Neuvième et dernière partie: LE SUD-OUEST, UN CONCENTRE D'ISLANDE

A la fin du dernier billet, on avait décidé de se poser et de faire une croix sur un dernier parc national à cause de la météo, qui s’annonçait peu favorable. On s’est bien posé un peu, il a venté comme jamais et il a neigé en plein mois d’août, mais nous avons revu nos plans sages et visité non pas un mais deux parcs nationaux !
Commençons là où nous avions laissé l’histoire. Nous avons pris des chambres dans une maison d’hôtes près d’une ferme entre Geysir et Gullfoss. Nous nous y sentons très bien, car la maison est très accueillante, tout est neuf et il n’y a pas foule, nous pouvons même nous offrir le luxe d’occuper deux chambres, une pour les parents, une autre pour les enfants.

La première nuit il pleut beaucoup, mais le lendemain le soleil fait son apparition. Nous partons visiter le coin : d’abord la cascade Gullfoss (Les Chutes d’Or, je vous laisse en juger sur photo), puis Geysir, le champ de geysers, piscines bouillantes et autres fumerolles.

Celui dont le petit nom est devenu le nom du lieu et le nom générique de ce phénomène géologique dans le monde entier, est un vieux puits maintenant tout calme. Dans le passé, après les grandes éruptions volcaniques, il a fait parler de lui, envoyant haut dans le ciel l’eau bouillante. Mais tout près de Geysir il y a Strokkur, qui se manifeste toutes les 5-10 minutes de façon assez impressionnante, le jet monte à 10-15 mètres, et les touristes sont conquis. Le Ministère du Tourisme islandais doit lui verser gros en royalties….Les enfants adorent le spectacle du geyser, les parents se rappellent Yellowstone, beaucoup plus impressionnant.

Avec Gullfoss et Geysir, Pingvellir (prononcer « thingvellir ») forme le Cercle d’Or, le petit tour que le touriste pressé peut faire depuis Reykjavik pour se faire une idée de la nature islandaise. A la base il ne faisait même pas partie de notre programme, mais en nous posant dans le coin nous nous sommes dit que ça valait quand même la peine d’y jeter un coup d'œil. Le Parc National Pingvellir est un champ de lave coupé par une fissure de l’écorce terrestre, au bord d’un lac. On dit que la délimitation des plaques américaine et eurasienne se fait à cet endroit-là. Il y a bien une jolie faille, et il est connu que l’Islande est posée à l’endroit où les deux plaques se rejoignent (ou se séparent, c’est selon…), mais comme pour les branches d’un arbre, dur de dire laquelle est la plus haute, là aussi pourquoi pile cette fissure et pas l’une des nombreuses autres dans le coin ? A mon avis ça arrangeait bien tout le monde qu’elle soit là, car Pingvellir n’est pas un champ de lave comme un autre, c’est aussi le site historique de l’assemblée du premier parlement d’Islande et d’Europe, avant l’an 1000.

En arrivant à Pingvellir il pleut et il vente comme jamais, on a l’impression qu’on va se faire emporter par les bourrasques. Il y a un jeune couple qui y fait faire ses photos de mariage sous la pluie, elle a les épaules nus, mais ils ont l’air très amoureux, ça doit tenir chaud. Quant à nous, avec la meilleure volonté du monde, nous ne tenons pas longtemps (le temps quand même pour Andréas d’escalader quelques blocs de basalte dans la faille). En regardant la photo ci-dessous, vous aurez du mal à imaginer la tempête que nous avons dû affronter pour la prendre...

Puis, nous allons défier le mauvais temps par un bon bain chaud et un hammam à la piscine du coin. Les bourrasques sont impressionnantes, mais nous on se prélasse dans l’eau à 40 degrés…
Le soir à la météo ils disent que sur les hauteurs (à partir de 200m), c’est tempête de neige. Ahhhh on est bien au chaud dans la maison...
Le samedi matin nous nous réveillons avec un beau soleil. Au loin, les cimes sont effectivement parsemées d’un fin voile blanc, mais c’est une belle journée dont nous décidons de profiter en allant quand même jusqu’au Parc Landmanalaugar.
Nous montons une nouvelle fois vers les Highlands (ou l’intérieur), région hostile et peu peuplée, avec des champs de lave à perte de vue. Sur la route nous passons à côté de pas mois de 4 centrales hydroélectriques (75% de l’énergie électrique en Islande). En nous engageant sur la piste, nous entrons de nouveau dans un monde de beauté minérale.

Les montagnes noires sont couvertes de cette mousse verte fluorescente incroyable, superbe contraste sur le fond d’un ciel très bleu. Les pics enneigés définissent l’horizon. En nous approchant du site, les montagnes colorées se dessinent dans des nuances d’ocre. Landmanalaugar est une plaine d’altitude avec sources chaudes et fumerolles entourée de montagne à la roche nue, colorée suivant ses composants : fer, argile, basalte...

Les gens y campent avant ou après le trek de 3-4 jours vers le sud, l’un des plus connus et courus du monde. Nous, nous nous contentons cette fois d’une ballade de deux heures autour du site. Le trek, ce sera pour la prochaine fois, promis! Sous ce magnifique soleil, nous profitons pleinement de l’explosion de couleurs, c’est assez grandiose. Nous ne regrettons certainement pas d’avoir fait le déplacement, nous en avons pris plein les yeux, et je ne parle pas que de la poussière parfois balayée par le vent...
La neige fraîche de la nuit dernière a été balayée par les bourrasques formant des petits tapis blancs moelleux çà et là. Bataille de boules de neige au mois d’août, ce n’est pas donné à tout le monde, on s’en donne à cœur joie ! Expériences insolites et en même temps plaisirs simples, elles sont le grain de sel de notre voyage, ce sont nos récompenses pour être venus les chercher jusqu’ici...

Dimanche 1er septembre, dernier jour en Islande (nous partons ce lundi 2, mais on ne fait que rendre la voiture de location et prendre l’avion le lundi). Dernière centaine de kilomètres et quelques du périple (4000 km au total quand même !), dans un brouillard épais et une pluie coriace. Lorsque nous nous aventurons hors de la voiture pendant quelques minutes pour jeter un œil à un champ géothermique sur la Péninsule de Reykjanes, la pluie nous frappe telle de la grêle et nous mouille jusqu’à l’os. Au rayon paysages c’est clairement fermé aujourd’hui, allons nous consoler ailleurs !
Comme une grande partie des touristes en Islande, malgré le prix élevé et l’effet marketing maximum, nous allons passer l’après-midi au Blue Lagoon. Deux tiers eau de mer, un tiers eau douce, venue des profondeurs de la terre et chargée en silicates et algues microscopiques, l’étendue bleue laiteuse du Blue Lagoon au milieu du champ de lave est un phénomène unique. Des jeunes et jolies employées font essayer masques et peelings directement dans leau. Dans de gros bacs, la boue blanche riche en silicates est à disposition, et on se tartine sans modération, en espérant d’en sortir rajeuni de dix ans. Bon, pour les dix ans on repassera, mais en tout cas on se détend bien dans le bain chaud comme la soupe, au sauna et au hammam. On en sort avec une peau de bébés, contents de notre après-midi et de la fin des vacances.

Et voilà, c’était le récit de trois semaines et demie sur cette île aux paysages sauvages et grandioses, qui arrive à préserver sur un territoire relativement petit une nature majestueuse et généreuse qui nous a rappelé plus d’une fois les grands espaces d’Amérique du Sud. Pour le petit bémol, je ne sais pas si c’est toujours comme ça on nous n’avons pas été très chanceux, il a plu vraiment beaucoup et il a fait frais et parfois froid. Avec une météo plus clémente, ce pays serait tout simplement trop beau pour être vrai...Les islandais, respectueux de l’environnement, sont fiers de leur pays et partagent généreusement ses beautés naturelles avec les visiteurs (les sites et parcs nationaux ne sont jamais payants), à condition qu’on les respecte comme ils les respectent.
Quant à moi, j'ai écrit cette série de récits car je crois que le voyage est toujours plus beau lorsqu’on le partage. J’espère que vous avez été indulgents pour les gaucheries de style et autres fautes de français, et que j’ai pu vous apporter quelques secondes de rêve et d’envie d’ailleurs, où que ce soit.
Corina pour les Géonautes