ÇA COINCE AUX DEUX RIVIÈRES
Le trou d'eau ne nous apportera pas grand chose de plus, nous avons vu pas mal de hyènes y passer la veille au soir dans la lueur des projecteurs. Leurs chants très féminins qui pourrait être le chant d'un oiseau, raisonne dans la vallée de l'Auob la nuit de façon inquiétante, mais elle ne viendront pas plus tourner autour de notre braai que les précédentes, cette année, il est dit que nous n'intéressons pas les hyènes.
Nous quittons donc le KTP pour rejoindre Twee Rivieren et y accomplir les formalités de passage de frontière afin de ne pas avoir le faire le lendemain.
A peine avons nous quitté le camp que nous rejoignons un véhicule arrêté au bord de la piste, ils regardent un lion majestueux, couché au sommet de la dune qui contemple son domaine.
Il est massif, royal, il nous regarde lui aussi, sa crinière est très fournie, noire et blonde comme celle de beaucoup de lions ici.
Nous sommes subjugués, sa position couchée et la tête dressée au sommet d'une dune rouge, tel un sphynx est extraordinaire, on dirait tout bonnement qu'il pose pour la photo et je me régale par avance des clichés que nous allons faire.
Ceci dit, ce sont des jumelles que j'ai à la main...
"Fanny, tu ne le loupe pas celui là hein ?"
"Comme si j'en avais déjà loupé un...mais c'est toi qui as l'appareil non?"
"Non...ah ben il est là...c'est sûr, si on attend tous les deux que l'autre prenne la photo, on ne va pas y arriver !"
"C'est sûr ! "
"je ne te le fais pas dire..."
"Bon, tu la prends ?"
"Ben va z'y toi, tu es plus près de l'appareil"
"Bon...OK"
Sabine en profite pour prendre les jumelles.
Bon, au moins, on a le temps avec celui là, un sphynx, c'est pas très mobile...
"Oh il bouge...il se lève..."
Merde merde merde, viiiiiite, j'allume le bazar, je mise au pointe...meeeeerde; les réglages sont sur "M", viiiiite passage sur "A" et descente des ISO dare dare (j'étais resté au delà de 2000 depuis la veille au soir)
Ça y est, je déclenche...

La plus belle photo de cul de lion de l'année...
Mais ce n'est que partie remise puisque quelques km plus loin, nous tombons à nouveau sur 2 véhicules arrêtés sous un arbre.Bon, ce ne sont pas les flics ni les rangers, ils regardent bien dans l'arbre, super ! ce coup ci c'est sûr : c'est un léopard !
Nous nous plaçons en 3e position et scrutons dans l'arbre...nous ne voyons rien...la voiture qui est juste devant nous décide de partir, ah ! On verra mieux, j'avance et... toujours rien...
Nous scrutons, cherchons, fouillons, mais rien, impossible de voir quoi que ce soit.
Alors j'avance au niveau du véhicule arrêté devant et leur demande.
Il y a 2 chats sauvages !
Je leur demande alors sur quelle branche ils sont, ils me l'indiquent, je cherche avidement un gros chat de couleur fauve, un quasi caracal quoi ! Mais quelle ne fut pas ma déception de constater que le chat sauvage africain n'est autre que notre bon vieux mistigri...


Bon, au moins nous aurons appris quelque chose et puis, ils ne sont pas si facile à voir que ça.
Nous parcourons tranquillement la longue route qui mène à Twee Rivieren pour y remplir nos formalités et si possible y changer nos pulas, il nous en reste pas mal...
Quelques rapaces agrémentent le parcours.


Le grand bâtiment tout rond et moderne est impressionnant, il n'a rien à voir avec les classiques bureaux des portes des parcs Botswanais qui sont toutes construites sur le même modèle.
Ici, nous sommes plus dans le style de la maison de la radio...ou de l'opéra Bastille, sauf les couleurs.
Bref, un gros machin tout rond quoi.

Que je pénètre muni de mes paperasses bien décidé à ne pas traîner.
Je constate qu'il y a un côté botswanais à gauche et un sudaf à droite, je me dirige donc fort habilement à gauche sans même demander à qui que ce soit la direction idoine.
Car je ne vous l'ai pas dit, mais je suis malin.
"Bonjours brave homme, je souhaiterais séant quitter le Botswana et rejoindre l'Afrique du Sud, là..."
"Oui ?" lève t'il la tête de son journal vantant les qualités de divers véhicules automobile 4 roues motrices de marque japonaise.
ll est chauve de crâne et porte ses lunettes de presbyte sur le bout du nez, il tient encore fermement son journal à deux mains montrant ainsi qu'il a bien l'intention d'y retourner, il me dévisage par dessus ses besicles "c'est à quel sujet ?"
"Hem...euh, comme je viens juste de vous le dire, je souhaite remplir les formalités de sortie pour passer en Afrique du Sud..."
"C'est pas ici, c'est là bas" m'indique t'il du menton la direction générale des comptoirs suivants.
Comme je suis malin, je me rends bien compte que je le dérange et passe donc au comptoir suivant.
"Bonjour mad..."
DRIIIIIIIIIIIIIIING
"Hello Helen - Department of wildlive Kgalagadi listeniiiiiiiiiiiiiiing ?...Ow Hi Brenda Howdy ?" Switch linguistique, la dame se lance dans un dialogue téléphonique endiablé en langue locale agrémentée de clics.
Comme je suis très malin, je ne cherche pas à l'interrompre.
Au bout de 5 mn, je tente habilement un raclement de gorge...puis deux...Puis je tousse un peu...
Finalement elle revient au bout de quelques minutes pour mettre fin à une toux violente de tuberculeux en fin de parcours.
"Puis-je vous aider monsieur ?"
"Hem..euh, oui " m'empressais-je de répondre (car je suis drôlement malin )
"Nous souhaiterions remplir les formalités de sortie du Botswana pour..."
"Nous"
"Ben oui : moi, ma femme et mes filles..."
"Ah, vous n'êtes donc pas seul ?"
"Non, en effet : vous êtes perspicace..."
"Pour les formalités de sortie, vous devez être tous présents."
Je me sens un poil moins malin, mais évidemment qu'on doit être là puisque c'est la frontière !
Je vais donc chercher la troupe et nous retournons au guichet de la dame qui rigole à nouveau au téléphone.
Douze quintes de toux plus tard.
"Puis-je vous aider monsieur, "
"Euh, oui : je suis le même monsieur que tout à l'heure " (à ce moment là, je doute sérieusement qu'elle m'ait reconnu) " Je viens pour les formalités, vous vous souvenez ?"
"Bien sûr...passez moi les check out du parc..."
"Les...les check out ?"
"Oui, vous êtes passés au comptoir du parc ? il faut y passer avant de venir ici, à la douane..."
Comme je suis malin et bien décidé à ne pas me faire avoir une deuxième fois, je lui demande la localisation EXACTE du comptoir susmentionné.
Fort logiquement, elle m'indique le suivant, le seul que je n'ai pas encore visité.
Nous nous déplaçons donc à côté, mais juste avant que j'arrive la dame qui y siège se lève et sors par la porte derrière elle pour réapparaître derrière le comptoir que je viens de quitter...je me demande s'il s'agit de la Brenda du téléphone...en tous cas, ça rigole bien.
Cinq minutes plus tard, elle est devant nous et je peux lui prodiguer mes papiers qu'elle estampille dûment avant de me les rendre.
Je lui demande alors si elle peut changer mes Pulas, sans succès, mais elle me fait savoir que, peut-être, à côté, à la douane, qui sait ?
Nous allons donc à côté, à la douane qui sait, mais la douane ne sait pas où je pourrais changer mes Pulas...peut-être côté sud africain ? Qui sait ?
En tous cas, elle me demande de passer au comptoir à côté, celui de la police.
Nous y allons avec un peu d'appréhension : je me retrouve à nouveau face aux besicles qu'il faut décoller à grand peine du magazine.
Il me demande de prodiguer le certificat de naissance traduit pour Fanny en plus des papiers du véhicule et des passeports, ce que je produits donc et ensuite, nous sommes enfin autorisés à passer côté sud Africain qui est organisé de la même façon, 3 comptoirs l'un à côté de l'autre sur un arc de cercle.
Mais comme je suis malin (comment ? Je vous l'ai déjà dit ?), je ne me fais pas avoir deux fois, j'ai bien compris l'ordre, et je vais directement au comptoir de San Parc...pas de chance, il y a une petite queue de 5 personnes qui remplissent leurs formalités d'entrée dans le parc.
Ça ne va pas bien vite et tout le monde commence à en avoir marre, nous arrivons enfin au comptoir.
"Bonjour, nous v..."
DRIIIIIIIIIIIIING
"Pardon me sir...Sanpark Kgalagadi, Joyce at your service Hello ?....Ow Hey Matt Howdy..." Et c'est reparti.😠
Constatant que la queue s'allonge derrière nous, la préposée termine rapidement sa conversation et s'intéresse à nouveau à moi.
"Bonjour, nous venons pour les formalités d'entrée de parc et..."
"Mais vous étiez au comptoir d'en face juste avant ?"
"Oui " susurrais -je assailli par le doute.
"Mais voyons ! Vous devez d'abord remplir vos formalités d'entrée en Afrique du Sud avant d'entrer dans le parc, c'est évident !"
"Effectivement " confirmais-je accablé par le dépit et les regards lourds de reproche de ma progéniture, puis complètement démoli par le regard de tendresse navrée que me lance mon épouse, façon " le pauvre, il n'en gagne pas avec l'âge..."
Un sursaut d'orgueil teinté de rage me saisit et je fonce vers le comptoir d'à côté.
"Bonjour monsieur- je dois procéder formalités d'entrée en Afrique du Sud-est-ce bien ici que je dois commencer ces formalités parce que si ça n'est pas ici il faut me le dire tout de suite-mais alors genre tout de suite tout de suite et sans attendre ni répondre au téléphone parce que ça commence à bien faire bon sang !"
"Oui Monsieur, c'est bien ici, au comptoir de la police, calmez vous monsieur..."
"Ah...vous êtes de la po..."
"...lice oui, bien, papiers du véhicule, papiers d'identité, certificats de naissance pour la jeune fille s'il vous plait !"
"Euh...voilà, vous savez, je me suis un peu emporté mais..."
"Transportez vous des armes à feu ?"
"Des ar...non, non bien sûr !"
"des armes létales d'une autre nature ?"
"Non, non, bien sûr, je..."
"Êtes vous un terroriste ?"
"Un terr...non, non bien sûr je..."
"Transportez vous des substances illicites interdites par la loi sud africaine dans votre véhicule ?"
"Des subst...non, non bien sûr je..."
"C'est sûr ? Inutile que nous allions vérifier nous mêmes avec la douane et que nous retournions les fauteuils de votre véhicule, vidions les bagages et le frigo sans ménagement par terre ?"
"Non, non, bien sûr je..."
"Ce sont les papiers de la jeune fille ? Voyons voir, ça a l'air en ordre, ils sont vrais? Cette enfant n'a pas été enlevée ?"
"Enl...non, non bien sûr, je..."
"Oui ? "Je" quoi ?"
"Pardon ?"
"je...quoi ? Vous terminez toutes vos phrases par "je". Vous vouliez ajouter quelque chose ?"
"Euh, non, non bien sûr, je...je, enfin si, je vous remercie pour votre aide monsieur, merci monsieur !"
"Voici vos passeports"
"Merci...dites ?"
"Oui ?"
"Vous ne changeriez pas les pulas par hasard ?"
"Vous avez vu bureau de change marqué quelque part ? j'ai l'air d'une caissière de banque ? "
"Non, non bien sûr je..."
"Au revoir monsieur"
Je file bien calmé vers le comptoir de la douane.
"Bonjour, je..."
DRIIIIIIIIIIIING
(Ooooooooooooooh nooooooooooooon...)
"Hold on...Yes sir ?"
"C'est...c'est à moi que vous parlez ?"
"Oui, que puis-je pour vous"
(Incroyable ! Elle s'occupe de moi avant de répondre !)
"C'est pour nos formalités d'entrée en Afrique du sud"
"Pas de problème, vous n'avez rien à déclarer ?
"Euh non"
"OK, allez y"
"Waaaah, z'avez vu les filles comment qu'on l'a passé à l'aise celui là ? Je deviens bon !"
"Ouais...y'en a encore un à passer et il y a à nouveau la queue..."
"Bon, écoutez, je vais m'en charger puisque là nous n'avons pas besoin d'être tous présents.
Et je reprends ma place dans la file...
Vingt minutes plus tard, je suis dehors et rejoins les filles dans la voiture, ça va faire plus d'une heure que nous sommes là et j'ai toujours mes pulas, midi approche, nous nous rendons au camp de Twee rivieren, il y a un restau et nous avons décidé de nous y sustenter.
"Ouaaaaais ! mwa j'vais m'envoyer un hamburger frites !"
"Ouaaaaaaiiiiis, mwa un T bone avec des frites !"
"Ouaaaaaaaaiiiiis, moi une entrecôte avec des frites !"
"Ouuuuuuaaaaaiiiiis, moi un Tbone, une entrecôte des frites et des haricots verts pour le transit et un hamburger si y'a encore de la place !"

Pour travaux ajoutent-ils...
Bon.
A compter de ce jour, c'est décidé, acté, gravé dans le marbre : Twee Rivieren est et restera à mes yeux l'endroit le plus désagréable de tout le voyage...
Pour ne pas dire du monde.
C'est dit.
Mais qu'à cela ne tienne, nous repartons vers le nord dans la vallée de la Nossob : le KTP n'en a pas fini avec nous.
Première à gauche, et nous reprenons cette très belle piste en montagnes russes qui permet de rejoindre la vallée de l'Auob, il est prudent d'y rouler doucement : on y croise pas mal d'Oryx.
Les dunes du KTP sont de belle hauteur, plusieurs dizaines de m et les plus hautes vont sans doute au delà de 100 m (si quelqu'un pouvait confirmer ?).
Nous rejoignons bientôt la vallée de l'Auob sur laquelle nous devons rouleur quelques kilomètres avant de prendre à droite vers Kieliekrankie où nous dormons ce soir.
Et là.
Juste en haute de la colline qui borde la vallée de l'Auob à sec.
Fier comme Artaban.
Droit dans ses bottes.
Pas discret pour un sou, là sous nos yeux ébahis.
Magnifique, le regard posé au loin, il reste quelques minutes comme figé, ne faisant pas le moins du monde attention à nous, puis reprend sa route en s'éloignant progressivement de la crête de la colline pour bientôt disparaître.
Le guépard.



Plusieurs voitures se sont arrêtées : il était difficile à louper.
Nous échangeons des sourires en nous éloignant, puis nous croisons ceux qui arrivent dans l'autre sens, qui ne verront pas notre beau guépard, mais qui ont sans doute vu quelque chose d'aussi beau ou d'encore plus beau à leurs yeux, mais que nous ne verrons jamais.
Plus loin nous verrons dans un acacia deux aigles bateleurs , je vais lamentablement foirer la photo, plus préoccupé par l'observation aux jumelles...

pour me faire pardonner, je vous en mets une autre piquée sur internet...

Kieliekrankie est à droite.

Nous sommes à nouveau dans de grandes dunes rouges qui s'étendent à perte de vue de part et d'autre de la piste, nous passons près d'un chemin barré par une chaîne sur la droite, rien n'est indiqué, nous poursuivons donc sur la même piste mais 10 km plus loin, il nous faut nous rendre à l'évidence, c'était bien le chemin de Kieliekrankie et nous revenons sur nos traces.
La chaîne n'est pas facile à défaire, l'obstacle passé, nous continuons sur quelques centaines de mètres sur cette petite piste qui nous conduit au camp, juché sur une grande dune, offrant une vue alentours à 360°.

suite post suivant
Erwan
La vie est belle ! La vie est belle ! Je me tue à vous le dire disait la fleur. Et elle meurt ( J.Prévert)