Le Transsibérien, extraits de carnets de route, seconde partie

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LO
Samedi 13/09/03, Irkoutsk, 15:30 LOC, 10:30 MOS J'attends le bus de 16h30 pour Listvianka. J'ai manqué le précédent à cause d'une erreur de débutant relative au décalage horaire. J'avais fini par trouver au centre ville un cyber-café, où j'envoyais tranquillement mes premiers mails d'une série que je prévoyais longue, quand j'ai vu l'heure sur l'ordinateur. J'ai tout d'abord pensé que, comme d'habitude, il n'étais pas à l'heure du lieu dans lequel nous nous trouvions lui et moi, mais j'ai alors immédiatement pensé à ce qui vient naturellement suite à une telle réflexion: j'avais changé de fuseau horaire, et j'avais oublié de donner à manger à ma montre une heure de plus. La cinquième depuis Moscou. J'en suis quitte pour prendre le prochain bus, seule conséquence de cette erreur. J'ai donc une heure d'attente en sus à dépenser dans cette gare routière. J'en profite pour observer, et je me retrouve plongé quatre ans en arrière, à la gare routière de Bernaoul. J'ai trop pris l'habitude de resserrer l'écriture, si bien que j'oublie de sauter de nouveau les lignes, quand bien même j'ai acheté un nouveau cahier, flambant neuf, que je réserve pour plus tard. Pour changer mon billet de car, ce ne fut pas une mince affaire. Je me serais cru dans une parodie particulièrement caricaturée. Après avoir fait une première queue, importante, et souvent anarchique, notamment ignorée de certaines vieilles babaïagas à l'air mauvais, quand ce fut mon tour, je me suis fait renvoyer dans mes vingt deux par la caissière, qui m'a dit que les remboursements, c'était la caisse d'à côté. J'ai eu beau lui expliquer que je venais de faire la queue, et que c'était injuste, elle n'en eut, évidemment, cure. La nouvelle queue fut en tout point identique à la première. Ensuite, pour le remboursement, outre les vingt cinq pour cent de frais d'annulation, il a fallu que la caissière remplisse un immense cahier, sur lequel elle devait noter mes noms, prénoms, et patronymes. Je lui ai donné mon passeport, mais elle a fini par se décourager. Ensuite, elle m'a remboursé, lentement, alors que je lui avais bien précisé que je voulais juste prendre le bus d'après. Derrière, ça poussait comme dans un mirage 2000 qui met la post-combustion. Rien que des fait routiniers, au final. J'ai hésité à les relater sur ce cahier, tant ce genre de scènes est banal ici. Avant cet incident somme toute mineur, j'ai visité la ville qui a un certain charme. Les maisons sont de vieilles bâtisses toutes de bois construites, très joliment décorées, mais elles mériteraient un coupe de restauration. Il y a de belles églises, sans trop d'or, pour une fois, peintes avec beaucoup de goût. Le grand marché central est également charmant, véritablement authentique. Avant cela, j'ai réussi à acheter mon billet de train de Ulan Udé à Vladivostok. Départ d'Ulan Ude mardi après midi. En attendant, je vais essayer de visiter le Baïkal, et d'aller par un moyen ou un autre de l'autre côté, en Bouriatie, jusqu'à sa capitale, Ulan Udé. Ce soir, je serai donc à Listvianka, village situé au bord du mythique Lac, et j'espère trouver un petit hôtel sympathique où me poser un peu. Je vais essayer de me laver, et de laver quelques habits.
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LO Loopkin Veteran ·
Dimanche 14/09/03, Train touristique Sud Baïkal, Un arrêt au bord du Baïkal, 13:00 LOC, 8:00 MOS Il va être difficile de tout relater en une fois. Je tente de commencer, lors d'une courte pause du train. Mais encore une fois, l'ordre chronologique va s'imposer. Ah...

Dimanche 14/09/03, Train touristique Sud Baïkal, Un autre arrêt au bord du Baïkal, 16:00 LOC, 11:00 MOS Le train touristique fait une nouvelle pause. Je vais en profiter pour commencer à raconter cette seconde rencontre, au moins aussi forte que celle de Sverdlovsk. Hier, donc, je suis monté dans le car. Presque immédiatement, j'ai abordé un groupe de trois jeunes qui s'étaient assis sur les sièges devant moi. En fait ils étaient quatre, mais je n'avais, alors, pas encore remarqué la petite Lisa de cinq ans qui était avec eux. Je leur ai demandé s'ils étaient de la région, s'ils allaient aussi au Baïkal, s'ils connaissaient bien. Et presque instantanément, juste après que les deux filles eurent fini de rire de mon accent et de mon vocabulaire (le jeune homme de ce groupe était assis un peu plus devant, et n'a donc pas participé à cette première conversation), elles m'ont proposé de venir avec eux. Leur proposition était la suivante: passer la nuit à Listvianka, chez un ami de l'une d'elles, qui est poète et musicien (barde, disent les russes) dans son théâtre, après avoir assisté à son récital hebdomadaire. Ensuite, le lendemain matin, c'est à dire aujourd'hui, l'objectif était de traverser la baie de l'Angara en bateau, pour aller prendre le dernier train touristique de la saison, qui longe le Baïkal jusqu'à la route principale Irkoutsk-Ulan Udé, qui est obligé de contourner le lac par le Sud-Ouest. Puis, en ce point de jonction, cette ligne de train retourne à Irkoutsk. C'est là que je vais les laisser dans quelques heures pour continuer ma route vers Ulan Udé. J'ai accepté leur proposition, même si, à ce moment là, je n'avais pas compris que j'étais aussi invité à passer comme eux, à passer la nuit dans ce théâtre, chez ce Genia. Ensuite, les deux jeunes filles ont recommencé à discuter entre elles tout le trajet, leur proposition était entérinée, l'incident était clos. Pendant ce trajet en car, qui était magnifique, j'ai eu un de ces coups de fatigue incontrôlables, contrecoup évident de ces trois jours de train dans des conditions tout de même assez dures, au rythme ralenti, suivis de cette course assez épuisante à Irkoutsk. Je me suis donc un peu assoupi, convaincu qu'il ne fallait pas, mais parfois, on ne contrôle pas tout. Le somme n'a pas duré longtemps. Au réveil, la route était encore plus jolie. Au loin, on voyait, par delà le Baïkal encore invisible, les sommets des montagnes bouriates, sur l'autre rive, se détacher dans un ciel sans un gramme de pollution, sans humidité. La route avançait, totalement rectiligne, au mépris des contraintes qu'aurait imposé le relief tourmenté dans un pays normal, et longeait la rive nord de l'Angara. Les variations topographiques donnaient vraiment l'impression qu'on était dans des montagnes russes, que les russes appellent, au passage, montagnes américaines, avec, en sus, l'affreuse odeur de diesel dans l'habitacle de l'autocar, même dans les descentes. On passait fréquemment de zéro à deux g.

Dimanche 14/09/03, Train touristique Sud Baïkal, Un autre arrêt au bord du Baïkal, 17:00 LOC, 12:00 MOS Et puis, et puis... Et puis d'un coup, d'un seul coup, comme une subite apparition, Il apparut. Ce géant. Cette mer (Baïkal veut dire Grande mère intérieure en bouriate) dont le sentier qui en fait le tour mesure la même longueur que de Paris à Moscou, le plus grand lac du monde, en volume, et en profondeur, vingt pour cent des réserves d'eau douce libre de la planète, quatre vingt pour cent de celles de la Russie, la superficie de la Belgique, une eau totalement pure, un bassin versant grand comme la France, 600 rivières... Mais l'émotion ne vient pas de tous ces chiffres qui font tourner la tête. L'émotion vient de ce qu'on voit. La taille titanesque, et l'émotion vient de ce qu'on ressent. Ce quelque chose d'indéfinissable qu'on ne comprend pas tout de suite, mais qui vous assaille dans votre moi le plus profond. Une sorte de bien-être emplit votre âme sans que vous ne vous en rendiez vraiment compte. Vous êtes arrivés, c'est tout. Aller plus loin perd tout son sens. C'est "là". L'infini du lac vous transcende. Le Grand Canyon devient une petite vallée, le Lac Leman un étang, Moscou un village, la Tour Eiffel une épingle. Et l'homme retrouve une humilité bienheureuse. Après un peu plus d'une heure de trajet, à l'endroit où la route rejoint la rive du lac, mon groupe s'est levé et a demandé au chauffeur de s'arrêter pour nous laisser descendre. Une des deux filles m'a fait signe de les suivre. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés tous les cinq, à cette inflexion de la route, l'autocar s'éloignant. Nous nous sommes présentés. La mère de Lisa s'appelle Ania, l'autre fille s'appelle Nadia, et le garçon, Eligio, " je choisis ", en espagnol. Il m'a presque tout de suite expliqué, alors que nous marchions le long de la route, le long du bord du lac, d'où lui venait son nom. C'est en faisant des jeux de rôle grandeur nature qu'il a joué un personnage qui portait ce nom, puis il a gardé ce pseudonyme. Je n'ai pas pu lui faire dire son vrai nom. Pour lui, il est Eligio, un point c'est tout. Même sur sa boîte aux lettres.

Dimanche 14/09/03, Train touristique Sud Baïkal, Un autre arrêt au bord du Baïkal, 18:30 LOC, 13:30 MOS Nouvel arrêt du train. Je souffle un peu. J'en profite pour continuer mon récit. Nous avons donc marché le long de la route jusqu'à l'arrêt final de l'autocar, au bord du lac, dans le village de Listvianka. Lisa tourmentait Eligio pour qu'il la prenne sur ses épaules, et il a fini par céder. Pendant ce temps, nous avons discuté, j'ai essayé de comprendre qui ils étaient, d'où ils venaient, comment ils se connaissaient, comment ils s'étaient rencontrés.
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LO Loopkin Veteran ·
Troisième cahier: Lac Baïkal - Khabarovsk

Dimanche 14/09/03, Gare de Slouvianka, Salle d'attente, 23:00 LOC, 18:00 MOS

Après cette seconde merveilleuse rencontre, je ressens un immense coup de fatigue, comme un Tsunami tranquille qui m'assaille. J'espère pouvoir récupérer un peu dans le train jusqu'à Ulan Udé. J'espère seulement ne pas avoir froid. Je suis un peu las du froid nocturne. La nuit dernière fut particulièrement sévère à ce sujet. J'étais sans cesse réveillé par un froid mordant dans ce théâtre perdu en pleine forêt. Et ce ne sont pas les trois verres de vodkas bus la veille au soir qui ont été suffisants pour me procurer un semblant de sensation de chaleur. Je ressens donc une énorme fatigue. Une envie de m'étendre pendant trois jours dans un vrai lit avec une couette ou un duvet bien chaud m'assaille. J'en regrette cette période de canicule qui a frappé la France en août dernier. Dormir trois jours, sans voir personne, sans franchir un méridien ou un parallèle à chaque heure. Juste... dormir.

J'a fini le dernier poisson, je bois ma bière tranquillement, j'ai l'estomac un peu noué, et le film qui passe à l'écran, dans cette salle d'attente triste à mourir, Alien IV, n'arrange pas les choses.

Lundi 15/09/03, Ulan Udé, Hôtel Adon, 13:00 LOC, 8:00 MOS

Dans le train, je n'ai pas assez dormi, et c'est de fort mauvaise humeur que je me suis levé, que j'ai préparé mon sac et que je suis sorti du train à la gare d'Ulan Udé, en pleine nuit, à six heures du matin. On m'a indiqué un hôtel juste à côté de la gare, en fait à plus de cinq bonnes minutes à pieds, introuvable dans cette ville sans éclairage public, où on avance dans ses rues avec les deux bras tendus en avant, pour ne pas heurter une baboushka allant au marché ou un lampadaire, qui, faut-il le préciser, est inopérant. J'ai fini par le trouver malgré tout, dans un état de fatigue fort avancé. L'eau chaude n'est pas distribuée dans l'hôtel, suite à une coupure provisoire (provisoire ?), et les toilettes communes sont vraiment horribles.

A peine entré dans ma chambre, je me suis effondré sur le lit défoncé, et j'ai dormi profondément jusqu'à midi. Je suis à présent réveillé, mais encore un peu désorienté. Je vais ensuite aller aux bains, puis visiter la ville, ou l'inverse, selon mon humeur du moment. Je vais aussi acheter des provisions pour le voyage de trois jours jusqu'à Vladivostok que je commencerai demain. Cette journée de repos indispensable s'annonce bien.

Lundi 15/09/03, Ulan Udé, Un bar dans la rue, 14:30 LOC, 9:30 MOS

Je suis totalement dépaysé. Ici, les bouriates forment une écrasante majorité. Entre eux, ils parlent russe, et ils s'habillent comme des russes, se conduisent, dans la rue, comme eux. En fait, ils sont russes. Juste qu'ils ont des têtes d'asiatiques. Je suis assis à une terrasse, je bois tranquillement une bière, et j'ai en face de moi une table remplie d'étudiants et d'étudiantes, à quatre vingt dix pour cents bouriates. Ils prennent une bière, à la sortie de la fac, ou pendant une pause. Ils ont l'air d'être de la même promotion, ils rigolent tout le temps, l'atmosphère est vraiment décontractée. C'est agréable de voir cela. C'est un bonheur simple. Les visages sont souvent extrêmement intéressants à regarder. Certaines femmes sont d'une beauté rare, loin des canons stéréotypés par nos latitudes. La beauté eurasienne dans toute sa majesté, dans toute sa force. Les hommes, comme tous les hommes russes, ne font pas particulièrement preuve d'élégance. La plupart sont vêtus de K-ways, de jeans, de baskets, sauf l'un d'eux, qui sort vraiment du lot. Il est en costume trois pièces. Avait-il un oral aujourd'hui ? Les filles ont presque toutes une cigarette à la main. Ulan Udé est une ville étonnante, en ceci qu'elle est totalement identique aux autres métropoles soviétiques, mais peuplée de gens aux yeux bridés, au nez peu pointu, et aux joues très larges. Si, sur la place centrale, la tête de Lénine de 10 mètres de hauts (sans son socle) avait été remplacée par une tête de Mao, j'aurais été, paradoxalement, moins dépaysé. On se croirait vraiment dans ce que j'imagine être une province chinoise. La grande différence avec le reste de la Russie est l'absence d'églises. Les " Datsan ", ou temples bouddhistes, sont très discrets dans cette ville, je n'en ai pas encore vus. Pourtant, ils doivent être pléthore. Je n'arrive pas encore à les détecter. Sur les marchés, presque toutes les baboushkas sont bouriates, on pourrait les appeler les babouriatchkas... Dans la rue, aux arrêts de tramway, de bus, dans les transports, la plupart des groupes sont monogènes. Soit il n'y a que des russes blancs, soit il n'y a que des russes bouriates. Cette séparation implicite renforce mon sentiment de joie à la vue de ce groupe d'étudiants non exclusif, même si à très forte majorité bouriate.

Lundi 15/09/03, Ulan Udé, Hôtel Adon, 22:00 LOC, 17:00 MOS

Les bains étaient fermés, et cette fois-ci, les collègues de Sergueï n'étaient pas là pour trouver un arrangement. J'ai du me laver dans ma chambre, entièrement à l'eau froide, tête comprise. Dommage que je ne puisse, à présent me faire un thé. Je continue la suite du récit:

Nous marchions tous les cinq, Ania, Eligio, Nadia et Lisa, le long de la route, longeant le Lac. Lisa était portée sur les épaules d'Eligio. J'essayais de comprendre comment ils se connaissaient, d'où ils venaient, qui ils étaient. Eligio et Ania font partie du même cour de yoga, même si Eligio vient de Saint Pet, et Ania de Moscou. Leur professeur est un grand maître, et il sillonne toute la Russie pour donner ses leçons. Ils le considèrent tous deux comme leur père spirituel. Eligio a terminé ses études de maître de thé, et il travaille dans ce que j'ai compris être une illustre maison. Pour avoir ce " diplôme ", il faut avoir fait une spécialisation après avoir suivi un cursus solide de sociologie, anthropologie, et une autre discipline que j'ai oubliée, d'après ce que j'ai compris, et s'il n'a pas un peu inventé. Tout cela paraît tellement étrange... Il habite donc à Saint Petersbourg. Il voyage beaucoup pour un russe. Il a été plusieurs fois aux Etats Unis, qu'il a traversé en auto-stop. Il effectue la plupart de ses déplacements, notamment ses déplacements quotidiens, par ce moyen. Il était à Irkoutsk depuis trois mois, travaillant comme moniteur dans une colonie de vacances, et il est rentré hier en train à Saint Petersbourg. Ania et Nadia étaient également monitrices dans ce camp. Eligio a vingt trois ans, il est assez grand, brun, avec une petite barbe, et a de très beaux yeux.

Ania est une moscovite de trente ans, juriste de profession initiale, apparemment promue à une carrière toute tracée. Elle est divorcée, ou tout comme, depuis environ deux ans. C'est la mère de Lisa. Un jour, elle a senti l'appel du Baïkal, où elle n'avais jamais été, et a tout quitté à Moscou: son ex-mari avec qui elle avait gardé des liens très forts, sa carrière, son salaire, sa voiture, , son appartement, en un mot, tout son confort d'occidentale, pour une vie beaucoup plus en accord avec ses aspirations: tournée vers l'amour des autres, le calme, une vie saine, dans la nature. Et quelle nature ! Elle a connu Nadia il y a quelques mois, lors d'une excursion en forêt, dans un cadre assez étrange, mais je dois avouer que je n'ai pas tout compris. C'était compliqué, et Ania parle vite. Elle fait beaucoup de promenades en montagnes, fait de très belles photographies de fleurs et de nuages, principalement, grâce à un reste de son équipement occidental: son super appareil reflex. Elle aime Mozart, le jazz, parle espagnol, a un caractère extrêmement non conventionnel, parle très facilement avec tout le monde, et a beaucoup de charme. Elle a les cheveux mi-longs, blonds, les yeux bleus clairs, légèrement verts. Elle est végétarienne, surtout pour la qualité de l'alimentation. Elle faisait régulièrement, jusqu'à récemment, quatre heures de yoga tous les matins, de cinq heures à neuf heures. Cela lui permettait d'être très en forme, alors même qu'elle ne dormait que quatre à cinq heures par nuit.

A Irkoutsk, son nouveau métier est nourrice, et elle a l'air de s'accomplir totalement dans cette nouvelle vie. Elle est arrivée dans cette ville il y a neuf mois, si bien qu'elle n'a pas encore vécu un hiver sibérien entier ici. Elle appréhende quelque peu. Sa fille Lisa est adorable, parfois un peu chipie, mais c'est l'age, je pense. On sent chez elle le besoin d'avoir un nouveau papa. Le pauvre Elihio, à l'heure qu'il est, allongé sur sa couchette dans un train déjà lointain, doit s'en souvenir encore... Elle m'a rapidement adopté aussi. Ania a une politique d'éducation envers sa fille à l'opposé de celle des mères russes habituelles, à l'opposé, très certainement, de ce qu'elle, a subi. Elle laisse sa fille la plus libre possible. Elle la laisse " vivre sa vie ". J'ai pu constater hier, pendant une des pauses du train touristique, que ce n'était pas de vains mots.

Nadia a dix-neuf ans. Elle a quelques boutons d'acné rémanents, elle ne sourit pas beaucoup, ne parle presque pas, sauf avec Ania, qui, elle, on s'en sera douté, est très bavarde. Nadia est à l'université, apparemment en faculté d'anglais. Elle, à l'opposé d'Elihio et d'Ania, a peu voyagé. Elle a toujours vécu à Irkoutsk. Elle aussi adore se promener dans la nature. Elle est fine, a des cheveux courts, blonds aussi, les yeux noisette.

Tout cela, je ne l'ai bien sûr pas appris en si peu de temps, d'un seul coup, lors de cette marche. J'ai reconstitué le puzzle petit à petit au cours de ces deux jours passés avec eux.

Nous sommes finalement arrivés au port, où nous nous sommes renseignés sur les horaires des navettes fluviales pour le lendemain matin. C'est là que j'ai pu avoir une première démonstration du caractère particulièrement dynamique et libre d'Ania. Les horaires étaient incompréhensibles, et, en se renseignant dans le café d'à côté, elle a obtenu, comme un chef, les informations qu'elle souhaitait, sans se départir, ni de sa gaîté, ni de son aplomb naturel, ni de sa gentillesse, ni de son sourire. Ce qui est spectaculaire, étant donné que ses interlocuteurs, eux, n'étaient pas exactement dans ces disposition. Le café en question était un bouge, il faisait plus figure de saloon minable du Far West, caricature de western, mais à la mode russe: les poissons remplaçaient le bœuf, la vodka le whisky, les pseudo-putes à la place des putes. Les mêmes jeux de cartes, la bière, les mouches, les trognes des bandits interrogés, leur mauvaise humeur innée. J'insiste: obtenir ces information apparemment anodines était un petit défi, qu'elle a relevé avec brio.

Ensuite, nous avons acheté sur le port des poissons typiques du Baïkal, les Omols, qu'on ne trouve que dans cette région du monde. Ils se vendent pêchés le matin même, déjà grillés, fumés, encore tous chauds, emballés dans du papier journal. Ils sont, ma foi, délicieux. Nous avons compété nos achats pour le soir avec les mets habituels: concombres, bière, pain noir, gâteaux secs. Nous avons marché ensuite longtemps jusqu'à ce théâtre perdu, chez ce Génia, ce barde baïkalique, où nous devions passer la nuit, moi compris, c'était à présent acquis.

La marche fut particulièrement pénible pour moi, car j'étais assez chargé: j'avais mon sac à dos habituel, et, dans une main qu'il fallait maintenir à l'horizontal, je tenais les quatre gros poissons qui coulaient un peu du papier. De plus, mon coup de fatigue du car, momentanément mis dans un coin suite à l'excitation de la rencontre, revenait de plus belle. Cela se voyait, car Ania m'a demandé si ça allait. Je devais être un peu pâlot.

Nous avons remonté une petite rivière qui allait se jeter dans le lac à présent derrière nous, parsemée sur ses deux bords d'habitations en bois plus ou moins achevées. Le théâtre était tout au bout du village, dans la forêt, au bord de cette rivière sortie tout droit de l'Eden. Genia était là, mais la représentation était exceptionnellement annulée, alors qu'il fait un spectacle tous les samedis de l'année, été comme hiver, et les gens viennent le voir, à pied, en ski, en voiture, en raquettes, en vélo, comme ils peuvent, en fonction des saisons. Le directeur du théâtre était là, venu avec sa superbe volga, les voitures des aparatchiks. Genia n'a parlé exclusivement qu'à Ania, sans un regard pour nous, il avait l'air de méchante humeur. Il a montré le dortoir à Ania, puis a disparu. On ne l'a plus revu des deux jours. Ania nous a alors expliqué qu'il devait y avoir un gros soucis en rapport avec le théâtre, qui devait avoir des conséquences graves pour Genia, et que c'est pour cela que le spectacle n'a finalement pas eu lieu et que Genia a été si expéditif, sans nous prêter attention, puis est vite rentré dans sa maison, une bâtisse en bois situé juste à côté du théâtre proprement dit. Nous, nous nous sommes installés dans la pièce du haut, dans le théâtre. C'était un charmant dortoir au dessus de la scène, auquel on accédait par un trappe, habituellement destiné à héberger les artistes, reproduisant à merveille une ambiance typique de salle d'hiver de refuge alpin.

Le soleil commençait à décliner sérieusement. Si nous voulions nous laver dans le lac, il ne fallait pas traîner. Le temps de prendre nos affaires, les poissons, la bière, et de refaire ce long chemin en sens inverse jusqu'à la rive, et nous étions de nouveau au bord du lac, au moment où le soleil commençait son spectacle du soir. Les nuages étaient déjà incroyables. Nous nous sommes posés sur la berge, en contrebas de la route, deux mètres en dessous, précisément. L'eau du lac, bien qu'effectivement totalement transparente, était définitivement décourageante, une fois que j'y avais trempé mon petit doigt. Pourtant, j'avais passé trois jours dans le train, je devais absolument me laver, et laver un peu du linge que j'avais apporté. Ania avait l'air très désireuse de se baigner. Pas pour se laver, elle dispose d'une salle de bain normale dans son appartement à Irkoutsk, mais pour nager !!! Moi, j'étais encore vêtu de mon manteau, que je tremblais déjà de froid, à cause de la brise humide du soir qui se levait, soufflant de plus en plus fort. Pendant que je dénouais mes lacets, mon regard fut attiré par Ania qui tombait son pantalon. Pas de maillot de bain. Juste des sous vêtements. Très beaux. Je me demandais si elle allais se baigner avec. La réponse fut immédiate: ma foi, elle est entrée dans l'eau du Baïkal bien rapidement, comme une seule femme, sans rien. Pendant qu'elle criait (tout de même, on peut être stoïque, mais il y a des limites), imitant le cri du cochon qu'on égorge, je finis de me dévêtir. Je suis resté en slip de bain, pudique, tremblant de la tête aux pieds, désolé d'avoir à aller affronter tant de souffrances, quand j'aurais pu rester tranquillement sur la berge à me rincer les yeux. Derrière moi, Eligio est entré aussi dans l'eau, avec les mêmes principes de liberté qu'Ania. Ne voulant pas rester en reste, j'ai fini par faire fi, moi aussi, de mon slip de bain, peu commode pour se savonner, il est vrai, et qui est allé rejoindre mes habits en boule sur les galets, puis j'ai rejoint les nus. Nadia et Lisa sont restées sagement enveloppées sur la berge, au bord, à préparer le repas sur un rocher. Sur la route juste au dessus, les gens devaient être un peu choqués, ce genre de pratique est extrêmement rare en Russie. Seuls se baignent nus en public les hommes, de nuit, après avoir dépassé le seuil des deux grammes dans le sang. Or, là, il faisait encore jour, Ania est une femme, et personne n'avais bu quoi que ce soit.

Ania est tout de même rapidement ressortie, après avoir nagé quelques brasses. Elle criait toujours comme un cochon. Pendant qu'elle se séchait, je me lavais par petits bouts, en essayant de penser à autre chose qu'à l'eau qui me mordait et me griffait sur tout le corps. Par exemple, je me concentrais sur la beauté du couché de soleil qui embrasait le ciel, ou sur celle d'Ania, en Eve, sans la moindre crainte que sa vue puisse avoir quelque conséquence sur une zone qui était totalement " hors de combat ". Les " cacahuètes ", comme on dit. Je me suis savonné par parties, puis rincé par parties. Avec cette ambiance unique, avec ces paysages incroyables, ce ciel de péplum, si l'eau avait été moins froide, ne serait-ce que de quelques degrés, ce moment aurait compté parmi les meilleurs de ma vie.

Mais là, il a fallu ensuite se sécher, laver le linge en grelottant, en prenant garde à ne pas me faire mouiller à nouveau par les vagues, prendre quelques photos du ciel toutes les deux minutes, et pendant ce temps, la joyeuse compagnie engloutissait déjà les fameux omols en me pressant fortement de les rejoindre. Ce que j'ai fini par faire. Je me suis assis auprès d'eux. Nous étions tous serrés les uns contre les autres, accroupis ou assis autour du rocher, sur lequel étaient posés les différents produits, et je me suis régalé en grelottant. Je n'oublierai jamais le goût de l'omol. C'est véritablement un poisson unique. L'ambiance était très chaleureuse. Une fraternité implicite nous unissait maintenant eux et moi. J'étais à présent des leurs: je m'étais baigné dans ce terrible Baïkal aux eaux sacrées (et sacrément froides), nu, avec eux. Une confiance mutuelle forte, une relation de complicité s'était établie. Nous avons rapidement mangé les poissons, puis nous sommes rentrés au théâtre en marchant vite. Lorsque nous y sommes parvenus, il faisait presque totalement nuit.

Ania avait amené son album photos à Genia pour lui montrer ses dernières prises, mais il est resté chez lui, nous n'avons entrevu que sa femme, qui nous a dit qu'il était fortement préférable de le laisser tranquille ce soir. Ania a été un peu vexée, car Genia est un ami proche. Par conséquent, la soirée s'est un peu essoufflée, le moteur du groupe s'était éteint: Ania elle-même avait perdu sa gaité. Par ailleurs, Eligio est quelqu'un de calme et assez taciturne, et Nadia est un peu timide, alors, je me sentais un peu à part en proposant la bouteille de vodka qui m'avait été donnée à Moscou par le père de Varia, et qui avait été préservée de toute entame jusque là. Mais je ne m'avoue pas si facilement vaincu en général. Eligio fut facile à convaincre, et à force d'insister auprès d'Ania, nous avons réussi à lancer le cycle des toasts. Nadia n'a pas bu, elle est restée sur le thé que nous avions fait, en attendant, pour nous réchauffer, à partir de mon dernier sachet.

Ania a voulu me montrer ses photos. Elle les a proposées surtout à moi, car les autres les connaissaient déjà. Je me suis assis à ses côtés sur le canapé dans la petite cuisine du théâtre où nous nous trouvions. Le mouvement fut général, car Nadia s'est assise de l'autre côté, et Eligio est venu compléter la brochette en se posant à la suite. Lisa est venue à moitié sur mes genoux à moitié sur ceux de sa mère, si bien que nous étions réunis tous les cinq sur ce pauvre canapé. Nous avons regardé les photos, et Ania me les commentait.
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LO Loopkin Veteran ·
Mardi 16/09/03, Train Ulan Udé - Vladivostok, 17:00 LOC, 11:00 MOS

La rédaction de ce journal part un peu en vrille. Le temps nécessaire à relater les évènements se laisse dépasser par l'accumulation desdits, qui se succèdent à un rythme décidément effréné. Je n'ai pas encore terminé la rédaction de samedi, j'ai encore moins écrit ce qui s'était passé dimanche, et nous voici déjà mardi après-midi, j'ai de nouveau des quantités de faits récents à évoquer, et je risque, en plus, de ne pas trouver le temps pour cela. Tout s'accélère dans cette dernière ligne, que je ne peux décemment pas qualifier de ligne droite, au vu des circonvolutions de la ligne.

Je décide donc, pour le moment, de laisser de côté le récit du Baïkal, je laisse Ania et ses photos. Je reprends l'histoire à son cours actuel, un peu comme un élève recopiant des tableaux d'équations écrits par un professeur pressé laisserait passer volontairement un demi-tableau, tant il est en retard sur sa prise de notes, pour rattraper le tableau en cours, et tant il est las de courir après les demis-tableaux qui s'enchaînent, se disant que la partie manquante, il la recopiera plus tard, à partir du cahier d'un de ses camarades.

Je suis monté ce midi dans le train, à la gare d'Ulan Udé, et le temps qu'il démarre, il ne s'est rien passé. Je me suis assis sur le lit placé sous ce qui sera ma couchette, et j'ai simplement observé silencieusement les gens qui parlaient autour de moi. Puis, le train est parti, et les trois personnes de l'alcôve ont commencé à parler avec moi, avec les questions habituelles: " Tu vas jusqu'où ? ", " tu es parti d'où ? ", puis, le fatidique " ah, tu voyages ? ".

Mardi 16/09/03, Train Ulan Udé - Vladivostok, 18:00 LOC, 12:00 MOS

L'une de ces personnes est un bouriate de passage, là pour seulement quatre heures, un seizième de mon trajet dans ce train, oublions-le. L'autre est une quasi-baboushka, très gentille, et l'autre, un trentenaire nommé Sergueï, pour changer... Un homme très intéressant, je vais développer le récit à son sujet. Ce qui frappe le plus, et immédiatement, chez cet homme, ce sont ses yeux, et son regard. Il a des yeux absolument incroyables. Multicolores, magnifiques. Avec des tâches vermillon, oranges, des lignes bleu marine, sur un fond d'huître au fond de l'eau aux caraïbes. En voyant cela, on se dit: " Cet homme là, il ne peut qu'être intéressant. " Le temps que je me le dise, et il m'avais déjà invité à venir avec lui sur l'Ile de Sakhaline, dans un coin perdu au milieu d'une nature intacte, où il vit, apparemment assez heureux, seul. Il a trente quatre ans, il vit en autonomie quasi-complète. Il est entrain de terminer ses bains et sa piscine. Il cultive son potager, construit tout lui-même, se nourrit de baies, de champignons, et du produit de sa pêche. Pour arrondir, il travaille comme chauffagiste dans le lycée de la bourgade d'à côté. Il ne lui manque rien, sauf, très certainement, son fils de onze ans, qu'il n'a plus revu depuis cinq ans, depuis que sa femme l'a quitté, est partie pour Moscou, et ne veut pas que son fils le voit. Actuellement, il revient de Novossibirsk, où ses parents vivent. Il discute beaucoup avec la prébaboushka du compartiment, et avec moi. Il a l'air très gentil, très attentionné. Sa voix est douce, mais il parle un argot assez difficile à comprendre.

En face de l'alcôve voisine, sur le côté droit du couloir, il y a deux femmes très intéressantes aussi. Dommage qu'elles descendent ce soir, à Tchita. La plus âgée doit avoir trente cinq ans. Elle m'a abordé dans un langage incompréhensible: " Vous es traval ? ", intriguée par mon allure de touriste, car, une fois n'est pas coutume, je prenais des photos du paysage à travers la vitre -presque propre. Et puis nous avons continué en russe pendant plus de deux heures pendant lesquelles j'ai délaissé Sergueï et la dame, mes co-alcôves. Elle s'appelle Piatka, ce qui voudrait dire " cinquaine " si ce mot existait en français. Son amie doit avoir dans les vingt trois ans. Elle se nomme " Karma ". Elles sont russes, mais Karma est au quart mongol, et cela se voit. Son visage est très intéressant, beau, on peut dire. Elle est blonde aux yeux verts légèrements bridés, aux joues plates. Piatka a un physique de touriste allemande ou hollandaise. Elles reviennent toutes deux d'une sorte de pèlerinage dans un lieu bouddhiste important, aux confins de l'Altaï Oriental. De plus, Karma est aussi rockeuse, elle se déplace avec sa guitare qui est entreposée au dessus de nous dans les portes bagages, et c'est une fan de Ramstein, de Muse, des Pink Floyds (Piatka aussi). Dernier point, elle fume la pipe. Piatka, quant à elle, est vétérinaire. Elle est extrêmement cultivée. Outre des Floyds, nous avons discuté de littérature, de cinéma, de philosophie, de musique, et de voyages pendant très longtemps. C'était surréaliste de parler de Garcia Marquès ou de Cortazar au beau milieu d'un train russe, lui même perdu dans les immensités d'Outre-baïkalie, avec deux filles blondes bouddhistes. Surréaliste, mais génial. Peut-être Piatka était-elle trop bavarde ? toujours est-il que j'ai été vite fatigué psychiquement, à cause des efforts importants que je devais faire, en matière de concentration, pour parler, et surtout, pour comprendre. Karma est en fait tout aussi cultivée. Presque immédiatement, comme d'habitude, elles m'ont montré les photos de leur séjour dans l'Altaï bouddhiste, puis nous nous sommes échangés des petits cadeaux, et nos adresses E-mail. Nous avons ensuite parlé d'espace, puis de littérature latino-américaine, via... la géantropie, à laquelle elles ont eu l'air de fortement s'intéresser. La géantropie fait des émules, même au delà du Baïkal, ce lieu mystique où on se dit pourtant: " le monde s'arrête là, je suis arrivé ". Pour la énième fois, j'ai tenté d'exposer le projet en russe, et, à force d'essayer, de fois en fois, mes interlocuteurs comprennent de mieux en mieux de quoi il retourne. Mais sans le mot clé "Prastranstva", espace, au sens plus ou moins métaphysique du terme, que Varia m'avait appris, mais que j'avais oublié jusqu'à ce qu'Ania me le rappelle, je ne pouvais pas vraiment m'exprimer sur la géantropie. C'est là que l'on voit à quel point le projet tourne autour de cette notion fondamentale d'espace de vie. Je pense que la géantropie, c'est l'étude de ce "prastranstva" à travers le monde.

Et pendant tout ce temps, les paysages défilaient au travers des vitres, et je tentais de ne pas en perdre une miette, mais en même temps, je jugeais préférable de regarder mes interlocutrices dans les yeux, sinon, P. m'aurait fait des rodomontades. Le paysage est vraiment magnifique. L'été indien à perte de vue, des collines, de jolies petites rivières méandreuses avec du courant qui faisait scintiller l'eau sur les galets, des villages en bois, des prairies immenses, le ciel d'un bleu inconnu en France, la terre orange et verte, les nuages qu'il faut pour donner du relief au ciel. LE paysage dont doivent rêver à peu près tous les peintres et photographes paysagistes. L'espace est réellement infini ici.

Mardi 16/09/03, Train Ulan Udé - Vladivostok, 22:30 LOC, 16:30 MOS

La discussion avec Sergueï a continué, sur fond de coucher de soleil magnifique sur les collines de Tchita. Les deux femmes, Karma et Piatka sont descendues, je les ai accompagnées sur le quai, nous avons fait des photos les uns des autres, puis nous nous sommes dit chaleureusement au revoir. Lorsque le train est reparti, nous avons mangé avec Sergueï et Tamara, la jeune baboushka, et nous avons bu un peu de ma vodka, les trois toasts réglementaires, dans une ambiance très conviviale. Sergueï est vraiment super, même si j'ai du mal à comprendre tout ce qu'il raconte. Même après trois vodkas.

D'ici peu, nous allons nous coucher. Je suis enchanté de cette journée, et je commence à avoir une idée globale de ce voyage et de la Russie à travers le Transsibérien. Et cette idée globale est à l'opposé de la notion de visas, de contrôle des citoyens de la planète, de frontières, de lois, d'états... Je sens déjà la révélation finale, qui n'en est pas une en fait, qui s'opère en moi petit à petit, et j'appréhende chaque jour un peu plus le retour en France.
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LO Loopkin Veteran ·
Mercredi 17/09/03, Train Ulan Udé - Vladivostok, 12:00 LOC, 6:00 MOS

C'est étrange comme tout paraît facile le soir, avant de se coucher, en pensant qu'on va dormir du sommeil du juste.

Ce matin, je n'ai pas les idées aussi claires. Ma tête est à l'envers. Je crois que j'ai passé l'une de mes plus mauvaises nuits de ce voyage. Nous avons, à la place de nos deux charmantes pèlerines de la veille, eu l'honneur, pendant la nuit, d'accueillir un petit garçon d'un an. Ceci, combiné avec la chaleur étouffante qui règne dans ce wagon, m'a presque totalement empêché de fermer l'œil de la nuit. Je suis d'une humeur exécrable, il va falloir arranger cela, ça ne va pas du tout. Essayons, par exemple, de penser à des choses agréables. Déjà, j'ai tout de même réussi à dormir un peu, car j'ai rêvé d' Alien IV et de Corto Maltès, puis le rêve s'est ensuite transformé en rêve érotique sans crier gare.

Le bébé crie très fort, c'est affreusement pénible, et particulièrement difficile d'essayer de penser à des choses agréables, continuons cependant. Je pense souvent à ces merveilleuses rencontres que j'ai faîtes, d'abord à Sverdlovsk, puis au Baïkal. Je pense à la Russie, à mon avenir. Je construit mille projets dans ma tête, comme faire la traversée de la Sibérie en voiture, ou en skis de fond, ou en traîneaux à chiens...

J'apprends à l'instant que le bébé va presque jusqu'à Vladivostok. J'en suis malade. Encore deux nuits de souffrance, donc. Peut-on s'habituer ? Ce voyage sera révélateur en ce sens. J'espère que oui.

Depuis ce matin, je suis donc dans le bassin hydrographique de l'Amour, ce qui veut dire, par conséquent, dans le bassin versant du Pacifique. Déjà. Et on sent, à la température, qu'on a effectivement quitté le versant Arctique. En revanche, les paysages sont presque les mêmes, peut être un peu plus touffus, et la végétation plus avancée dans le processus de jaunissement automnal. Mais ce sont là des nuances. Je vois toujours des collines jaunes sans traces de civilisation, à perte de vue, et un ciel avec de très beaux nuages.

Dans ce train, l'état général de la propreté est à l'opposé du train qui m'a conduit de Sverdlovsk à Irkoutsk. Dans celui-ci, la pièce la plus agréable est le cabinet de toilette. On y est bien, au frais, coupé du reste du wagon, au calme. La fenêtre est ouverte, on peut se pencher au dehors et prendre des photos. Il y a même un porte serviette, du savon, du papier, et le sol et la cuvette sont nettoyés très souvent. Dans l'allée centrale, le sol est nettoyé toutes les deux heures en moyenne, alors qu'il le fut deux fois seulement, en cinquante six heures dans le train Sverdlovsk - Irkoutsk. Le seul problème intrinsèque au wagon, c'est à dire indépendant de ses habitants, c'est cette chaleur incompréhensible, et le fait qu'on ne puisse pas ouvrir les fenêtres. Si on rajoute certains de ses habitants, le voyage peut se transformer en source de déplaisir.

Sergueï prend son petit déjeuner, et Tamara lui dit régulièrement: " Mange, mange ! ". Typique. Je dois continuer le récit de dimanche, et, même, avant cela, finir celui de samedi soir. Nous sommes déjà mercredi.

Les photos que montrait Ania étaient vraiment très belles. Elle est une bonne photographe. Ses photos de fleurs et de ciels sont magnifiques. Lorsque l'album est arrivé à sa fin, le groupe compact que nous formions s'est réindividualisé. Eligio est monté se coucher. Nadia, qui avait la marque du pull rouge d'Ania sur la joue n'a pas tardé à monter se coucher aussi, rapidement suivie de Lisa. Ania m'a montré d'autres photos qu'elle avait amenées. Après cela, nous avons longuement discuté. C'est par cette conversation que j'ai appris qu'elle avait tout quitté pour venir ici et tout recommencer depuis zéro. Elle m'a parlé de son mari, de l'esprit serein qu'elle avait atteint en changeant de vie du tout au tout, malgré les déchirements dus à la distance, laquelle distance, disait-elle déjà à ce moment là, n'existait pas si les gens étaient vraiment proches. Alors, oui, c'est difficile quand elle pense à son ex-mari, à ses amis, à sa famille, mais cette idée l'aide apparemment beaucoup. Nous avons finis par aller nous coucher nous aussi, nous étions somme toute tous assez fatigués.

Le matin, dimanche, nous nous sommes levés après cette nuit dans le froid du refuge où j'ai si mal dormi. Nous n'avions plus de thé, rien à manger pour le petit déjeuner, et nous devions partir rapidement pour aller prendre la navette fluviale. Je n'étais pas de très bon poil, dès le matin, et le soleil commençait à lutter contre des nuages peu engageants. Nous avons refait en sens inverse le chemin jusqu'au Lac, puis jusqu'au port. Pendant la route, j'ai compris seulement alors qu'Eligio ne viendrait pas avec nous faire cette excursion en train touristique le long de la rive ouest du Lac, car il avait son train pour Saint Pet. Le soir assez tôt. Il nous a donc quittés au port, par le car de onze heures, qui rentrait à Irkoutsk, par l'itinéraire par lequel nous étions arrivés la veille. Juste après, nous avons acheté des vivres pour trois jours, pour prendre le petit déjeuner dans le train, dont quatre énormes omols, et des quantités astronomiques d'autres aliments.

Nous avons embarqué. Le but était donc de rejoindre l'autre rive de l'Angara, en restant dans le Baïkal, traversant légèrement en amont de l'endroit où le fleuve " sort " réellement du Lac, quand bien même la distinction serait possible. De l'autre côté, dans une sorte de port aux trois quarts abandonné, commence la ligne touristique, qui long le Baïkal sur sa rive Ouest, jusqu'à son extrémité sud, soit sur environ deux cent kilomètres, puis qui rejoint la ligne du Transsibérien, et la remonte jusqu'à Irkoutsk, d'Est en Ouest. En effet, cette ligne contourne le lac par le sud, et le rejoint véritablement à son extrémité sud où les deux lignes se joignent. Ensuite, il était prévu que je les laisse le soir en ce point, à Slouvianka, et que je continue ma route vers le nord-est, par le Transsibérien proprement dit, qui, lui, longe le Lac sur sa rive sud-ouest. Elles, elles devaient rester dans le train touristique, qui rentrait à Irkoutsk.

J'étais assis sur le pont avant de cette navette, sur une espèce de bite cylindrique. Je regardais le paysage. Ania prenait quelques photos.

Mercredi 17/09/03, Train Ulan Udé - Vladivostok, 13:30 LOC, 7:30 MOS

J'ai interrompu le récit car nous arrivions en gare pour une longue pause. Ces pauses durent en général vingt minutes, pendant lesquelles les machinistes vérifient les essieux, les employés troquent les draps sales pour des propres, reprennent éventuellement des provisions pour vendre aux voyageurs (thé, sucre principalement), et les voyageurs en profitent pour marcher un peu, fumer, discuter sur le quai (s'il y en a un), acheter des produits... J'ai acheté des pélménis aux pommes de terres, et j'ai discuté avec les deux premiers étrangers que je rencontre sur cette ligne depuis mon départ de Moscou: deux anglais, qui ne parlaient qu'anglais. La conversation était sympathique, mais je suis rapidement retourné avec les russes.

Je continue mon récit. Nous nous sommes souris, photographiés l'un l'autre avec l'appareil de l'autre, mais Ania a deviné que je devais être un peu ronchon ce matin. Elle m'a demandé ce qui n'allait pas. J'ai évoqué le froid de la nuit, l'absence de petit déjeuner, deux éléments qui influent toujours beaucoup sur mon humeur. Elle a éclaté de rire, s'est moqué - gentiment - de moi: " Le pauvre petit français qui a absolument besoin de son petit déjeuner pour être de bonne humeur ! " Rarement je ne m'étais senti autant français, et rarement avec une plus grande honte. J'ai senti le rouge envahir symétriquement mes deux joues.

La traversée fut rapide. Ensuite, nous sommes montés dans le train. Il avait une allure de train touristique: des wagons tout confort, un bar, une locomotive diesel (je m'attendais presque à en voir une à vapeur, mais nous étions dans un lieu sacré, qui ne se pollue pas comme cela). A l'intérieur, des télévisions s'apprêtaient à nous diffuser des documentaires et des diaporamas commentés sur le Baïkal. Le train comportait plusieurs wagons, mais nous n'étions qu'une quinzaine de touristes, c'était effectivement bien le dernier train de la saison. De fait, nous étions très peu par wagons. Lisa s'en donnait à cœur joie dans les allées. Nous, nous nous en sommes donnés à cœur joie en commençant immédiatement à attaquer les poissons.

Le train longeait véritablement la rive. La voie ferrée était la seule infrastructure de toute cette région. Aucune route, aucune voiture, ni aucune Lada, pendant plus de huit heures de cheminement. Les villages étaient accessibles uniquement par train, par bateau, ou à pieds en été, à skis en hiver, par les montagnes qui venaient se terminer ici dans l'eau, après un voyage de plusieurs semaines. Malheureusement, le ciel était redevenu uniformément gris. La beauté du lieu ne ressortait pas complètement. Le train avançait très lentement, et faisait souvent des pauses, pendant lesquelles le guide nous montrait et commentait une curiosité. Un tunnel, une ancienne gare, une vieille locomotive des années vingt, à vapeur celle-là, etc... C'est ainsi que j'appris que cette ligne, maintenant devenue touristique à la période estivale, avait été l'ancienne ligne du Transsibérien. Bien entendu, la voie ferrée ne comportait qu'une unique voie. A cause du relief tourmenté, les tunnels étaient nombreux, ainsi que les ponts, les remblais, les murs de soutènement, les déblais. Un colossal ouvrage de génie civil pour l'époque.

Vers quinze heures, nous avons fait une longue pause dans un charmant village, au bord d'un joli torrent qui venait se jeter dans le Lac, comme six cent autres... Lisa est partie " vivre sa vie ", comme m'expliquait Ania, avec une famille de touristes qui étaient avec nous dans le wagon, et dont la fille, du même age, était immédiatement devenue sa copine de voyage. Nous avons profité de cette longue pause pour faire une promenade à pieds le long du torrent avec Ania et Nadia. C'était très joli.

Le train a ensuite continué encore de nombreuses heures, de pause en pause. Je fis un moment un somme, que je m'efforçais d'écourter le plus possible pour ne pas donner de moi l'image du voyageur blasé qui a tout vu et que la beauté du lieu laisse indifférent. C'était faux, mais j'étais vraiment ensommeillé. Ce fut un peu dur. Ce qui me réveilla fut une conversation que nous entamâmes tous les trois (Lisa continuait sa vie dans le wagon avec son inséparable copine), puis ensuite surtout Ania et moi, à propos de... géantropie. Les deux filles ont eu l'air très intéressées par notre projet en Amérique Latine, et Ania m'a demandé de détailler le plus possible. Nadia s'est ensuite lassé, et est parti s'occuper de Lisa. Elle nous a laissés tous les deux, Ania et moi. Nous avons beaucoup parlé. Mon coup de fatigue était parti. Il était plus de dix-neuf heures, le train allait arriver à Slouvianka dans une heure. Nous étions désolés de nous quitter si rapidement, alors que, visiblement, nous avions encore tant à partager. Mais Ania eut cette réflexion très positive que je n'oublierai pas: " Ce qui se passe, c'est tout simplement génial. Ca crée un nouveau lien de communication, invisible mais fort, entre deux points de la planète séparés de plus de sept mille kilomètres, situés au bout du monde l'un par rapport à l'autre. Il n'y aura pas d' ''espace'' entre nous. " Cette vision me plaisait, et était très proche de certaines notions géantropiques, surtout qu'elle parlait de cela dans ce cadre, justement. Je pense qu'Ania peut être la représentante de la géantropie en Sibérie, ce qui n'est pas rien. Elle m'a parlé d'une carte des peurs que leur avait fait faire leur maître de yoga. Par ailleurs, elle voit le Baïkal typiquement comme un " espace sacré ", et cet espace là l'a appelée à lui quand bien même elle n'y avait jamais été.

Le moment de nous dire au revoir approchait. Le train arriva en gare de Slouvianka sous une pluie qui commençait, à la nuit tombante. On revoyait de nouveau les routes boueuses, les voitures, le halo de leurs phares dans la pluie, les bâtiments en briques, ou pire, en béton armé délavé, délabré. Le train s'immobilisa. Nous descendîmes, et Ania me trouva en deux temps trois mouvements un billet de train Slouvianka - Ulan Udé, partant le soir même, trois heures plus tard. Sur le basalte, devant le marche pied du train, j'ai dit au revoir à Nadia, puis à Lisa, puis en dernier à Ania, et on s'est promis de s'écrire. Elle a répété une dernière fois: " Ecris ", puis une dernière fois " Il n'y aura pas d'espace entre nous ", et nous nous sommes dits au revoir. Toujours aussi dynamique et souriante, elle est remontée dans le train où l'attendaient déjà Lisa et Nadia, nous nous sommes encore salués de loin, avec les yeux, et finalement, elles sont rentrées dans le wagon, et moi, j'ai repris ma route, poor lonesome cow-boy, sous la pluie, un automne... au Baïkal.
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LE Lepiaf Globetrotter ·
Je me l'imprime comme la 1ère partie et le fais lire à toute la famille.
AL Alan Globetrotter ·
Brrrrrooooouuuu ......! j'en sors avec des frissons partout.....pas du lac [;)] mais de ton récit, impossible d'employer des superlatifs, j'ai passé un super moment, j'aurais d'ailleurs voulu y être avec toi....

Je ne perds d'ailleurs pas espoir car je vois que tu as encore des projets dans ce grand continent sibérien......[:)]

J'ai beaucoup aimé Ania et la façon qu'elle avait d'appréhender la vie..." Il n'y aura pas d'espace entre nous ", oui....jolie idée et je comprends tout à fait ce qu'elle veut dire et les sentimenst qu'elle devait avoir en elle en te disant celà....on voudrait tous être à sa place et pouvoir tracer son destin de cette façon.....

Je pense que Serguei devait avoir aussi de belles idées à développer sur le sens à donner au cours de la vie......et il faudra que tu me parles absolument de la géantropie.....

Baïkal, Baïkal......tu m'as, pour la seconde fois, littérallement envoutée toi et tes habitants et grâce à toi Loopkin, je commence à regarder ce pays avec d'autres yeux et d'autres envies.......
LO Loopkin Veteran ·
Comme tu as pu le voir (apparemment avec plaisir, encore merci pour tant de compliments!), la seconde rencontre super forte de mon voyage est en ligne. Je te l'avais promise! Et comme sa rédaction n'a pas été linéaire, en prime, sont venues s'y greffer mes chouettes rencontres qui ont suivi, celle avec Piatka et Karma, et surtout Sergueï de Sakhaline. Au final, je ne l'ai pas accompagné là bas, pas le temps, mais on s'est dits que j'irai un jour. Je compte bien aller lui rendre visite. Je crois que ça lui ferait plaisir. Il ne lui manque rien dans ce trou paumé, sur le plan matériel. Mais je me demande si, sans compter son fils, évidemment, il n'est pas un peu trop isolé, ce bougre d'ours là. Et pour le courrier, il faut compter deux mois! S'il arrive! Enfin, on a tout le temps...

La géantropie... hmm! Je commence à me dévoiler, là, par ce récit. Je vais bientôt en parler bien plus en détails. Quand je serai prêt. Ca fait des mois que je le veux. Là encore, patience (je dis ça surtout pour moi, je suis impatient de vous en parler).

L'eau, elle était vraiment pas chaude, parce qu'à mon retour en France, début octobre, je suis allé dans le Beaufortin où il avait très précocement neigé. Je suis monté en plein soleil à un refuge, où je suis arrivé en sueurs, trempé, ayant brassé des heures dans 40 cm à 70 cm de fraîche. Près du refuge, un petit lac (un peu plus petit que le Baïkal...). L'envie de me laver à l'eau (sans savon, bien sûr, le lac était trop petit pour supporter une telle pollution) fut très forte. Le seul problème technique, est qu'il a fallu briser la couche superficielle du Lac pour avoir de l'eau... liquide... Et bien, j'ai moins ressenti le froid, parce que, même si elle devait être à envirion 4 ou 5 degrés, j'étais en plein soleil, et il n'y avait pas ce terrible vent humide du soir tombant. Ensuite, je me suis séché au soleil sur un rocher, sans frissoner un seul instant. Rien à voir!
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LE Lepiaf Globetrotter ·
Mais quesacco la géantropie ? Même Mr Google reste muet.

Bravo pour la description du lac Baïkal, tu es arrivé à nous en faire ressentir l'immensité et la puissance.
LO Loopkin Veteran ·
Mister Google ne référence rien pour le moment, c'est normal. Le site n'est pas encore en ligne, et ce concept, c'est nous qui le proposons. C'est un néologisme, un mot valise, aussi. Il y a Geo, Anthropos, entropie, tropisme. J'en reparlerai très bientôt. Promis.

Content d'avoir pu, avec quelques mots, rendre un peu au Baïkal ce qui lui appartient.
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MA Marsu Veteran ·
BRAVO!!!!!!

Et merci, rien d autre....

[:)]
Que le vent te pousse en avant, que le soleil illumine ton visage, que le vent du destin te pousse à danser avec les étoiles.... THE BLOW pour laisser la place à ses rêves!!!!

Suntala
OU Ouais Veteran ·
merci bcp, cela faisait un bon bout de temps que je voulais le lire mais comme j'avais pas trop le temps avant, je me le suis imprimé et je vais en faire profiter tout le monde.

Fait nous encore rêver!!!!! julien
un grand voyage commence toujours par un petit pas. Association NE POUR VIVRE

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