Notre passage à Java fut court mais intense. Nous avons fait ce que nous avions prévu en apparence, c'est à dire aller à la rencontre des mineurs du Kawah Ijen, qui, tant que la fatigue ne les a pas terrassés, gravissent le Kawah Ijen pour descendre ensuite dans son cratère y casser des pains de soufre au beau milieu d'une fumée toxique et étouffante, pour revenir chargés comme des mulets (ils portent des charges de 50 à 100kg). Chaque aller retour leur prend au moins 3h (rien que l'aller vous coupe le souffle et vous durcit les cuisses à tel point que vous êtes contraint de marcher au ralenti.) Pour couronner le tout, les gars essaient de faire deux trajets dans la journée pour se faire plus d'argent (ils sont payés au kg : 625 roupies c'est à dire 5 centimes d'euro).
J'ai eu la très forte impression d'être confrontée à quelque chose de titanesque et j'ai pensé aux travailleurs de la mer de Victor Hugo où un homme, par amour pour une femme, se bat contre les éléments déchainés. Sauf qu'ici nul cœur à conquérir mais une famille a nourrir.
Ganda, un jeune étudiant en ingénierie à Surabaya, était notre premier contact : il est l'initiateur de ce micro mais ambitieux projet (Ijen Community Development) qui consiste à faire que les gens qui le souhaitent puissent être accueillis dans la famille d'un mineur (en l'occurrence son ami M. Paing) et ainsi faire qu'une partie, même infime, des bénéfices tirés de l'exploitation du Kawah Ijen et de celle du « spectacle » sisyphien des mineurs, aillent dans les poches les moins garnies d'entre toutes.
Nous sommes arrivés à Surabaya dans la matinée, avons été accueillis par Ganda, puis nous avons pris le train avec lui pour Banyuwangi. Huit heures plus tard, à la gare de Banyuwangi, ses amis et parents nous attendaient avec un bon repas. Ils nous ont ensuite emmenés à moto dans le village des mineurs, où réside M. Paing.
Après nous être reposés quelques instants (euh... après 16h d'avion, 8heures de train économique bondé, je vous laisse imaginer l'état de fatigue dans lequel nous étions, sans parler du décalage horaire !), nous sommes partis dans la nuit, vers 2h, en compagnie de nos amis Ganda, M. Paing et M. Junaidi, sur des motos en direction du Kawah Ijen. Alors que l'atmosphère plombée par l'humidité ainsi qu'une pluie fine pour ne rien arranger avaient transformé le sentier de terre et de galets en véritable patinoire, la moto sur laquelle j'étais installée en compagnie de M. Paing s'est couchée en partie sur mon genou. La faute à pas de chance, car il est pourtant un excellent conducteur. Sur le coup j'ai eu mal, mais je suis remontée sur la moto, puis on a beaucoup marché sur les derniers kilomètres.
Les mineurs travaillent de jour comme de nuit et pour ce faire il dorment parfois près du cratère dans des espèces de réduits où ils disposent pour tout repos de petits casiers dans lesquels ils ne peuvent que s'allonger. Ils dorment ou se reposent dans la fumée du feu qu'ils sont obligés d'entretenir pour ne pas avoir trop froid (il doit faire entre 0 et 2 degrés la nuit, sans parler de l'humidité). Nous leur avons d'ailleurs rendu visite vers 4h du matin et nous sommes posés près d'eux quelques instants.
On a assisté au lever du soleil,
observé le travail des mineurs dans la solfatare,
Et puis au moment de redescendre mon genou, qui avait doublé de volume, n'a plus voulu m'obéir : impossible de poser la jambe par terre. Après avoir cherché comment faire, avoir bien pleuré de douleur et de rage, Ganda a décidé qu'il allait chercher M. Paing afin que celui ci me porte jusqu'à la sortie du plateau (plusieurs kilomètres...) Cela ne s'invente pas, il m'a annoncé mon poids au kilo près ! Me voilà donc l'attraction du jour, sur le dos de M. Paing qui trottine, et devant répondre aux nombreuses questions sur mon état...
Arrivés en bas, on a attendu 2 heures, puis on est retournés au village dans un camion qui transportait tout le soufre des mineurs du jour, pour être emmené à l'usine : plus d'une heure pour faire une dizaine de kms. Puis une lueur d'espoir a filtré à travers les ténèbres qui commençaient à nous envahir, alors que nous nous imaginions déjà faisant des heures de route jusqu'à l'hôpital pour un improbable résultat. En effet, Ganda nous a proposé de nous rendre chez la mère d'un de ses amis qui, selon ses dires, était experte en massages chinois. N'ayant pas grand chose à perdre, nous n'avons pas hésité une seconde. Et là miracle ! En à peine trois jours, j'ai eu droit à des massages de folie (9h au total) qui m'ont quasiment remise sur pieds. C'était une guérisseuse avec en plus à son actif des dons de divination ; en effet, elle était en transes lorsqu'elle nous a vu arriver, car elle avait vu son arrière grand mère lui dire en rêve que j'avais eu un accident et qu'elle devrait me secourir. J'en ai bien bavé (j'ai pourtant l'habitude des massages chez les kinés, mais là, rien à voir...), mais dès le 1er soir j'arrivais à poser le pied par terre sans hurler de douleur, et trois jours plus tard je ne sentais plus rien. Je pense qu'elle m'a tout bonnement remis une grosse entorse.
Nous avons donc passé trois jours chez elle, au lieu d'aller dans la famille du mineur M. Paing comme nous l'avions prévu en accord avec Ganda.
Pendant que je me faisais soigner (et recevais des visites des femmes du village s'enquérant de mon état), mon copain participait à la vie du village : cérémonies traditionnelles, labour dans les rizières avec des buffles, travail à l'usine de soufre, ... Ganda est resté avec nous durant ces trois jours, car personne ne parlait anglais dans la famille ou nous étions : il a été vraiment super cool avec nous. Nous regrettons seulement de ne pas avoir pu aller chez M. Paing, et espérons que nous aurons l'occasion un jour de retourner à Java !
Nous avons vécu à Java une expérience inoubliable, et je tenais à la faire partager ici, car avant notre voyage j'avais trouvé pas mal de renseignements sur ce forum. (N'hésitez pas à me contacter si vous voulez les coordonnées de Ganda)
Marie














