Cela n'enrichit pas beaucoup le débat que de répéter ce que "Radio Trottoir" pense de la concurrence soi-disant déloyale des compagnies du Golfe. Régurgiter les idées reçues de nombreux journalistes, politiques et syndicalistes n'éclaircit pas les faits qui nous permettraient de juger si oui ou non Air France souffre d'une concurrence déloyale. Bien sûr que ça les arrange de réduire la question au seul aspect de l'actionnariat des états dans certaines des compagnies des
Émirats arabes unis et du
Qatar, pour ainsi renier toute responsabilités pour leurs propres erreurs de stratégie, de politique et de choix sociaux.
Malheureusement la réalité est nettement plus complexe, et les discussions entamées par les compagnies aériennes américaines que vous mentionnez en sont la preuve. En fait, avez-vous lu le "white paper" publié par trois compagnies américaines? Vous auriez vu que la vérité est nettement plus complexe, et il serait bien de se tenir au faits:
1) Trois compagnies américaines - Delta, American, United - ont publié un White Paper, dont je conseille vivement la lecture
www.openandfairskies.com/...edia/White.Paper.pdf
. Dedans, ils demandent au gouvernement américain de revoquer les accords de Open Skies entre les
USA et les
Emirats Arabes Unis ainsi que le
Qatar sous prétexte de subventions de trois transporteurs domiciliés dans ces pays, Emirates, Etihad, et
Qatar Airways qui ne seraient pas permis selon les accord bilatéraux entre les
USA et ces pays.
2) Plusieurs autres grandes compagnies américaines - JetBlue, Fedex, UPS, Hawaiian - se sont regroupés pour s'opposer à quelconque démarche qui changerait les accords de Open Skies. Je ne trouve plus leur communiqué, mais voici un résumé
finance.yahoo.com/...story&soc_trk=fb
. De nombreuses compagnies européennes, notamment IAG (parent de British Airways) se sont désolidarisées de leur partenaires américains, même si ces derniers dans leur rapport accusent les compagnies du Golfe de nuire aux partenaires européens des trois compagnies américaines.
3) Emirates a pris très au sérieux les accusations et a répondu point-par-point à chacune, en publiant ce rapport, audité et certifié par un cabinet d'audit américain (PriceWaterhouseCoopers)
content.emirates.com/...EK_Response_Main.pdf
4) Pareil pour Etihad, dont vous trouvez la réponse ici
skift.com/...ions-31-May-2015.pdf
5) Ainsi que
Qatar Airways, à lire ici
www.qatarairways.com/...kies-white-paper.pdf
Lisez ces documents objectivement, et formez vous une opionion. Vos accusations plus émotives qu'informées s'écrouleront en grande partie et pour le reste deviendront plus différenciées (sauf si bien sûr vous choisissez à ignorer les faits et faire des raccourcis primaires comme le font la plupart des journalistes, politiques et syndicalistes). En étudiant les faits, vous allez découvrir notamment:
1. Que même si les trois compagnies sont/étaient subventionnées ceci ne serait en rien une violation de l'accord de Open Skies entre les
USA et les deux pays du Golfe. Nulle part dans l'accord y a-t-il une clause qui interdit les subventions. Il n'y a donc aucune base légale pour annuler les accords pour violation de l'accord. Les compagnies américaines ont mal fait leur travail en invoquant des clauses qui n'existent même pas. De même, les compagnies américaines ont invoqué les règles du GATT/WTO, tout en ignorant que ces règles qui annullent les barrières au commerce international ne s'applique qu'aux *produits*, mais pas aux *services* (tels que les voyages en avion) - ete ce parce-que les
USA refusent depuis des décénnies l'inclusion des services dans les accords de la WTO).
2. Que les accusations sont en grande partie basées sur des suppositions. Par exemple, comme Emirates n'est pas une compagnie cotée en bourse (ce qui n'est pas un crime, beaucoup d'entreprises ne le sont pas) ses rapports annuels ne sont pas obligés de comporter certains détails. Les compagnies américaines ont pris, par exemple, l'absence d'une mention de séparation de Emirates et des fournisseurs de fuel comme preuve que Emirates reçoit du fuel à des prix préférentiels. Emirates dans le rapport audité par PWC a apporté la preuve que c'était faux et que Emirates paie les mêmes prix pour son fuel que d'autres compagnies, à
Dubai comme aux escales étrangères. Sur le même sujet il est intéressant de noter que Delta reçoit de l'État de
Georgia chaque année 23 millions de crédits d'impôt sur sa facture de fioul, À l'avantage qui n'est pas donné à d'autres compagnies opérant À l'aéroport de
Atlanta.
3. Qu'il n'y pas d'avantages pour Emirates à l'aéroport de
Dubai. Emirates paie les mêmes prix que toutes les autres compagnies desservant cet aéroport. Les prix sont plus bas qu'à certaines autres escales, mais elles le sont pour toutes les compagnies, donc aucun avantage pour Emirates
4. Qu'il n'y a pas d'avantages pour Emirates par le fait que (soi-disant) le gouvernement paie pour le développement des infrastructures aéroportuaires d'Emirates. Au contraire, on voie bien que dans des nombreux cas des villes ou counties aux
USA ont payé la construction d'infrastructures aéroportuaires (terminaux) dont ne profitait qu'une seule compagnie (ex. American à
Miami, Delta à
Detroit, etc)
5. Emirates n'a reçu des injections de capital que deux fois dans son histoire. Une fois au début, d'un montant de 10 millions, ce qui est parfaitement normal comme chaque compagnie a besoin d'un capital de départ, une deuxième fois de 280 millions, pour financer son expansion. À part ces deux injections, toute augmentation de capital et tous les investissements faits ont été financés par les bénéfices qui ont été générés par la compagnie. En fait, Emirates n'a pas vu une seule année de pertes financières.
6. Etihad a reçu des injections de capital de la part de son actionnaire de plusieurs milliards ainsi que des prêts que la compagnie devra rembourser. Ce ne sont pas des subventions sous aucune définition d'aucun traité international, mais du capital mis à disposition par un actionnaire d'une compagnie.
7. Ainsi de suite. Je vous laisse vous-même étudier tous les documents qui mettent de la lumière sur les accusations et les faits.
Je laisse de coté les remarques qui clairement manquent de gôut, comme le lien que le PDG de Delta Airlines a fait entre les compagnies du Golfe et les attaques du 11 séptembre 2001 (voir
skift.com/...in-open-skies-fight/
) ou les accusations absurdes comme la menace de devoir tailler les effectifs à l'aéroport de
Minneapolis à cause de Emirates.
Ayant aucun préjugé, je suis arrivé à la conclusion que le White Paper des compagnies américaines est un boulot vraiment bâclé, avec des raccourci de logique assez grossiers, des raisonnements pas cohérents, et l'absence flagrante de faits ou leur considération très sélective. Le gouvernement américain semble être arrivé à la même conclusion, et ne prendra pas de mésures suite au white paper.
En ce qui concerne la
France, un tel rapport n'existe pas, et donc pas non plus de réponse directe de la part des pays ou compagnies accusés. Mais prenons les accusations les plus courantes, et mettons la lumière sur tous les faits:
1. "Le fait que les compagnies du Golfe appartiennent aux états fait que leur concurrence est déloyale". Une très grande partie des compagnies dans le monde appartiennent à des états. Turkish Airlines, Air China, Air India, Malaysia Airlines appartiennent à l'état où des entités de l'état,
Singapore Airlines appartient à 56% au fond d'investissement de l'état de
Singapour - pour en nommer que quelques exemples. Or, Ni le gouvernement français ni Air France semblent être dérangés par cela et ces compagnies opèrent sans problèmes en
France.
2. "Les compagnies du Golfe sont subventionnées". Ils appartiennent à l'État ou des entités d'État, comme c'est aussi le cas pour d'autres compagnies mentionnées ci-dessus. Mais le simple faîte d'appartenir à l'État ne constitue pas une subvention. L'État comme actionnaire est libre d'injecter du capital à sa volonté est en correspondance avec son appétit de risque et ses moyens financiers. Dans le cas de émirats, ses injections de capital furent minime par rapport à la taille de la compagnie. Dans le cas d'Etihad plus importante, pour permettre à la compagnie une expansion. Il est vrai que des injections de capitale de la part d'un État sont interdits dans l'union européenne, même si certains états comme l'
Italie ont trouvé des moyens pour contourner cette règle. De ce côté là, il y a en effet une différence et un avantage de capitalisation de toutes les compagnies appartenant à l'État, même s'il faut être réaliste et être conscient du faite que les états ou leurs fonds souverains sont des actionnaires exigeant qui attendent un certain rendement sur leurs investissements. Mettre de l'argent pour un "fleuron national" ne fait pas partie de la politique d'investissement. Mais si on les fait des injections de capital ne sont pas terminé dans l'union Robaine, les états donne de nombreux autres avantages à leur compagnie. Par exemple, en
France, Air France KLM profite de crédit d'impôts très substantiel depuis de nombreuses années. Il y a aussi des Aides d'état pour certains types d'emploi. L'État finance comme dans d'autres endroits dans le monde une grande partie de l'infrastructure, par exemple les accès aux aéroports.
3. "Les compagnies du golf pratiquent une concurrence déloyale parce qu'ils ne paient pas de charges sociales d'impôts sur les sociétés!" C'est ridicule. On ne va pas demander à d'autres pays de lever des impôts et charges sociales alors qui'ils n'ont pas besoin de cet argent. La
France a fait des choix politiques de sociaux et se permet une bureaucratie gonflé est un système social inefficace et peu effectifs ainsi qu'un niveau des dettes colossales, ce qui nécessite un niveau d'imposition et des charges sociales très élevé. Je ne critique pas ces choix, mais il faut en assumer les conséquences et ne pas demander à d'autres pays de se procurer le même handicap alors qu'ils ont des possibilités différentes et/ou otn fait des choix politiques et sociaux différents.n
4. "Donner des droits de trafic aux compagnies du golf va couler
France. Ils arrivent avec leur gros porteur et prennent des passagers qui autrement seraient partis avec Air France". C'est absurde. Le fait de proposer des capacités de transport ne veut pas dire qu'on prend des parts de marché. On prend des parts de marché que quand les passagers choisissent d'acheter un billet sur ces compagnies (si Iraqi Airways débarquait demain avec quatre vols quotidiens sur Airbus 380 à
Paris, ça ne prendrait zéro part de marché à Air France car personne n'aurait envie de partir sur Iraqi). Si ces compagnies ne proposaient pas un bon produit et des tarifs intéressants, les passagers ne les prendraient pas. Mais comme Air France a systématiquement privilégié d'investir dans la paix sociale et payer pour la moindre productivité et ses employés au lieu de mettre à jour son produit, son offre est inférieure en qualité est vendu à un prix plus cher, ce qui fait que les passagers préfèrent partir sur les compagnies du golf. Séné donc pas la faute des compagnies du Golf que Air France perd des parts de marché, c'est la faute à l'offre moins intéressante Air France.
5. "Les compagnie du golfe profitent de leur position géographique pour prendre tout le trafic entre l'Europe et l'Asie ainsi qu'une bonne partie de l'Afrique." Mis à part le faite que c'est complètement ridicule de critiquer une compagnie pour le fait qu'elle vient d'une certaine partie du globe, fait qu'elle ne peut pas changer (!!), c'est aussi hypocrite. En effet la position géographique de
Dubaï,
Abu Dhabi, et
Doha se propose pour les flux de trafic entre le Europe et l'Asie. C'est à peu près le seul avantage naturel qu'ils possèdent. La
France est plus généralement Europe en d'autres atouts naturels. Par exemple, ils ont un marché grand et riche. Les émirats et le
Qatar n'ont presque pas de marché "domestique, alors que la
France compte plus de 60 millions d'habitants, ainsi que la première destination touristique du monde, et des centres d'affaires très important pour les voyages d'affaires et les conférences. De plus, la
France a a plus de talent et de capital humain bien formé, ce qui rend beaucoup plus facile le recrutement de personnel compétent pour les compagnies comme Air France. Un grand contraste avec les compagnies du golf, qui doivent importer leur capital humain.
Je me permets d'ajouter que je trouve particulièrement hypocrite les critiques d'ingérance de l'état de la partie d'un pays comme la
France, qui doit être parmi les pays occidentaux avec la plus grande ingerance de l'état sur la vie des entreprises et où les appels et les actions de protectionnisme sont parmi les plus forts. Alors que par exemple les marchés d'électricité et de transport ferroviaire dans la plupart des pays européens, ce n'est toujours pas le cas en
France. Ne pas donner Des droits de trafic à des compagnies étrangères est à l'acte de protectionnisme, un grand contraste avec la politique de ciel ouvert que pratiquent par exemple les
émirats arabes unis, qui permettent à toute compagnie de proposer autant de vol qu'elles souhaitent.
Tout cela pour expliquer avec des faits et des raisonnements j'espère assez cohérents que même si trois compagnies golf appartiennent à leurs états ou des entités d'État, les difficultés d'Air France ne sont dû à l'existence des compagnies du golf, mais l'incapacité d'Air France de prendre les bons choix stratégiques et un déni de réalité d'une partie de ses employés, ainsi empêchant Air France de concurrencer avec ces trois compagnies. D'autres compagnies traditionnelles européennes réussissent mieux, et dégagent des bénéfices importants, malgré une concurrence pour certains nettement plus féroce des compagnies du golf. Les conséquences sont palpables. Alors qu'Air France menace de réduire 2900 emplois, d'autres compagnies dans les pays voisins sont à la recherche de pilote et d'hôtesse de l'air. Peut-être serait-il opportun de faire la n diagnostic honnête et de faire les choix que la réalité impose? De reconnaître qu'un concept aussi flou que le "rayonne national" n'arrête pas le fonctionnement des lois économiques et donc ne protège pas de l'obligation de travailler autant que d'autres ?