Jour 11 et 12, Chettinad (Kannadukathan / Namunsamudram / Pudukkottai / Thirumayam / Pudukkottai / Thanjavur), 1er et 2 août
Déjà la moitié du voyage...
Re-petit déjeuner « continental » copieux, mais cette fois, un employé me fait goûter un plat de riz noir sucré, une sorte de pongal sucré, très bon. Bus local, direction Namunasamudram (17 roupies) et son temple d'Ellangudipatti, réputé pour être l'un des plus beaux temples d'Ayyanar de la région. Arrivé dans ce village animé, un petit tchaï pour se donner du courage. Le chemin qui monte vers le temple est au bord de la route principale. Au bout de quelques mètres, un groupe d'hommes m'invite à m’asseoir avec eux pour « discuter ». Après les questions habituelles, l'un me propose de me déposer au temple un moto. Je ne refuse pas, car il y a un bon kilomètre de montée sous le cagnard. Nous arrivons devant l'entrée. La longue allée de chevaux en terre cuite commence, c'est magnifique ! Mais en avançant seul sur cette allée silencieuse, on a une impression très étrange avec ces centaines de chevaux, chiens, vaches et autres créatures qui vous fixent avec leurs yeux désincarnés…

Chacune des centaines de statue d'animal est différente, certaines peintes et en bon état, d'autres en pleine érosion et décapitées. C'est comme ça sur au moins 200 m, avec un gros éléphant et deux chevaux montés en terre cuite au milieu du chemin.

Sur cette allée ombragée et bordées de chevaux et d'arbustes et de ronces, on éprouve par moment la curieuse sensation de ne pas être seul… Et en effet je ne suis pas seul, car un villageois débarque de je ne sais où et m'amène au bout du chemin. On arrive devant un autel en plein air dédié à la divinité. Très impressionnant.

Le villageois est en fait un muet qui me fait comprendre par des signes qu'il est préposé au balayage du temple (je ne vois pas trop ce qu'on peut balayer sur ce sentier, mais bon…) et qu'il veut bien un peu d'argent. Je lui donne 10 roupies. Il disparaît aussi vite qu'il est apparu. Derrière le temple, on peut un peu marcher dans cette petite forêt jusqu'à un hameau de paysans en huttes de paille (sûrement là d'où venait le muet). Je fais une boucle pour traverser l'allée une seconde fois. Je repars vers Namunsamudram à pied. Au bout de quelques mètres, un gars maigre et hirsute avec des yeux rouges et une démarche de zombie, lui aussi sorti de nulle part, me demande 10 roupies… Je décline et continue. Au bout de 5 mn, je me retrouve dans un minuscule village en pleine nature (mes deux précédentes rencontres me font comprendre que le hameau à l'écart près du temple est probablement celui des basses castes du village). Mais le problème est que je n'ai pas traversé de village à l'allée... Les habitants me regardent passer sans être non plus très étonnés. Je me suis trompé de chemin, mais j'en profite pour photographier quelques scènes de vie dans ce village au milieu de rien. Finalement, un villageois me demande ce que je fais ici, puis me propose de me redescendre en moto. Je ne refuse pas ! Le nom du village, Meluthaymuthpatty, était indiqué en bas à Namunasamudram, qui passe pour une grande ville à côté!
Deux minutes d'attente et déjà un bus pour Pudukkottai (10 roupies). Je retrouve la "civilisation"" et fais une pause vada-sambar et sundal dans un petit boui-boui sympa. Puis dès que j'en ai l'occasion, je carbure au lemon-soda bien frais (20 à 25 roupies selon les endroits). Je marche vers le centre jusqu'au cinéma. Pudukkottai est une petite bourgade assez plaisante, moins bourgeoise et moderne, plus populaire et « traditionnelle » que Karaikudi. Dans le petit centre, c'est agréable de se perdre dans les rues et ruelles (sauf si l'on tombe sur le quartier des bouchers et son odeur pestilentielle...). Devant le cinéma, je demande à un rickshaw de me déposer dans le vieux quartier de Thirugokarnam, à un peu plus de 2 km de là, où se trouve un musée et quelque beaux temples. Course à 70 roupies. Le rickshaw est un peu déglingué et tombe souvent en rade… Plus loin sur la route, on entend un bruit de ferraille… Mon chauffeur s'inquiète, fait demi-tour quelques mètres en arrière, parle à un motard derrière, descend sur le bord de la route et ramasse quelque chose. Putain, je n'y crois pas, c'est mon téléphone ! Il a glissé de ma poche, à rebondi sur la carlingue du véhicule puis est tombé sur la chaussée! Je n'ai rien vu. Il est intact. J'ai de la chance… Il me dépose devant le musée et je lui donne un supplément pour avoir sauver mon téléphone.
Le Pudukkottai Museum (100 roupies) est un musée très hétéroclite et beaucoup plus grand que ce que j'imaginais. Parmi ces différentes sections : du naturalisme avec de nombreux animaux empaillés et classés par catégorie, des objets divers (certains magnifiques), de l'archéologie, des armes, des très belles statues anciennes de divinités hindoues et jaïnes, des instruments de musique, des cartes sur les temples de la région… On saute du coq à l'âne, mais la visite vaut vraiment le coup, malgré les gardiens qui vous pressent pour passer d'une salle à l'autre (eh oui pourquoi rester plus de 30 secondes dans une salle ?).
Je met ensuite en quête du fameux temple proche du musée qui vaut le détour, sans avoir son nom. D'abord de minuscules templions près d'un bassin, puis un panneau indiquant « Brahadambal Temple ». Le temple est haut, mais sa devanture est plutôt moche, on dirait un hangar agricole. La grille est-mi ouverte. Et l'intérieur est époustouflant, il paraît ancien et l’architecture est de toute beauté!

Il y a une cour, très belle aussi, avec une divinité ressemblant à Ayyanar.

À l'intérieur, au bout du temple, il y a une grand porte entrouverte. Je la pousse, et là il y a un temple qui a l'air encore plus ancien. Les statues sont sublimes ! Mais un brahmane qui dormait se réveille. Il dit que je dois revenir plus tard, car tout le temple est censé être fermé. Le gardien entre et gueule sur tout ceux qui m'ont laissé entrer, puis me dit d'aller dehors et de revenir en fin d'après-midi. Je ne pourrai pas…
Longue marche sous le cagnard pour aller à la gare routière. Bus pour Thirumayam et son fort Nayak du 17ème siècle qui part dans les 5 mn (15 roupies). Quelques minutes plus tard, au bout d'une longue allée bordée de palmier apparaît le fort de Thirumayam. Je n'imaginais pas quelque chose d'aussi imposant ! Il ressemble assez à celui de Jaisalmer en plus petit (et sans ville autour ni à l'intérieur).

L'entrée est à 200 roupies pour les étrangers. C'est « cher » mais ça les mérite. On monte quelques marches, on passe d'énormes murailles et des rochers gigantesques. Tout en haut, on peut monter au sommet d'une pyramide avec en canon en son sommet

avec une vue panoramique imprenable sur les plaines du Chettinad.

En contrebas, on peut accéder par une échelle à un petit temple creusé dans un des gros rochers abritant un lingam. Il y a également une porte (fermée) qui selon un visiteur qui m'explique, donne accès à des couloirs souterrains de plusieurs kilomètres. Je remarque aussi que les recoins cachés du fort sont un lieu prisé de rendez-vous des amoureux…
Bus de retour pour Kanadukathan, mais je me plante de bus… On me dépose au village suivant où je dois revenir à Thirumayam… Nouveau bus, puis renouveau bus, et me voilà à bon port. Le temps de vite faire mes valises, car mon heure de check-out est imminente et le patron s'inquiétait parce qu'un groupe de français venait d'arriver et était intéressé par ma chambre. La femme qui doit prendre ma chambre me presse un peu. À ce propos, le peu de touristes que j'aurai croisé sur l'ensemble du voyage n’auront quasiment été que des français. Mais la plupart du temps, je n’en croise aucun.
Finalement, je n'aurais pas vu l'intérieur des mansions et palaces de Kanadukathan, mais qu'importe, ce n'est pas ce qui m'intéresse le plus. Re-bus pour Pudukkottai (25 roupies) où je décide de passer la nuit pour visiter les alentours le lendemain matin, avant de me diriger vers Thanjavur.
Je prends le premier hôtel face à la gare routière, Hotel AKGN. On me propose une non-AC à 630 roupies. Elle n'a pas l'air reluisante du tout mais ça ira pour une nuit. Dîner au restaurant végétarien Abbarami, également face à la gare routière: très dur de se faire comprendre, mais excellent veg kothu parotta (75 roupies) et bonne carte de cuisine tamoule typique. Dans une rue parallèle, un bon lassi pour 25 roupies. Retour à l'hôtel : surprise pas de wi-fi… Et en fait, à y voir de plus, la chambre laisse vraiment à désirer, et il y a des cafards énormes ! Je passe du presque luxe au taudis. J’avais qu'à mieux vérifier et me renseigner, tant pis pour moi. Allez, quelques heures à passer…
Le lendemain, petit déjeuner tamoul au Nandhi, concurrent de l'Abbirami (2 idli et un vadai, 39 roupies, très bon), je traverse la route pour aller à la gare de bus, direction Narthamalai où il y a un temple jaïn, Vijayalaya Choliswaram, qui daterait du 8ème ou 9ème siècle. Il faut prendre un « city bus » (ceux qui desservent la ville et ses alentours), le n°8 (17 roupies). Le bus laisse au bord de la route, et de là, il faut marcher 2 km (ou prendre un rickshaw qui demande 120 roupies !!). Mais au bout de quelques minutes, un homme propose de déposer en moto au temple. Sauf qu'il m'amène au temple d'Ambal du centre du village qui n'a aucun intérêt esthétique, même s’il est très « powerful », me dit le brahman qui me met mon tilak sur le front en me donnant un grand collier de fleur. Je lui demande où se trouve le temple de Vijayalaya Choliswaram, qui est censé être à un kilomètre de là selon le LP. Mais il n'en sait rien. Je l’identifie sur Google Map et me mets en marche. Le paysage est impressionnant avec ses grandes collines faites de gros rochers tout ronds. Un autre homme en moto me propose de me déposer. J'accepte, mais il ne m'amène pas du tout au bon endroit… Il me ramène à la fin de la première route, et me dit qu'il y a un temple de Shiva et des grottes. J'y reviendrai plus tard et je reste sur ma première idée d’aller d'abord à Vijayalaya Choliswaram, que personne ne semble connaître ici...
Un chemin de 2 km (encore!) vers le sud-ouest sort du village, on traverse un hameau de paysans, puis on se retrouve sur un sentier abrité par la végétation. J'aperçois de loin le beau temple ocre qui trône en haut d'un rocher (et ressemble effectivement un peu au Temple du Rivage de Mahabalipuram, comme le dit le LP). Mais comment l'atteindre ? Je sors du chemin, coupe un peu par le côté, escalade un rocher pas trop ardu, et je me retrouve sur une crête rocheuse plate d'où on peut aller vers le temple. La vue sur la région autour est imprenable ! Il n'y a pas âme qui vive, c'est la nature totale. Enfin, le temple, qui ressemble bien à un sanctuaire jaïn des alentours du 10ème siècle finement ciselé.

Mais en regardant autour, on voit qu'il a été récemment hindouisé avec des nouvelles statues du taureau Nandi face au sanctuaire comme s'il s'agissait d'un temple de Shiva. Derrière deux petits temples troglodytes avec d’autres belles statues et des vieilles inscriptions en alphabet brahmi. Très pittoresque, mais ça se mérite car le chemin n’est pas aisé. Et il fait une chaleur de dingue, je sue des torrents !
Du haut du rocher, j'aperçois au loin en contrebas un bassin naturel avec un cheval blanc en terre cuite qui semble indiquer un temple d'Ayyanar ! Sur la carte il y a bien un Ayyanar indiqué, mais quelques kilomètres plus loin, ce n'est pas le même. Vu d’en haut, il n'a pas l'air très intéressant, mais il n'est pas trop loin et ça semble possible d'y aller... même si je crois comprendre qu'il faudra trouver un sentier pour contourner le lac.
En chemin, je découvre un petit sanctuaire troglodyte peint en vert, visiblement dédié à un saint musulman : il y a des symboles islamiques sur les parois et on peut voir un tombeau à l'intérieur de la grotte. Mais tout est fermé. Je fais pause de quelques minutes pour sécher mon t-shirt sur un rocher.

Je descends encore et arrive devant le lac. Les deux chevaux en terre cuite sont sur l'autre rive à côté d'un bosquet, mais il n'y a pas l'air d'y avoir autre chose...

Je contourne le lac puis le bosquet par un sentier latéral, mais je me retrouve dans des champs asséchés, il n'y a rien... Pourtant les chevaux ne peuvent pas être loin… En plus, deux ou trois coups de feu raisonnent dans la vallée à ce moment-là, ce qui n'est pas rassurant. Je traverse le bosquet par l'autre côté… Il y a un petit ruisseau qui revient vers le lac. Et là, non seulement je revois les chevaux, mais je tombe sur un magnifique sanctuaire d'Ayyanar en pleine nature, installé sur un rocher et caché par des arbres avec ses rangées latérales de chevaux (et autres créatures décapités dans les buissons).

L'autel est disposé comme une crèche macabre, la scène est assez terrifiante.

En plus, des amas de plumes de coq à 5 mètres devant « l'autel » montrent qu’il y a eu des sacrifices tout frais… Pas rassurant...

Pour avoir un peu étudié Ayyanar il y a quelques années, cette ancienne divinité villageoise tamoule a été hindouiséé et n'est censée recevoir que des offrandes végétariennes ; mais traditionnellement, c'est un dieu guerrier qui demande des sacrifices de sang, et les villageois continuent à le faire un peu discrètement. La statuette principale d'Ayyanar, toute noire, fait peur, autant que toutes les autres divinités qui l'entourent.

C'est incroyable de tomber dans un endroit pareil, mais quelle sensation étrange... En essayant de revenir entre les arbustes, je tombe enfin sur quelqu'un : un paysan enturbanné que je salue en tamoul, mais qui me fait signe de partir. Je n'insiste vraiment pas... Je finis par retrouver le sentier pour revenir vers Narthamalai, et croise deux bergères : une est sympathique et me fait des signes amicaux, mais la plus vieille est moins accueillante et me fait signe moins sympathiquement de rentrer vers le village. Au moins, il y a enfin de la présence humaine.

Deux kilomètres de marche, je rejoins enfin la « civilisation » (enfin si on peut qualifier ainsi Narthamalai) et me jette sur un soda bien frais! Je retrouve la route de l’aller, où on m'avait déposé à l'aller, avec les temples de Shiva, et aussi des temples jaïns selon Google Map. Encore 500 m d'un sentier caillouteux et je tombe sur les temples. Il y a des dizaines de femmes, apparemment employées pour travailler sur un nouveau chemin goudronné, qui se reposent. Un homme s'approche de moi avec des clés et me dit qu'il peut me faire voir l’intérieur des temples. Ils semblent assez anciens et sont beaux, mais après ce que je viens de voir, c'est presque d'un intérêt limité. C'est beau quand même.

Le vieux bonhomme me demande un petit pourboire et je lui donne 50 roupies. Il me dit qu'il n'y a pas de temples jaïns troglodytes à cet endroit... Retour à pied sur les 1,5 km qui restent jusqu'à la route nationale, et j'attrape un bus pour Pudukkottai en moins de 5 mn. J'avais prévu d'explorer d’autres villages, mais j'ai chaud et j'ai peur d'être déçu par rapport à ce que je viens de voir.
Une douche dans mon taudis miteux de Pudukkottai et je checke out sans regret. J'ai décidé de partir vers Thanjavur. Un dernier repas chez Abbirami (excellent curd rice pour 35 roupies), et je trouve un bus public pour Thanjavur (45 roupies). C'est assez rapide : 1h20 seulement pour arriver au New Bus Stand qui est à 5 km du centre. De là, il faut prendre un city bus vers le centre (9 roupies). C’est peu dire que Thanjavur est une ville bruyante. Ça grouille de partout, klaxonne en permanence. C'est de loin la plus animée des villes du Tamil Nadu depuis que je suis arrivé. Dur, surtout quand on arrive dans l'après-midi en pleine chaleur, après une journée pareille. Je cherche un hôtel, mais le LP est nullissime… Je vais du côté de l’Old Bus Stand, et un hôtel moderne parmi plein d'autres, l'Hotel Ramnath, qui dépasse tous les autres bâtiments en hauteur. Une chambre très correcte avec AC pour 1200 roupies : je prends sans discuter ! En plus je suis au 5ème et dernier étage et du couloir, j'ai une belle vue sur Thanjavur. C'est parfait! Un petit tour au temple Brihadeeswhara, à 5 bonnes minutes de là, avant que la nuit tombe. Devant, c'est la fête ! Des chars qui portent les effigies divines balancent de la musique à un volume assourdissant, et il y a diverses danses endiablées. Je rentre juste dans l'entrée du temple et profite du coucher de soleil. Je reviendrai demain. Dîner au très bon Vasantha Bhavan (un idyappam/lait de coco sucré et 6 idli, 110 roupies), puis un jigarthanda bien fais (70 roupies) dans une échoppe toute proche. Le tout dans la rue de mon hôtel, qui semble concentrée toute l'activité nocturne. C'est simple, il y a tout et tout le monde est là. C'est bruyant, grouillant, bondé, pollué, mais très dynamique et plaisant pour sortir : on ne risque pas de s'ennuyer ! Ça me plaît assez bien finalement.
Journée bien remplie, au lit. Ou pas ! Je fais avant un petit tour de quartier et constate encore l'effervescence de Thanjavur la nuit.
Pudukkottai 🙂🙂
Pudukkottai Museum 🙂🙂
Temple de Brahandambal 🙂🙂🙂
Quartier de Thirugokarnam 🙂🙂
Hotel AKGN 🤪
Restaurant Abbirami 🙂🙂
Restaurant Nandhi 🙂🙂
Narthamalai 🙂🙂🙂