Passages de frontières

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XR Xrctn Veteran ·
Encore une fois, le site de la BBC est ma référence pour des histoires de frontières. Cette fois pas d'histoires de passages puisqu'ils sont interdits mais des histoires de couples séparés par des grillages. Pouvions-nous imaginer que ce genre de scénario reviendrait un jour en Europe Occidentale ? LIEN (in English)
https://voyageforum.com/v.f?post=6884794;a=6884794
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Xavier, malheureusement il n'y a pas que les journaux de langue anglaise comme le site de la BBC qui informent sur les nouvelles frontières qui ont fleuri en Europe. Vosges matin parle de la nouvelle frontière dans mon village les jours de marché et cette frontière elle est sérieusement filtrée. En passant des multitudes de frontières à travers la planète je n'imaginais qu'il y aurait un point de contrôle très strict sur la place de mon village et que le maire me demanderait de devenir le garde-frontière. Attention quand on passe contrôle impératif de bouche couverte. Et la préfecture ne rigole pas, dans la matinée nous avons eu deux visites de la gendarmerie pour s'assurer de l'efficacité de la frontière. On a passé le test avec succès pourtant ils sont restés un bout de temps (une des patrouilles était à VTT électrique attention les randonneurs en forêt, on abat de la distance avec ces engins), donc mon boulot va continuer et j'ai bien peur qu'il s'agisse d'un CDI.

https://remiremontvallees.com/2020/04/10/cornimont-le-marche-hebdomadaire-a-repris-ses-droits/

Luc
DJ Djalma Globetrotter ·
attention les randonneurs en forêt, on abat de la distance avec ces engins), donc mon boulot va continuer et j'ai bien peur qu'il s'agisse d'un CDI.

Et on perd son temps à faire la chasse à des gens qui partent en forêt sans risque de contaminer quiconque!! De l'autre côté du Rhin (même si je n'aime pas toujours la mentalité germanique) je trouve qu'ils sont moins crétins que les français ;là-bas ils encouragent les gens à sortir en forêt ( pas en groupe bien sûr!). Il suffirait simplement de verbaliser ceux qui se baladent à plusieurs et qui ne sont pas du même logement en vérifiant l'identité et l'adresse... Heureusement dans mon coin pas de contrôles de ce genre .C'est vrai que les contrôles ne seraient pas très rentables ! Dans le même style :Dans certaines villes on empêche les gens de faire leur sortie d'une heure autorisée (jogging ou pas ) entre 10h et 19h! Résultat des courses: ( c'était à prévoir tout de même!) Tout le monde se retrouve dehors après 19 h!
https://www.youtube.com/watch?v=-XCOyB7WStI https://www.youtube.com/watch?v=g2eI67iCbKY
BE Belcan99 ·
En Belgique, on est actuellement plus "libres". En effet, les forces de l'ordre ne font des barrages que pour contrôler les automobilistes, et laissent promeneurs à pied ou à vélo tranquilles du moment qu'ils se baladent à 2 au maximum, sauf familles. En cas d'infraction, Il y a tout de même un amende à payer sur place de minimum 250€.

Perso, en ces temps de confinement, le temps n'a jamais été aussi beau en cette saison et je n'ai jamais autant roulé à vélo [;)]
Not all those who wander are lost. J.R.R. Tolkien.
DJ Djalma Globetrotter ·
et laissent promeneurs à pied ou à vélo tranquilles du moment qu'ils se baladent à 2 au maximum, sauf familles. En cas d'infraction, Il y a tout de même un amende à payer sur place de minimum 250€.

Encore un exemple qui donne à réfléchir.Quitte à contrôler , ce qui me parait justifié, autant que ce soit fait en raisonnant un peu afin d'être vraiment utile pour tous! Des fois c'est tellement évident! Comme les masques par exemple...Un simple foulard ou un masque bricolé c' est toujours mieux que rien.Mais comme on ne peux en fournir on dit que c'est inutile...Avant de changer d'avis!
https://www.youtube.com/watch?v=-XCOyB7WStI https://www.youtube.com/watch?v=g2eI67iCbKY
MA Masterpo Globetrotter ·
Mais comme on ne peux en fournir on dit que c'est inutile...Avant de changer d'avis!

Euh... personne n'a changé d'avis. On nous avait dit qu'un masque est inefficace pour empêcher la réception, mais qu'il permet d'éviter la transmission, et donc que les malades devaient en porter un. À ce jour, on nous redit exactement la même chose (que ce soit vrai ou non, d'ailleurs).

La seule chose qui change, c'est qu'on ne sait pas reconnaître les malades asymptomatiques. Pour qu'ils portent un masque, il faut donc que tout le monde porte un masque.
LE Levelo Veteran ·
Salut Luc, bonjour à tous,

Confinement oblige, je passe plus de temps sur VF et je découvre juste ce fil. Bravo pour la qualité des interventions. Je suis géographe de formation, un de mes profs à la fac était Michel Foucher, auteur de " Fronts et Frontières ", un type qui m'a marqué. Je me souviens d'avoir fait une présentation sur les frontières externes de l'URSS ( donc ça date ! ) et de m'être passionné pour le sujet. Après, quand j'ai commencé mes longues transcontinentales à vélo, je ne portais plus le même regard sur ces lieux de bascule. Je reviendrai ici avec quelques histoires et anecdotes, plus tard. Mais d'abord je lis tout [:)].

Yves.
MA Masterpo Globetrotter ·
Tiens, Lespad ^^ On te retrouve partout. Comment ? Moi aussi ? Ben oui, lockdown rules.
LE Levelo Veteran ·
You've got a point [:)]. Ce site est devenu ma fenêtre principale sur le monde, depuis que je l'ai ( momentanément ) perdu.
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Yves , oui mets-nous quelques histoires de frontières. Les frontières externes de l'URSS, alors tu dois connaître ce bouquin de 2017 sur les frontières externes de la Russie, joli pavé de 650 pages. Mon épouse aussi géographe l'a trouvé bien, et elle est difficile!! Je l'ai trouvé il y a quelques mois en farfouillant dans une très bonne librairie à Saint Dié.





Luc
LE Levelo Veteran ·
Non, je ne le connais pas. Le genre de lecture qui devrait m'intéresser, je note ! Je commencerai peut-être avec les 2 dernières intra-européennes franchies il y a quelques semaines lors de mon rapatriement, c'était vraiment intéressant. Y.
LU Lucbertrand Globetrotter ·
On attend avec impatience et si tu veux écrire un texte pour la revue CCI spécifique rapatriement Corona les lecteurs apprécieront. On en parle en mp Luc
ZE Zezettedez Regular ·
Salut, Sans etre specialiste de quoi que ce soit, si on nous parle de virus a transmission aerienne, ne semble t il pas qu un masque soit logique? Apres, si ca ne permet que de ne le pas donner, a partir d un moment , si personne ne donne, personne ne recoit, non?
LE Levelo Veteran ·
Allez, j'ai un peu de temps, alors je te ( vous ) raconte mes 2 dernières frontières franchies dans une Union Européenne aux abois. C'était il y a un peu plus de 3 semaines, entre le 15 et le 20 mars.

Le 1er février je pars de la région lyonnaise sur mon vélo. J'ai 2 ou 3 ans devant moi, l'idée de rallier Singapour voire l'Australie, en louvoyant pas mal.

C'est déjà un voyage que je reprends. Je l'avais commencé en avril 2016. 10 mois plus tard j'étais à Bam au sud-est de l'Iran quand la nouvelle est tombée : le Turkménistan ne me délivrerait pas de visa. Je ne prends quasiment jamais l'avion. L'Afghanistan, sur la distance, m'a paru trop dangereux pour contourner et entrer en Ouzbékistan par le sud. Et puis me sont revenus en mémoire mes souvenirs de 1998. A l'époque je rentrais du sud de l'Inde et je m'étais retrouvé bloqué à la frontière turkméno-afghane. En quelques heures j'ai donc décidé de rentrer. 8 mois plus tard j'étais de retour.

Cette fois-ci je pense que l'itinéraire nord que j'ai choisi me permettra d'éviter les aléas du visa turkmène. Je pars avec mes visas biélorusse et russe. Le premier cap est Saint-Pétersbourg, puis les steppes du Kazakhstan et les Pamirs tadjik et afghan pour l'été. Une semaine plus tard je franchis le Rhin au nord de Strasbourg par le pont de Beinheim. Je fais toujours une pause dans ces moments-là. Le voyage bascule. Une péniche passe sous le pont métallique. Il y a un vieux panneau de la Communauté Européenne côté français. Je suis étonné que personne ne l'ait encore piqué. De l'autre côté les vieux bâtiments de la douane allemande sont à l'abandon et doivent servir de pissotière. La frontière entre l'Allemagne et la République tchèque se fait sous une pluie froide. J'aurais aimé une relique du temps du Rideau de Fer pour m'abriter mais rien. Juste un petit supermarché où les Bavarois du coin viennent se ravitailler. Je passe la frontière tchéco-polonaise dans les Sudètes. C'est un col-plateau, pas très haut, mais suffisamment pour qu'il neige. Seule une petite cabane en bois d'un kantor où on peut changer ses Couronnes en Zlotys m'indique que j'entre en Pologne.

Le 13 mars j'arrive à Bialystok, au nord-est de la Pologne. La Biélorussie est à 50 kms, mon visa démarre le 15. Les mauvaises nouvelles tombent les unes après les autres. Les Pays Baltes qui sont sur ma route après la Biélorussie ( la frontière entre la Biélorussie et la Russie étant fermée aux ressortissants de pays tiers je suis obligé de faire ce détour ) imposent déjà une quarantaine aux voyageurs entrant sur leur espace national. Le 14 mon amie A. qui habite à Krakow m'appelle tôt le matin et me dit que la Pologne ferme ses frontières. Dans les 2 sens ? Elle ne sait pas, tout est fait et annoncé à la hâte. Je contacte Andrei qui m'attend dans sa ville biélorusse à 3 jours de vélo d'où je suis. Il appelle le poste-frontière : j'ai le feu vert, je peux passer. Un tour sur les journaux européens et j'apprends que des discussions sont en cours pour fermer l'Espace Schengen aux non-européens. Plus loin l'Asie Centrale est déjà cadenassée à double tour. Je ne mets pas longtemps à comprendre que ce voyage est plié. Le monde s'est recroquevillé en quelques heures. Pas la peine d'insister. Je pourrais engranger une frontière de plus, entrer dans cette Biélorussie qui reste encore mystérieuse pour moi, mais je pressens que ce serait juste le bout de l'impasse.

Le 15 au matin je suis à la gare de Bialystok. Toutes les lignes internationales de train et de bus qui pourraient me catapulter en Allemagne sont déjà suspendues. C'est exotique pour moi : je m'installe dans un train lent qui me fait traverser le pays d'est en ouest sans efforts. Le soir je suis à Szczecin. J'ai choisi cette ville car elle est collée contre la frontière allemande mais surtout à l'ouest de l'Oder. Tous les passages frontaliers habituels plus au sud se font sur des ponts facilement bouclés. A l'hôtel personne ne peut me dire si je peux sortir du pays. Je passe une partie de la nuit sur Internet. Je n'ai pas de GPS, pas de smartphone, juste un PC que j'utilise quand je dors à l'hôtel. Je me gribouille des cartes avec les routes et les chemins qui partent à l'ouest de la ville. Je mets le maximum de repères topographiques. Les étangs surtout, et leurs formes. J'ai une boussole, mais là je me dis que j'aurais dû suivre le conseil de mes neveux et nièces et partir avec un vrai téléphone, pas une " biscotte ". Bon, la frontière est à moins de 10 kms à vol d'oiseau. Je suis prêt à la franchir illégalement s'il le faut. Le 16 au matin je pars. J'ai fait le plein de bouffe, en prévision d'un passage éventuellement nocturne. La réceptionniste de l'hôtel regarde quand même sur son ordinateur avant que je sorte : il y aurait un passage ouvert sur l'autoroute qui relie Szczecin à Berlin. Je commence par suivre la petite route qui longe l'Oder, plein sud en rive gauche. Il y a des panneaux et une piste pour les cyclistes, dans les 2 langues. Il y a un peu de trafic, bon signe. Puis il s'amenuise. Et au bout d'une petite ligne droite des plots en béton qui barrent la chaussée et 2 voitures de policiers polonais. Ils sortent en me voyant débouler. On s'explique : l'un deux parle bien anglais. Il aimerait bien me laisser passer mais il a des ordres et ne peut pas. Leurs collègues allemands font une ronde de courtoisie de l'autre côté. Ils ne peuvent pas débloquer la situation : c'est une décision unilatérale du gouvernement polonais. So, what now ? La seule solution qu'on m'offre c'est de passer par l'autoroute sous laquelle je suis passé quelques minutes plus tôt. Là, c'est ouvert. A vélo ? Petit moment d'hésitation. You can give it a shot. Les circonstances sont exceptionnelles. En faisant demi-tour je regarde quand même attentivement vers l'ouest. La démarcation est bornée et court par endroits à moins de 100 mètres de la route où je suis. Aucun obstacle, complètement faisable au crépuscule ou de nuit. Je vois même les toits des maisons allemandes par delà les frondaisons. Mais d'abord ma dernière carte légale. Pas facile de faire du stop avec un vélo lourdement chargé sur la rampe d'accès d'une autoroute. C'est une première pour moi, je trouve ça presque intéressant comme expérience. Pas mal de camions, peu de camionnettes et de berlines. Pas étonnant. On peut sortir de Pologne mais y revenir est difficile, seuls les résidents du pays peuvent y entrer et sont mis en quarantaine d'office une fois la frontière franchie. J'attends une, deux heures. Presque pas de touches, des regards qui m'évitent ou des bras implorant le ciel. Trois heures. Une Skoda s'arrête. Le conducteur parle peu anglais, moi peu allemand, mais on se comprend. Je me dis que le type est dingue : il n'a pas de galerie, son coffre est quasi plein, il reste que les sièges à l'arrière. Il me dit : Go ! Il comprend tout, vite. Avance les sièges avant, abaisse les vitres, tasse mes sacoches au fur et à mesure. Le vélo entre à l'envers, selle en bas, la chaîne dégueulasse le haut de l'habitacle, on tord les gardes-boue qui dépassent des fenêtres. Il semble s'en moquer éperdument. On ferme les portières en forçant un peu. Juste à ce moment les flics passent en hurlant. Barrez-vous d'ici, vous bloquez le trafic ! On file. Sur l'autoroute. 3 ou 4 kms plus loin, dans l'autre sens, une file énorme de camions et de voitures bloqués au nouveau point de contrôle érigé pile-poile sur la frontière. Les Polonais ont même dressé des tentes sanitaires à même le tarmac. Nous, on trace, l'entrée en Allemagne n'est toujours pas réglementée en venant de Pologne. 2 h plus tard Adam me dépose à 30 kms à l'est de Berlin, dans les bois. J'y dors avant d'entrer en ville le lendemain matin.

J'y passe 2 jours. Souvenirs de 1991, la dernière et unique fois où je suis venu ici. Je réserve un siège sur bus international pour la France le 17 au matin pour le 19. Il est annulé dès le 17 au soir. Les Allemands viennent tout juste de restreindre l'accès à leur territoire depuis la France. Donc 4 trains différents pour rallier Kehl, sur le Rhin, en face de Strasbourg. J'arrive tard le soir. L'auberge où j'ai réservé pour la nuit m'avait appelé en courant de journée. Ils avaient vu mon patronyme français sur la résa et se posaient des questions. Je trouve la clé à l'extérieur, je suis seul. Le lendemain je vais à la petite gare par acquis de conscience ; tous les trains pour Strasbourg sont annulés. Le pont-frontière de l'Amitié est juste là, tout blanc. Barricades côté allemand, piste cyclable fermée. Les policiers ne font aucune objection à ma sortie. Je fais une pause à mi-tablier. Le fleuve est beau en ce petit matin. Strasbourg est dans un petit brouillard de l'autre côté. Les gendarmes français m'accueillent, courtois. J'ai ma dérogation manuscrite. Je peux filer jusqu'à la gare où j'embarque avec armes et bagages dans le premier TGV qui part. J'ai un wagon pour moi tout seul.

Voilà !
CA Calyssie Regular ·
Bonjour Yves,

Un retour qui a dû être assez flippant...

Calyssie
ZE Zezettedez Regular ·
Salut Yves, Le comportement totalement anticivique du citoyen lambda, qui en plus s en vante. Parce que vraiment en pleine pandemie se vanter de frouiller.. J aimerai bien que les histoires de migrants de terminent aussi bien.
LE Levelo Veteran ·
Bonsoir Calyssie,

Disons que c'était un peu chaotique. Les nouvelles tombaient en cascade, elles étaient parfois amplifiées ou mal énoncées. Fallait essayer de s'y retrouver. Et puis surtout je me suis retrouvé complètement dépendant des transports en commun, c'était un peu une première pour moi sur une telle distance. Mais je sais maintenant que c'était la bonne décision. Et j'étais encore assez proche de la France, la logistique n'était pas trop lourde et je ne dépendais pas des avions. Plein de gens m'ont aidé spontanément aussi. Juste dans ma traversée de Berlin 3 ou 4 personnes m'ont demandé si j'avais besoin d'aide ou d'un endroit pour dormir.

Yves.
XR Xrctn Veteran ·
Une paire de passages rocambolesques ! Bad timing pour entreprendre ce fabuleux voyage au long cours... mais plein de temps maintenant pour paufiner ton itineraire et qui sait peut-etre meme retenter la demande du visa turkmene ?
https://voyageforum.com/v.f?post=6884794;a=6884794
LE Levelo Veteran ·
When the dust settles [:)]. Je reprendrai le fil de ce voyage quand les conditions le permettront et si mes jambes me le permettent toujours.
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Superbe témoignage bien "bosniaque", mais toujours des gens sympa quand on est dans la mouise. Merci Yves
LE Levelo Veteran ·
Oui, ça doit te rappeler plein de souvenirs... Il y avait un côté sauve-qui-peut assez inédit pour moi dans ce retour. Pour la première fois j'ai un peu maudit le vélo, il était juste devenu encombrant mais il était hors de question que je reparte sans [:)].
ZE Zezettedez Regular ·
Vous etes carrement out of time les gars. Ca va en Australie, tout va bien? Tant mieux pour vous si c est le cas, ne l a ramenez pas en ce qui concerne le corona, comptez votre faune/flore et pleurez...
XR Xrctn Veteran ·
Vous etes carrement out of time les gars. Ca va en Australie, tout va bien? Tant mieux pour vous si c est le cas, ne l a ramenez pas en ce qui concerne le corona, comptez votre faune/flore et pleurez...

Pas sur de comprendre le sens du message ni le rapport entre Corona et les incendies du début d'année en Australie... de l'est !

Pour rappel, le thème du fil sont les anecdotes sur les passages des frontières, je suis certain que tu en as plusieurs que tu pourrais partager, peut-être même que tu as des photos pour illustrer ces frontières ! Merci d'avance.
https://voyageforum.com/v.f?post=6884794;a=6884794
LE Levelo Veteran ·
Hello Xavier,

J'ai lu une grande partie de tes messages ici ( et de ceux des autres intervenants ) et je me permets d'en conclure que tu es atteint d'un syndrome un peu particulier... Tu te fais suivre [:)] ? Ce que je trouve vraiment gonflé c'est les images que tu as prises aux postes-frontières. Je me suis presque toujours abstenu, surtout pour les passages délicats. Mais j'aimerais avoir ta collection d'images ! Et ta mémoire ! Si tu ne l'as pas encore fait ( et quand ce sera possible ) tu devrais lire le bouquin de M. Foucher sorti en 1990. Il a fait sa thèse sur l'histoire des frontières du monde, et le livre en est une version condensée. Il théorise pas mal, et invente des termes géographiques pour décrire ces lignes et les espaces qu'elles créent ou divisent. La conclusion un peu générale est que la frontière est souvent un problème non pas tant parce qu'elle divise, mais parce qu'elle regroupe. Les frontières qui divisent des espaces culturels sont souvent restées poreuses ( je pense essentiellement à l'Afrique en écrivant cela, le continent que je pense connaitre le mieux ). L'Histoire moderne est plus marquée par les guerres civiles que par les guerres inter-étatiques. Je reviendrai ici avec des passages de frontières qui m'ont marqué. On a droit aux traversées illégales, ou la censure tombe tout de suite ? Bonne journée,

Yves.
XR Xrctn Veteran ·
...d'en conclure que tu es atteint d'un syndrome un peu particulier... Tu te fais suivre [:)] ?

J'suis tombé dedans quand j'étais petit ! Puis à une certaine époque c'était même devenu mon boulot.

Ce que je trouve vraiment gonflé c'est les images que tu as prises aux postes-frontières.

Avec l'expérience je suis devenu plus discret...

Mais j'aimerais avoir ta collection d'images ! Et ta mémoire !

Il n'est jamais trop tard pour commencer. Quant à la mémoire, mes carnets m'aident. Et puis difficile d'oublier ce qui passionne !

Si tu ne l'as pas encore fait ( et quand ce sera possible ) tu devrais lire le bouquin de M. Foucher sorti en 1990.

Connais pas, je suis plutôt branché sur la 'littérature anglo-saxonne' https://www.dur.ac.uk/ibru/

Je reviendrai ici avec des passages de frontières qui m'ont marqué.

Quand tu veux, de toute manière je ne bouge pas !!!

On a droit aux traversées illégales

Elles sont généralement les plus croustillantes... Je n'en ai qu'une seule à mon actif, en fait je ne les recherche pas du tout, trop risqué.
https://voyageforum.com/v.f?post=6884794;a=6884794
LE Levelo Veteran ·
Merci pour le lien.

Voici une petite présentation de M. Foucher :

https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2012-2-page-141.htm#

Je l'ai eu comme prof à la fac. On était une petite promo, il nous avait emmenés étudier la frontière franco-Suisse autour de Genève, en milieu péri-urbain. C'était la plus proche de Lyon. J'ai vu que tu avais bossé sur le tracé de la frontière entre le Nigeria et le Cameroun. Je l'ai franchie en 2013, sur le pont à Ekok. Les Chinois étaient en train de préparer la route côté camerounais depuis Mamfé. Un beau souvenir, dans la forêt pluviale et la poussière [:)]. Je pense que j'ai des photos, quelque part...

Y.
ZE Zezettedez Regular ·
non, je ne met pas en scene. notre president Masisi, apres avoir ferme les liquor stores, a supprime les cigarettes sans crier gare, j ai un peu les dents dans la moquette apres ce sevrage force mais certes tres salutaire... les fumeurs me comprendront.
JF Jfalaise84 Veteran ·
Joyeuses pâques a tous !

Après plus d'une semaine de retard. La suite...

J'ai passé environ 5 jours au Surinam. Pas grande chose a y faire et j'étais assez fatigué. Donc, je me suis contenté de me reposer chez un ami et faire quelques tours de la ville certains après-midi.

Voici un résumé sur la manière de se rendre de Paramaribo a la frontière Surinam-Guyane:

1-. Soit on part de la gare d'Albina au centre ville de Paramaribo d'où partent les Taxicos (coût environs 70SRD = 9$US environs négociable) ou en minibus privé (coût 30 SRD = 4$ US environs). Ils partent généralement quand ils sont remplis.

2-. Soit on part d'une autre gare d'où partent les bus publiques (mon option préféré) situé près du marché de poisson vers toutes sortes de destinations. Vers albina, il y'a 3 départ quotidien, à 8:00, 10:00 et 12:00 au coût de 8,5 SRD = 1,15$ US environs. Il faut arriver 1h ou 2h à l'avance selon l'achalandage pour prendre son numéro et attendre pour embarquer. On paie le bus une fois embarqué.

Le trajet dure environs 2h30. Pensez à demander au chauffeur, juste avant d'arriver, de vous déposer à l'immigration d'où parte le BAC et les pirogues (la façon légale) vers Saint Laurent du Maroni (frontière avec Guyane Française). Pour ma part j'avais pas pensé et j'ai descendu au dernier arrêt au bord de l'eau. J'ai dû marcher environs 10 minutes pour me rendre à l'immigration, faire tamponner mon passeport et prendre un pirogue pour 5 euros pour l'autre côté du fleuve.

Bienvenue en France !

C’était le 15 Mars 2017, me voici la Guyane!

Après que le pirogue m'est déposé au BAC où se trouve le Bureau de la PAF (immigration française), je fais tamponner mon passeport en 5 secondes sans aucune autres formalités, je suis à Saint Laurent du Maroni (Guyane française). J'avais rencontré un états-uniens d'Amerique lors du passage de l'immigration pour la sortie du Surinam avec qui j'ai fait un bout de trajet, le gars c'est un professeur d'allemand dans une université aux USA, on a eu du fun en jasant pendant le trajet vers Cayenne.

Pour se rendre à Cayenne, ma destination, une fois sortie de l'immigration, il faut prendre la prochaine rue à gauche et marcher environs 5 minutes puis tourner encore à gauche pour arriver près des magasins chinois au bord de l'eau où arrivent les autres pirogues en provenance du Surinam et qui apparemment ne passent pas les formalités d'immigration.

Après avoir demandé à des jeune où prendre le bus pour Cayenne, ils m'ont indiqué en pointant du doigt des minibus, sorte de taxicos qui attendent d'être rempli ou d'avoir un maximum de passager avant de partir pour Cayenne.

Le trajet coûte 40 euros et dure environs 3h15, on vous déposera à l'endroit désiré à Cayenne ou aux alentours proche.

En bonus:

Pour se rendre à la frontière du Bresil il y'a des minibus (taxicos) qui partent de la gare de Cayenne vers Saint Georges De l'IOyapock, ville frontière avec Oiapocque coté Brésilien, au coût de 30 euros la semaine et 40 euros le dimanche. Le trajet dure environs 2h30.

À la demande le Taxicos vous déposera au bureau de la PAF pour faire tamponner le passeport, sortie du territoire français, et un pirogue vous déposera du coté Brésilien (oiapocque) au coût de 5 euros. Le pont sur l'Oyapock est désormais ouvert et il est donc plus facile de passer d'un coté ou de l'autre de la frontière en marchant.

Bem venido no Brazil :)
MGTOW: Man going their own way...

"Plutôt que d'être malin, vaut mieux être bon " ou les deux.
LE Levelo Veteran ·
Comme convenu, voici quelques souvenirs de passages de frontières. J'ai ressorti mes notes ( succinctes, je regrette maintenant de n'avoir pas écrit plus à l'époque ), et les cartes papier que j'ai conservées. Je commence par ma première Transafricaine, au milieu des années 1990. Malheureusement le passeport qui pourrait m'indiquer les dates précises d'entrée et de sortie ( avec les visas, si durement acquis pour certains ! ), m'a été volé beaucoup plus loin, à New Delhi. Les images que j'ai ( diapos ) sont dans des boîtes. Je ne les ai jamais numérisées, un projet maintes fois reporté...

Parti en vélo de France en mai 1993 je traverse l'Espagne puis le Maghreb ( Maroc-Algérie-Tunisie ). Je n'arrive pas à entrer en Libye. Le voyage se poursuit en Sicile, dans les Balkans ( dont l'Albanie) et la Turquie en hiver. Au printemps 1994 je traverse le Proche-Orient. J'entre en Israël depuis le Sinaï. J'y travaille quelques mois et je peux ressortir en Jordanie par le poste-frontière terrestre entre Eilat et Aqaba ( Jordanie ) qui vient juste d'ouvrir avec les accords de paix tout juste signés.

Fin décembre 1994 j'arrive à Assouan, au sud de l'Egypte. J'ai mes visas soudanais et érythréen, acquis de haute lutte au Caire. Mauvaise nouvelle : j'y apprends que la barge sur le Lac Nasser ne fonctionne plus. A l'époque il n'y avait pas de route entre l'Egypte et le Soudan ( elle a été construite il y a une dizaine d'années par les Chinois ), le seul moyen de poursuivre vers le sud était ce bateau, puis de traverser le désert de Nubie en suivant la piste sablonneuse le long de la voie de chemin de fer. La frontière est fermée, il y a des bruits de bottes entre les 2 pays. Retour au Caire en évitant la Moyenne Vallée du Nil en proie à l'insurrection des Frères Musulmans par les Oasis du Western Desert. Puis Suez où j'embarque sur un ferry sur la Mer Rouge : Suez-Djeddah-Suakin ( Port-Soudan ).

Je voyage au Soudan pendant un mois. Peu de routes goudronnées, the going is tough, mais l'accueil est extraordinaire dans ce pays qui a mauvaise presse. Mi-mars je suis à Kassala, à la frontière avec l'Erythrée. Les cartes sont imprécises, ma Michelin au 1/4 000 000, celle qui fait référence à l'époque et qui n'est pas actualisée, indique un poste-frontière à l'est de la ville. En fait il est au sud-est. Pas étonnant, cette frontière est restée bouclée pendant une vingtaine d'années au moins, le temps qu'a duré la guerre entre l'Erythrée et l'Ethiopie qui a pris fin en 1992. Les informations que j'ai proviennent d'autres voyageurs. Dernier village-campement. Assortiment de cabanes faites de bric et de broc, je dépense mes dernières livres soudanaises. Le désert est parsemé d'acacias. Sortie du Soudan dans la gentillesse. Les douaniers m'indiquent une vague piste en direction du poste érythréen. Il doit y avoir une dizaine de kilomètres entre les deux. Je me perds un peu, crève avec les épines. Je peste car mes chambres à air sont au bout du rouleau, patchées et repatchées, et que celles que j'ai pu trouver à Kassala sont de mauvaise facture. Des dromadaires passent. J'arrive au poste de Talatacher. En Arabe ça veut dire Treize. Je ne connais pas l'origine du nom mais cela doit à peu près correspondre au nombre de maisons du petit village. Le douanier est dans sa guérite et veille sur la barrière en travers de la piste comme une poule sur ses poussins. Il est cordial mais me dit que mon visa est périmé. Oui, je sais, mais avec le temps perdu en Egypte et l'absence de représentation diplomatique érythréenne à Khartoum ( les 2 pays sont eux aussi à couteaux tirés et les liens diplomatiques sont rompus ) je n'ai pas pu le renouveler. Il garde mon passeport et me demande d'attendre, il doit contacter sa hiérarchie à Asmara. Combien de temps ? Quelques jours, le temps d'envoyer un message par radio et que les services concernés donnent leur accord. Ou pas. Je m'installe dans le petit hôtel-restaurant en face : un enclos fermé où caquettent des poules, une pièce unique en pisé. On tire les lits en cordes pour dormir à la belle étoile la nuit venue. L'attente dure. Je vais aux nouvelles une fois par jour. Pars boire mon coca chaud à la boutique du bled, joue un peu au foot avec les gamins le soir. Quelques rares voyageurs passent. Je me souviens de 2 Allemands en règle qui ont pu avancer. De 2 Algériens aussi qui avaient traversé la Libye et souhaitaient se rendre à Djibouti ( Comment ? Par où ? Ils n'ont pas souhaité me donner de détails ). Le patron de la douane vient boire sa bière chaude dans ma petite prison le soir, je le soupçonne d'être de mèche avec la tenancière pour me faire contribuer à sa petite entreprise. Des Soudanais viennent s'abreuver aussi, la charia étant sévèrement appliquée dans leur pays. Au bout de 5 jours je commence à me sentir moins bien. Perte d'appétit, fatigue. Le lendemain bonne nouvelle : l'accord d'Asmara est arrivé, un nouveau visa est tamponné sur mon passeport et je peux prendre la route. Tessenei, la première petite ville, est à une trentaine de kilomètres. Il commence à faire très chaud, la piste est atroce, sable et cailloux. Je me sers du vélo comme d'une béquille. Le premier hôtel est le bon. Je m'écroule sur mon lit de corde. Des heures plus tard le patron vient me voir et me demande si ça va. Pas trop... Il me regarde les yeux et me dit sans sourciller : " You've got malaria ".

Quelques semaines plus tard... J'ai traversé l'Erythrée, puis je suis entré en Ethiopie. Un parcours dur, des pistes caillouteuses et montagneuses dans deux pays qui n'ont pas encore commencé à rebâtir leur infrastructure. De très beaux moments : la montée à Asmara et la beauté de cette ville pas touchée par la guerre. Le café et les restaurants italiens, là-haut. La gentillesse et la discrétion des gens. L'appareil photo qu'on m'a subtilisé dans un petit village puis que la police a retrouvé et m'a rapporté une dizaine de jours plus tard. Les paysages de montagne à couper le souffle. De moins bons, aussi : les agressions verbales et physiques quotidiennes au nord de l'Ethiopie. La pauvreté la plus extrême dans les campagnes. A Addis je suis hébergé par des professeurs au Lycée Français. L'un d'eux y est en poste depuis un certain temps et a une bonne connaissance du pays. Il me met en garde contre la route qui file plein sud vers le Kenya, et surtout contre toute la zone frontalière de part et d'autre de la ligne. Pas sécurisée, des attaques de " shiftas " armés sur les véhicules. Côté kenyan le convoi est obligatoire. Il me dit qu'il serait peut-être possible de sortir d'Ethiopie par le coin sud-ouest, au nord du Lac Turkana. Il est déjà allé jusqu'à la rivière Omo en 4x4, mais pas au-delà. Je prends des notes et on dessine une carte avec les noms des villages que je dois traverser après Arba Minch, la dernière vraie ville sur ma route. Cette zone est mal cartographiée. Sur ma carte Michelin il est indiqué que les frontières du Soudan ( en guerre avec son Sud, à l'époque ) s'étendent jusqu'aux rives du Lac Turkana, soit entre l'Ethiopie que je quitterais et le Kenya où j'entrerais. Je me lance quand même. Avant Arba Minch je retombe sur Tony, un Anglais à vélo lui aussi. Je lui parle de cette option. Pour atteindre la rivière Omo il faut traverser toute la région " tribale " du pays. Un de mes plus beaux souvenirs d'Afrique, entre tribus Konso, Hamer, Mursi... La progression est lente mais la piste est bien tracée. Omorate, sur la rivière. Un petit village-rue avec ses petites maisons en pisé. Un curieux mélange de populations : les Nilotiques du coin et les gens descendus des Hauts-Plateaux. J'attends Tony deux ou trois jours avant qu'il arrive. Le lendemain on s'organise. On ne sait pas exactement où est la frontière ni s'il y a un poste. Mais on évalue la distance à moins de 50 kilomètres. La rivière boueuse est traversée en pirogue. Les rives sont abruptes. On remonte de l'autre côté : petit camp militaire éthiopien. Les troufions nous contrôlent, aucun problème. Quelques centaines de mètres plus loin, à l'abri des regards, un soldat échappé du troupeau nous braque avec son arme. Il veut un peu de fric. Tony monte sur ses grands chevaux. Je le calme, pas le moment de déraper, et on lui donne quelques birrhs. On a un cap général à tenir, sud-ouest, dans une zone plate normalement marécageuse mais sèche en en cette saison. L'escarpement de la Rift Valley bouche l'horizon, à l'ouest, mais surplombe tout. On ne peut pas trop se tromper. On suit les sentes des troupeaux de vache pour progresser tout le matin. Dans l'après-midi on aperçoit un bâtiment moderne avec un toit en tôle ondulé, sur un tertre. On ne sait pas dans quel pays il est. Ethiopie ? Soudan ? Kenya ? En s'approchant on voit un drapeau... éthiopien. Ouf... Il s'agit en fait d'un poste de contrôle militaire, pas d'une douane. On peut poursuivre et prendre la petite piste qui mène au poste kenyan, à quelques centaines de mètres. C'est un poste assez surréaliste, en pleine zone tribale. Nous avons nos visas mais nous ne pouvons pas entrer légalement ici : les gens en poste ne sont pas équipés pour les procédures d'entrée des étrangers. Qu'à cela ne tienne : ils appellent leur base à Lodwar par radio ( à 300 kms plus au sud ) qui nous autorise à continuer. On dort à Todenyang, le petit village-frontière près du Lac Turkana qu'on voit enfin. Nous partons nous y baigner, un militaire nous accompagne. Pour atteindre Lodwar on tente d'abord de prendre la piste qui part plein sud le long du lac. On renonce vite, le sable est trop mou. La deuxième option, plus à l'ouest, est aussi corsée mais il y a plus de passages roulants. Pratiquement aucun véhicule. L'impression d'être dans un angle mort du monde est totale. Toute cette zone est semi-désertique et nous consommons énormément. On se ravitaille à Lokitaung, la seule vraie petite bourgade sur notre itinéraire. L'épicerie est tenue par une famille indienne du Gujarat, complètement isolée. On va prendre de l'eau dans un trou creusé dans le lit de la petite rivière à sec en contrebas, là ou elle sourd d'on ne sait où tant le milieu est aride. L'arrivée sur le goudron de l'axe Lodwar-frontière soudanaise est vécue comme un vrai soulagement. Nous nous rendons au poste de police pour régulariser notre situation. Eux non plus ne peuvent rien faire, mais ils nous remettent un document détaillant qui nous sommes et d'où nous venons. Nous le présenterons deux semaines plus tard à Nairobi, ou nous recevrons notre tampon d'entrée au Kenya...
XR Xrctn Veteran ·
Une grande et belle aventure... More please !

Ps. Maintenant que tu as le temps, faudra penser à scanner les diapos !
https://voyageforum.com/v.f?post=6884794;a=6884794
HA Hannahannah Globetrotter ·
J’ai beaucoup aimé , une aventure de ce genre n’est pas chose courante . Cette transafricaine n’est pourrais plus se faire aujourd’hui . ... »Tony monte sur ses grands chevaux , je le calme , pas le moment de déraper » ....ça me rappelle quelqu’un [;)] Tu roulais sans traitement anti palu ? Pas cool ça . L’appareil photo m’as rappelé un souvenir de mon voyage en Algérie (1972) chez des copains coopérants . Appareil photo envolé , trois mois après il réapparaît entre les mains de la police qui le rend aux copains ...sans pellicules bien sur . J’avais mes premières photos de fantasia prises au Maroc dans un bled improbable près de la frontière algérienne . Maintenant que tu es confiné tu as tout le temps pour numériser tes photos et nous en mettre plein la vue . Merci pour ce récit .
Que se vuelva la tortilla
LE Levelo Veteran ·
Most welcome. To be continued, then !
LE Levelo Veteran ·
De rien, Hannah.

Ce fil " tenu " par Xavier est passionnant. On part de la frontière et on débouche sur plein d'anecdotes de voyage.

Je ne vois pas de qui tu parles, du tout... [;)].

Si, si, les Transafricaines se font ( faisaient, avant cette crise ) toujours. Essentiellement Le Caire-Cape Town, la plus " facile " à effectuer. Tout a bien changé depuis ces années 1990 : les visas sont plus simples à obtenir et tout a été goudronné, du nord au sud. En 2014 j'ai même rencontré au sud de la Namibie un groupe de cyclistes qui venait de Khartoum ( l'Egypte étant devenue très difficile à traverser en raison des troubles sécuritaires ) en tout organisé avec des véhicules de logistique. La traversée par l'ouest et le centre est beaucoup, beaucoup plus compliquée sur la distance. C'est la dernière que j'ai faite en 2012-2013-2014. J'en parlerai peut-être ici.

C'est marrant ton histoire d'appareil photo, cela rejoint presque la mienne... J'adore ces correspondances ! Je ne prends jamais de prophylaxie car je reste en zone impaludée en général très longtemps. Voici la suite de l'histoire. On m'a soigné à Tessenei dans un petit dispensaire très bien tenu, mais j'ai eu peur. Je suis reparti quelques jours plus tard. La piste en Erythrée était dure et mes chambres à air ont rendu l'âme. Rien à faire. J'ai donc laissé mon vélo à un poste de police pour monter en stop et en bus à Asmara, la capitale, pour aller en acheter de nouvelles. Le vol a eu lieu cette nuit-là, dans le petit village de Barentu, alors que mon sac était pourtant enroulé au pied de mon lit à l'extérieur. Je suis allé voir les gendarmes. Une brève enquête a été menée, sans résultats, mais tout le monde était abasourdi. L'Erythrée était un pays très, très bien tenu et fier de son indépendance. Je suis redescendu quelques jours plus tard. Aucune nouvelle de mon matériel photographique. Je suis reparti à vélo , et j'ai fini par arriver à Asmara où je me suis reposé longtemps. Après la chaleur des lowlands c'était juste le bonheur d'être là-haut, à 2000 m d'altitude ! J'ai racheté un appareil d'occasion. Un matin on frappe à la porte de mon auberge : " Police " ! Je me dis " damn ! les ennuis reviennent ". J'ouvre et un type se présente. Il me demande de le suivre au poste. On y va ensemble et je me retrouve dans le bureau d'un gradé. Il me demande si je suis bien la personne qui a " perdu " un appareil photo à Barentu. Interloqué j'acquiesce et il m'annonce que mon matériel a été retrouvé, et que je peux aller le récupérer. Pas de détails sur comment ils ont fait pour remettre la main dessus ni comment ils sont remontés jusqu'à moi ( je n'avais pas donné d'adresse ) ! Je n'ai pas eu le courage de refaire une nouvelle fois le dur voyage de 2 jours dans l'autre sens, c'est le chauffeur du car quotidien à qui on a tout confié qui m'a tout remonté. Tout était là, les objectifs, et même la petite bourse qui me servait pour mes dépenses quotidiennes. Les quelques birrhs que j'avais à l'intérieur s'étaient envolés, le policier s'est excusé en me disant que " The thief just probably drank the money ". Le magasin où j'avais acheté mon nouvel appareil me l'a repris.

Le plus drôle c'est que bien des années plus tard ( je suis rentré à Lyon fin 1999 ), lorsque j'ai pu regarder les diapos prises pendant cette semaine-là, j'ai retrouvé celles de mon voleur ! Elles étaient un peu floues car il ne savait pas se servir du zoom. Il avait photographié ses amis ou sa famille, certaines images étaient prises dans un car. C'est ce qui l'a perdu je pense, l'incongruité d'un appareil tel que celui-ci dans un pays aussi pauvre et où l'information avait vite circulé...

Ne jamais désespérer de l'Afrique !
JF Jfalaise84 Veteran ·
Intéressante histoire!

Et, vous avez l’art de raconter. Bravo 👏!

Personnellement, j’ai un tas d’autres passages de frontières dans toute l’amerique mais j’ai pas une telle facilité avec l’écriture. Mais, au temps opportun je continuerai à les raconter.

À la prochaine ;)
MGTOW: Man going their own way...

"Plutôt que d'être malin, vaut mieux être bon " ou les deux.
LE Levelo Veteran ·
Merci Jean. Au plaisir de vous lire !
LE Levelo Veteran ·
On continue le voyage ?

On prend l'air du large, on vogue sur l'Océan Indien et on parle de frontières maritimes !

Juillet 1995. J'atteins Dar-Es-Salam en Tanzanie, sur la côte. Depuis que je suis en âge de lire un atlas je rêve d'aller à Madagascar. Mes démarches pour un embarquement direct au port de commerce sont infructueuses. Le Harbour Master me prévient : rares sont les bateaux qui desservent la Grande Ile depuis le continent. Je débarque à Zanzibar, cette île magnifique au large de la capitale, mélange sensuel de cultures africaine, indo-pakistanaise et omanaise. Je rencontre du monde, vite, et de fil en aiguille la petite communauté comorienne qui y est installée. J'apprends l'existence d'un boutre pas très officiel qui relie épisodiquement Moroni ( Grande Comore ) et Stone Town où je suis. Un pêcheur comorien naufragé l'attend d'ailleurs pour rentrer au pays : son bateau tombé en panne de moteur au large de Grande Comore a dérivé pendant des jours et des jours dans le Canal du Mozambique avant qu'il ne soit repéré, recueilli et ramené ici. Je prends mes quartiers dans une paillote surplombant l'estran tout au nord de l'île. L'attente est douce, entre marches sur le platier à marée basse, baignades à marée haute, mes plats de riz-poisson que je vais manger au petit resto du village sans électricité, le soir, après les parties de foot endiablées avec les gosses. Plus d'un mois plus tard, après plusieurs annonces " presque " sûres, mon bateau n'est toujours pas arrivé.

Alors que je m'apprête à repartir sur le continent et poursuivre ma route vers le Mozambique je tombe sur un voilier battant pavillon français au mouillage. Le skipper repart à Mayotte, à vide, et je suis le bienvenu à bord.

Cette traversée qui aurait dû être qu'une simple formalité se passe mal. Le mal de mer me torpille et j'apprends que je suis conçu pour ahaner dans la brousse, pas pour assurer des quarts. Le bateau tombe en panne de moteur dans une pétole complète : on dérive malgré les efforts de V. pour garder le cap initial. Les baleines qui batifolent autour de notre Radeau de la Méduse nous distraient un peu, mais l'angoisse, en tout cas la mienne, monte d'un cran. Sans électricité à bord les instruments de navigation ne fonctionnent plus, les voiles sont endommagées à force de tirer des bords dans du très petit vent. V. ressort son sextant. J'ai la désagréable impression d'être ramené au temps d'un style de navigation qui s'est éteint il y a fort longtemps, et dont j'aurais aimé me passer pour une première expérience. Le Karthala, ce haut volcan qui domine Grande Comore, apparaît un jour à l'horizon. Voir la terre me fait un bien fou. On s'approche de Moroni, le port, mais les courants nous font glisser au large de la côte. C'est frustrant mais il n'y a rien à faire Un pêcheur vient nous voir, les voiliers sont rares ici. La nuit tombe. On essaie de jeter l'ancre avec plus de 100 mètres de bout mais on n'accroche pas. Il n'y a pas de plateforme continentale, le cône du volcan tombe à pic sous la surface. Branle-bas de combat. Je sens que V., même avec son énorme expérience de la mer, commence à vaciller un peu. C'est inespéré mais notre salut vient de la Gendarmerie Nautique qui, prévenue par le pêcheur, arrive à nous retrouver tant bien que mal dans l'opacité nocturne et nous remorque laborieusement au port alors que nous nous apprêtions à nous faire drosser en bonne et due forme.

Cette escale dans la République Islamique des Comores n'était pas prévue mais je l'apprécie à sa juste valeur. V. reste au port de Moroni pour réparer. Moi j'en ai ma claque de ces histoires d'eau et je lui fais faux bond : on m'octroie un visa et je pars pédaler autour de l'île. Je rejoindrai Mayotte par mes propres moyens, et si possible sur un bateau digne de ce nom. De Grande Comore j'embarque pour Anjouan, sur un bateau surchargé de passagers et de fret qui relie les 3 îles de l'archipel. Ce caillou est petit, compact et montagneux. Luxuriant. Entre girofliers et fougères arborescentes. Entre plages ourlées de cocotiers et cascades glacées où je me baigne. Les Anjouanais semblent vivre à l'écart du fracas du monde. Je suis sous le charme. La tension retombe. Pas pour très longtemps. J'allume ma petite radio un matin, seul au bivouac. J'arrive à capter RFI et j'apprends qu'un Coup d'Etat vient juste d'avoir lieu à Moroni. Les informations sont confuses, mais il semble que le président Djohar vienne juste de se faire renverser par un groupe de mercenaires emmené par Bob Denard. La poisse ! Je rallie Moutsamoudou, la ville-port, à toute blinde. J'y retrouve P., un des seuls Français expatrié ici qui s'occupe de transport maritime. Il me dit que c'est grave, qu'on ne sait pas comment cette histoire peut tourner, qu'il faut qu'on prenne la tangente au plus vite. Je suis démuni et je ne connais pas le contexte local. C'est lui qui gère dans l'urgence et prend les choses en main, avec son réseau local. Le bateau qui assure la liaison irrégulière avec Mayotte ( la quatrième île de l'archipel, française ) n'est pas au port. Et apparemment les autorités ont déjà interdit toute sortie du pays. Il y a un voilier français à quai. Il a rencontré ses propriétaires quelques jours plus tôt, une famille de Mayotte, qui doit être en balade ailleurs sur l'île. On y va, et on monte à bord. Ils arrivent quelques heures plus tard. P. se fait jeter pour son irrespect, la conversation est houleuse puis se calme. La solidarité entre marins reprend le dessus. Petit conseil de guerre et la décision est prise. Le vélo est encordé au bastingage. En pleine nuit, tous feux éteints et moteur au ralenti, on largue les amarres, sans faire la sortie du bateau auprès des autorités maritimes. Tous savent que leurs moyens d'action pour nous empêcher ou nous rattraper sont limités, voire inexistants. On franchit la ligne des Eaux Internationales peu après, sous les étoiles qui brillent. Arrivée dans le lagon de Mayotte par la passe principale le lendemain. Ce thon qu'on y a péché à la ligne et qu'on a dégusté illico-presto en carpaccio pour fêter l'événement. Puis l'accostage à Dzaoudzi, en France. Le skipper du voilier y vit depuis longtemps, c'est donc lui qui va s'expliquer avec la Police aux Frontières, avec nos passeports.

Plus tard je retrouve V. qui vit à Mamoudzou. Il a réussi à remettre son voilier en état de marche à Moroni et a pu naviguer sans encombres jusqu'à son port d'attache avant les troubles politiques. Il me raconte les visites des autorités, et celle d'un fonctionnaire du Consulat de France qui était venu lui rendre une petite visite de " courtoisie " alors qu'il avait les mains couvertes de graisse et était toujours à quai... On se pose des questions. Je reste une quinzaine de jours sur place. L'île est moins spectaculaire que ses consoeurs de la République Islamique mais l'ambiance est douce, feutrée. Avec les amis on part harponner des langoustes sous les rochers à marée basse qu'on fait griller sur la plage, accompagnées de manioc et arrosées de bière ou de pastis. Je dors sur les plages ou chez les gens. V. me met en relation avec une de ses connaissances, un capitaine qui travaille pour un armateur qui assure une route maritime commerciale avec le nord de Madagascar. Il y a de la place pour moi sur sa barge et il me donne son accord. J'obtiens le visa malgache au consulat local non sans avoir dû acheter un billet d'avion aller-retour que j'annulerai plus tard. Le jour du départ je suis rattrapé par la patrouille. Les policiers du port tiennent à me voir avant l'embarquement. Mon passeport est entre leurs mains, les dates d'entrée et de sortie de mon itinéraire africain épluchées, les questions ciselées. Ils ne dévoilent rien, mais je vois à peu près où ils veulent en venir. Avec mes fringues délavées et ma sacoche de guidon qui me sert de viatique je ne dois pas correspondre à l'image qu'ils se font du barbouze. Mon passeport est tamponné et je peux sortir.

La traversée jusqu'à Nosy Bé est paisible.

Madagascar, enfin !
CA Calyssie Regular ·
Bonjour Yves,

Quel texte ! L'aventure dans l'aventure. Rien de banal. Merci pour le partage.

Calyssie
XR Xrctn Veteran ·
Ravi que tu sois tombé sur ce fil pour partager tes aventures (avec un A). Nous attendons tous la suite avec une grande impatience. A+
https://voyageforum.com/v.f?post=6884794;a=6884794
LE Levelo Veteran ·
Bonjour Calyssie,

De rien, avec plaisir ! J'essaie de condenser au maximum, avec les souvenirs qu'il me reste. Toute la première partie africaine de ce voyage était intense, surtout quand il s'agissait de passer d'un pays à l'autre. C'est assez révélateur que je m'en rende compte juste maintenant, à la pâle lueur du confinement. Bonne journée,

Yves.
LE Levelo Veteran ·
Merci à toi de l'avoir ouvert et de me donner une tribune pour faire remonter ces moments que je n'ai jamais partagés publiquement. La suite viendra ! Y.
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Yves je viens de lire les différents CR que tu as mis. Belles aventures. J'avais eu moins de chance que toi sur un gros vol de matériel mais c'était l'Amérique du Sud et pas l'Afrique. Mais la police m'avait contacté 6 mois après alors que j'étais rentré chez moi pour me dire que leurs recherches du voleur étaient restées infructueuses. Heureusement je garde toujours carte bleue et passeport dans mon slip sauf agression le voyage peut toujours continuer. Ce coup là ça m'avait coûté 1400 euros. Mais belle expérience car le vol fait partie du voyage au même titre que toute autre expérience., En tout cas merci et vivement que tu nous fasses un texte pour CCI. Et au fait pourquoi pas lancer un nouveau post expériences de vol. Luc
JF Jfalaise84 Veteran ·
J’en ai des histoires assez drôle aussi bien pas autant que les vôtres.

Un résumé: Je suis typé afro-américain mais citoyen canadien d’origine haïtienne. Et, je trimballe souvent deux passeports avec moi.

Je me souviens en passant de l’argentine à l’Uruguay en 2017, les douaniers m’ont trouvé assez atypique pour un voyageur sac à dos 🎒.

Je suis rentré en Argentine 🇦🇷 avec mon passeport haïtien en sortant du Brésil, le passeport haïtien n’était pas soumis à une taxe de réciprocité de 180$ us qu’on imposait aux détenteurs de passeport canadien. Ensuite, pour rentrer en Uruguay par le bateau 🚤 Buquebus qui fait l’aller retour Buenos-Aires-Montevideo, le contrôle d’immigration pour les deux pays se faisant à Buenos-Aires, j’ai donc présenté les deux passeports. Rien d’anormal pour une personne pratiquement Trinationale. Les douaniers ont finalement pris ça en rigolant en me qualifiant de citoyens del mundo ( du monde 🌍).
MGTOW: Man going their own way...

"Plutôt que d'être malin, vaut mieux être bon " ou les deux.
VO Voyajou Globetrotter ·
C'est l'histoire d'un lémurien qui voulait revoir son pays. Doué d'intelligence il aurait pris le premier vol Nouvelles Frontières pour Nosy Be mais non, il lui fallait aussi voir du pays. Tâter d'autres sables, goûter de nouveaux fruits et voltiger dans des arbres inconnus. Par un curieux impromptu, il s'arrangerait même pour gagner la grande île par la mer, comme ses lointains ancêtres. Au gré des frontières fermées son voyage ressemble à un labyrinthe où on se laisse volontiers guider. (.../...) À te lire, les fonctionnaires aux frontières en Afrique de l'Est semblent particulièrement bienveillants. L'effet conjugué de ton équipage et ton calme, sans doute ? Je lirai avec intérêt tes passages de frontières en Afrique australe, en particulier au Mozambique, au Malawi ou au Zimbabwe.
LE Levelo Veteran ·
Les lémuriens ne sortent jamais de leur Ile, tu devrais savoir ça [:)]. Mais j'accepte cette image avec mansuétude. Pour la description des passages de frontière en Afrique Australe il te faudra attendre. C'était lors de ma deuxième transafricaine, beaucoup plus récente, et je vais d'abord essayer de dérouler le fil de la première, avec un probable débordement en Asie. Avec un peu de chance, et si le confinement dure, tu auras un aperçu. Y.
VO Voyajou Globetrotter ·
Mansuétude, vraiment ? Bien sûr que des lémuriens ont quitté Madagascar. Au train où ça va il en restera bientôt plus ailleurs dans le monde que dans la grande île. Celui dont je contais l'histoire s'était évadé du Safari de Peaugres. [:P]
LE Levelo Veteran ·
Joli conte mais tu m'as quand même vaguement comparé à un lémure [:)] :

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9mure

Ma traversée de l'Afrique était-elle si fantomatique que ça ?
VO Voyajou Globetrotter ·
- Joli conte mais tu m'as quand même vaguement comparé à un lému... - … rien du tout ! Au reste, y a-t-il une étymologie commune à lémure et lémurien ?

Même si parfois tu devais faire peur, tes pérégrinations africaines n'ont rien de fantomatiques. Je dirais plutôt : mythiques. [:)]
LE Levelo Veteran ·
C'est reparti !

Je débarque donc à Hell Ville (Andoany ), sur l'île de Nosy Be. Mes papiers sont en ordre, mes roues peuvent recommencer à tourner. Un petit saut en bac qui finit par zigzaguer dans la mangrove et je prends pied sur la Grande Ile. Cap au sud.

De la poussière, de la boue et des secousses : le quotidien de mes journées est de suite à la hauteur de mes espérances. Les kilomètres défilent lentement, les pauses sont nombreuses, l'ombre des manguiers accueillante. Le vélo chargé n'impressionne pas les Malgaches. Sourires toujours, un peu d'étonnement, mais pas de compassion. Nous sommes dans un pays où tout le monde peine pour avancer, essentiellement à pied, et où les têtes ou les dos sont presque toujours chargés. Sur les Hauts Plateaux j'ai la sensation d'avoir fait fausse route et de m'être trompé de continent : courbes sensuelles des terrasses sculptées et noyées, bourgs tassés en pisé, chapeaux de paille de riz et yeux fendus. Dans le Grand Sud je retrouve l'Afrique des sables : la piste de Fort-Dauphin est bornée par des cactées géantes. Cette petite ville tient tout entière dans son phare qui domine l'Océan Indien. Le site est rugueux, isolé, battu par les vents, loin de la carte postale tropicale. C'est ma frontière, je cherche donc un bateau qui pourrait me faire voguer jusqu'aux Mascareignes. Le tour est vite fait : l'offre est simplement inexistante. Ma carte IGN indique de vagues bouts de pistes et des bouts de goudron qui suivent la côte orientale vers le nord et Tamatave, le grand port éloigné d'un millier de kilomètres. La remontée est vraiment lente, même en temps africain. Je viens de la ressortir pour l'occasion, cette carte. Je l'avais annotée et la densité des " Bacs à bras ! ", " Pirogue ", " Bac à moteur en réparation ", " Sable !!! " ou " Boue ! " témoigne aujourd'hui de ce que furent ces trois semaines. Je finis par arriver le 2 janvier 1996. J'ai de la chance, rapidement : le capitaine d'un porte-containers de la MSC qui part pour Maurice me donne son accord. J'embarque et me fais débarquer sans ménagement dans l'heure par l'armateur qui se trouve à bord et qui n'a pas été consulté. Nouvelle attente à terre. Un cyclone s'abat sur la côte dans la foulée. Le petit hôtel où je suis tangue salement mais ne rompt pas. Le lendemain, quand je peux ressortir, une partie de la ville est à l'horizontale mais les gens vaquent déjà à remettre de l'ordre dans ce mikado géant. Nouvelle crise de paludisme, pas très opportune. Je paye la dernière nuit sur la route, dans cette chambre avec une mauvaise moustiquaire qu'un pasteur m'avait offerte. L'océan retrouve un aspect moins inquiétant et la nouvelle rotation de la MSC est annoncée. Cette fois on a fait les choses dans l'ordre, en respectant la hiérarchie, et je me suis acquitté des 100 $ réglementaires. Le capitaine italien du bateau et l'équipage croate sont aux petits soins. Le mastodonte laboure la surface de l'Océan sans à-coups et 24 heures plus tard les tours vitrées de Port Louis pointent à l'horizon.

Maurice donc, puis l'île de la Réunion où je fais souche et travaille pendant 16 mois, le temps qu'il me faut pour remettre de l'ordre dans mes comptes.

Quand le temps de repartir est venu je ne fais pas la fine bouche. Ce sera un bateau pour l'Asie, n'importe où. Au port de commerce du Port, où je passe régulièrement, on me fait savoir qu'il me faudra revoir cette maigre prétention à la baisse. Ce sera donc encore par ricochets que je progresserai. Le capitaine sud-africain d'un bateau de commerce me propose gentiment et gracieusement de me déplacer d'une case en 3 jours de mer et je me retrouve à Victoria, aux Seychelles. Dans toutes ces îles la règle pour débarquer est la même : l'obtention du visa est conditionné à la preuve de la sortie. J'ai un billet d'avion retour pour Saint Denis sur Air France, beau papier qui fait illusion et me permet de visiter l'archipel. Et quel archipel. A vélo les étapes sont courtes, mais bien remplies. Je monte souvent ma tente chez les gens car le camping sauvage est interdit. Sur l'île de Praslin on m'emmène pêcher à la palangrotte et relever des casiers, chasser la roussette dans des filets tendus entre des manguiers au crépuscule. Sur l'île de La Digue on part à pied pour aller voir la vanille sauvage dans les sous-bois. Mahé, l'île principale, est somptueuse aussi. Montagneuse, des canneliers dans les forêts qui la couvrent en partie. Des rastas qui habitent dans les hauts m'indiquent un nid d'aigle où je peux camper caché pendant tous ces jours où je cherche un nouvel embarquement. La marina de Victoria semble être ma seule chance. Les voileux y font tous halte, ceux qui descendent depuis la Méditerranée et la Mer Rouge, ou ceux qui viennent du Cap et remontent. J'avais oublié que les vents dictaient leur loi : la saison tire à sa fin, et le seul bateau en partance est le catamaran d'un couple de jeunes retraités sud-africains. Nous nous rencontrons. Ils ont de la place à bord. Je suis français donc je sais forcément naviguer et cuisiner. Je me sens légèrement honteux car je sais à peu près ce qui m'attend : la tambouille oui, si j'arrive à rester en position debout. Deux jours plus tard nous larguons les amarres, cap sur les Maldives. Je suis valide deux ou trois jours mais après le premier coup de vent je plante G. et H. : pour moi ce sera liquéfaction et somnolence pendant une semaine jusqu'à l'arrivée à Gan, sur l'atoll d'Adoo, le plus austral de l'archipel.

La halte qu'on y fait est réjouissante. On y trouve la plus longue section de route de tout le pays, une causeway bâtie par les Britanniques qui va du port à l'aéroport, qu'on s'empresse d'emprunter. On achète du poisson frais sous les cocotiers, papote dans les petites échoppes construites en blocs de calcaire corallien le long de venelles ensablées. Le préposé à l'immigration est d'une amabilité remarquable : nous pouvons naviguer à notre guise, mais je ne peux pas débarquer car il n'a pas l'assurance que je puisse rallier l'atoll de Male et ressortir vers l'Inde. G. et H. , qui avaient prévu d'aller directement en Thaïlande, me proposent d'infléchir leur itinéraire initial vers le nord et de me déposer au Sri Lanka. Nous passons l'Equateur peu après. Le cabotage me convient mieux, nous ancrons le soir au mouillage à proximité d'îles désertes où nous allons dîner. Sous la surface la cohue bigarrée des poissons. Nous quittons tout cela à regrets.

La traversée vers le Sri Lanka se passe légèrement mieux pour moi. Moins pour G. et H., qui à une centaine de milles de l'île doivent gérer dans une certaine fébrilité les pêcheurs sans feux et leurs filets dérivants dans lesquels ils ont peur de rester coincés. Une ombre sombre au loin, dans la vapeur tropicale. Puis les premiers contours qui se dessinent. Les premiers bâtiments qui révèlent leurs silhouettes. G. prend contact avec les autorités maritimes du port de Galle, bien avant d'y arriver. L'attente dure plusieurs heures. Le pays est en guerre, sur le qui-vive. On ne saurait prendre assez de précautions : une navette est dépêchée et le bateau inspecté avant que nous recevions le feu vert. L'entrée dans le chenal fortifié du port est teintée de joie et de bonne humeur. Une place nous est assignée, au mouillage, dans l'écrin du port de plaisance. La tranquillité des deux ou trois nuits suivantes que je passe sur le pont avant de quitter la ville n'est interrompue que par les détonations sous-marines régulières déclenchées par les militaires pour parer à toute incursion amphibie des Tigres Tamouls qui pourraient poser des mines sur les coques des navires de l'armée.
XR Xrctn Veteran ·
Des souvenirs de rêve qui donnent de l'eau à la bouche.
https://voyageforum.com/v.f?post=6884794;a=6884794
SI Sissi57 Globetrotter ·
Bonjour, J'ai lu ce fil d'un coup et tu as parlé des frontières franco-suisses, y compris aériennes. Je n'ai rien de spécial à raconter à ce propos mais, si vous ne connaissez pas, je vous mets 2 extraits d'une émission satirique qui passe sur la RTS, animée par les 2 Vincent , V. Veillon et V.Kucholl, ce dernier étant un excellent comédien qui a créé un certain nombre d'archétypes qui reviennent régulièrement. L'émission sur l'aviation militaire en est un bon exemple, il personnifie un gradé de l'armée de l'air: https://www.rts.ch/video/couleur3/120-secondes/5622475-les-forces-aeriennes-suisses-ne-sont-disponibles-que-pendant-les-heures-de-bureau.html

J'espère que c'est visible depuis l'étranger

Une autre émission qui fait référence à un puisage illégal de l'armée suisse en été 2014 dans un lac du Jura français en 2014, qui avait passablement échauffé les esprits à l'époque: https://www.youtube.com/watch?v=9wirWkrBLO0
Je n'aurai pas le temps...

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