27. Le parc d'attractions de Maoland
La gare ferroviaire, monumentale, était éloignée du centre historique de la bourgade, et c'est donc en minibus que je me suis déplacé vers les principales attractions de Shaoshan. Le minibus était bondé et j'ai un peu discuté avec une dame qui se proposait de me faire visiter les lieux. Sympathique proposition que j'ai acceptée sans trop réfléchir.
La première étape fut la statue géante de Mao, sur la place principale. Mao, le bras tendu (à la manière des communistes bien sûr, pas à celle des fascistes), indiquait ainsi la voie au peuple venu lui rendre visite. Quelques rares bouquets de fleurs trainaient il me semble à ses pieds. Il n'y avait pas grand monde à vrai dire, et le lieu était donc plutôt tranquille.
Puis j'ai entrepris de visiter l'attraction principale, la maison natale de Mao Zedong. Mao était en fait issu d'une famille de paysans relativement aisés, en tout cas pas parmi les plus pauvres du pays, et sa maison - bien évidemment rénovée - reflétait cette aisance relative. Envolée la sérénité quasi religieuse qui devait imbiber ces lieux au plus fort de la déification du président Mao, dans les années 60 et 70! Place était faite à ce que j'allais appeler plus tard les maotouristes, c'est-à-dire les touristes qui visitent les principaux lieux évoquant la récente histoire rouge, comme ils visiteraient n'importe quel lieu historique, significatif ou non. Pour faire bref, cela faisait bien longtemps que le maoisme délirant, toujours présent à Shaoshan, tenait uniquement du folklore touristique. Ouyang aurait sûrement eu beaucoup de peine en voyant ça!
A propos de maoisme délirant, les magasins vendant des babioles maoistes, les omniprésents portraits du grand homme, et les hauts parleurs crachant des chants rouges ou des discours du Président Mao maintenaient une certaine apparence idéologique, mais il était évident que tout était factice. Quant à moi, j'ai fini par comprendre que la dame qui m'accompagnait était en fait une guide qui avait juste omis de me dire qui elle était, ce que je n'avais pas supposé au début, étant habitué à avoir des gens désintéressés et sympathiques qui gravitaient autour de moi en Chine. Et d'ailleurs, elle n'était pas particulièrement sympathique et très peu loquace, pour une guide, ce qui explique que j'ai mis autant de temps à comprendre ce qu'elle voulait. Lorsque j'ai eu la puce à l'oreille et que je l'ai interrogée, elle a reconnu qu'elle était guide, et j'ai donc pris congé, en lui ayant glissé un ou deux billets afin que notre séparation ne se passe pas en de trop mauvais termes.
Je suis alors allé déjeuner dans un restaurant que je n'ai pas eu besoin de choisir, puisque tous les restaurants de Shaoshan servent un plat unique: le maojia hongshao rou, ou porc cuit à la façon de la famille Mao. C'était bien entendu le plat favori du président Mao, et il était donc servi à tous les touristes. En fait je l'ai trouvé très bon, et il m'arrive encore d'en manger de temps en temps, même si le terme "Mao jia" (famille Mao) est souvent omis sur la carte des restaurants.
Dans l'après-midi, j'ai fait une petite balade à pieds dans les environs, pour rejoindre un autre site historique, où des bâtiments avaient été le théâtre de réunions politiques, lorsque Mao avait remis les pieds à Shaoshan dans les années 60. De retour dans le centre de Shaoshan en fin d'après-midi, il me restait encore du temps pour les emplettes.
Sept ans plus tard: ce n'est que fin 2006 que j'ai refait du tourisme rouge, dans la province du Jiangxi. Même ambiance, même type de visiteurs, et même culte étrange, car dénoué de toute profondeur idéologique. La Chine des années 2000 a d'ailleurs voulu remettre le tourisme rouge au goût du jour, en favorisant le développement touristique de lieux comme Shaoshan, Jinggangshan, Ruijin, Yan'an, Zunyi ou le pont sur la rivière Dadu, dans un souci de reconstruire un lien de légitimité absolument virtuel entre la glorieuse mais pauvre Chine révolutionnaire et la Chine moderne, riche mais vide de valeurs.
La Chine sept ans plus tôt
by Yangguizi
This discussion is in French, the community’s main language.
28. Boulimie d'achats
Quand on collectionne les objets les plus kitch en rapport avec le Président Mao, Shaoshan fait figure de supermarché du bric-à-brac maoiste, tant sont nombreux les souvenirs à l'effigie du personnage. Je ne savais donc pas où donner de la tête, et, en raison d'une valise de taille plutôt réduite, j'ai dû mesurer mes achats et ai été plutôt raisonnable.
L'achat dont j'étais le plus satisfait, c'était une série de 5 VCD de karaoke regroupant les plus fameux chants révolutionnaires et patriotiques chinois. C'était exactement ce qu'il me fallait puisque, tout en savourant une musique que j'adorais, j'allais avoir un formidable outil pour progresser en chinois car lire les paroles en même temps qu'on écoute la voix qui chante, c'est idéal pour l'oreille et l'entrainement à la lecture rapide. Mine de rien, en écoutant et regardant ces VCD en boucle des heures et des heures durant une fois de retour en France, je pense que mon niveau de chinois a substantiellement progressé, tout en acquérant des connaissances solides sur la musique de cette époque. J'allais rapidement devenir incollable sur le sujet!
Je n'ai pas pu non plus résister à l'achat d'une réplique miniature de la statue géante de Shaoshan. J'ai toutefois pris la plus petite et celle de la moins bonne qualité, car il y en avait vraiment de toutes les tailles. Et en Chine, toutes les tailles, ça peut monter jusqu'à très haut! Dans le même style, un curieux pendentif pour rétroviseur (je suppose) qui se terminait par une clochette, et au milieu duquel un petit plateau pivotant dévoilait alternativement le visage du président Mao et le blason de la République Populaire de Chine. C'était vraiment très très kitch, j'ai adoré.
Et que dire du calendrier de l'an 2000, dont chaque mois était décoré par une photo différente du Président Mao? Ou encore de ces cartes postales montrant le retour de Mao à Shaoshan dans les années 60? Ou bien encore des collections de badges à l'effigie de Mao, le représentant à tous les ages et à toutes les étapes importantes de sa vie?
Je crois que j'ai arrêté là mes achats, mais il faut bien se rendre compte qu'absolument tous les objets possibles et imaginables à l'effigie du président Mao étaient disponibles. Il n'y avait je pense quasiment aucun objet datant réellement de la période communiste, tous ces souvenirs étant de fabrication récente et uniquement destinés aux amateurs de tourisme rouge.
Mon pèlerinage à Shaoshan s'arrêtait là, il fallait prendre le dernier train de la journée pour Changsha, car c'est là-bas que j'avais l'intention de passer l'an 2000... si le train arrivait à l'heure.
Sept ans plus tard: ayant mis tous ces articles sur internet, j'ai un jour été contacté par une chaine de télévision française qui voulait me les emprunter pour un décor de plateau sur le thème de la Chine. J'ai bien entendu accepté et ce fut amusant de voir certains de mes objets à l'écran. Toutefois, lorsqu'une fois vivant en Chine, je me suis rendu compte que les articles anciens et récents relatifs à Mao et au communisme chinois occupaient des entrepôts entiers et que rien que les badges étaient exposés par milliers dans des musées, j'ai été découragé et n'ai même pas commencé une collection sérieuse sur ce thème - à part quelques dizaines d'affiches de propagande - car la quantité décourage le plaisir de la collection en ce qui me concerne. Je me suis donc rabattu sur les objets nord-coréens, beaucoup plus rares et difficiles à trouver.
Quand on collectionne les objets les plus kitch en rapport avec le Président Mao, Shaoshan fait figure de supermarché du bric-à-brac maoiste, tant sont nombreux les souvenirs à l'effigie du personnage. Je ne savais donc pas où donner de la tête, et, en raison d'une valise de taille plutôt réduite, j'ai dû mesurer mes achats et ai été plutôt raisonnable.
L'achat dont j'étais le plus satisfait, c'était une série de 5 VCD de karaoke regroupant les plus fameux chants révolutionnaires et patriotiques chinois. C'était exactement ce qu'il me fallait puisque, tout en savourant une musique que j'adorais, j'allais avoir un formidable outil pour progresser en chinois car lire les paroles en même temps qu'on écoute la voix qui chante, c'est idéal pour l'oreille et l'entrainement à la lecture rapide. Mine de rien, en écoutant et regardant ces VCD en boucle des heures et des heures durant une fois de retour en France, je pense que mon niveau de chinois a substantiellement progressé, tout en acquérant des connaissances solides sur la musique de cette époque. J'allais rapidement devenir incollable sur le sujet!
Je n'ai pas pu non plus résister à l'achat d'une réplique miniature de la statue géante de Shaoshan. J'ai toutefois pris la plus petite et celle de la moins bonne qualité, car il y en avait vraiment de toutes les tailles. Et en Chine, toutes les tailles, ça peut monter jusqu'à très haut! Dans le même style, un curieux pendentif pour rétroviseur (je suppose) qui se terminait par une clochette, et au milieu duquel un petit plateau pivotant dévoilait alternativement le visage du président Mao et le blason de la République Populaire de Chine. C'était vraiment très très kitch, j'ai adoré.
Et que dire du calendrier de l'an 2000, dont chaque mois était décoré par une photo différente du Président Mao? Ou encore de ces cartes postales montrant le retour de Mao à Shaoshan dans les années 60? Ou bien encore des collections de badges à l'effigie de Mao, le représentant à tous les ages et à toutes les étapes importantes de sa vie?
Je crois que j'ai arrêté là mes achats, mais il faut bien se rendre compte qu'absolument tous les objets possibles et imaginables à l'effigie du président Mao étaient disponibles. Il n'y avait je pense quasiment aucun objet datant réellement de la période communiste, tous ces souvenirs étant de fabrication récente et uniquement destinés aux amateurs de tourisme rouge.
Mon pèlerinage à Shaoshan s'arrêtait là, il fallait prendre le dernier train de la journée pour Changsha, car c'est là-bas que j'avais l'intention de passer l'an 2000... si le train arrivait à l'heure.
Sept ans plus tard: ayant mis tous ces articles sur internet, j'ai un jour été contacté par une chaine de télévision française qui voulait me les emprunter pour un décor de plateau sur le thème de la Chine. J'ai bien entendu accepté et ce fut amusant de voir certains de mes objets à l'écran. Toutefois, lorsqu'une fois vivant en Chine, je me suis rendu compte que les articles anciens et récents relatifs à Mao et au communisme chinois occupaient des entrepôts entiers et que rien que les badges étaient exposés par milliers dans des musées, j'ai été découragé et n'ai même pas commencé une collection sérieuse sur ce thème - à part quelques dizaines d'affiches de propagande - car la quantité décourage le plaisir de la collection en ce qui me concerne. Je me suis donc rabattu sur les objets nord-coréens, beaucoup plus rares et difficiles à trouver.
29. Le train fantôme
C'était le même omnibus qu'à l'aller qui devait me ramener à Changsha, mais celui-ci était complet tandis que celui du matin avait fait le trajet quasiment à vide. Trois heures de trajet m'attendaient avec une arrivée prévue à 10h30 du soir. Le train était incroyablement bordélique, un vrai omnibus de campagne! C'était tellement sale et désordonné qu'il a fallu que je prenne une photo, ce que je fis avant d'aller me rassoir avec les paysans avec qui je discutais.
Dix minutes plus tard, un type de la police militaire entra dans le wagon et regarda tout le monde. Puis il vint à ma hauteur et me parla avec un accent tellement fort que ça en était quasi incompréhensible. Mais je vous reconstitue en clair le dialogue qui fut vraiment laborieux (en plus de parler en très mauvais mandarin, le soldat puait l'alcool):
"passeport!" (j'ai vraiment eu du mal à comprendre ce mot, puisque j'ignorais à l'époque que j'étais dans une province où la syllabe "hu" se prononçait "fu". Le passeport, c'était donc un fuzhao au lieu d'un huzhao)
"hein?"
"lève toi et prends tes affaires"
"bon ok"
Je me suis levé et le militaire me fit traverser tout le train jusqu'à tomber sur une porte close.
"ouvrez-cette porte" hurla-t-il à l'employée des chemins de fer.
La porte s'ouvrit et on est entrés dans un wagon vide, avec juste quelques poulets (des volailles, pas des flics). Un wagon vide dans un train bondé, c'est bizarre... Etait-ce la chambre des tortures?
"assieds-toi là et attends moi!"
"yes sir"
Qu'allait-il donc m'arriver? Je n'étais pas vraiment inquiet, mais quand même un petit peu. Le type revint dix minutes plus tard:
"passeport!"
"le voilà"
"bon ok, t'es en règle"
Son ton devint alors moins aggressif et il engagea la conversation.
"tu as pris une photo tout à l'heure dans le wagon"
"euh, vous croyez?"
"ne nie pas, il y a des témoins" (quelqu'un m'avait donc dénoncé)
"ben en fait oui, c'est p'têt possible"
"et bien c'est interdit. Donne moi ton appareil"
Merde, merde et merde!
Le type regarda donc mon numérique sous toutes les coutures en cherchant apparemment la pellicule qu'il ne trouva évidemment pas. Je lui ai donc expliqué comment ça fonctionnait, et comment on pouvait effacer les photos en les sélectionnant. Lorsque la photo du train s'afficha, il s'excita en me répétant que c'était interdit, et je lui alors montré la fonction d'effacement: "vous voyez, il y a 67 photos stockées, et bien maintenant il n'y en a plus que 66".
Le type fut soulagé et commença à regardes mes autres photos de voyage: Shaoshan, Changsha, Guilin, etc... Je me souvins alors des photos prises à Maco, montrant des opposants manifester et se faire arrêter. Il ne vallait mieux pas qu'il les voit et j'ai inventé une fausse panne de batterie pour lui reprendre l'appareil au bon moment.
Le militaire se leva et repartit en me laissant seul dans ce que j'ai imaginé être le wagon-prison. J'ai alors supposé que c'était une punition pour avoir pris une photo interdite. Je me suis donc mis à écrire mes cartes postales, puisqu'il fallait bien que je m'occupe, les poulets ayant quand même une conversation très limitée. Une demi-heure plus tard il revint accompagné de trois employés des chemins de fer qui se mirent en arc de cercle autour de moi en riant. Une vieille finit par lacher:
"tu sais écrire le chinois?"
"euh, oui"
"alors prends un stylo et un papier"
"voilà"
"écris ce que je vais dire"
"ok"
"Shaoshan est le soleil rouge dans le coeur du peuple" (un vieux slogan communiste)
Je me suis exécuté et ils furent satisfaits. J'ai quand même eu droit à une critique car j'avais oublié comment écrire le caractère "shao" de "shaoshan", et ai dû consulter mon billet de train pour me rafraîchir la mémoire. Ils sont alors repartis et j'ai cette fois fini le trajet tout seul.
Sept ans plus tard: à la réflexion, je ne suis pas sûr que c'est pour me punir qu'ils m'ont enfermé dans ce wagon vide. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il s'agissait vraisemblablement d'un traitement de faveur, puisque ce militaire ne devait pas imaginer un seul instant que j'avais plus de plaisir à être entouré de gens simples que d'être tout seul. Il improvisa donc un wagon première classe juste pour l'Etranger. Il est en effet fréquent qu'en voulant bien faire, les chinois mettent les étrangers dans des situations qu'ils n'auraient pas vraiment désirées.
C'était le même omnibus qu'à l'aller qui devait me ramener à Changsha, mais celui-ci était complet tandis que celui du matin avait fait le trajet quasiment à vide. Trois heures de trajet m'attendaient avec une arrivée prévue à 10h30 du soir. Le train était incroyablement bordélique, un vrai omnibus de campagne! C'était tellement sale et désordonné qu'il a fallu que je prenne une photo, ce que je fis avant d'aller me rassoir avec les paysans avec qui je discutais.
Dix minutes plus tard, un type de la police militaire entra dans le wagon et regarda tout le monde. Puis il vint à ma hauteur et me parla avec un accent tellement fort que ça en était quasi incompréhensible. Mais je vous reconstitue en clair le dialogue qui fut vraiment laborieux (en plus de parler en très mauvais mandarin, le soldat puait l'alcool):
"passeport!" (j'ai vraiment eu du mal à comprendre ce mot, puisque j'ignorais à l'époque que j'étais dans une province où la syllabe "hu" se prononçait "fu". Le passeport, c'était donc un fuzhao au lieu d'un huzhao)
"hein?"
"lève toi et prends tes affaires"
"bon ok"
Je me suis levé et le militaire me fit traverser tout le train jusqu'à tomber sur une porte close.
"ouvrez-cette porte" hurla-t-il à l'employée des chemins de fer.
La porte s'ouvrit et on est entrés dans un wagon vide, avec juste quelques poulets (des volailles, pas des flics). Un wagon vide dans un train bondé, c'est bizarre... Etait-ce la chambre des tortures?
"assieds-toi là et attends moi!"
"yes sir"
Qu'allait-il donc m'arriver? Je n'étais pas vraiment inquiet, mais quand même un petit peu. Le type revint dix minutes plus tard:
"passeport!"
"le voilà"
"bon ok, t'es en règle"
Son ton devint alors moins aggressif et il engagea la conversation.
"tu as pris une photo tout à l'heure dans le wagon"
"euh, vous croyez?"
"ne nie pas, il y a des témoins" (quelqu'un m'avait donc dénoncé)
"ben en fait oui, c'est p'têt possible"
"et bien c'est interdit. Donne moi ton appareil"
Merde, merde et merde!
Le type regarda donc mon numérique sous toutes les coutures en cherchant apparemment la pellicule qu'il ne trouva évidemment pas. Je lui ai donc expliqué comment ça fonctionnait, et comment on pouvait effacer les photos en les sélectionnant. Lorsque la photo du train s'afficha, il s'excita en me répétant que c'était interdit, et je lui alors montré la fonction d'effacement: "vous voyez, il y a 67 photos stockées, et bien maintenant il n'y en a plus que 66".
Le type fut soulagé et commença à regardes mes autres photos de voyage: Shaoshan, Changsha, Guilin, etc... Je me souvins alors des photos prises à Maco, montrant des opposants manifester et se faire arrêter. Il ne vallait mieux pas qu'il les voit et j'ai inventé une fausse panne de batterie pour lui reprendre l'appareil au bon moment.
Le militaire se leva et repartit en me laissant seul dans ce que j'ai imaginé être le wagon-prison. J'ai alors supposé que c'était une punition pour avoir pris une photo interdite. Je me suis donc mis à écrire mes cartes postales, puisqu'il fallait bien que je m'occupe, les poulets ayant quand même une conversation très limitée. Une demi-heure plus tard il revint accompagné de trois employés des chemins de fer qui se mirent en arc de cercle autour de moi en riant. Une vieille finit par lacher:
"tu sais écrire le chinois?"
"euh, oui"
"alors prends un stylo et un papier"
"voilà"
"écris ce que je vais dire"
"ok"
"Shaoshan est le soleil rouge dans le coeur du peuple" (un vieux slogan communiste)
Je me suis exécuté et ils furent satisfaits. J'ai quand même eu droit à une critique car j'avais oublié comment écrire le caractère "shao" de "shaoshan", et ai dû consulter mon billet de train pour me rafraîchir la mémoire. Ils sont alors repartis et j'ai cette fois fini le trajet tout seul.
Sept ans plus tard: à la réflexion, je ne suis pas sûr que c'est pour me punir qu'ils m'ont enfermé dans ce wagon vide. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il s'agissait vraisemblablement d'un traitement de faveur, puisque ce militaire ne devait pas imaginer un seul instant que j'avais plus de plaisir à être entouré de gens simples que d'être tout seul. Il improvisa donc un wagon première classe juste pour l'Etranger. Il est en effet fréquent qu'en voulant bien faire, les chinois mettent les étrangers dans des situations qu'ils n'auraient pas vraiment désirées.
30. Les quasi bugs de l'an 2000
J'allais avoir la chance de passer l'an 2000 plusieurs heures avant les européens, et encore plus avant les américains. Si le passage à l'an 2000, et son redouté et redoutable bug, devait signifier l'apocalypse et la fin du monde, cela voulait donc dire que je mourrais avant les européens. Ceci dit, j'avais déjà survécu aux prédictions apocalyptiques liées à l'éclipse du mois d'août 1999, et j'estimais mes chances de survie au passage à l'an 2000 comme plutôt bonnes.
Il me restait donc trois bonnes heures à tirer avant le cap fatidique, et j'en passerais une partie seul dans un wagon se trainant au milieu de la campagne du Hunan. Je n'avais pas vraiment de projets pour minuit, décidant de me laisser aller au gré des mouvements de foule, une fois à Changsha. Vers 10 heures du soir passées d'une bonne dizaine de minutes, le train s'arrêta tandis que nous approchions des faubourgs de Changsha. Un simple arrêt technique de quelques minutes, me suis-je dit. L'arrêt fut en fait beaucoup plus long que ça et dura environ une heure, une heure pendant laquelle je regardais ma montre avec anxieté. Non que je sois particulièrement porté sur les festivités, mais je n'avais pas tellement envie de répondre, lorsqu'on me le demanderait sans doute, que j'avais passé l'an 2000 seul enfermé dans un wagon immobile. Un employé des chemins de fer passa dans mon wagon, et j'ai pu lui arracher une explication selon laquelle notre train n'avait pas la priorité sur la voie, par rapport à des express qui devaient passer à la même heure. Il fallait donc prendre notre mal en patience. Etait-ce une manifestation anticipée du fameux bug de l'an 2000 qui commençait déjà à perturber le trafic ferroviaire chinois?
Finalement, le train a fini par redémarrer vers 11 heures, et nous sommes arrivés en gare de Changsha vers 11 heures 20. J'ai rapidement demandé autour de moi où il valait mieux passer minuit, et plusieurs personnes interrogées m'ont parlé du Parc des Martyrs, en centre ville. C'est donc là-bas que je me suis rendu, en constatant sur le chemin une foule importante massée dans certaines grandes artères de la ville. Contrairement à ce que disait la vieille sorcière du dortoir, ce soir-là n'était pas un soir comme les autres. Je suis finalement arrivé dans le parc peu avant minuit, juste à temps pour en rejoindre le centre et trouver un endroit agréable pour assister aux festivités.
Le compte-à-rebours n'était pas aussi franc qu'une dizaine de jours plus tôt à Macao, puisque la foule - moins dense que je ne l'avais imaginée - ne le reprenait pas en coeur. Je me suis donc fait mon compte à rebours tout seul, à une heure évidemment approximative. J'ai supposé que le vrai minuit avait sonné quand des feux d'artifice un peu plus important ont été tirés. Mais tout cela était plutôt décevant et bon marché. Rien de spectaculaire comme la plupart des capitales du monde avaient sans doute organisé. Mais voilà, la capitale du Hunan n'est pas une des capitales du monde.
L'ambiance dans le Parc était plutôt bon enfant. Toutes les générations étaient présentes et j'ai sympathisé avec un certain nombre de badauds. Un groupe de jeunes m'a convié à les rejoindre pour le reste de la nuit, probablement dans quelques lugubres karaokes ou bars faussement branchés, mais la fatigue était vraiment trop forte et je n'ai pas eu la force d'accepter leur proposition. Il était une heure passée, et après la dense journée que je venais de passer, j'avais besoin de sommeil, d'un très long sommeil.
J'ai eu un mal fou à trouver un taxi pour rentrer à l'université, et il devait être deux heures passées lorsque je suis enfin arrivé devant la fameuse grille, qui était fermée comme promis. Je l'ai secouée un bon moment avant que la sorcière ne se pointe, en maugréant encore plus que le matin-même. Je lui ai souhaité bonne année et suis monté dans ma chambre où j'ai immédiatement sombré dans un profond sommeil.
J'en fus tiré par le téléphone à sept heures du matin: salut c'est Ouyang, bonne année à toi! heu, je dormais là bonne année! oui, merci toi aussi c'était bien Shaoshan? oui oui, très bien alors au revoir, hein oui au revoir
Et je me suis rendormi.
Et le téléphone a resonné une demi-heure plus tard: salut c'est Ouyang ah, quelle surprise, salut tu regardes la télé là? non, je dormais alors allume vite la télé, le président Jiang Zemin fait un discours! ah, merci pour l'info au revoir au revoir
Et je me suis rendormi après avoir allumé la télé une minute (mais qu'est-ce qui m'a donc pris?). Le bug de l'an 2000 se serait-il attaqué à mon cerveau?
Sept ans plus tard: il m'est arrivé de sympathiser avec d'autres chinois, à qui il est aussi arrivé de me téléphoner à des heures très matinales, sans qu'ils ne s'émeuvent le moins du monde quand je leur disais que j'étais en train de dormir. Décidément, Ouyang n'était pas si folle que ça, à la réflexion.
J'allais avoir la chance de passer l'an 2000 plusieurs heures avant les européens, et encore plus avant les américains. Si le passage à l'an 2000, et son redouté et redoutable bug, devait signifier l'apocalypse et la fin du monde, cela voulait donc dire que je mourrais avant les européens. Ceci dit, j'avais déjà survécu aux prédictions apocalyptiques liées à l'éclipse du mois d'août 1999, et j'estimais mes chances de survie au passage à l'an 2000 comme plutôt bonnes.
Il me restait donc trois bonnes heures à tirer avant le cap fatidique, et j'en passerais une partie seul dans un wagon se trainant au milieu de la campagne du Hunan. Je n'avais pas vraiment de projets pour minuit, décidant de me laisser aller au gré des mouvements de foule, une fois à Changsha. Vers 10 heures du soir passées d'une bonne dizaine de minutes, le train s'arrêta tandis que nous approchions des faubourgs de Changsha. Un simple arrêt technique de quelques minutes, me suis-je dit. L'arrêt fut en fait beaucoup plus long que ça et dura environ une heure, une heure pendant laquelle je regardais ma montre avec anxieté. Non que je sois particulièrement porté sur les festivités, mais je n'avais pas tellement envie de répondre, lorsqu'on me le demanderait sans doute, que j'avais passé l'an 2000 seul enfermé dans un wagon immobile. Un employé des chemins de fer passa dans mon wagon, et j'ai pu lui arracher une explication selon laquelle notre train n'avait pas la priorité sur la voie, par rapport à des express qui devaient passer à la même heure. Il fallait donc prendre notre mal en patience. Etait-ce une manifestation anticipée du fameux bug de l'an 2000 qui commençait déjà à perturber le trafic ferroviaire chinois?
Finalement, le train a fini par redémarrer vers 11 heures, et nous sommes arrivés en gare de Changsha vers 11 heures 20. J'ai rapidement demandé autour de moi où il valait mieux passer minuit, et plusieurs personnes interrogées m'ont parlé du Parc des Martyrs, en centre ville. C'est donc là-bas que je me suis rendu, en constatant sur le chemin une foule importante massée dans certaines grandes artères de la ville. Contrairement à ce que disait la vieille sorcière du dortoir, ce soir-là n'était pas un soir comme les autres. Je suis finalement arrivé dans le parc peu avant minuit, juste à temps pour en rejoindre le centre et trouver un endroit agréable pour assister aux festivités.
Le compte-à-rebours n'était pas aussi franc qu'une dizaine de jours plus tôt à Macao, puisque la foule - moins dense que je ne l'avais imaginée - ne le reprenait pas en coeur. Je me suis donc fait mon compte à rebours tout seul, à une heure évidemment approximative. J'ai supposé que le vrai minuit avait sonné quand des feux d'artifice un peu plus important ont été tirés. Mais tout cela était plutôt décevant et bon marché. Rien de spectaculaire comme la plupart des capitales du monde avaient sans doute organisé. Mais voilà, la capitale du Hunan n'est pas une des capitales du monde.
L'ambiance dans le Parc était plutôt bon enfant. Toutes les générations étaient présentes et j'ai sympathisé avec un certain nombre de badauds. Un groupe de jeunes m'a convié à les rejoindre pour le reste de la nuit, probablement dans quelques lugubres karaokes ou bars faussement branchés, mais la fatigue était vraiment trop forte et je n'ai pas eu la force d'accepter leur proposition. Il était une heure passée, et après la dense journée que je venais de passer, j'avais besoin de sommeil, d'un très long sommeil.
J'ai eu un mal fou à trouver un taxi pour rentrer à l'université, et il devait être deux heures passées lorsque je suis enfin arrivé devant la fameuse grille, qui était fermée comme promis. Je l'ai secouée un bon moment avant que la sorcière ne se pointe, en maugréant encore plus que le matin-même. Je lui ai souhaité bonne année et suis monté dans ma chambre où j'ai immédiatement sombré dans un profond sommeil.
J'en fus tiré par le téléphone à sept heures du matin: salut c'est Ouyang, bonne année à toi! heu, je dormais là bonne année! oui, merci toi aussi c'était bien Shaoshan? oui oui, très bien alors au revoir, hein oui au revoir
Et je me suis rendormi.
Et le téléphone a resonné une demi-heure plus tard: salut c'est Ouyang ah, quelle surprise, salut tu regardes la télé là? non, je dormais alors allume vite la télé, le président Jiang Zemin fait un discours! ah, merci pour l'info au revoir au revoir
Et je me suis rendormi après avoir allumé la télé une minute (mais qu'est-ce qui m'a donc pris?). Le bug de l'an 2000 se serait-il attaqué à mon cerveau?
Sept ans plus tard: il m'est arrivé de sympathiser avec d'autres chinois, à qui il est aussi arrivé de me téléphoner à des heures très matinales, sans qu'ils ne s'émeuvent le moins du monde quand je leur disais que j'étais en train de dormir. Décidément, Ouyang n'était pas si folle que ça, à la réflexion.
31. Un restaurant comme tant d'autres
Pendant les quelques jours où je suis resté à Changsha, j'ai quasiment pris tous mes repas dans le même restaurant, situé en contrebas de ma résidence. C'était un petit restaurant tout simple, comme il y en a des centaines de milliers. On y servait une cuisine savoureuse mais sans prétention, et l'accueil y était simple et chaleureux. C'était exactement le genre d'établissement où se sent rapidement chez soi, et il était agréable de revoir à chaque fois les mêmes visages familiers, et de reconstituer une sorte de chez soi à 10.000 kilomètres de la maison.
Le premier jour, ça ne s'était pourtant pas si bien passé que ça, car mon souhait de me voir servir des plats non épicés ne fut pas vraiment respecté à la lettre, c'est le moins que l'on puisse dire! C'est souvent la province du Sichuan qui a la réputation d'avoir la cuisine la plus épicée de Chine. Or, les spécialistes et amateurs s'accordent à dire que la cuisine du Hunan l'est encore plus. Un dicton chinois résume en quelques syllabes le rapport des gens à la cuisine épicée: "bu pa la, la bu pa, pa bu la". Grosso modo, il y a ceux qui n'ont pas peur de la cuisine épicée, et il y a ceux qui ont peur de la cuisine non épicée. Les gens du Hunan appartiennent clairement à cette dernière catégorie, tant il leur est inconcevable de préparer et de manger des plats qui ne soient pas aspergés de piments. Je connaissais un peu la réputation de la province, et ai donc insisté dès le premier jour pour avoir des plats sans piments. Malgré les promesses du personnel, c'est toujours des plats pimentés qui m'étaient servis, et mon étonnement suscitait à chaque fois une remarque désemparée du genre "tu voulais dire, sans piment du tout?" Quelle incongruité!
J'ai fini par plus ou moins m'y habituer, tandis que de son côté, le personnel avait appris à mettre de moins en moins de piment, jusqu'à ce que vers la fin de mon séjour, les plats soient presque vierges de ce terrible ingrédient.
Dans ce restaurant, il y avait aussi des serveuses toutes gentilles, avec qui nous avons eu de longues conversations. J'ai particulièrement sympathisé avec une certaine Yao Ying, alors âgée de quelques années de moins que moi. C'était une fille de la campagne, qui comme des dizaines de millions d'autres avait migré dans une grande ville pour faire des petits boulots. Apparemment elle s'accomodait plutôt bien de celui de serveuse dans ce restaurant. Elle était plutôt mignonne, Yao Ying, et le courant est très vite passé entre nous, bien que cet intérêt réciproque n'ait probablement pas dépassé le stade de l'amitié d'un côté comme de l'autre. J'en ai rencontré beaucoup des Yao Ying par la suite, des filles au caractère simple au bon sens du terme, dont la gentillesse sincère n'a pas encore été pourrie par le sentiment élitiste des citadins de longue date. Mais comme elle fut la première du genre que j'ai connue, c'est d'elle dont je me souviens le mieux.
Le reste du personnel aussi était sympathique, et je n'ai même pas eu la volonté de faire un scandale lorsque chez l'une d'entre elles, postée sur le pas de la porte, la tête inclinée vers le bas et le regard profondément absorbé par de mystérieuses pensées, un long filet de bave s'échappa lentement de sa bouche pour s'écraser sur le parquet du restaurant, avant de se faire nonchalamment écraser par les pieds de la même fille. Non, je n'ai même pas bronché, même si en mon for intérieur, cette scène me fit regarder dorénavant la fille avec des yeux différents et beaucoup moins intéressés.
Sept ans plus tard: Yao Ying fait partie des rares personnes avec qui j'ai gardé une correspondance épistolaire à mon retour en France. Nous nous écrivions de longues lettres parlant des choses les plus anodines comme des plus substantielles. Le rythme de nos lettres était de plus en plus espacé, et les dernières ont dû être échangées un an et demi après notre rencontre, soit peu de temps avant que je ne vienne vivre en Chine. Mais le contact était déjà rompu à ce moment-là, c'est dommage.
Pendant les quelques jours où je suis resté à Changsha, j'ai quasiment pris tous mes repas dans le même restaurant, situé en contrebas de ma résidence. C'était un petit restaurant tout simple, comme il y en a des centaines de milliers. On y servait une cuisine savoureuse mais sans prétention, et l'accueil y était simple et chaleureux. C'était exactement le genre d'établissement où se sent rapidement chez soi, et il était agréable de revoir à chaque fois les mêmes visages familiers, et de reconstituer une sorte de chez soi à 10.000 kilomètres de la maison.
Le premier jour, ça ne s'était pourtant pas si bien passé que ça, car mon souhait de me voir servir des plats non épicés ne fut pas vraiment respecté à la lettre, c'est le moins que l'on puisse dire! C'est souvent la province du Sichuan qui a la réputation d'avoir la cuisine la plus épicée de Chine. Or, les spécialistes et amateurs s'accordent à dire que la cuisine du Hunan l'est encore plus. Un dicton chinois résume en quelques syllabes le rapport des gens à la cuisine épicée: "bu pa la, la bu pa, pa bu la". Grosso modo, il y a ceux qui n'ont pas peur de la cuisine épicée, et il y a ceux qui ont peur de la cuisine non épicée. Les gens du Hunan appartiennent clairement à cette dernière catégorie, tant il leur est inconcevable de préparer et de manger des plats qui ne soient pas aspergés de piments. Je connaissais un peu la réputation de la province, et ai donc insisté dès le premier jour pour avoir des plats sans piments. Malgré les promesses du personnel, c'est toujours des plats pimentés qui m'étaient servis, et mon étonnement suscitait à chaque fois une remarque désemparée du genre "tu voulais dire, sans piment du tout?" Quelle incongruité!
J'ai fini par plus ou moins m'y habituer, tandis que de son côté, le personnel avait appris à mettre de moins en moins de piment, jusqu'à ce que vers la fin de mon séjour, les plats soient presque vierges de ce terrible ingrédient.
Dans ce restaurant, il y avait aussi des serveuses toutes gentilles, avec qui nous avons eu de longues conversations. J'ai particulièrement sympathisé avec une certaine Yao Ying, alors âgée de quelques années de moins que moi. C'était une fille de la campagne, qui comme des dizaines de millions d'autres avait migré dans une grande ville pour faire des petits boulots. Apparemment elle s'accomodait plutôt bien de celui de serveuse dans ce restaurant. Elle était plutôt mignonne, Yao Ying, et le courant est très vite passé entre nous, bien que cet intérêt réciproque n'ait probablement pas dépassé le stade de l'amitié d'un côté comme de l'autre. J'en ai rencontré beaucoup des Yao Ying par la suite, des filles au caractère simple au bon sens du terme, dont la gentillesse sincère n'a pas encore été pourrie par le sentiment élitiste des citadins de longue date. Mais comme elle fut la première du genre que j'ai connue, c'est d'elle dont je me souviens le mieux.
Le reste du personnel aussi était sympathique, et je n'ai même pas eu la volonté de faire un scandale lorsque chez l'une d'entre elles, postée sur le pas de la porte, la tête inclinée vers le bas et le regard profondément absorbé par de mystérieuses pensées, un long filet de bave s'échappa lentement de sa bouche pour s'écraser sur le parquet du restaurant, avant de se faire nonchalamment écraser par les pieds de la même fille. Non, je n'ai même pas bronché, même si en mon for intérieur, cette scène me fit regarder dorénavant la fille avec des yeux différents et beaucoup moins intéressés.
Sept ans plus tard: Yao Ying fait partie des rares personnes avec qui j'ai gardé une correspondance épistolaire à mon retour en France. Nous nous écrivions de longues lettres parlant des choses les plus anodines comme des plus substantielles. Le rythme de nos lettres était de plus en plus espacé, et les dernières ont dû être échangées un an et demi après notre rencontre, soit peu de temps avant que je ne vienne vivre en Chine. Mais le contact était déjà rompu à ce moment-là, c'est dommage.
32. Farniente à Changsha
Lors de ce voyage, je pouvais concevoir de perdre du temps, et de ne presque rien faire de constructif de mes journées, une manière de voyager que j'ai abandonné depuis longtemps, en tout cas depuis que j'ai beaucoup moins de temps lorsque je voyage. Il y a ainsi beaucoup de choses que je n'ai pas faites à Changsha: je ne suis pas allé voir les quelques lieux de mémoire où l'on est supposé s'instruire sur les jeunes années du Camarade Mao Zedong. Il avait en effet étudié à l'université de Changsha, et c'est peut-être là qu'il avait pour la première fois développé ses sentiments révolutionnaires. Le Lonely Planet me mettait l'eau à la bouche en parlant du bassin d'eau froide où Mao venait purifier son corps pour se donner de la vigueur révolutionnaire (ou refroidir son appétit sexuel déjà férocement aiguisé à l'époque, comme le disent les mauvaises langues). Je ne suis donc rien allé voir de tout ça, pas plus que je ne suis allé voir le monument à la mémoire du Camarade Lei Feng situé à l'écart de la ville. Je m'estimais en effet idéologiquement rassasié par ma récente visite de Shaoshan, ainsi que par la statue géante de Mao Zedong devant laquelle je passais à chaque fois que je sortais ou entrais de l'université.
Qu'ai-je donc fait à Changsha le 1er janvier et le jour suivant? Je ne m'en souviens plus très bien. J'ai sans doute arpenté ses avenues les plus calmes, engageant un brin de conversation par ci par là, ce qui était plus que facile avec la population aussi chaleureuse de la région. De fait, j'ai toujours bien aimé les gens originaires du Hunan, que ce soit lors de mon unique voyage dans cette province, ou lors de rencontres effectuées plus tard ailleurs. Mais j'arrête là mes compliments, car dire que les gens du Hunan sont parmi les plus sympathiques de Chine implique donc que ceux des autres régions ne le sont pas forcément toujours autant... ce qui est ma foi parfois vrai. A Changsha, les gens ne comprenaient pas que je passe quelques jours en ville. Pourquoi n'allais-je donc pas visiter les parcs de montagne situés dans la Province, et qui n'étaient pas si éloignés que ça de la ville? Bonne question, je suppose que j'ai été pris d'une flemme aigüe à ce moment-là, ayant envie de me reposer un peu après ces quelques étapes effectuées dans le sud de la Chine.
L'après-midi du 1er janvier, j'ai croisé Yao Ying près du campus, qui faisait les courses sur un marché pour le compte du restaurant. Je l'ai accompagnée (tout en observant sa tactique de négociation, ça pourrait toujours servir) puis l'ai convaincue de passer une partie de l'après-midi avec moi, ce que sa patronne n'a eu aucun mal à accepter. On a pris le télésiège - une première pour elle! - et nous nous sommes installés au sommet d'une colline dominant la rive ouest de la rivière Xiang, d'où on avait une jolie vue sur la ville de Changsha.
Sept ans plus tard: la province du Hunan n'a pas une très bonne réputation auprès des populations de l'Est de la Chine, en raison de son retard économique. Je prends toujours mon pied en expliquant à mes interlocuteurs qui tiennent ce genre de discours que c'est une des régions les plus humainement riches du pays. Exactement le même type de discours que pour la province voisine du Jiangxi où je suis allé plus récemment.
Lors de ce voyage, je pouvais concevoir de perdre du temps, et de ne presque rien faire de constructif de mes journées, une manière de voyager que j'ai abandonné depuis longtemps, en tout cas depuis que j'ai beaucoup moins de temps lorsque je voyage. Il y a ainsi beaucoup de choses que je n'ai pas faites à Changsha: je ne suis pas allé voir les quelques lieux de mémoire où l'on est supposé s'instruire sur les jeunes années du Camarade Mao Zedong. Il avait en effet étudié à l'université de Changsha, et c'est peut-être là qu'il avait pour la première fois développé ses sentiments révolutionnaires. Le Lonely Planet me mettait l'eau à la bouche en parlant du bassin d'eau froide où Mao venait purifier son corps pour se donner de la vigueur révolutionnaire (ou refroidir son appétit sexuel déjà férocement aiguisé à l'époque, comme le disent les mauvaises langues). Je ne suis donc rien allé voir de tout ça, pas plus que je ne suis allé voir le monument à la mémoire du Camarade Lei Feng situé à l'écart de la ville. Je m'estimais en effet idéologiquement rassasié par ma récente visite de Shaoshan, ainsi que par la statue géante de Mao Zedong devant laquelle je passais à chaque fois que je sortais ou entrais de l'université.
Qu'ai-je donc fait à Changsha le 1er janvier et le jour suivant? Je ne m'en souviens plus très bien. J'ai sans doute arpenté ses avenues les plus calmes, engageant un brin de conversation par ci par là, ce qui était plus que facile avec la population aussi chaleureuse de la région. De fait, j'ai toujours bien aimé les gens originaires du Hunan, que ce soit lors de mon unique voyage dans cette province, ou lors de rencontres effectuées plus tard ailleurs. Mais j'arrête là mes compliments, car dire que les gens du Hunan sont parmi les plus sympathiques de Chine implique donc que ceux des autres régions ne le sont pas forcément toujours autant... ce qui est ma foi parfois vrai. A Changsha, les gens ne comprenaient pas que je passe quelques jours en ville. Pourquoi n'allais-je donc pas visiter les parcs de montagne situés dans la Province, et qui n'étaient pas si éloignés que ça de la ville? Bonne question, je suppose que j'ai été pris d'une flemme aigüe à ce moment-là, ayant envie de me reposer un peu après ces quelques étapes effectuées dans le sud de la Chine.
L'après-midi du 1er janvier, j'ai croisé Yao Ying près du campus, qui faisait les courses sur un marché pour le compte du restaurant. Je l'ai accompagnée (tout en observant sa tactique de négociation, ça pourrait toujours servir) puis l'ai convaincue de passer une partie de l'après-midi avec moi, ce que sa patronne n'a eu aucun mal à accepter. On a pris le télésiège - une première pour elle! - et nous nous sommes installés au sommet d'une colline dominant la rive ouest de la rivière Xiang, d'où on avait une jolie vue sur la ville de Changsha.
Sept ans plus tard: la province du Hunan n'a pas une très bonne réputation auprès des populations de l'Est de la Chine, en raison de son retard économique. Je prends toujours mon pied en expliquant à mes interlocuteurs qui tiennent ce genre de discours que c'est une des régions les plus humainement riches du pays. Exactement le même type de discours que pour la province voisine du Jiangxi où je suis allé plus récemment.
33. Direction Shanghai!
Il fallait bien partir un jour de Changsha, étant resté dans le coin 4 à 5 jours au lieu des 2 que j'avais prévus. Comme à Canton aussi je m'étais éternisé, j'avais clairement pris du retard sur mon itinéraire, qui n'existait d'ailleurs pas vraiment. Mais avant d'aller à Shanghai, j'aurais bien voulu voir autre chose sur le chemin. Seulement voilà, je voulais passer beaucoup de temps à Shanghai, entre autres pour une très bonne raison citée plus haut, et ne pouvais donc plus tellement perdre de temps sur le chemin.
J'ai quand même pas mal potassé ma carte de Chine, envisageant un arrêt à mi-chemin, vers Jingdezhen ou Huangshan, mais ai finalement opté pour un trajet direct, toujours en train de Changsha à Shanghai. 21 heures de trajet étaient prévues, c'était mon record à l'époque.
Le matin du 2 janvier, mon téléphone sonna plus tôt que d'habitude. A 5 heures 30 cette fois: salut, c'est Ouyang oui je sais c'est aujourd'hui que tu pars à Shanghai, non? oui oui oh la la, c'est terrible, on ne se reverra plus jamais c'est la vie quand tu seras à Shanghai, tu m'appelleras hein, tu m'appeleras? euh, oui oui
Et ce furent là les dernières paroles que nous nous sommes jamais échangées, puisque je ne l'ai jamais rappelée. Honte à moi!
Le train devait partir dans l'après-midi, et j'avais donc encore du temps à tuer à Changsha. Je suis allé prendre mon dernier repas dans mon cher restaurant, et ai fait mes adieux à tout le monde. Ce jour-là, j'ai sympathisé avec un type d'une trentaine d'années qui était à la table d'à côté, et qui s'est avéré être un professeur de l'université. Lorsque l'heure de partir arriva, le professeur se proposa de m'accompagner à la sortie de l'université pour que je trouve un taxi. Une proposition très sympathique que j'ai évidemment acceptée, mais j'ignorais alors que le gentil monsieur voulait aussi porter ma valise sur le chemin! Je devais déjà être imprégné d'une certaine morale confucéenne puisque, en tant qu'étudiant, je ne pouvais vraiment pas imaginer qu'un professeur d'université porte ma valise, une scène qui n'a pas dû se produire souvent en Chine depuis la Révolution Culturelle. Je crois que j'ai réussi à le convaincre, mais ce fut l'objet d'une âpre négociation.
J'allais passer les 21 heures de train dans un wagon couchette dure, le meilleur rapport qualité-prix pour un long voyage. M'étais-je déjà embourgeoisé? La perspective de passer autant de temps assis, voire même debout m'a vraisemblablement fait peur et je n'ai même pas demandé s'il restait des places en siège dur. Vive le confort! Le voyage fut effectivement très agréable puisque j'ai plus ou moins pu dormir (ce qui n'était pas gagné d'avance car j'avais une lumière vive juste au-dessus de la couchette, qu'il était impossible d'éteindre) et que je ne me suis pas ennuyé une seule seconde grâce à la conversation assidue des gens qui se relayaient pour venir me parler. C'est en fait avec un groupe d'étudiants de Hangzhou que j'ai passé la plus grande partie de mon temps.
La majeure partie du trajet fut nocturne, et il faisait déjà jour lorsque nous sommes arrivés à Hangzhou et que mes nouveaux amis sont descendus. Nous n'étions déjà plus dans le vrai sud de la Chine même si la province du Zhejiang est en général considérée comme le nord du sud. Il faisait clairement froid, ce qui n'annonçait rien de bon pour mon séjour à Shanghai, et le givre matinal donnait une couleur assez intéressante au paysage semi-industriel que nous traversions. Deux heures après cet arrêt, le train est entré en gare de Shanghai, aux alentours de midi.
De voyageur itinérant, j'allais devenir voyageur sédentaire, si tant est que cette expression veuille dire quelque chose.
Sept ans plus tard: la serviabilité des chinois est souvent stupéfiante, quand on la met dans le contexte d'un sans-gêne et d'un égoïsme forcenés, généralisables à une grande partie de la population. Mais ces tares, si on ose les qualifier comme telles, disparaissent immédiatement dès que l'on lie connaissance avec quelqu'un, ou qu'on entre dans son cercle amical ou professionnel. De goujat insuportable, le nouvel ami chinois se muera alors instantanément en perle de gentillesse. Peut-être le gentil professeur m'aurait-il violemment bousculé ou craché dessus par inadvertance, si on n'avait fait que se croiser dans une rue ou faire la queue ensemble quelque part.
Il fallait bien partir un jour de Changsha, étant resté dans le coin 4 à 5 jours au lieu des 2 que j'avais prévus. Comme à Canton aussi je m'étais éternisé, j'avais clairement pris du retard sur mon itinéraire, qui n'existait d'ailleurs pas vraiment. Mais avant d'aller à Shanghai, j'aurais bien voulu voir autre chose sur le chemin. Seulement voilà, je voulais passer beaucoup de temps à Shanghai, entre autres pour une très bonne raison citée plus haut, et ne pouvais donc plus tellement perdre de temps sur le chemin.
J'ai quand même pas mal potassé ma carte de Chine, envisageant un arrêt à mi-chemin, vers Jingdezhen ou Huangshan, mais ai finalement opté pour un trajet direct, toujours en train de Changsha à Shanghai. 21 heures de trajet étaient prévues, c'était mon record à l'époque.
Le matin du 2 janvier, mon téléphone sonna plus tôt que d'habitude. A 5 heures 30 cette fois: salut, c'est Ouyang oui je sais c'est aujourd'hui que tu pars à Shanghai, non? oui oui oh la la, c'est terrible, on ne se reverra plus jamais c'est la vie quand tu seras à Shanghai, tu m'appelleras hein, tu m'appeleras? euh, oui oui
Et ce furent là les dernières paroles que nous nous sommes jamais échangées, puisque je ne l'ai jamais rappelée. Honte à moi!
Le train devait partir dans l'après-midi, et j'avais donc encore du temps à tuer à Changsha. Je suis allé prendre mon dernier repas dans mon cher restaurant, et ai fait mes adieux à tout le monde. Ce jour-là, j'ai sympathisé avec un type d'une trentaine d'années qui était à la table d'à côté, et qui s'est avéré être un professeur de l'université. Lorsque l'heure de partir arriva, le professeur se proposa de m'accompagner à la sortie de l'université pour que je trouve un taxi. Une proposition très sympathique que j'ai évidemment acceptée, mais j'ignorais alors que le gentil monsieur voulait aussi porter ma valise sur le chemin! Je devais déjà être imprégné d'une certaine morale confucéenne puisque, en tant qu'étudiant, je ne pouvais vraiment pas imaginer qu'un professeur d'université porte ma valise, une scène qui n'a pas dû se produire souvent en Chine depuis la Révolution Culturelle. Je crois que j'ai réussi à le convaincre, mais ce fut l'objet d'une âpre négociation.
J'allais passer les 21 heures de train dans un wagon couchette dure, le meilleur rapport qualité-prix pour un long voyage. M'étais-je déjà embourgeoisé? La perspective de passer autant de temps assis, voire même debout m'a vraisemblablement fait peur et je n'ai même pas demandé s'il restait des places en siège dur. Vive le confort! Le voyage fut effectivement très agréable puisque j'ai plus ou moins pu dormir (ce qui n'était pas gagné d'avance car j'avais une lumière vive juste au-dessus de la couchette, qu'il était impossible d'éteindre) et que je ne me suis pas ennuyé une seule seconde grâce à la conversation assidue des gens qui se relayaient pour venir me parler. C'est en fait avec un groupe d'étudiants de Hangzhou que j'ai passé la plus grande partie de mon temps.
La majeure partie du trajet fut nocturne, et il faisait déjà jour lorsque nous sommes arrivés à Hangzhou et que mes nouveaux amis sont descendus. Nous n'étions déjà plus dans le vrai sud de la Chine même si la province du Zhejiang est en général considérée comme le nord du sud. Il faisait clairement froid, ce qui n'annonçait rien de bon pour mon séjour à Shanghai, et le givre matinal donnait une couleur assez intéressante au paysage semi-industriel que nous traversions. Deux heures après cet arrêt, le train est entré en gare de Shanghai, aux alentours de midi.
De voyageur itinérant, j'allais devenir voyageur sédentaire, si tant est que cette expression veuille dire quelque chose.
Sept ans plus tard: la serviabilité des chinois est souvent stupéfiante, quand on la met dans le contexte d'un sans-gêne et d'un égoïsme forcenés, généralisables à une grande partie de la population. Mais ces tares, si on ose les qualifier comme telles, disparaissent immédiatement dès que l'on lie connaissance avec quelqu'un, ou qu'on entre dans son cercle amical ou professionnel. De goujat insuportable, le nouvel ami chinois se muera alors instantanément en perle de gentillesse. Peut-être le gentil professeur m'aurait-il violemment bousculé ou craché dessus par inadvertance, si on n'avait fait que se croiser dans une rue ou faire la queue ensemble quelque part.
34. Des visages familiers
C'était la deuxième fois que je venais à Shanghai. Le coup de foudre avait été immédiat dès les premiers instants du premier séjour six mois plus tôt. La ville était comme un aimant, je savais que j'étais fait pour y vivre, que j'avais le yuanfen, cette affinité prédestinée inexplicable et irrépressible. Ce nouveau séjour ne serait que touristique, une fois de plus: c'était frustrant, mais quand même mieux que rien. Qu'il était agréable de retrouver ces quartiers, ces odeurs, ces impressions, ces manies si familiers. C'était une impression de retour chez moi comme si ma vie en France n'était en fait qu'un long intermède entre de brefs séjours à Shanghai.
De la gare, j'ai pris le métro pour rejoindre la Place du Peuple, et de là faire quelques centaines de mètres sur la Rue de Nankin pour rejoindre mon cher hôtel, le Dongya Fandian. Première surprise qui n'en était pas vraiment une, puisqu'on me l'avait dit: les travaux sur la Rue de Nankin étaient quasiment achevés, et la rue était désormais piétonne. Six mois plus tôt, elle n'était qu'un vaste chantier, que l'on contournait très péniblement sur les étroits trottoirs à moitié amputés par les travaux qui débordaient. En janvier 2000, c'était déjà devenu une belle et large rue piétonne, encore plus dévouée à la folie des achats que ce qu'elle a pu être auparavant. La Rue de Nankin était et est encore dans une certaine mesure surnommée les Champs Elysées de la Chine, et est connue comme étant la plus ancienne rue commerçante du pays, une réputation déjà solide dans les années 20 et 30.
Il y avait du monde en ce surlendemain de Jour de l'An, mais ça aurait pu être pire et je n'ai eu aucun mal à progresser vers l'Est. Difficile quand même de reconnaître les lieux après tant de changements. Au fur et à mesure que j'approchais de l'angle avec Zhejiang Lu, je sentais l'excitation monter car c'était l'épicentre de mon attirance irrationnelle pour la ville que j'allais rejoindre. L'angle de la Rue de Nankin avec Zhejiang Lu, c'était là que le taxi m'avait déposé six mois plus tôt, et le lieu où pour la première fois j'ai foulé le sol de la ville, exception faite de l'aéroport bien sûr. J'avais donc décidé que le lieu serait sacré pour moi. Puisque je n'avais pas de religion, j'avais bien le droit de m'en créer une! Six mois plus tôt, la première personne avec qui j'avais parlée était un petit vieux à qui j'ai demandé mon chemin pour trouver l'entrée de l'hôtel. Je connaissais cette fois le chemin, mais j'ai quand même aperçu le petit vieux, toujours là, toujours immobile au même endroit, avec son petit sourire impassible et semblant être un témoin intemporel de l'histoire de cette rue. Nous nous sommes reconnus et avons échangé un sourire complice. Bienvenue à la maison!
Le rez-de-chaussée de l'hôtel était toujours occupé par un centre commercial, dont le rayon costumes jouxtait l'ascenseur vers la réception de l'hôtel. Les mêmes vendeuses quadra et quinquagénaires étaient toujours là, avec leur horrible coiffure si typiquement shanghaienne sur la tête. Pour une raison que je ne m'explique pas, quasiment toutes les vendeuses de tous les centres commerciaux de cette rue semblaient bâties dans le même moule, un modèle qu'on retrouve pourtant beaucoup moins dans les autres quartiers de Shanghai. Voilà ce qu'on appelle un particularisme vraiment très très local! Dès que je me suis pointé, elles ont toutes gloussé en me montrant du doigt: "ta huilai le" (il est revenu). Et oui, me revoilà, on va pouvoir à nouveau s'échanger des vannes comme au bon vieux temps!
Puis je suis monté à la réception où le même personnel antipathique était toujours là. Pas grave, je les aimais bien quand même. Et puis j'adorais tellement cet hôtel que j'aurais pu tout pardonner. Qu'avait-il de spécial cet hôtel à l'intérieur et aux chambres propres, correctes mais quelconques? Et bien il était bien situé, juste à l'angle des deux bonns rues! Et puis le bâtiment avait un cachet extraordinaire vu de l'extérieur. C'était un ancien centre commercial bâti dans les années 1910, un véritale symbole encore debout de cette période révolue qui me fascinait tant.
La ville m'appartenait dorénavant pour une dizaine de jours!
Sept ans plus tard: j'ai passé mes trois dernières années dans une résidence à deux minutes à pieds de cet endroit tellement stratégique à mes yeux. Pour des raisons surtout pratiques liées aux accès au métro, mais bien entendu aussi sentimentales. Le petit vieux que j'ai encore revu six mois plus tard, à l'été 2000 n'est malheureusement plus là, en tout cas je ne l'ai plus revu, mais certaines des vendeuses de costumes sont encore là, et je me suis même allé une fois leur en acheter un, bien que la marque soit plutôt moche.
C'était la deuxième fois que je venais à Shanghai. Le coup de foudre avait été immédiat dès les premiers instants du premier séjour six mois plus tôt. La ville était comme un aimant, je savais que j'étais fait pour y vivre, que j'avais le yuanfen, cette affinité prédestinée inexplicable et irrépressible. Ce nouveau séjour ne serait que touristique, une fois de plus: c'était frustrant, mais quand même mieux que rien. Qu'il était agréable de retrouver ces quartiers, ces odeurs, ces impressions, ces manies si familiers. C'était une impression de retour chez moi comme si ma vie en France n'était en fait qu'un long intermède entre de brefs séjours à Shanghai.
De la gare, j'ai pris le métro pour rejoindre la Place du Peuple, et de là faire quelques centaines de mètres sur la Rue de Nankin pour rejoindre mon cher hôtel, le Dongya Fandian. Première surprise qui n'en était pas vraiment une, puisqu'on me l'avait dit: les travaux sur la Rue de Nankin étaient quasiment achevés, et la rue était désormais piétonne. Six mois plus tôt, elle n'était qu'un vaste chantier, que l'on contournait très péniblement sur les étroits trottoirs à moitié amputés par les travaux qui débordaient. En janvier 2000, c'était déjà devenu une belle et large rue piétonne, encore plus dévouée à la folie des achats que ce qu'elle a pu être auparavant. La Rue de Nankin était et est encore dans une certaine mesure surnommée les Champs Elysées de la Chine, et est connue comme étant la plus ancienne rue commerçante du pays, une réputation déjà solide dans les années 20 et 30.
Il y avait du monde en ce surlendemain de Jour de l'An, mais ça aurait pu être pire et je n'ai eu aucun mal à progresser vers l'Est. Difficile quand même de reconnaître les lieux après tant de changements. Au fur et à mesure que j'approchais de l'angle avec Zhejiang Lu, je sentais l'excitation monter car c'était l'épicentre de mon attirance irrationnelle pour la ville que j'allais rejoindre. L'angle de la Rue de Nankin avec Zhejiang Lu, c'était là que le taxi m'avait déposé six mois plus tôt, et le lieu où pour la première fois j'ai foulé le sol de la ville, exception faite de l'aéroport bien sûr. J'avais donc décidé que le lieu serait sacré pour moi. Puisque je n'avais pas de religion, j'avais bien le droit de m'en créer une! Six mois plus tôt, la première personne avec qui j'avais parlée était un petit vieux à qui j'ai demandé mon chemin pour trouver l'entrée de l'hôtel. Je connaissais cette fois le chemin, mais j'ai quand même aperçu le petit vieux, toujours là, toujours immobile au même endroit, avec son petit sourire impassible et semblant être un témoin intemporel de l'histoire de cette rue. Nous nous sommes reconnus et avons échangé un sourire complice. Bienvenue à la maison!
Le rez-de-chaussée de l'hôtel était toujours occupé par un centre commercial, dont le rayon costumes jouxtait l'ascenseur vers la réception de l'hôtel. Les mêmes vendeuses quadra et quinquagénaires étaient toujours là, avec leur horrible coiffure si typiquement shanghaienne sur la tête. Pour une raison que je ne m'explique pas, quasiment toutes les vendeuses de tous les centres commerciaux de cette rue semblaient bâties dans le même moule, un modèle qu'on retrouve pourtant beaucoup moins dans les autres quartiers de Shanghai. Voilà ce qu'on appelle un particularisme vraiment très très local! Dès que je me suis pointé, elles ont toutes gloussé en me montrant du doigt: "ta huilai le" (il est revenu). Et oui, me revoilà, on va pouvoir à nouveau s'échanger des vannes comme au bon vieux temps!
Puis je suis monté à la réception où le même personnel antipathique était toujours là. Pas grave, je les aimais bien quand même. Et puis j'adorais tellement cet hôtel que j'aurais pu tout pardonner. Qu'avait-il de spécial cet hôtel à l'intérieur et aux chambres propres, correctes mais quelconques? Et bien il était bien situé, juste à l'angle des deux bonns rues! Et puis le bâtiment avait un cachet extraordinaire vu de l'extérieur. C'était un ancien centre commercial bâti dans les années 1910, un véritale symbole encore debout de cette période révolue qui me fascinait tant.
La ville m'appartenait dorénavant pour une dizaine de jours!
Sept ans plus tard: j'ai passé mes trois dernières années dans une résidence à deux minutes à pieds de cet endroit tellement stratégique à mes yeux. Pour des raisons surtout pratiques liées aux accès au métro, mais bien entendu aussi sentimentales. Le petit vieux que j'ai encore revu six mois plus tard, à l'été 2000 n'est malheureusement plus là, en tout cas je ne l'ai plus revu, mais certaines des vendeuses de costumes sont encore là, et je me suis même allé une fois leur en acheter un, bien que la marque soit plutôt moche.
35. L'ordre des priorités
Curieusement, c'est une fois à Shanghai que mes souvenirs deviennent plus flous sur le déroulement de la suite des événements. Et oui, sept années (plus un mois maintenant) se sont écoulées depuis ce voyage, et on me pardonnera peut-être un certain relachement dans le luxe de détails que j'ai essayé de donner jusque là. Désormais, ce ne seront donc plus que quelques touches qui seront donées par-ci par-là, étant bien incapable de reconstituer une chronologie précise des événements pour les deux à trois semaines suivantes.
Une fois douché dès mon arrivée, j'avais une idée assez précise sur ce qu'il convenait de faire en premier à Shanghai. Tout d'abord, téléphoner aux gens que je connaissais qui y habitaient. Il n'y en avait pas tant que ça, mais j'étais très heureux à l'idée de tous les revoir. Il y avait bien entendu celle qui était en partie responsable de ma venue en Chine (nous l'appelerons J.), mais il y avait aussi deux amis français qui vivaient à Shanghai depuis peu, et que j'avais connus deux ans et demi plus tôt à Pékin, et puis une poignée d'amis chinois connus lors de mon premier séjour six mois plus tôt. Finalement, c'est bien agréable de connaître des gens sur place. Aucun n'était toutefois disponible pour me voir immédiatement, et j'ai donc résolu de passer aux priorités suivantes de ma liste.
Je suis redescendu sur la Rue de Nankin pour la descendre jusqu'au Bund, la promenade aménagée sur le fleuve Huangpu qui est le décor le plus emblématique de la ville. La Rue de Nankin n'était - et n'est toujours pas - piétonne jusqu'au bout, et les dernières centaines de mètres ressemblaient donc plus ou moins (vu le nombre de constructions récentes, c'était plutôt moins que plus) à la rue d'avant-guerre. Juste en arrivant sur le Bund, on passe devant le Peace Hotel (Heping Fandian), dont la pyramide verte au sommet est une des pièces architecturales les plus caractéristiques du Bund. Je ne suis pas rentré dans cet hôtel mythique, sans doute par peur d'être déçu, sachant toute l'Histoire qu'il renferme. Y mettre les pieds, ce serait sans doute désacraliser ce qu'il représentait à mes yeux, et perdre mes illusions sur un Shanghai d'avant-guerre encore vivant quelque part. Pas question donc d'aller voir le groupe de jazz qui y jouait parait-il tous les soirs, et dont certains membres d'âge canoniques auraient déjà officié dans les années 40. Conformément à ma nouvelle religion, cet endroit sacré devait rester un sanctuaire qui me serait interdit.
J'ai savouré avec une profonde satisfaction la promenade sur le Bund, et la double vue qu'elle offre sur les façades des immeubles majestueux d'avant-guerre d'un côté du fleuve, et les tours de bureaux flambant neuves et excentriques de Pudong, sur l'autre rive. Je connaissais cette vue par coeur, mais j'avais besoin de l'avoir à nouveau sous les yeux, le temps d'une bonne heure d'errance. Et puis à cette époque, le Bund n'était pas encore envahi par les mendiants et les vendeurs de gadgets, et était donc plutôt agréable, ce qu'il n'est plus depuis bien longtemps.
J'ai ensuite repris la Rue de Nankin en sens inverse, ai dépassé l'hôtel pour remonter jusqu'au niveau du Grand Magasin Numéro 1, l'ancien "The Sun" d'avant-guerre, où je suis tombé en extase devant une affiche, sans doute d'époque, disposée dans une vitrine. Cette pièce de collection absolument extraordinaire était une affiche promotionnelle en langue française pour ce magasin, très en vue à l'époque. Je me souviens encore à peu près de la légende: "Une première en Asie: un escalier mécanique sur deux étages! A l'angle de la Rue de Nankin et de la Rue du Tibet". Ce croisement était exactement celui où je me trouvais, et c'était donc bien ce magasin qui était concerné. Cette magnifique pièce de collection était encore là six mois plus tard lorsque j'y suis repassé, mais a ensuite disparu. Je ne l'ai plus jamais revue, ni sur place, ni ailleurs. J'aurais été prêt à dépenser une fortune pour l'acquérir celle-là, dommage.
Sept ans plus tard: je n'ai toujours jamais mis les pieds au Peace Hotel, bien qu'étant passé devant des dizaines et des dizaines de fois!!! J'ai en revanche trouvé tout récemment sur un marché aux vieilleries une affiche promotionnelle sans doute d'époque pour le magasin Tai Tchong en anglais et en chinois et l'ai évidemment achetée. Elle était beaucoup moins belle que l'autre, mais c'était quand même un beau lot de consolation, plutôt bon marché qui plus est. Et raffinement suprême, le Tai Tchong... c'est précisément le bâtiment qu'occupe aujourd'hui mon cher hôtel!
Curieusement, c'est une fois à Shanghai que mes souvenirs deviennent plus flous sur le déroulement de la suite des événements. Et oui, sept années (plus un mois maintenant) se sont écoulées depuis ce voyage, et on me pardonnera peut-être un certain relachement dans le luxe de détails que j'ai essayé de donner jusque là. Désormais, ce ne seront donc plus que quelques touches qui seront donées par-ci par-là, étant bien incapable de reconstituer une chronologie précise des événements pour les deux à trois semaines suivantes.
Une fois douché dès mon arrivée, j'avais une idée assez précise sur ce qu'il convenait de faire en premier à Shanghai. Tout d'abord, téléphoner aux gens que je connaissais qui y habitaient. Il n'y en avait pas tant que ça, mais j'étais très heureux à l'idée de tous les revoir. Il y avait bien entendu celle qui était en partie responsable de ma venue en Chine (nous l'appelerons J.), mais il y avait aussi deux amis français qui vivaient à Shanghai depuis peu, et que j'avais connus deux ans et demi plus tôt à Pékin, et puis une poignée d'amis chinois connus lors de mon premier séjour six mois plus tôt. Finalement, c'est bien agréable de connaître des gens sur place. Aucun n'était toutefois disponible pour me voir immédiatement, et j'ai donc résolu de passer aux priorités suivantes de ma liste.
Je suis redescendu sur la Rue de Nankin pour la descendre jusqu'au Bund, la promenade aménagée sur le fleuve Huangpu qui est le décor le plus emblématique de la ville. La Rue de Nankin n'était - et n'est toujours pas - piétonne jusqu'au bout, et les dernières centaines de mètres ressemblaient donc plus ou moins (vu le nombre de constructions récentes, c'était plutôt moins que plus) à la rue d'avant-guerre. Juste en arrivant sur le Bund, on passe devant le Peace Hotel (Heping Fandian), dont la pyramide verte au sommet est une des pièces architecturales les plus caractéristiques du Bund. Je ne suis pas rentré dans cet hôtel mythique, sans doute par peur d'être déçu, sachant toute l'Histoire qu'il renferme. Y mettre les pieds, ce serait sans doute désacraliser ce qu'il représentait à mes yeux, et perdre mes illusions sur un Shanghai d'avant-guerre encore vivant quelque part. Pas question donc d'aller voir le groupe de jazz qui y jouait parait-il tous les soirs, et dont certains membres d'âge canoniques auraient déjà officié dans les années 40. Conformément à ma nouvelle religion, cet endroit sacré devait rester un sanctuaire qui me serait interdit.
J'ai savouré avec une profonde satisfaction la promenade sur le Bund, et la double vue qu'elle offre sur les façades des immeubles majestueux d'avant-guerre d'un côté du fleuve, et les tours de bureaux flambant neuves et excentriques de Pudong, sur l'autre rive. Je connaissais cette vue par coeur, mais j'avais besoin de l'avoir à nouveau sous les yeux, le temps d'une bonne heure d'errance. Et puis à cette époque, le Bund n'était pas encore envahi par les mendiants et les vendeurs de gadgets, et était donc plutôt agréable, ce qu'il n'est plus depuis bien longtemps.
J'ai ensuite repris la Rue de Nankin en sens inverse, ai dépassé l'hôtel pour remonter jusqu'au niveau du Grand Magasin Numéro 1, l'ancien "The Sun" d'avant-guerre, où je suis tombé en extase devant une affiche, sans doute d'époque, disposée dans une vitrine. Cette pièce de collection absolument extraordinaire était une affiche promotionnelle en langue française pour ce magasin, très en vue à l'époque. Je me souviens encore à peu près de la légende: "Une première en Asie: un escalier mécanique sur deux étages! A l'angle de la Rue de Nankin et de la Rue du Tibet". Ce croisement était exactement celui où je me trouvais, et c'était donc bien ce magasin qui était concerné. Cette magnifique pièce de collection était encore là six mois plus tard lorsque j'y suis repassé, mais a ensuite disparu. Je ne l'ai plus jamais revue, ni sur place, ni ailleurs. J'aurais été prêt à dépenser une fortune pour l'acquérir celle-là, dommage.
Sept ans plus tard: je n'ai toujours jamais mis les pieds au Peace Hotel, bien qu'étant passé devant des dizaines et des dizaines de fois!!! J'ai en revanche trouvé tout récemment sur un marché aux vieilleries une affiche promotionnelle sans doute d'époque pour le magasin Tai Tchong en anglais et en chinois et l'ai évidemment achetée. Elle était beaucoup moins belle que l'autre, mais c'était quand même un beau lot de consolation, plutôt bon marché qui plus est. Et raffinement suprême, le Tai Tchong... c'est précisément le bâtiment qu'occupe aujourd'hui mon cher hôtel!
36. Retrouvailles
Il ne s'est évidemment pas écoulé beaucoup de temps avant que je ne revoie J. Elle était aussi belle et gentille que dans mes souvenirs, et en la revoyant je me suis confirmé à moi-même que je voulais lui faire savoir que j'éprouvais quelque chose pour elle. Peut-être même du yuanfen, au même titre que celui qui me liait à la ville de Shanghai. Comme c'était une fille traditionnelle, et malheureusement assez occupée en raison de l'imminente période d'examens universitaires qu'elle s'apprêtait à traverser, la mission allait être des plus difficiles. Et comme nous sommes ici sur un forum de voyages et non sur un carnet rose, je n'entrerai dans aucun détail sur la manière dont les choses allaient se passer. La suite viendra un peu plus tard.
Peu de temps après, j'ai retrouvé un de mes amis français, qui était arrivé à Shanghai quelques mois plus tôt, et étudiait à l'université de Fudan. Je suis donc allé le voir à son université, située un peu à l'écart du centre-ville, vers le nord-est. Fudan est une des universités les plus prestigieuses de la ville, et accueillait une bonne partie de la communauté des étudiants étrangers, qui à l'époque était beaucoup plus réduite qu'aujourd'hui. Comme je commençait à en avoir l'habitude, c'est une grande statue du Président Mao qui allait m'accueillir à l'entrée du vénérable établissement.
Mon ami avait lui aussi une période d'examens à préparer, mais était évidemment, en tant que français, moins assidû que J. Je lui ai malgré tout souhaité d'avoir plus de chance que moi-même qui venais de louper un examen important. Il m'a longuement parlé de sa vie d'étudiant à Shanghai, un récit qui m'a fait balancer entre jalousie et incrédulité. Certes, il vivait en Chine, et même à Shanghai, ce qui pour moi était un accomplissement en soi, mais la vie d'étudiant qu'il me décrivait n'était pas aussi plaisante que ce qui m'aurait fait rêver. Les étudiants étrangers vivaient apparemment en milieu assez clos, avec tous les inconvénients que la promiscuité et la rapidité des ragots peuvent présenter, et même le fait de parler plus ou moins chinois n'était pas du tout suffisant pour mener une vie relativement sinisée.
Malgré tout ça, j'étais extrêmement envieux du sort de mon ami, et rageais d'autant de devoir m'éterniser en France.
Mes histoires de vrai faux policier de Macao et de vrai vrai policier du Hunan l'ont bien fait rigoler, et il avait résolu de répercuter ces anecdotes aux quelques chinois qu'il connaissait et qui se plaisaient à défendre bec et ongles la parfaite rectitude des autorités du pays. J'ignore ce qu'il en a été dit...
Sept ans plus tard: ces illusions perdues me font sourire aujourd'hui, car je me rends bien entendu compte qu'un étranger en Chine ne sera jamais sinisé, quels que soient les efforts qu'il peut faire. La Chine n'est pas un pays qui intègre ses étrangers, contrairement à une bonne partie du monde occidental. A part un très court intermède en 1997, je n'ai jamais connu cette vie d'étudiant étranger en Chine, malgré une proposition en or qu'on m'avait faite en 2001. Un an tous frais payés à Pékin, avec argent de poche qui plus est, voilà l'offre que j'ai refusée sans réfléchir, alors que je ne m'attendais pas du tout à ce qu'on me la formule. Mais j'étais alors presque déjà sur un rail qui si tout devait bien se passer, devait me conduire définitivement à Shanghai avec un bon travail à la clé en 2002. C'est exactement ce qui s'est passé, et je n'ai donc pas eu à regretter mon choix.
Il ne s'est évidemment pas écoulé beaucoup de temps avant que je ne revoie J. Elle était aussi belle et gentille que dans mes souvenirs, et en la revoyant je me suis confirmé à moi-même que je voulais lui faire savoir que j'éprouvais quelque chose pour elle. Peut-être même du yuanfen, au même titre que celui qui me liait à la ville de Shanghai. Comme c'était une fille traditionnelle, et malheureusement assez occupée en raison de l'imminente période d'examens universitaires qu'elle s'apprêtait à traverser, la mission allait être des plus difficiles. Et comme nous sommes ici sur un forum de voyages et non sur un carnet rose, je n'entrerai dans aucun détail sur la manière dont les choses allaient se passer. La suite viendra un peu plus tard.
Peu de temps après, j'ai retrouvé un de mes amis français, qui était arrivé à Shanghai quelques mois plus tôt, et étudiait à l'université de Fudan. Je suis donc allé le voir à son université, située un peu à l'écart du centre-ville, vers le nord-est. Fudan est une des universités les plus prestigieuses de la ville, et accueillait une bonne partie de la communauté des étudiants étrangers, qui à l'époque était beaucoup plus réduite qu'aujourd'hui. Comme je commençait à en avoir l'habitude, c'est une grande statue du Président Mao qui allait m'accueillir à l'entrée du vénérable établissement.
Mon ami avait lui aussi une période d'examens à préparer, mais était évidemment, en tant que français, moins assidû que J. Je lui ai malgré tout souhaité d'avoir plus de chance que moi-même qui venais de louper un examen important. Il m'a longuement parlé de sa vie d'étudiant à Shanghai, un récit qui m'a fait balancer entre jalousie et incrédulité. Certes, il vivait en Chine, et même à Shanghai, ce qui pour moi était un accomplissement en soi, mais la vie d'étudiant qu'il me décrivait n'était pas aussi plaisante que ce qui m'aurait fait rêver. Les étudiants étrangers vivaient apparemment en milieu assez clos, avec tous les inconvénients que la promiscuité et la rapidité des ragots peuvent présenter, et même le fait de parler plus ou moins chinois n'était pas du tout suffisant pour mener une vie relativement sinisée.
Malgré tout ça, j'étais extrêmement envieux du sort de mon ami, et rageais d'autant de devoir m'éterniser en France.
Mes histoires de vrai faux policier de Macao et de vrai vrai policier du Hunan l'ont bien fait rigoler, et il avait résolu de répercuter ces anecdotes aux quelques chinois qu'il connaissait et qui se plaisaient à défendre bec et ongles la parfaite rectitude des autorités du pays. J'ignore ce qu'il en a été dit...
Sept ans plus tard: ces illusions perdues me font sourire aujourd'hui, car je me rends bien entendu compte qu'un étranger en Chine ne sera jamais sinisé, quels que soient les efforts qu'il peut faire. La Chine n'est pas un pays qui intègre ses étrangers, contrairement à une bonne partie du monde occidental. A part un très court intermède en 1997, je n'ai jamais connu cette vie d'étudiant étranger en Chine, malgré une proposition en or qu'on m'avait faite en 2001. Un an tous frais payés à Pékin, avec argent de poche qui plus est, voilà l'offre que j'ai refusée sans réfléchir, alors que je ne m'attendais pas du tout à ce qu'on me la formule. Mais j'étais alors presque déjà sur un rail qui si tout devait bien se passer, devait me conduire définitivement à Shanghai avec un bon travail à la clé en 2002. C'est exactement ce qui s'est passé, et je n'ai donc pas eu à regretter mon choix.
37. Mon jardin secret
S'il est un autre lieu que je tenais particulièrement à revoir à Shanghai, c'était incontestablement le parc Luxun situé dans le nord-est de la ville, au coeur du district de Hongkou. J'y étais allé à deux reprises l'été d'avant et l'avais élu à l'unanimité jardin le plus agréable de Shanghai, bien qu'il ne soit ni le plus réputé ni le plus connu de la ville.
Il n'avait pourtant pas grand chose d'unique et ressemblait à vrai dire à la plupart des jardins urbains des grandes villes chinoises. Le parc Luxun était quand même relativement ancien puisqu'il existait avant guerre sous le nom de Parc Hongkou. Aujourd'hui cerné de tours d'habitations et d'un grand stade, il n'en est pas moins une oasis de calme et de tranquilité au milieu d'un district qui, il est vrai, n'est pas parmi les plus grouillants de la ville. Non loin de là subsistaient des quartiers anciens pleins de charme, et de petits bijoux architecturaux réservant d'authentiques surprises.
Mais revenons au parc lui-même, étalé autour d'un petit lac sinueux, dont les parties les plus étroites sont traversées de ces petits ponts en arc de cercle qui font la joie des photographes en quête d'imagines typiques de la Chine ancienne. Le week end surtout mais pas seulement, des personnes âgées viennent jouer de la musique et chanter des chants démodés qui ne plaisent qu'à leur génération... et à moi-même puisqu'il s'agit de chants révolutionnaires et patriotiques. J'ai passé des heures à les écouter, à discuter avec eux, et même à chantonner quelques mesures à leur plus grande joie. Que j'y avait passé de bons moments en cet été 1999! Ce mois de janvier 2000 se passa d'ailleurs tout aussi bien! Rien n'avait changé, ici au moins. En fait, non seulement j'étais le seul étranger, mais j'étais aussi le seul jeune dans les parages, ce qui m'a assuré un certain succès. C'était en fait encore mieux en 2000, puisque je n'ai pas eu à subir cette fois les assauts verbaux nationalistes de chinois furieux du récent bombardement de l'ambassade chinoise en Yougoslavie par l'aviation de l'OTAN au printemps 99. Mon passage au parc Luxun fut donc cette fois exclusivement placé sous le signe des vieux chants, et j'ai beaucoup admiré le talent caché de ces petits vieux dont la culture musicale était encyclopédique, et qui jouaient et chantaient pour certains avec grand art.
Je me suis plus tard longuement assis au bord du petit lac, laissant les gens venir à moi pour faire la conversation. Une dame d'une cinquantaine d'années vint à son tour faire un brin de causette, mais j'ai sérieusement cru que mon niveau de chinois laissait à désirer quand j'ai compris qu'elle me disait être espagnole et je ne sais plus quelles autres absurdités. J'avais en fait très bien compris, et ai réalisé au vu des sourires et gestes amusés des gens autour que la dame en question était folle. J'avais oublié un instant que je les attirais, et ai eu un peu de mal à m'en débarrasser, ce que je n'ai finalement réussi à faire que quand des badauds l'ont gentiment écartée pour discuter à leur tour avec moi.
Sept ans plus tard: j'ai trouvé des parcs similaires dans de nombreuses villes chinoises, et même ailleurs à Shanghai il y a des petits vieux qui poussent la chansonnette au milieu du moindre espace vert. Quant au quartier du Parc Luxun je n'y vais plus très souvent, mais c'est toujours un plaisir d'y retourner, car c'est sans doute un des endroits où vit le mieux l'âme shanghaienne, ce quartier un peu excentré étant pour l'instant relativement épargné par les démolitions et projets immobiliers délirants.
S'il est un autre lieu que je tenais particulièrement à revoir à Shanghai, c'était incontestablement le parc Luxun situé dans le nord-est de la ville, au coeur du district de Hongkou. J'y étais allé à deux reprises l'été d'avant et l'avais élu à l'unanimité jardin le plus agréable de Shanghai, bien qu'il ne soit ni le plus réputé ni le plus connu de la ville.
Il n'avait pourtant pas grand chose d'unique et ressemblait à vrai dire à la plupart des jardins urbains des grandes villes chinoises. Le parc Luxun était quand même relativement ancien puisqu'il existait avant guerre sous le nom de Parc Hongkou. Aujourd'hui cerné de tours d'habitations et d'un grand stade, il n'en est pas moins une oasis de calme et de tranquilité au milieu d'un district qui, il est vrai, n'est pas parmi les plus grouillants de la ville. Non loin de là subsistaient des quartiers anciens pleins de charme, et de petits bijoux architecturaux réservant d'authentiques surprises.
Mais revenons au parc lui-même, étalé autour d'un petit lac sinueux, dont les parties les plus étroites sont traversées de ces petits ponts en arc de cercle qui font la joie des photographes en quête d'imagines typiques de la Chine ancienne. Le week end surtout mais pas seulement, des personnes âgées viennent jouer de la musique et chanter des chants démodés qui ne plaisent qu'à leur génération... et à moi-même puisqu'il s'agit de chants révolutionnaires et patriotiques. J'ai passé des heures à les écouter, à discuter avec eux, et même à chantonner quelques mesures à leur plus grande joie. Que j'y avait passé de bons moments en cet été 1999! Ce mois de janvier 2000 se passa d'ailleurs tout aussi bien! Rien n'avait changé, ici au moins. En fait, non seulement j'étais le seul étranger, mais j'étais aussi le seul jeune dans les parages, ce qui m'a assuré un certain succès. C'était en fait encore mieux en 2000, puisque je n'ai pas eu à subir cette fois les assauts verbaux nationalistes de chinois furieux du récent bombardement de l'ambassade chinoise en Yougoslavie par l'aviation de l'OTAN au printemps 99. Mon passage au parc Luxun fut donc cette fois exclusivement placé sous le signe des vieux chants, et j'ai beaucoup admiré le talent caché de ces petits vieux dont la culture musicale était encyclopédique, et qui jouaient et chantaient pour certains avec grand art.
Je me suis plus tard longuement assis au bord du petit lac, laissant les gens venir à moi pour faire la conversation. Une dame d'une cinquantaine d'années vint à son tour faire un brin de causette, mais j'ai sérieusement cru que mon niveau de chinois laissait à désirer quand j'ai compris qu'elle me disait être espagnole et je ne sais plus quelles autres absurdités. J'avais en fait très bien compris, et ai réalisé au vu des sourires et gestes amusés des gens autour que la dame en question était folle. J'avais oublié un instant que je les attirais, et ai eu un peu de mal à m'en débarrasser, ce que je n'ai finalement réussi à faire que quand des badauds l'ont gentiment écartée pour discuter à leur tour avec moi.
Sept ans plus tard: j'ai trouvé des parcs similaires dans de nombreuses villes chinoises, et même ailleurs à Shanghai il y a des petits vieux qui poussent la chansonnette au milieu du moindre espace vert. Quant au quartier du Parc Luxun je n'y vais plus très souvent, mais c'est toujours un plaisir d'y retourner, car c'est sans doute un des endroits où vit le mieux l'âme shanghaienne, ce quartier un peu excentré étant pour l'instant relativement épargné par les démolitions et projets immobiliers délirants.
Toujours très chouette récit!
A ton avis à quoi est dû le fait qu'on est toujours un étranger en Chine (en Asie) quoi que l'on fasse, quoi que l'on dise?
Pour t'aider, je te dirais que ça fait plus de 25 ans que je suis en Belgique et je suis toujours considéré comme étranger et on me le rappelle presque tous les jours. Alors que je suis européen...
A ton avis à quoi est dû le fait qu'on est toujours un étranger en Chine (en Asie) quoi que l'on fasse, quoi que l'on dise?
Pour t'aider, je te dirais que ça fait plus de 25 ans que je suis en Belgique et je suis toujours considéré comme étranger et on me le rappelle presque tous les jours. Alors que je suis européen...
Je ne sais pas ce qu'il en est de ton expérience personnelle en Belgique, mais il existe quand même en Europe de l'ouest une conjonction de facteurs qu'on ne retrouve pas en Asie: une longue histoire d'immigration venue des quatre coins du monde, une marginalisation des sentiments xénophobes. Le phénomène est certes très très loin d'être éradiqué, mais quand même, il existe un important courant anti-raciste en Europe, un passé colonial impliquant des liens étroits entre métropole et pays situés au-delà des mers, dans un pays comme la France, une vocation universaliste qui se doit d'abolir les discriminations entre français et étrangers, une histoire démocratique relativement longue, la coexistence de la notion de droit du sol et de celle de droit du sang.
Tout ceci existe très peu en Asie, et pas du tout en Chine. Voilà un début d'explication, il y en a sans doute d'autres.
Tout ceci existe très peu en Asie, et pas du tout en Chine. Voilà un début d'explication, il y en a sans doute d'autres.
38. Changement de programme
Inutile de maintenir le suspense plus longtemps, quelques jours après mon arrivée, je n'étais plus célibataire puisque J. s'était "rangée à mes arguments", et que, pour employer le vocabulaire imagé douteux des étudiants francophones, j'avais trouvé une "partenaire de langue". Mais la situation n'était pas si rose que ça, puisqu'il ne me restait qu'environ une semaine à passer à Shanghai, et J. n'aurait que très peu de temps à me consacrer en raison de ses examens qui étaient sur le point de commencer et allaient la condamner à une vie de réclusion pendant la majeure partie de ce qui restait de mon séjour. J'avais vraiment choisi le bon moment!
Je n'étais pas loin du désespoir lorsque J., qui était décidément plus futée que moi, me demanda tout naturellement si je pouvais modifier la date retour de mon billet d'avion. Quel con, comment n'y avais-je pas pensé plus tôt? J'ai arraché le billet d'avion de la pochette où il était méticuleusement rangé pour en lire toutes les conditions générales. Impossible évidemment de trouver la réponse, ne comprenant absolument rien aux codes qui figuraient dessus. Où pourrais-je trouver la réponse et procéder aux démarches éventuelles? Au bureau de KLM à Shanghai bien sûr! J'ai remué ciel et terre pour le trouver, mais personne n'a su m'en donner les coordonnées. J'étais à nouveau livré à moi-même.
Tout ce qu'il me resta à faire fut donc d'aller à l'aéroport de Hongqiao, d'où je devais repartir, et trouver quelque part un vague logo KLM qui me permettrait enfin de rencontrer une personne qui saura m'aiguiller. Je m'y suis rendu, et ai aperçu le fameux logo quelque part au détour d'un couloir obscur et confidentiel, dans une partie de l'aérogare que les passagers ne devaient pas souvent fréquenter. "Il n'y a pas de bureau KLM dans cet aéroport, me dit-on", ce que j'ai ressenti comme une terrible injustice. Comment faire alors? Quelqu'un a dû me dire à un moment donné que KLM et Northwest Airlines avaient des accords et que je pourrais peut-être trouver mon bonheur auprès du bureau de cette compagnie américaine. Eux étaient effectivement représentés à l'aéroport de Hongqiao. Mais ils ne pouvaient rien faire pour moi, il fallait pour cela retourner à l'agence principale en centre-ville, au Shanghai Center (ça ne s'invente pas).
Afin de me laisser pousser des ailes, c'est cette fois un taxi que j'ai pris, au lieu du bus poussif de l'aller, après avoir identifié sur mon plan le nom chinois et l'adresse du fameux Shanghai Center (inutile de donner le nom anglais d'un immeuble à un taxi, ça ne marche jamais). Je me suis retrouvé dans le complexe immobilier de l'hôtel de luxe Portman Ritz Carlton, qui était déjà à l'époque un des fleurons du parc hôtelier de la ville. J'ai rapidement trouvé le bureau de Northwest Airlines, dans lequel figurait, ô miracle, un logo KLM. Le suspense était à son comble, l'employée à qui j'allais adresser la parole ayant le droit de vie et de mort sur ma vie amoureuse.
"il y a un problème pour décaler la date de votre retour" me dit-elle. Ca y est, c'est foutu me disais-je en mon for intérieur. "Il faut payer un supplément de [était-ce 100 dollars?]... vous acceptez?
Bien sûr que j'accepte! Tant pis pour le billet bon marché que j'avais trouvé, et qui allait se transformer en billet d'un prix moyen. Je partirais donc une semaine plus tard que prévu, soit juste le jour où mon visa expirait. Certes, j'aurais pu partir encore plus tard en faisant renouveler mon visa, mais j'avais quand même quelques obligations en France, et J. devait de toute façon rentrer dans sa province quelques jours après mon départ pour le Nouvel An chinois. Avec cette semaine supplémentaire, je faisais donc d'une pierre deux coups, puisque non seulement j'obtenais du temps à passer avec J. mais en plus je pouvais faire un petit voyage supplémentaire, le temps qu'elle passe ses examens. Etait-ce cela le bonheur?
Sept ans plus tard: et oui, on est toujours ensemble. Il y a d'ailleurs de nombreux membres du forum qui ont déjà rencontré J.
Inutile de maintenir le suspense plus longtemps, quelques jours après mon arrivée, je n'étais plus célibataire puisque J. s'était "rangée à mes arguments", et que, pour employer le vocabulaire imagé douteux des étudiants francophones, j'avais trouvé une "partenaire de langue". Mais la situation n'était pas si rose que ça, puisqu'il ne me restait qu'environ une semaine à passer à Shanghai, et J. n'aurait que très peu de temps à me consacrer en raison de ses examens qui étaient sur le point de commencer et allaient la condamner à une vie de réclusion pendant la majeure partie de ce qui restait de mon séjour. J'avais vraiment choisi le bon moment!
Je n'étais pas loin du désespoir lorsque J., qui était décidément plus futée que moi, me demanda tout naturellement si je pouvais modifier la date retour de mon billet d'avion. Quel con, comment n'y avais-je pas pensé plus tôt? J'ai arraché le billet d'avion de la pochette où il était méticuleusement rangé pour en lire toutes les conditions générales. Impossible évidemment de trouver la réponse, ne comprenant absolument rien aux codes qui figuraient dessus. Où pourrais-je trouver la réponse et procéder aux démarches éventuelles? Au bureau de KLM à Shanghai bien sûr! J'ai remué ciel et terre pour le trouver, mais personne n'a su m'en donner les coordonnées. J'étais à nouveau livré à moi-même.
Tout ce qu'il me resta à faire fut donc d'aller à l'aéroport de Hongqiao, d'où je devais repartir, et trouver quelque part un vague logo KLM qui me permettrait enfin de rencontrer une personne qui saura m'aiguiller. Je m'y suis rendu, et ai aperçu le fameux logo quelque part au détour d'un couloir obscur et confidentiel, dans une partie de l'aérogare que les passagers ne devaient pas souvent fréquenter. "Il n'y a pas de bureau KLM dans cet aéroport, me dit-on", ce que j'ai ressenti comme une terrible injustice. Comment faire alors? Quelqu'un a dû me dire à un moment donné que KLM et Northwest Airlines avaient des accords et que je pourrais peut-être trouver mon bonheur auprès du bureau de cette compagnie américaine. Eux étaient effectivement représentés à l'aéroport de Hongqiao. Mais ils ne pouvaient rien faire pour moi, il fallait pour cela retourner à l'agence principale en centre-ville, au Shanghai Center (ça ne s'invente pas).
Afin de me laisser pousser des ailes, c'est cette fois un taxi que j'ai pris, au lieu du bus poussif de l'aller, après avoir identifié sur mon plan le nom chinois et l'adresse du fameux Shanghai Center (inutile de donner le nom anglais d'un immeuble à un taxi, ça ne marche jamais). Je me suis retrouvé dans le complexe immobilier de l'hôtel de luxe Portman Ritz Carlton, qui était déjà à l'époque un des fleurons du parc hôtelier de la ville. J'ai rapidement trouvé le bureau de Northwest Airlines, dans lequel figurait, ô miracle, un logo KLM. Le suspense était à son comble, l'employée à qui j'allais adresser la parole ayant le droit de vie et de mort sur ma vie amoureuse.
"il y a un problème pour décaler la date de votre retour" me dit-elle. Ca y est, c'est foutu me disais-je en mon for intérieur. "Il faut payer un supplément de [était-ce 100 dollars?]... vous acceptez?
Bien sûr que j'accepte! Tant pis pour le billet bon marché que j'avais trouvé, et qui allait se transformer en billet d'un prix moyen. Je partirais donc une semaine plus tard que prévu, soit juste le jour où mon visa expirait. Certes, j'aurais pu partir encore plus tard en faisant renouveler mon visa, mais j'avais quand même quelques obligations en France, et J. devait de toute façon rentrer dans sa province quelques jours après mon départ pour le Nouvel An chinois. Avec cette semaine supplémentaire, je faisais donc d'une pierre deux coups, puisque non seulement j'obtenais du temps à passer avec J. mais en plus je pouvais faire un petit voyage supplémentaire, le temps qu'elle passe ses examens. Etait-ce cela le bonheur?
Sept ans plus tard: et oui, on est toujours ensemble. Il y a d'ailleurs de nombreux membres du forum qui ont déjà rencontré J.
39. Train train quotidien
Puisque j'avais environ trois jours à tuer le temps que J. en finisse avec ses examens, je pouvais donc en profiter pour passer ce laps de temps hors de Shanghai, de préférence dans une ville proche. L'été d'avant j'avais déjà visité les grands classiques du coin, à savoir Suzhou, Hangzhou, Nankin et Putuoshan, et cette fois c'est sur une destination un peu moins classique que j'allais jeter mon dévolu, la ville de Shaoxing, à mi-chemin entre Hangzhou et Ningbo. Seulement trois heures de train, c'est ce qu'on pouvait appeler une courte distance.
Je commençais à les accumuler les heures de train, mais je ne m'en lassais pas, ces monstres d'acier faisant désormais presque partie de mon quotidien. Assis en siège dur, j'allais cette fois partager mon temps avec trois hommes d'âge mûr qui ne se connaissaient pas, et qui étaient apparemment des hommes d'affaires de petite envergure. Ils n'avaient en tout cas pas l'allure de citadins de grande ville. L'un de ces hommes était assez chétif, et les deux autres avaient l'air assez enclin à se moquer de lui sous divers prétextes, même si de ce que j'en ai compris, ça n'allait jamais vraiment être méchant. Le plus volumineux d'entre eux, et aussi celui ayant le plus d'autorité me rappelait par certains de ses traits un de mes professeurs, qui pourtant n'avait absolument aucun ascendant asiatique, et n'en avait même pas le physique. Mais je ne pouvais pas m'empêcher de leur trouver une ressemblance, c'était assez amusant.
Un peu plus tard, un mendiant fit son apparition dans le wagon. Certains lui donnaient une ou deux pièces, la plupart rien du tout. Auprès de ceux-là, il insistait peu, car il m'avait déjà repéré de loin, et au fur et à mesure qu'il se rapprochait de moi, je sentais une situation gênante se profiler. Je ne m'étais pas trompé: je n'avais absolument aucune monnaie à lui donner, pas la moindre piécette, n'ayant sur moi que des grosses coupures de 100 yuans (le plus gros billet chinois). C'est rare mais c'est ainsi, j'étais totalement à court de monnaie, et bien sûr il ne me croyait pas. Les autres autour de moi ne me croyaient pas non plus d'ailleurs "vas-y, donne lui juste un yuan" me disait le sosie de mon professeur. Rien à faire, personne ne voulait me croire, bien que je montre mon portefeuille et mes billets de 100 yuans désespérément seuls (ça c'était une connerie bien sûr). La situation empira quand le mendiant s'agenouilla devant moi avant de se prosterner en inclinant sa tête d'avant en arrière pendant une minute ou deux. J'étais au comble de la honte, lorsque l'homme d'affaires lui donna une pièce de ma part, ce qui le fit repartir. J'ai eu beau bredouiller que je ne pouvais rien faire pour lui, j'ai bien senti une désapprobation unanime se former autour de moi, mais elle finit par s'estomper et la conversation reprit rapidement son tour normal.
Comme de nombreux chinois, ces messieurs étaient obsédés par l'argent et les niveaux de rémunération en France. Ils insistèrent donc pour me demander à combien se montaient mes revenus et ceux de mes parents. Ils étaient pires que des inspecteurs des impôts! Mais comme j'étais étudiant et donc sans ressources fixes, ma situation ne les intéressa guère et on put rapidement passer à autre chose: le vin et les parfums français. Sujet de conversation absolument impossible à éviter quand on est français en Chine...
Un peu plus tard, c'est un vendeur ambulant et son chariot qui pénétra dans le wagon, vendant nouilles instantanées et bouteilles d'eau aux amateurs. Il avait aussi tout un tas de gadgets stupides pour les amateurs qui s'ennuyaient vraiment à bord. Quelques rangs devant moi, un vieillard en famille acheta une boule rebondissante et fluorescente et eut l'air de bien s'amuser avec. Je n'en revenais pas: le petit vieux retombait en enfance devant tout le monde, il était fasciné par se petite balle rebondissante qu'il s'amusant à faire rebondir dans le couloir du wagon. Pauvre Chine...
Sept ans plus tard: la mendicité s'est considérablement développée en Chine, et sa forme organisée et para-mafieuse est bien établie à Shanghai depuis 2003-2004, avec toutefois des hauts et des bas selon la pression policière qui "se relâche" parfois.
Puisque j'avais environ trois jours à tuer le temps que J. en finisse avec ses examens, je pouvais donc en profiter pour passer ce laps de temps hors de Shanghai, de préférence dans une ville proche. L'été d'avant j'avais déjà visité les grands classiques du coin, à savoir Suzhou, Hangzhou, Nankin et Putuoshan, et cette fois c'est sur une destination un peu moins classique que j'allais jeter mon dévolu, la ville de Shaoxing, à mi-chemin entre Hangzhou et Ningbo. Seulement trois heures de train, c'est ce qu'on pouvait appeler une courte distance.
Je commençais à les accumuler les heures de train, mais je ne m'en lassais pas, ces monstres d'acier faisant désormais presque partie de mon quotidien. Assis en siège dur, j'allais cette fois partager mon temps avec trois hommes d'âge mûr qui ne se connaissaient pas, et qui étaient apparemment des hommes d'affaires de petite envergure. Ils n'avaient en tout cas pas l'allure de citadins de grande ville. L'un de ces hommes était assez chétif, et les deux autres avaient l'air assez enclin à se moquer de lui sous divers prétextes, même si de ce que j'en ai compris, ça n'allait jamais vraiment être méchant. Le plus volumineux d'entre eux, et aussi celui ayant le plus d'autorité me rappelait par certains de ses traits un de mes professeurs, qui pourtant n'avait absolument aucun ascendant asiatique, et n'en avait même pas le physique. Mais je ne pouvais pas m'empêcher de leur trouver une ressemblance, c'était assez amusant.
Un peu plus tard, un mendiant fit son apparition dans le wagon. Certains lui donnaient une ou deux pièces, la plupart rien du tout. Auprès de ceux-là, il insistait peu, car il m'avait déjà repéré de loin, et au fur et à mesure qu'il se rapprochait de moi, je sentais une situation gênante se profiler. Je ne m'étais pas trompé: je n'avais absolument aucune monnaie à lui donner, pas la moindre piécette, n'ayant sur moi que des grosses coupures de 100 yuans (le plus gros billet chinois). C'est rare mais c'est ainsi, j'étais totalement à court de monnaie, et bien sûr il ne me croyait pas. Les autres autour de moi ne me croyaient pas non plus d'ailleurs "vas-y, donne lui juste un yuan" me disait le sosie de mon professeur. Rien à faire, personne ne voulait me croire, bien que je montre mon portefeuille et mes billets de 100 yuans désespérément seuls (ça c'était une connerie bien sûr). La situation empira quand le mendiant s'agenouilla devant moi avant de se prosterner en inclinant sa tête d'avant en arrière pendant une minute ou deux. J'étais au comble de la honte, lorsque l'homme d'affaires lui donna une pièce de ma part, ce qui le fit repartir. J'ai eu beau bredouiller que je ne pouvais rien faire pour lui, j'ai bien senti une désapprobation unanime se former autour de moi, mais elle finit par s'estomper et la conversation reprit rapidement son tour normal.
Comme de nombreux chinois, ces messieurs étaient obsédés par l'argent et les niveaux de rémunération en France. Ils insistèrent donc pour me demander à combien se montaient mes revenus et ceux de mes parents. Ils étaient pires que des inspecteurs des impôts! Mais comme j'étais étudiant et donc sans ressources fixes, ma situation ne les intéressa guère et on put rapidement passer à autre chose: le vin et les parfums français. Sujet de conversation absolument impossible à éviter quand on est français en Chine...
Un peu plus tard, c'est un vendeur ambulant et son chariot qui pénétra dans le wagon, vendant nouilles instantanées et bouteilles d'eau aux amateurs. Il avait aussi tout un tas de gadgets stupides pour les amateurs qui s'ennuyaient vraiment à bord. Quelques rangs devant moi, un vieillard en famille acheta une boule rebondissante et fluorescente et eut l'air de bien s'amuser avec. Je n'en revenais pas: le petit vieux retombait en enfance devant tout le monde, il était fasciné par se petite balle rebondissante qu'il s'amusant à faire rebondir dans le couloir du wagon. Pauvre Chine...
Sept ans plus tard: la mendicité s'est considérablement développée en Chine, et sa forme organisée et para-mafieuse est bien établie à Shanghai depuis 2003-2004, avec toutefois des hauts et des bas selon la pression policière qui "se relâche" parfois.
40. Le plaisir d'être mal logé
Je ne sais plus pourquoi je me suis retrouvé dans cet hôtel. Etait-ce un mauvais conseil du lonely planet ou de quelqu'un à qui j'avais demandé son avis en arrivant en gare de Shaoxing? Je ne m'en souviens plus. Toujours est-il que cet établissement ne brillait ni par sa propreté ni par la qualité de son service, ni encore par la gentillesse de son personnel. Et pourtant j'y suis resté il me semble trois nuits. Pourquoi n'en ai-je pas changé en cours de route? Aucune idée, peut-être tout simplement la paresse ou le conservatisme, ou encore la certitude que ce ne serait guère plus brillant ailleurs. Disons juste que j'en ai eu pour mon argent, m'étant imposé quelques restrictions budgétaires suite à la décision d'allonger la durée de mon séjour.
Il faisait plutôt froid cet hiver dans la région de Shanghai et donc de Shaoxing, un froid piquant et humide, pour lequel je n'étais absolument pas équipé. Autre erreur de ma part, je n'ai pas cherché à investir dans un bon manteau qui m'aurait sans doute simplifié la vie. L'hôtel dans lequel je logeais n'avait aucun dispositif de chauffage, et les maigres couvertures n'étaient guères suffisantes pour me permettre un minimum de confort pendant ces nuits glaciales. Mais le plus dur était sans doute d'effectuer le trajet du lit à la douche, qui bien qu'étant située dans la même chambre - je tiens toujours à avoir une salle d'eau individuelle quand je choisis un hôtel - n'en représentait pas moins un véritable parcours du combattant, en raison du froid glacial qui animait la fameuse traversée. Et puis il fallait aussi slalomer entre les traces de crasse sur le sol, qui ne donnaient guère envie de faire un faux pas.
Une femme de chambre est un jour entrée tandis que j'étais sous la douche. Mes vêtements étant posés sur des sacs plastiques eux-même disposés sur un meuble - c'était la meilleure mesure hygiénique que j'avais trouvée - je n'avais aucun moyen de sortir de ma cachette précaire pour lui dire de déguerpir, mes suppliques de la faire dégager restant vaines, ou du moins ponctuées par de simples "hein?" La bonne femme s'était donc mise en tête de passer un coup de serpillière dans la chambre, ce qui n'était pas du luxe, mais le moment était vraiment mal choisi. Enfin bon, je pouvais au moins continuer à faire couler de l'eau chaude sur mon corps pour éviter de mourir de froid tant que je restais nu. La dame a fini par partir, et j'ai donc pu sortir et me rhabiller.
Je crois que c'est d'ailleurs la même qui est entrée dans ma chambre un beau matin vers 8 heures, sans d'ailleurs avoir eu la présence d'esprit de frapper à la porte, et tandis que j'étais encore au lit. Ca aurait plus mal tomber, elle aurait pu entrer pendant que je me changeais. Enfin bref, j'ai quand même eu le toupet de lui dire qu'elle me dérangeait et l'ai invitée à partir, ce qu'elle n'a fait qu'après m'avoir bordé. Cela m'a tellement surpris que je crois être resté muet sur ce coup.
Mais le principal problème de cet hôtel, c'était la clientèle mal élevée et bruyante. Enfin disons que cette clientèle était tout à fait normale pour un hôtel de ce genre. Les clients réglaient le volume sonore de la télévision au maximum et en laissant ouverte la porte de leur chambre, afin que tout le monde en profite, et ce à tout heure du jour et de la nuit. Il y avait aussi les parties endiablées de mah-jong qui finissaient à pas d'heure. Un homme d'un peu moins de quarante ans a un jour frappé à la porte pour m'inviter à l'accompagner au karaoke. Je me suis méfié de ses manières efféminées et ai donc poliment refusé son invitation. Il a ensuite refait irruption plusieurs fois, avec toutes sortes de propositions - décentes tout de même - à la clé (mah-jong, télévision, etc.) Il a fini par comprendre que seul le sommeil solitaire m'intéressait et n'a plus réinsisté.
Sept ans plus tard: le parc hôtelier chinois est en général plutôt bon pour un pays du niveau de développement de la Chine. Il y a certes toujours à redire sur la propreté, un robinet qui marche mal ou un truc qui ne va pas, il y en a toujours, mais rarement je n'avais eu une telle conjonction de désagréments, et ce quel que soit le budget choisi.
Je ne sais plus pourquoi je me suis retrouvé dans cet hôtel. Etait-ce un mauvais conseil du lonely planet ou de quelqu'un à qui j'avais demandé son avis en arrivant en gare de Shaoxing? Je ne m'en souviens plus. Toujours est-il que cet établissement ne brillait ni par sa propreté ni par la qualité de son service, ni encore par la gentillesse de son personnel. Et pourtant j'y suis resté il me semble trois nuits. Pourquoi n'en ai-je pas changé en cours de route? Aucune idée, peut-être tout simplement la paresse ou le conservatisme, ou encore la certitude que ce ne serait guère plus brillant ailleurs. Disons juste que j'en ai eu pour mon argent, m'étant imposé quelques restrictions budgétaires suite à la décision d'allonger la durée de mon séjour.
Il faisait plutôt froid cet hiver dans la région de Shanghai et donc de Shaoxing, un froid piquant et humide, pour lequel je n'étais absolument pas équipé. Autre erreur de ma part, je n'ai pas cherché à investir dans un bon manteau qui m'aurait sans doute simplifié la vie. L'hôtel dans lequel je logeais n'avait aucun dispositif de chauffage, et les maigres couvertures n'étaient guères suffisantes pour me permettre un minimum de confort pendant ces nuits glaciales. Mais le plus dur était sans doute d'effectuer le trajet du lit à la douche, qui bien qu'étant située dans la même chambre - je tiens toujours à avoir une salle d'eau individuelle quand je choisis un hôtel - n'en représentait pas moins un véritable parcours du combattant, en raison du froid glacial qui animait la fameuse traversée. Et puis il fallait aussi slalomer entre les traces de crasse sur le sol, qui ne donnaient guère envie de faire un faux pas.
Une femme de chambre est un jour entrée tandis que j'étais sous la douche. Mes vêtements étant posés sur des sacs plastiques eux-même disposés sur un meuble - c'était la meilleure mesure hygiénique que j'avais trouvée - je n'avais aucun moyen de sortir de ma cachette précaire pour lui dire de déguerpir, mes suppliques de la faire dégager restant vaines, ou du moins ponctuées par de simples "hein?" La bonne femme s'était donc mise en tête de passer un coup de serpillière dans la chambre, ce qui n'était pas du luxe, mais le moment était vraiment mal choisi. Enfin bon, je pouvais au moins continuer à faire couler de l'eau chaude sur mon corps pour éviter de mourir de froid tant que je restais nu. La dame a fini par partir, et j'ai donc pu sortir et me rhabiller.
Je crois que c'est d'ailleurs la même qui est entrée dans ma chambre un beau matin vers 8 heures, sans d'ailleurs avoir eu la présence d'esprit de frapper à la porte, et tandis que j'étais encore au lit. Ca aurait plus mal tomber, elle aurait pu entrer pendant que je me changeais. Enfin bref, j'ai quand même eu le toupet de lui dire qu'elle me dérangeait et l'ai invitée à partir, ce qu'elle n'a fait qu'après m'avoir bordé. Cela m'a tellement surpris que je crois être resté muet sur ce coup.
Mais le principal problème de cet hôtel, c'était la clientèle mal élevée et bruyante. Enfin disons que cette clientèle était tout à fait normale pour un hôtel de ce genre. Les clients réglaient le volume sonore de la télévision au maximum et en laissant ouverte la porte de leur chambre, afin que tout le monde en profite, et ce à tout heure du jour et de la nuit. Il y avait aussi les parties endiablées de mah-jong qui finissaient à pas d'heure. Un homme d'un peu moins de quarante ans a un jour frappé à la porte pour m'inviter à l'accompagner au karaoke. Je me suis méfié de ses manières efféminées et ai donc poliment refusé son invitation. Il a ensuite refait irruption plusieurs fois, avec toutes sortes de propositions - décentes tout de même - à la clé (mah-jong, télévision, etc.) Il a fini par comprendre que seul le sommeil solitaire m'intéressait et n'a plus réinsisté.
Sept ans plus tard: le parc hôtelier chinois est en général plutôt bon pour un pays du niveau de développement de la Chine. Il y a certes toujours à redire sur la propreté, un robinet qui marche mal ou un truc qui ne va pas, il y en a toujours, mais rarement je n'avais eu une telle conjonction de désagréments, et ce quel que soit le budget choisi.
41. Grandeur et décadence
Shaoxing est réputée pour deux choses à part son hiver glacial et ses hôtels pourris, cette petite ville du Zhejiang fut le foyer de deux familles qui allaient donner naissance à deux des plus illustres personnages chinois du XXème siècle: l'écrivain Lu Xun et le Premier Ministre Zhou Enlai, deux poids lourds quasi unanimement respectés dans la Chine moderne. Shoxing fut longtemps une ville de lettrés et de mandarins, avant de sombrer dans l'oubli et le déclin au cours du XXème siècle, et son lien avec ces deux hommes si illustres n'a donc rien d'une coïncidence.
La maison natale de Lu Xun se visite, même si cela n'est pas exactement passionnant. Il s'agit toutefois d'une belle demeure familiale, assez typique de la région, qui a probablement été restaurée de fond en comble. Le mobilier et les objets quotidiens qui sont aujourd'hui exposés sont-ils d'époque? Sans doute. Ont-ils réellement appartenu à la famille de Lu Xun? Bien malin qui pourrait le dire. Disons juste qu'il s'agit d'une visite sympathique mais qui ne casse pas des briques. Premier écrivain moderne chinois (ses oeuvres étaient écrites en langue du peuple, et non en langue littéraire comme il était alors d'usage), sa renommée fut ensuite récupérée par les révolutionnaires qui lui attribuèrent une conscience de la lutte des classes peut-être un peu tirée par les cheveux. Après sa mort, il fut souvent surnommé le Gorki chinois, à une époque où le régime communiste s'inspirait de son grand voisin soviétique. Sa moustache est reconnaissable entre mille, et Lu Xun est devenu une des icônes du pays. Le parc de Shanghai qui me plaisait tant lui doit d'ailleurs son nom, et il abrite même un petit musée à sa gloire. Comme je voulais faire semblant d'être cultivé, j'ai acheté un recueil de ses morceaux choisis, et ai essayé de le lire dans le texte. Sans dictionnaire, j'avais vraiment beaucoup de mal, et ai dû intriguer beaucoup de chinois qui m'observaient tandis que j'étais absorbé par le déchiffrage de l'histoire de A. Q. (le Candide chinois) ou autres nouvelles.
Juste à côté de là, la maison familiale de Zhou Enlai pouvait également se visiter. Zhou Enlai n'est en fait pas né à Shaoxing, mais c'était le berceau de la famille Zhou, et la ville se l'est donc attribué. La famille Zhou fut jusqu'au milieu du XIXème siècle une importante famille de mandarins avant de connaître des difficultés au fur et à mesure que la dynastie Qing déclinait. Ce n'est donc pas pour rien que le grand homme fut parfois surnommé le mandarin révolutionnaire. C'est d'ailleurs sans doute le seul communiste chinois d'importance dont le respect dépassait les frontières du monde communiste de l'époque. De fait, on peut sans doute dire que c'était un des grands hommes du XXème siècle, dont l'action et la rectitude morale inspirent une large admiration, malgré son soutien inébranlable à Mao et à ses causes perdues.
C'est dans la maison familiale de Zhou Enlai que j'ai rencontré une des plus belles et ravissantes jeunes filles qu'il m'ait été donné de rencontrer, et qui a manifesté à mon égard un intérêt extrêmement appuyé, dont je n'arrive toujours pas à croire que j'ai réussi à le repousser. Mais je venais alors de commencer mon histoire avec J. et n'étais guère d'humeur libertine. La fille était élève-guide et faisait son stage sur ce lieu touristique, sous la supervision d'une directrice acariâtre. Mais elle était très douée pour échapper à sa surveillance et s'isoler avec moi pour me draguer.
Devant une photo des premiers communistes chinois, elle me dit que Zhou Enlai était le plus beau de tous, avant de se tourner lentement vers moi, de me regarder dans les yeux, et, en me passant la main dans les cheveux, me dire que je ressemblais beaucoup à Zhou Enlai (ah bon?). L'émotion était à son comble, il fallait absolument que je réponde positivement à un tel compliment, et l'ai à mon tour regardée dans les yeux en lui faisant un grand sourire avant de... lui demander quelle ligne politique Zhou Enlai avait adoptée lors des premières années suivant la fondation du PCC. Apparemment ce n'était pas du tout la réaction qu'elle attendait de ma part et elle eut l'air déçue. C'est bizarre, une telle question aussi pertinente aurait dû la stimuler dans sa formation d'élève-guide. Pourquoi était-elle donc aussi déçue?
La directrice arriva et eut l'air de ne pas apprécier l'intérêt marqué que me portait sa stagiaire. Mais devant l'hôte étranger que j'étais, elle n'osa ni la réprimander ni nous séparer, elle se contenta juste de se joindre à notre discussion. Zhou Enlai avait étudié en France, enfin y avait passé du temps car il avait peu fréquenté les établissements universitaires, et la France a conservé le souvenir de ce séjour en entretenant la mémoire de Zhou Enlai (et de Deng Xiaoping) dans la ville de Montargis, devenue aujourd'hui une destination privilégiée des touristes chinois en Europe. La directrice me parla de cet épisode de la vie du Premier Ministre en me conseillant d'aller visiter les lieux du souvenir en France, mais sans toutefois être capable de m'en donner la localisation exacte (à l'époque je n'avais jamais entendu parler de Montargis et de ses fameux étudiants chinois des années 20).
La jolie stagiaire réussit à nouveau à s'isoler avec moi et à me glisser son numéro de téléphone pour que l'on se revoie. Je n'arrive toujours pas à croire que je ne l'ai jamais rappelée!
Sept ans plus tard: je ne peux pas m'empêcher de penser à autre chose qu'à l'Histoire et à la politique à chaque fois que j'entends parler de Zhou Enlai ou que je vois sa photo. C'est quand même gênant!
Shaoxing est réputée pour deux choses à part son hiver glacial et ses hôtels pourris, cette petite ville du Zhejiang fut le foyer de deux familles qui allaient donner naissance à deux des plus illustres personnages chinois du XXème siècle: l'écrivain Lu Xun et le Premier Ministre Zhou Enlai, deux poids lourds quasi unanimement respectés dans la Chine moderne. Shoxing fut longtemps une ville de lettrés et de mandarins, avant de sombrer dans l'oubli et le déclin au cours du XXème siècle, et son lien avec ces deux hommes si illustres n'a donc rien d'une coïncidence.
La maison natale de Lu Xun se visite, même si cela n'est pas exactement passionnant. Il s'agit toutefois d'une belle demeure familiale, assez typique de la région, qui a probablement été restaurée de fond en comble. Le mobilier et les objets quotidiens qui sont aujourd'hui exposés sont-ils d'époque? Sans doute. Ont-ils réellement appartenu à la famille de Lu Xun? Bien malin qui pourrait le dire. Disons juste qu'il s'agit d'une visite sympathique mais qui ne casse pas des briques. Premier écrivain moderne chinois (ses oeuvres étaient écrites en langue du peuple, et non en langue littéraire comme il était alors d'usage), sa renommée fut ensuite récupérée par les révolutionnaires qui lui attribuèrent une conscience de la lutte des classes peut-être un peu tirée par les cheveux. Après sa mort, il fut souvent surnommé le Gorki chinois, à une époque où le régime communiste s'inspirait de son grand voisin soviétique. Sa moustache est reconnaissable entre mille, et Lu Xun est devenu une des icônes du pays. Le parc de Shanghai qui me plaisait tant lui doit d'ailleurs son nom, et il abrite même un petit musée à sa gloire. Comme je voulais faire semblant d'être cultivé, j'ai acheté un recueil de ses morceaux choisis, et ai essayé de le lire dans le texte. Sans dictionnaire, j'avais vraiment beaucoup de mal, et ai dû intriguer beaucoup de chinois qui m'observaient tandis que j'étais absorbé par le déchiffrage de l'histoire de A. Q. (le Candide chinois) ou autres nouvelles.
Juste à côté de là, la maison familiale de Zhou Enlai pouvait également se visiter. Zhou Enlai n'est en fait pas né à Shaoxing, mais c'était le berceau de la famille Zhou, et la ville se l'est donc attribué. La famille Zhou fut jusqu'au milieu du XIXème siècle une importante famille de mandarins avant de connaître des difficultés au fur et à mesure que la dynastie Qing déclinait. Ce n'est donc pas pour rien que le grand homme fut parfois surnommé le mandarin révolutionnaire. C'est d'ailleurs sans doute le seul communiste chinois d'importance dont le respect dépassait les frontières du monde communiste de l'époque. De fait, on peut sans doute dire que c'était un des grands hommes du XXème siècle, dont l'action et la rectitude morale inspirent une large admiration, malgré son soutien inébranlable à Mao et à ses causes perdues.
C'est dans la maison familiale de Zhou Enlai que j'ai rencontré une des plus belles et ravissantes jeunes filles qu'il m'ait été donné de rencontrer, et qui a manifesté à mon égard un intérêt extrêmement appuyé, dont je n'arrive toujours pas à croire que j'ai réussi à le repousser. Mais je venais alors de commencer mon histoire avec J. et n'étais guère d'humeur libertine. La fille était élève-guide et faisait son stage sur ce lieu touristique, sous la supervision d'une directrice acariâtre. Mais elle était très douée pour échapper à sa surveillance et s'isoler avec moi pour me draguer.
Devant une photo des premiers communistes chinois, elle me dit que Zhou Enlai était le plus beau de tous, avant de se tourner lentement vers moi, de me regarder dans les yeux, et, en me passant la main dans les cheveux, me dire que je ressemblais beaucoup à Zhou Enlai (ah bon?). L'émotion était à son comble, il fallait absolument que je réponde positivement à un tel compliment, et l'ai à mon tour regardée dans les yeux en lui faisant un grand sourire avant de... lui demander quelle ligne politique Zhou Enlai avait adoptée lors des premières années suivant la fondation du PCC. Apparemment ce n'était pas du tout la réaction qu'elle attendait de ma part et elle eut l'air déçue. C'est bizarre, une telle question aussi pertinente aurait dû la stimuler dans sa formation d'élève-guide. Pourquoi était-elle donc aussi déçue?
La directrice arriva et eut l'air de ne pas apprécier l'intérêt marqué que me portait sa stagiaire. Mais devant l'hôte étranger que j'étais, elle n'osa ni la réprimander ni nous séparer, elle se contenta juste de se joindre à notre discussion. Zhou Enlai avait étudié en France, enfin y avait passé du temps car il avait peu fréquenté les établissements universitaires, et la France a conservé le souvenir de ce séjour en entretenant la mémoire de Zhou Enlai (et de Deng Xiaoping) dans la ville de Montargis, devenue aujourd'hui une destination privilégiée des touristes chinois en Europe. La directrice me parla de cet épisode de la vie du Premier Ministre en me conseillant d'aller visiter les lieux du souvenir en France, mais sans toutefois être capable de m'en donner la localisation exacte (à l'époque je n'avais jamais entendu parler de Montargis et de ses fameux étudiants chinois des années 20).
La jolie stagiaire réussit à nouveau à s'isoler avec moi et à me glisser son numéro de téléphone pour que l'on se revoie. Je n'arrive toujours pas à croire que je ne l'ai jamais rappelée!
Sept ans plus tard: je ne peux pas m'empêcher de penser à autre chose qu'à l'Histoire et à la politique à chaque fois que j'entends parler de Zhou Enlai ou que je vois sa photo. C'est quand même gênant!
42. Encore une Venise chinoise!
La ville italienne de Venise n'est bien évidemment pas la seule au monde à être bâtie sur des canaux. L'Europe et l'Asie regorgent de phénomènes urbains semblables, mais c'est toujours à Venise que se comparent les villes voulant attirer le touriste par le charme de leurs canaux. En Chine, c'est Suzhou qui est souvent surnommée la Venise de Chine, car c'est la plus connue, et Marco Polo, le vénitien le plus célèbre, en avait déjà parlé. Mais la région de Shanghai, extrêmement humide, marécageuse et poreuse à souhaits, regorge en faits de ces villes d'eau au charme surranné. Shaoxing est donc l'une d'entre elles. Et Shaoxing aussi est prétendante au titre de Venise de Chine.
Des canaux, il y en a certes à Suzhou, mais sans faire preuve de chauvinisme européen exacerbé, ce serait quand même insulter la cité des doges que de vouloir comparer ses canaux à ça. J'ignore à quoi ressemblait Shaoxing du temps de sa gloire, mais la ville moderne est faite de bâtiments gris et de rues comme toutes les autres villes chinoises (Suzhou comprise). Et ce ne sont pas les quelques misérables cours d'eau qui paressent encore entre quelques vieux quartiers probablement voués à une destruction prochaine qui peuvent rattraper cela. Mais Shaoxing avait quand même son charme, son caractère prononcé de ville du Jiangnan, cette région historique désignant une partie des provinces du Jiangsu et du Zhejiang, dont Shanghai occupe presque le coeur géographique.
Dans les parcs et jardins de Shaoxing, j'ai erré des heures durant afin de tenter de percevoir cette gloire passée. Ce n'est en fait qu'à l'écart de la ville, auprès du Lac de l'Est, que j'ai ressenti le coup de foudre tant attendu. Infiniment moins étendu que le fameux Lac de l'Ouest de sa voisine Hangzhou, le Lac de l'Est de Shaoxing est très étroit, et est bordé d'une imposante falaise se reflétant dans l'eau verte du lac. On en fait très vite le tour, mais la balade est superbe.
Et puis Shaoxing c'est aussi ce chapeau de type un peu bavarois que sont censés porter les hommes, mais que seuls ceux travaillant dans le tourisme, comme les bateliers du lac par exemple, portent encore. En trois jours, ce sont bien les seuls que j'ai vu porter cette coiffe si typique.
Sept ans plus tard: j'ai vu quelques Venise en Chine et même dans d'autres pays, mais pas encore la Venise d'Italie (ou faudrait-il dire la Shaoxing italienne?)
La ville italienne de Venise n'est bien évidemment pas la seule au monde à être bâtie sur des canaux. L'Europe et l'Asie regorgent de phénomènes urbains semblables, mais c'est toujours à Venise que se comparent les villes voulant attirer le touriste par le charme de leurs canaux. En Chine, c'est Suzhou qui est souvent surnommée la Venise de Chine, car c'est la plus connue, et Marco Polo, le vénitien le plus célèbre, en avait déjà parlé. Mais la région de Shanghai, extrêmement humide, marécageuse et poreuse à souhaits, regorge en faits de ces villes d'eau au charme surranné. Shaoxing est donc l'une d'entre elles. Et Shaoxing aussi est prétendante au titre de Venise de Chine.
Des canaux, il y en a certes à Suzhou, mais sans faire preuve de chauvinisme européen exacerbé, ce serait quand même insulter la cité des doges que de vouloir comparer ses canaux à ça. J'ignore à quoi ressemblait Shaoxing du temps de sa gloire, mais la ville moderne est faite de bâtiments gris et de rues comme toutes les autres villes chinoises (Suzhou comprise). Et ce ne sont pas les quelques misérables cours d'eau qui paressent encore entre quelques vieux quartiers probablement voués à une destruction prochaine qui peuvent rattraper cela. Mais Shaoxing avait quand même son charme, son caractère prononcé de ville du Jiangnan, cette région historique désignant une partie des provinces du Jiangsu et du Zhejiang, dont Shanghai occupe presque le coeur géographique.
Dans les parcs et jardins de Shaoxing, j'ai erré des heures durant afin de tenter de percevoir cette gloire passée. Ce n'est en fait qu'à l'écart de la ville, auprès du Lac de l'Est, que j'ai ressenti le coup de foudre tant attendu. Infiniment moins étendu que le fameux Lac de l'Ouest de sa voisine Hangzhou, le Lac de l'Est de Shaoxing est très étroit, et est bordé d'une imposante falaise se reflétant dans l'eau verte du lac. On en fait très vite le tour, mais la balade est superbe.
Et puis Shaoxing c'est aussi ce chapeau de type un peu bavarois que sont censés porter les hommes, mais que seuls ceux travaillant dans le tourisme, comme les bateliers du lac par exemple, portent encore. En trois jours, ce sont bien les seuls que j'ai vu porter cette coiffe si typique.
Sept ans plus tard: j'ai vu quelques Venise en Chine et même dans d'autres pays, mais pas encore la Venise d'Italie (ou faudrait-il dire la Shaoxing italienne?)
43. Frissons
Comme je l'ai déjà mentionné plus haut, il faisait froid en cet hiver 2000, et les températures glaciales ont en partie gâché mon séjour à Shaoxing. Il fut pourtant un moment où ce froid glacial fut le bienvenu car il contribua à immortaliser - oserais-je dire à geler - un des moments les plus forts de mon voyage, la visite du Mausolée du Roi Yu.
Situé lui aussi un peu à l'écart de la ville, le Mausolée du Roi Yu est une construction sans doute assez récente, en tout cas bien plus que l'âge supposé du fameux roi antique. J'étais seul ou à peu près pour visiter ce lieu, d'une importance historique moyenne, mais dont l'esthétique ainsi qu'une combinaison d'émotions me laissent encore un souvenir très ému. Ca fait partie de ces coups de foudre irrationnels que l'on éprouve parfois lors d'un voyage initiatique.
Adossé à une colline et ceint d'une haute palissade rouge, le mausolée se compose d'un bâtiment principal, aux toits agilement recourbés sur les côtés, et de quelques bâtiments secondaires accueillant régulièrement quelques expositions. En commençant la visite de ce complexe, j'entendais une musique sourde se rapprocher, dont je ne parvenais pas à identifier la provenance. Puis j'ai fini par comprendre qu'elle provenait de l'intérieur du bâtiment principal. La montée des marches vers celui-ci, seul dans un froid glacial, bercé par une fascinante musique de carillons et d'antiques instruments à cordes, m'a certainement procuré cette si précieuse sensation d'avoir atteint un des buts de mon voyage, d'avoir enfin découvert un aspect si improbable de cette Chine ancienne qui me fascinait sans jamais se dévoiler. L'espace de quelques minutes, je m'étais retrouvé propulsé quelques siècles en arrière, dans la Chine des Song ou des Ming, au coeur de cette glaciale Asie du Nord sujette à tant de légendes fascinantes et de fantasmes inassouvis. Un autre touriste à mes côtés, quelques degrés centigrades de plus, ou quelques mesures de travers, et toute cette alchimie ne se serait jamais produite, et le Mausolée du Roi Yu n'aurait été pour moi qu'une visite quelconque, une de plus sur ma liste déjà bien longue.
Arrivé en haut des marches, j'ai enfin vu le groupe de quatre musiciens, et ai pu identifier les instruments qui avaient pu produire une telle merveille. J'étais seul avec eux, encore une fois. Pourquoi et pour qui jouaient-ils? Pour les quelques improbables touristes de la journée qui paieraient chacun une poignée de yuans pour pénétrer dans l'enceinte? Ou tout simplement pour eux-mêmes, pour préserver une tradition et une atmosphère qui ne pourrait faire vibrer que quelques rares privilégiés? Je ne l'ai pas su car je ne leur ai pas demandé. Nous ne nous sommes en fait pas parlé du tout, et avons juste échangé quelques sourires, le temps que je regarde rapidement autour de moi ce qu'il y avait dans cette salle, et notamment la statue sans intérêt du fameux roi. La magie était déjà rompue. Le froid redevint froid, la solitude redevint pesante, et les carillons ne furent plus qu'un bruit de fond sans harmonie aucune.
Sept ans plus tard: il y a eu d'autres années plus ou moins froides dans la région de Shanghai depuis, et même quelques chutes de neige sur la mégapole et la campagne du Jiangnan, mais l'hiver 2006-2007 fut incontestablement le plus doux de tous, puisqu'il n'a en fait pas vraiment eu lieu. Signe des temps, je suis en ce moment en chemise et sans chauffage au moment où je tape ces lignes, et je n'ai pas froid. Le réchauffement climatique est plus que perceptible cette année, et j'ai bien peur que le merveilleux souvenir d'il y a sept ans soit condamné à ne jamais être reproduit. C'est dommage, je serais volontiers retourné à Shaoxing un weekend d'hiver.
Comme je l'ai déjà mentionné plus haut, il faisait froid en cet hiver 2000, et les températures glaciales ont en partie gâché mon séjour à Shaoxing. Il fut pourtant un moment où ce froid glacial fut le bienvenu car il contribua à immortaliser - oserais-je dire à geler - un des moments les plus forts de mon voyage, la visite du Mausolée du Roi Yu.
Situé lui aussi un peu à l'écart de la ville, le Mausolée du Roi Yu est une construction sans doute assez récente, en tout cas bien plus que l'âge supposé du fameux roi antique. J'étais seul ou à peu près pour visiter ce lieu, d'une importance historique moyenne, mais dont l'esthétique ainsi qu'une combinaison d'émotions me laissent encore un souvenir très ému. Ca fait partie de ces coups de foudre irrationnels que l'on éprouve parfois lors d'un voyage initiatique.
Adossé à une colline et ceint d'une haute palissade rouge, le mausolée se compose d'un bâtiment principal, aux toits agilement recourbés sur les côtés, et de quelques bâtiments secondaires accueillant régulièrement quelques expositions. En commençant la visite de ce complexe, j'entendais une musique sourde se rapprocher, dont je ne parvenais pas à identifier la provenance. Puis j'ai fini par comprendre qu'elle provenait de l'intérieur du bâtiment principal. La montée des marches vers celui-ci, seul dans un froid glacial, bercé par une fascinante musique de carillons et d'antiques instruments à cordes, m'a certainement procuré cette si précieuse sensation d'avoir atteint un des buts de mon voyage, d'avoir enfin découvert un aspect si improbable de cette Chine ancienne qui me fascinait sans jamais se dévoiler. L'espace de quelques minutes, je m'étais retrouvé propulsé quelques siècles en arrière, dans la Chine des Song ou des Ming, au coeur de cette glaciale Asie du Nord sujette à tant de légendes fascinantes et de fantasmes inassouvis. Un autre touriste à mes côtés, quelques degrés centigrades de plus, ou quelques mesures de travers, et toute cette alchimie ne se serait jamais produite, et le Mausolée du Roi Yu n'aurait été pour moi qu'une visite quelconque, une de plus sur ma liste déjà bien longue.
Arrivé en haut des marches, j'ai enfin vu le groupe de quatre musiciens, et ai pu identifier les instruments qui avaient pu produire une telle merveille. J'étais seul avec eux, encore une fois. Pourquoi et pour qui jouaient-ils? Pour les quelques improbables touristes de la journée qui paieraient chacun une poignée de yuans pour pénétrer dans l'enceinte? Ou tout simplement pour eux-mêmes, pour préserver une tradition et une atmosphère qui ne pourrait faire vibrer que quelques rares privilégiés? Je ne l'ai pas su car je ne leur ai pas demandé. Nous ne nous sommes en fait pas parlé du tout, et avons juste échangé quelques sourires, le temps que je regarde rapidement autour de moi ce qu'il y avait dans cette salle, et notamment la statue sans intérêt du fameux roi. La magie était déjà rompue. Le froid redevint froid, la solitude redevint pesante, et les carillons ne furent plus qu'un bruit de fond sans harmonie aucune.
Sept ans plus tard: il y a eu d'autres années plus ou moins froides dans la région de Shanghai depuis, et même quelques chutes de neige sur la mégapole et la campagne du Jiangnan, mais l'hiver 2006-2007 fut incontestablement le plus doux de tous, puisqu'il n'a en fait pas vraiment eu lieu. Signe des temps, je suis en ce moment en chemise et sans chauffage au moment où je tape ces lignes, et je n'ai pas froid. Le réchauffement climatique est plus que perceptible cette année, et j'ai bien peur que le merveilleux souvenir d'il y a sept ans soit condamné à ne jamais être reproduit. C'est dommage, je serais volontiers retourné à Shaoxing un weekend d'hiver.
Par rapport à ton numéro 40...
Et je vais te singer un peu[:P]
"Il y a certes toujours à redire sur la propreté (des hôtels), un robinet qui marche mal ou un truc qui ne va pas"
Peut-être est-ce une exception mais il y a 7 ans (et oui, moi aussi ça fait 7 ans) "on" m'a logé dans un Hyatt Regency (5 étoiles) que voici:

dans la chambre que voici:
Et bien que la chambre à proprement parler était... propre, la salle de bains elle était très sale, du sol à la baignoire qui avait des cheveux et la cuvette de WC qui gardait encore les traces des anciens "locataires" de la chambre... Croyant que la salle de bains n'avait pas été faite, je me dis que le lendemain ils la "feront". Le lendemain, la chambre est rangée, mais la salle de bains toujours aussi sale. Je suis pas du genre à aller me plaindre puisque je n'ai pas du tout l'habitude du luxe ce genre d'hôtel, je demande à ce qu'elle soit nettoyée pendant mon absence de la journée. En revenant le soir, plus de cheveux dans la baignoire, plus de "traces" dans la cuvette, mais par contre le sol était inchangé: maculé de traces suspectes.
Voyez la SDB:
Etonnant! Et durant tout mon séjour, près de 15 jours, la situation de ma SDB ne s'est pas améliorée...
L'état des toilettes d'une manière générale en Chine était assez... "pas du tout nettoyée". Pourquoi un tel désintérêt au nettoyage des toilettes?
7 ans plus tard (hehehe[:P]) Je précise ici, que l'"on" m'a mit dans cet hôtel sans que j'aie le choix et j'exècre ce genre d'hôtels. Je préfère de loin ceux décrits par Yang. D'ailleurs je n'y suis plus jamais retourné sauf une nuit 3 ans plus tard et c'était impeccable. Le rapport à la SDB des chinois aurait-il changé? Ou simplement, ils se sont fait à une autre notion de la toilette? Ou simplement, ils se sont adaptés à la demande sans changer leurs habitudes à eux? Je n'ai jamais osé demander...
"Il y a certes toujours à redire sur la propreté (des hôtels), un robinet qui marche mal ou un truc qui ne va pas"
Peut-être est-ce une exception mais il y a 7 ans (et oui, moi aussi ça fait 7 ans) "on" m'a logé dans un Hyatt Regency (5 étoiles) que voici:

dans la chambre que voici:

Et bien que la chambre à proprement parler était... propre, la salle de bains elle était très sale, du sol à la baignoire qui avait des cheveux et la cuvette de WC qui gardait encore les traces des anciens "locataires" de la chambre... Croyant que la salle de bains n'avait pas été faite, je me dis que le lendemain ils la "feront". Le lendemain, la chambre est rangée, mais la salle de bains toujours aussi sale. Je suis pas du genre à aller me plaindre puisque je n'ai pas du tout l'habitude du luxe ce genre d'hôtel, je demande à ce qu'elle soit nettoyée pendant mon absence de la journée. En revenant le soir, plus de cheveux dans la baignoire, plus de "traces" dans la cuvette, mais par contre le sol était inchangé: maculé de traces suspectes.
Voyez la SDB:

Etonnant! Et durant tout mon séjour, près de 15 jours, la situation de ma SDB ne s'est pas améliorée...
L'état des toilettes d'une manière générale en Chine était assez... "pas du tout nettoyée". Pourquoi un tel désintérêt au nettoyage des toilettes?
7 ans plus tard (hehehe[:P]) Je précise ici, que l'"on" m'a mit dans cet hôtel sans que j'aie le choix et j'exècre ce genre d'hôtels. Je préfère de loin ceux décrits par Yang. D'ailleurs je n'y suis plus jamais retourné sauf une nuit 3 ans plus tard et c'était impeccable. Le rapport à la SDB des chinois aurait-il changé? Ou simplement, ils se sont fait à une autre notion de la toilette? Ou simplement, ils se sont adaptés à la demande sans changer leurs habitudes à eux? Je n'ai jamais osé demander...
44. Cuisine de caractère
A part ses hôtels pourris, ses canaux et ses illustres représentants, Shaoxing est également réputée pour sa table et sa gastronomie si particulière. Je ne pourrais pas dire que je l'ai particulièrement appréciée, mais il faut bien reconnaître qu'elle a du caractère.
Impossible d'échapper dans la rue à l'odeur infecte du choudoufu (littéralement, pâté de soja qui pue - il s'agit bien du terme exact). Subtil compromis entre les senteurs de la merde et du vomis, la puanteur du choudoufu devrait normalement dégoûter tout être humain normalement constitué, mais elle cache en fait un plat particulièrement apprécié dans la région, que ce soit à Shaoxing ou dans le reste du nord-Zhejiang. Je n'ai pas pu me résoudre à mettre la chose dans ma bouche lors de ce court séjour, mais j'ai dû obtempérer à l'invitation d'amis chinois quelques années plus tard dans une autre ville de la région, et n'ai pu les satisfaire qu'en avalant la petite chose accompagnée d'une quantité impressionnante de bière pour masquer le goût et me donner du courage. Bref, c'est un petit peu moins dégueulasse au goût qu'à l'odeur, mais ce n'est pas quelque chose de très recommandable.
En revanche, le véritable plat de la région, une sorte de porc accompagné de légumes verts très cuits qui se glissent dans une petite galette, est tout à fait mangeable, et j'ai même eu plaisir à en manger plusieurs fois. Quelques jours plus tard, à Shanghai, j'ai même emmené J. en manger dans un restaurant de type Shaoxing de la ville. Tout y était, y compris le chapeau des serveurs, sauf le choudoufu, c'était donc parfait!
Et que dire du fameux alcool jaune de Shaoxing, qui soit dit en passant n'est pas vraiment différent des autres alcools jaunes de la région. Il fut longtemps un de mes alcools préférés. Autour de 25° d'alcool, un intéressant goût sucré, et une couleur jaune foncée originale, il était délicieux d'en avaler quelques gorgées pour accompagner certains plats bien choisis. Il m'est même souvent arrivé d'en commander ailleurs en Chine hors de tout contexte.
Mais paradoxalement, un de mes plus grands plaisir culinaires lors de ce passage à Shaoxing fut un repas n'ayant rien à voir avec la gastronomie locale, un simple hot pot comme on peut en déguster partout en Chine, mais qui lorsqu'on se gèle en hiver est une véritable bénédication tant pour le corps que pour le palais et l'estomac. Ce n'était pas particulièrement bon, mais la chaleur de la marmite dans laquelle on plonge soi-même ses ingrédients pour les faire cuire est un rare plaisir.
Lors de mon dernier repas à Shaoxing, j'ai toutefois craqué, et ai mangé dans un KFC. C'était la première fois que je mangeais dans un fast food occidental depuis le début du voyage, mais c'était un besoin irrépressible. Non pas que j'apprécie ce type de nourriture, au contraire, non pas que j'ai besoin de faire une pause après presqu'un mois de cuisine chinoise, mais surtout, ce KFC situé tout près de l'hôtel était le seul bâtiment de la ville que j'ai trouvé où il y avait du chauffage! En fait de fast food, ce "repas" fut sans doute un des plus longs que j'ai fait lors de ce voyage, tant je voulais profiter de la chaleur jusqu'au dernier moment!
Sept ans plus tard: je n'ai plus bu une seule goutte d'alcool jaune depuis l'hiver 2003. Cette année-là, j'ai passé le Nouvel An chinois dans la famille de J., non loin de Shaoxing d'ailleurs, et ai participé à la pire orgie alcoolique de ma vie. Ce n'était pas un ni deux verres de vin jaune que j'ai dû vider ce soir-là, mais environ 30, en cul sec, et sous les encouragements de tout le monde dans le restaurant. En tant qu'invité d'honneur, j'ai bu infiniment plus que les autres, et n'ai absolument pas su estimer mes capacités. Ma très longue nuit aux toilettes et mon épouvantable gueule de bois le lendemain comptent parmi les plus mauvais souvenirs de ma vie. Depuis, je n'ai pas été capable d'en reboire une goutte, alors qu'avant j'adorais ça.
A part ses hôtels pourris, ses canaux et ses illustres représentants, Shaoxing est également réputée pour sa table et sa gastronomie si particulière. Je ne pourrais pas dire que je l'ai particulièrement appréciée, mais il faut bien reconnaître qu'elle a du caractère.
Impossible d'échapper dans la rue à l'odeur infecte du choudoufu (littéralement, pâté de soja qui pue - il s'agit bien du terme exact). Subtil compromis entre les senteurs de la merde et du vomis, la puanteur du choudoufu devrait normalement dégoûter tout être humain normalement constitué, mais elle cache en fait un plat particulièrement apprécié dans la région, que ce soit à Shaoxing ou dans le reste du nord-Zhejiang. Je n'ai pas pu me résoudre à mettre la chose dans ma bouche lors de ce court séjour, mais j'ai dû obtempérer à l'invitation d'amis chinois quelques années plus tard dans une autre ville de la région, et n'ai pu les satisfaire qu'en avalant la petite chose accompagnée d'une quantité impressionnante de bière pour masquer le goût et me donner du courage. Bref, c'est un petit peu moins dégueulasse au goût qu'à l'odeur, mais ce n'est pas quelque chose de très recommandable.
En revanche, le véritable plat de la région, une sorte de porc accompagné de légumes verts très cuits qui se glissent dans une petite galette, est tout à fait mangeable, et j'ai même eu plaisir à en manger plusieurs fois. Quelques jours plus tard, à Shanghai, j'ai même emmené J. en manger dans un restaurant de type Shaoxing de la ville. Tout y était, y compris le chapeau des serveurs, sauf le choudoufu, c'était donc parfait!
Et que dire du fameux alcool jaune de Shaoxing, qui soit dit en passant n'est pas vraiment différent des autres alcools jaunes de la région. Il fut longtemps un de mes alcools préférés. Autour de 25° d'alcool, un intéressant goût sucré, et une couleur jaune foncée originale, il était délicieux d'en avaler quelques gorgées pour accompagner certains plats bien choisis. Il m'est même souvent arrivé d'en commander ailleurs en Chine hors de tout contexte.
Mais paradoxalement, un de mes plus grands plaisir culinaires lors de ce passage à Shaoxing fut un repas n'ayant rien à voir avec la gastronomie locale, un simple hot pot comme on peut en déguster partout en Chine, mais qui lorsqu'on se gèle en hiver est une véritable bénédication tant pour le corps que pour le palais et l'estomac. Ce n'était pas particulièrement bon, mais la chaleur de la marmite dans laquelle on plonge soi-même ses ingrédients pour les faire cuire est un rare plaisir.
Lors de mon dernier repas à Shaoxing, j'ai toutefois craqué, et ai mangé dans un KFC. C'était la première fois que je mangeais dans un fast food occidental depuis le début du voyage, mais c'était un besoin irrépressible. Non pas que j'apprécie ce type de nourriture, au contraire, non pas que j'ai besoin de faire une pause après presqu'un mois de cuisine chinoise, mais surtout, ce KFC situé tout près de l'hôtel était le seul bâtiment de la ville que j'ai trouvé où il y avait du chauffage! En fait de fast food, ce "repas" fut sans doute un des plus longs que j'ai fait lors de ce voyage, tant je voulais profiter de la chaleur jusqu'au dernier moment!
Sept ans plus tard: je n'ai plus bu une seule goutte d'alcool jaune depuis l'hiver 2003. Cette année-là, j'ai passé le Nouvel An chinois dans la famille de J., non loin de Shaoxing d'ailleurs, et ai participé à la pire orgie alcoolique de ma vie. Ce n'était pas un ni deux verres de vin jaune que j'ai dû vider ce soir-là, mais environ 30, en cul sec, et sous les encouragements de tout le monde dans le restaurant. En tant qu'invité d'honneur, j'ai bu infiniment plus que les autres, et n'ai absolument pas su estimer mes capacités. Ma très longue nuit aux toilettes et mon épouvantable gueule de bois le lendemain comptent parmi les plus mauvais souvenirs de ma vie. Depuis, je n'ai pas été capable d'en reboire une goutte, alors qu'avant j'adorais ça.
45. Une si petite ville
De retour à Shanghai, j'allais enfin avoir du temps à passer avec J. puisqu'elle avait enfin fini ses examens. J'étais content de passer du temps à Shanghai, mais nous nous sommes mis d'accord pour aller quand même passer une journée à Suzhou, ville que nous connaissions déjà, mais nous nous sommes dit que ce serait plus agréable d'y aller en couple.
Avant cela, j'ai quand même passé quelques moments seuls à Shanghai, et j'ai profité de l'un d'entre eux pour aller farfouiller du côté du bazar à touristes de Yuyuan. La très forte densité de magasins de souvenirs, hébergés dans une vieille ville chinoise reconstruite de toutes pièces quelques années plus tôt, est un signe qui ne trompe pas: il s'agit bien d'un piège à touristes. Mais qu'importe, ça me faisait plaisir d'y aller.
Tandis que j'étais absorbé dans mes pensées, un type se précipita vers moi en disant qu'il me connaissait et qu'on avait déjà discuté avant. Ne l'ayant pas reconnu, j'ai cru qu'il s'agissait d'une de ces dizaines de manières d'aborder les touristes pour leur proposer des arnaques bien rodées, mais le type sut me dire de quel pays je venais, ce que je faisais comme études, ainsi que des détail surprenants sur ma famille. Il ne pouvait donc que dire la vérité, on s'était bien déjà parlé auparavant. Et là je me suis souvenu: six mois plus tôt, il m'avait bien abordé sur le Bund pour faire la conversation, et on a dû passer une bonne demi-heure ensemble à discuter de tout et de rien. Ce n'était donc pas un arnaqueur, et je me suis excusé de ne pas l'avoir reconnu tout de suite. Mais quelle coïncidence quand même!
Il m'a invité à boire le thé dans la boutique d'un de ses amis, sans que je n'oublie de lui préciser que je n'avais envie de rien acheter. On a dû discuter encore une heure tous ensemble, et lorsque je leur ai fait part de mon projet d'aller à Suzhou, ils ont ri de moi en disant que j'allais y perdre mon temps et que je ferais mieux d'emmener ma copine dans une ville voisine comme Zhouzhuang ou Tongli. Je ne connaissais pas ces villes d'eau, et à vrai dire je m'en fichais un peu, mais il est vrai qu'il s'agit-là de grands classiques lorsque l'on visite la région de Shanghai. Aussi surprenant que cela puisse paraître, en cinq ans de vie à Shanghai, je n'y ai jamais mis les pieds, alors que ça se fait très facilement dans la journée, voire moins.
Au moment de partir, le patron de la boutique m'a toutefois demandé si je ne voulais pas lui acheter des pyjamas en soie, mais j'ai décliné son offre. "bu hao yisi", me dit-il alors, utilisant une des expressions les plus répandues en Chine, mais que je ne connaissais pourtant pas encore. Ca veut tout simplement dire "désolé" ou quelque chose d'approchant, mais en voulant trop chercher à comprendre, j'ai compris de travers. Littéralement, ça veut dire "mauvaise signification", et je ne voyais vraiment pas du tout où il voulait en venir. Ils ont donc écarquillé les yeux lorsque j'ai répondu en insistant "hao yisi, hao yisi" (bonne signification), ce qui ne veut absolument rien dire du tout, cette expression n'existant tout simplement pas. Voilà donc comment nous nous sommes quittés dans un sentiment de gêne réciproque alors qu'il n'y avait pas lieu.
Sept ans plus tard: je ne connaissais toujours pas le nom de mon "ami" mystérieux, mais je l'ai encore croisé par hasard six mois plus tard. On a éclaté de rire en se voyant au loin, et nous sommes chaleureusement serré la main. A ce niveau là ce n'était plus une coïncidence mais le destin! Allais-je donc le rencontrer par hasard à chaque venue à Shanghai? Hélas je ne l'ai jamais vu lors de mon séjour permanent ici, et n'ayant ni son nom ni ses coordonnées, je n'ai aucun moyen de le rechercher.
De retour à Shanghai, j'allais enfin avoir du temps à passer avec J. puisqu'elle avait enfin fini ses examens. J'étais content de passer du temps à Shanghai, mais nous nous sommes mis d'accord pour aller quand même passer une journée à Suzhou, ville que nous connaissions déjà, mais nous nous sommes dit que ce serait plus agréable d'y aller en couple.
Avant cela, j'ai quand même passé quelques moments seuls à Shanghai, et j'ai profité de l'un d'entre eux pour aller farfouiller du côté du bazar à touristes de Yuyuan. La très forte densité de magasins de souvenirs, hébergés dans une vieille ville chinoise reconstruite de toutes pièces quelques années plus tôt, est un signe qui ne trompe pas: il s'agit bien d'un piège à touristes. Mais qu'importe, ça me faisait plaisir d'y aller.
Tandis que j'étais absorbé dans mes pensées, un type se précipita vers moi en disant qu'il me connaissait et qu'on avait déjà discuté avant. Ne l'ayant pas reconnu, j'ai cru qu'il s'agissait d'une de ces dizaines de manières d'aborder les touristes pour leur proposer des arnaques bien rodées, mais le type sut me dire de quel pays je venais, ce que je faisais comme études, ainsi que des détail surprenants sur ma famille. Il ne pouvait donc que dire la vérité, on s'était bien déjà parlé auparavant. Et là je me suis souvenu: six mois plus tôt, il m'avait bien abordé sur le Bund pour faire la conversation, et on a dû passer une bonne demi-heure ensemble à discuter de tout et de rien. Ce n'était donc pas un arnaqueur, et je me suis excusé de ne pas l'avoir reconnu tout de suite. Mais quelle coïncidence quand même!
Il m'a invité à boire le thé dans la boutique d'un de ses amis, sans que je n'oublie de lui préciser que je n'avais envie de rien acheter. On a dû discuter encore une heure tous ensemble, et lorsque je leur ai fait part de mon projet d'aller à Suzhou, ils ont ri de moi en disant que j'allais y perdre mon temps et que je ferais mieux d'emmener ma copine dans une ville voisine comme Zhouzhuang ou Tongli. Je ne connaissais pas ces villes d'eau, et à vrai dire je m'en fichais un peu, mais il est vrai qu'il s'agit-là de grands classiques lorsque l'on visite la région de Shanghai. Aussi surprenant que cela puisse paraître, en cinq ans de vie à Shanghai, je n'y ai jamais mis les pieds, alors que ça se fait très facilement dans la journée, voire moins.
Au moment de partir, le patron de la boutique m'a toutefois demandé si je ne voulais pas lui acheter des pyjamas en soie, mais j'ai décliné son offre. "bu hao yisi", me dit-il alors, utilisant une des expressions les plus répandues en Chine, mais que je ne connaissais pourtant pas encore. Ca veut tout simplement dire "désolé" ou quelque chose d'approchant, mais en voulant trop chercher à comprendre, j'ai compris de travers. Littéralement, ça veut dire "mauvaise signification", et je ne voyais vraiment pas du tout où il voulait en venir. Ils ont donc écarquillé les yeux lorsque j'ai répondu en insistant "hao yisi, hao yisi" (bonne signification), ce qui ne veut absolument rien dire du tout, cette expression n'existant tout simplement pas. Voilà donc comment nous nous sommes quittés dans un sentiment de gêne réciproque alors qu'il n'y avait pas lieu.
Sept ans plus tard: je ne connaissais toujours pas le nom de mon "ami" mystérieux, mais je l'ai encore croisé par hasard six mois plus tard. On a éclaté de rire en se voyant au loin, et nous sommes chaleureusement serré la main. A ce niveau là ce n'était plus une coïncidence mais le destin! Allais-je donc le rencontrer par hasard à chaque venue à Shanghai? Hélas je ne l'ai jamais vu lors de mon séjour permanent ici, et n'ayant ni son nom ni ses coordonnées, je n'ai aucun moyen de le rechercher.
46. Regard différent
Suzhou c'est comme Shaoxing, c'est une Venise chinoise où il fait froid en hiver. Nous y sommes partis tôt le matin avec J., à bord d'un train bondé où nous avons cette fois dû rester debout. Mais Suzhou, ce n'est en fait que la grande banlieue de Shanghai, et le trajet ne prend qu'une heure. Il n'était donc pas si insupportable que ça de devoir rester debout.
J'étais déjà allé à Suzhou six mois plus tôt, et avais ma petite idée sur ce que je voulais revoir et ce que je voulais découvrir, n'ayant pas eu le temps de le voir la fois d'avant. J. s'en fichait un peu et m'a laissé la responsabilité d'organiser le programme de la journée.
J'était absolument frigorifié lors de la visite matinale du Jardin de la Politique des Simples, mais ici encore comme à Shaoxing, le froid hivernal avait un charme indéniable. Et la présence de J. à mes côtés me permettait d'admirer les lieux avec un regard différent. Rien à voir donc avec les impressions de l'été. Puis en fin de matinée, c'est par le Jardin de la Forêt du Lion que j'ai été charmé. Avec ses sentiers sinueux serpentant au milieu de pierres savamment taillées, cette fausse impression d'espace dans un endroit clos somme toute plutôt exigü, l'endroit inspirait incontestablement sérénité et admiration. C'est ce moment-là que choisit enfin la neige pour commencer à tomber. Ce ne furent que quelques timides flocons, mais ils étaient les premiers que j'allais connaître en Chine, et ils complétèrent admirablement ce paysage idyllique.
L'après-midi, j'ai tenté de retrouver les quartiers de la ville ancienne qui m'avaient le plus plu, mais sans succès. Non seulement certains avaient été complètement détruits pour être probablement rénovés avec un goût très douteux, mais encore j'ai été incapable de m'orienter efficacement dans ce qui restait. Qu'à cela ne tienne, j'ai pu découvrir de nouveaux endroits intéressants et faire une balade les plus agréables dans l'après-midi.
Sept ans plus tard: je ne suis jamais retourné à Suzhou depuis ce mois de janvier 2000. Aujourd'hui, Suzhou évoque plus pour moi son parc industriel que ses jardins ancestraux, et le nouveau pôle économique qu'elle représente, attirant toujours plus d'investisseurs étrangers que la hausse des prix à Shanghai fait de plus en plus hésiter.
Suzhou c'est comme Shaoxing, c'est une Venise chinoise où il fait froid en hiver. Nous y sommes partis tôt le matin avec J., à bord d'un train bondé où nous avons cette fois dû rester debout. Mais Suzhou, ce n'est en fait que la grande banlieue de Shanghai, et le trajet ne prend qu'une heure. Il n'était donc pas si insupportable que ça de devoir rester debout.
J'étais déjà allé à Suzhou six mois plus tôt, et avais ma petite idée sur ce que je voulais revoir et ce que je voulais découvrir, n'ayant pas eu le temps de le voir la fois d'avant. J. s'en fichait un peu et m'a laissé la responsabilité d'organiser le programme de la journée.
J'était absolument frigorifié lors de la visite matinale du Jardin de la Politique des Simples, mais ici encore comme à Shaoxing, le froid hivernal avait un charme indéniable. Et la présence de J. à mes côtés me permettait d'admirer les lieux avec un regard différent. Rien à voir donc avec les impressions de l'été. Puis en fin de matinée, c'est par le Jardin de la Forêt du Lion que j'ai été charmé. Avec ses sentiers sinueux serpentant au milieu de pierres savamment taillées, cette fausse impression d'espace dans un endroit clos somme toute plutôt exigü, l'endroit inspirait incontestablement sérénité et admiration. C'est ce moment-là que choisit enfin la neige pour commencer à tomber. Ce ne furent que quelques timides flocons, mais ils étaient les premiers que j'allais connaître en Chine, et ils complétèrent admirablement ce paysage idyllique.
L'après-midi, j'ai tenté de retrouver les quartiers de la ville ancienne qui m'avaient le plus plu, mais sans succès. Non seulement certains avaient été complètement détruits pour être probablement rénovés avec un goût très douteux, mais encore j'ai été incapable de m'orienter efficacement dans ce qui restait. Qu'à cela ne tienne, j'ai pu découvrir de nouveaux endroits intéressants et faire une balade les plus agréables dans l'après-midi.
Sept ans plus tard: je ne suis jamais retourné à Suzhou depuis ce mois de janvier 2000. Aujourd'hui, Suzhou évoque plus pour moi son parc industriel que ses jardins ancestraux, et le nouveau pôle économique qu'elle représente, attirant toujours plus d'investisseurs étrangers que la hausse des prix à Shanghai fait de plus en plus hésiter.
47. Une arnaque comique
C'est après la visite du Jardin de la Forêt du Lion et ses flocons de neige que ce fut l'heure attendue du déjeuner. Attendue non pas tant en raison d'un appétit mesuré, mais surtout en raison du chauffage, du thé chaud et des plats chauds qui m'attendaient. Pour moi, un seul critère suffisait à choisir un restaurant, qu'il soit chauffé! Mais cela n'était apparemment pas aussi facile à trouver que je l'espérais. A la question "avez vous le chauffage", c'est toujours un "non" gêné qui m'était opposé, tandis que je commençais à désespérer. Finalement, alors que nous étions sur le point de renoncer, un type finit par nous dire oui à l'entrée de son restaurant. Nous sommes donc entrés.
Mais où était donc le chauffage? A l'étage? Très bien, montons alors. La salle de l'étage était vide, mais tant pis pour l'ambiance, nous y avons pris une table et avons commencé à consulter le menu. Il y avait certes un appareil de chauffage, en fait une climatisation pouvant souffler de l'air chaud, mais celui-ci était éteint. Nous avons donc évidemment demandé à ce qu'il soit mis en route.
Le personnel du restaurant défila à tour de rôle pour tenter d'allumer la chose, tandis que nous avions déjà fini de commander et attendions nos plats et tandis que je me consolais en tenant le verre de thé à pleines mains, pour au moins réchauffer mes doigts engourdis par le froid.
Les plats finirent par arriver, ils étaient dégueulasses, mais je m'en fichais en fait, attendant toujours avec impatience le moment fatidique où le chauffage finirait par démarrer. Je commençais à manifester mon mécontentement, tandis que le patron du restaurant souriait gaiement en me disant que ça n'allait pas tarder. Puis, toujours avec un grand sourire, il revint quelques minutes plus tard pour avouer que le chauffage était cassé, mais qu'ils travaillaient à le remettre en route (comme s'il ignorait le problème quand il m'a invité à venir le voir).
Finalement, vers la fin du repas, il dut nous avouer que, meibanfa (y a pas moyen), le chauffage resterait cassé. Meibanfa et buhaoyisi bien sûr. Je n'étais pas très content, mais comme le thé et la mauvaise bouffe avaient au moins pu me réchauffer un petit peu, j'ai avalé la pilule. Il était toutefois temps de repartir, et j'ai demandé l'addition. Lorsque celle-ci nous fut présentée, je n'ai pu réprimer un rire nerveux.
Les prix des plats étaient relativement élevés, mais ça, nous le savions dès le début puisqu'ils figuraient sur le menu. Le thé nous était facturé? Admettons, ce sont des choses qui arrivent souvent. La serviette nettoyante aussi? Bon d'accord, ce n'est pas la première fois. Mais il y avait cinq yuans à la fin de l'addition qui correspondaient... au chauffage! Je croyais mal lire mais J. qui était aussi étonnée que moi m'a confirmé que nous devions effectivement payer 5 yuans pour le "chauffage". Chouette, enfin une occasion de s'amuser, direction le rez-de-chaussée pour une petite discussion avec le patron. les 5 yuans pour le chauffage, je suppose que c'est une erreur? mais non, vous êtes justement venus dans ce restaurant pour ce chauffage, donc c'est normal que vous le payiez. certes, mais le chauffage ne marche pas, c'est vous-même qui l'avez dit. oui, mais on a essayé de le réparer. mais vous n'avez pas réussi. ah ah ah, tu parles très bien chinois.
Et cette dernière remarque, c'est ce que dit en général un chinois qui est à court d'argument après qu'un étranger ait réussi à contrecarrer une tentative d'arnaque. Il dut donc faire marche arrière et nous "accorder" une remise de 5 yuans sur l'addition.
Sept ans plus tard: il arrive parfois de subir ces petites tentatives d'arnaques, plus mignonnes que méchantes, qui sont tellement ridicules que même un étranger peut réussir à les éviter. Peut-être par naïveté, il m'arrive parfois demander si certains chinois se livrent à ces pratiques de manière naturelle ou s'il y a une volonté délibérée d'arnaquer? En d'autres termes, pour prendre l'exemple de ce restaurant, le patron croyait-il sincèrement que ces 5 yuans étaient justifiés? Ce n'est pas vraiment impossible.
C'est après la visite du Jardin de la Forêt du Lion et ses flocons de neige que ce fut l'heure attendue du déjeuner. Attendue non pas tant en raison d'un appétit mesuré, mais surtout en raison du chauffage, du thé chaud et des plats chauds qui m'attendaient. Pour moi, un seul critère suffisait à choisir un restaurant, qu'il soit chauffé! Mais cela n'était apparemment pas aussi facile à trouver que je l'espérais. A la question "avez vous le chauffage", c'est toujours un "non" gêné qui m'était opposé, tandis que je commençais à désespérer. Finalement, alors que nous étions sur le point de renoncer, un type finit par nous dire oui à l'entrée de son restaurant. Nous sommes donc entrés.
Mais où était donc le chauffage? A l'étage? Très bien, montons alors. La salle de l'étage était vide, mais tant pis pour l'ambiance, nous y avons pris une table et avons commencé à consulter le menu. Il y avait certes un appareil de chauffage, en fait une climatisation pouvant souffler de l'air chaud, mais celui-ci était éteint. Nous avons donc évidemment demandé à ce qu'il soit mis en route.
Le personnel du restaurant défila à tour de rôle pour tenter d'allumer la chose, tandis que nous avions déjà fini de commander et attendions nos plats et tandis que je me consolais en tenant le verre de thé à pleines mains, pour au moins réchauffer mes doigts engourdis par le froid.
Les plats finirent par arriver, ils étaient dégueulasses, mais je m'en fichais en fait, attendant toujours avec impatience le moment fatidique où le chauffage finirait par démarrer. Je commençais à manifester mon mécontentement, tandis que le patron du restaurant souriait gaiement en me disant que ça n'allait pas tarder. Puis, toujours avec un grand sourire, il revint quelques minutes plus tard pour avouer que le chauffage était cassé, mais qu'ils travaillaient à le remettre en route (comme s'il ignorait le problème quand il m'a invité à venir le voir).
Finalement, vers la fin du repas, il dut nous avouer que, meibanfa (y a pas moyen), le chauffage resterait cassé. Meibanfa et buhaoyisi bien sûr. Je n'étais pas très content, mais comme le thé et la mauvaise bouffe avaient au moins pu me réchauffer un petit peu, j'ai avalé la pilule. Il était toutefois temps de repartir, et j'ai demandé l'addition. Lorsque celle-ci nous fut présentée, je n'ai pu réprimer un rire nerveux.
Les prix des plats étaient relativement élevés, mais ça, nous le savions dès le début puisqu'ils figuraient sur le menu. Le thé nous était facturé? Admettons, ce sont des choses qui arrivent souvent. La serviette nettoyante aussi? Bon d'accord, ce n'est pas la première fois. Mais il y avait cinq yuans à la fin de l'addition qui correspondaient... au chauffage! Je croyais mal lire mais J. qui était aussi étonnée que moi m'a confirmé que nous devions effectivement payer 5 yuans pour le "chauffage". Chouette, enfin une occasion de s'amuser, direction le rez-de-chaussée pour une petite discussion avec le patron. les 5 yuans pour le chauffage, je suppose que c'est une erreur? mais non, vous êtes justement venus dans ce restaurant pour ce chauffage, donc c'est normal que vous le payiez. certes, mais le chauffage ne marche pas, c'est vous-même qui l'avez dit. oui, mais on a essayé de le réparer. mais vous n'avez pas réussi. ah ah ah, tu parles très bien chinois.
Et cette dernière remarque, c'est ce que dit en général un chinois qui est à court d'argument après qu'un étranger ait réussi à contrecarrer une tentative d'arnaque. Il dut donc faire marche arrière et nous "accorder" une remise de 5 yuans sur l'addition.
Sept ans plus tard: il arrive parfois de subir ces petites tentatives d'arnaques, plus mignonnes que méchantes, qui sont tellement ridicules que même un étranger peut réussir à les éviter. Peut-être par naïveté, il m'arrive parfois demander si certains chinois se livrent à ces pratiques de manière naturelle ou s'il y a une volonté délibérée d'arnaquer? En d'autres termes, pour prendre l'exemple de ce restaurant, le patron croyait-il sincèrement que ces 5 yuans étaient justifiés? Ce n'est pas vraiment impossible.
48. Spectacles nocturnes
Peu de temps après cette balade à Suzhou, nous avons convenu avec J. et mon ami français d'aller tous les trois voir un spectacle d'acrobatie au Shanghai Center. J'en avais déjà vu un à Pékin deux ans et demi plus tôt, mais ça ne me déplaisait pas d'y assister à nouveau, en sachant que les numéros seraient probablement plus ou moins les mêmes.
J'ai d'abord retrouvé mon ami qui m'attendait en bas de l'hôtel, avec qui nous avons remonté la rue piétonne jusqu'à la Place du Peuple pour retrouver J. qui devait arriver en métro. Sur le chemin, quelques proxénètes ont tenté de nous vendre les services de leurs "amies". Une plaie que j'avais déjà remarquée plus tôt, et que je me contentais de repousser gentiment à chaque fois. Mon ami qui avait dû subir leurs assauts plus souvent que moi avait élaboré des techniques de refus bien plus élaborées. "des filles? Mais tu vois pas qu'on est homos? Nous c'est des garçons qu'on veut!" Et les proxénètes répondaient parfois, à notre étonnement, que c'était aussi possible. "keyi", "you", répondaient-ils lapidairement provoquant notre fou-rire.
Après avoir retrouvé J., nous sommes partis à pieds jusqu'au Shanghai Center où nous avons admiré le spectacle comme prévu. Tours de force acrobatiques, précision des gestes, postures invraisemblables, nous en avons eu plein les yeux, surtout J. qui n'avait jamais assisté à ça.
Puis nous avons redescendu la Rue de Nankin dans l'autre sens, en direction de l'Est afin que chacun rentre chez soi. En chemin, nous avons raconté à J. nos mésaventures avec les proxénètes, ce que manifestement elle avait du mal à croire. En tant que fille et en tant que chinoise, elle n'avais bien sûr jamais eu affaire à eux, et elle devait croire comme la majorité de ses compatriotes que cela n'existait tout simplement pas. Arrivés à la station de métro, je lui ai dit au revoir, et nous avons continué à faire un bout de chemin entre hommes français.
Quelques homosexuels ont poussé des couinements en nous voyant, tandis que nous manoeuvrions pour éviter leurs embuscades. Des proxénètes, encore et toujours, tentèrent à nouveau de nous appâter? Mais où était donc le spectacle? Etait-ce eux ou nous? Il devait être environ dix heures du soir, ce qui, à l'époque, représentait une heure assez avancée dans la soirée. Tandis que nous approchions de l'hôtel, "La Chose" tenta de nous aggriper, mais nous parvinrent heureusement à lui échapper. Qu'est-ce que la Chose? Une créature d'un peu moins de cinquante ans, mi homme, mi femme, tentant de mettre la main sur les étrangers pour... je préfère ne pas savoir. Nous courions heureusement plus vite que lui/elle et il/elle n'a pas réussi à nous attraper. Finalement, grâce à une manoeuvre échappatoire fort ingénieuse, nous avons réussi à la fois à le/la semer et à reprendre le chemin de l'hôtel en sécurité.
Sept ans plus tard: la Chose refait parfois son apparition sur la rue piétonne, et essaie à chaque fois de m'attrapper, ce qu'il/elle n'a encore jamais réussi à faire. Les homosexuels sont eux aussi toujours là, notamment le fameux "Angela" qui passe toujours son temps à draguer les étrangers pour de douteuses virées nocturnes et autres fantaisies sexuelles. Quant aux proxénètes, leur nombre a explosé depuis deux ou trois ans, et leur densité et leur insistance sont devenues telles que le quartier est devenu insupportable le soir et que je songe maintenant à le quitter.
Peu de temps après cette balade à Suzhou, nous avons convenu avec J. et mon ami français d'aller tous les trois voir un spectacle d'acrobatie au Shanghai Center. J'en avais déjà vu un à Pékin deux ans et demi plus tôt, mais ça ne me déplaisait pas d'y assister à nouveau, en sachant que les numéros seraient probablement plus ou moins les mêmes.
J'ai d'abord retrouvé mon ami qui m'attendait en bas de l'hôtel, avec qui nous avons remonté la rue piétonne jusqu'à la Place du Peuple pour retrouver J. qui devait arriver en métro. Sur le chemin, quelques proxénètes ont tenté de nous vendre les services de leurs "amies". Une plaie que j'avais déjà remarquée plus tôt, et que je me contentais de repousser gentiment à chaque fois. Mon ami qui avait dû subir leurs assauts plus souvent que moi avait élaboré des techniques de refus bien plus élaborées. "des filles? Mais tu vois pas qu'on est homos? Nous c'est des garçons qu'on veut!" Et les proxénètes répondaient parfois, à notre étonnement, que c'était aussi possible. "keyi", "you", répondaient-ils lapidairement provoquant notre fou-rire.
Après avoir retrouvé J., nous sommes partis à pieds jusqu'au Shanghai Center où nous avons admiré le spectacle comme prévu. Tours de force acrobatiques, précision des gestes, postures invraisemblables, nous en avons eu plein les yeux, surtout J. qui n'avait jamais assisté à ça.
Puis nous avons redescendu la Rue de Nankin dans l'autre sens, en direction de l'Est afin que chacun rentre chez soi. En chemin, nous avons raconté à J. nos mésaventures avec les proxénètes, ce que manifestement elle avait du mal à croire. En tant que fille et en tant que chinoise, elle n'avais bien sûr jamais eu affaire à eux, et elle devait croire comme la majorité de ses compatriotes que cela n'existait tout simplement pas. Arrivés à la station de métro, je lui ai dit au revoir, et nous avons continué à faire un bout de chemin entre hommes français.
Quelques homosexuels ont poussé des couinements en nous voyant, tandis que nous manoeuvrions pour éviter leurs embuscades. Des proxénètes, encore et toujours, tentèrent à nouveau de nous appâter? Mais où était donc le spectacle? Etait-ce eux ou nous? Il devait être environ dix heures du soir, ce qui, à l'époque, représentait une heure assez avancée dans la soirée. Tandis que nous approchions de l'hôtel, "La Chose" tenta de nous aggriper, mais nous parvinrent heureusement à lui échapper. Qu'est-ce que la Chose? Une créature d'un peu moins de cinquante ans, mi homme, mi femme, tentant de mettre la main sur les étrangers pour... je préfère ne pas savoir. Nous courions heureusement plus vite que lui/elle et il/elle n'a pas réussi à nous attraper. Finalement, grâce à une manoeuvre échappatoire fort ingénieuse, nous avons réussi à la fois à le/la semer et à reprendre le chemin de l'hôtel en sécurité.
Sept ans plus tard: la Chose refait parfois son apparition sur la rue piétonne, et essaie à chaque fois de m'attrapper, ce qu'il/elle n'a encore jamais réussi à faire. Les homosexuels sont eux aussi toujours là, notamment le fameux "Angela" qui passe toujours son temps à draguer les étrangers pour de douteuses virées nocturnes et autres fantaisies sexuelles. Quant aux proxénètes, leur nombre a explosé depuis deux ou trois ans, et leur densité et leur insistance sont devenues telles que le quartier est devenu insupportable le soir et que je songe maintenant à le quitter.
49. Le rêve shanghaien
Est-ce la nouvelle Amérique? Non seulement une grande puissance en devenir, mais aussi un eldorado attirant les entrepreneurs et les aventuriers du monde entier désirant faire une nouvelle vie? Lorsque j'émettais cette hypothèse il y a sept ans, on riait beaucoup de moi, avant donc ce tournant de 2003-2004 où la Chine est soudainement devenue LE pays à la mode, et où l'immigration étrangère a pris un rythme plus soutenu, les plus dubitatifs caressant soudain eux aussi l'envie ou au moins la possibilité de venir à leur tour.
En attendant, j'avais mon rêve shanghaien pour moi tout seul, ou presque, les étrangers étant encore relativement peu en ville à cette époque. Ceci expliquant cela, l'accueil des shanghaiens fut bien meilleur en 2000 qu'il ne l'aurait été aujourd'hui. Je savais déjà que j'étais fait pour vivre dans cette ville, et ce nouveau voyage a bien entendu renforcé mes convictions - étant entendu que la première chose à faire si j'y emménageais serait d'acheter un manteau.
J'aimais cette ville de contrastes, ses gratte-ciels tous plus ambitieux les uns que les autres, ses vieux quartiers anachroniques, les restes des concessions, l'indémodable panorama du Bund, sa population rude au premier abord mais si attachante. Bref, j'étais bel et bien chez moi. J'y avais déjà mes petites habitudes, mes adresses préférées, quelques visages familiers que je pouvais saluer de temps en temps, et bien sûr... "des" proches. Qu'il était pénible de penser que ce rêve allait bientôt prendre fin, ne serait-ce que temporairement, et que je devrais bientôt retrouver cette monotone vie française.
Peu de temps avant de repartir, j'ai quand même voulu revoir le Musée de Shanghai, avec J. cette fois, qui connaissait pas si mal que ça les différents types d'antiquités que nous admirions. Et bien sûr faire le plein de ces spécialités culinaires shanghaiennes, les xiaolongbao, le poulet au citron, ou autres gongbao jiding. La gastronomie shanghaienne n'est certainement pas la meilleure de Chine, loin de là, mais je l'appréciais quand même. Comment pouvais-je de toute façon ne pas aimer quelque chose de shanghaien? Même les vendeurs de drogue ouighurs et les proxénètes me faisaient sourire, alors que j'ai une sainte horreur de ce type de personnages en général.
Sept ans plus tard: je n'idéalise plus rien et suis le premier à m'énerver des mauvais côtés des shanghaiens, qui sont en fait parmi les gens les moins intéressants de Chine. Mais même après toutes ces années, la ville exerce sur moi une fascination encore très forte. Malgré son occidentalisation rapide. Malgré la quantité exponentielle d'étrangers qui finiront bien par lui faire perdre son âme. Malgré ses profondes injustices et le sentiment de supériorité de sa population. La perfection est sûrement ennuyeuse à mourir.
Est-ce la nouvelle Amérique? Non seulement une grande puissance en devenir, mais aussi un eldorado attirant les entrepreneurs et les aventuriers du monde entier désirant faire une nouvelle vie? Lorsque j'émettais cette hypothèse il y a sept ans, on riait beaucoup de moi, avant donc ce tournant de 2003-2004 où la Chine est soudainement devenue LE pays à la mode, et où l'immigration étrangère a pris un rythme plus soutenu, les plus dubitatifs caressant soudain eux aussi l'envie ou au moins la possibilité de venir à leur tour.
En attendant, j'avais mon rêve shanghaien pour moi tout seul, ou presque, les étrangers étant encore relativement peu en ville à cette époque. Ceci expliquant cela, l'accueil des shanghaiens fut bien meilleur en 2000 qu'il ne l'aurait été aujourd'hui. Je savais déjà que j'étais fait pour vivre dans cette ville, et ce nouveau voyage a bien entendu renforcé mes convictions - étant entendu que la première chose à faire si j'y emménageais serait d'acheter un manteau.
J'aimais cette ville de contrastes, ses gratte-ciels tous plus ambitieux les uns que les autres, ses vieux quartiers anachroniques, les restes des concessions, l'indémodable panorama du Bund, sa population rude au premier abord mais si attachante. Bref, j'étais bel et bien chez moi. J'y avais déjà mes petites habitudes, mes adresses préférées, quelques visages familiers que je pouvais saluer de temps en temps, et bien sûr... "des" proches. Qu'il était pénible de penser que ce rêve allait bientôt prendre fin, ne serait-ce que temporairement, et que je devrais bientôt retrouver cette monotone vie française.
Peu de temps avant de repartir, j'ai quand même voulu revoir le Musée de Shanghai, avec J. cette fois, qui connaissait pas si mal que ça les différents types d'antiquités que nous admirions. Et bien sûr faire le plein de ces spécialités culinaires shanghaiennes, les xiaolongbao, le poulet au citron, ou autres gongbao jiding. La gastronomie shanghaienne n'est certainement pas la meilleure de Chine, loin de là, mais je l'appréciais quand même. Comment pouvais-je de toute façon ne pas aimer quelque chose de shanghaien? Même les vendeurs de drogue ouighurs et les proxénètes me faisaient sourire, alors que j'ai une sainte horreur de ce type de personnages en général.
Sept ans plus tard: je n'idéalise plus rien et suis le premier à m'énerver des mauvais côtés des shanghaiens, qui sont en fait parmi les gens les moins intéressants de Chine. Mais même après toutes ces années, la ville exerce sur moi une fascination encore très forte. Malgré son occidentalisation rapide. Malgré la quantité exponentielle d'étrangers qui finiront bien par lui faire perdre son âme. Malgré ses profondes injustices et le sentiment de supériorité de sa population. La perfection est sûrement ennuyeuse à mourir.
50. Mort temporaire
J'en ai oublié la date exacte, mais le départ finit bien par arriver, et il fut évidemment difficile, d'autant plus que J. m'avait rejoint à l'aéroport. Un chinois se dévoua heureusement pour me faire rire une dernière fois tandis que je faisais la queue pour payer la taxe d'aéroport, grâce à son dialogue avec la caissière: non, c'est 90 yuans que vous devez me donner non, 50 vous achetez une taxe internationale? non, nationale faites voir votre billet [...] c'est un billet international que vous avez, vous devez payer une taxe internationale mais je suis chinois, je dois payer une taxe nationale!
Il a fini par payer son dû, mais m'a bien fait rire.
Le vol KLM de retour fut encore plus pénible qu'à l'aller. J'avais la même mauvaise place que sur le Amsterdam - Hong Kong, et cette fois la video et la musique ne fonctionnèrent qu'au bout de quelques heures. J'avais heureusement un voisin de siège sympathique, et ce hollandais me suggéra d'aller passer mes quelques heures entre les deux avions à Amsterdam même plutôt qu'à l'aéroport. J'ai donc suivi ses conseils et ai pris le petit train en direction du centre-ville.
Je ne connaissais pas Amsterdam, mais avais beaucoup de mal à me concentrer sur ce que je voyais. Encore une ville de canaux, encore une Venise! Que j'aurais préféré arpenter ceux de Shaoxing ou de Suzhou. Je n'avais que la Chine en tête et me fichais bien de ne plus avoir de place sur mon appareil photo pour garder un souvenir de la grande ville hollandaise. Je ne voyais rien autour de moi, tandis que j'arpentais les rues de la vieille ville et sa surprenante faune urbaine. Je profitais toutefois du calme relatif de cette ville européenne pour me remémorer tous les souvenirs accumulés pendant ces cinq semaines. Jamais un voyage n'avait été aussi dense et passionnant, et je m'étais alors juré de ne pas en oublier une miette, ce que j'ai apparemment plus ou moins réussi.
De retour à Paris, enfin, je pensais déjà au voyage suivant.
FIN
J'en ai oublié la date exacte, mais le départ finit bien par arriver, et il fut évidemment difficile, d'autant plus que J. m'avait rejoint à l'aéroport. Un chinois se dévoua heureusement pour me faire rire une dernière fois tandis que je faisais la queue pour payer la taxe d'aéroport, grâce à son dialogue avec la caissière: non, c'est 90 yuans que vous devez me donner non, 50 vous achetez une taxe internationale? non, nationale faites voir votre billet [...] c'est un billet international que vous avez, vous devez payer une taxe internationale mais je suis chinois, je dois payer une taxe nationale!
Il a fini par payer son dû, mais m'a bien fait rire.
Le vol KLM de retour fut encore plus pénible qu'à l'aller. J'avais la même mauvaise place que sur le Amsterdam - Hong Kong, et cette fois la video et la musique ne fonctionnèrent qu'au bout de quelques heures. J'avais heureusement un voisin de siège sympathique, et ce hollandais me suggéra d'aller passer mes quelques heures entre les deux avions à Amsterdam même plutôt qu'à l'aéroport. J'ai donc suivi ses conseils et ai pris le petit train en direction du centre-ville.
Je ne connaissais pas Amsterdam, mais avais beaucoup de mal à me concentrer sur ce que je voyais. Encore une ville de canaux, encore une Venise! Que j'aurais préféré arpenter ceux de Shaoxing ou de Suzhou. Je n'avais que la Chine en tête et me fichais bien de ne plus avoir de place sur mon appareil photo pour garder un souvenir de la grande ville hollandaise. Je ne voyais rien autour de moi, tandis que j'arpentais les rues de la vieille ville et sa surprenante faune urbaine. Je profitais toutefois du calme relatif de cette ville européenne pour me remémorer tous les souvenirs accumulés pendant ces cinq semaines. Jamais un voyage n'avait été aussi dense et passionnant, et je m'étais alors juré de ne pas en oublier une miette, ce que j'ai apparemment plus ou moins réussi.
De retour à Paris, enfin, je pensais déjà au voyage suivant.
FIN
Merci Yangguizi pour ce feuilleton passionant, un ou deux chapitres chaque matin quel plaisir !
Est-ce que ce sont tous des souvenirs "de mémoire" où est-ce que tu avais fait un carnet de voyage pour te rappeller les diverses anecdotes? Parce que je suis quand même impressioné de ta mémoire "éléphantesque" moi qui oublie très vite plein de petites choses, en premier lieu les noms des villes, des monuments etc.
Merci en tout cas de nous faire partager ce long récit.
Est-ce que ce sont tous des souvenirs "de mémoire" où est-ce que tu avais fait un carnet de voyage pour te rappeller les diverses anecdotes? Parce que je suis quand même impressioné de ta mémoire "éléphantesque" moi qui oublie très vite plein de petites choses, en premier lieu les noms des villes, des monuments etc.
Merci en tout cas de nous faire partager ce long récit.
http://pierreauxusa.hautetfort.com
Merci pour tes commentaires.
J'ai tout écrit de mémoire, sans notes. A cette époque là, ça ne m'avait jamais traversé l'esprit de mettre mes souvenirs par écrit. Je le regrette maintenant, car si les souvenirs de ce voyage sont encore très clairs, ce n'est hélas plus le cas d'autres voyages (en Chine notamment) dont j'ai oublié tous les détails.
J'ai tout écrit de mémoire, sans notes. A cette époque là, ça ne m'avait jamais traversé l'esprit de mettre mes souvenirs par écrit. Je le regrette maintenant, car si les souvenirs de ce voyage sont encore très clairs, ce n'est hélas plus le cas d'autres voyages (en Chine notamment) dont j'ai oublié tous les détails.
Mais elle va très bien. [:)]
Comme je l'ai dit quelque part, nous sommes toujours ensemble.
Comme je l'ai dit quelque part, nous sommes toujours ensemble.
spirituellement? Quel grand mot! [:)] Mais il y a de l'idée.
Elle ne vit pour l'instant pas à Shanghai, mais y revient bientôt. Donc là, je pourrai répondre "les deux M'zelle l'inspectrice" [;)]
Elle ne vit pour l'instant pas à Shanghai, mais y revient bientôt. Donc là, je pourrai répondre "les deux M'zelle l'inspectrice" [;)]
Ce fut un énorme plaisir de te lire, tu n'imagines même pas. J'ai vraiment rigoler tout seul tellement je me suis imaginé a ma place.
J'habite a shanghai depuis 7 mois et je n'ai que peu voyager dans le reste de la chine.
Tu as su écrire beaucoup de sentiments que j'éprouve a habiter ici. Je connais beaucoup d'étranger mais tellement peu qui on tenté une telle intégration. Shanghai comporte beaucoup d'étranger mais si peu qui connaissent la chine et son peuple (moi le premier malheureusement).
Je t'envi de parler aussi bien chinois. Je regrette jour après jour de ne pas connaitre cette langue qui pourrai vraiment améliorer ma vie et mon expérience ici.
J'habite a shanghai depuis 7 mois et je n'ai que peu voyager dans le reste de la chine.
Tu as su écrire beaucoup de sentiments que j'éprouve a habiter ici. Je connais beaucoup d'étranger mais tellement peu qui on tenté une telle intégration. Shanghai comporte beaucoup d'étranger mais si peu qui connaissent la chine et son peuple (moi le premier malheureusement).
Je t'envi de parler aussi bien chinois. Je regrette jour après jour de ne pas connaitre cette langue qui pourrai vraiment améliorer ma vie et mon expérience ici.
Je suppose que tes compliments s'adressent à Patrick "yangguizi" plutôt qu'à Paucar.
Hélas, il ne pourra te répondre : http://voyageforum.com/v.f?post=1933696;
Je suppose que tes compliments s'adressent à Patrick "yangguizi" plutôt qu'à Paucar.
Hélas, il ne pourra te répondre : http://voyageforum.com/v.f?post=1933696;
Quelle tristesse. Il n'y a pas d'autres mots....
Quelle tristesse. Il n'y a pas d'autres mots....
Log in first, then come back to this page.










