (et le handicap de poids que cela constitue). Ceci fait (13h43), sans attendre le couple américain (de toute façon, ils seront plus rapides que moi dans la montée à venir), je reprends la marche vers le RIo Blanco.
S'exposer à l'Etranger lointain amène à mieux connaître et comprendre sa propre Culture.
Peu après Pincha Unuyoc, le sentier quitte un environnement arboré et se retrouve sur un versant sec où les arbres sont rares.
Le sentier poursuit en descendant vers le Río Blanco / Yuraqmayu en quechua, lequel s’enfonce au fond du canyon.
Sur le versant opposé, j'aperçois la caravane des américains qui part à l'assaut de la pente, leur guide marquant le rythme en tête. Bien régulièrement, sans arrêt, distances maintenues entre chacun, d’apparence quasi militaire. C'est très pentu, et j'admire le rythme soutenu de ces trekkeurs américains. Même s’ils n'ont qu’un sac de balade sur le dos, les mules assurant le portage de leurs affaires...
(le sentier zigzagant à l'assaut du versant de Maizal... jusqu'au haut de la photo, et au-delà ! )
Hankey me rattrape alors que s’amorce la dernière descente vers le Rio Blanco. La pente redevient très marquée (14h30), ce qui m’oblige à grandement réduire la vitesse, et je laisse filer Hankey rejoint par sa compagne.
C’est assez étonnant ce que la Nature façonne. Dans le cas présent, il ne s’agit clairement pas d’un relief creusé dans le roc.
(moraine avant le confluent du Rio Blanco et du Rio Yanama)
J’ai plutôt l’impression que l’on a ici affaire à une gigantesque moraine, laissée par le glacier issu du Nevado Quri Wayrachina qui devait occuper cette vallée. Depuis son retrait, le Rio Blanco a trouvé une voie de sortie, puis creuse régulièrement son lit dans ce cadre étonnant. Plus en amont, le Rio Blanco est déjà engorgé.
(le Rio Blanco engorgé)
Le sentier passe à côté de quelques arbres à l’allure fantomatique.
Pas le moindre feuillage, mais comme des chevelures blanches pendant sur les branches, sans doute la marque d’une espèce parasite comme on peut en trouver dans certaines forêts alpines. Avec en sus quelques vertes broméliacées (ressemblant à des Tillandsia fasciculata), non parasites mais épiphytes (c’est-à-dire se suffisant à elle-même, sans tirer sa subsistance de l’arbre hôte).
S’ensuit une lente et précautionneuse descente en zigzag jusqu’au Rio Blanco. Une vingtaine de minutes plus tard, je retrouve Hankey et sa compagne se rafraîchissant au bord du Rio Blanco. D’après des comptes-rendus lus sur le web, certains trekkeurs s'y baignent même. Bien tentant, mais les simulies sont réputées y sévir intensément. Le Comte de Sartiges, un des tout premiers visiteurs occidentaux de Choquequirao, les évoquaient déjà "nombreux et voraces" lors de son passage en 1834 : "il était impossible de respirer, de boire, ou manger, sans absorber quantités de ces créatures insupportables". Aussi, je préfère m'abstenir et poursuivre la marche.
(vallon du Rio Blanco)
Le sentier continue vers l’aval, tout en restant à distance du Rio Blanco. Il faut traverser plusieurs pierriers, témoignages de rochers et galets charriés par ce puissant torrent. Sur un tel terrain, le bâton de marche n’est d’aucune utilité, comme cela sera le cas pour la montée à venir. Il est donc temps de m’en séparer, car il sera plutôt gênant pour la suite.
Est-ce l’effet du bruissement de l’eau qui coule, mais un subit besoin d’uriner m’amène à m’éloigner du torrent, car j’ai le souci de ne pas le polluer.
J’arrive bientôt en vue du pont sur le Rio Blanco (1905 m). Un pont, qui n’existait pas il y a quelques années, et qui est parfois emporté lors de la saison des pluies.
(pontet sur le Rio Blanco)
En terme de pont, c’est plutôt un pontet : de part et d’autre du rio, 2 piles constituées d’une accumulation de grosses pierres, entre lesquelles sont lancés 2 troncs recouverts de branchages. Rien à voir avec le nouveau pont suspendu sur le Rio Apurimac. En amont, le rio Blanco résulte de l’union du rio Victoria et du rio Silvestre. Quelque 800 m plus loin en aval, le Rio Blanco rejoint le Rio Yanama au confluent desquels Hugh Thompson et Gary Ziegler ont retrouvé en avril 2002 une cité inca perdue baptisée Cota Coca (1850 m).
Le Rio Blanco porte bien son nom, car il arbore une blancheur due aux éclats de son flot impétueux, peut-être aussi à l’origine glaciaire de ses eaux. Là, avant de poursuivre et d’entamer la montée, je m’accorde une courte pause à côté du pont, sans me baigner évidemment, je me contente de me rafraîchir le visage et le haut du corps.
Hankey et sa compagne ne tardent pas à me rejoindre. Si je les devance pour franchir le pont (15h05), je les laisse passer devant moi sur le chemin, car je ne pourrai aucunement soutenir leur rythme. Dans le passé, des trekkeurs avaient peiné à localiser le début du sentier sur la rive droite, mais ce n’est plus le cas lorsque le pont est présent : ce sentier est juste au voisinage du pont.
Maintenant, les choses sérieuses commencent vraiment. La montée vers Maizal est digne de celle du premier jour entre Playa Rosalina et Santa Rosa, avec une pente qui me paraît plus forte encore.
S'exposer à l'Etranger lointain amène à mieux connaître et comprendre sa propre Culture.
Je vais étayer ma démonstration que tu es un voyageur aventurier!!
Plutôt que de revenir sur ses pas à Cachora, une minorité de trekkeurs poursuivent jusqu’à Machu Picchu, ce que certains appellent "El camino de los locos" (le trek des fous). Ce sera mon cas.
Ils sont nombreux les touristes qui font le trek des fous??
partir sans portage, mais dans ce cas sans couchage, avec l’aléa de coucher chez l’habitant, une pratique non référencée dans la région.
Mais c'est pas de l'aventure, ça, non pas du tout!!!
Un brin d’inconscience peut-être, je pars sans sac-de-couchage ni tente, car je pense trouver hébergement dans les villages.
Ah!!! Il t'arrive quand même d'être réaliste!!! C'est bien!!!
Pour ma part, je n'ai pas tant besoin de me reposer, mais je fais étape pour prendre des photos depuis ce mirador. Debout sur le petit muret séparant du vide, de quoi faire frémir Ana, la catalane.
Inconscient, tu as dit?
10h48 : passage en corniche, à flanc de falaise, mais ne présentant pas la moindre difficulté, il faut juste rester sur le chemin.
Bah voyons!! Voilà ce qui s'appelle de l'humour: il suffit juste de rester sur le chemin..... pour ne pas tomber!!!!!
C’est surprenant, mais ce pont d’apparence solide est en fait assez flexible : y marcher le fait osciller de haut en bas. Au milieu du pont, je m’arrête pour une petite session photo, laissant passer mes compagnons. Légèrement en aval subsistent sur chaque rive les 2 portiques de l’ancien pont, auxquels sont toujours liés les câbles de suspension.
J'aime bien ce genre de pont. J'en ai emprunté un du même genre au Chili, au parc torres del paine. Tu rebondis quand tu marches, c'est cool!!!
Pas d’inquiétude toutefois car mes informations indiquent que l’eau est disponible au campement du Choquequirao. Eau non garantie potable, mais j’ai mes pastilles purifiantes.
Pourquoi n'as-tu pas demandé de l'eau à Marie-Belle, la tenancière de l’hospedaje à marampata avant de repartir?
Leur guide me reconnaissant (il m'avait repéré avant mon départ de Capuliyoc), comprend que j'ai marché hier jusqu'à Marampata et déclare en français : "vous êtes un bon marcheur". Je lui rétorque que je suis surtout un peu fou...
Hein!!!! Fou?
A ce que l’on m’explique, je comprends que ce breuvage est de l’alcool de canne de maïs, fruit d’une distillation, et similaire à de la vodka. Effectivement, c’est très fort, 30-40°, mais associé à du miel, cela se révèle agréable.
Un peu faible en degré comparé au rhum blanc de chez nous qui est à 55°!! Et avant, on en trouvait à 62°!!!
Paqchayoq comprend 80 terrasses réparties en 6 colonnes. De longs escaliers descendent droit à travers les terrasses. Même au pas de charge, je veille à ne pas manquer une marche, car en trek, il est critique de préserver son "moyen de transport". D’autant que je suis conscient de ma légère alcoolisation.
C'est ça le plus marrant: tu es conscient!!!!
Je descends prudemment au travers des terrasses, d'autant que les marches y sont particulièrement hautes. C’est pentu, c’est très pentu, de quoi avoir le vertige. Ils étaient fous ces incas !
oui, mais p'têt ben qu'ils n'avaient pas le choix eux!!!!!
Passé 20h30, chacun regagne sa tente... et moi le bâtiment au fond du campement. La porte en tôle est fermée, mais la fenêtre n’est obturée que par une toile plastique punaisée sur les montants. En dégageant le bas de cette toile plastique, je peux jeter un coup d’oeil à l’intérieur : une pièce vide hormis 5 matelas empilés, voilà qui m'arrange. Un petit rétablissement sur les poignets et je m’introduis dans cette pièce.
P.S. : je ne suis pas fier de cette nuitée un peu squattée. Le choix raisonnable aurait été de revenir coucher à Marampata, en n'attendant pas que la nuit tombe sur Choquequirao
Endroit improbable ai-je dit, hein?
Maintenant, les choses sérieuses commencent vraiment. La montée vers Maizal est digne de celle du premier jour, avec une pente qui me paraît plus forte encore.
Ah oui, donc jusque là c'était juste une partie de plaisir!!!
Voilà, si après ça tu dis encore que tu n'es pas aventurier.....[;)]
En attendant la suite...
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Apologie du southwest en hiver https://voyageforum.com/forum/apologie_sud-ouest_etats-unis_en_hiver_D5851267/
Impressions d'Afrique et de Namibie
Ah bonne nouvelle!! Comme quoi, il faut toujours garder espoir!!!
Joyeux Noël et passe de bonnes fêtes, Fabrice!
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Le sentier part à 30° dans la pente, peut-être plus. Face à une telle pente, il faut mettre la crémaillère. Depuis le versant opposé, j’ai bien vu que cela monte sans interruption, et c’est toujours très pentu.
Le sentier n’est pas agréable du tout : terre poussiéreuse, cailloux instables. Plusieurs fois, je dérape.
Cette montée s’avère vraiment très dure pour moi, car cela monte fort, sans jamais faiblir : toujours et toujours une pente aussi marquée. Plus de 50 % me semble t-il, alors que la moyenne référencée n’est que de 25 %. En fait, mes sens ne sont pas abusés, car des trekkeurs outillés ont relevé un maximum à 56 %.
En amont du Rio Blanco, 2 petites quebradas s’offrent au regard.
Au fur et à mesure que je monte, je suis toujours plus emballé par la vue sur la quebrada de droite, celle au sud. Le Rio Silvestre y a creusé d’abruptes gorges. Pas encore très profondes, mais cela ne tardera pas… à l’échelle du temps géologique naturellement.
Par moment, dans le but d’évaluer le dénivelé déjà monté, je scrute le versant d’où je viens. Si la descente finale vers le Rio Blanco se voit clairement, je n’arrive pas à repérer plus haut le chemin que j’ai suivi. Pas même Pincha Unuyoc.
(versant sud de la quebrada de Victoria, avec le sentier descendu avant d'arriver au Rio Blanco)
En fait, c’était normal pour ce site archéologique car ses terrasses sont orientées vers le Rio Yanama, au nord-ouest, à l’abri d’une crête, et donc dissimulées depuis mon lieu d’observation.
Un trekkeur a compté 36 lacets jusqu'à la ferme de Maizal, mais je n’ai pas vérifié, même pas essayé. Il devient vite nécessaire que je fasse un pause à chaque virage, parfois même à mi-parcours quand le segment est un peu long. Dès qu'un rocher apparaît au bord du chemin, la tentation est forte et j’en profite alors pour m’y adosser quelques minutes. En l’absence de rocher, je fais parfois même pause en m'asseyant à même le chemin. Pas propre, mais à défaut d'une autre possibilité…
Le jour baisse. En me basant sur le versant opposé, j’ai l’impression de ne pas avoir atteint le milieu de la montée jusqu’à Maizal. Dur, c’est dur. L’obscurité gagnant, je dois allumer ma lampe frontale (18h15).
Désormais sans repère visible d’altitude, je consulte régulièrement mon positionnement GPS sur la carte Google Maps hors ligne enregistrée sur mon ordiphone. Sans surprise, ma progression est… lente, très lente. Au moins, je ne me laisse pas abuser par les insectes fluorescents, instruit que j’ai été lors de mon approche de Marampata. Même si parfois j’espère tout de même avoir aperçu la lanterne d’une maison. Mais non…
Le sentier rejoint un chemin, quasi horizontal (19h30). En l’absence d’indication, je choisis de poursuivre dans le sens légèrement montant. J’aboutis bientôt sur une prairie dégagée, ce qui est bon signe même si le chemin s’arrête net (en fait, il se poursuivait côté gauche en lisière de forêt, et rejoignait Maizal Alto). Enthousiaste, je poursuis sur la prairie, mais je constate vite qu’il n’y a ni lumière, ni le moindre bruit. Moralement, c’est la douche froide. A posteriori, là (13°21'18.8"S 72°53'16.7"W) se trouve un petit bâtiment, sans doute l’une des 3 fermes de la zone de Maizal : désaffectée ou déjà endormie ? Ou peut-être n’est-ce utilisé que lors des récoltes...
Je reviens alors sur mes pas et, de retour à l’embranchement, je poursuis tout droit dans le sens légèrement descendant.
C’est un chemin assez large, agréable, faible pente, sans cailloux, a priori à couvert sous les arbres (difficile d’en être sûr de nuit). Bon signe, il y a des crottes de mule au sol. Quelque 5’ plus tard, le chemin est barré par des branchages que je contourne aisément. Légère hésitation, car j’ai déjà regretté à Choquequirao d’avoir poursuivi, mais en l’absence d’autre solution… Je marche d’un bon pas (sans avoir à monter, je retrouve mon rythme standard, 6 km/h). Rythme d’autant plus allègre que je m’imagine bientôt arrivé à destination. Mais rien, pas la moindre lumière en vue, pas même à l’horizon. Et la descente se poursuit, ce que je n’ai jamais lu rapporté dans le moindre compte-rendu. Confirmé en consultant une vue capturée sur OpenCycleMap lors de la préparation du trek. D’évidence, je ne suis pas sur le bon itinéraire, je décide donc à regret de revenir sur mes pas.
L’inquiétude me gagne : me voilà égaré en forêt, de nuit et en altitude, sans équipement pour camper. D’autant que je ne comprends pas où j’ai pu faire erreur. A priori, je ne dois être pas très éloigné de ma destination, à en juger par l’altitude indiquée par le positionnement GPS sur ma carte Google Maps enregistrée sur l’ordiphone. Sauf que cette carte hors ligne n’affiche pas Maizal (sans doute une question de finesse, car Maizal est pourtant bien indiqué sur la version en ligne), cela ne va pas m’aider pas à trouver le bon chemin. Dommage que je n’ai pas pensé alors à utiliser Maps.me, car sa carte hors ligne référence le campement Saint-Valentin à défaut d’afficher les lignes de niveau.
Alors que j’allais atteindre l’embranchement initial (~20h00), j’aperçois sur la gauche comme un poteau. Sauvé ! Un panneau indique "Camping Valentin 15’ " et sa direction. En effet, un sentier part du côté amont du chemin. De jour, je ne l’aurais évidemment pas manqué, mais de nuit, il n’était pas dans l’axe de ma lampe frontale car je marchais droit. Me voilà rassuré ! Je marche avec une vigueur retrouvée, l’espoir fait… marcher [;)]. Cela monte raide, le sentier serpentant dans la pente, quittant bientôt la forêt. Toujours pas trace de la ferme, alors que les 15’ annoncées sont bien dépassées.
A plusieurs reprises, je consulte mon positionnement GPS sur la carte hors ligne de Google Maps pour évaluer le dénivelé restant (car je connais l’altitude officielle de Maizal Bajo). Un positionnement qui dysfonctionne car il me fait descendre en altitude alors que je n’arrête pas de monter. Soit erreur GPS (courant dans des gorges, mais ce n’est pas le contexte présent), soit modélisation erronée du relief par Google Maps. C'est le plus probable car l’altimétrie SRTM de la NASA ne fournit que des points distants de 60 m à partir desquels les cartographies modélisent d'hypothétiques lignes de niveau).
Je commence à trouver le temps bien long quand paraît un nouveau panneau annonçant « 2 minutes ». Une indication qui tombe à point pour me rassurer. Bientôt, je distingue des bruits de voix, j’aperçois de la lumière, cela fait du bien d’arriver (20h30). En fait, ce qui est indiqué à 15’ par Valentin exige une demi-heure pour les trekkeurs occidentaux tel que le rapporte leurs comptes-rendus sur le web. J’étais donc dans les temps...
Point de faux espoir, je sens bien que j’arrive, mais je me heurte à une haie infranchissable : à droite, à gauche, je ne trouve pas d’accès. Alors je hèle ceux que j’entends. A ce que l’on me répond, je comprends qu’il faut faire un détour par la gauche. De fait, une vingtaine de mètres plus loin sur la gauche, une trouée dans la haie me laisse passer, , et je retrouve promptement l’équipe de l’agence Alpaca Expeditions, les trekkeurs américains terminant leur dîner. Quel soulagement ! Où est la ferme qui pourrait m’héberger ? On m’indique la direction à suivre, c’est juste à côté en allant à gauche. A la lumière de ma lampe frontale, je constate que j’arrive dans une cour de ferme, mais aucune réponse à mes "ola !". Si ce n'est un chien qui me hurle dessus. Aurais-je mal compris, je reviens au bivouac pour valider ma compréhension, ce que l’on me confirme. Le patron de l’expédition mandate un des muletiers pour m’accompagner. Lequel marche jusqu’à la porte d’entrée d’un bâtiment sur la droite, et, interpelle vigoureusement la maisonnée. Ses appels trouvent réponse, un homme ouvre la porte. Sans doute était-ce Valentin, car le lieu-dit est appelé "La Ferme de Valentin".
Dialogue rapide entre l’homme et le muletier : je vais pouvoir disposer d’un lit, mais il m’est demandé de patienter. Pas de problème pour moi, j’ai tout mon temps. Dans ma planification, Maizal constituait le principal aléa en terme logistique, car point d’hébergement disponible, seulement quelques aires de campement. Ainsi, je n’imaginais même pas bénéficier d’un lit, car un compte-rendu sur le web évoquait d’avoir à partager la cuisine avec des cuys, à même le sol en terre battue.
S’écoule alors 5-10’, je n’ai pas noté. Mon attention se concentre sur ce chien qui n'arrête pas d'aboyer sur moi. Enfin, la porte s’ouvre, Valentin me fait entrer dans une pièce relativement étroite, coupée par un rideau tant côté droit que côté gauche. Sur la gauche, le long du mur extérieur, le lit qui m’est destiné.
J’ai l’impression qu’il y a eu réaménagement et que quelqu’un de la famille m’a libéré ce lit. J’en suis honteux mais il est trop tard pour refuser. Conscient que j’ai réveillé la maisonnée, je n’ose pas demander si l’on peut me faire à manger. Couché sans dîner, c’est bon pour la chrono-nutrition.
Ecartant le rideau sur la droite de la pièce, Valentin va se recoucher. A l’expérience de la nuit précédente, je sors mon anorak du sac-à-dos, au cas où, mais les épaisses (et lourdes !) couvertures sur le lit s’avéreront bien suffisantes.
Après une éprouvante journée de marche (surtout la montée après le Rio Blanco) et la difficulté à trouver Maizal, tout est bien qui finit bien. Demain sera plus physiquement moins exigeant.
A suivre : bilan de cette 3ème journée de trek
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Bonne année Fab!! Tout plein de voyages à venir!!!
Là, ce n'est pas un miracle de Noël, mais du jour de l'an!!
Mon cœur a palpité, j'ai été à court de souffle, j'ai ressenti ta fatigue extrême, et ton découragement... Punaise, c'est que j'ai flippé!!! comme tu dis, heureusement tout fini bien... mais quand même, tu aurais fait comment sinon? Comment se fait-il que tes durées de treks soient si longues, qu'elles te fassent arriver systématiquement en pleine nuit? Ne peux-tu pas couper le trajet en 2? Il n'y a rien avant, c'est ça?
Bon mais à part ça, tu n'es pas un aventurier!!! Bah non!!!
En tout cas merci pour la suite. C'est vraiment très courageux de t'y être plongé un 1er janvier!!!!
A bientôt
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Comment se fait-il que tes durées de treks soient si longues, qu'elles te fassent arriver systématiquement en pleine nuit?
Du camping de Choquequirao à Maizal Bajo, il y a de l'ordre de 17 km à marcher.
Dans mon planning, il s'agissait de marcher pendant 8 h. En partant vers 08h00, cela permettait d'arriver avant 17h00 en tenant compte du temps pour se sustenter à la mi-journée.
Dans les faits, ce programme a été doublement remis en cause :
1°) comme j'avais tardé la veille (temps passé avec les archéologues), je n'avais pu visiter l'ushnu et avais donc prévu de m'y rendre pour le début de journée.
2°) du fait des nuages, je suis resté à l'ushnu jusqu'à 09h30. D'où environ 2 h de retard sur mon plan de marche.
S'est ajouté en sus ma relative lenteur d'une part à la descente avant Pincha Unuyoc (je n'avais pas envisagé un terrain si délicat), et surtout à la montée depuis le Rio Blanco.
Le groupe des américains en agence témoigne du réalisme de cette étape, car je les ai croisés le matin à Choquequirao lors de leur visite de la ville basse, et ils sont arrivés bien avant la tombée de la nuit. De plus, le jeune couple américain a marché directement de Marampata à Maizal Bajo, avec même une brève visite de Choquequirao (ushnu inclus, mais sans les terrasses agricoles).
Ne peux-tu pas couper le trajet en 2? Il n'y a rien avant, c'est ça?
Certains groupes font étape à Pincha Unuyoc, profitant des terrains plats et de la disponibilité d'eau courante (et potable !) sur les lieux. Mais il faut disposer d'équipements de campement, ce qui n'était pas mon cas. C'était déjà hasardeux pour Maizal où ma seule assurance était de pouvoir disposer d'un abri à même la terre battue.
mais quand même, tu aurais fait comment sinon?
Pour être franc, je n'avais pas envisagé d'arriver de nuit. Et surtout, je n'imaginais aucunement ne pas trouver Maizal. Si je n'étais pas arrivé à destination, il m'aurait fallu coucher à la belle étoile...
à part ça, tu n'es pas un aventurier!!!
Seul, je me permets quelques plans aventureux : dans le cas présent, c'était l'étape Maizal sans équipement de campement.
Accompagné, je serais forcément parti avec tente et sac-de-couchage, et j'aurais embauché un arriero et sa mule pour portage.
Par contre, la partie Cachora - Choquequirao n'est pas aventureuse dès lors que l'on peut coucher chez l'habitant à Marampata. Sous réserve de partir très tôt de Cachora et de marcher longuement.
Fabrice
P.S. : à la lumière de ma récente expérience de trekking au Népal avec sac-de-couchage 4 saisons, je réduirai le contenu du sac-à-dos et me passerai du portage.
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Je modérerais quand même un peu ton optimisme quant à cette étape.
C'est clairement la plus dure dans tous les circuits de trek de Vilcabamba, et tout le monde préfère partir tôt pour cette portion car le moindre coup de fatigue ou une personne un peu lente en montée ou en descente occasionnera vite un retard. De plus les camps intermédiaires (pinchaunuyoc et rio blanco) n'ont pas d'infrastructures.
Tu n'es pas le premier à te faire avoir, j'en vois à chaque fois ;-). Le piège de cette étape c'est qu'on ne se rend pas compte de sa difficulté sur les cartes basiques ou avant de partir, ce n'est qu'une fois passé le col Choquequirao avec la vue sur la descente et la remontée en face qu'on prend la mesure de l'épreuve. Un coup d’œil à une carte ign ou google earth permet d’éviter ce genre de surprise.
Attention à ceux qui voyagent en solo sur cet itinéraire, une cheville foulée ou pétée sur ce tronçon et vous n'aurez plus qu'a espérer qu'un groupe ou un muletier passe ce jour là (pas gagné en basse saison !),
Attention aussi au téléphone : aucune couverture réseau depuis Capuliyoc jusqu'à Huancacalle ou Santa Teresa, seulement un peu de réseau sur la haut d'une crête au col San Juan (victoria) entre Maizal et Yanama.
Tu n'es pas le premier à te faire avoir, j'en vois à chaque fois ;-). Le piège de cette étape c'est qu'on ne se rend pas compte de sa difficulté sur les cartes basiques
Dans mon cas, je ne me suis pas fait avoir. J'étais pleinement conscient de la difficulté de la montée vers Maizal, j'avais connaissance des dénivelés, et je disposais de cartes correctes (ne serait-ce que les vues en ligne OpenCycleMap ou OpenTopoMap avec affichage des lignes de niveau).
Tout au plus ai-je été trompé par la descente depuis le col de Choquequirao, car je n'imaginais pas un terrain si dérapant. Sur un terrain correct, je peux être très très rapide en descente (cf. 1h30 seulement pour rejoindre la route depuis la Laguna 69, Cordillera Blanca). Mais dans la descente de Choquequirao vers le Rio Blanco, j'ai vraiment été au pas à pas, marchant très lentement. Sans doute 1 h de retard sur ce qui aurait été mon planning détaillé (ce que je n'ai débuté qu'à partir de 2017 pour mes treks au Népal).
Donc pas d'excuses. En attendant que la brume libère le site archéologique de Choquequirao, je savais que mon retard serait dommageable pour mon arrivée à Maizal. Même si je n'imaginais aucunement avoir tant de mal à trouver la ferme de Valentin.
Attention à ceux qui voyagent en solo sur cet itinéraire, une cheville foulée ou pétée sur ce tronçon et vous n'aurez plus qu'a espérer qu'un groupe ou un muletier passe ce jour là (pas gagné en basse saison !),
C'est précisément en pensant à un tel aléa que j'ai été très très précautionneux lors de la descente vers le Rio Blanco. En milieu de saison (début septembre), je n'ai effectivement croisé personne hormis le jeune couple américain et le cavalier aperçu à Pincha Unuyoc.
Attention aussi au téléphone : aucune couverture réseau depuis Capuliyoc jusqu'à Huancacalle ou Santa Teresa, seulement un peu de réseau sur la haut d'une crête au col San Juan (victoria) entre Maizal et Yanama.
Je confirme la couverture en téléphonie mobile sur le Col San Juan.
Il me semble que le téléphone couvre aussi Yanama, mais je n'en suis plus sûr. En tout cas, pas d'Internet à Yanama en septembre 2016.
Fabrice
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