Nous reprenons notre voiture, mais avec un petit souci : un voyant jaune nous signale un pneu dégonflé (c'était déjà de temps à autre le cas hier, mais nous n'y avions pas prêté beaucoup d'attention). Cela parait une crevaison lente, mais nous ne souhaitons pas nous éterniser ici. Aussi je regonfle très fort à une station service, et … on verra bien.
Nous devons donc rejoindre l'Alaska et Haines, cet AM.
La route est l'une des plus belles de la région (lacs, montagnes, rivière, …).
Notre première halte sera sur la droite (courte piste) au magnifique Kathleen Lake, avec des fleurs innombrables.



De très belles ballades paraissent possibles autour et au dessus du lac, mais nous n'en avons pas le temps. Nous repartons trop vite.
Nous longeons ensuite les fameux "glaciers de pierre" (cf. message précédent), et en approchons un.


Puis à gauche, nous faisons un détour vers un autre lac, avec sur la rive un beau village indien de pêcheurs, Desadeash.


La cheminée fume !
La route se poursuit, mais comporte de longues portions en travaux. Habituellement un pilot car limite la vitesse quand nous pouvons passer, mais pas partout.
Nous ralentissons sur une portion dégradée (sans pilot car), ce qui est une erreur grave. Nous sommes en effet doublés en trombe par un lourd camion de chantier, qui nous envoie au passage un caillou dans le pare-brise. Celui-ci se trouve du coup décoré d'une grosse marque étoilée, du plus bel effet. Il sera temps quand nous rendrons le véhicule de voir si nous avions choisi les bonnes assurances.
Le trajet, au milieu des montagnes de plus en plus hautes, est magnifique.


Puis nous amorçons une longue descente vers la mer, nous repassons sans aucune difficulté une énième fois la douane, et nous nous retrouvons à nouveau aux Etats Unis, en Alaska. Il est temps d'arriver, car notre pneu va de plus en plus mal.
Nous longeons pendant un moment la rivière Chilkat, ici très large et peu profonde, connue comme le plus grand lieu de rassemblement au monde de bald eagles (il y a ici même en Novembre un festival très célèbre, et plus de 4000 aigles !).
Mais fin Juillet, les artistes ne sont pas encore arrivés en masse, et notre pneu ne tolérerait pas une longue halte. Nous prenons néanmoins le temps d'admirer et d'étudier le fonctionnement d'une machine automatique à pêcher le saumon, entrainée par le courant.

C'est à la fois simple et ingénieux. Les poissons malchanceux qui se sont fait attraper sont projetés au fond d'une nasse.
Nous arrivons à Haines, et testerons cette fois un nouveau BnB.
En effet, nous avions nos habitudes dans un chalet agréable, the "Beach Roadhouse", tenu par un propriétaire charmant et serviable (bien qu'un peu ours, mais ici c'est la région), Phil. Mais ce logement étant complet pour mes dates de 2011, je me suis retourné vers autre chose.
Je tiens à mentionner ici une anecdote que je trouve très révélatrice.
Lors de notre dernier passage en 2007, une catastrophe était survenue au chalet. Durant l'hiver précédent, la couche de neige à Haines avait été exceptionnelle, (plus de 10 m !), ce qui était plus que ne pouvait supporter le chalet construit par Phil de ses mains. Il s'était effondré, en piteux état. Par contre les cabines autonomes restaient disponibles à la location. Phil se remettait au travail avec courage, pour tout reconstruire, mais cela promettait d'être long, car les fonds manquaient. Quand je lui ai parlé de l'assurance, il m'avait indiqué avec fatalisme, qu'ici, l'assurance est trop chère, les gens n'ont pas les moyens de se la payer ! Il s'est courageusement remis au travail pour tout reconstruire une seconde fois.
Mais ce n'est pas pour cela que je parle de lui. Il a d'autres qualités, je dois le remercier sincèrement pour le fait suivant.
Durant l'été 2007, avant d'arriver ici, j'avais passé quelques jours dans la région de Denali, et j'avais logé dans une cabane, à Healy. J'y avais remplacé la carte mémoire de mon appareil photo numérique. Quelques jours plus tard, j'ai souhaité revoir les photos enregistrées, mais là, impossible de remettre la main sur la carte. J'en ai vite déduit que je l'avais oubliée dans la cabine de Healy en la remplaçant, une semaine plus tôt. Mais malgré un grand nombre de tentatives, je n'ai jamais réussi à entrer en contact téléphonique avec le propriétaire de Healy. Je m'en suis ouvert à Phil, qui m'a assuré qu'il en faisait son affaire personnelle. Je lui ai laissé, sans beaucoup d'espoir cependant, mon adresse en France pour un retour au cas où. J'étais catastrophé, car cette mémoire contenait les meilleures vues du voyage, avec beaucoup d'ours sauvages. Puis j'ai quitté Haines en ferry. J'ai rappelé Phil le lendemain depuis Skagway, et il était super heureux de m'annoncer que la carte avait été retrouvée (sous le lit ; heureusement pour moi que durant une semaine le ménage avait été plus que sommaire). Et afin d'être certain que je recevrai bien la mémoire, plutôt que de transmettre mon adresse à Healy, il s'est fait envoyer la carte chez lui à Haines en Alaska (dont sans risque et sans difficulté). Dès qu'il la recevra, il me fera un envoi soigné pour la France dans de bonnes conditions. Mais de retour à Lyon trois semaines plus tard, pas de nouvelles de ma carte. Encore un mois plus tard, toujours rien. J'ai alors repris contact avec Phil, qui avait bien fait sans délai l'envoi en recommandé (ou l'équivalent US). Il m'a transmis par email copie du bordereau d'envoi rédigé 2 mois plus tôt. Je passe donc à mon bureau de poste qui après vérification me certifie que le colis m'a bien été remis en main propre le … (j'étais encore en Alaska à cette date !), et me montre la signature sur le registre postal. Bien sûr, je ne reconnais pas le grigri apposé. Je suis catastrophé, et réalise qu'après un cheminement extraordinaire, la longue chaine de solidarité s'est brisée ici en France, à quelques mètres de chez moi. Chapeau, La Poste Française ! Mais encore un mois plus tard, en discutant avec un voisin qui a une villa proche de la mienne (même adresse), il m'informe qu'il a reçu un colis d'Alaska qui l'a surpris. Il me le donne. C'était bien ma carte ! En fait, l'adresse n'était pas parfaitement rédigée, et dans le doute, le facteur indélicat a probablement signé pour moi, et laissé l'enveloppe dans une boite de la résidence au hasard (le voisin n'a rien signé non plus) ! L'adresse était Jean-Pierre C. (initiale seulement), comme si C. était le prénom, et Jean-Pierre le nom. Mais cela n'a manifestement en rien gêné le facteur, qui s'est débarrassé du problème dans la première boite à lettre venue.
Donc merci encore Phil, et un énorme mauvais point à La Poste Française.
Cette anecdote montre clairement la différence entre les gens frustes, mais chaleureux, fiables et généreux de l'Alaska, comparé à la société d'irresponsabilité généralisée dans laquelle nous vivons aujourd'hui en Europe.
J'ai tenté de rendre visite à Phil pour le remercier de vive voix. J'ai trouvé un chalet tout juste reconstruit de quelques mois, mais pas de Phil. Il semble qu'il y il eu un changement de propriétaire, et qu'il soit parti pour des cieux moins neigeux.
Nous logeons donc finalement au Tanani Bay BnB. Le RdC de la maison est à nous, les proprios étant à l'étage. Notre logement est charmant (pour le même prix que le bouiboui infame de Kenny Lake !).



La proprio se renseigne sur nos besoins : nous cherchons où acheter des légumes et du saumon sauvage à faire griller pour le souper. Aussi sec, elle nous en apporte un énorme morceau, qu'elle refuse que nous payions, et nous demande de nous servir dans son jardin pour les légumes (sans parler des fraises succulentes).
A Haines, loin de tout, sans (à quelques exceptions près) escale de luxueux navires de croisière, les gens sont vraiment restés charmants, et naturels. Une excellente étape, dans une bonne atmosphère. Nous y demeurerons deux jours.
Ensuite, il devient pour nous urgent de s'occuper du pneu. En ville, un garagiste (qui à mon accent n'a eu aucune peine à repérer que j'étais un étranger, donc un pigeon), sans même daigner voir la voiture ni le pneu, me dit "OK, ce sera fait dans une heure, 80$" ! (non, je me reprends, il y a à Haines aussi des crapules). Un peu plus loin, un autre garagiste me propose de réparer pour 25$. Adjugé, nous lui laissons la voiture.
Nous en profitons pour faire un tour de ville.



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J'ai pensé à acheter cette maison pour mes vieux jours. Mon nom (celui de mon avatar) est déjà affiché dessus.

Nous récupérons la voiture, avec en prime un énorme clou qui était fiché dans le pneu : c'est un souvenir de la McCarthy Road, empruntée il y a deux jours pour rejoindre Kennicott (reliquat de l'ancienne ligne de chemin de fer démontée).
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De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533
Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !