Carnet de voyage: Inde et Népal

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PÉ
Depart: 12 juillet 2010, Gare centrale, Montreal

Heure: 23h45

C'est le coeur étourdi par les émotions que j'ai vu s'éloigner derrière moi la gare centrale. Un oubli, des préoccupations, des questionnements, des gens que j'aime (merci les filles!!)… je ne pouvais plus rien y faire. Il n'y avait que le présent et l'avenir qui m'attendait. L'excitation était palpable entre moi et Chloe. Main dans la main, yeux étincelants, sourire aux lèvres, nous laissions les images ensoleillées bercer tranquillement notre esprit. Je ne pouvais m'empêcher de rire et de réfléchir a l'importance de vivre l'instant, sans se soucier de demain. La folie apporte bien un brin de fantaisie dans ce monde trop souvent… crispé.

Le sommeil ne tardait pas a contrôler chacun des muscles de mon corps. Huit longues heures ont fallu avant d'arriver au terminus d'autobus de NY.

C'est ainsi, assise a l'aéroport JFK que j'observa au travers de la fenetre, l'engin qui nous mènera jusqu'à notre premier et dernier escale.

Depart: 13 juillet, Aeroport de Zurich, Suisse

Heure: 9h50 (heure locale)

Completement crevée, mais a la fois, débordante d'énergie a l'idée d'atterir, d'ici 8 heures, au pays des mille et une couleurs. Nous avions très hate de rencontrer nos hôtes, Hilda et Sreemar.

Arrive: 13 juillet, Mumbai, Inde

Heure: 21h50

Ainsi, c'est avec le plus grand des sourires que j'aperçois Sreemar parmi la foule exubérante. A travers ces gens, les cris, les odeurs, l'ecrasante humidité, j'entendis mon nom. "Marian?" qu'il disait. Des que mon regard se posa sur lui, j'ai tout de suite ressenti un attendrissement pour cet homme. Les vibrations négatives et surtout… étranges de d'une femme rencontre dans l'avion ont finalement laisse la place, quelques instants plus tard, a une énergie nouvelle et agréable. A bord de sa voiture, Sreemar nous prévient de la course folle qui nous attendait!

"Fermez vos yeux si vous sentez que vous avez peur, mais faites-moi confiance!"

Il est vrai qu'il n'est pas facile de se frayer un chemin parmi ces voitures ou le clignotant ne semble pas exister… :) Qu'en est-il des accidents? A première vue, nous pourrions croire que c'est chose courante!

"Il n'y a pas vraiment d'accidents. En fait, oui, il y en a, mais des petits. Il existe rarement des accidents graves ou mortels".

Normal! Rouler a une vitesse si lente sur l'autoroute… Nous étions loin des 130 km\h au Quebec.

Finalement, la voiture prend un petit chemin et se bute a une grande grille. De l'autre cote, un homme arrive et nous ouvre gentiment la porte. Sommes-nous arrives? Parmi le "slam" et les nombreux itinérants couches sur le bord des routes dans l'espoir de recevoir un bout de pain, se cache de spacieuses maisons. Du haut de ses trois etages, la maison de Sreemar abritait une terasse sur le toit nous permettant d'être les témoins de la vie quotidienne des gens de Borivali (quartier dans Mumbai).

Hilda nous attendait dans toute sa splendeur. Suite a un tour guide des lieux, elle nous amene vers notre chambre. Deux petits lits, deux ventilateurs, deux fenetres… Nous n'avions qu'une idée en tete: dormir! Enfin… suite a ces 24hres sans sommeil, notre corps ne se faisait pas prier. Le temps de déposer notre tete sur l'oreiller que nous nous retrouvions deja vers d'autres cieux.

Le lendemain matin, l'odeur du cafe me chatouilla le nez! Hilda nous avait prepare un petit dejeune très américain: corn flakes, bananes, cafe… Semble-t-il que notre choc serait attenue de cette façon! :)

Le ventre bien rempli, Chloe et moi avons termine d'écrire notre premier article pour le journal de Mont Laurier, communément appelé Le Courant (pour ceux et celles qui n'étiez pas au courant, nous avons droit a un espace dans le journal afin de partager des détails de nos aventures… sans compter nos émotions (joies, peines) et nos réflexions).

Sans rentrer dans les détails, je voulais simplement vous dire que nous avons découvert certaines rues de Mumbai ou des marches s'etendent a l'infini. Nous avons bien observe Hilda qui s'est fait une joie de nous enseigner les rudiments de base d'un bon marchandage a Mumbai.

Regle #1: Demontrer un fort désaccord sur le prix, peu importe s'il y a exagération ou non.

Regle #2: Faire "semblant" de vouloir partir. D'un pas decide, marchez l'équivalent de 2m environ, puis… ralentissez! Permettez au moins au vendeur de vous crier un prix plus qu'alléchant.

Regle #3: Se retourner, marcher vers le vendeur en lui démontrant que le prix est encore exorbitant, mais que vous accepter. L'important est l'expression du visage: ayez l'air sur de vous!

Quel caractère cette femme! Nous adorons et je me faisais une joie d'appliquer les leçons juste pour le plaisir de la chose!

Sreemar, quant a lui, nous a fait découvrir les différents moyens de transport indien! D'abord, nous avons pris le ricksaw (taxi sur 3 roues) afin de nous rendre a la gare de train. Le train, bonde (separant les hommes des femmes), semble nous transporter tout droit dans un jeu video.

Objectif du jeu?

1. D'abord être capable d'entrer dans le train.

2. Bien s'agripper dans l'espoir de ne pas tomber sur les rails.

3. Lorsque le train s'arrête et que ce n'est pas notre destination, tenir fermement la barre ou son voisin afin d'empêcher les autres occupants de nous sortir du train!

Nous ne l'avons pas pris, mais nous avons eu un plaisir fou a observer le spectacle qui s'offrait devant nous.

Entre les tours guides de la ville a bord de la voiture de Sreemar, la visite du Musee Chhatrapati Shivajo Maharaj Vastu Sangrahalaya (on dit en anglais... Prince of Wales Museum of Western India), les delicieux repas prepares par Hilda, les nombreuses conversations enrichissantes... nous avons developpe une belle relation avec nos hotes. Nous avons decouvert des gens empreint d'une grande generosite et d'une merveilleuse sensibilite. Il ne s'est pas passe une seule journee ou je n'ai pas ete emue par les propos attendrissant qu'Hilda ou Sreemar pouvait nous raconter.

Bref, je vous laisse ici… Chloe et moi venons tout juste d'acheter notre billet d'avion pour Kathmandu. Depart: demain matin, 8h05.

John, le directeur de l'orphelinat Grace Home, devra nous attendre a l'areoport. Il est présentement 00h41, heure de Mumbai… Une courte nuit m'attend.

Je sens qu'il sera difficile de se séparer de Sreemar et d'Hilda. Nous avons été accueilli comme des reines… Demain, du sirop d'érable et du miel biologique les attendent en guise de remerciement.

Au revoir, Inde! Bonjour, Nepal!!
En somme la beauté est partout. Ce n'est pas elle qui manque à nos yeux, ce sont nos yeux qui manquent à l'apercevoir.
PÉ Péninsule ·
Date: 17 juillet 2010 Ou: Maison de Sreemar et Hilda, Mumbai, Inde

Heure: 5h25 am

C’est dans la noirceur que, sur la pointe des pieds, je me suis dirigee vers la salle de bain. Hilda s’est levee peu de temps après afin de nous preparer un dejeune aussi occidentale que le premier. L’avion nous attendait 3 heures plus tard et malgre notre entetement a vouloir prendre le taxi jusqu’a l’aeroport, Sreemar a tout de meme gagne la bataille. Il etait hors de question de nous laisser partir de cette facon! Il allait prendre sa voiture!

Je revois encore l’image d’Hilda en robe de nuit, debout pres de la porte d’entrée, nous regardant nous eloigner dans la ville encore endormie. C’etait particulier d’oberver les rues vides, silencieuses: tres contrastant comparativement a ce que nous etions habituees de vivre jusqu’a present. Malgre les rires, les regards complices jetes de temps a autre a Sreemar et les "bines" a la quebecoise, j'etais triste a l'idee de partir. Les moments vecus a leurs cotes s'ajoutent aux nombreux autres souvenirs que je ne veux oublier!

Depart: Aeroport de Mumbai, Inde Heure: 8h05 (heure locale)

Vous ne devinerez jamais... Apres avoir fait tant d'avion en peu de jour, j'ai decouvert, la tete dans les nuages, un moyen tres therapeuthique m'aidant a ne pas passer le vol aux toilettes! Fini les gravols, je m'amuse plutot a grifonner le portrait de Chloe dans mon cahier. :)

Arrivee: Aeroport de Kathmandu, Nepal Heure: 10h45 (heure locale)

Ahh... Kathmandu! Nous y voici! Capitale du Nepal, elle est egalement la plus grande ville metropolitaine du pays.

Deja, sortir de l'avion est depaysant: des escaliers nous menent directement a l'exterieur. Nous devons donc prendre une navette pour se rendre a l'interieur de l'aeroport. En attendant l'arrivee de l'autobus, les yeux fermes, je respirais a plein poumon cet air inconnu!

Nous croyions que John, le responsable de l'orphelinat, allait etre present pour nous accueillir a notre arrivee, mais je me doutais bien que le message envoye, quelques heures avant notre depart de l'Inde, allait etre recu en retard. Nous avons donc decide de prendre un taxi, a la recherche d'un petit hotel pour y passer la prochaine nuit. Le chaos de l'Inde a laisse place a une atmosphere beaucoup plus calme... “Namaste”! que les gens disent…

Suite a une escapade mouvemente a bord du taxi qui nous a bien fait rire - l'auto a decide de s'arreter au beau milieu de la petite route de terre et des voitures colorees -, nous sommes arrivees dans un modeste guesthouse dans le coin de Thamel, quartier ghetto touristique. Pas besoin de vous dire qu'a la suite des courtes nuits que nous venons de passer - trop excitees a l'idee d'etre ailleurs...-, nous nous sommes simplement assoupies sur le lit plusieurs heures...

Heure: 21hres (heure locale) Ou: Quelque part a Thamel, Kathmandu

Nous y voici, le Nightlife de Thamel dans toute sa veracite. Il suffit de lever la tete pour remarquer les nombreux bars-terasses qui couronnent les batiments et qui crachent de tous leurs feux de bons vieux classiques americains… comme Collective Soul! Non mais… quel depaysement! -. A travers les rues plutot obscures, Chloe et moi nous faisons klaxonner par les quelques ricksaws, motos et voitures qui nous depassent. “Namaste!”

Mais ou sont inscrits le nom des rues ici?

Le lendemain matin, une faim atroce s’etait reveillee dans mon estomac. Nous nous empressons donc de sillonner les rues calmes de Thamel a la recherche d’un bon endroit ou deguster un dejeuner nepalais.

C’est au Northcliff café que notre instinct a decide de nous mener: vegetation luxuriante, tables de bois massifs, lumieres enveloppees de papiers multicolores… tout y etait pour creer une ambiance reussie. Au menu: omelette nepalaise – oignons, piments forts, tomates, echalottes, coriandre -, toasts et cafes. En ayant a peine eu le temps de mastiquer ma derniere bouchee, le gerant me serre la main et me pointe une table un peu plus loin. Trois touristes, tout sourire, me font signe de la main, pendant que Chloe est occupee avec le serveur qui semblait vouloir lui proposer des services d’aromatherapie ou de massage! Ram, un jeune belge flamant installe a Kathmandu depuis plusieurs mois, travaille dans un orphelinat tout pres. Tara et Purina, l’une Belge et l’autre, Bulgare, sont venues lui porter main forte. Ainsi, de fil en aiguille, je me suis mise a leur partager les raisons de notre voyage. Des que j’ai prononce le mot “calendrier”, les yeux de Ram se sont mis a petiller.

“Vraiment? J’ai fait un calendrier l’annee derniere et ca a porte fruit! Je peux vous le montrer, si vous le voulez.”.

Je trouvais que le hasard faisait bien les choses… Nous avons donc decide de garder contact et de leur telephoner d’ici quelques jours afin de discuter plus en profondeur du merveilleux projet qui nous emballe depuis les derniers mois.

Il etait maintenant temps de retrouver John a l’orphelinat. Nous voulions d’abord lui faire la surprise, mais comme il n’y a aucun nom de rues, ni adresse visible – d’autant plus que personne ne semblait connaitre “Grace Home orphenage”-, nous avons decide de l’appeler afin de nous donner rendez-vous. Comme John connaissait un guesthouse plus pres de l’orphelinat que celui dans lequel nous etions – a la limite de Thamel -, nous l’attendions avec nos valises.

John, 30 ans – selon ses dires, car je lui aurais donne facilement plus – est plutot petit et bedonnant. Malgre son sourire, ses yeux dissipaient une grande fatigue. Je peux déjà me douter des longues heures de travail qu’attendent John au quotidien.

Ainsi, suite a une petite escapade en taxi, nous avons depose nos nombreuses valises – dont certaines contiennent vos dons en vetements et en toutous! Un gros merci encore!! – dans notre petite chambre.

La marche nous menant a l’orphelinat a ete plutot longue. J’essayais de bien photographier certains batiments strategiques dans ma memoire afin d’avoir des reperes lorsque nous devrons y retourner seules. Nous verrons… j’etais beaucoup trop excitee a l’idee de rencontrer les enfants. Apres avoir emprunte une petite route de terre, j’apercu une porte aux couleurs de l’arc-en-ciel. Nous y sommes.

“Children area. Keep Quiet!” pouvons-nous y lire sur l’un des murs.

Des que nous avons ouvert la porte, nous pouvions apercevoir une grande court a ciel ouvert. Longeant chacun des murs peints aux couleurs eclatantes, nous pouvions y voir des chambres. A ma droite, une vieille dame lavait des vetements. “Nasmaste”! Oh! Une petite tete vient de se faire decouvrir dans l’ombre d’une des portes. “Namaste, Namaste! Namaste!”. Oh! En voila une autre… et une autre!!

John nous invite a nous assoir et demande aux enfants de se mettre en rang. Chacun leur tour, dans un anglais plus ou moins comprehensible, ils se sont mis a se presenter. Ils sont beaux comme des coeurs… Nous avons donc fait la connaissance de Sagar, Anisha, Kushal, Shova et de 8 autres enfants.. tous ages entre 5 et 13 ans.

John nous reservait une surprise. Chloe et moi avons un nom nepalais.

C’est ainsi qu’on m’attribua le nom de Karuna, signifiant la bonte pure… l’aide avec generosite et coeur, sans rien demander en retour… communement appele le vrai altruisme! ;)

Kusum a ete le nom attribute a Chloe… signifiant la purete universelle, tout simplement! :)

Maintenant, il etait temps de parler “affaires”. Avec l’argent amasse lors de notre soiree a l’appartement – vous avez donne 110$ les amis!! MERCI!! -, nous avons demande a John de nous faire part de ses besoins urgents – factures a l’appuie exigees-.

Le budget sera attribute comme suit:

1. La construction d’un toit plus solide et plus impermeable dans les chambres

2. La facture de l’electricite du prochain mois

3. Un gros sac de riz – que nous avons ete acheter quelques minutes plus tard –

Suite a cela, John nous explique notre horaire journalier. Le matin, de 7h a 10h, nous sommes avec les enfants – aide avec la finalite de leur devoirs, jeux, aider a la preparation du petit dejeuner, aller les reconduire a l’ecole – et le soir, de 16h a 19hres – aller les chercher a l’ecole, les aider avec leurs devoirs, jeux -. Nous nous rejouissons de cet horaire et des taches qui nous attendent... Deja, enseignantes que nous sommes, des idees d'activites se mettaient a germer!

19 juillet Heure: 19hres (heure locale) Ou: dans notre hotel

Chloe et moi avions faim et nous avons devore le sac de peanut que nous avions achete… En fait, J’AI peut-etre devore le sac… a peine ai-je eu termine la derniere bouchee que mon foie commencait déjà a se plaindre. Une heure plus tard, une fatigue anormale s’est emparee de moi. Je decide de m’endormir… Je me reveille avec un mal a l’estomac plutot terrible. Ca y est! Je vais etre malade! Couchee dans la penombre, les etourdissements me donnent le gout de vomir. Je me leve… et je crois m’effondrer! De quelle facon me suis-je retrouve agenouillee pres de la toilette? Aucune idée… mais je vous epargne les details! Resultat: 24 heures au lit a me “chicaner” avec Chloe qui s’obstine a vouloir me donner que de l’eau bouillante salee, pretextant que cette “potion” m’aidera a ne pas trop me deshydrater! ;)

20 juillet Heure: 11hres (heure locale) Ou: dans notre hotel

Pendant que Chloe etait allee manger, John est venu me voir pour s’assurer que je sois toujours en vie. Je me suis levee peniblement de mon lit avec l’extenuante impression de ne pas avoir dormi… A voir sa figure lorsque j’ai ouvert la porte, j’ai tout de suite su que je devais avoir un air epouvantable! Haha…

John avait un sac de fruits dans les mains… Comme il est gentil! J’ai donc profite de cette visite pour etaler les nombreux vetements que nous voulions donner aux enfants. Assise sur le lit en mangeant une enorme pomme, je regardais John trier chacun des vetements avec delicatesse. Des que ses yeux se poserent sur les toutous.. ses traits se sont decrispes. Un sourire enfantin prenait le controle de son visage… Sourire sous le charme duquel je succombais immediatement. Il en a pris un et l’a mis pres de son visage… Je pouvais presque voir des larmes jaillir de ses yeux.

J’etais emue, mais a la fois triste… j’avais l’impression que ces toutous reveillaient en lui des souvenirs douloureux et lointains. Pendant quelques longues secondes, John n’etait plus avec moi.

21 juillet Heure: 5h30hres (heure locale) Ou: dans notre hotel

Quel jour sommes-nous?

L’estomac encore fragile, etourdie, je me suis convaincue que j’avais l’energie pour passer la journee avec les petits. Chloe et moi etions persuadees que nous pouvions nous rendre a l’orphelinat assez facilement. Haha.. ERREUR! Il etait 6h30 lorsque Kathmandu riait de nous, petites quebecoises perdues parmi les klaxons, la poussiere, les gens, les nombreux chiens errants…

“ As-tu apporte le numero de telephone de John, Mari?”

“…”

“Mari?”

Dans l’etat physique dans lequel j’etais ce matin-la, il ne fallait pas m’en demander autant!! Haha… Vous auriez du nous voir… A l’aide de ma camera, nous accostions des gens en leur montrant des photos que j’avais prises lors de notre premiere ballade avec John. “Do you recognize that place?”… Malheureusement, toute boutique, toute parcelle de beton se ressemble… Nous avons du rebrousser chemin et appeler John de notre hotel.

Chloe et moi l’avons attendu, en sirottant un the nepalais, tres epice… au gout prononce de gingembre. A son arrive, John nous propose d’aller voir sa “soeur” – fille tres proche de lui - qui peut nous confectioner un habit traditionnel sur mesure. Nous n’avons qu’a choisir nos tissus et le tour est joue! Nous appelons ce vetement le “Nepali Kurtha and surwal”. Nous acceptons et… pendant que les enfants sont a l’ecole, nous sortons donc un peu de la ville… Moment qui fut mon premier vrai choc.

Nous marchions pres d’un depotoir qui longeait un canal… De l’autre cote, j’apercois des bidonvilles… maisons ou les toits ne sont tenus que par des grosses roches et des pneus… L’odeur est repoussante… je vois des femmes dans l’eau brunie par les dechets. Je n’ai pas ose trop regarder pour savoir ce qu’elles y faisaient… Un peu plus loin, un lieu sacre… des hommes prient et brulent de l’encen… A ce moment précis, je prends conscience de la carapace inconsciente que je me suis mise depuis le debut de notre periple. C’est que soudain, j’ai senti mes larmes monter et disparaitre aussi rapidement. J’etais en mode “protection”.
En somme la beauté est partout. Ce n'est pas elle qui manque à nos yeux, ce sont nos yeux qui manquent à l'apercevoir.
PÉ Péninsule ·
21 juillet Heure: 10h am Ou: Quelque part dans Kathmandu

Alors nous y voici. John marche devant nous d'un pas assure - ce qui n'est pas le cas de moi et Chloe! Nous marchons plutot lentement en regardant chacun de nos pas... question d'eviter les nombreux trous qui s'offrent a nous -. Ah!! Il fait une de ces chaleur! C'est ecrasant. Je regarde autour de moi les nombreux batiments en beton, la poussiere, omnipresente, qui semble stagner dans les airs, le sol aride... Tout est beige! Je me sens presque teletransportee dans un desert. Mes yeux sont a la recherche de vegetation. Il doit bien y avoir quelque chose, ne serait-ce qu'un petit... pissenlit?

Perdue une fois de plus dans mes pensees, John me rappelle la raison pour laquelle nous sommes ici en me mettantt sa main sur mon epaule: nous allons rencontrer sa "soeur" qui nous confectionnera notre habit traditionnel! Nous empruntons donc une petite rue etroite remplie de petits magasins - vendant tous un peu la meme chose! D'ailleurs, je me demande comment ils font pour se demarquer les uns des autres... Imaginez une rue remplie de depanneurs grands comme votre chambre a coucher qui vendent du coke, des biscuits, des chips, du riz, des montres, des parapluies, des camions en plastiques et autres cossins -. Ainsi, John s'arrete devant l'un de ces "depanneurs" jumeaux. Assise derriere son comptoir, une magnifique jeune femme nous affiche son plus beau sourire. Pourquoi hoche-t-elle la tete comme ca - difficile a expliquer, mais imaginez quelqu'un qui hoche la tete en guise de "je suis pas sur!" Vous visualisez? -. Il me semble avoir vu des enfants de l'orphelinat faire la meme chose...

Tout compte fait, la jeune femme nous invite a nous assoir et nous offre un the nepalais - Ahhh, ce the est de loin le meilleur que j'ai jamais bu. Ca y est! fini le cafe a present! -. Apres avoir hoche une seconde fois la tete, elle nous etale les nombreux tissus aux couleurs exquises et brodes a la main. Quelle joie! Il etait facile de se perdre a travers toutes ces teintes... Cela nous ramenait a l'innoncence de nos jours puerils...

Chloe opte pour le "kit" kaki et fushia... Tandis que de mon cote, j'opte pour le "kit" brun et bleu ciel. :) Aussitot choisi, une femme plus agee, tout de rouge vetue, s'approche de nous avec un ruban a mesurer et un livre sous le bras. Soit que cette femme a connue une mauvaise journee, soit qu'elle prend son travail a coeur, car elle n'affiche aucun sourire. Crayon dans la bouche, ruban a mesurer dans les mains, elle prend Chloe - alias Kusum - par les epaules, la met droite et commence a mesurer tous les moindre details de son corps. Je retiens un rire. Avec des gestes tres masculins, elle examine la physionomie de ma comparse de voyage! Deja fini? Et voila, c'est mon tour! Lorsque le travail fut termine, la femme s'est mise a sourire. J'en profite... "Pouvons-nous vous prendre en photo? Vous etes si belle lorsque vous souriez - petit clin d'oeil ;) -". Alors la, vous auriez du voir son expression faciale! On a presque eu la chance d'y voir une dent... ou deux.

D'ici deux jours, nos "robes" nepalaises devraient etre pretes! Impressionnant quand meme.

En sortant du "depanneur", John croise un jeune nepalais. A voir la facon avec laquelle ils se parlent, nous presumons, Chloe et moi, qu'il s'agit d'un bon ami. En fait, ils continuent de marcher devant nous et se tiennent par la main - les hommes nepalais ne sont pas genes de se demontrer leur affection en public. C'est meme tres beau a voir! -.

John se decide enfin a nous presenter.

Kumar est un nepalais de 26 ans, grand - on s'entend.. grand pour un Nepalais! On parle ici de 5"8 peut-etre - et mince. Je remarque de grosses cicatrices sur son cou. Que s'est-il passe? Un tas de scenarios s'agite dans mon coco. Comme il travaille a son compte, Kumar traine son cellulaire et peut, semble-t-il, organiser ses journees comme bon lui semble. Chloe et moi nous lancons un regard complice. On s'imagine la suite...

Evidemment, Kumar se propose pour nous faire visiter Kathmandu et tous les attraits que nous pouvons retrouver pres de la capitale.

"L'argent n'est pas un probleme pour moi. Je ne veux pas que vous me payer. Vous etes mes amies maintenant et je veux vous faire connaitre mon pays!".

Je lance un regard inquisiteur a John qui me repond par un hochement de tete. Le meme hochement etrange que la femme du "depanneur"... J'imagine que c'est leur facon d'acquiescer?

Trajet en bus pour se rendre a l'orphelinat

A notre arrivee, nous nous rejouissons de voir un jeune homme en train d'installer un petit toit en bois a l'interieur des chambres des enfants.

"Ce toit va empecher l'eau de couler, John?"

Il semblerait que oui!!! Il hoche la tete. Bon, c'est le moment: "Pourquoi hochez-vous tous la tete comme ca?"

"It's the way to say yes". Ahh! Enfin!! mais... c'est tout de meme etrange. Je ne sais pas si je vais m'y habituer!

Revenons a nos moutons: John m'explique egalement qu'avec l'argent que nous lui avons donne, il va installer de l'electricite dans chacune des chambres - electricite pouvant eclairer une petite ampoule -. Chloe et moi sommes heureuses de la rapidite avec laquelle John entreprend ses projets. Je le trouve tres devoue... D'ailleurs, c'est tres motivant de voir du concret.

En entrant dans une des chambres, je fais la rencontre d'un Francais de 50 ans. Dominic - et sa femme Marie-Pierre - sont a "Grace Home orhpanage" depuis 2 mois deja. Dominic me raconte que sa femme et lui ont commence un tour du monde "humanitaire" en janvier dernier. John leur avait parle de nous et ils avaient tres hate de nous rencontrer - je les soupconne egalement d'avoir hate de parler francais avec des gens! hihi -. Dominic me fait part de ses reflexions concernant la gestion de l'orphelinat et de certains comportements agressifs envers les enfants - semble-t-il qu'un des tuteurs ne se gene pas pour frapper les enfants lorsqu'ils font une erreur dans leur devoir -. Imaginez la tronche que j'ai faite! J'etais secouee.

Il est pres de 16hres et c'est le temps d'aller chercher les enfants a l'ecole. Une petite marche de 7 minutes suffit pour nous y rendre. Les enfants, tous heureux de nous voir, nous tiennent par la main - il nous en faudrait 10 pour les combler tous! -. A cet instant, j'entends fredonner les enfants un air qui ne m'est pas inconnu! Ahh, mais c'est "Frere Jacques"! Je me retourne et je comprends que les coupables sont en fait Dominic et Marie-Pierre! :)

Des notre retour, c'est le temps de faire les devoirs. Dominic me montre du regard le tuteur "agressif". Je le scrute du regard! Naranjala - ou quelque chose du genre - est un jeune tuteur nepalais. D'emblee, il a l'air tres doux et je suis meme surprise de le savoir violent. De toute facon, il a interet a ne pas lever le petit doigt en ma presence - qu'est-ce que je ferais? Aucune idee! Mais je ne resterai pas clouee sur place! -. A l'exterieur, un petit toit sert de salle a manger et de lieu propice aux devoirs. Assise sous ce toit, j'apercois Shova et Pabina mettre des vetements sur une corde a linge. On m'informe que c'est le jour pour certains enfants de faire leur lavage. Comme ils n'ont pas de "laveuse", ils le font a la main.

Je m'installe avec la petite Sara sous le toit. La premiere observation que je peux faire est que les enfants travaillent beaucoup trop. Sara et moi avons fait des devoirs durant 2h30 et elle n'a pas eu le temps de terminer - les matins servent egalement aux devoirs -. Pour une petite fille de 5 ans qui apprend deux langues en meme temps et deux "alphabets" completements differents, j'etais vraiment surprise de constater les notions qu'on leur apprend a l'ecole. Et c'est tres stricte... En plus de repondre dans leur cachier d'exercices, ils doivent retranscrire questions et reponses dans un autre cahier et doivent aussi apprendre les reponses par coeur. C'est ahurissant. Lorsque Chloe et moi partons a 19hres, les enfants font la priere et ensuite, c'est l'heure du repas. Ensuite, c'est... dodo. Ou est la place aux jeux? Chloe et moi, qui avions mille et une idees d'activites, nous questionnons serieusement sur le moment propice pour les concretiser.

Ainsi, cette routine accapare 6 jours de leur semaine... Leur seule journee de conge, soit le samedi, est reservee a la priere - !

22 juillet Heure: 11h am Ou: Quelque part dans Thamel

Chloe et moi profitons de cette belle journee pour sillonner les rues de Thamel... a la recherche d'un sympathique restaurant nepalais pas trop dispendieux. Comme nous n'avons rien mange ce matin, nous avons une faim de loup!

Pendant que notre regard se heurte a la vitrine d'une bouquinerie, je sens une main fragile attraper mon bras. Je me retourne et j'apercois un jeune garcon - il avait peut-etre 12 ou 13 ans -, la peau sur les os... le regard vide... Il me fait signe avec son autre main qu'il a faim. Chloe me dit de ne pas le regarder et elle continue son chemin. Ne sachant pas quoi faire, je decide de marcher et de ne pas le regarder - bon.. je le regardais du coin de l'oeil, c'est vrai! -. Sa main fragile est toujours agrippee a mon bras. Que faire? Je rentre dans une boutique en esperant le decourager. He bien non! Il attend pres de la porte. Je sors de la boutique et je ne peux m'empecher de le regarder avec mes petits yeux compatissants. Comment ignorer cet enfant? Comment ignorer UN enfant?

Ca y est, je craque. J'arrive par hasard devant une petite epicerie. Je lui fais signe de me suivre. Je lui montre des barres tendres nutritives. Il n'en veut pas. Je lui montre des petits biscuits aux fibres. Il fait une grimace. Il me montre des biscuits au chocolat. Ok, ok... il ne va pas gagner tout de meme! Je lui montre des biscuits a l'avoine tout en lui mimant que c'est mon dernier choix. Il accepte. Bon! Les rudiments d'Hilda pour le marchandage auront servi a quelque chose! :) Ainsi, le petit homme a pris les biscuits et est parti aussi rapidement qu'il est rentre dans ma vie.

Heure: 16h30 Ou: Orphelinat

C'est la fete des jumeaux aujourd'hui! Les Francais avaient prepare des sandwich aux confitures! Les enfants en rafolent! Ca fait changement du riz qui fait parti de chacun des repas, tant au petit dejeune, diner et souper. Parlant de plats... certains me demandaient ce qui representait un plat typique nepalais! Au menu: Riz, legumes, petite soupe de lentilles que l'on met soi-meme sur le riz (voir photos)... Parfois, nous pouvons y retrouver des patates, parfois 2-3 petits morceaux de poulet. C'est tres tres bon! Dans les desserts, il y a le fameux pudding au riz - on ajoute des bouts de coconuts -, la banane ou la pomme frites et le yogourt.

Cela etant dit, Dominic et Marie-Pierre ont offert aux jumeaux un petit cadeau.... soit un camion en plastique - probablement achete dans l'un ou l'autre des "depanneurs" que nous retrouvons partout a Kathmandu!! :) Pendant que nous leur chantions "Happy birthday", Chloe me regarde et me dit combien il est triste de savoir que leurs parents ne sont pas presents pour assister a ce jour important.... Moment de silence. Elle a raison... (pensees auto-protectrices)... mais en meme temps, il faut se dire que c'est eux leur famille.

Au moment ou j'aidais Shova dans ses exercices d'anglais, Sadan, l'un des jumeaux, est venu me voir avec nul autre qu'un des toutous que j'avais apporte du Quebec!

"Ah!! mais qui t'a donne ce toutou??"

"...... John!"

Il n'a suffit que de quelques secondes avant d'apercevoir Sagar, l'autre jumeau, avec un deuxieme toutou dans les bras. Ils avaient l'air tellement joyeux! Des heures de plaisir a se prendre tous en photo avec leurs nouveaux amis! Entre deux clics, John me demande de le rejoindre a son bureau. Ohoh!!!!.....

"Je voudrais savoir si tu veux revenir ici apres ton voyage en Inde. Les Francais quittent le 25 aout pour un trekking de 20 jours et nous n'aurons aucun volontaire pendant ce temps..."

Il est vrai que je ne m'etais pas fait rellement de plans suite au depart de Chloe prevu le 9 aout. Certes, je voulais visiter le Nord de l'Inde, mais combien de temps? Dans les yeux de John, j'ai senti un cri de desespoir. Ils ont besoin d'aide, ca c'est clair... De fil en aiguille, j'ai su beaucoup de choses concernant l'avenir de l'orphelinat. John me confiait qu'il louait l'endroit dans lequel ils sont et que le contrat se terminait d'ici 2 ans. Suite a cela, ils devront se trouver un autre endroit. Ou vivront-ils??? Je questionne alors John sur le prix des terrains: "Ici. c'est environ 1 000 000 de roupies nepalais... - soit 15 000$ -. Je suis stupefaite. "En es-tu persuade?" Il hoche la tete... Il m'informe alors que si ils achetent un terrain a l'exterieur, le prix baisse de moitie. Je me dis que j'investiguerai la-dessus plus tard...

24 juillet Heure: 11h30 am Ou: Temple Swayambhunath (Monkey temple)

La veille, Kumar est passe a l'orphelinat pour nous saluer. Il nous a demande si nous etions interessees par une visite au Monkey temple. Juche sur le sommet d'une colline - pour nous, c'est une montagne!! -, nous pouvions l'apercevoir de notre hotel. Kumar nous explique qu'il s'agit d'un Temple bouddhique qui abrite une importante tribu de singes - comme s'ils en etaient les gardiens -.

"Oh oui, des singes!!"

J'etais tellement enervee a l'idee d'en voir un! Imaginez une tribu!!! Ainsi, ce matin, Chloe et moi nous preparons a rejoindre Kumar apres avoir amene les enfants a l'ecole.

C'est a notre hotel que nous avons eu notre rencontre. Kumar etait fier de nous apporter les "robes" traditionnelles nepalaises que la "soeur" de John nous a confectionne! Wow! Si vous les voyiez... Elles sont vraiment superbes! Ce soir, nous les essairons!!

C'est donc en taxi que nous nous sommes rendus jusqu'a notre destination. Lors de notre arrivee, d'interminables escaliers nous attendaient. Il y en avait tellement, qu'il nous etait impossible d'en voir la fin... Il y avait enormement de gens... qui semblaient tous nepalais.

Ca y est, c'est parti mon kiki!!! Deja, apres quelques marches, je me rend compte que nous sommes, Chloe et moi, plutot en forme comparativement a Kumar qui semble "trainer de la patte!"! A mi-chemin, il s'arrete un instant et emprunte ma bouteille d'eau: il a des problemes aux poumons... Je n'ai pas reussi a comprendre les details, mais il doit prendre des medicaments. Nous prenons donc notre temps avant d'arriver au sommet. De toute facon, nous ne sommes pas presses!!

"Oh! Regardez!! un singe dans un arbre! Wow, il est tout pres!!"

Apres avoir paye le billet d'entree au sommet - nous avons eu droit a 50% de rabais puisque nous sommes volontaires! -, nous pouvions admirer le gigantesque Stupa... un des plus grand centre d'interet... On peut y voir les yeux de Buddha dessine... et le sommet du Stupa est couronne d'or. C'est tres impressionnant. Pendant que Chloe admire la vue de Kathmandu avec Kumar - a couper le souffle -, je m'eclipse. Je profite de ces quelques percees de soleil pour prendre quelques photos.

"Ah!! un singe!!" et... "Ahh! un autre singe!!".... "Chloe, tu as vu le singe??". "Chloe, le SINGE!". Il y en a partout! Et ils n'eprouvent aucune gene a marcher tout pres de nous. J'en prends un en photo. Des que je baisse ma camera, le singe me regarde droit dans les yeux en ouvrant grand la bouche.

"Ahhhhhhhhhh!" criais-je... "Il veut me bouffer!", pensais-je.

Je decide de "bouder" les singes et je m'approche de Kumar afin de lui poser des questions concernant notre visite. Comme il est hindou, il ne peut repondre a toutes mes questions (comme nous sommes dans un lieu bouddhiste). Je decide donc de lui poser des questions sur l'hindouisme. Des discussions interessantes s'en suivent.

Et c'est avec mon superbe accent quebecois que je lui lance: "I really like when guys touch" en lui taponnant le bras. Chloe me lance un regard interrogatif. Kesse que je viens de dire? En fait, je voulais lui dire qu'il n'etait pas courant de voir des hommes se tenir par la main, s'embrasser sur les joues, etc. au Quebec et que je trouvais ca bien! Par contre, a l'entendre, ce n'est qu'a Thamel, le quartier touristique, que les gens le font. Semble-t-il que ces hommes sont gais. Mais qu'en est-il de lui et de John? Je les ai vu se tenir par la main aussi!

"Mais je n'ai jamais fait ca! Je ne suis pas gai!"...

Ahh, les hommes.

25 juillet, jour de conge! Heure: 9h30 am Ou: Durbar Square, Kathmandu

Ah! Durbur Square. Comme nous etions heureuse a l'idee de profiter de notre journee de conge! Aucun plan precis, aucun rendez-vous de prevu... Nous etions libres! Il n'y avait que nous, l'instant present et nos envies.

Meme si nous n'avions rien de precis en tete, nous savions que nous voulions visiter Durbar Square, lieu ou les rois de la cite etaient couronne et d'ou ils gouvernaient. Il semblerait que ce lieu, non loin de notre hotel - peut-etre 30 minutes de marche -, peut se vanter d'etre le patrimoine architecturale le plus spectaculaire de la capitale.

Apres avoir bu un merveillleux the dans un petit cafe americanise dans Thamel - le seul ouvert a cette heure si matinale -, nous empruntons une route qui nous mene, selon notre carte, tout droit vers la majestueuse Durbar Square. Durant notre marche, nous passons a cote de gens, assis sur le sol de la petite rue etroite, tentant de vendre, calmement, queques fruits et legumes. Nous contournons rats, chiens, rickshaw, motos, trous...

Ici, personne ne semble nous porter attention! Il n'y a aucune mise en scene... Nous sommes temoins de la vie reelle... l'authenticite meme.

A travers les bruits de klaxons et les crachats - tres commun ici! -, nous apercevons, tout au bout, un enorme temple. Nous y sommes! C'est magnifique, mais c'est bonde de gens. Chloe et moi nous assoyons au pied de cet enorme temple afin d'observer notre carte. Ou sommes-nous exactement? Bien entendu, nous avions l'air de deux touristes... deux proies faciles pour ceux qui aiment en profiter! Nous n'etions donc pas surprise de voir arriver un homme pres de nous. Des qu'il eu a peine le temps de nous poser une question, un homme et puis un autre tentent d'entrer dans notre petit cercle. Comme c'etait drole de les voir competitionner entre eux. Je me bidonnais presque a les observer! Si vous aviez vu les regards qu'ils se lancaient... Bref, beaucoup d'effort pour rien, puisque Chloe et moi n'avions pas du tout l'intention d'utiliser les services d'un guide...! Ils sont donc partis bredouilles.

Quelques instants plus tard, un petit homme aux traits sages s'approche de nous. Petit chapeau sur la tete, yeux vifs, sourire sincere... il se presente.

"I'm a Tibetain"

Il s'empresse de nous presenter sa carte d'affaire; il detient une petite ecole de peinture a quelque pas d'ici. Il insiste pour nous y amener. J'hesite. Nous lui expliquons que nous voulons visiter les alentours et que si le temps nous le permet, nous irons le retrouver un peu plus tard. Avant de nous quitter, je lui demande ou il est possible d'entrer dans un temple pour se recueillir et mediter.

"You need to go to the Kathmandu temple" dit-il, en prenant soin de nous indiquer le chemin sur notre carte.

J'achete une bouteille d'eau et nous marchons a travers les nombreux temples. Au loin, des que nous apercevons LE temple de Kathmandu, nous apercevons un petit homme.

"Chloe, il semble nous envoyer la main!"

Je plisse les yeux. Il me semble reconnaitre ce petit chapeau. Mais... c'est notre bon ami tibetain! Decidement, il marche plus rapidement que nous!

Tout heureux de nous voir, il s'exclame:"Come to my school after visiting the temple". Comment refuser?

Ainsi, nous nous retrouvons au 3e etage d'un batiment. Des que notre ami nous ouvre la porte, les couleurs flamboyantes de la piece m'apaise etrangement. Les murs sont tapisses de peinture que nous pouvons acheter a Thamel. Nous savions qu'il s'agissait de peintures bouddhistes... le Mandala... represente par un cercle, avec plein de couleurs a l'interieur. Les vendeurs n'arrivaient jamais a nous expliquer la reelle signification.

Une musique de meditation cree une atmosphere encore plus apaisante. Un homme, assis sur le sol, se tourne la tete et nous sourit: il est en train de peindre le Mandala. Un autre jeune homme bouddhiste nous accueille et nous offre un the. Il nous fait le tour de son atelier, pendant que notre ami tibetain s'assoit et se met a peindre. Notre jeune hote nous explique, avec un anglais impeccable, la philosophie bouddhiste... et l'histoire de Siddharta - alias Bouddha -. La bouche grande ouverte, Chloe et moi aurions pu passer des heures et des heures a l'ecouter. Il etait si zen!

Vient ensuite la signification du Mandala. Il s'assoit donc sur une petite chaise et etale devant nous, plusieurs modeles. Il nous explique qu'il s'agit d'un dessin fait d'abord par le dalai Lama. Depuis, maintes personnes le reproduisent. Vous devriez voir les details!

Bref, sans vous donner tous les details, je tenais simplement a vous dire que nous y sommes restees environ 3 heures. Lorsque nous sommes sorties, nous ressentions une reelle paix interieure. Meme le chaos exterieur etait devenu une douce melodie pour mes oreilles!!!
En somme la beauté est partout. Ce n'est pas elle qui manque à nos yeux, ce sont nos yeux qui manquent à l'apercevoir.
PÉ Péninsule ·
D’abord, un petit tour d’horizon sur notre routine quotidienne…

Chaque matin, nous nous levons a l’aurore, la ou les couleurs se font encore discretes… La ou l’horizon nous presente timidement ses lueurs rosees. Appuyes sur le rebord de la balustrade de notre fenetre, les pigeons ne manquent pas a nous saluer. Nous devons etre a l’orphelinat a 7 heures.

Des notre arrivee, la routine se deroule comme suit: nous discutons avec les enfants, nous faisons parfois une partie de ping pong, nous prenons le the, nous les aidons a terminer leurs devoirs et nous marchons, main dans la main, jusqu’a l’ecole en fredonnant quelques paroles de la chanson “Frere Jacques”.

Entre 10 et 16 heures, Chloe et moi sommes “libres”. En fait, nous consacrons principalement ces quelques heures a l’ecriture de nos articles pour le journal, a discuter des possibilites futures avec John ou a visiter les mille et un secrets de Kathmandu avec Kumar.

Le soir venu, nous allons chercher les enfants a l’ecole. C’est le temps des devoirs… interminables. Je le repete: je suis sideree de constater – oh - combien leurs devoirs sont difficiles et longs. Comparativement au systeme educatif quebecois – en immersion francaise -, les nepalais semblent avoir une nette avance sur les apprentissages – environ 2 ans de plus – et ce, que ce soit en mathematiques ou en langue seconde.

26 juillet Heure: 7 heures am Ou: Orphelinat

Aujourd’hui, c’est une journee speciale au Nepal: c’est le moment de remercier tous les enseignants du pays. Les enfants apportent donc un petit cadeau en signe de reconnaissance.

“Merci de nous partager votre savoir!”

Plusieurs activites sont prevues a l’ecole et les enfants retourneront plus tot a la maison, soit a 14 heures.

Chloe et moi ne voulions pas laisser passer cette occasion. “C’est le moment de faire une activite avec eux! Profitons-en!”

Nous n’avions que quelques heures devant nous pour acheter ce dont nous avions besoin. Comme les enfants travaillent fort et qu’il y a tres peu de place a l’activite physique, nous avons eu l’idee de les faire bouger un p’tit peu!!

Nom de l’activite: La course a relais – Bon, pour l’originalite du nom, passons! Mais attendez la suite -.

Trois equipes de quatre devront travailler d’arrache pied afin: d’apporter le plus d’eau possible a l’aide d’un verre installe sur une assiette posee sur la tete;d’apporter le plus de pois chiche possible a l’aide d’une cueillere dans la bouche;de terminer la course le plus rapidement possible en sautillant dans un sac de riz.Dominic, Marie-Pierre et Naranja – j’ai su qu’il s’appelait Suna… Rien a voir! Vous savez, le tuteur agressif? – y participeront aussi.

A vos marques, prets, PARTEZ!

Meme si les enfants n’ont pas tous suivis nos consignes a la lettre – et traduites en nepali par Suna -, c’etait magnifique d’entendre les rires, de voir le sourire sincere qu’affichait leur visage et de constater avec quel naturel l’entraide faisait parti de “leur” reglement.

Le soir meme, nous avons fait une “ceremonie” afin de souligner l’effort de chacun. Comme prix, nous leur avons remis un chandail provenant tout droit du Quebec. Merci a notre famille et a nos amis. Une partie de vous est dans le coeur de ces petits bout’choux.

27 juillet Heure: 9 heures am Ou: Orphelinat

Ce matin, nous avons telephone a Kumar. Afin de le remercier pour sa gentillesse et son precieux temps, nous voulions l’inviter a diner dans notre petit restaurant “bio” prefere, ou burger vegetarien, salade lavee avec de l’eau minerale – donc sans danger pour nous, touristes! -, mets traditionnels nepalais vegetariens, cafes et thes biologiques. Il s’agissait d’une offre allechante qu’il ne pouvait pas refuser.

“Ensuite, je pourrais vous amener au Temple Pachupatinath. C’est a environ 25 minutes d’ici en taxi. Vous verrez, ce sera une belle experience pour vous”.

Le restautant, qui se situe tout au fond d’une bouquinerie, regorge de vegetation. A peine avons-nous eu le temps de nous asseoir que je sens Kumar mal a l’aise.

“Que veux-tu boire?”

“Rien…”

Chloe prend un coke. Il hesite. Je prends un jus de fruit. Il lance quelques mots en nepali au serveur que je comprends a demi: je crois qu’il a finalement pris un jus. Meme refrain pour le choix du repas: il copie sur le choix de Chloe. J’imagine que ce malaise l’empeche de decider selon “ses” gouts. Est-ce courant de se faire inviter par une femme?

Un peu plus tard…

C’est donc en taxi que nous nous rendons jusqu’au temple hindou le plus important du Nepal. Installes sur le haut d’une petite colline, nous observons le Temple et les nombreux hindous qui marchent tout autour. Comme nous n’adherons pas a la meme religion, il nous est impossible d’y entrer. Nous devons plutot nous contenter de ce coup d’oeil exterieur. Ainsi, avec cette vue plongeante, j’admire les gens, ces petits points multicolores, qui prient, dansent et marchent tout au tour du temple… soit celui dedie au Dieu Shiva.

Nous decidons donc de s’approcher un peu afin d’admirer ce moment “vrai” et sacre pour les hindous.

Quelques instants plus tard, nous marchons vers les berges de la Bagmati. Qu’est-ce que c’est? Nous le saurons bien assez tot!

Arrives sur place, trois hommes nous barrent le chemin: en tant qu’etrangeres, nous devons payer 500 roupies. L’expression faciale de Kumar laisse deviner son impatience. C’est beaucoup trop cher! Meme si dans la culture nepalaise, il est mal vue de monter le ton, Kumar a fait exeception cette fois-ci!

“Allons Kumar, ce n’est pas dramatique. Nous en avons vue des tonnes de Temples depuis notre arrivee”.

Kumar insiste. Il balance quelques mots en nepali et nous demande de sortir nos cartes de volontaires afin de faire plus de pression. Le regard des trois hommes en disaient long: Kumar perdait son temps, mais surtout son energie.

Pendant que leurs discussions resonnaient dans ma tete, j’apercois 4 hommes courrir avec une civiere. Ils passent tout juste a cote de moi et je jette un coup d’oeil furtif a l’homme qui y est couche: yeux vers le ciel, il semblait avoir du mal a respirer. Meme si j’ignorais son histoire, je savais qu’il ne lui restait que tres peu de temps avant de s’eteindre.

Peut-etre l’amene-t-il pres du Temple en esperant le guerir?

Une fois de plus, j’etais perdue dans mes pensees et je n’avais pas remarque le fruit des efforts de Kumar: il avait fait venir le “chef”. Apres quelques echanges, le regard de Kumar se decrispa et retrouva sa vivacite. Victoire! Nous pouvons passer gratuitement.

A travers la brume… ou plutot devrais-je dire cet epais brouillard, je ressentais une certaine tristesse incomprehensible. En echo, j’entends des singes crier. Une odeur de feu me rappelle la legerete de la vie… J’apercois un petit temple, mais nous comprenons rapidement que ce n’est pas pour cette raison que nous sommes ici.

Quelques pas plus loin, j’apercois une riviere brunatre entouree d’escaliers de pierres. Il s’agit d’un lieu de cremation.

En bordure de cette riviere dite sacree, Kumar nous pointe une petite batisse carre et brune:

“Cette “ghats” de cremation servait autrefois a bruler les Rois. Vous voyez ce petit pont? Si nous le traversons, nous pourrons apercevoir des buchers qui servent encore aujourd’hui. Ainsi, les cendres sont jetees dans la riviere. Vous verrez.”

Ah… C’est donc ca l’odeur de feu…

Nous traversons ce petit pont qui nous mene de l’autre cote de la riviere. Effectivement, nous pouvons y voir plusieurs buches. Nous comprenons que “l’etape” de cremation n’est pas le meme pour chacun: pour certains, il ne reste que les cendres, pour d’autres, le feu vient tout juste d’etre allume… Cela dit, en face de nous, des hommes arrivent avec une civiere.

Je me demande si c’est le meme homme que j’ai vu passer pres de moi…

Impossible de savoir, puisque le cadavre est recouvert d’un drap orange. Nous decidons de nous asseoir afin d’assister a cette sobre ceremonie funeste. Au meme moment, une douce pluie commence a tomber, creant ainsi une atmosphere propice a la reflexion.

Les hommes transportent le cadavre – enveloppe du drap – et tournent 3 fois autour du bucher avant d’y deposer le corps. Ensuite, ils enlevent le drap, deshabille le mort, mettent de la nourriture dans sa bouche... Un seul des hommes – probablement le fils – tournent trois fois autour du defunt avec un bout de bois en feu, qui servira a bruler le corps.

Pendant que le cadavre se consume, le jeune homme s’assoit, regarde le corps et… dans un crie de desespoir, hurle la douleur ressentie a l’idee de perdre cet etre cher.

Ai-je besoin de mentionner que ces cries m’ont transperce le coeur? Imaginez un instant etre dans sa position et observer chaque seconde s’ecouler… et prendre conscience, peu a peu, de l’irreversibilite du moment et surtout, de la fragilite de la vie. Dechirant.

28 juillet Heure: 18 heures Ou: Orphelinat

Il y a quelques jours, Chloe avait fait la connaissance d’une jeune enseignante d’origine nepalaise. Cette derniere semblait particulierement excitee a l’idee d’avoir une nouvelle amie etrangere et c’est avec un sourire sans retenue qu’elle est venue nous visiter a l’orphelinat.

“Je vous invite toutes les deux pour le souper! Je veux vous presenter a mon mari! J’habite a deux pas d’ici, alors ne refusez pas!”

Madhuri a 22 ans. Elle est de loin la plus belle femme que j’ai rencontre depuis le debut de notre voyage. Ses mouvements sont gracieux, ses yeux refletent une profonde sincerite et ses delicats traits du visage laissent presager un caractere doux et tendre.

Une heure et quelques poussieres plus tard, dans la maison de Madhuri et de son mari Sree…

Nous n'avons pu refuser!!!

Au dernier etage – decidement, tout endroit que je visite est situe au dernier etage! – d’un haut batiment, nous entrons dans l’appartement de Madhuri, compose de deux pieces et demi; deux chambres – dont l’une comporte la cuisine – et la petite salle de bain. Ils on tune magnifique vue sur le balcon.

Le frere de Madhuri est present, ainsi que son cousin. Ils ont tout deux 19 ans.

Pendant que nous discutons tous dans l’une des chambres, Madhuri me prend par le bras et me demande si je veux l’aider a preparer le repas.

“I just need a look help!”

Je soupconne qu’elle veule creer un rapprochement entre Chloe et son frere!....

Entre deux coup de couteaux, Madhuri se leve, me prend par le bras et me balance un de ses habits traditionnel nepalais.

“Mets-le!! Tu vas etre toute belle!”

Je veux simplement specifier que Madhuri doit a peine peser 100 livres. Je serais “agreablement” surprise si j’arrive a le mettre!

He bien, chers amis… j’ai reussi! Ok, nous avons travaille fort, mais nous y sommes parvenues! Je ne pouvais me permettre de respirer a plein poumon, mais bon...! Comme deux gamines, nous sommes allees retrouver les autres dans l’autre piece!

C’est ainsi que son frere a mis de la musique nepalaise afin de nous enseigner quelques pas de danse. Pour tout vous dire, j’en etais incapable. Chloe et moi avons abandonne et avons plutot opte pour le naturel: nous avons ferme nos yeux et nous nous sommes laissees guider par les rythmes entrainants.

Encore une fois, sans rentrer dans les details, nous avons eu notre premier souper dans une famille – meme si j’accompagnais Madhuri a la cuisine, je n’ai absolument AUCUN merite sur le succulent plat que nous avons mange-. Assis sur le sol, sans ustensiles, nous nous sommes regales.
En somme la beauté est partout. Ce n'est pas elle qui manque à nos yeux, ce sont nos yeux qui manquent à l'apercevoir.

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